Elections aux CROUS 2010 : La droite universitaire à la croisée des chemins

Publié le 13 janvier 2010, mise à jour le 7 mars 2010


Les élections pour désigner les représentants aux CROUS qui se tiendront dans les universités en mars-avril prochains risquent d’être très mouvementées à droite. Non pas tant à cause d’un activisme qui n’a jamais été aussi faible que parce qu’une recomposition se profile à l’horizon, avec des conséquences qu’il est difficile de prévoir.

L’UNI dans la tourmente

En effet, l’UNI [1], principale composante de la droite universitaire depuis plus de 40 ans, pourrait disparaître en 2010 sous la pression de l’UMP. Symptôme de cette crise : Jacques Rougeot [2], membre fondateur du MIL et président historique de l’UNI, a démissionné fin 2009 du poste qu’il occupait depuis les origines de l’organisation sans raison officielle. Les plus hautes instances de l’UMP auraient décidé d’en finir avec l’UNI et de la remplacer par une nouvelle structure : le Mouvement Etudiant ou Mouvement Populaire Etudiant, directement lié aux Jeunes Populaires, la structure jeune de l’UMP, très mal en point en termes d’effectifs. Benoist Apparu a annoncé la décision aux RDJ (Responsables Départementaux de la Jeunesse) de l’UMP fin 2009 lors d’une réunion à Paris, et semble avoir oublié de le dire aux cadres de l’UNI. La décision semble venir directement de l’Elysée. C’est là une bien vilaine façon de remercier un mouvement qui depuis le début des années 2000 était rentré dans le rang, après une première menace de dissolution en 2002. L’UNI n’est pas le seul mouvement droitiste à subir les foudres de l’Elysée. Le MIL, structure qui a pris le relais en 1982 après la dissolution du SAC, a récemment vu sa subvention allouée par l’UMP passer de 475.000 à 144.000 euros !

Il n’est pas certain que cette évolution et ces méthodes si peu « démocratiques » soient du goût de tout le monde au sein de l’organisation. Certains commencent à s’organiser et cherchent de nouveaux alliés, principalement à la droite de la droite. C’est tout du moins ce que laissent penser certains évènements comme la série d’actions musclées contre les locaux du PCF lors des « commémorations de la chute du mur de Berlin » début novembre un peu partout en France ou ces alliances locales avec l’extrême droite comme à Bordeaux, où l’UNI semble avoir des contacts individuels avec les Identitaires. Enfin récemment, l’UNI de Tours, qui a pris officiellement position contre la dissolution du mouvement, a diffusé un clip officiel sur Youtube avec en fond sonore le groupe de Rock Identitaire FrançaisIn Memoriam. Le message est très clair !

GUD le retour

Parallèlement, en novembre, Minute éventait les projets de reformation d’un GUD, 40 ans après la création de ce groupe. Menée par Edouard Klein, fils de militants de l’extrême droite historique (papa aurait été au GUD et maman à Ordre Nouveau), l’initiative était ainsi sûre d’être torpillée et ce n’est évidemment pas surprenant de la part de Minute dont le rédacteur en chef est Bruno Larebière, membre du bureau exécutif du Bloc Identitaire sous le pseudonyme de Bruno Vendoire [3]. Le journal est de fait devenu l’organe officieux du Bloc et sert à Bruno Larebière à envoyer des torpilles plus ou moins efficaces en direction de ce qui peut apparaître comme une gêne pour le développement du Bloc, en particulier les structures concurrentes. Un nouveau GUD se placerait dans ce cas de figure puisqu’il serait susceptible de venir compléter une offre déjà pléthorique en terme de groupuscules sur la scène parisienne. D’autant que certains contacts montrent que ce GUD nouvelle mouture ne serait pas exactement sur la ligne des « anciens » [4].

Il semble en effet que l’initiative ait suscité l’intérêt des milieux les plus droitiers et groupusculaires de la communauté juive et que des liens se soient noués, Assas oblige, entre Edouard Klein et Alexandre Gitakos. Or celui-ci est une figure particulièrement active du milieu droitier universitaire. Animateur du blog pro-israélien Le Lion Ardent [5] , qui se revendique « occidentaliste, libéral et patriote », il a derrière lui et depuis 2005 un passé bien rempli à la droite extrême. De France-Israël Jeunes [6], dont il se vante d’avoir gravi peu à peu tous les échelons, à l’UNI en passant par des associations comme « Stop la grève » ou le collectif « Etudiants Contre les Blocages », il n’est tout naturellement pas étonnant de le découvrir dans le nouveau parti - mouchoir de poche de Jean-François Touzé, l’Alliance pour les Libertés (APL) [7].

Cette activité débordante dont se souviennent certains militants sur Assas ne pouvait que l’amener à rencontrer Edouard Klein, activiste du RED sur Assas, groupuscule dont il prit la direction à partir de l’automne 2008 [8], alors que le groupe étudiant était en proie à des remous internes sur la stratégie à adopter, en particulier à l’égard du FN et de la montée en puissance de Marine Le Pen.

Une des actions organisées par le RED à ses origines en octobre 2005, contre le salon homosexuel Rainbow attitude. Les militants font alors incursion sur le podium emmenés par deux dirigeants des Jeunesses Libanaises Chrétiennes, Tony Baroud et Philippe Sfeir.

Photographie de groupe. Les organisateurs de l'action, Romain Vincent et Frédéric Pichon, avaient pris soin de rester en dehors de l'action.

L’absence de positionnement clair, entre ligne NR et marinisme, entre soutien pro-palestinien à fondement antisémite et refus de défiler aux côtés du centre Zahra, finit par provoquer l’implosion du RED au printemps 2009. Edouard Klein ne semble d’ailleurs pas lui-même savoir sur quel positionnement politique danser, entre présence assidue aux repas mensuels amicaux du GRECE à Paris au bar Le Jadis, ligne « Ni keffieh, ni kippa » ou encore participation au 9 mai 2009 avec la casquette de responsable du SO [9]. Plus qu’un véritable accord politique entre des milieux au demeurant dissemblables, le point de jonction pourrait se situer sur une volonté commune d’en découdre dans les facultés parisiennes avec les « islamo-gauchistes » selon la terminologie employée depuis quelques années par Maître Goldnadel puis par d’autres, y compris dans certains journaux de la communauté juive. Une telle entreprise pourrait alors trouver le renfort de cogneurs patentés comme Maxime Benhaïm, lui-aussi bien connu pour ses frasques à l’UNI - où il devint un proche de Gitakos - et son appartenance à la LDJ. C’est d’ailleurs au titre de cette appartenance politique que nous avions évoqué son activisme dans un précédent article. Cet intérêt pour une refondation du GUD représenterait un véritable saut qualitatif pour celui qui signait il y a encore peu ses mails de menaces d’un explicite « Maxime, un Français de pur souche ». D’autant qu’il reste l’un des membres les plus virulents et les plus actifs de la LDJ, comme le montre par exemple la photo suivante prise lors d’un très rares collages de la LDJ sur Paris et qui sert d’illustration au site de la fantomatique section lyonnaise de la LDJ :

Maxime Benhaim LDJ

Pour l’instant, l’initiative semble en sommeil mais les contacts existants, ils ne demandent qu’à être réactivés, surtout qu’ils vont bien au-delà du seul Klein.

Hors les murs

En province, la situation semble plus calme si on excepte Bordeaux mais ce cas a déjà été traité par le blog de Abel Mestre et Caroline Monnot et nous ne saurions rien rajouter de plus que ce qui y a été écrit. La seule autre interrogation pourrait être Nice. Même si les Jeunesses Identitaires sont restées pour l’instant à l’écart du combat universitaire, tirant ainsi sans doute les leçons du peu de retour des investissements passés (RE [10], UDEN [11]), il serait pourtant surprenant que leur poids relatif dans cette ville ne finisse pas par les pousser à occuper également ce créneau qui demeure fondamental dans le repérage et la formation des futurs cadres politiques qui font par ailleurs cruellement défaut au Bloc Identitaire.



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[1] Union Nationale Interuniversitaire

[2] http://reflexes.samizdat.net/spip.php?article289

[3] À ne pas confondre avec Bruno Vendière, alias Bruno Archier, en charge du secteur international du Renouveau Français.

[4] Entendre la génération de militants gudards des années 1980 puis celle des années 1990.

[5] La réouverture du Lion Ardent fut vivement saluée par la Ligue de Défense Juive en mai 2009.

[6] Alexandre Gitakos restera l’inoubliable auteur, au nom de France-Israël Jeunes, d’un communiqué de soutien à Benoît Fleury lorsque celui-ci est entré au conseil général de Vendée au début de l’automne 2009. Le même Fleury qui, rappelons-le, déclarait dans l’Echo des Savanes en mars 1999 qu’il fallait rayer Israël de la carte (sic) et que le GUD avait mis une danse (re-sic) au Bétar lors du procès Garaudy. La solidarité, c’est émouvant. Pour autant, France-Israël n’était pas une association d’extrême droite avant que William Goldnadel en prenne la direction il y a quelques années. Fondée en 1933 par Justin Godard sous le nom de "France-Palestine", l’association a eu pour président le général Koenig et était jusqu’en 1967 largemet composée de gaullistes issus de la résistance. Se reporter à l’ouvrage de Samy Cohen De Gaulle, Israël et les Juifs pour plus de détails.

[7] Parti sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, d’autant qu’il comporte quelques figures pittoresques comme Maître Philibert Lepy dont nous avons déjà eu l’occasion de parler et qui poursuit une trajectoire toute en cohérence…

[8] Il succéda ainsi à Romain Vincent dit "La Bête" et Romain Riedberger, aux orientations politiques relativement dissemblables : proche de Marine Le Pen pour le premier et nationaliste et catholique pour le second.

[9] Le 9 mai 2009 était organisé par Serge Ayoub qui n’est pas réputé pour son philosémitisme...

[10] Renouveau Etudiant

[11] Union et Défense des Etudiants Nationalistes

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