SAC. Rarement un nom n’aura engendré autant de fantasmes et de peur chez les militants de gauche et d’extrême gauche. Pourtant il existe peu de livres consacrés au SAC. Parmi les plus célèbres on trouve bien sûr B comme Barbouze de Dominique Calzi ( alias Patrice Chairoff) et Aux Ordres du SAC de Gilbert Lecavelier. Ces 2 livres ont la particularité d’avoir été écrits par deux anciens membres du SAC. Si ils sont intéressants à lire pour leurs nombreuses anecdotes, ils sont cependant incomplets. Dominique Calzi, à l’époque, cherchait à régler des comptes avec ses anciens collègues et le livre de Lecavelier, malgré un titre alléchant, n’est pas à proprement parler sur le SAC, mais plutôt sur les liens unissant celui-ci et l’ED. Avec ce livre, Audigier nous raconte pour la première fois l’histoire du SAC, ou plutôt des SAC. L’auteur dévoile, raconte l’histoire du service d’ordre gaulliste, de sa genèse à sa fin tragique avec la tuerie d’Auriol en mai 1981.
Si dans l’esprit des gens, le SAC est né en décembre 1959, son fonctionnement remonte en fait au lendemain de la guerre, avec la création du SO du RPF. A travers les premiers chapitres, l’auteur nous plonge dans une France à l’ambiance oubliée où tous les meetings politiques étaient perturbés par des opposants, où pour exister il fallait avoir un service d’ordre efficace pour s’imposer et s’exprimer. Audigier s’emploie à décrypter également le mode de pensée des premiers membres du SAC. Il décrit une vision du monde qui va façonner les futurs membres de ce mouvement. Cette vision, c’est celle d’individus qui, à la fin de la guerre, ont du mal à retourner à la vie civile, après avoir connu la guerre et la clandestinité. Ces personnes dont l’anticommunisme n’a d’égal que leur admiration pour De Gaulle sont intégrées au SO pour faire face aux communistes, par la force s’il le faut. Elles se retrouvent dans une logique proche de celle qui était la leur dans la résistance, avec pour ennemi non plus les nazis mais les communistes. C’est également dès l’après-guerre que les liens entre le futur SAC et les malfrats vont se nouer . Audigier nous rappelle également comment le SAC, d’un commun accord entre ses membres, gaullistes mais Algérie Française et sa direction, a été tenu à l’écart de la lutte contre l’OAS. D’ailleurs dans les années 70, de nombreux membres de l’OAS rejoindront le SAC. Audigier décrit les dérives mafieuses de ses membres, les idées qui régnaient dans ses rangs, ses méthodes, le SAC et mai 68 ( avec la fameuse affaire des stades où les opposants de gauche devaient être enfermés) et enfin ses contacts avec l’extrême droite. Tout au long du livre, on découvre un mouvement qui échappe peu à peu à ses créateurs. Si l’attachement à De Gaulle était pour certains la seule motivation de participer à ce mouvement, il semble évident que ce n’était pas le cas pour les malfrats ou les mercenaires qui attendaient en retour de leurs « coups de mains » de se voir assurer une totale impunité. Il est dommage que ce livre ne s’attarde pas davantage sur certains points, comme sur l’importance des militants d’extrême droite dans les rangs du SAC lors de sa création après la guerre. En effet au lancement du RPF, de nombreux militants des ligues d’extrême droite des années 30, les Croix de Feu du colonel La Rocque et les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger, ont adhéré au RPF et à son service d’ordre, important avec eux leur idéologie et leurs méthodes.
Enfin il aurait été utile de développer d’autres points importants qui concernent le SAC, comme par exemple l’infiltration du SAC dans les sectes néo-templières ou les liens entre anciens du SAC et du DPS. Car le SAC et le DPS ne partagent pas seulement un même mode de fonctionnement et d’organisation mais aussi des militants : ainsi Gilbert Lecavelier, ancien membre du SAC a longtemps fait parti du FN et du DPS. Et son cas n’est pas isolé.
Quoiqu’il en soit, l’histoire du SAC, comme le dit l’auteur lui-même, reste encore à écrire, puisque pour l’instant les archives sur le service d’ordre du RPF/RPR ont été, au choix, perdues ou cachées. Mais cette histoire n’est pas totalement terminée. Anticipant sa dissolution, les dirigeants du SAC avaient créé une structure de remplacement : le MIL (Mouvement Initiative et Liberté). Aujourd’hui certains députés UMP en font partie, et ses méthodes n’ont rien à envier au SAC : des militants anti-sarkozy à Lille l’ont découvert à leurs dépends lors du meeting de Sarkozy en mars 2007.

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Cyril Le Tallec, L’Harmattan
Les Sectes Ufologiques, 1950-1980
Les Sectes Politiques 1965-1995
Mouvements et Sectes Néo-Druidiques en France 1935-1970
Cyril Le Tallec est l’auteur chez l’Harmattan de 3 ouvrages portant sur les sectes dans les milieux druidiques, dans le monde de l’ufologie et en politique. Ces 3 essais ont le mérite d’aborder des thèmes très peu étudiés sur lequel, néanmoins, beaucoup de poncifs existent. L’auteur ne prétend aucunement être exhaustif sur le sujet mais offrir simplement une courte synthèse de ces différents mouvement en France. Les limites temporelles fixées par Le Tallec sont parfois curieuses : le lecteur est en droit de se demander ce qui justifie que les périodes couvertes soient si différentes d’un ouvrage à l’autre. Le volume le plus intéressant est sans conteste celui consacré aux sectes politiques. Il est très clair et bien documenté, en particulier en ce qui concerne les adeptes de Lydon Larouche en France (Le Parti Ouvrier Européen et Nouvelle Solidarité dirigés par Jacques Cheminade) et la Nouvelle Acropole. Les Sectes Politiques s’avère être une référence pour ceux qui s’intéressent à ce types de mouvements, la plupart du temps méconnus. Il n’en va pas de même pour le volume traitant des sectes druidiques : une chronologie de la sphère sectaire et un index des noms de ces mouvements auraient été fort utiles tant leur histoire est complexe et confuses pour tout non-initié. Enfin l’ouvrage sur la monde ufologique apporte son lot d’informations intéressantes ; cependant, il se rapproche davantage d’un court historique de l’ufologie française que d’un livre sur les mouvements sectaires ufologues. Mis à part les délires nazis de Jean-Claude Monet sur les ovnis, il peut sembler abusif d’appeler sectes l’ensemble des groupes s’intéressant à l’ufologie présents dans l’ouvrage, le terme association paraissant plus appropriés.

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Dans la nuit du 28 au 29 mai 2008, deux individus ont ouvert le feu à plusieurs reprises dans le quartier de Saint-Michel-sur-Orge sur des jeunes garçons au pied d’une citée. Très rapidement les auteurs de cette fusillade sont arrêtés. Il s’agit de deux jeunes gens âgés de 20 et 23 ans. Selon des journalistes, de la presse néo-nazie aurait été retrouvée chez eux. Les deux jeunes garçons se seraient même revendiqués d’un groupe nommé « Nomad 88 » selon l’AFP. Encore peu connu du grand public, derrière ce nom se trouve un mouvement anti-sémite, apparu très récemment, la Droite Socialiste.

Ce nom fait d’abord penser à une parodie de la Gauche Nationale du déjà culte Kavan Herbin [1]. Mais la Droite Socialiste a une existence bien réelle. Et elle a même un chef, Thömas Werlet (important le chef !). La DS est apparue au grand jour le 8 mars 2008 en organisant un rassemblement anti-sioniste pour dénoncer la venue en France de Shimon Peres. Quelques semaines auparavant ils avaient essayé de rejoindre le rassemblement du 6 février 2008 organisé par le Renouveau Français, sans grand succès. La DS a ensuite participé le 8 mai 2008 au rassemblement à Saint-Michel aux côtés de Kémi Seba, témoignant ainsi de son intérêt pour la " question juive ".
Il faut dire que dès ses premiers balbutiements, la Droite Socialiste, par la voix de son petit chef, avait pris contact avec Boris Le Lay, incontournable « cyber-militant » et animateur de blog. Boris Le Lay est l’exemple même d’une certaine instabilité politique (et mentale certainement) que l’on retrouve de plus en plus chez ces « p’tits soldats perdus » de l’extrême droite. Si on le retrouve en effet aujourd’hui dans l’organigramme du « MDI » - Mouvement des Damnés de l’Impérialisme - la nouvelle organisation de Kémi Seba, en tant que chargé des relations extérieures, il était en effet à l’origine (en tant que président) d’une association apparu en 2006 au nom sans équivoque de « Breizh-Israel ».
Dans un communiqué annonçant cette création, les buts de l’association étaient clairement exposés : « L’association Breizh Israël est née en mai 2006 pour faire valoir la solidarité des patriotes bretons avec leurs homologues sionistes… », « …pour un rapprochement des deux peuples… », et bien entendu l’incontournable « …face à la montée de l’islamisme en Bretagne... ». Une de leur très rare action (la seule en réalité) au court de leur très courte existence fut un contre rassemblement devant la préfecture de Quimper face à des organisations de soutien à la Palestine qui réclamaient la reprise de l’aide financière de l’Union Européenne à la Palestine après les élections de 2006 qui placèrent le Hamas à la tête l’autorité palestinienne.

Bien qu’habitués à une certaine confusion dans l’esprit de pas mal de nos « cas d’études », celui-ci nous semble un cas d’école. En effet comment peut-on passer en à peine deux ans de la création d’une association pro-israel à la participation d’une autre clairement antisémite celle-ci. Sauf à penser que cela s’inscrirait dans le cadre d’une opération de manipulation destinée à recueillir des informations sur leurs ennemis... Mais nous laisserons cela aux adeptes de la théorie du complot et nous resterons sur notre analyse d’une grande agitation et perturbation interieure [2].
Dans la foulée de ce premier contact, la Droite Socialiste apporta son soutien à Hervé Ryssen (= Hervé Lalin, cf articles REFLEXes) dont le blog « anti-sioniste » (qu’un Xavier Vallat ou autre Darquier de Pellepoix n’auraient pas renié) venait d’être supprimé par l’hébergeur suite à des pressions, notamment de la part de la Licra [3].

La DS était également présente au meeting nationaliste du Renouveau Français le 24 mai à Villepreux. Il y a un compte-rendu détaillé de cette journée, à la fois sur le blog de la Droite Socialiste, mais également sur un site néo-nazi. Il est relativement étonnant que le Renouveau Français se soit embarrassé d’un groupuscule aussi « cramé », mais le RF tenait tellement à pouvoir remplir son « congrès » qu’il a été peu regardant sur les participants, d’où une surreprésentation des skinheads sur les 350 participants de la journée. Parmi les interpellés lors de la fusillade on retrouve Camille F. présenté dans l’organigramme de la Droite Socialiste comme le chef de Nomad Securité. Nomad Securité, tels les SS, avait pour rôle d’assurer la sécurité des « meetings et concerts » de la Droite Socialiste ainsi que d’autres mouvements nationalistes. Nomad Securité jouait la carte de la boîte de sécurité professionnelle, Nomad 88 étant le versant skinhead. On pouvait d’ailleurs les voir parader lors du défilé du 1er mai 2008 du Front National avec des petits drapeaux anecdotiques. Ils étaient alors très reconnaissables par leur tenue para-militaire et leur béret. Mais ce passage à l’acte ne semble pas être un acte isolé aujourd’hui. Le FN n’est plus aussi attractif que par le passé pour des jeunes militants, et cette perte d’influence se traduit par la multiplication de mini-structures nationalistes. Le plus souvent des groupuscules sont imprégnés depuis des années par les discours de Guillaume Faye sur la proximité d’une guerre ethnique et par des lectures du type des Carnets de Turner [4]

Le cas de « Nomad 88 » n’est pas un cas isolé. Entre les incendies de mosquée de Colomiers et l’arrestation du ou des membres de la FNAR [5], des individus à la marge de l’extrême droite radicale semblent de plus en plus adopter la logique du « Loup Solitaire » ou Leaderless Resistance. Il s’agit d’une théorie développée par des militants néo-nazis américains qui encourageaient les individus à s’organiser en petites cellules autonomes. Sans liens avec les autres groupes politiques, ils pouvaient agir en toute autonomie en se fixant leur propre cible. Les nazis américains espéraient ainsi que les incidents se multiplieraient, provoquant des émeutes et une guerre civile et raciale. Nous n’en sommes pas encore là, mais il est désormais clair qu’une partie de l’extrême droite activiste tente d’accéder à des armes et des explosifs, certains s’engageant d’ailleurs dans la Réserve militaire.

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[1] Garçon un peu perdu idéologiquement, qui après avoir été gaulliste, maurrassien, bonapartiste et lepeniste a décidé de diriger comme un grand son propre mouvement, sorte de version light des groupuscules NR des années 80
[2] Pour l’anectode, le secrétaire de Breizh-Israel n’etait autre que Dominique Lambert, déjà cité dans notre article sur les identitaires « La soupe au Vardon » (http://reflexes.samizdat.net/spip.php ?article323)
[3] Nous n’avons déjà que trop parlé de ce monsieur pour vous refaire son CV, précisons simplement qu’il figurait aussi dans la liste des intervenant au Congrès Nationaliste du RF de ce mois de mai et qu’il fut le premier et largement l’un des plus applaudis de l’après-midi. D’ailleurs dans le compte-rendu officiel du RF, son intervention est brièvement résumée ainsi : « … Hervé Ryssen ouvrit le bal avec une analyse décapante du rôle du lobby sioniste dans le phénomène mondialiste… ". Sa dernière brochure, que l’on trouve en bonne place à la très catholique librairie parisienne France-Livres, porte sur le rôle d’Israël dans la traite des blanches !!!! Nous l’avons lu, nous vous épargnerons le moindre commentaire
[4] Ce livre, interdit en France mais néanmoins traduit et distribué par l’équipe de Réfléchir et Agir raconte le combat de militants nationalistes blancs aux Etats-Unis qui prennent les armes contre l’Etat et les immigrés..
[5] La FNAR ( Fraction nationaliste armée révolutionnaire ou Front National Anti-Radar) dont la confusion idéologique des symboles et revendications peut laisser penser à un cas lourd de pathologie politique
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