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	<title>REFLEXes &#187; Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF)</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Une histoire, notre histoire&#8230; REFLEX(es) au fil des ans</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 11:32:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[antifascisme radical]]></category>
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		<description><![CDATA[- 1986 Lorsque paraît le premier numéro de Réflexes en juin 1986 (tiré à 300 exemplaires), beaucoup pensent que ce sera le dernier&#8230; Or l’édito pourrait être repris dix ans plus tard : «Les dernières mesures sécuritaires du gouvernement libéral Chirac font de chacun d’entre nous un suspect en puissance. Insécurité croissante pour les étrangers, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>- <strong>1986</strong><br />
Lorsque paraît le premier numéro de <em>Réflexes</em> en juin 1986 (tiré à 300 exemplaires), beaucoup pensent que ce sera le dernier&#8230; Or l’édito pourrait être repris dix ans plus tard : «<em>Les dernières mesures sécuritaires du gouvernement libéral Chirac font de chacun d’entre nous un suspect en puissance. Insécurité croissante pour les étrangers, mais aussi pour les jeunes, répression contre les réfractaires à l’armée, droit d’asile de plus en plus bafoué, politique d’enfermement visant à détruire toute identité individuelle et collective… font de la France un “pays” qui n’est plus celui des “droits de l’homme”</em>.» Souhaitant coordonner différents comités et groupes d’individus, les vingt pages tapées à la machine passent en revue les différents axes de lutte : lutte contre les lois sécuritaires, antifascisme, luttes antiracistes et antimilitaristes, appel au soutien pour le réfugié italien Orestino Dominichelli. Dès ce premier numéro, l’ouverture européenne est déjà présente avec un article sur la lutte contre le recensement en Allemagne. Les autres numéros de l’année se déclinent de la même manière, publiant de nombreux communiqués d’associations diverses. Le numéro 4 de décembre 1986, enrichie de 8 pages se penche (déjà!) sur les mouvements sociaux, c’est-à-dire la lutte contre le projet Devaquet, tout en espérant que ce mouvement élargisse ses cibles : «<em>l’ouverture progressive du mouvement à d’autres champs de lutte (…) tels le code de la nationalité, le plan Chalendon, la remise en cause du remboursement de l’IVG, etc, confirmait (…) que les préoccupations de ce que l’on a appelé “la nouvelle génération” d’étudiants et de lycéens ne se limitaient pas à la culture du look et du vidéo-clip</em>». Apparaît dans ce numéro les premièrs récits et analyses, «<em>Violences, provocations et répression dans les manifestations étudiantes</em>» et la première interview, celle de l’Anti-fascist Action anglais (en fait une traduction de <em>Searchlight</em> (déjà!!!)). A noter l’initiative de demande pour les femmes du statut d’objecteur (sic) de conscience.</p>
<p>- <strong>1987</strong><br />
L’année 1987 sera prolifique : 8 numéros (de 32 à 40 pages). En janvier apparaît en Une l’autocollant vedette de REFLEX des premières années «<em>Cet homme est dangereux</em> !!!» diffusé à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et qui a eu comme effet de saturer une ligne téléphonique du Ministère de l’Intérieur. Les premières enquêtes sur l’extrême droite sont présentes sous la forme d’un article sur la Fédération Professionnelles Indépendante de la Police (une de nos têtes de Turcs favorites) et sur l’extrême droite universitaire (une autre de nos têtes de nœuds…), la maquette est toujours aussi approximative mais déjà l’ordinateur fait son apparition. On sent quand même dans ces numéros un intérêt pour les luttes de l’immigration surtout pour les initiatives autonomes (collectif «J’y suis, j’y reste»&#8230;), l’autre préoccupation majeure est la police (en particulier sur les violences policières), l’antifascisme n’apparaissant qu’à l’occasion d’interviews de collectifs antifascistes locaux : Urgence de Lyon (dans le n°7 d’avril 1987), dossier sur Marseille et Lyon (n°8 de mai), le Comité de Résistance Antifasciste et Antiraciste de Lille. A noter aussi l’apparition à partir de mai 1987 des dessins de Gil, qui signera les couvertures de <em>Réflexes</em> pendant des années dont cette année-là : «Révisionnistes : toujours plus cons! Les Juifs n’ont jamais existé !» et «Ma grippe est espagnole, mes chiffres sont arabes, mes capotes sont anglaises, mes godasses sont italiennes et mon berger est allemand… J’ose même pas ouvrir le gaz pour en finir : il est soviétique!». Dans le numéro de novembre 1987, publication de deux communiqués à savoir celui de l’organisation basque IPARRETARRAK et de l’ex-FLNC pour protester contre les poursuites intentées contre <em>U Ribombu</em> et contre un magazine basque du Nord <em>Abil</em> : «<em>Nous pensons que le fait de publier des textes émanant de groupes ayant choisi la lutte armée comme outil politique ne peut en aucun cas être assimilé à une acceptation ou à un soutien (à) ceux qui publient leurs textes. La liberté d’expression et d’information ne peut être restreinte au motif que la publication ne peut être restreinte au motif que la publication de textes émanant de ces groupes est une apologie de leurs crimes, sinon nous risquons bientôt de n’avoir à publier que les communiqué ou textes émanant d’officines ministérielles ou institutionnelles</em>». L’année se termine par un numéro spécial (n°12) de quarante pages présentant la Coordination Nationale Antisfasciste créée en novembre à Lyon et rassemblant des collectifs de Lyon, Toulouse (Scalp), Lille et Paris. Les initiatives de solidarité se poursuivent avec des campagnes pour la libération de Jean-Philippe Casabonne, «otage français à Madrid» ou Roberto Gemignani (militant italien menacé par une extradition). Plus de douze pages sont consacrées aux luttes de l’immigration et en particulier à l’initiative Mémoire fertile.</p>
<p>- <strong>1988</strong><br />
L’Antifascisme prend de plus en plus de place dans <em>Réflexes</em>: quatre unes sur sept sont consacrées à Le Pen et ce thème ouvre quasi systématiquement le journal. Interview d’un Redskin, de collectifs Scalp Bordeaux et Nantes, Lille, Reims, textes d’analyses comme celui d’Alain Bihr (eh oui!) dans le numéro 18 de septembre 1988, «Derrière le vote Le Pen, le remodelage des rapports de classe», ou sur «L’implantation du Front national chez les dockers Marseillais» (n°14 mars 1988) mais aussi compte-rendus des nombreuses initiatives antifascistes locales, nationales ou européennes (Congrès antifasciste, antiraciste et antisexiste de Berlin). Les skins (que l’on n&rsquo;appelait pas encore en politiquement correct boneheads) font leur apparition sous la rubrique «Skin head (aid): offrez leur un cerveau !». Les luttes des jeunes issus de l’immigration sont aussi très présentes ainsi que les luttes de libération nationale (que l’on n&rsquo;appelait par encore non plus en PC «Résistances identitaires»), Kanaky, Corse et Pays Basque. La police tient bien la corde en particulier dans le numéro de juin 1988 avec l’Affaire Black War, une opération policière visant à criminaliser le mouvement radical, qu&rsquo;il soit politique ou musical. Un deuxième septennat miterrandien ne bouleverse pas d’allégresse la rédaction de <em>Réflexes</em> : «<em>La victoire de Mitterrand a réjouit parait-il les immigrés selon Libération. Pour les Kanaks, elle signifiait au moins une pose (sic!) dans l’engrenage de la guerre coloniale entreprise par Pons. Et pourtant! Mitterrand dans le débat avec Chirac a été on ne peut plus clair : il n’y aura pas de changement dans la politique menée vis à vis de l’immigration et en ce qui concerne l’affaire d’Ouvéa lui même a donné son accord pour la prise d’assaut, même s’il avait demandé comme lors de l’assassinat d’Eloi Machoro que cela se fasse avec le moins de morts possible… Mitterrand a dit qu’il était en accord avec les lois Pasqua, même s’il voulait revenir sur certaines dispositions</em>»…”</p>
<p>- <strong>1989</strong><br />
L’année démarre sur une campagne pour la libération de Pantxoa, «<em>guitariste du groupe KGB, condamné à quatre ans de prison, pour avoir jeté deux cocktails molotov sur les volets d’un policier responsable de l’expulsion de son ami Luis, chanteur du même groupe, et qui passe son deuxième Noël en prison</em>». Les lignes de force du journal varient peu : antifascisme qui garnit souvent les premières pages, luttes de libération nationale, luttes de l’immigration et antimilitarisme. A noter une ouverture de plus en plus grande aux perspectives européennes, bien sûr à propos de l’extrême droite mais pas seulement puisqu’on trouve de nombreux article sur la question de l’asile. Un numéro spécial est d&rsquo;ailleurs consacré à l’Europe : «Pour une Europe ouverte et solidaire. Contre une Europe de l’exclusion du racisme et du fascisme». «<em>Cette Europe en construction, si elle ne fera pas disparaître les États nationaux, entraînera néanmoins un certain nombre de modifications dans notre vie quotidienne, en terme de droit et de liberté. En effet, l’Europe en préparation est celle du contrôle social et de la répression. Au centre de ce processus, se trouve la question de l’harmonisation des législation entre les différents États liée à la question de la disparition des barrières douanières, et plus largement des frontières. Or cette harmonisation se prépare dans un climat social globalement désastreux : crise économique, développement de la précarisation, restructuration, chômage… Ces facteurs sociaux se répercutent politiquement par une montée généralisée de l’extrême droite au niveau européen, et plus largement par une dérive droitière de toutes les formations politiques</em>» (Ouf!!). Ce numéro débute par le récit de l’expédition de la délégation de <em>Réflexes</em> au congrès antifasciste de Berlin : «<em>Vous prenez cinq militant de Réflex (ce qui donne deux chevelus, un rasé, un créteux et une caution présentable) que vous mettez dans une voiture convenable (…) Vous choisissez un itinéraire vous permettant de passer un maximum de postes frontaliers, afin de tester au mieux l’homogénéisation des coutumes douanières (…) Après avoir parcouru deux mille kilomètres et surtout passé près de huit heures aux seuls postes frontières, vous avez enfin constaté que les sondages (des voitures aux frontières NDLR) sont à la mode, et l’approfondissement systématique aussi. Vous en êtes presque à souhaiter que l’harmonisation des législations fasse que la prochaine fois, les premiers qui fouilles vous donnent un bon de passage à remettre au poste suivant&#8230;</em>» N’ayant peur de rien, REFLEX et le Scalp-Paris organisent une manifestation le 22 avril «Pour une journée européenne antifasciste, antiraciste et antisexiste», manifestation qui rassemblera Place de l’Europe, à 5 minutes du siège du Front national quelques deux cents personnes. L’autre campagne qui mobilisera une grande partie des Scalp en France sera la tournée Géronimo à laquelle participera entre autres Laid Thénardier, Dirty District, ND, Brigades, Washington Deads Cats, les Kamioneurs du Suicide… On trouve toujours des enquêtes sur le PNFE, les skins, la FPIP.</p>
<p>- <strong>1990</strong><br />
Changement de format, <em>Réflexes</em> passe en A4, d’abord plutôt modestement, puisque le n°27 ne compte que 14 pages et n’est servi qu’aux abonnés. On ne notera dans ce numéro que la marche caravane pour la libération de Jean-Philippe Casabonne qui se termina à Paris début février par une maigre manifestation. Après plusieurs années de mobilisations antifascistes, un bilan était nécessaire d’autant plus que, loin de diminuer, les scores du Front National et le racisme ne faisaient que croître. D’où un numéro bilan réalisé avec la revue anarchiste <em>Noir et Rouge</em>, intitulé «Antifasciste pourquoi ?» (n° 28/29, 60 pages). Le bilan est sévère pour l’antifascisme libéral mais pas seulement. Ainsi Vanina (du collectif Noir et Rouge) conclut son article «Antifascisme : Remède ou poison ?» : «<em>Parler d’«antifascisme» pour désigner la dynamique lancé contre un mouvement type FN est impropre (…) et peut même se révéler gênant dans la mesure où l’appel aux références historiques ne reçoit guère l’écho de l’opinion publique. De plus comme elle permet de ratisser large, cette étiquette peut masquer l’absence de contenu politique dans le message «antifasciste» (…). De plus, la nécessité d’une clarification politique, aussi réelle soit-elle, n’est pas le propre de cet «antifascisme», qui fonctionne actuellement comme un groupe un groupe de pression; c’est celui de l’extrême gauche en général, en mal d’alternative et de stratégie politiques (…) ainsi que de nouvelles formes de militantisme. (…) La clarification politique est nécessaire à court terme, sous peine d’essoufflement, parce que le fonctionnement sur des signes de reconnaissance et des slogan ne fonctionne jamais bien longtemps (…) l’antifascisme radical, lui, doit se structurer comme un mouvement politique, s’il veut se développer réellement. Il doit aussi veiller à ne pas se «ghettoïser» en conservant une attitude défensive ou en se laissant confiner (…) en marge de la société; il doit au contraire «sortir de sa réserve» en adoptant une autre démarche vis-à-vis de l’extérieur. (…) il faudrait songer à établir de nouveaux réseaux permettant de reconstruire le tissus social et d’éviter à chacun de rester dans sa bulle — autrement dit recréer un autre militantisme, en particulier dans les grandes villes, pour impulser une plus grande dynamique. Réinvestir les quartiers favoriserait une intervention sur le politique du logement, par exemple</em>.» Le collectif REFLEX lui aussi tire son bilan (dans «L’antifascisme radical, quesaco ?») : «<em>la notion de travail local continue de poser problème. Elle a vécu jusqu’alors sur un dynamique de développement, et il s’agit maintenant de consolider celui-ci sur la base des acquis, mais aussi en fonction de perspectives à créer. Deux hypothèses se dégagent :<br />
Soit le travail de terrain est considéré comme une occupation en termes idéologiques, une affirmation de son existence, et alors cet objectif a été atteint;<br />
Soit le travail de terrain se comprend en termes d’occupation idéologique, mais indissociablement liée à une occupation politique et sociale : être capable d’initiatives, de peser dans un rapport de forces politiques, de créer des réseaux de sociabilité-convivialité. Bref, être incontournable sur le terrain (thèmes et lieux) choisi, que se soit en terme de mobilisation (quantitatif) ou d’analyse et de perspective (qualitatif), condition sine qua non d’une véritable autonomie politique</em>». <em>Réflexes</em> continue toujours ses enquêtes sur l’extrême droite (FPIP, PNFE, Nouvel Ordre Européen et un petit nouveau le KKK français) et développe ses contacts à l’étranger (Dossier sur la Grande-Bretagne, dans le n°31 de l’été 1990). L’appel de Gilles Perrault «Le temps de la contre-offensive est venu» est publié (n°31 été 1990), mais l’initiative de «l’Appel des 250» est très vite critiqué (n°32 octobre 1990) : «<em>Poser le problème de la lutte antifasciste de façon structurelle : unité, front uni, front républicain, n’est ce pas mettre la charrue avant les bœufs. La proposition des 250 de collectifs unitaires reposant sur de simples agrégations d’organisations n’est elle pas un échec consommé depuis de longues années? C’est une des raisons qui avait vu le Scalp apparaître à Toulouse en 1984, et c’est l’absence totale de réactions face au Front national et aux fascistes qui a donné naissance depuis trois ans à des Scalps dans toute la France… l’affirmation d’un discours alternatif et radical sera-t-il noyé par les machineries politiciennes? Il ne tient qu’à nous qu’il en soit autrement</em>».<br />
Cette année se termine par un dossier sur le rock alternatif qui entretient des liens avec le mouvement antifasciste radical explicité dans l’édito du dossier : «<em>Chaque mois nous organisons un ou deux concert où musique et politique se mélangent pour former un cocktail détonnant. Les groupes que nous invitons ont tous en commun d’avoir une autre démarche vis à vis de leur public, d’instaurer de nouvelles règles du jeu où le fric ne serait plus maître… Dans ces concerts, groupes ne sont pas là «pour animer la soirée» ou attirer les gens dans le giron de quelques officines politicardes, mais parce que leurs préoccupations et leur combat convergent avec les nôtres</em>». «<em>Dans les années 80, le rock, que l’on appelait pas encore alternatif, est né, porté par le mouvement autonome. Les concerts se tenaient dans les espaces libérés, des usines squattée. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, le militantisme a régressé… Le mouvement alternatif a évolué vers une plus grande prise en charge : autoproductions, labels indépendants, fanzines, réflexion sur le problèmes de la distribution, etc… Le rock alternatif a joué un rôle incontestable dans la «repolitisation» d’une partie de la jeunesse, notamment par son engagement antifasciste</em>».</p>
<p>- <strong>1991</strong><br />
Vache maigre pour le magazine (deux malheureux numéros), mais néanmoins une très forte activité militante puisque REFLEX et d’autre individus et collectifs créent les collectifs Guerre à la guerre qui publieront un hebdomadaire pendant un mois, l’objectif n’étant rien de moins que «<em>de briser cette machine de guerre qui n’a d’autre fonction que de renforcer la misère sociale que connaissent les peuples du tiers monde et aussi certaines couches sociales en Occident</em>». Le numéro 33 de février 1991 tourne autour des questions du contrôle social et de la répression alors que le dossier principal «East side story» s’inquiète de la montée des nationalismes dans les anciennes démocraties dites «populaires». Le numéro suivant «De Le Pen à Cresson : France terre d’exil» (n°34 été 1991) tourne autours de la situations en banlieue, de l’antifascisme, de la police et de la Guerre du golfe.</p>
<p>- <strong>1992</strong><br />
L’année démarre pour <em>Réflexes</em> par la publication avec l’émission de radio Parloir Libre d’un numéro spécial : «L’État assassine. Meurtre racistes et sécuritaires» qui actualisait une brochure éditée à la fin de l’année 1986. Un premier article reprend l’ensemble des affaires où un flic ou gendarmes a tiré ou tué des personnes, avec pour chaque meurtre les suites judiciaires. La simple chronologie de 1972 à 1991 qui s’étend sur une quinzaine de pages montre l’impunité dont bénéficient les forces de «l’Ordre». La brochure analyse ensuite le rôle de la justice et celui des associations. Après ce numéro spécial, <em>Réflexes</em> reprends ses habitudes : enquêtes sur l’extrême droite (les Cercles du Front national, Nouvelles résistances, skins, Nouvelle droite) mais aussi réflexion sur le Front national, «Fascisme ou réaction» concluant que «<em>le FN n’est pas un parti fasciste, au sens historique du terme, car il n’a pas pour vocation de proposer «un ordre nouveau», ayant des finalités totalitaires, motivé par des penchants révolutionnaires; au contraire il œuvre plutôt vers un retour des «valeurs traditionnelles», et ce pour endiguer la décadence dans laquelle évoluerait actuellement la société française; il est donc un parti réactionnaire ou ultraréactionnaire</em>» (…) «<em>le problème est bien la montée des idéologies et politiques autoritaires et sécuritaires, pendant des logiques d’exclusion sociale ; que le FN représente un courant qui prône ce type de choix politiques, surtout qu’il est permis l’ouverture d’espaces idéologiques les légitimant certes, mais pour l’instant il n’est pas au pouvoir ; c’est bien le Parti socialiste qui depuis plus de dix ans gère de façon à satisfaire les besoin du capital, donc qui met en place cette société d’exclusion porteuse en effet d’ordre sécuritaire et donc autoritaire</em>». Le collectif s’engage aussi sur la double peine c’est-à-dire l’expulsion appliquée aux étrangers après leur peine de prison, d’où de nombreux articles, en fait depuis 1991. Les questions internationales prennent elles-aussi de plus en plus d’importance dans le magazine : «<em>Nous refusons la constitution du monde en trois pôles économiques dominants : les États-Unis, le Japon et l’Europe. C’est un monde où s’exacerbera la concurrence entre ces trois blocs, et ce sur le dos des pays du Sud et des victimes de l’exclusion sociale au Nord comme au Sud. a cela nous devons opposer les valeurs de solidarité, d’égalité, de liberté, au Nord comme au Sud, mais aussi militer pour la libre circulation des êtres humains et es idées</em>» (édito du n°37 de l’été 1992). A partir de ce numéro est créer une rubrique au centre du magazine intitulée «<em>Réflexes</em> Europe», ou parfois «<em>Réflexes</em> étranger». À noter à partir de novembre la parution régulière de <em>No Pasaran!</em> qui veut «<em>reconstituer un réseau de lutte contre l’extrême droite, les politiques sécuritaires et autoritaires</em>», ce mensuel sera régulier (ce qui n’est malheureusement pas le cas de <strong>Réflexes) et reprendra e fait petit à petit un des rôles originels de <em>Réflexes</em> : faire la contre-info, et rendre compte des initiatives de collectifs de luttes.</strong></p>
<p>- <strong>1993</strong><br />
<em>Réflexes</em> peine à trouver sa formule, et sa périodicité est toujours aussi erratique (trois numéros pour l’année). Le n°38 de février 1993 tente la formule du dossier en ouverture qui déroutera nombre de lecteurs. Ce premier dossier voulait tenter «<em>de traiter de quelques aspects de la citoyenneté. (…) Force est de constater que les avis divergent entre les différents auteurs : Alain Bihr propose d’apporter des «éléments pour répondre à la crise d’identité nationale», Luc Bonnet définit «la citoyenneté comme un outil globalement négatif» et JC tente de réfléchir sur ce que pourrait être une citoyenneté active</em>». Le reste du journal est essentiellement consacré à l’extrême droite, qu’elle soit internationale ou française. La formule dossier est abandonnée dès le numéro suivant qui revient sur une formule magazine qui est encore actuelle : l’ouverture reste aux enquêtes sur l’extrême droite («Les anciens fachos qui nous gouvernent» et le début d’une longue enquête sur l’extrême droite à l’université puis dans le n°40 une enquête sur les mercenaires néo-nazis en ex-Yougoslavie et sur le PNFE), supplément Europe, Police, et immigration, et contre-culture, interview d’Assassin dans le n°39, puis du musicien antifasciste allemand “J” dans le n°40. À noter dans le n°40 un article d’humeur «Nous ne mangeons pas d’antispéciste pour ne pas tuer d’animaux», article qui fera couler beaucoup d’encre (qui n’est pas encore seiche!!), <em>Réflexes</em> sera même l’objet d’une campagne de pétition et de boycott. Pourtant le ton polémique de l’article mettait le doigt sur une dérive du mouvement radical : «<em>l’antispécisme va plus loin que la simple dénonciation des mauvais traitements infligés aux animaux, et sous couvert de bonnes intentions, invente une nouvelle forme de sectarisme, créant une communauté d’où les «viandistes» sont exclus et considérés comme la cause de tous les maux de la planète</em>».</p>
<p>- <strong>1994</strong><br />
Le magazine continue son bonhomme de chemin, les couverture et la maquette s’améliorent d’un numéro sur l’autre. Les enquêtes sur l’extrême droite sont de plus en plus pointues (au grand dam de certains de nos lecteurs qui nous reprochent de savoir lorsque Le Pen a un pet de travers…), enquêtes sur les châteaux du PNFE, sur le NSDAP-AO et l’opération Werwolf, les NR de SOS Bosnia, Jimmy Goldsmith, etc. Mais aussi un espace de réflexion s’ouvre dans le magazine avec des articles sur «La société duale : issue ou impasse ?» d’Alain Bihr (toujours lui?) ou «Postface de <em>À visage découvert</em>» d’Oreste Scalzone. Très impliqué dans le mouvement anti-CIP mars et avril 1994, le réseau No Pasaran décide la publication d’un numéro hors série «On a toujours raison de se révolter», qui tire le bilan du «joli moi de mars». Dépassant le CIP, est analysé le travail et sa fonction : «<em>Il paraît évident qu’en soi, les luttes contre le chômage (exiger le partage du travail ou œuvrer pour la création d’emplois) ne sont guère porteuses de perspectives. Elles doivent obligatoirement s’articuler avec celles portant sur tous les aspects sociaux. En fait, il faut inclure la lutte contre le chômage dans la lutte contre les exclusion, contre la dualisation de la société. Lutter contre l’exclusion, c’est aussi militer pour l’ouverture des frontières, pour la libre circulation des hommes, des femmes et des idées : c’est prôner la multiculturalité, qui doit aussi participer à l’élaboration de la conscience de classe</em>». Le dossier aborde aussi les situation locales à Nantes, Paris, Rennes, Grenoble, Lyon, Tours, Poitiers et Angers puis l’attitude des syndicats, de la police et même de l’extrême droite.<br />
À la fin de l’année universitaire, un groupe local du Scalp de l’université de Nanterre a été au centre (avec nos camarades de la CNT-FAU) d’un micro-cyclone, «l’affaire Watzal», qui est en fait l’expulsion par des étudiants d’un militant de la droite extrême allemande d’un meeting organisé par un professeur, Michel Korinmann, sur le thème «Germanophobie, Germanophilie, l’Allemagne en question» ; l’affaire prend des proportions insensées par la campagne de presse qui se développe contre les militants antifascistes locaux dans le <em>Monde</em> et le <em>Figaro</em> puis dans le presse d’extrême droite, et par le soutien qu’apporteront tant de mandarins de l’Université à Watzal et Korinmann, la direction même de l’université pensant à un moment donné réunir un conseil de discipline et prononcer des renvois de l’université. Cette affaire trouvera un écho dans <em>Réflexes</em> n°44, «Quand les liaisons se font dangereuses».</p>
<p>- <strong>1995</strong><br />
L’heure des restrictions budgétaires touchent le magazine qui ne parait plus que sur 28 pages et uniquement trois fois cette année-là, alors que <em>No Pasaran</em> paraîtra 11 fois et passera de 16 à 24 pages. Ceci est annoncé ironiquement dans l’éditorial du n°45 : «<em>Après <em>Libé</em>, <em>Réflexes</em>! À la nouvelle formule de 80 pages, nous répondons par une offre plus alléchante encore : 8 pages de moins pour le même prix! Nous parlons peu de nous dans nos éditos : mais les variations qu’a connues notre journal tant au niveau du contenu et de la maquette qu’au niveau de la périodicité, méritaient une explication. Nous essayons depuis longtemps de concilier les impératifs financiers et rédactionnels ainsi que les exigences des délais, tout en tâchant de ne pas réduire de ne pas réduire la qualité du journal</em>» tout en promettant «la fin du <em>Réflexes</em>-Arlésienne» : enquêtes (le FN et l’argent, le Gud, les intégristes, la FPIP, les skins, les Hooligans en Europe, la FPIP (encore!!)). Interviews sur les Roms avec Claire Auzias, sur l’Affaire Guingouin avec Michel Taubmann, sur la Yougoslavie avec Patrick Lecorre mais aussi Raymonde et les Blancs Blecs. On trouve toujours dans le chier Europe des articles traduit de <em>Searchlight</em> ou de <em>l’Antifa Info Blatt</em>.</p>
<p>- <strong>1996</strong><br />
Deux numéros pour les premiers mois de cette année, un numéro spécial «Face au sexisme, au machisme, au patriarcat…» réalisé par des militants du réseau No Pasaran! est entièrement consacré à l’antisexisme. «<em>Depuis un certain temps, des débats sur le sexisme, le machisme, le patriarcat, l’homophobie, traversaient nos groupes. De la lutte contre les cathos intégristes à la volonté d’installer entre nous des relations égalitaires, du ras-le-bol des pogos machos dans les concerts à la lutte des femmes algériennes, chiapanèques ou tibétaines, la nécessité de développer nos positions et une réflexion plus approfondie se faisait sentir. Nécessité de développer nos position et une réflexion plus approfondie se faisait sentir. Nécessité également de connaître l’histoire des luttes féministes, de s’interroger sur l’ordre patriarcal et son rapport avec la société dans laquelle nous luttons</em>». Après cinq mois d’attente paraît le n°49 de <em>Réflexes</em> consacré à «La xénophobie au pouvoir» qui analyse la législation anti-immigrée française. Une double enquête dans ce numéro, l’une sur le Mouvement Initiative et Liberté et sur le la police intitulé «Le clan des Marseillais».<br />
Ce numéro 50 devait donc paraître en septembre 1996. Las&#8230;</p>
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		<title>Comme un indien métropolitain&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 11:43:46 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Je ne souhaiterais à personne ce genre d&#8217;exercice : il est trop périlleux. Certains par le passé s&#8217;en sont relativement bien tirés, tel «Le roman de nos origines» paru dans La Banquise n°1 et racontant l&#8217;itinéraire d&#8217;une partie du courant ultra-gauche français. Mais comment aborder dix ans d&#8217;action politique et d&#8217;intervention sur le champ de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne souhaiterais à personne ce genre d&rsquo;exercice : il est trop périlleux. Certains par le passé s&rsquo;en sont relativement bien tirés, tel «Le roman de nos origines» paru dans <em>La Banquise</em> n°1 et racontant l&rsquo;itinéraire d&rsquo;une partie du courant ultra-gauche français. Mais comment aborder dix ans d&rsquo;action politique et d&rsquo;intervention sur le champ de l&rsquo;antifascisme et de l&rsquo;anticapitalisme ?<br />
Faut-il commencer par dix ans de slogans, dont le succès se mesure à la manière dont ils ont été repris par d&rsquo;autres organisations politiques (y compris nos ennemis) : «Sortons de notre réserve», «C&rsquo;est à la misère qu&rsquo;il faut s&rsquo;attaquer, pas aux immigrés !», «Police partout, justice nulle part !» ?<br />
Faut-il continuer par dix ans de construction acharnée d&rsquo;un collectif sous tous ses aspects, avec bien souvent l&rsquo;impression de bégayer : dix ans de presse, d&rsquo;interventions sur le terrain, de concerts, d&rsquo;erreurs grossières, de réseaux départementaux, régionaux, nationaux, européens, galactiques ? Ou par dix ans de fâcheries diverses et variées avec tout le monde, y compris et surtout avec les personnes qui étaient bien souvent les plus proches du collectif, en précisant assez inutilement que ces fâcheries n&rsquo;eurent bien des fois qu&rsquo;un lointain rapport avec la politique ?<br />
Ou encore par dix ans d&rsquo;analyses, dont la validité n&rsquo;a hélas jamais été aussi affirmée, sur la montée en puissance d&rsquo;une xénophobie née du système capitaliste ?<br />
Faut-il terminer par dix ans de luttes à venir qui seront sans doute parmi les plus décisives ?<br />
Puisqu&rsquo;il faut bien commencer par quelque chose…</p>
<h3>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un combat, continuons le début !</h3>
<p>Prenez un groupe de jeunes, étudiants ou lycéens, de Nanterre ou d&rsquo;ailleurs en région parisienne, membres d&rsquo;une structure libertaire relativement restreinte (Coordination Libertaire Étudiante), déçus par le faible travail de fond du mouvement libertaire ou l&rsquo;absence de liaisons entre différents fronts de lutte, confrontés à une lame de fond autoritaire symbolisée par la montée du FN… Secouez le tout, servez en 1986, vous obtenez REFLEX, Réseau d&rsquo;Étude, de Formation et de Lutte contre l&rsquo;Extrême-droite et la Xénophobie, vilain petit canard prêt à lutter sur tous les fronts : mesures sécuritaires, immigration, antifascisme, luttes de libération nationale et sociale, soutien aux personnes incarcérées, antimilitarisme. Cela reflétait les centres d&rsquo;intérêt des différents «fondateurs» ainsi que la période politique dans laquelle cette création prenait place. La droite revenait au pouvoir en portant haut la bannière de l&rsquo;Ordre et des valeurs, l&rsquo;espoir de voir émerger un mouvement autonome de l&rsquo;immigration s&rsquo;éloignait après son phagocytage par la pieuvre social-démocrate et sa tentacule SOS-Racisme, l&rsquo;extrême-droite progressait, portée entre autres par les calculs politiciens des uns et des autres. Le camarade Vladimir Illich aurait dit «Que faire ?», certains ne se posaient plus la question depuis 1984 et la première réponse radicale contre le FN à Toulouse, à savoir l&rsquo;attentat contre le palais des congrès qui permit l&rsquo;annulation du meeting de Jean-Marie Le Pen. L&rsquo;émergence dans cette ville d&rsquo;un mouvement autonome antifasciste affirmant qu&rsquo;il fallait empêcher l&rsquo;extrême-droite de s&rsquo;exprimer ouvrait la voie à de nouveaux regroupements, qu&rsquo;ils se nomment Section Carrément Anti Le Pen ou CRAFAR (Lille), Urgence (Lyon), CAF (Marseille) et qu&rsquo;ils s&rsquo;appuient sur des conceptions libertaires, léninistes ou tout simplement mal définies ?<br />
Assez rapidement, l&rsquo;antifascisme radical est devenu l&rsquo;objet privilégié de lutte, avec comme base une réflexion simple : l&rsquo;extrême-droite est un condensé de tout ce qu&rsquo;on peut exécrer en tant que libertaire : conception autoritaire et élitiste de la société, vision suprémaciste blanche très largement répandue parmi ses membres, patriarcat, instrumentalisation par la bourgeoisie. Cela partait d&rsquo;une vision correcte des choses qui pourtant n&rsquo;est pas passée au-delà des militants : le FN a bien un rôle de diviseur du mouvement social entre les petits blancs et les autres mais ce n&rsquo;est pas une marionnette, ni un pantin et il n&rsquo;est que porté par un très large mouvement de la société en faveur de l&rsquo;Ordre et de la sécurité. La Coordination Nationale AntiFasciste qui se crée en 1987 affirmait donc la nécessité d&rsquo;investir le milieu social sous toutes ses formes et en particulier le milieu associatif. Pendant ce temps, il naissait des SCALP un peu partout, à partir de groupes d&rsquo;amis et sous des formes chaotiques. Cette atmosphère faite de délires médiatiques et d&rsquo;exaltation rigolarde n&rsquo;est sans doute pas près de se revoir de sitôt en politique. C&rsquo;est sans doute la seule bonne chose qu&rsquo;ait pu nous apporter l&rsquo;émergence du FN en tant que force électorale…<br />
Ce qui est sûr, c&rsquo;est que l&rsquo;antifascisme radical n&rsquo;a pas marché :<br />
- Le milieu associatif ou syndical n&rsquo;a pas vu débarquer des hordes de militants radicaux conscients de la partie à jouer. Incapacité à tenir les objectifs affichés ? Certes, mais faute de troupes : que faire à 200 ? Or mis à part certaines villes, la plupart des SCALP n&rsquo;ont jamais compté plus de militants que celui de l&rsquo;université de Tolbiac avec sa dizaine de membres…<br />
- REFLEX n&rsquo;a pas réussi à fixer autour de lui les dizaines de jeunes cotoyées lors des manifestations et concerts. Pire, les fâcheries ont été si nombreuses qu&rsquo;une partie de ceux qui liront cet article se sentiront concernés par ces lignes : fâcheries politiques avec l&rsquo;OCL en 1988-1989, avec la SCALP de Paris et ses «débris» en 1991 ou avec d&rsquo;autres encore; fâcheries pour des poils de moustache(1) avec des individus dont le ressentiment est aujourd&rsquo;hui bien souvent apaisé, Bakounine soit loué !<br />
- Une génération fiable de militants n&rsquo;a pas émergé de ces cinq années d&rsquo;activisme échevelé.<br />
Mais après tout, puisqu&rsquo;il faut bien se consoler avec quelque chose, l&rsquo;opération socio-démo-politicarde SOS-Racisme a-t-elle mieux réussie avec des moyens sans comparaison aucune avec ceux possédés par la CNAF durant 3 ans ? Et cela doit-il occulter l&rsquo;incontestable tentative de renouveau de l&rsquo;implication libertaire qu&rsquo;a pû représenter l&rsquo;association REFLEX durant toutes ces années ?</p>
<h3>Après la pluie, le beau temps…</h3>
<p>1991 s&rsquo;est donc présentée comme l&rsquo;année noire de l&rsquo;antifascisme radical. Cette situation peut très largement s&rsquo;expliquer par le manque de perspectives politiques qui pouvaient s&rsquo;offrir aux vues des militants. L&rsquo;accusation de servir la soupe à la social-démocratie par le biais d&rsquo;un antifascisme borné était toujours latente de la part de «camarades» radicaux toujours bien intentionnés. Mais les bonnes fées de l&rsquo;antifascisme étant nombreuses et persévérantes, l&rsquo;année suivante a vu une certaine renaissance qui n&rsquo;a cessé depuis de se confirmer. Il faut dire que ce mouvement s&rsquo;est avéré un peu général. «Comités Ras l&rsquo;Front», «Ligue antinazie», «Jeunes contre le Racisme en Europe», «Comités contre Le Pen»… Les autoproclamés arrières petits-enfants de Trotski ont décidément l&rsquo;art et la manière de multiplier les structures attrape-militants. Ils ne sont pas les seuls ! Ainsi en est-il des «Manifeste contre le Front National», «Comité de vigilance contre l&rsquo;extrême-droite» et autres attrape-ploum-ploum pré-électoraux. Beaucoup de sincérité «antifasciste» derrière tout cela mais combien d&rsquo;analyses justes sur la responsabilité des «démocrates» dans la montée du Front et l&rsquo;origine capitaliste de celle-ci ? De fait, la relance d&rsquo;un nouveau réseau antifa-radical à partir des décombres de la CNAF s&rsquo;est-il traduit par un saut qualitatif dans la lutte contre les miasmes frontistes ? Déjà, le changement de nom s&rsquo;est avéré plus convivial que l&rsquo;ancien «CNAF» qui ressemblait tant à l&rsquo;aboiement du labrador à feu monsieur le président. Lorsque l&rsquo;on connait l&rsquo;importance des sigles dans le petit milieu libertaire, on comprendra immédiatement l&rsquo;enjeu de la chose… Ensuite, d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, l&rsquo;élargissement régulier des contacts et l&rsquo;enracinement de ces derniers a permis des échanges dont la CNAF n&rsquo;avait pas offert d&rsquo;exemples à l&rsquo;époque de sa «gloire». Certes, ce n&rsquo;est pas le réseau No Pasaran qui arrêtera la progression du FN et l&rsquo;installation de la barbarie au coeur des métropoles capitalistes. Mais constituer un grain de sable est déjà en soi un objectif à part entière… Si cela peut également permettre une mise en pratique de principes et pratiques politiques différentes, le bonheur sera complet. Seulement, il est évident que la tâche sera ardue : REFLEX a changé, mais le P.F.F. (Paysage Faf Français) aussi. Le travail de fourmi prend donc définitivement la place du militantisme spontanéiste, celui qui nous voyait courir un peu partout dans Paris quelque fois derrière et bien souvent devant nos ennemis fafounets. Voyons ce qui modifie quelque peu la donne…</p>
<h3>À Saint-Cloud, rien de nouveau ?</h3>
<p>En dix ans, les craintes que l&rsquo;on pouvait avoir à l&rsquo;égard du renforcement des tendances xénophobes des sociétés européennes se sont hélas confirmées… Pourtant l&rsquo;évolution de l&rsquo;extrême droite française n&rsquo;est pas seulement quantitative, elle est également qualitative. Ainsi il est certain que l&rsquo;enracinement du Front National prend des allures électorales choquantes : meilleur score aux élections présidentielles en 1995 avec 15% des suffrages exprimés, quatre villes d&rsquo;importance conquises… Pourtant, est-ce vraiment cet aspect des choses qui doit nous faire hurler au retour du fascisme ? Après tout, le FN ne progresse bien souvent que grâce à une abstention massive qui n&rsquo;a jamais été aussi peu porteuse de perspectives de rupture avec le système démocratique libéral, n&rsquo;en déplaise aux compagnons anarchistes abstentionnistes. Quel commentaire à apporter face à l&rsquo;élection cantonale partielle de Toulon en septembre dernier au cours de laquelle le candidat frontiste progresse de 15 points alors qu&rsquo;il y a 66,63% d&rsquo;abstentions ?<br />
Par contre, il est clair qu&rsquo;en dix ans, la légitimité et le discours du FN ont changé. D&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, le FN est devenu le pivot incontournable des droites radicales en France. Il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;être grand clerc pour faire ce constat : il suffit de faire le bilan de ce qui est et de ce qui n&rsquo;est plus. Exit les groupuscules plus ou moins folkloriques qui attiraient à eux une fraction radicalisée de la jeunesse nationaliste :<br />
- Le GUD a été absorbé par Renouveau Étudiant dont il assure l&rsquo;encadrement, tout en se permettant quelques facéties qui doivent rappeler le bon vieux temps aux plus anciens militants : collages d&rsquo;affiches anti-israëliennes ou anti-gouvernementales sur le périphérique parisien, «commando» itinérant qui depuis un an laisse des traces à intervalles réguliers dans le cuir chevelu des étudiants syndiqués de quelques campus provinciaux. Les affrontements physiques des campus parisiens (Sorbonne, Tolbiac) ont disparu et ceux qui refusent la normalisation frontiste ont été contraint de se réfugier dans des petits regroupements plus ou moins obscurs : Union Nationale des Etudiants de Droite ou petites revues du type <em>Réfléchir &amp; Agir</em>(2). Ceci dit, cela n&rsquo;empêche pas tous ces joyeux drilles de se croire encore au bon vieux temps, comme le démontrent les dernières mésaventures policières de F. Châtillon, D. Warlet ou É. Rossi qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;une prochaine étude de <em>Réflexes</em>. L&rsquo;UNED a rejoint au printemps de l&rsquo;année dernière une myriade de petits groupes(3), composés de dissidents du FN pour la plupart, pour former l&rsquo;Alliance solidariste. Cependant, selon les responsables de l&rsquo;Alliance, celle-ci n&rsquo;entend pas concurrencer le FN mais «<em>l&rsquo;aider dans tous les cas où cela sera possible</em>.» Cette position a le mérite d&rsquo;être claire, contrairement au solidarisme lui-même qui, rappelons-le, se veut(4) «<em>une doctrine politique prônant la création d&rsquo;une organisation sociale respectant les aspirations matérielles, intellectuelles et spirituelles de la personne, pour assurer en particulier l&rsquo;équilibre entre la responsabilité de l&rsquo;individu et sa liberté, la prise en compte concrète à tous les niveaux de la société des diverses solidarités dans lesquelles il est engagé et la détermination de la finalité sociale.</em>» Si vous pensez que tout cela est bien confus, vous avez raison car «<em>la définition du solidarisme recherche moins la clarté que l&rsquo;unité</em>.»(5). On ne lui fait pas dire…<br />
- La mouvance nationaliste-révolutionnaire s&rsquo;est trouvée absorbée dans l&rsquo;orbite frontiste, alors même qu&rsquo;elle semblait s&rsquo;en éloigner depuis quelques années. Ainsi, lorsqu&rsquo;en 1991 Troisième Voie scissionne entre l&rsquo;organisation Nouvelles Résistances et les Bases autonomes (bien vite disparues) et chasse Jean-Gilles Malliarakis de son poste de secrétaire général, c&rsquo;est au nom de la pureté de la doctrine nationaliste-révolutionnaire, considérant que J.-G. Malliarakis n&rsquo;avait fait que mener une politique réactionnaire, assujettie aux intérêts du FN et pousser le mouvement NR dans une impasse. Nouvelle Résistance paraissait alors vouloir développer une politique s&rsquo;appuyant sur la pensée de théoriciens comme Jean Thiriart et le national-bolchevisme, ne ratant pas une occasion de vilipender son ancien secrétaire général et le FN, qualifié de parti raciste et de valet du système. Les thèmes développés par NR à travers sa presse allait de l&rsquo;écologie au soutien aux mouvements de libération nationale et l&rsquo;infiltration de quelques mouvements politiques progressistes semblait en être une conséquence logique. Pendant ce temps, Malliarakis adhérait officiellement au FN, développait des thèses ultra-libérales sur les ondes de son émission de Radio-Courtoisie, abandonnait son poste de responsable francilien de la CDCA et finissait par fermer sa librairie «héritée» d&rsquo;Henri Coston : la Librairie française.<br />
En cet automne 1996, les choses sont devenues plus claires et le retour de NR dans le giron extrême-droitier est bien avancé comme en témoigne les «événements» de cette année : promotion d&rsquo;André-Yves Beck, cadre NR et ancien TV, au poste de Chargé de la communication de la mairie frontiste d&rsquo;Orange(6), participation remarquée aux différentes manifestations organisée par le FN comme celle de septembre à Marseille consécutive à l&rsquo;assassinat d&rsquo;un collègien, promotion interne au poste de responsable de la jeunesse de Fabrice Robert, conseiller municipal frontiste francilien et leader du groupe bonehead Fraction Hexagone, scission d&rsquo;une partie des militants cet été sur la question de l&rsquo;inféodation de NR au FN dans la perspective définie par le secrétaire général Christian Bouchet de développer des thèses nationalistes-révolutionnaires au sein du FN. Il semble que le chant des sirènes frontistes ait résonné plus fort aux oreilles de C. Bouchet que ses précédentes affirmations, du type :«<em>J&rsquo;ai beaucoup de mal à imaginer comment on pourrait s&rsquo;affirmer NR au sein du FN d&rsquo;une manière cohérente et suivre la ligne de celui-ci : réclamer la suppression de l&rsquo;impôt sur le revenu, manifester pour le rétablissement de la peine de mort, cohabiter avec un sioniste comme Hemmerdinger ou un zouave pontifical comme Romain Marie</em>.» Il est clair que même si, en façade, Nouvelle Résistance continue d&rsquo;exister(7), ce sera dans l&rsquo;orbite et avec l&rsquo;aide du FN(8), comme le démontre la présence de militants NR sur certains marchés et en particulier celui du XIII° arrdt de Paris.<br />
- Les groupuscules à sensation l&rsquo;Œuvre française et PNFE demeurent dans leur léthargie, ponctuée épisodiquement de «scandales» ou de «coups», telle l&rsquo;appartenance au PNFE d&rsquo;une partie des profanateurs de Carpentras ou la préparation d&rsquo;un attentat contre Patrick Gaubert en 1993-1994 par des soudards de l&rsquo;Œuvre. Ces deux structures n&rsquo;ont finalement jamais pesé aussi peu dans le camp nationaliste, tant en terme d&rsquo;influence politique qu&rsquo;en terme numérique. Cela ne peut que pousser certains vieux routards de ces groupes à se rapprocher du FN, comme l&rsquo;a finement noté le <em>Monde</em> avec sons sens aigüe de l&rsquo;observation politique et comme le prouve l&rsquo;acceptation de double appartenance de la part de l&rsquo;Œuvre. Il en va de même des «figures» ultra-nationalistes des années 1980-1990 : Olivier Mathieu, Yann-Ber Tillenon, Tristan Mordrel, Michel Faci, etc… Certains ont disparu et pris la fuite après de multiples fâcheries, avec le PNFE par exemple, d&rsquo;autres tentent vaille que vaille de maintenir quelques activités alors même qu&rsquo;ils n&rsquo;ont cessé d&rsquo;accumuler les déboires financiers, en particulier dans le domaine de l&rsquo;édition et des librairies. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;à Paris la Librairie a pris le relais d&rsquo;Ogmios et a été elle-même remplacée par l&rsquo;Æncre qui vient de se faire racheter par des militants FN ou proches du FN qui tirent leurs fonds des juteux commerces de la Sécurité et des minitels roses.</p>
<h3>Un parti national et social ?</h3>
<p>Par ailleurs, le FN a manifestement décidé d&rsquo;accentuer son discours rupturiste et ce pas forcément sur ce que l&rsquo;on croit. Jusqu&rsquo;à présent, le Front national proclamait clairement son appartenance à la droite et aux valeurs de celle-ci en s&rsquo;affirmant «droite nationale et populaire»(9). Il n&rsquo;est pas évident que le slogan «Ni droite, ni gauche, Français !» ne soit autre chose qu&rsquo;une affirmation volontariste comme le FN en a le secret. Les différents sondages de l&rsquo;année dernière consécutifs aux procès intentés par le FN à certains organes de presse pour «affirmation calomnieuse» montrent, y compris pour ses plus farouches électeurs, que le FN est un parti de droite, dès lors que la valeur fondamentale de ce courant est encore d&rsquo;être le parti de l&rsquo;Ordre. L&rsquo;expression médiatiquement à la mode de «gaucho-lepénisme»(10) semble de fait assez décalée…<br />
Par contre, le noyau dur du FN accentue manifestement son objectif de diffusion de thèmes jusqu&rsquo;alors au second plan mais qui deviennent la nouvelle ligne du parti, justifiant ainsi l&rsquo;analyse de H. Arendt sur les cercles du totalitarisme et la diffusion des idées les plus ignobles au travers de ces cercles pour atteindre la société toute entière. Il en va ainsi du thème de «l&rsquo;inégalité des races», inoculé à la société toute entère grâce aux mass-media après avoir été diffusé par le passé dans la littérature du mouvement :«<em>Il existe des races différentes, des ethnies différentes, des cultures différentes, je prends acte de cette diversité et de cette variété, mais j&rsquo;établis bien sûr une distinction à la fois entre les êtres et entre les peuples ou les nations. Je ne peux pas dire que les Bantous ont les mêmes aptitudes ethnologiques que les Californiens, parce que cela est tout simplement contraire à la réalité. (…) S&rsquo;il est exact que les Hommes ont droit au même respect, il est évident qu&rsquo;il existe des hiérarchies, des préférences, des affinités qui vont de soi</em>.»(11) Il en va de même de l&rsquo;antisémitisme, avec des attaques lors du premier mai 1996 contre «le capital anonyme et vagabond», «la minorité anonyme et conquérante», «le complot mondialiste visant à détruire les nations et les structures de l&rsquo;ordre naturel», «la domination complète de toute la planète dans tous les domaines : financier, économique, commercial, juridique, voire religieux.» En comparaison, la tentative d&rsquo;implantation sociale et les déclarations qu&rsquo;elle suscite de la part des dirigeants du parti(12) ne correspondent donc pas tant à une affinité soudaine pour le progressisme social qu&rsquo;à une stratégie simple et efficace de développement du parti. Ce n&rsquo;est donc pas le FN qui se durcit (il n&rsquo;a pas fondamentalement évolué dans ses références et sa vision du monde) mais les différents cercles qui l&rsquo;entourent dans la société, de l&rsquo;électeur fidèle au simple sympathisant sur le thème de «l&rsquo;immigration-invasion». Ce saut qualitatif du discours se traduit par la place prise par le FNJ au sein du FN et qui serait impensable dans n&rsquo;importe quel autre parti. La fascination pour cette jeunesse et le culte qu&rsquo;elle entraîne depuis toujours dans ce courant politique poussent le FN à laisser le FNJ diffuser une image fasciste(13) du mouvement qui n&rsquo;est plus vue comme un handicap puisque c&rsquo;est toute une partie de l&rsquo;opinion qui la porte par sa xénophobie.<br />
Pour conclure à titre provisoire, le FN est plus que jamais un diffuseur de métastases xénophobes et autoritaires dans la société. Il n&rsquo;est sans doute ni plus ni moins fascisant qu&rsquo;il y a quelques années, par contre son discours a peu à peu modelé certains pans de la société au point que ses idées n&rsquo;ont jamais été aussi dangereuses. C&rsquo;est clair : on est bien reparti pour dix ans de luttes ! Mais cette lutte se fera sur le terrain, dans la rue, par tous les moyens nécessaires et certainement pas dans les urnes. Que cessent donc pour tout le monde les illusions social-démocrates serait ainsi le meilleur présage d&rsquo;une lutte victorieuse.</p>
<p>Notes<br />
(1)Comprenne qui voudra et qui pourra…<br />
(2)Les rédacteurs de la revue rappellent cependant à intervalles réguliers que, faute de mieux, ils soutiennent le FN, considérant que ce parti, malgré tous ses défauts, demeure le principal espoir d&rsquo;accèder au pouvoir pour le camp nationaliste.<br />
(3)Mouvement solidariste français, Groupe solidariste Francité, Sauvegarde des métiers, Alliance nationale, Cercle Saint-Michel, Fragments, Cercle des Jeunes Agriculteurs Français, Décision française, revue <em>L&rsquo;Écritoire</em>.<br />
(4)<em>Citadelle</em> n°6, juillet-août 1992, revue de France-Solidarité, groupe dont faisait partie Gérard Bouchet, à présent dirigeant du Mouvement solidariste français.<br />
(5)Idem<br />
(6)Cf <em>Réflexes</em> n°47<br />
(7)Un nouveau bi-mensuel est d&rsquo;ores et déjà sorti, <em>Voix du Peuple</em>, dans lequel C. Bouchet affirme avoir été victime d&rsquo;une manœuvre de «l&rsquo;extrême-droite sioniste». En fait, il semble qu&rsquo;une partie des membres du CE de NR ait pris le contrôle des finances (juteuses grâce aux Lybiens !!!) et de <em>Lutte du Peuple</em>. En tout état de cause, en ce printemps 1997, chaque partie continue son petit bonhomme de chemin.<br />
(8)On peut étayer cette affirmation avec les accusations de <em>Tribune juive</em> début octobre, démenties par J. Bompard dans <em>National-Hebdo</em> du 17 octobre 1996, selon lesquelles <em>Lutte du Peuple</em> devenu <em>Voix du Peuple</em> serait imprimé par la mairie d&rsquo;Orange. Le maire d&rsquo;Orange nie cela d&rsquo;autant plus fermement que, selon lui, la mairie ne possède que des photocopieuses. Lorsqu&rsquo;on constate la piètre qualité d&rsquo;impression de <em>Voix du Peuple</em>, on en conclut immédiatement qu&rsquo;accusations et démentis ne sont pas incompatibles…<br />
(9)Cf <em>Militer au Front</em> ou également l&rsquo;interview de J.-M. Le Pen à <em>National-Hebdo</em> n°563 en mai 1995.<br />
(10)Expression «inventée» par Pascal Perrineau<br />
(11)Jean-Marie Le Pen, <em>Les Français d&rsquo;abord</em>, 1984<br />
(11)Cf le salut de Le Pen lors du premier mai à «la longue lutte des travailleurs et des syndicats pour plus de justice, de sécurité et de liberté dans le travail.»<br />
(12)Une étude un peu exhaustive des bulletins régionaux du FNJ suffit à s&rsquo;en convaincre. Dis-moi quelles sont tes références historiques et politiques, je te dirai qui tu es (ou qui tu hais d&rsquo;ailleurs…)</p>
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		<title>Antifascisme : 15 ans de faux-semblants ?</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Feb 2003 18:49:11 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis maintenant plus de dix ans, l&rsquo;antifascisme est devenu une option obligatoire pour qui veut percer politiquement ou même médiatiquement. Même si cette situation a considérablement évolué, et sans doute parce que cette évolution n&rsquo;est pas irréversible, il nous faut essayer de tirer un bilan politique et historique de ce phénomène. Ne pas le faire serait s&rsquo;exposer peut-être à de désagréables surprises dans les mois ou années à venir, tant il est vrai qu&rsquo;il ne suffit pas d&rsquo;avoir décréter la mort du FN pour que celui-ci pousse le dernier râle. Pour autant, ce bilan n&rsquo;est ni exhaustif, ni impartial. Tout au plus prétend-il être honnête.</p>
<p><strong>À L&rsquo;OMBRE DE NOS GRANDS ANCIENS<br />
</strong></p>
<p>La décennie qui vient de s&rsquo;écouler aura vu le retour sur le devant de la scène d&rsquo;une certaine idée de l&rsquo;antifascisme largement héritée des années 1930, vécues de fait comme l&rsquo;Âge d&rsquo;Or de cette idée politique. Rien d&rsquo;étonnant à cela d&rsquo;un point de vue historique : si l&rsquo;on veut bien prendre le terme au pied de la lettre, toutes les organisations politiques françaises sont “ antifascistes ”, puisque l&rsquo;antifascisme est constitutif du régime politique issu de la dernière guerre mondiale et mis en place par le général de Gaulle. C&rsquo;est ainsi que communistes, sociaux-démocrates et gaullistes peuvent se réclamer de la Résistance à l&rsquo;occupation nazie, sans qu&rsquo;il y ait mensonge sur la réalité de cette filiation. La période de la décolonisation n&rsquo;a fait que renforcer cette situation puisque De Gaulle s&rsquo;est alors violemment opposé aux menées d&rsquo;extrême droite pour conserver l&rsquo;Algérie française (1960-1962) et a combattu la principale organisation terroriste issue de ce courant, l&rsquo;Organisation Armée Secrète, dont de nombreux anciens activistes sont à présent membres du FN. Or l&rsquo;antifascisme de ces années 1930 et des années de guerre présente quelques caractéristiques très particulières. A l&rsquo;origine la notion de fascisme n&rsquo;est finalement que le fruit du hasard de la vie politique italienne. L&rsquo;inflation de son utilisation vient essentiellement des milieux communistes qui à partir des années 1925 se mettent à dénommer ainsi tous leurs adversaires politiques, y compris les socialistes. Le point ultime de cette dérive sera le terme d&rsquo;“ hitlero-trotskiste ”, à la mode dans les années 1930. Les socialistes et les autres forces politiques révolutionnaires ou réformistes préféraient appeler le phénomène “ Réaction ”. Cette non-reconnaissance du phénomène est un bon révélateur de la situation du mouvement antifasciste avant-guerre. Pendant longtemps, il y a refus d&rsquo;accorder toute autonomie politique au phénomène fasciste. Il n&rsquo;est considéré que comme une création et un outil de la bourgeoisie. Il n&rsquo;est donc pas vu comme un mouvement politique à proprement parlé mais comme une bande de mercenaires a-politiques.</p>
<p>Cette situation a plusieurs conséquences sur la lutte antifasciste. D&rsquo;une part, le mouvement est étroitement national dans chaque pays européen et il n&rsquo;y a bien que Turatti, représentant en exil du courant socialiste réformiste italien, pour insister sur le fait que “ le fascisme n&rsquo;est pas purement italien ” et qu&rsquo;il y a donc nécessité d&rsquo;une mise en perspective dans une situation générale : la décomposition capitaliste. L&rsquo;Italie n&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un laboratoire et toute l&rsquo;Europe peut être touchée.</p>
<p>D&rsquo;autre part, le mouvement antifasciste a pris des formes politiques dont le moins que l&rsquo;on puisse faire est de souligner leur dépendance par rapport aux conditions de l&rsquo;époque. La première est l&rsquo;importance et la force de la soumission des mouvements communistes à l&rsquo;URSS. Les intérêts de celle-ci deviennent ceux de millions d&rsquo;ouvriers encadrés dans les partis staliniens. Or ces intérêts ne sont pas révolutionnaires mais nationalistes : la lutte contre le fascisme n&rsquo;est considérée comme prioritaire qu&rsquo;autant qu&rsquo;elle renforce l&rsquo;État soviétique. Le contraste est donc très net entre une analyse antifasciste radicale &#8211; le capitalisme comme origine du fascisme &#8211; et une pratique antifasciste libérale &#8211; la démocratie bourgeoise comme rempart contre le fascisme. Encore cette lecture du phénomène fasciste n&rsquo;est-elle une réalité qu&rsquo;à partir des années 1930 dans la mesure où auparavant, pour les communistes, le fascisme est le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise. Ainsi le fascisme est l&rsquo;arme que la bourgeoisie utilise pour se défendre et le rapport fascisme-capitalisme est donc plus qu&rsquo;étroit même s&rsquo;il est instrumental. La clé de voûte de ce type d&rsquo;explication est donc l&rsquo;économie. Le fascisme est ainsi le pendant politique de l&rsquo;impérialisme. Tout ceci est parfaitement résumé par la sentence de Dimitrov : “ <em>Le fascisme est la dictature du versant le plus réactionnaire de la bourgeoisie capitaliste </em>”. Pourquoi lutter contre une nécessité ?</p>
<p>La deuxième est l&rsquo;idée largement répandue par les sociaux-démocrates que le socialisme serait la démocratie totale, politique et économique, et que la classe ouvrière aurait donc tout à perdre en ne soutenant pas la démocratie politique en place dans les pays européens. Cet antifascisme républicain a pris une forme ultime en Autriche. Les sociaux-démocrates autrichiens, de par la situation de leur pays, y perçoivent très tôt la menace politique représentée par le fascisme italien. Ceci provoque la production d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses mais aussi et surtout dès 1924, la mise sur pied de la “ Ligue de défense républicaine ”, structurée de façon para-militaire. Après la prise du pouvoir en Allemagne par les Nationaux-socialistes, le parti social-démocrate comprend que l&rsquo;Autriche sera sans doute la prochaine cible des mouvements fascistes et tente alors un coup de force qui amène une courte période de guerre civile en 1934. Ce putsch de la structure militaire des sociaux-démocrates échoue et le parti entre alors en clandestinité. L&rsquo;optique choisie est donc que face au fascisme, il faut renforcer la démocratie et réformer le Capital.</p>
<p>Ces deux éléments donnent naissance et forme à l&rsquo;antifascisme libéral ou républicain : un antifascisme qui malgré d&rsquo;éventuelles analyses “ radicales ” fait du combat contre le fascisme une lutte pour la démocratie en escamotant la critique de l&rsquo;État. Un antifascisme qui voit dans la forme du front populaire une combinaison parfaite des revendications de démocratie politique et économique, apte à barrer la route au fascisme alors même qu&rsquo;elle ne touche pas au capitalisme et aggrave par sa politique économique les tensions entre classe ouvrière et classes moyennes, rejetant celles-ci vers le fascisme. Un antifascisme moral qui fait de la démocratie pluraliste et de la dictature fasciste respectivement un Bien et un Mal absolu. Il est indéniable que la décennie 1990 a vu se développer les mêmes bases. Alors que le FN perce électoralement en 1983-1984, les réactions des grandes (ou petites) forces politiques de gauche sont extrêmement faibles et se limitent à des déclarations de principe ou manifestations épisodiques. Le mouvement nationaliste est considéré comme un feu de paille qu&rsquo;une bonne utilisation politique suffira à conjurer. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à quoi s&rsquo;emploient le Parti socialiste et la Droite libérale durant tous les scrutins électoraux de la décennie 1980. Ce n&rsquo;est véritablement qu&rsquo;à partir du début des années 1990 que l&rsquo;antifascisme moral émerge comme force organisée, avec quelques années de retard sur l&rsquo;antifascisme radical. Ce n&rsquo;est guère surprenant !.</p>
<p><strong>CATALOGUE DES INITIATIVES<br />
</strong></p>
<p>Le FN commence sa percée électorale en 1983 à Dreux lors des élections municipales. Il faut attendre 1984 pour qu&rsquo;une véritable riposte ait lieu, lors de la venue de J.-M. Le Pen à Toulouse, avec un attentat contre la salle où il devait faire un discours. Cet attentat est revendiqué au nom du SCALP, Section Carrément Anti Le Pen, étiquette utilisée le 05 juin de la même année pour rassembler en marge d&rsquo;une manifestation unitaire toutes les personnes décidées à en découdre avec le FN. À partir de cette date se créent un peu partout en France des SCALP ou des groupes libertaires comme REFLEX qui rassemblent une fraction radicalisée de la jeunesse qui ne supporte plus la passivité générale face à la montée du FN. Ces groupes (Scalp Toulouse, REFLEX Paris, CRAFAR Lille, GAF Marseille, Collectif Urgence Lyon) se réunissent dans une Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF) en octobre 1987. Cette coordination correspondait au besoin d&rsquo;échanger et de coordonner l&rsquo;activité des groupes antifascistes, de dynamiser la lutte en sortant du matériel commun. Politiquement, elle n&rsquo;était pas unifiée et avait même largement tendance à fonctionner sur les mêmes bases que le mouvement démocrate, à savoir la peur : “ le FN est l&rsquo;incarnation du grand méchant loup, il faut lui barrer la route ”. L&rsquo;explication de ce qu&rsquo;est le fascisme à la sauce Le Pen se fait en comparant le FN aux nazis, en rappelant l&rsquo;horreur des camps de concentration, en soulignant que Le Pen est entouré de vieux nazis&#8230; Le principe est : <em>rappeler les mauvais souvenirs suffira à empêcher que cela ne recommence puisque la population comprendra où est son intérêt</em>. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1989 que la CNAF parvient à sortir de cet état de fait en publiant un appel qui tout en fixant les termes d&rsquo;une analyse sur la montée du FN et les responsabilités de la gauche ne parvient pas à constituer une démarche d&rsquo;ouverture. La CNAF apparaît alors pour ce qu&rsquo;elle : une réponse à la nécessité de groupes antifascistes autonomes, accomplissant un travail concret de lutte contre l&rsquo;extrême droite pour enrayer son développement mais sans tomber dans les travers habituels de ce type de lutte, à savoir le frontisme et la récupération politicienne démocrate. Le problème est qu&rsquo;elle n&rsquo;y parvient que très imparfaitement, la coordination entre des groupes aux aspirations politiques diverses s&rsquo;avérant très aléatoire. Ainsi la CNAF n&rsquo;est capable de publier que deux numéros de sa revue alors même que les collectifs locaux, Scalp ou autres, font preuve d&rsquo;un dynamisme particulièrement attractif mais local. De fait, alors même que son analyse anticapitaliste et son antériorité aurait pu lui permettre de constituer un pôle antifasciste radical dynamique, l&rsquo;incapacité organisationnelle de la CNAF permet dès 1990 à la LCR de monter une opération du type de celles dont elle a le secret : l&rsquo;Appel des 250 contre le fascisme.</p>
<p>L&rsquo;Appel est lancé en mai 1990. Si les deux principaux initiateurs publics sont Anne Tristan et Gilles Perrault, la liste des signataires comporte bien d&rsquo;autres personnalités tout à fait estimables. Mais son contenu annonce dès le début qu&rsquo;au delà de la sincérité de l&rsquo;engagement antifasciste, l&rsquo;Appel est une pierre lancée dans le jardin de la gauche. Appelant celle-ci à retrouver “ ses valeurs ”, il se place clairement dans la continuité de l&rsquo;antifascisme d&rsquo;avant-guerre, quand la gauche socialiste et communiste pouvait encore prétendre porter les aspirations du mouvement ouvrier. Mené en sous-main par la LCR et la gauche du PS, l&rsquo;Appel utilise le réseau mis en place au cours de la première campagne pour l&rsquo;annulation de la Dette du Tiers-Monde et caractérise assez bien l&rsquo;état de la gauche à cette époque, à savoir des militants pour l&rsquo;essentiel en dehors des sphères du pouvoir politique réel, polarisés par une LCR oecuménique, surdimensionnée et surreprésentée, se présentant comme le recours d&rsquo;une gauche “ propre ”, non-discréditée par le libéralisme ou le stalinisme. L&rsquo;Appel se place alors dans une stratégie fidèlement trotskyste de “ front unique ”. Sa “ chance ” va être d&rsquo;être quasiment concomittant avec la profanation de Carpentras qui provoque un électrochoc dans la gauche française. Les militants comme T. Jonquet, R. Barroux ou P. Silberstein tentent alors au cours de l&rsquo;été 1990 de structurer une initiative qui part dans toous les sens. Dans le courant du mois de juillet, des organisations de gauche (Verts, MRG, PS, PCF, SOS-Racisme, LCR, LDH, syndicats divers) tentent également de surfer sur la vague d&rsquo;indignation en lançant un front antiraciste appelant à une grande manifestation à l&rsquo;automne qui finalement n&rsquo;aura pas lieu. Ce front préfigure déjà largement ce que sera le Comité National de Vigilance quelques années plus tard. Mais l&rsquo;Appel poursuit son développement autonome et participe en tant que tel à la fête de l&rsquo;Humanité. Malgré l&rsquo;opposition manifeste de la plupart des organisations, des collectifs locaux se mettent en place. Les organisateurs de l&rsquo;Appel conçoivent alors la possibilité de faire émerger des responsables locaux et régionaux. Le climat de concurrence inter-organisations est alors assez exacerbé et l&rsquo;Appel se lance dans une chasse tout azimut aux appuis culturels et en particulier musicaux. La guerre du Golfe vient perturber ce cadre idéal. L&rsquo;Appel se trouve alors en effet traversé par les mêmes conflits et clivages que toute la gauche sur la légitimité ou non de l&rsquo;intervention occidentale au Moyen-Orient. Le principal souci d&rsquo;une partie des animateurs de l&rsquo;Appel des 250 est alors de ne pas se couper des militants PS déjà membres de collectifs locaux. Finalement, l&rsquo;Appel se tire d&rsquo;affaire de cette crise en évacuant le débat au profit d&rsquo;un antifascisme strict, ce qui sera toujours son attitude par la suite. Cette première année d&rsquo;existence met ainsi en place ce qui fera le quotidien politique de la structure Ras L&rsquo;Front dans les années à venir. L&rsquo;Appel ne compte alors que 25 collectifs mais comptabilise 5000 signatures. Du côté de la CNAF, après avoir hurlé à la manipulation politique, les militants se drapent dans une attitude extrêmement méfiante que les animateurs de l&rsquo;Appel lui rendent bien, ne ratant guère une occasion de traiter les Scalp d&rsquo;“ irresponsables ”. Le 1° mai 1991 voit l&rsquo;apparition publique de l&rsquo;Appel pour la première fois avec un rassemblement place de la Concorde et marque le début de la consolidation du mouvement. On ne peut s&rsquo;empêcher de faire le parallèle avec la CNAF dont la manifestation autonome le même jour est violemment réprimée à la fois par les forces de l&rsquo;ordre et la CGT, ce qui fait éclater au grand jour ses dissensions internes, en particulier entre REFLEX et le Scalp Paris.</p>
<p>Le relatif succès du Premier Mai (200 personnes) permet à l&rsquo;Appel de lancer le projet d&rsquo;une fête pour l&rsquo;automne 1991 intitulée Black-Blanc-Beur et qui se veut une réponse aux BBR du FN. Il se dote également d&rsquo;un petit journal appelé à se développer, <em>Ras L&rsquo;Front !</em>. Malgré tout, les doutes demeurent et la structure ne tiendra que grâce au volontarisme d&rsquo;un certain nombre de militants, palliant le décalage entre l&rsquo;impact de l&rsquo;Appel et la faiblesse de l&rsquo;implantation locale. Le PS va mettre à profit cette situation pour monter à son tour une OPA sur l&rsquo;antifascisme. Confiée à un ancien trotskiste de la pire espèce, J.-C. Cambadélis, cette opération va connaître un relatif succès. Revendiquant le fait que “ 90 % des militants associatifs mobilisés contre le FN seraient des socialistes ”, Cambadélis profite d&rsquo;une grande manifestation nationale antifasciste le 25 janvier 1992 pour lancer une Coordination contre le FN qui deviendra par la suite le Manifeste contre le Front National. Cet appel qui revendique 22000 signatures dont 8000 en provenance de comités départementaux reprend dans ses grandes lignes l&rsquo;Appel des 250. Il pousse simplement ce dernier dans sa logique ultime en faisant de l&rsquo;adhésion au PS la seule forme possible de riposte. L&rsquo;UNEF-ID se fera très largement le relais du Manifeste contre le Front National au sein des facultés. Le Manifeste aura les années suivantes une existence très ponctuelle, passant d&rsquo;une vraie léthargie à une fébrilité non moins réelle, au gré des échéances électorales. L&rsquo;association ne démentira en effet jamais son rôle de courroie de transmission au profit du PS et même d&rsquo;outil de promotion politique personnelle pour Cambadélis. Jusqu&rsquo;à ce que la réalité des magouilles crapuleuses du personnage le mette enfin hors-jeu.</p>
<p>Ces années 1990 verront d&rsquo;autres opérations de ce type : Socialisme International essaie de lancer une section française de la Ligue Anti-Nazie, tentative qui échoue, ce qui n&rsquo;empêche pas la Gauche Révolutionnaire (équivalent français du groupe britannique Militant) de créer Jeunes contre le Racisme en Europe, section française de Youth against Racism in Europ ; des militants isolés issus de Lutte Ouvrière lancent des comités contre Le Pen. Enfin, la droite libérale, inquiète des succès électoraux du FN s&rsquo;est décidée à réagir et a mis en place un Observatoire de l&rsquo;extrémisme dont il est certain qu&rsquo;une grande partie de la droite ne vit pas l&rsquo;initiative d&rsquo;un bon oeil&#8230; Le tableau ne serait pas complet si on n&rsquo;y ajoutait le Comité National de Vigilance. Lancé en 1996, il regroupera officiellement 45 organisations, partis ou syndicats. Le CNV a eu son heure de gloire avec la manifestation de Strasbourg de 1997. Mais, plus que sa portée antifasciste finalement fort limitée, le CNV a joué un rôle de laboratoire politique pour la gauche en définissant un cadre de recomposition et d&rsquo;action unitaire. Mais cette utilisation de l&rsquo;antifascisme comme prétexte politique n&rsquo;a rien pour nous surprendre.</p>
<p>Si l&rsquo;on ajoute à cela les associations antiracistes mais effectuant un certain travail antifasciste (MRAP, Ligue des Droits de l&rsquo;Homme, etc&#8230;), on a une petite idée de la division du milieu antifasciste régnant en France durant toute la décennie 1990. Il est à noter que nous n&rsquo;avons pas inscrit dans cette liste les associations communautaires, en particulier celles de la communauté juive, ni les nombreuses associations locales.</p>
<p>Toutes ces structures n&rsquo;ont bien évidemment pas développé les mêmes analyses et attitudes pour combattre le FN.<br />
- antifascisme radical (SCALP, REFLEX, FTP) : cet antifascisme analyse la montée de l&rsquo;extrême-droite comme une conséquence directe du système capitaliste et n&rsquo;envisage donc la lutte contre le FN que dans le cadre d&rsquo;une lutte globale contre le système et l&rsquo;État français qui reprend à son compte des propositions du FN. Il préconise l&rsquo;investissement du champ social (associations, quartiers, syndicats, etc&#8230;), le harcèlement de terrain contre le FN et le refus des élections comme unique solution pour combattre la montée de l&rsquo;extrême-doite.<br />
- antifascisme frontiste (RAS L&rsquo;FRONT) : tout en reprenant certaines analyses de l&rsquo;antifascisme radical sur la responsabilité du capitalisme dans la montée du FN, cet antifascisme propose un vaste front de lutte contre le FN, allant de l&rsquo;extrême-gauche jusqu&rsquo;aux sociaux-démocrates, en combinant travail de terrain dans le domaine social et soutien aux partis de gauche lors des élections.<br />
- antifascisme électoral (Manifeste contre le FN, SOS-Racisme) : cet antifascisme n&rsquo;aura proposé qu&rsquo;une lutte électorale contre le FN, par un vote systématique pour la gauche et le PS. Favorable au “front républicain”, c&rsquo;est-à-dire à l&rsquo;alliance gauche-droite contre le FN, posant ce dernier en mal absolu et refusant d&rsquo;analyser la pénétration des idées de ce parti dans les propositions des autres structures politiques, y compris le PS.</p>
<p><strong>AU MILIEU DES RUINES<br />
</strong><br />
Finalement, la lutte antifasciste n&rsquo;aura pas foncièrement innové dans ses méthodes d&rsquo;interventions. Est-il possible de jauger l&rsquo;impact de cette résistance à la montée du mouvement nationaliste ? Pour certains de ses aspects, la réponse est positive. Il nous semble ainsi clairement que les grandes messes antifascistes, en l&rsquo;occurence les manifestations nationales, n&rsquo;ont servi à rien. Basées sur le consensus et la bonne conscience, elles ne faisaient que permettre au plus grand nombre d&rsquo;exprimer une indignation morale éphémère. Il en va de même du combat culturel. Malgré quelques aspects positifs, l&rsquo;antifascisme dans ce domaine aura surtout permis à certains de s&rsquo;assurer un succès médiatique à peu de frais. Qui ne se souvient de l&rsquo;inflation éditoriale sur le thème de l&rsquo;extrême droite qui a caractérisé les années 1995-1999 et qui a permis à certains de s&rsquo;assurer une véritable rente de situation à la Pascal Perrineau&rsquo;s style ? Comment oublier l&rsquo;incroyable moment de “ culture ” que fut la chanson de Zazie contre J.-M. Le Pen ? Ou bien encore le succès de l&rsquo;ineffable Karl Zero, ex-nazi reconverti en Mr Propre de la Télévision ? Le tableau ne serait pas complet si nous n&rsquo;évoquions également la stupidité des recours judiciaires, de la loi Gayssot à la volonté d&rsquo;interdire le FN en passant par les recours contre les rues Alexis Carrel. Aveux d&rsquo;impuissance, mesures potentiellement liberticides, activismes vains, ces initiatives furent souvent le fait de ceux qui s&rsquo;autoproclamaient le plus bruyamment possible “ démocrates ” et “ citoyens ”.</p>
<p>Clairement, de cette décennie ne restera que le travail de terrain acharné mené par les collectifs locaux, Scalp ou Ras L&rsquo;Front et quelques opérations qui firent mal au FN pour des raisons diverses : banderole du 1° mai 1995 (Ras L&rsquo;Front), torpillage du voyage de Le Gallou au Québec aux frais du conseil régional Ile-de-France en 1994 (REFLEX), blocage du train FN pour Carpentras en 1995 (Ras L&rsquo;Front), murage de la librairie l&rsquo;Æncre en riposte à celui du Sous-marin de Vitrolles en 1997 (Scalp), attentats contre les locaux du FN (FTP), etc&#8230;. Ce fut ce travail de terrain, cette lutte continue et parfois violente sur les marchés et dans les quartiers qui firent sans doute le plus pour freiner l&rsquo;ascension du Front. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;occasion d&rsquo;un marché que le FN creusera sa tombe. Le 30 mai 1997, J.-M. Le Pen décide d&rsquo;aller soutenir sa fille en campagne à Mantes-la-Jolie. Las, grâce à l&rsquo;incapacité des militants FN de garder le silence, cela se sait et les militants du Scalp de Mantes attendent donc le chef du FN de pied ferme, d&rsquo;autant plus déterminés que la campagne a été très physique. Fin comme du gros lard, J.-M. Le Pen ne peut résister à l&rsquo;envie de “ casser du gauchiste ” et fonce tête baissée dans ce qui s&rsquo;avérera être une stupide erreur. Si la bagarre avec les militants du Scalp a bien lieu, elle implique également une pauvre candidate PS à qui l&rsquo;agression de J.-M. Le Pen va attribuer l&rsquo;auréole de martyr. À partir de là, la mèche est allumée, qui, de la condamnation à l&rsquo;inégibilité de J.-M. Le Pen jusqu&rsquo;à l&rsquo;affrontement avec B. Mégret, conduit à la scission de novembre 1998. Le harcèlement systématique du FN aura permis que ses lignes de faiblesse lui soient fatales. Le Scalp de Mantes-la-Jolie en aura été le plus bel acteur.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, où en est-on ? L&rsquo;implosion du FN a largement contribué à assécher le marais. Ont disparu en particulier tous ceux qui vivaient du Front : organisations (CNV, Manifeste contre le FN), journalistes, écrivains. Cela se traduit par un silence médiatique assourdissant sur le mouvement nationaliste et ses activités. Mais toute personne un peu au fait du fonctionnement médiatique sait que ce n&rsquo;est pas parce que les journalistes ont décrété la mort médiatique de l&rsquo;extrême droite que celle-ci n&rsquo;est plus de ce monde. Ont disparu aussi les grandes mobilisations anti-FN susceptibles d&rsquo;occuper l&rsquo;espace politique.</p>
<p>Restent les collectifs Ras L&rsquo;Front et ceux du réseau No Pasaran, ainsi que quelques collectifs locaux autonomes. Les deux réseaux ne sont pas tout à fait dans la même situation. Accroché à un antifascisme strict, Ras L&rsquo;Front connait depuis la scission du FN une phase de régression somme toute peu étonnante. L&rsquo;urgence du combat semble moins évidente et une partie de ceux qui avaient amené le réseau au nombre de 150 collectifs sont partis. D&rsquo;autre part, il est clair que la crise suscitée par ce pauvre D. Daeninckx en 1996 a laissé des traces au sein d&rsquo;un réseau mal préparé à ce type de manipulation politique.</p>
<p>Pour ce qui est des Scalp, leur coordination sur des bases anticapitalistes depuis 1992-1993 leur a permis “ d&rsquo;absorber ” l&rsquo;apparente disparition du FN. De fait, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;être antifasciste radical aujourd&rsquo;hui ? Lutter contre le “ fascisme ”, tel qu&rsquo;il est encore défini par son rapport au fascisme historique ? Certes non, car cela reviendrait à endosser le costume de l&rsquo;antifascisme républicain dont Ras L&rsquo;Front est le meilleur représentant : il en revendique l&rsquo;héritage et en reprend les formes, en particulier celle de front des forces de gauche pour la défense de la démocratie et des acquis sociaux. De fait les initiateurs de cette structure ont trouvé tout naturellement la forme de lutte la plus adaptée à leur analyse du fascisme en cette fin de vingtième siècle, analyse qui escamote totalement la critique de l&rsquo;État au profit de l&rsquo;une de ses formes possibles.</p>
<p>Mais il est évident que nous ne sommes pas sur ces bases. Nous sommes antifascistes radicaux parce que nous souhaitons tous une transformation radicale de cette société qui abolisse les rapports politiques et économiques de domination institués par la bourgoisie. Cette transformation passera par la reconstitution d&rsquo;une nouvelle conscience de classe, un nouvel internationalisme et de nouvelles formes d&rsquo;organisation. Un collectif comme REFLEX propose une réponse à ces dernières car il essaie de conjuguer l&rsquo;auto-organisation des luttes (comités de base, comités de quartier, etc&#8230;) et la nécessité d&rsquo;être structuré par ailleurs pour rendre ces regroupements efficaces. Pour ce qui est des autres aspects radicaux, être antifasciste aujourd&rsquo;hui de façon conséquente dans les métropoles capitalistes, c&rsquo;est placer la critique de l&rsquo;État et du capitalisme au coeur de l&rsquo;analyse du processus de fascisation. Celui-ci étant multiforme comme nous l&rsquo;avons vu dans un autre article de ce numéro, notre lutte antifasciste ne le sera pas moins. À la question de savoir si nos interventions dans le domaine de l&rsquo;immigration et des luttes sociales sont des luttes antifascistes, nous pouvons répondre affirmativement car elles résistent au processus d&rsquo;intégration capitaliste à l&rsquo;oeuvre en Europe, contre le Sud et sous forme d&rsquo;une fortification économico-juridique. De la même façon, à la question de savoir si notre lutte contre l&rsquo;extrême droite en France se fait dans un cadre réformiste, nous répondons négativement car elle s&rsquo;inscrit dans la volonté d&rsquo;éliminer tout ce qui empêche l&rsquo;unité des classes ouvrières, donc à terme cette transformation radicale de la société. Comme le FN et le MNR sont en plus des pôles de diffusion de valeurs liberticides, toutes les conditions sont réunies pour que nous nous déclarions antifascistes, sans nous sentir associés à tous les démocrates et moralistes philocapitalistes qui nous répugnent. De la même façon, toutes les conditions sont réunies pour lutter contre l&rsquo;État et ses outils de répression. L&rsquo;antifascisme est donc le pire produit du fascisme s&rsquo;il ne vise que l&rsquo;ennemi désigné par l&rsquo;État libéral. Pour mener un antifascisme digne de ce nom, il faut donc que sa fin et ses moyens soient clairement replacés dans un projet global de changement social.<br />
À nous de trouver, à partir de là, les formes de lutte les plus susceptibles de leur infliger un maximum de dégâts.</p>
<p>Paru dans REFLEXes n°2, automne 2000</p>
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