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	<title>REFLEXes &#187; Italie</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Les interprétations du fascisme dans l&#8217;entre-deux-guerres</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Mar 2009 15:11:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
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		<category><![CDATA[Italie]]></category>

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		<description><![CDATA[Publié en 2001 Petite bibliographie sommaire: - TASCA (Angelo), Naissance du fascisme, Paris, Gallimard, 1967 - NEUMANN (Franz), Béhémoth: structure et pratique du national-socialisme, Paris, Payot, 1987 - BROSZAT (Martin), L’État hitlérien, Paris, Fayard, 1985 - DE FELICE (Renzo), Le fascisme: un totalitarisme à l’italienne ?, Paris, FNSP, 1988 - MILZA (Pierre), Le fascisme italien [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Publié en 2001</p>
<p>Petite bibliographie sommaire:</p>
<p>- TASCA (Angelo), <em>Naissance du fascisme</em>, Paris, Gallimard, 1967<br />
- NEUMANN (Franz), <em>Béhémoth: structure et pratique du national-socialisme</em>, Paris, Payot, 1987<br />
- BROSZAT (Martin), <em>L’État hitlérien</em>, Paris, Fayard, 1985<br />
- DE FELICE (Renzo), <em>Le fascisme: un totalitarisme à l’italienne ?</em>, Paris, FNSP, 1988<br />
- MILZA (Pierre), <em>Le fascisme italien 1919-1945</em>, Paris, Seuil, 1980<br />
- KERSHAW (Jan), <em>Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétations</em>, Paris,Gallimard<br />
- AYCOBERRY (Pierre), <em>La question nazie. Les interprétations du national-socialisme</em>, Paris, Seuil, 1979</p>
<p>Cette présentation vise à aborder l’ensemble des explications et tentatives d’explications qu’a pu susciter le mouvement fasciste tant dans l’entre-deux-guerres que dans la période contemporaine. Kershaw pose bien la perspective de recherche principale développée par ces explications : qu’est-ce que le fascisme ? Le nazisme n’est-il qu’une variante allemande du fascime ou a-t-il sa propre autonomie ? Le problème principal vient de la dévaluation du concept. A l’origine la notion de fascisme n’est finalement que le fruit du hasard de la vie politique italienne. L’inflation de son utilisation vient essentiellement des milieux communistes qui, à partir des années 1925, se mettent à dénommer ainsi tous leurs adversaires politiques, y compris les socialistes. Le point ultime de cette dérive sera le terme d’« hitlero-trotskiste », à la mode dans les années 1930. Les socialistes et les autres forces politiques révolutionnaires ou réformistes préféraient appeler le phénomène « Réaction ». L’après-guerre connaîtra également une inflation liée à la valeur franchement péjorative acquise par le terme. De fait il semble que la seule façon de dévaluer l’adversaire tout en le diabolisant soit de le qualifier de « fasciste ».</p>
<p>Pourtant si l’on essaie de reprendre le concept avec rigueur, on s’aperçoit que non seulement le terme n’est pas applicable à tous les régimes qualifiés ainsi mais surtout qu’il n’est pas un indicateur de férocité mais de pensée politique. Ainsi, si on prend l’exemple du régime franquiste, il est clair qu’il ne peut être qualifié de « fasciste » (même si au moment de la guerre civile il était normal de le qualifier comme tel) et pourtant, tout régime « seulement » autoritaire qu’il ait été, il fut infiniment plus sanglant que le régime mussolinien : la dernière exécution politique eut lieu en 1974 avec la mise à mort de l’anarchiste (membre du MIL) Puig Antich. Il en va de même avec les régimes sud-américains.</p>
<p>Un moyen de caractériser le fascisme fut de l’associer à la notion de totalitarisme. Mais ce concept n’est pas plus clair que celui de fascisme. Il fut créé par les libéraux italiens contre le régime mussolinien dans les années 1920 puis récupéré positivement par celui-ci pour caractériser l’État fasciste. Ce n’est qu’après 1930 que sociaux-démocrates et libéraux en Europe l’utilisent pour faire le parallèle avec le régime stalinien, en en faisant le phénomène majeur du XXe siècle. Cette thèse est ensuite reprise par Hannah Arendt et adoptée par tous les partisans de la démocratie libérale. Or elle présente des désavantages certains. D’une part, elle fige sous un shéma statique un ou des phénomènes qui n’ont cessé d’évoluer, d’autre part elle exclue toute interprétation du fascisme comme phénomène réactionnaire et passéiste puisqu’elle pose que le totalitarisme présuppose progrès technique et modernité. Enfin elle masque certains phénomènes comme le consensus à l&rsquo;œuvre dans les sociétés concernées. Celui-ci a plus particulièrement été étudié par Renzo de Felice dans l’Italie fasciste. Il semble évident qu’un régime quel qu’il soit ne peut tenir seulement par la répression et qu’il s’appuie forcément sur des couches sociales satisfaites par la politique mise en œuvre. Ainsi le stalinisme ne peut se comprendre si on ne prend pas en compte le phénomène d’ascension sociale qu’il a généré, en particulier dans la paysannerie.</p>
<p>Pourtant, dès les années 1930, certains militants socialistes (toutes familles confondues: social-démocratie, léninisme ou anarchisme) ont fait preuve d’une lucidité remarquable. Ils font apparaître le fascisme comme un mouvement de l’entre-deux-guerre et il est clair qu’après avoir été vaincu militairement, c’est-à-dire après 1945, le fascisme n’a plus un rôle central en Europe. Ce qui bien sûr n’ôte rien à la virulence de ses résurgences. Il faut donc le poser dans son cadre historique et en particulier le mettre en perspective avec la première guerre mondiale. C’est ainsi un mouvement typique des pays perdants ou qui se croient perdants (Italie). Il donne par ailleurs à ses contemporains l’impression qu’il est un produit du sous-développement, surtout dans les années 1920. Ce sera d’ailleurs la clé de lecture privilégiée jusqu’en 1933. Ainsi, en 1927, Vandervelde à un congrès de l’Internationale socialiste coupe l’Europe en deux : le nord industriel et démocrate (« cheval vapeur ») contre l’Europe du sud (« cheval cheval »). La victoire en Allemagne casse cette lecture : elle prouve qu’un mouvement fasciste peut gagner dans le cœur industriel de l’Europe. À partir de ce moment, le fascisme est perçu comme une menace internationale car l’équilibre européen se trouve modifié.<br />
L’un des problèmes que les contemporains ont essayé d’expliquer est l’assise de masse du fascisme alors même que ces régimes une fois installés menaient une politique anti-sociale. Dès les premières années, il y a un net refus de voir que le fascisme n’est pas seulement un mouvement manipulé mais qu’il a une base et une certaine autonomie.</p>
<p>Tous ces problèmes seront abordés par l’étude des diverses interprétations du fascisme : interprétations des militants italiens (anarchistes ou sociaux-démocrates), des militants sociaux-démocrates autrichiens, des militants communistes dans les différents pays européens (Gramsci en particulier)… Il est bien entendu que l&rsquo;utilisation du terme « communiste » pour désigner les partis issus du léninisme est purement conventionnel et pratique, le mouvement communiste (libertaire ou ultra-gauche) étant bien différent.</p>
<h3>Interprétations italiennes</h3>
<p>Le fascisme italien est celui de référence jusque dans les années 1930, la principale interrogation étant de savoir si on se trouvait confronté à un phénomène purement italien ou international. Dans les premières années s’élabore une réflexion très riche qui présente toujours un intérêt. Le trait général est de s’appuyer sur le marxisme, quelque soit la nature de celui-ci : des révisionistes aux léninistes. Toutes les analyses prennent donc en compte la coupure bourgeoisie/prolétariat. Autre trait : le refus d’accorder toute autonomie politique au phénomène fasciste. Il n’est considéré que comme une création et un outil de la bourgeoisie (avec la réserve bien sûr que ce concept n’a pas le même contenu selon les courants). Il n’est donc pas vu comme un mouvement politique à proprement parlé mais comme une bande de mercenaires.</p>
<p>Tous ces éléments apparaissent très clairement dans les premiers écrits d’Amadéo Bordigua dans lesquels le fascisme n’est que l’un des visages de la domination capitaliste. Mais on les retrouve également dans les écrits sociaux-démocrates ; pour Di Falco, ce n’est qu’une milice intéressée, à la disposition d’une classe conservatrice avec des intérêts conservateurs. Idem chez Luiggi Fabbri en 1922 dans <em>La Révolution conservatrice</em> : le fascisme n’y est qu’un centre de rassemblement des intérêts bourgeois. Ces analyses présentent rapidement des limites car cet aspect « au service de la bourgeoisie » est partiel et surtout évident. Comme toutes les vérités de base, il masque certaines autres dimensions. Le fascisme n’est pas seulement une troupe, mais également un mouvement avec l’appui de certaines classes, moyennes en particulier. Par conséquent, lui reconnaître une certaine autonomie amène d’autres analyses.<br />
Tous les auteurs de l’époque reconnaissent que la base est dans la classe moyenne (petite et moyenne bourgeoisie). Mais ce concept ne recouvre pas la même chose pour tous. Cependant la question est de savoir pourquoi les classes moyennes ont soutenu le fascisme car avant-guerre les orientations politiques de la petite bourgeoisie ne sont pas proto-fascistes. Dans un gros essai intitulé <em>Critique socialiste du fascisme</em> paru en 1922 (mais qui est en fait un recueil d’articles parus en 1922), Giovanni Zibordi (socialiste, membre du courant réformiste de Turatti) distingue trois composantes :<br />
- contre-révolution bourgeoise classique<br />
- mouvement militaire (en particulier par l’appui de la police et de l’armée)<br />
- convulsion des classes moyennes appauvries, mécontentes et qui trouvent une opportunité de reconquérir le terrain perdu. Coincées entre bourgeoisie capitaliste et prolétariat, le mouvement fasciste leur permet de faire vivre leur ranceur et oriente celle-ci contre le prolétariat.<br />
Il conclue à partir de tout cela que c’est un vrai mouvement social.</p>
<p>Cette optique est approfondie par Luigi Salvatorelli. Journaliste libéral et républicain, il édite en 1923 un recueil d’articles écrits dans <em>La Stampa</em> sous le titre <em>National-fascisme</em>. Quoiqu’il ne soit pas de formation marxiste, il rejoint certaines analyses développées par les analystes s’en réclamant puisqu&rsquo;il reconnaît qu&rsquo;il existe deux pôles : bourgeoisie et prolétariat. En particulier, il place au centre de son analyse les classes moyennes et leur traumatisme face à l’après-guerre. Même s’il ne nie pas l’intervention décisive en faveur du fascisme que fut le soutien de la grande bourgeoisie capitaliste, il considère que le rôle de la petite-bourgeoisie fut bien plus important, celle-ci étant divisée selon lui entre petite bourgoisie lettrée et petite bourgeoisie technocratique. La première est démocrate tant que la démocratie et le socialisme correspondent à ses intérêts. Lorsqu’elle s’aperçoit que ces deux formes de régime favorisent d’autres petites bourgeoisies ou le prolétariat, elle bascule dans le camp anti-démocratique. (Après guerre, la force du socialisme lui fait gagner des administrations locales et la bureaucratie provoque une ascension sociale). Le nationalisme devient l’outil de lutte de la petite bourgeoisie car il est la négation des classes et de la lutte de classes. Cette théorie permet à Salvatorelli de résoudre le problème du « fascisme à deux visages » : révolutionnaire et réactionnaire. Un seul fascisme, deux cibles. Cependant l’anticapitalisme n’est pas qu’un pur discours mais un mouvement profond de la classe moyenne. Par contre il est évident pour lui que le succès a été assuré par la complicité de la grande bourgeoisie. Les velléités révolutionnaires sont donc annulées par le fait que ce n’est pas une classe : plutôt un conglomérat en marge du procès capitaliste. Les couches qui se reconnaissent dans le fascisme ne sont pas « modernes » car pour lui les « modernes » n’adoptent pas le fascisme. De fait, Salvatorelli n’imagine pas une victoire générale en Europe car ce serait une ruine de la civilisation capitaliste, le capitalisme s’opposant objectivement au fascisme à la fois dans ses techniques de domination et dans son efficacité. À l’époque, la principale objection contre Salvatorelli fut qu’il théorisait des comportements de couches sociales plus ou moins justement. Ainsi de nombreux analystes considéraient que la deuxième petite bourgeoisie (technique) avait aussi rejoint le fascisme. L’intérêt est certain néanmoins car il affirmait l’autonomie du fascisme comme mouvement et définissait le noyau central du fascisme, c’est-à-dire la rencontre entre les désirs diffus de la petite bourgeoisie et le mythe nationaliste. Le nationalisme exacerbé qui s’exprime au dessus des clivages est donc une constante du fascisme.</p>
<p>- Analyses communistes :<br />
Ces analyses correspondent aux différentes lectures de l’Internationale communiste. Le phénomène y est minoré, en particulier par Bordiga qui lui refuse toute originalité et l’assimile à un simple outil de répression. Par contre, on peut retenir de nombreuses analyses de Gramsci même s’il n’y a pas d’analyses organistes, simplement des analyses ponctuelles, marquées par l’urgence politique. Il est clair que tout ceux qui ont pu proposer des analyses intéressantes au sein du parti communiste ont fini par être exclus. Le meilleur exemple en est Angelo Tasca qui est l’un des fondateurs du PCI et sera exclu par les staliniens. Autre exemple : Silone.</p>
<p>- Analyses socialistes :<br />
Les principales analyses émanent de Turatti (qui meurt à Paris en 1932), c’est-à-dire du courant socialiste réformiste. En exil, il essaie de mobiliser les courants socialistes. Il insiste sur le fait que pour lui, « le fascisme n’est pas purement italien » et fait donc une mise en perspective dans une situation générale : la décomposition capitaliste. C’est cette décomposition et la guerre qui ont implanté la violence dans les sociétés européennes. L’Italie n’est ainsi qu’un laboratoire et toute l’Europe peut être touchée. Autres thèmes développés : selon lui, le fascisme s’est inspiré de la violence bolchévique et Turatti renvoie dos-à-dos les deux systèmes, ce qui est en général le propre des lectures libérales ou dans une autre mesure ultra-gauches (Otto Rühle par exemple).<br />
Pour A.Tasca, la guerre a mis les masses en mouvement et on ne peut donc revenir à une politique de type confidentielle. Ainsi, les mouvements politiques d’après-guerre sont des mouvements de masse, socialistes (au sens large) et catholiques. À l’inverse, les méthodes fascistes sont des méthodes de guerre (commandos, mobilité grâce aux camions) et méthodes modernes techniques (radio).<br />
Le cas Rosseli : jeune socialiste comme Matteoti. En 1926, il est arrêté pour avoir aidé Turatti à fuir. Exilé aux Iles Lippari, il s’en échappe en 1929 à Paris. Il se radicalise car il condamne l’immobilisme socialiste. Il veut préparer l’insurrection qui selon lui abattra le fascisme et il part en Espagne en 1936. « Aujourd’hui en Espagne, demain en Italie !! ». Il organise des groupes de combat au sein des brigades anarchistes. Il est assassiné par La Cagoule en 1937 en France avec son frère Nelo. En 1930, il définit le « socialisme libéral » : il veut renouveler le socialisme et note que les socialistes n’ont vu dans le fascisme qu’un phénomène réactionnaire capitaliste. Pour lui, ce schéma masque beaucoup de choses, en particulier que certains aspects du bolchevisme de 1919 sont contenus dans le fascisme. Donc le fascisme exprime toute une série de faiblesses du peuple italien (la force brute n’est pas tout). Le fascisme n’est ainsi qu’une autobiographie d’une nation qui renonce à la lutte politique, qui a le culte de l’unité et veut le consensus. La lutte contre le fascisme ne peut se comprendre que comme une lutte contre les racines profondes du fascisme, d’où la nécessité d’une éducation morale et politique. Ainsi l’antifascisme ne peut être seulement construit sur une base de classe. Rosseli est également sensible au phénomène européen : lorsqu’Hitler prend le pouvoir, il est sûr que la guerre va éclater en Europe à brève échéance. Seule une insurrection pourrait bloquer le processus.</p>
<p>- Analyses d’Angelo Tasca : <em>Naissance du fascisme</em> (1938)<br />
Ce livre se distingue des autres car il fait œuvre d’historien, même s’il est bien sûr engagé. Il veut comprendre objectivement le phénomène et il s’interroge à la fin : qu’est-ce que le fascisme ? Pour lui, aucune analyse n’est vraiment efficace et ainsi, « le définir, c’est en écrire l’histoire ».<br />
Il est cependant conscient du danger de figer un phénomène qui est perpétuellement en mouvement. Or il insiste sur cette évolution qui produit non un mais des fascismes. Les erreurs des partis ouvriers sont ainsi une partie intégrante de sa définition. Selon les différentes facettes, le fascisme c’est :<br />
• un phénomène d’après-guerre<br />
• un phénomène lié à la crise économique capitaliste des années 1920 (crise pas purement cyclique) qui déstabilise des couches sociales, ce qui rejoint des revendications nationalistes.<br />
• un phénomène de Réaction mais qui n’est pas purement réactionnaire : il se sert des méthodes de masse et transpose la lutte sur le terrain de ses adversaires : le monde ouvrier.<br />
• un phénomène de tactique (la tactique étant supérieure au programme). « Le fascisme n’est qu’action. »<br />
On peut ajouter à cette liste le rôle des anciens combattants qui sont rejetés par le mouvement ouvrier (au même titre qu’en Allemagne, Autriche…)<br />
Tous ces éléments constituent bien sûr des éléments de réflexion, le principal étant selon lui qu’il n’y avait pas de fatalité. Ainsi il impute une responsabilité énorme aux socialistes qui avaient un discours d’extrême-gauche et une incapacité (ou une non-volonté) pratique d’appliquer leur politique. La gauche italienne se trouva donc à un moment devant un choix tragique : participer à un gouvernement capitaliste pour bloquer la montée du fascisme ou plonger le pays dans la guerre civile. En Autriche, la gauche choisira la deuxième solution.<br />
De façon générale, les indications méthodologiques de Tasca restent pertinentes.</p>
<h3>Interprétations autrichiennes</h3>
<p>L&rsquo;Autriche de l&rsquo;après-première guerre mondiale présente une situation unique. Elle est réduite à une taille minuscule avec une économie sinistrée et une énorme fracture entre une capitale social-démocrate et une campagne très conservatrice. La Hongrie n&rsquo;a plus qu&rsquo;une influence réduite à la portion congrue, ce qui laisse l&rsquo;Autriche prise en tenaille entre l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Italie. Ceci a d&rsquo;ailleurs une répercussion immédiate sur les mouvements fascistes puisque le pays compte de fait deux mouvements distincts et antagonistes, se réclamant du fascisme italien pour le premier («Heimwären» c&rsquo;est-à-dire les chemises vertes, l&rsquo;austro-fascisme) et du national-socialisme pour le second.</p>
<p>Durant toute cette période, les sociaux-démocrates sont hégémoniques, le parti communiste ne perçant qu&rsquo;après 1930. Les sociaux-démocrates autrichiens, de par la situation de leur pays, perçoivent très tôt la menace politique représentée par le fascisme italien. Ils reconnaissent ainsi dans ce mouvement une dimension qui va bien au delà de l&rsquo;Italie. Ceci provoque la production d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses mais aussi (et surtout) dès 1924, la mise sur pied de la « Ligue de défense républicaine », structurée de façon para-militaire. Après la prise du pouvoir en Allemagne par les NS, le parti social-démocrate comprend que l&rsquo;Autriche sera sans doute la prochaine cible des mouvements fascistes et tente alors un coup de force qui amène une courte période de guerre civile en 1934. Ce putsch de la structure militaire des sociaux-démocrates échoue et le parti entre alors en clandestinité, 1934-1938 voyant la mise en place d&rsquo;un pouvoir autoritaire sous la houlette des chrétiens-démocrates (qui étaient au pouvoir lors de l&rsquo;insurrection SD).</p>
<p>Durant toute cette période, Otto Bauer est la figure SD qui domine non seulement le parti mais aussi la vie politique autrichienne. Obligé de fuir en Tchécoslovaquie en 1934, il part ensuite en France en 1938 comme la plupart des cadres SD à cette époque. En 1936, il publie <em>Entre deux guerres mondiales ?</em> <em>(La crise de l&rsquo;économie mondiale, de la démocratie et du socialisme)</em> qui est une importante analyse du fascisme. Il remarque qu&rsquo;après la révolution de 1918-1919, il y a eu reflux et contre-révolution dans tous les pays mais avec des formes fascistes en Italie seulement et dans une moindre mesure (jusque dans les années 1930 il s&rsquo;entend) en Allemagne. Pour lui, comme pour beaucoup de socialistes, le nazisme n&rsquo;est qu&rsquo;un fascisme allemand. L&rsquo;antisémitisme n&rsquo;est pas reconnu comme un critère de différenciation d&rsquo;autant plus qu&rsquo;en Autriche c&rsquo;est un sentiment très fort.<br />
Pour lui, il y a trois phénomènes sociaux :<br />
• la guerre a arraché à leur vie antérieure et déclassé beacoup d&rsquo;hommes, plaçant ces derniers dans l&rsquo;incapacité de reprendre leur place. La structure sociale est donc ébranlée et les officiers sont un exemple flagrant de cette situation.<br />
• le boulversement économique de l&rsquo;après-guerre a provoqué un appauvrissement important : beaucoup d e paysans ont considéré que la démocratie en était responsable et non les lois du capitalisme.<br />
• la bourgeoisie a lancé une contre-offensive dans l&rsquo;optique de briser la résistance ouvrière et pour ce faire a décidé de sortir du système libéral.<br />
Les officiers ont joué un rôle central dans ce processus et l&rsquo;initiative a été relayée par l&rsquo;intelligentsia séduite par le nationalisme.<br />
En Italie, le fascisme est arrivé dans une période de reflux et selon lui n&rsquo;a pas mené une lutte contre la révolution mais contre le réformisme dans une perspective économique (cette idée est également émise par Tasca et Silone). Par conséquent, derrière le fascisme, il y a surtout des raisons économiques : pour contenir la crise, il faut exploiter plus. Or le réformisme barre la route à cette exploitation accrue, la seule solution est alors de sortir de la démocratie.<br />
Il y a donc rencontre entre un mouvement qui commence à trouver une base sociale et est orienté contre la base ouvrière et des secteurs de la bourgeoisie décidés à briser le mouvement ouvrier. Pour Otto Bauer, le blocage politique né de la guerre vient de la contradiction entre le maintien du pouvoir économique de la bourgeoisie et la réduction du pouvoir politique de celle-ci. Ainsi deux classes s&rsquo;affrontent sans pouvoir l&rsquo;emporter. Cela n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;arrivée au pouvoir de Napoléon III en 1851-1852. Mais si la bourgeoisie entend se servir du fascisme, elle entend également garder le pouvoir pour elle. La force du mouvement fasciste est justement de rendre caduque cette volonté d&rsquo;instrumentalisation. La bourgeoisie est donc partagée entre la nécessité de le remettre à sa place (avec le risque de provoquer une réaction des ouvriers) et le choix de donner le pouvoir au fascisme en espérant ne pas trop mal s&rsquo;en tirer en gardant le pouvoir économique. Pour O.Bauer, ce dernier reste bien sûr le pouvoir déterminant, le pouvoir politique étant toujours considéré comme une superstructure. Or le fascisme n&rsquo;a pas touché au pouvoir économique… Cela diffère donc totalement de certaines analyses ultérieures qui considèrent que le politique conquiert une autonomie par rapport à l&rsquo;économie et finit même par soumettre cette dernière.<br />
De toutes ces considérations, Otto Bauer tire certaines conclusions pour l&rsquo;antifascisme : la lutte antifasciste ne peut se passer de la classe ouvrière et doit, non pas viser au rétablissement de la démocratie, mais vouloir un régime socialiste (éventuellement en passant par une phase de dictature pour « éduquer »).<br />
Otto Bauer a finalement été l&rsquo;une des figures les plus lucides du courant social-démocrate européen (c&rsquo;est-à-dire germanique) qui lui-même fut remarquable par son analyse du caractère impérativement international de la lutte antifasciste. Cette conception explique la tentative de mettre sur pied une structure internationale de défense antifasciste. En Allemagne, cette structure se nomme « Ligue de défense républicaine » et fut construite sur le modèle autrichien.</p>
<h3>Analyses du National-Socialisme</h3>
<p>La question a longtemps été (et continue d&rsquo;ailleurs d&rsquo;être) : le national-socialisme (NS) est-il une variante nationale allemande du fascisme ? Autour de cette analyse, il y a eu trois interprétations possibles :<br />
- le NS est un fascisme<br />
- le NS n&rsquo;est pas un fascisme mais un totalitarisme (sous-entendu, il est comparable au stalinisme)<br />
- le NS est une spécificité allemande<br />
Il y a enfin d&rsquo;autres tentatives d&rsquo;explication qui n&rsquo;entrent pas dans une école, telles celles de Wilhelm Reich ou d&rsquo;Erich Frohm.</p>
<p>- « Le national-socialisme est un fascisme » : cette analyse regroupe communistes et sociaux-démocrates (Otto Bauer). L&rsquo;appellation NS est lontemps refusée, tout comme la comparaison avec le stalinisme. Historiquement, ces analyses sont les premières à essayer de proposer une explication globale du phénomène. Pour les communistes, le fascisme est le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise. Ainsi le fascisme est l&rsquo;arme que la bourgeoisie utilise pour se défendre et le rapport fascisme-capitalisme est donc plus qu&rsquo;étroit même s&rsquo;il est instrumental. La clé de voûte de ce type d&rsquo;explication est donc l&rsquo;économie. Le fascisme est ainsi le pendant politique de l&rsquo;impérialisme. Tout ceci est parfaitement résumé par la sentence de Dimitrov : « <em>Le fascisme est la dictature du versant le plus réactionnaire de la bourgeoisie capitaliste</em> ».<br />
Les sociaux-démocrates pour leur part réfutèrent très tôt cet aspect inéluctable. Après guerre, d&rsquo;autres analyses marxistes apparurent, en particulier celle de Poulantzas qui suivait un modèle gramscien en insistant sur l&rsquo;aspect politique du phénomène (notion d&rsquo;hégémonie culturelle). La gauche conseilliste (Otto Rühle) et le courant bordiguiste (revue <em>Bilan</em>) proposèrent également des analyses mais qui toutes restaient dans la grille de lecture politique définie par le Komintern. Seul Otto Rühle occupe une place un peu à part, comme nous le verrons par la suite.<br />
Or, après-guerre, le courant marxiste se fit doubler sur sa droite dans cette explication par Ernst Nolte. Politologue et non historien de formation, il publie en 1963 : <em> <em>Le fascisme dans son époque</em> </em> qui a immédiatement une influence importante dans les débats historiographiques. Pour lui, le NS peut être expliqué que par la notion d&rsquo;« imitation » (de l&rsquo;U.R.S.S. en l&rsquo;occurrence), la guerre de 1939 n&rsquo;étant ainsi qu&rsquo;une guerre préventive. Son livre a un gros succès de librairie, à une époque où la notion de fascisme se dilate et où l&rsquo;influence des historiens est-allemands est prédominante. Nolte réfute les explications sociaux-économiques et s&rsquo;intéresse surtout aux doctrines. Il insiste en particulier sur le caractère européen du fascisme qu&rsquo;il analyse comme un mouvement anti-tradition et anti-moderne. Ainsi le fascisme est un mouvement tourné contre le communisme et contre la société bourgeoise dans ses aspects réactionnaires. Autre historien de la même époque : Eugen Weber. Ce dernier s&rsquo;est intéressé aux différentes variétés du fascisme. Il estime que c&rsquo;est un mouvement de type révolutionnaire, qui n&rsquo;est pas tourné vers le passé… Une sorte de « jacobinisme du XXe siècle » en somme. Le fascisme prendrait ainsi toute sa place dans la modernisation (c&rsquo;est-à-dire la fin de la société traditionnelle) qui associe révolution politique (depuis 1789) et révolution économique (depuis 1850 surtout). Ce concept a été beaucoup utilisé aux USA. Le fascisme serait de fait un type de régime propre aux sociétés agraires se modernisant rapidement. Le problème de cette analyse est qu&rsquo;elle est vague et surtout qu&rsquo;elle échoue dans le cas de l&rsquo;Allemagne (ce qui est pour le moins gênant). La difficulté est contournée par ses partisans en expliquant que certes le projet social du nazisme est un projet de type archaïque, de retour à un stade social pré-industriel mais qu&rsquo;en préparant et déclenchant la guerre, le régime a procédé à une modernisation involontaire et forcée de l&rsquo;Allemagne (idem pour le régime de Vichy). Ces régimes sont donc des tentatives de bloquer l&rsquo;évolution historique mais qui ont en même temps ouvert la voie à une modernité accrue. Dernier tenant : Lipset, sociologue US. Pour lui, le fascisme est un extrémisme du centre c&rsquo;est-à-dire une radicalisation des classes moyennes inférieures confrontées à la crise économique et coincées entre Capital et classes ouvrières.<br />
On le voit, aucune analyse n&rsquo;est à elle-seule pertinente…</p>
<p>- « Le national-socialisme est un totalitarisme et non un fascisme » : Le NS est considéré dans cette analyse comme un phénomène nouveau. Le concept n’est pas issu de la Guerre froide mais vient des années 1920. La première utilisation date de 1923 par les libéraux adversaires de Mussolini et ce dernier s’en empare en 1925. C’est alors dans la perspective État total = État et société qui fusionnent. Le concept est repris en Allemagne par Ernst Jünger et Carl Schmitt. Ce dernier oppose le modèle libéral (dichotomie société-État) au modèle souhaitable d’État total. Le NS utilise peu ce concept, par contre dans les années 1930 les sociaux-démocrates (Franz Neumann par exemple) l’utilisent pour comprendre ce qui est nouveau et spécifique dans le fascisme et le NS. Cela leur permet d’insister sur le primat du politique dans ces régimes. Dans les pays anglo-saxons, on commence à cette époque à travailler sur le parallèle entre NS et stalinisme dans une perspective libérale. Ce n’est bien sûr pas celle d’Otto Rühle lorsqu’il lance l’idée à la fin des années 1920 que « la lutte contre le fascisme doit commencer par une lutte contre le bolchévisme ». Il s’agissait pour lui de faire comprendre le caractère contre-révolutionnaire des deux mouvements et le fait que la domestication de la classe ouvrière par le parti communiste d’Allemagne soumis à Moscou (à ne pas confondre avec le K.A.P.D. conseilliste et excommunié par Lénine pour dérive ultra-gauche) avait ouvert la voie au NS. La perspective libérale sera développée après guerre par H.Arendt et Carl Friedrich. La grande faiblesse d’H.Arendt est de n’avoir pas développé réellement le contenu du concept et de n’avoir pas établi de modèle général. C’est particulièrement net en ce qui concerne le stalinisme. Carl Friedrich pour sa part s’est attaché aux traits communs : parti unique, propagande, contrôle policier, gestion centralisée de l’économie… c’est-à-dire la construction d’un idéal-type. Son succès est bien sûr lié au contexte de guerre froide. C’est finalement un concept purement statique et descriptif qui ignore certaines questions, comme par exemple de comprendre si on se trouve en Allemagne face à une révolution ou une contre-révolution. Or en Allemagne c’est sans doute une vraie révolution car le régime a bouleversé sans le vouloir les structures de la société. Le NS est ainsi un mouvement ambigüe, de révolte et de réaction, de tentative de retour en arrière et de blocage du processus capitaliste. Pour réaliser ces objectifs anti-modernistes, le régime a du pousser au maximum la structure industrielle pour préparer la guerre. De la même façon, la défaite a supprimé ses piliers : les jünkers par exemple. Le régime a creusé sa propre tombe.</p>
<p>- « Le national-socialisme est une spécificité allemande » : cette analyse s’appuie sur les travaux de David Schoenbaum (<em>La société allemande sous le IIIe Reich</em>), T. Mason (<em>Étude sur la résistance ouvrière</em>), H.Turner (<em>Le Grand Capital et la montée d’Adolf Hitler</em>) et Jünger Kauka (<em>Histoire sociale du National-Socialisme</em>). Ce dernier s’est interrogé pour savoir dans quelle mesure la crise économique a joué. Il est certain que cela a été un facteur favorable car cela a créé les conditions nécessaires pour qu’un mouvement protestataire devienne un parti de masse. En même temps, l’Allemagne est le seul pays développé économiquement à avoir connu un tel phénomène avec cette force. Il est donc évident que cela pose problème : pourquoi pas les U.S.A. ? Pourquoi Hitler en Allemagne et Roosevelt aux USA ? Le rapport avec le Grand Capital a existé mais son financement a été limité (il faut dire qu’il y a une astuce : le Grand Capital a financé tout le monde sauf le KPD !). L’aide du patronat est surtout venue du refus de ce dernier de reconnaître la République de Weimar. Le patronat a bénéficié du régime mais le NS ne peut être considéré seulement comme un instrument. Une série de décisions allèrent d’ailleurs contre les intérêts patronaux et industriels. C’est le cas de l’extermination planifiée qui du point de vue capitaliste était une aberration.<br />
Autre domaine d’étude : l’inflation. La crise en Allemagne ne s’est pas développée après une phase d’expansion comme en France. L’explication est donc aussi à chercher dans l’ère Bismarck avec la survivance de structures précapitalistes (la bureaucratie en premier lieu). Alors qu’aux USA il n’y a pas eu de révolte des classes moyennes, l’Allemagne a été caractérisée par des différences énormes entre ouvriers et employés. La fierté de ces derniers de ne pas être ouvriers était un sentiment très fort et la prolétarisation leur a été insupportable. Le NS a offert à ces classes moyennes la possibilité d’une révolte sociale contre l’évolution de la société sans être assimilées au prolétariat (alors même que le parti NS était un parti inter-classiste). La structure para-féodale héritée de l’ère Bismarck a finalement été un atout décisif pour le NS.<br />
Cette thèse est bien sûr très séduisante puisqu’elle montre que la crise en elle-même n’explique pas tout et surtout elle rappelle le rôle des élites conservatrices dont l’accord a été déterminant dans l’accession au pouvoir. Cette explication est en outre compatible avec les deux autres thèses.</p>
<h3>Conclusion limitée</h3>
<p>Il est clair que le phénomène est complexe et qu’aucune analyse ne convient parfaitement. C’est bien sûr un aspect qui peut gêner les amateurs de prêt-à-penser. Ce n’est pas notre cas il nous semble. Par contre, il est non moins vrai que l’utilisation de ces analyses historiques pour comprendre le phénomène FN s’avère difficile et cela montre la distance qui sépare ce parti et les résurgences modernes de fascisme des modèles d’avant-guerre. Toutes ces réserves mises à part, l’Histoire étant l’un des principaux enjeux de la lutte politique, autant bien connaître celle de l’antifascisme.</p>
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		<title>Petite histoire récente du néofascisme italien</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2007 10:23:26 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La droite radicale italienne est un magma complexe et fragmenté en perpétuelle recomposition, pour en dresser un tableau complet duquel ressort le sens de certains des choix faits par ses actuels protagonistes il est nécessaire de faire quelques pas en arrière. Hier : Fin des années 80, début des années 90: l’Italie sort du reflux [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>La droite radicale italienne est un magma complexe et fragmenté en perpétuelle recomposition, pour en dresser un tableau complet duquel ressort le sens de certains des choix faits par ses actuels protagonistes il est nécessaire de faire quelques pas en arrière.</em></strong> <strong>Hier : </strong> Fin des années 80, début des années 90: l’Italie sort du reflux apolitique des années 80. A la suite du terrible attentat de la gare de Bologne du 2 août 1980 (80 morts), des mandats d’arrêt sont prononcés contre tous militants des principaux groupes de la droite extra parlementaire italienne. Les nombreux arrêtés se comptent parmi les jeunes militants, tandis que tous les cadres réussissent à s’enfuir à l’étranger. Les exilés sont quasi tous des responsables de “TERZA POSIZIONE” Roberto Fiore, Massimo Morsello (à Londres), Gabriele Adinolfi (à Paris), Peppe Dimitri et d’autres. Au début des années 90 la politique recommence à retrouver la rue en cherchant des modèles alternatifs à la lutte armée, à gauche c’est la vague des centres sociaux qui porte le mouvement, à droite c’est l’émergence de la mouvance des skinheads nazis. C’est une période d’agressions continues à l’encontre des “compagni” c’est à dire des militants de gauche ( NDT : le terme compagno/compagnon est exclusivement utilisé par les gens de gauche, celui de camerata/camarade strictement employé par les fascistes on gardera tout au long de l’article les mots italiens ce sera plus clair), immigrés, homosexuels, et tous ce qui affiche une diversité. C’est ainsi que naissent les premières tentatives pour encadrer ces “skinheads” et donner une dimension politique et militante à leur action : à Milan “AZIONE SKINHEAD” de Duilo Canu, en Vénétie “VENETO FRONTE SKINHEAD” mené par Pietro Puschiavo, à Rome le “MOVIMENTO POLITICO” de Maurizio Boccacci. Ces groupes se fédèrent et forment un réseau national nommé “BASE AUTONOMA”. Base autonome est donc un réseau spécifiquement nazi qui organise des concerts pour la défense de la race à l’occasion de l’anniversaire d’Adolf Hitler, mais orchestre aussi des campagnes antisémites contre les commerçant juifs en placardant des étoiles jaunes sur les rideaux de fer de leurs magasins, et multiplient les bagarres de rue avec les compagni. En 1993, consécutivement à la promulgation de la loi “Mancino” (type loi Gayssot en France) qui punie l’incitation à la haine raciale Movimento Politico et Azione Skinhead sont dissouts. Le seul à échapper à cette sanction est le Veneto Fronte Skinhead, et seulement au terme de longs procès. Curieusement, alors que les groupes locaux sont interdits par la loi, le contenant “Base Autonoma” n’est touché par aucune action légale. Cette situation de l’après 1993 met la droite radicale dans une situation de débandade comparable uniquement à celle de 1980. En 1995 le principal parti parlementaire héritier du fascisme, le “Movimento Social Italiano”, commence sa dérive vers le post-fascisme et change de nom pour s’appeler désormais “Alleanza Nazionale”. Les mécontents de ce retournement démocratique, principalement des ex-fascistes qui ont connu de leur vivant la “République Sociale Italienne”, fondent un nouveau parti qui à pour objectif de rassembler tous ceux qui refusent de renoncer à l’héritage du fascisme : FIAMMA TRICOLORE. Durant quelques mois, Fiamma Tricolore semble capable de faire cohabiter tous ces courants, puis tout se casse la figure au moment de l’arrivée d’un nouveau mouvement FORZA NUOVA, capable de ratisser la nébuleuse skinhead et la jeunesse néo-nazie. <strong>FORZA NUOVA :</strong> 1997: Roberto Fiore e Massimo Morsello, dont faut rappeler l’héroïque fuite à Londres en 1980 suite aux inculpations pour l’attentat de la gare de Bologne, ont profité de leurs années de cavale pour se construire un empire économique fondé sur une agence de voyage européenne (Easy London/Meeting Point) tout cela avec l’appui des services secrets britanniques. Ils fondent à distance le mouvement FORZA NUOVA (leur retour en Italie a lieu plus tard, seulement lorsque les délits pour lesquels ils sont inculpés tomberont sous le coup de la prescription) et recueillent toutes les survivances de Azione Skinhead et du Movimento Politico, en gros tous les morceaux épars de Base Autonoma qui ont subit la dissolution de 1993. De 1998 à 2002 Forza Nuova est le seul mouvement de d’extrême droite réellement en activité en Italie. Grâce aux énormes disponibilités financières de Fiore, des sièges du mouvement ouvrent dans les grandes villes ainsi que dans des villes de moyenne importance même s’il n’y a que 2 ou 3 militants à les tenir. Le parti s’inspire de la “Garde de Fer” roumaine de Codreanu et est d’inspiration catholique intégriste : ses points fermes sont la lutte contre l’immigration, l’opposition au droit à l’avortement, croisades contre les homosexuels et la restauration du concordat entre l’Eglise et l’Etat italien. Son logo est une croix celtique et le style celui des plus purs skinheads nazis. En décembre 2001, le trésorier de Forza Nuova est arrêté alors qu’il cherchait à placer une bombe, qui lui explose entre les mains le blessant grièvement, devant la porte du quotidien communiste “il Manifesto”. <strong>De 2002 à aujourd’hui :</strong> A Rome, à partir de l’an de grâce 2002 Forza Nuova commence à décliner. L’élan de départ de 1998 s’épuise parce que du point de vue électoral les résultats continuent à être terriblement décevants (0,5%) et du point de vue militant FN ressemble de plus en plus à un parti et moins à un groupuscule à l’esprit de “bande” comme le souhaitaient beaucoup des militants de la première heure. <strong>ZETA ZERO ALFA et les occupations :</strong> C’est consécutivement à tous ces échecs de structurations que commencent à grandir des communautés « méta politiques » (NDT : on n’est pas au pays de Gramsci pour rien) hors des partis, qui se regroupent autour d’un groupe de musique « Zeta Zero Alfa ». Le chanteur et figure de proue de ce groupe est Gianluca Iannone, ex du Movimento Politico. Loin des logiques de partis, il tente de reconstruire un imaginaire nouveau pour l’extrême droite, en recherchant un langage novateur et attractif. « Zeta Zero Alfa » est un groupe musical mais aussi une campagne de slogans par autocollants, une ligne de t-shirts, un crew, un pub où aller boire&#8230; Le groupe grandit, se fortifie et décide de faire son premier pas politique, l’occupation d’un bâtiment abandonné aux portes de Rome : CasaMontag. Directement copié de l’expérience des centres sociaux, commence ainsi le chemin des soi-disant “occupations non-conformes”. Après quelques mois, c’est au tour de Casa Pound d’ouvrir en plein centre de Rome dans le quartier le plus cosmopolite de la capitale (NDT : Pas loin de la gare de Termini). Un immeuble qui devient le siège d’initiatives politiques et d’où se lance la campagne pour le “Mutuo Sociale” (NDT : prêt social), une sorte de grande escroquerie au vernis social imaginée par les fascistes qui prévoie une aide réservée aux seuls italiens pour accéder à la propriété et qui s’oppose à « l’usure » (au crédit). D’après les militants l’immeuble héberge de nombreuses familles italiennes, en réalité il s’agit de quelques familiers des fascistes et rien d’autre. En quelques mois une série d’autres immeubles est occupée, quasi tous à fin habitative, afin de véhiculer l’idée que les fascistes “font aussi dans le social”. En réalité les immeubles sont à moitié vides, certains sont même occupés par des familles immigrés afin de pouvoir tenir la position (les fascistes nieront toujours en bloc cette réalité en jurant à la presse que ce sont de véritables familles italiennes). Le véritable concepteur de cette opération est Gabriele Adinolfi, l’ex terroriste fasciste qui a couru se réfugier à Paris en 1980 et qui à peine de retour en Italie recommence à tirer les ficelles en inspirant ce microcosme, en fournissant des outils théoriques, culturels et intellectuels (et peut être d’autre choses) à ces jeunes fascistes apprentis squatters. <strong>La nouvelle Base Autonoma n’est plus un réseau mais un groupe :</strong> Pendant ce temps, toujours à Rome un autre groupe s’active. La bande de Boccacci, le fondateur du Movimento Politico des années 90. Après un bref passage à Forza Nuova il décide de reprendre en main son propre destin politique : il ressort du placard le déjà ancien nom de Base Autonoma qui cette fois devient le nom d’un groupe romain et non plus celui d’un réseau national. Les leaders incontestés de ce groupe sont Boccacci et son dauphin Giuliano Castellino enthousiaste ex militant de Forza Nuova qui se voit assigner pour la première une charge de dirigeant. Base Autonoma 2.0 est un mouvement au cachet véritablement “street” : affiches ouvertement fascistes, célébration de la marche sur Rome, une composition à cheval entre le monde des supporters de foot, la politique et le moyen banditisme. Boccacci lui-même est un grossiste du trafic de cocaïne de la région de Rome, dans le groupe se distinguent pèle mêle anciens détenus, braqueurs de banques et criminels en tous genres. Révélatrice du personnage qu’est Boccacci cette petite anecdote : Originaire d’Albano Laziale une bourgade au sud de Rome, son fief et son lieu d’activités, Boccacci peut influer sur le vote de dizaines sinon de centaines de jeunes nazis, de skins et autres. En 2002 le candidat à la municipalité étiqueté centre droit veut trouver un accord avec Boccacci. Pour s’assurer de la victoire, en échange des voix garanties par l’influence qu’il a sur le secteur le candidat promet l’assignation d’un parc et l’implantation d’un centre sportif communal dont la gestion sera attribuée au caïd. Marché conclu, la combine marche au poil, le candidat est élu au poste de maire. Il réalise au passage quelle sorte de personnage est celui avec qui il a passé un accord et cherche à gagner du temps. Boccacci s’impatiente, il déboule un beau jour à la mairie et cogne sur les employés municipaux qui ont la malchance de le croiser. Le jour d’après il revient et colle des affiches un peu partout dans Albano Laziale “oui, je l’ai fait, Moi Boccacci, le fasciste”. En à peine une semaine il reçoit livraison de ce qu’il avait demandé en échange des voix : le parc et le club sportif qu’il gère encore aujourd’hui. Cette manière d’agir est la grande différence entre Forza Nuova et la nouvelle Base Autonoma. Alors que FN est un parti “loi et ordre”, Base Autonoma appelle à une révolte extrême et mène une campagne en faveur des détenus et pour l’amnistie, qui du reste lui apportera que très peu de consentement dans la sphère d’extrême droite. <strong>Fiamma tricolore, une coquille vide à remplir :</strong> Vous vous souvenez de Fiamma Tricolore? Le parti né des irréductibles anciens combattant refusant le virage démocratique d’Alleanza Nazionale et qui avait tenter de rassembler l’extrême droite jusqu’à la naissance de Forza Nuova. Depuis ce départ de toutes ses forces vives militantes vers d’autres groupes Fiamma Tricolore est resté un parti vide, sans militants, sans jeunes, composé uniquement de vieux nostalgiques et qui recueille 1% des suffrages rien que sur le sigle et la réputation historique. Un parti vide, signifie un espace à occuper. Maurizio Boccacci, Giuliano Castellino et leur Base Autonoma sont les premiers à s’en rendre compte. Le style de vie qu’ils mènent et les sempiternels problèmes avec la justice qui en découlent les convainquent d’entrer dans un parti dans lequel ils perçoivent au passage l’existence d’un bon petit paquet d’argent. En 2003 Base Autonoma de s’auto-dissout et tous ses militants entre dans Fiamma Tricolore. Toute la fédération romaine est ainsi intégralement composée de militants de Base Autonoma. Boccacci et Castellino sont bombardés illico respectivement dirigeant national et régional du parti. Pour les fascistes, c’est un tournant car pour la première fois ils se retrouvent dans un parti qui leur garantie une manne financière ainsi qu’une couverture politique sans précédant grâce notamment au staut du secrétaire national Luca Romagnoli, parlementaire européen. C’est lui qui avalise cette opération d’entrée dans son mouvement des fascistes les plus extrèmes. A ce moment les romains, satisfaits, décident d’inviter leurs vieux camarades de route, tout du moins ceux qui avaient vécu la première aventure du réseau Base Autonome début années 90 : le Veneto Fronte Skinhead. En quelques mois, le Veneto Fronte Skinhead entre lui aussi en masse dans Fiamma Tricolore. Comme pour la région de Rome, la fédération de Vénétie du parti est intégralement composée par cette joyeuse troupe. Le leader historique du Veneto Fronte Skinhead, Piero Puschiavo, obtient directement un poste de dirigeant à l’intérieur du parti comme de bien entendu. La situation se présente donc ainsi : un parti de vieux, inexistant sur le plan militant dans toute l’Italie mais avec deux bassins ultra militants et de rue à Rome et en Vénétie. C’est ainsi qu’en très peu de temps le nouvel éclat de Fiamma Tricolore attire comme des mouches tous les skins nazis d’Italie qui suivent les péripéties des romains et vénètes. Le parti reçoit très rapidement de plus en plus de demandes d’adhésions au niveau national, se présentant en quelque sorte comme le parti des skinheads nazis. Un beau retour de flamme en somme. Ce qui fut arrêté par la loi en 1993 revient, avec en plus toutes les couvertures politiques nécessaires. Et qui peut avoir le plus besoin de couverture politique que ceux qui pratiquent les occupations? Car même si Casa Pound tient bon et reste « intouchable », ailleurs les évacuations se multiplient. Il devient urgent pour la clique des Zeta Zero Alfa de trouver des appuis politiques&#8230; C’est ainsi qu’en 2005 Zeta Zero Alfa, Casa Pound et toute la mouvance des « occupations non conformes » font leur entrée dans le cirque Fiamma Tricolore. C’est ainsi, air connu, qu’une charge de dirigeant au sein du parti est automatiquement attribuée à Gianluca Iannone, qui se retrouve ainsi aux commandes de Fiamma Tricolore aux côtés des déjà médaillés Boccacci, Castellino et Puschiavo. <strong> La situation institutionnelle et culturelle du pays :</strong> Pour comprendre les raisons profondes de la renaissance de l’extrême droite en Italie, il est fondamental de prendre en considération le climat culturel qui sévit dans ce pays. L’opération de révisionnisme historique en marche en Italie a débuté déjà à la fin des années 90 quand de nombreuses ouvertures ont été concédées aux ex fascistes par des représentants de tout premier ordre du centre gauche. Ouvrant de fait une dé-légitimisation de fait à la Résistance et en même temps une réhabilitation de la « République Sociale Italienne » de Salo, ultime tentative de survie du fascisme avant sa chute. Cette opération subit une accélération durant les 5 années du gouvernement Berlusconi et semble aujourd’hui inexorable. L’opération a été ouverte sur trois fronts : &#8211; La période de la seconde guerre mondiale sur laquelle se multiplient les publications de livres estampillés « best-sellers » sur les crimes des Partisans, des productions de téléfilms diffusés par les chaînes nationales qui racontent avec sympathie la vie quotidienne et personnelles des dirigeants du régime fasciste ou qui criminalise la Résistance. &#8211; La période des années 70 : là encore on trouve un foisonnement de publications de type best-sellers dans lesquels sont escamotés systématiquement la stratégie de tension et tous les attentats à la bombe dans les gares et sur les places perpétrés par les fascistes, l’extrême droite y est dépeinte comme “ des pauvres garçons victime de la barbarie rouge et de l’Etat antifasciste”. &#8211; La période actuelle : on assiste à la légitimation et à l’institutionnalisation des repaires occupés par les fascistes, des reportages télé sur Casa Pound présentés comme une bande de “braves petits jeunes” proposant une alternative aux centres sociaux de gauche. <strong>Alleanza Nazionale:</strong> Le parti Alleanza Nazionale mérite une attention particulière (outre avoir eu des ministres parmi les plus importants du gouvernement Berlusconi, dont celui de vice-premier ministre, et avoir été en première ligne de cette opération révisionniste) car il a toujours été un appui politique privilégié pour toute l’extrême droite. Culturellement la matrice est la même, les cadres d’Alleanza Nazionale (pas ceux présentables mis devant les caméras mais ceux qui travaillent sur le terrain) sont issus des mêmes rangs des groupes armés des années de plombs. C’est le cas de l’aide de camp de l’ex-ministre Allemano (NDT : il a exhibé lors d’une interview la croix celtique qu’il porte en collier), Peppe Dimitri (décédé cette année), du président de la fédération romaine Piso, ou du sénateur élu pour cette législature Marcello de Angelis tous les trois sont issus de Terza Posizione et tous trois avec des histoires de cavale et des condamnations sur lesquelles on a fermé les yeux. Les jeunes d’Alleanza Nazionale sont culturellement très proches de leur congénères des « Occupations Non Conformes », à tel point qu’ils occupent aussi leur propre lieu le “Foro 753” à Rome qui sera évacué par la majorité municipale Veltroni (actuel maire de centre gauche), ce dernier leur concède tout de même un autre local (offert par la commune !) avec présence d’officiels représentants la mairie lors de l’inauguration, rien que ça. <strong> Le scenario actuel :</strong> Maintenant que l’on a bien compris et que l’on discerne les différents personnages et les fils de leurs histoires, on peut essayer de comprendre quels sont leurs rôles. Mis à part Alleanza Nazionale, dont on vient juste de parler, les deux principaux acteurs de l’extrême droite italienne sont Forza Nuova et Fiamma Tricolore. Divisés par une très vive rivalité qui aboutit dans des cassages de gueules réciproques, ils se retrouvent néanmoins lors des dernières échéances électorales à faire cause commune avec le groupe parlementaire “Casa Delle Libertà”, qui est plutôt de centre droit. Le garant de ce genre d’opération est depuis toujours Silvio Berlusconi, qui a toujours voulu ces mouvements avec lui et a suivi lui même les négociations pour tous les accords électoraux. La justification “éthique” des fascistes à soutenir une politique ultra-libérale est d’abord stratégique (entrer dans la Casa Delle Libertà est l’unique moyen d’obtenir des parlementaires au vu de la loi électorale), mais aussi d’ordre idéologique: la Casa Delle Libertà n’a aucun préjugé antifasciste affiché comme il semble que ce soit le cas pour le centre droit français. Berlusconi a toujours été absent, même lorsqu’il était premier ministre, à toutes les cérémonies de commémoration de la Résistance. <strong>Forza Nuova, agressions et procès :</strong> Forza Nuova semble aujourd’hui privée de toute perspective, son âge d’or est passé et sa tentative de surfer dans les marécages les plus boueux de la xénophobie conduit à l’enlisement: ni électorat, ni militants. En outre Forza Nuova est touchée depuis quelques années par toute une série d’enquêtes et de procédures judiciaires débouchant sur des arrestations à travers l’Italie avec pour fil conducteur des chefs d’inculpations pour agressions, raids squadristes, expéditions punitives aux dépends des compagni, des immigrés, des homosexuels. Cette vague d’arrestations ne touche pas simplement des militants épars, mais des sections entières, démontrant ainsi une stratégie « squadriste » conçue par le parti et non “l’impulsivité” de quelques “incontrôlables”. Malgré cela, sa légitimité démocratique ne semble pas être mise en doute par qui que ce soit, la dissolution d’un tel parti n’a jamais été évoquée. Aucune enquête sur la stratégie squadriste n’a été suggérée. On en est resté à la simple enquête de routine et au constat des faits. <strong>Fiamma triclore et le laboratoire romain :</strong> Laboratoire de la droite radicale depuis les années 70, Rome est un poste d’observation hélas privilégié pour comprendre les dynamiques et les tranformations des nouvelles droites. Fiamma Tricolore est, comme vu précédemment, sans aucun doute le mouvement le plus novateur (enfin, pour autant qu’on puisse considérer que calquer les initiatives passées des compagni le soient), mais celà ne suffit pas à garantir des résultats électoraux. Comme dit auparavant, la campagne du « Mutuo Sociale » (prêt social) est essentiellement un échec, les « occupations non conformes » qui se sont succédées à Rome (et continue de se succéder) reste de espaces semi-désertiques, presque toujours clos, animés des éternels même militants qui se déplacent de quartier en quartier au fur et à mesure des ouvertures. C’est pourquoi en 2007 l’attention de Fiamma Tricolore s’est tournée vers deux autres secteurs : l’école et le stade. <strong>L’école :</strong> au début de l’année 2007 aparait dans les lycées le sigle “Blocco Studento” (Bloc Etudiant). Il s’agit de la nouvelle organisation estudiantine de Fiamma Tricolore (NDT : le logo est celui de l’organisation d’extrème droite anglaise du B.U.F. de Mosley), expérimentation inédite dans les lycées romains où la politiqiue est depuis toujours exclusivement de gauche. Le Blocco Studento débute par une campagne pour se faire connaître qui est d’une très grande agressivité et qui reporduit toujours le même schéma : une dizaine de jeunes accompagnés par autant d’adultes de Casa Pound font la sortie du lycée en diffant des tracts. Il provoquent et repèrent les “gauchistes” et les agressent à coup de casques et de chaines (les joies du scooter à Rome). En faisant le tour des bahuts romains de cette manière le Blocco Studento fini par attirer rapidement sur lui l’attention des médias, les plaintes répétées des enseignants et des sociologues lui rajoutent encore un peu plus de visibilité : lors des élections estudiantine le Blocco Studento réussit à faire élire un bon nombre de délégués et constitue ainsi une noyau dur d’une cinquantaine d’étudiants/militants. Consécutivement on assite à l’occupation d’un lycée pendant quatre jours, occupation portée à bout de bras et manu militari par des lycéens quadragénaires de Casa Pound. Malgré cet activisme forcené et les disponibilités économique du parti, les règles rigides et le sectarisme empêchent le Blocco Studento de croitre au dessus des 50 unités. Cette nouvelle année scolaire nous offre pour l’instant quelques agressions repoussées par des compagni étudiants désormais péparés et rodés à ces manoeuvres et des fascistes en déroute fuyant pour aller panser leurs blessures. <strong>Stade :</strong> Toujours en 2007 on voit appaitre une bache au stade, dans le virage sud Romaniste (celui de l’AS ROMA), avec écrit dessus “Padroni di Casa” (maîtres de maison). Les Padroni di Casa sont le premier groupe ultras formés par un parti politique de l’histoire du football italien. Intégralement composé de militants de Fiamma Tricolore, les Padroni di Casa est un groupe issu d’une réflexion stratégique prenant en compte des données politiques et économiques et pas de la passion pour le ballon rond. Les leaders du groupe, les habituels Iannone et Castellino n’ont pas de passé dans le virage ou stade, beaucoup ne sont jamais allé au stade, d’aures ont même milité dans des groupes ultras d’autres équipes. L’expérience, encore en cours, est encore essentiellement un ratage : même si le tifo organisé de la Curva Sud Romaniste est principalement aux mains de groupes de matrice fasciste (BOYS, Ultras Romani par exemple), une opération aussi politicienne et autant étrangère au milieu “ultras” est perçue avec méfiance même par ceux qui ont la même sensibilité politique, mais une approche radicalement opposée du tifo. Les Padroni di Casa ont implanté leur siège dans le quartier populaire de Casal Bertone, à quelques pas de centres sociaux et d’occupations habitatives animées par des compagni. C’est d’ailleurs de cet avant poste qu’est parti cet été une expédition menée par un quarantaine de fascistes casqués et armés de bâtons en direction d’une ancienne école occupée par la coordination de la lutte pour le logement, dans laquelle habitent beaucoup de familles immigrées. La réaction des occupants à été très vive, et c’est avec l’énergie du désespoir que les fascistes ont été repoussés (les fascistes ont découvert à leurs dépends à quel point des mères de familles protégeant leurs enfants peuvent être de redoutables combattantes). Quelques heures après un regroupement de compagni du quartier venu apporter leur solidarité aux habitants s’est dirigé vers le local des Padroni di Casa, en a forcé le rideau de fer et détruit l’intérieur du local. A ce jour le siège semble de nouveau réouvert, encore une énième preuve que l’argent ne manque jamais à ces messieurs. <strong>Le fascisme comme imaginaire :</strong> L’idée qui sous tend ce type d’opération renvoie à l’imaginaire, le véritable point de force du groupe Casa Pound. A travers une série de slogans et un vocabulaire novateurs, un graphisme coordonné, des instruments d’auto narration (les Zeta Zero Alfa chantent leurs propres faits et gestes, écrivent de livres sur eux, filment et mettent en scène leurs actions, ouvrent une web radio&#8230;) le groupe cherche à renforcer et construire une rhétorique épique qui permet de le rendre plus compact et résistant. Cette obsession de toucher tous les compartiments de la vie du militant (le groupe du stade pour le dimanche, le Blocco Studento pour les études, le pub pour le soir, la librairie pour faire des cadeaux, etc&#8230;) entre dans cette logique : politiser tous les aspects de la vie du militant , l’impliquer 24 heures sur 24 pour l’empêcher de prendre de la distance. <strong>Agressions, Homocides et autres évènements, fascistes et police :</strong> En plus de ce qu’est la ligne de conduite officielle de la droite radicale romaine (même si elle reconnaît officiellement un taux élevé de conflictualité) il existe une ligne de conduite dans la rue sur lequel il faut encore faire la lumière et qui jouit pour l’instant d’une parfaite complicité des forces de police. Depuis plus de deux ans une bade de 40-50 fascistes est en action à Rome et suit toujours le même mode opératoire. Ils débarquent en scooters et voitures à la fin d’un concert se déroulant dans n’importe quel centre social, tous casqués et armés de bâtons, couteaux (parfois des machettes), des cocktails molotovs et des bombes agricoles (pétards ultras puissants) et se ruent à l’assaut du centre social, agressent les gens aux alentours et disparaissent en un clignement d’œil. On sait peu de chose de cette bande, parfois on arrive à identifier des participants à ces raids, ce que l’on peut en dire c’est qu’il s’agit d’un groupe le plus souvent mixte, c’est à dire composé d’électrons libres et de militants de divers partis opérant ensemble, avec tous une grande expérience du monde des virages. La dynamique est celles des affrontements entre ultras, l’utilisation du couteau faisant parti des us et coûtumes. Parmi les actions de ce groupe on peut relever l’attaque du centre social La Torre le soir de l’anniversaire de la mort de Valerio Verbano (compagno assassiné par les fascistes le 22 octobre 1982), l’assaut du centre social Ex Lavenderia au cours d’une soirée du RASH, deux autres raids contre le centre social Forte Prenestino dont un qui s’est soldé par un coup de couteau à la gorge d’un compagno de Radio Onda Rossa qui s’en est tiré par miracle, et enfin l’attaque du parc de Villa Ada lors d’un concert du groupe Banda Bassotti. Là encore on compte 8 coups de couteau dans le dos d’un homme de 50 ans. La descente de Villa Ada est révélatrice de la connivence entre police et fascistes : les forces de l’ordre prévenues dix minutes avant l’attaque par des personnes ayant signalé des déplacements suspects de voitures et de scooters ont mis quarante minutes à se rendre sur les lieux. C’est à dire à la fin du raid, nonobstant le fait que le commissariat le plus proche soit à 200 mètres du parc. A son arrivée, la police laisse filer les fascistes en fuite qui passent au milieu du barrage avec une facilité déconcertante tandis que les mailles du filet policier se ressèrent autours de cinq compagni qui ont subit l’agression et cherchaient à repousser l’assaut en trouvant de quoi se défendre (pierre et bâtons). Cette synergie de repli couvert par la police et de l’arrestation de compagni agressés s’est répété quelques jours après à Casal Bertone. Il est important de rappeler que dans une ville submergée de caméras de vidéosurveillance, dans laquelle tous les délits sont punis grâce à l’identification de ceux qui les commettent via toutes ces mêmes caméras ce groupe ne soit toujours pas identifié. Pas un seul de ses membres n’a été arrêté à ce jour. <strong>Renato Biagetti :</strong> On peut aussi parler de connivence entre fascistes et police dans l’affaire de l’assassinat de Renato Biagetti, jeune de 26 ans tué en septembre 2006 à Focene sur le littoral romain à la sortie d’une soirée reggae. Ceux qui l’ont tué et ont blessé grièvement une autre personne sont deux jeunes, non militants mais imprégnés de cette culture fasciste qui serpente dans les rues de Rome (pas de carte d’un parti dans la poche, mais une croix celtique tatouée sur le bras) et qui est autrement plus dangereuse que n’importe quel groupe organisé parce qu’elle arme la main de gamins incontrôlables qui ne répondent à aucune logique sinon celle de la haine de ce qui est différent. Là encore dans cette affaire après un premier moment de détournement de l’enquête par les forces de l’ordres les deux jeunes sont arrêtés. L’un des deux est le fils d’un brigadier des carabiniers (gendarme), ce dernier a cherché par tous les moyens à retarder l’enquête de manière à pouvoir à réserver les billets d’avion à son fils vers un pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec l’Italie. Cette affaire a été décrite par les journaux comme une “bagarre entre jeunes écervelés” alors que cette affaire est l’agression fasciste la plus dure qui soit arrivée ces dernières années. <strong>Ce qui nous attend : le modèle romain à l’échelle nationale :</strong> Le triste climat romain a pour responsable le maire Walter Veltroni et sa politique de l’équidistance. Cette prétention à vouloir donner une représentativité et absorber toutes les expressions politiques à l’intérieur du cadre « démocratique » se concrétise par l’assignation d’espaces aux centre sociaux de gauche et aux « occupations non conformes » de droite radicale, avec l’inauguration de rue aux noms des morts de gauche et de droite radicale. On efface les différences de fond, les explications, les choix et en aplanissant tout avec un refus général de la violence. Cette tolérance a donné une légitimité et une mise en conformité aux groupes fasciste qui ont ainsi pu se trouver des sièges offerts par la commune. Au même moment les agressions fascistes sont dépossédées de leur caractère politique et considérés comme des bagarres de rue, du hooliganisme ou une simple divergence entre extrémisme. Dès l’instant où Veltroni a été élu secrétaire général du Parti Démocratique, reprenant une paranoïa xénophobe et promettant un brutal virage sécuritaire si jamais il est élu premier ministre, il est possible d’entrevoir quel type d’avenir nous est promis&#8230; Par Reddi, traduit par Oronzo Canà</p>
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		<title>N comme national, B comme bolchevik</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 14:33:57 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) Le terme «national-bolchevisme» renvoie à deux concepts politiques bien précis. «National» fait bien sûr référence au nationalisme, c&#8217;est-à-dire à la survalorisation des caractères nationaux, de l&#8217;indépendance nationale, de l&#8217;unité de la nation, éventuellement en intégrant des caractères raciaux, etc. «Bolchevisme» renvoie à deux [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol.jpg"><img class="wp-image-2475 aligncenter" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol.jpg" alt="nazbol" width="600" height="182" /></a></p>
<p>Le terme «national-bolchevisme» renvoie à deux concepts politiques bien précis. «National» fait bien sûr référence au nationalisme, c&rsquo;est-à-dire à la survalorisation des caractères nationaux, de l&rsquo;indépendance nationale, de l&rsquo;unité de la nation, éventuellement en intégrant des caractères raciaux, etc. «Bolchevisme» renvoie à deux niveaux différents ; le premier, entendu strictement, fait référence à la fraction majoritaire (bolchevik) du parti ouvrier social-démocrate de Russie, animée à partir de 1903 par Lénine et peu à peu organisée par lui à mesure que son influence et sa position à la tête de la fraction s&rsquo;affermissait. Ainsi, selon une première lecture, le bolchevisme renvoie au léninisme, c&rsquo;est-à-dire à une interprétation possible de l&rsquo;oeuvre de K. Marx et aux conclusions organisationnelles que l&rsquo;idéologue en tira et qu&rsquo;il exposa en particulier dans <em>Que faire ?<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_0_302" id="identifier_0_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Que faire ?, L&eacute;nine, &Eacute;ditions sociales.">1</a></sup> : Nécessité d&rsquo;un parti structuré et discipliné représentant l&rsquo;avant-garde du prolétariat et conduisant celui-ci à la révolution ! Mais plus généralement, le bolchevisme fait référence au système politique et économique mis en place à partir de la prise de pouvoir des bolcheviks en octobre 1917, grâce à l&rsquo;élimination progressive du système des Conseils ouvriers qui leur étaient fondamentalement opposés<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_1_302" id="identifier_1_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Les soviets trahis par les bolcheviks, R. Rocker, &Eacute;d. Spartacus.">2</a></sup>.<br />
A priori, ces deux termes n&rsquo;ont pas grand-chose en commun, si ce n&rsquo;est d&rsquo;être tous les deux issus des idéologies bourgeoises du XIXe siècle. Pourtant, l&rsquo;évolution politique européenne va conduire à faire du national-bolchevisme un mouvement dominant. Ainsi en Allemagne, le national-bolchevisme désigne le mouvement animé par les frères Strasser, et qui représente l&rsquo;aile gauche du NSDAP. Gregor Strasser, pharmacien de formation, adhère dès l&rsquo;après-guerre au DAP puis NSDAP. Ses premières années de militant vont profondément ancrer en lui les thèmes qu&rsquo;il développera par la suite : inégalité sociale, misère extrême de l&rsquo;après-guerre, humiliation de l&rsquo;Allemagne, fièvre révolutionnaire&#8230; À proprement parler, G. Strasser n&rsquo;a rien de «bolchevik», n&rsquo;étant pas foncièrement politiquement révolutionnaire. Il est élu député en mai 1924 sur la liste Völkisch qui unit les nazis aux mouvements racistes d&rsquo;Allemagne du nord et par la suite, il accordera le maximum d&rsquo;importance à ce travail parlementaire, devenant leader du groupe nazi au Reischtag et ce, jusqu&rsquo;à sa démission du NSDAP. Cette appellation de «bolchevik» lui provient de sa préoccupation profonde pour les questions sociales. Foncièrement hostile à la bourgeoisie, juive ou pas, l&rsquo;une de ses obsessions fut le soutien aux propositions du PS et du PC de confisquer les biens des anciennes familles régnantes déposées en 1919. Cela se traduisit lors de sa tentative de «putsch» au sein du parti en novembre 1925, lorsqu&rsquo;il fait adopter un nouveau programme du parti prévoyant la nationalisation de la grosse industrie et des grandes propriétés et la création d&rsquo;une chambre des corporations pour remplacer le Reichstag. Désavoué par Hitler, il tenta d&rsquo;obtenir des applications concrètes de ce programme par la voie parlementaire avec le chancelier Schleicher. Ainsi en un certain sens, Strasser est plus bourgeois qu&rsquo;Hitler. Mais sa fascination pour le PC (à l&rsquo;instar de Goebbels, secrétaire pendant quelques mois de G. Strasser) est évidente, notamment pour la capacité de celui-ci à se faire obéir des masses. Ainsi pour Otto Rühle, «le bolchevisme a directement travaillé pour le fascisme. Dicter, corriger, contrôler chaque pas des masses, prévenir et saboter toute velléité d&rsquo;indépendance [...]. La victoire du fascisme n&rsquo;a pu être si facile que parce que des dirigeants des partis et les syndicats ouvriers avaient tellement dressé, émasculé et corrompu le matériel humain qu&rsquo;il est devenu la proie constante de l&rsquo;assujettissement, auquel il avait été éduqué pendant des décennies.»<br />
D&rsquo;autre part, cet intérêt de Strasser pour le PC et l&rsquo;URSS provient de l&rsquo;attitude du PC qui, à cette époque, soutient à fond la notion «d&rsquo;Allemagne, nation opprimée» et a une ligne politique authentiquement nationale-bolchevique (voir ci-après). C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;un des chevaux de bataille de Strasser fut la création d&rsquo;une «Ligue des nations opprimées», sorte de protonationalisme européen et ce, avec l&rsquo;alliance de l&rsquo;URSS. Néanmoins, G. Strasser n&rsquo;en a jamais pour autant renié le nationalisme racial du NSDAP, simplement il n&rsquo;en faisait pas le pivot de sa réflexion.<br />
Otto Strasser aura des positions sans doute encore plus socialisantes, très marqué qu&rsquo;il était par le programme fasciste de 1919. Ainsi, il apporta son soutien total à la grande grève des métallurgistes saxons organisée par les syndicats et la gauche. Exclu par Hitler, il tenta de fonder une organisation strictement nationale-bolchevique en 1930 : l&rsquo;Union des socialistes nationaux-révolutionnaires ou Front noir. Mais il est clair que ce créneau était déjà occupé par le KPD.</p>
<p>Car, si l&rsquo;on veut bien essayer de dépasser cette étiquette purement historique, on aboutit à une notion moins restrictive que cela. Ainsi, le stalinisme peut être clairement assimilé à un national-bolchevisme. Cela n&rsquo;est pas étonnant en soi. En principe, le marxisme fournit une théorie complète du fait national<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_2_302" id="identifier_2_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="NOIR &amp; ROUGE n&deg;13.">3</a></sup> et de son dépassement, théorie que l&rsquo;on peut résumer ainsi : le capitalisme, qui a brisé les privilèges et particularismes locaux, a unifié la nation pour que s&rsquo;y établisse, selon ses lois, la division du travail et pour que s&rsquo;y échangent librement les produits. La croissance des forces productives conduit à supprimer les barrières nationales mais le capitalisme s&rsquo;avère peu capable de mettre en place une véritable division internationale du travail. Ainsi, alors que le monde connaît une internationalisation croissante des processus économiques, il ne peut pas dépasser le cadre de la nation, lieu de l&rsquo;organisation sociale. La seule force capable de briser la nation est donc le prolétariat car, c&rsquo;est bien connu, les «prolétaires n&rsquo;ont pas de patrie». Pour défendre ses intérêts, le prolétariat doit s&rsquo;organiser à l&rsquo;échelon national en Partis communistes, eux-mêmes structurés en Internationale. Or, Lénine a essayé de résoudre le problème de base de tout cela : la classe ouvrière n&rsquo;est pas spontanément politique. La solution pour lui résidait dans le Parti, mais le sentiment national pouvait être un outil tout aussi performant. Ainsi, la question nationale n&rsquo;est pas, contrairement aux apparences, une difficulté du marxisme (donc du léninisme) ou un adversaire qu&rsquo;il devrait affronter, mais une force toujours mobilisable parce qu&rsquo;il s&rsquo;est primitivement alimenté en elle. Ainsi, dès 1921, le congrès de Bakou organisé par la IIIème Internationale s&rsquo;adressait aux peuples colonisés et rassemblait toutes les bourgeoisies nationales chargées de transmettre la bonne parole révolutionnaire. De fait, Staline n&rsquo;eut aucun mal à cultiver le sentiment national russe pour son plus grand bénéfice, ce qui vint naturellement se combiner avec le bolchevisme qui, selon P. Mattick<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_3_302" id="identifier_3_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Otto R&uuml;hle et la gauche allemande, P.Mattick, &Eacute;d. Spartacus.">4</a></sup>, est «une dictature, une doctrine nationaliste, un système autoritaire avec une structure sociale capitaliste.» La «Grande Guerre patriotique» représente un summum de cette organisation.</p>
<p>De fait, les relations avec le régime national-socialiste n&rsquo;ont jamais été franchement mauvaises. Du côté russe, Staline considérait Hitler comme un vrai dictateur. Comme le dit W.G. Krivitsky<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_4_302" id="identifier_4_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="J&rsquo;&eacute;tais un agent de Staline, W.G Krivistky, &Eacute;d. Champ libre.">5</a></sup> : «Avant la conclusion du pacte germano-russe, l&rsquo;idée prévalait que Hitler et Staline étaient des ennemis mortels : ce n&rsquo;était qu&rsquo;un mythe.» En fait, le régime stalinien avait très tôt aidé l&rsquo;Allemagne : protestations contre le traité de Versailles qui se traduisirent par le traité de Rapallo, soutien à l&rsquo;Allemagne en tant que «pays opprimé», thème développé au sein du Parti communiste allemand de la «guerre de libération nationale» par Laufenberg et Wolffheim (nationaux-bolcheviques types !), collaboration prônée avec les ligues nationalistes, travail commun entre la Reichswehr et l&rsquo;Armée rouge, etc.<br />
Dans tous les cas, Staline voyait dans cette collaboration une bonne chose pour la Russie donc pour son pouvoir. En janvier 1934, parlant devant le XVIIe congrès du PC, il déclara : «Certes, nous sommes loin d&rsquo;être enthousiasmés par le régime fasciste allemand [Staline était bien trop chauvin pour cela] mais le fascisme n&rsquo;est pas ici en cause pour la bonne raison qu&rsquo;en Italie, par exemple, le fascisme n&rsquo;a pas empêché l&rsquo;Union soviétique d&rsquo;établir les meilleures relations avec ce pays.» En outre, la Nuit des longs couteaux et l&rsquo;élimination des éléments révolutionnaires du NSDAP fut pour beaucoup dans «l&rsquo;estime» que Staline portait à Hitler.<br />
Pour avoir le point de vue national-socialiste, il nous suffit de relire H. Rauschning<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_5_302" id="identifier_5_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Hitler m&rsquo;a dit, H. Rauschning, Cahiers du futur, &Eacute;d. Champ libre.">6</a></sup> pour en avoir une idée : «Certains des chefs du parti, comme Goebbels, avaient reconnu dès les premières années de la lutte pour le pouvoir, une étroite parenté entre le national-socialisme et le bolchevisme ; ils en avaient fait état en s&rsquo;en félicitant, dans des déclarations publiques ; ils avaient plus tard maintenu leur opinion et l&rsquo;avaient plus ou moins discrètement propagée&#8230; (En effet, un philostalinisme trop poussé pouvait faire passer celui qui l&rsquo;éprouvait pour un partisan des frères Strasser donc pour un adversaire de Hitler, tel Koch, Gauleiter de Koenigsberg.) Hitler, lui, restait sceptique, mais ses raisons n&rsquo;étaient pas d&rsquo;ordre idéologiques : c&rsquo;étaient des considérations d&rsquo;ordre pratique». Hitler, lors d&rsquo;un entretien, déclara d&rsquo;ailleurs à Rauschning : «Il existe entre nous et les bolchevistes plus de points communs que de divergences et tout d&rsquo;abord le véritable esprit révolutionnaire. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai donné l&rsquo;ordre d&rsquo;accepter immédiatement dans le Parti tous les ex-communistes. Les petits bourgeois sociaux-démocrates ne pourront jamais devenir de véritables nationaux-socialistes ; les communistes toujours !» Cette reconnaissance se traduisit par l&rsquo;élimination dans les listes Otto<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_6_302" id="identifier_6_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;Les listes Otto&raquo; in La dictature,Cahiers du futur n&deg;2, &Eacute;d. Champ libre.">7</a></sup> (c&rsquo;est-à-dire les listes publiées en 1940 et 1942 des ouvrages interdits en France) des auteurs libertaires, ultra-gauches ou trotskystes opposés au stalinisme et foncièrement révolutionnaires : Koestler, Kaminsky<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_7_302" id="identifier_7_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ceux de Barcelone, C&eacute;line en chemise brune, H.E Kaminsky, &Eacute;d. Champ libre.">8</a></sup>, Krivitsky, Victor Serge, Panaït Istrati<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_8_302" id="identifier_8_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le retour de la flamme, Pana&iuml;t Istrati.">9</a></sup>, L.Trotsky, A.Ciliga<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_9_302" id="identifier_9_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dix ans au pays du grand mensonge d&eacute;concertant, A.Ciliga, &Eacute;d. Champ libre.">10</a></sup>, etc.<br />
Au contraire, l&rsquo;ouvrage de Lénine <em>Le gauchisme, maladie infantile du communisme</em>, écrit contre les gauches allemandes et hollandaises, continua d&rsquo;être autorisé bien après la prise de pouvoir de 1933. Finalement, le principal obstacle à une entente entre les deux régimes était l&rsquo;obsession raciale d&rsquo;Hitler. A fortiori, la principale différence qui fonde la spécificité du national-socialisme allemand par rapport au national-bolchevisme russe est bien sûr l&rsquo;antisémitisme<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_10_302" id="identifier_10_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;Logique de l&rsquo;antis&eacute;mitisme&raquo;, Moishe Postone, Temps critiques n&deg;2.">11</a></sup>. Celui pratiqué par Staline n&rsquo;était en effet qu&rsquo;une reprise de l&rsquo;antisémitisme traditionnel russe, utilisé par le pouvoir pour faire oublier les difficultés quotidiennes à la population (malgré ce qu&rsquo;affirme B.Souvarine<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_11_302" id="identifier_11_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le stalinisme, B. Souvarine, &Eacute;d. Spartacus.">12</a></sup>. Selon lui, «le national-bolchévisme stalinien en arrive à s&rsquo;apparenter avec le national-socialisme hitlérien et découvrira même un «problème juif» exigeant aussi une «solution définitive».») Le procès d&rsquo;après-guerre du complot des «blouses blanches» en est un exemple.</p>
<p>Dans ce schéma, qu&rsquo;en est-il des différents partis «communistes» occidentaux ? Il est certain qu&rsquo;ils ne peuvent être qualifiés de nationaux-bolcheviks. Cependant, on peut dégager certains faits. Tout d&rsquo;abord, les partis communistes se sont en général constitués lors des contre coups de la révolution d&rsquo;octobre<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_12_302" id="identifier_12_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="NOIR &amp; ROUGE n&deg;29 &laquo;Les libertaires fran&ccedil;ais face &agrave; la r&eacute;volution bolchevik : autour de R. P&eacute;ricat et du Parti communiste&raquo;.">13</a></sup>. Leur période d&rsquo;autonomie ne dépassa pas deux ou trois ans et ils furent rapidement «bolchevisés» (1923-1924 en France), c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;ils subirent un processus d&rsquo;assujettissement aux objectifs russes. De fait, l&rsquo;internationalisme à la sauce stalinienne sera compris comme une défense forcenée de la «patrie du socialisme». Cependant, pour les militants communistes, l&rsquo;internationalisme restait une valeur fondamentale, ce qui a largement permis de limiter le courant nationaliste de ces partis. Par contre, cette défense de l&rsquo;URSS les a conduit à des alliances qui étaient tout aussi abjectes que celles pratiquées par le national-bolchevisme russe. Ainsi en Italie, à partir de juin 1936, on peut lire certaines phrases dans la revue du PCI <em>L&rsquo;État ouvrier</em> qui ont dû en faire sursauter plus d&rsquo;un à l&rsquo;époque : «La réconciliation du peuple italien est la condition pour sauver notre pays de la catastrophe», «nous tendons la main aux fascistes, nos frères de travail et de souffrances parce que nous voulons combattre ensemble pour la bonne et sainte bataille du pain, du travail et de la paix», «il n&rsquo;est pas vrai que chaque fasciste soit un réactionnaire, un ennemi du peuple». Cette ligne politique culmine avec un texte signé par Togliatti<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_13_302" id="identifier_13_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Appel aux fascistes, P. Togliatti, &Eacute;d. Nautilus.">14</a></sup> : «Pour le salut de l&rsquo;Italie, réconciliation du peuple italien !». Le dirigeant du PCI, assassin de nombreux militants révolutionnaires en Espagne, tente d&rsquo;y démontrer le patriotisme communiste et la nécessité de s&rsquo;entendre avec le fascisme : «L&rsquo;indépendance nationale, ce grand idéal que nous ont transmis nos Ancêtres, les grands révolutionnaires qui ont bâti l&rsquo;unité nationale de notre pays, nous en sommes fiers&#8230; Peuple italien ! Fascistes de la vieille garde ! Jeunes fascistes ! Les communistes adoptent le programme fasciste de 1919 !». Cette référence au programme de 1919 était bien sûr ridicule car cela faisait longtemps qu&rsquo;il était tombé aux oubliettes&#8230; Avec ce texte, et au nom de la politique zigzagante de Staline, les analyses de Gramsci étaient joyeusement jetées aux orties.</p>
<p>Mais le PCI ne fut pas le seul à pratiquer ce type d&rsquo;appel. En avril 1936, Thorez lançait une supplique dans le même goût : «Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu croix de feu parce que tu veux, comme nous, éviter que le pays ne glisse vers la ruine et la catastrophe». En juin 1956, le PC espagnol fit la même chose, saluant ainsi un régime qu&rsquo;il avait largement contribué à installer.<br />
Dans ces trois cas, la fibre nationaliste fut largement utilisée, ainsi que le thème de l&rsquo;union antisystème. La passion du PCF pour les jacobins (depuis les années 1940, la chaire d&rsquo;Histoire de la Révolution française à la Sorbonne a toujours été occupée par un communiste) ne s&rsquo;est jamais démentie et est tout à fait symptomatique.<br />
Mais le temps passe et efface bien des choses&#8230; Depuis la mort de Staline, et à plus forte raison depuis 1989, depuis que le mythe de l&rsquo;URSS prolétarienne s&rsquo;est effondré, nombreux sont ceux parmi les nationalistes à voir dans le stalinisme une application concrète de leurs idéaux et ce, à des degrés divers. Les plus clairs sur ce point sont les groupes nationalistes révolutionnaires ou néo-nazis. Ainsi les Italiens de la revue <em>Orion<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_14_302" id="identifier_14_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Repris dans Lutte du Peuple, mensuel de Nouvelle r&eacute;sistance, juin 1993.">15</a></sup></em> : «Le 5 mars 1953 mourrait J. Staline. Des dizaines de millions de travailleurs de tous les pays apprirent la nouvelle avec douleur [...]. Quarante années après, Staline nous évoque la figure limpide de la révolution intégrale du XXe siècle, véritablement anticapitaliste, fièrement hostile aux pseudo valeurs individualistes, libérales et occidentales [...], luttant pour la construction d&rsquo;une société fondée sur des valeurs éthiques : le sacrifice à la patrie et à l&rsquo;intérêt communautaire [tout à fait ce que pensait la nomenklatura, n'est-ce pas ?], le respect de la famille, la discipline, l&rsquo;ordre, le sérieux dans le choix de la vie [...]. Il nous plaît de nous souvenir du dernier Staline, chaque jour plus antisioniste.» (La revue <em>Orion</em> se garde bien de dire antisémite. Comme d&rsquo;habitude, antisioniste est le nom de code pour cela.)</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-2476 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-2-229x300.jpg" alt="nazbol-2" width="229" height="300" /></a><br />
Même son de cloche chez Marc Fredricksen, ex-dirigeant de la FANE et membre des FNE<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_15_302" id="identifier_15_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;&Eacute;v&egrave;nement du Jeudi du 4 juin 1987.">16</a></sup> : «Le communisme, c&rsquo;est d&rsquo;abord une erreur économique. Mais j&rsquo;ai pour les communistes d&rsquo;URSS une grande admiration. Ils ont le sens de l&rsquo;élite. Le parti est censé représenter l&rsquo;élite de la nation. La sélection correspond à la noblesse de l&rsquo;Ancien Régime. Et aux SS d&rsquo;hier [...]. Je crois que le mieux, à l&rsquo;heure actuelle, c&rsquo;est encore le communisme tel qu&rsquo;il est pratiqué en URSS, parce que les dirigeants soviétiques sont des nationalistes qui refusent le mélange des races et limitent l&rsquo;influence des Juifs». L-I-M-P-I-D-E ! Même un groupe comme le GUD admet un certain nombre de choses<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_16_302" id="identifier_16_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Rebelles, bimestriel du GUD, d&eacute;cembre 1989.">17</a></sup> : «Nous pouvons constater que le communisme a prôné le patriotisme, le dénuement, un comportement social rigoureux, le respect d&rsquo;une certaine hiérarchie. Il était abject dans l&rsquo;opposition mais acceptable au pouvoir.» Cependant, conscient que cette reconnaissance va faire hurler dans les chaumières nationalistes traditionnelles, l&rsquo;auteur de l&rsquo;article précise toutefois que le «bilan est globalement négatif» entre autres, selon lui, à cause du «culte des masses» ! Il est vrai qu&rsquo;à Assas, l&rsquo;élitisme et l&rsquo;aristocratie sont les valeurs les mieux partagées, entre gens de bonne compagnie, bien entendu&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-2477 alignright" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-3-300x147.jpg" alt="nazbol-3" width="300" height="147" /></a>Le dernier à être fasciné par le stalinisme et à y voir la réalisation de la plupart de ses obsessions est Jean Thiriart. Ancien SS, héraut de la Grande Europe de Dublin à Vladivostock, il est sans doute celui qui manifeste la plus grande cohérence idéologique par rapport à tout ceci. Cela lui permet de «cartonner» ses petits camarades qui, tout en bavant devant l&rsquo;URSS, n&rsquo;en comprennent pas le sens profond<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_17_302" id="identifier_17_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nationalisme &amp; R&eacute;publique n&deg;9.">18</a></sup> : «Il faut maudire les imbéciles, les primaires de l&rsquo;extrême droite qui ont accouché de la théorie de l&rsquo;Europe aux cent bannières.» (Et toc pour tout le monde, y compris Nouvelle résistance et son «Europe aux cent drapeaux»). Des racistes honteux, des racistes hypocrites ont inventé «l&rsquo;ethno-différencialisme» (sic !), les «identités ethno-culturelles» (resic !). Cela a conduit sur le terrain aux boucheries en Moldavie, Yougoslavie&#8230;» (Et toc pour la Nouvelle droite et ceux qui s&rsquo;en inspirent !). Aujourd&rsquo;hui, les petits pédants de la «nouvelle droite» (sic !) cultivent le «bon Croate» ou le «bon Slovaque». Ces galopins parisiens de la Rive gauche, incontinents de l&rsquo;encrier, nous avaient submergé d&rsquo;ennui avec leur brocante néo-paganiste, avec Dionysos, avec leurs histoires incroyables de par-delà Thulé. La brocante s&rsquo;est élargie, le marché aux puces intellectuel cherche à s&rsquo;agrandir.» À tout cela, Thiriart oppose «l&rsquo;Imperium», la «République unitaire laïque» et autres conceptions autoritaires du même tonneau. Seuls reproches à l&rsquo;URSS : que Staline ait conservé des «oripeaux marxistes», qu&rsquo;il ait maintenu l&rsquo;illusion des républiques «soviétiques», et que le KGB ait été noyauté par les Juifs, euh pardon&#8230; les «sionistes». No comment.</p>
<p>À l&rsquo;issue de cette (très) succincte étude, il apparaît que le national-bolchevisme a existé et qu&rsquo;il existe encore (voir l&rsquo;article précédent). Est-ce vraiment surprenant ? Ainsi, nous ne pouvons que faire nôtres les lignes qui suivent<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_18_302" id="identifier_18_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cahiers du futur n&deg;2">19</a></sup> : «Nazisme et stalinisme sont proches parents, fers de lance de la contre-révolution [...]. N&rsquo;allez cependant pas conclure hâtivement qu&rsquo;en plaçant sur un même plan «fascisme rouge et fascisme brun», nous cédions au réflexe libéral. Bien au contraire, nous désignons ainsi ce qui, dans chaque programme révolutionnaire (et le fascisme l&rsquo;était), atteste que déjà le capital le gangrène.» Coller bruyamment l&rsquo;étiquette fasciste sur l&rsquo;État a le même effet que dénoncer les partis à la tête de l&rsquo;État. Dans les deux cas, on escamote la critique de l&rsquo;État derrière la dénonciation de ceux qui le dirigent. Le gauchisme croit faire preuve d&rsquo;extrémisme en criant au fascisme, alors qu&rsquo;il évite ainsi la critique de l&rsquo;État et propose une autre forme d&rsquo;État (démocratique ou populaire) à la place de la forme existante.» (Revue bordiguiste BILAN<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_19_302" id="identifier_19_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Bilan, &laquo;Contre-r&eacute;volution en Espagne, 1936-1939&raquo;, &Eacute;d. 10-18">20</a></sup>)</p>
<p><strong>À lire :</strong><br />
<em>Le national-bolchevisme</em>, Louis Dupeux, les Éditions d&rsquo;histoire de Strasbourg.<br />
<em>Fascisme brun, fascisme rouge</em>, Otto Rühle, Éditions Spartacus.</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_302" class="footnote"><em>Que faire ?</em>, Lénine, Éditions sociales.</em></li><li id="footnote_1_302" class="footnote"> Les soviets trahis par les bolcheviks, R. Rocker, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_2_302" class="footnote"><em>NOIR &amp; ROUGE</em> n°13.</li><li id="footnote_3_302" class="footnote"><em>Otto Rühle et la gauche allemande</em>, P.Mattick, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_4_302" class="footnote"><em>J&rsquo;étais un agent de Staline</em>, W.G Krivistky, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_5_302" class="footnote"><em>Hitler m&rsquo;a dit</em>, H. Rauschning, Cahiers du futur, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_6_302" class="footnote">«Les listes Otto» in <em>La dictature,</em>Cahiers du futur n°2, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_7_302" class="footnote"><em>Ceux de Barcelone</em>, <em>Céline en chemise brune</em>, H.E Kaminsky, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_8_302" class="footnote"><em>Le retour de la flamme</em>, Panaït Istrati.</li><li id="footnote_9_302" class="footnote"><em>Dix ans au pays du grand mensonge déconcertant</em>, A.Ciliga, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_10_302" class="footnote">«Logique de l&rsquo;antisémitisme», Moishe Postone, <em>Temps critiques</em> n°2.</li><li id="footnote_11_302" class="footnote"><em>Le stalinisme</em>, B. Souvarine, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_12_302" class="footnote"><em>NOIR &amp; ROUGE</em> n°29 «Les libertaires français face à la révolution bolchevik : autour de R. Péricat et du Parti communiste».</li><li id="footnote_13_302" class="footnote"><em>Appel aux fascistes</em>, P. Togliatti, Éd. Nautilus.</li><li id="footnote_14_302" class="footnote">Repris dans <em>Lutte du Peuple</em>, mensuel de Nouvelle résistance, juin 1993.</li><li id="footnote_15_302" class="footnote"><em>L&rsquo;Évènement du Jeudi</em> du 4 juin 1987.</li><li id="footnote_16_302" class="footnote"><em>Rebelles</em>, bimestriel du GUD, décembre 1989.</li><li id="footnote_17_302" class="footnote"><em>Nationalisme &amp; République</em> n°9.</li><li id="footnote_18_302" class="footnote"><em>Cahiers du futur</em> n°2</li><li id="footnote_19_302" class="footnote"><em>Bilan</em>, «Contre-révolution en Espagne, 1936-1939», Éd. 10-18</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>La peste brune en Europe</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Dec 2004 14:08:00 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&#8217;Ouest Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de Réflexes. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&#8217;une vague de néo-fascisme s&#8217;apprêtant à déferler sur l&#8217;Europe du Nord et de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong></p>
<p>Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de <em>Réflexes</em>. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&rsquo;une vague de néo-fascisme s&rsquo;apprêtant à déferler sur l&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest, mais il est indéniable que les forces réactionnaires fascisantes et d&rsquo;ultra-droite ont opéré de significatives percées tout au long de la décennie passée.<br />
Ce processus s&rsquo;est déclenché en France en 1986, quand Le Pen et son Front national ont engrangé leur premier réel soutien lors d&rsquo;élections nationales (ils étaient déjà présents au Parlement européen). Ainsi lancés, ils ont travaillé à consolider cette base électorale d&rsquo;un minimum de 2 millions de voix, avec des pics à 4,5 millions d&rsquo;électeurs prêts à défendre leur programme raciste, antisémite et autoritaire.<br />
Les succès du FN furent le catalyseur qui tira l&rsquo;extrême droite de l&rsquo;isolement où elle avait végétée, aux confins de la vie politique, depuis l&rsquo;écrasement du Troisième Reich d&rsquo;Hitler en 1945. Entre 1945 et 1986 il y eut bien sûr des exceptions, tel le poujadisme en France dans les années 50, mais elles furent avant tout les expressions particulières de certaines conjonctures politiques, et non pas les prémisses d&rsquo;un développement à long terme.<br />
1986 marqua ce saut qualitatif et permit l&rsquo;émergence de partis électoraux d&rsquo;extrême droite et fascisants -modelés sur le FN pour certains- dans divers pays européens. Tous ont profité de la manne des politiques restrictives de plus en plus racistes et inhumaines, que les grands courants politiques et les Etats ont progressivement mis en place dans ces pays.<br />
Que l&rsquo;immigration en Union européenne (UE) se soit peu à peu tarie n&rsquo;entame pas la croissance de l&rsquo;extrême droite. Au contraire, la répression de l&rsquo;Etat quasi ininterrompue, les mesures policières, les campagnes de presse sur le sujet et l&rsquo; &laquo;&nbsp;Europe forteresse&nbsp;&raquo; ont, dans l&rsquo;UE, servi à renforcer l&rsquo;extrême droite en gratifiant sa réthorique d&rsquo;un vernis de légitimité.<br />
On a ainsi assisté dans divers pays au désenclavement de cette droite extrême ou néo-fasciste, et ce qui fut dès lors une inexorable marche de l&rsquo;avant soulève de graves questions politiques que le mouvement antifasciste n&rsquo;a sans doute pas encore bien pesées.</p>
<p>Pour une nécessaire compréhension critique de la situation il nous faut distinguer entre les pays concernés, dont chacun présente une histoire, une tradition et une culture politique qui lui sont propres. Procéder à cette mise à plat implique que nous posions les différences -d&rsquo;ordre politique par exemple- existant entre les nombreuses organisations d&rsquo;extrême droite comme étant d&rsquo;égale importance à leurs points communs. Sans cette démarche préalable nous ne pourrons pas déterminer où plane la plus grande menace, réelle ou en puissance.<br />
La différence cruciale est celle qui sépare le néo-fascisme comme danger politique de celui qui se cantonne, pourrait-on dire, à n&rsquo;être qu&rsquo;une forme d&rsquo;activité violente mettant en péril la sécurité publique et individuelle, voire, troublant l&rsquo;ordre et la loi.<br />
Dans la première catégorie -l&rsquo;extrême droite comme menace politique- on peut ranger les pays suivants : l&rsquo;Italie bien sûr, l&rsquo;Autriche, les Flandres en Belgique, la France, les Pays-Bas, l&rsquo;Allemagne et la Suède. Pourquoi ceux-là? Et en quoi la menace est-elle d&rsquo;ordre politique?<br />
La réponse est simple. Depuis 1945 quand la dictature d&rsquo;Hitler est abattue, le fascisme et ses avatars sont très isolés en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. Les zélotes d&rsquo;Hitler sont peu appréciés. Pour les plus perspicaces d&rsquo;entre eux, la tâche majeure consistait à trouver un moyen de sortir de l&rsquo;ombre. Ainsi le fascisme, un phénomène politique marginal, opère sa transformation quand il commence à obtenir une certaine résonance parmi la population, et se retrouve en position de gagner et de consolider une base électorale, de s&rsquo;injecter dans la vie politique à différents échelons.</p>
<h3>L&rsquo;irruption du Front National</h3>
<p>Ce qui s&rsquo;est alors passé est que depuis 1986 en particulier, quand le FN a ouvert une première réelle brèche lors d&rsquo;élections nationales, des organisations à l&rsquo;idéologie néo-fasciste mais dotées d&rsquo;une stratégie électorale et légaliste ont pu percer de même. Elles ont démontré qu&rsquo;elles pouvaient susciter l&rsquo;adhésion populaire.<br />
Cela a d&rsquo;autres conséquences : la droite traditionnelle conservatrice craint l&rsquo;ascendant de l&rsquo;extrême droite, la sociale-démocratie redoute le racisme latent de sa propre base électorale, et toutes deux ont aisément cédé devant leur peur de ces organisations.<br />
Dans les pays cités plus haut, les partis d&rsquo;extrême droite ou néo-fascistes se présentant à des scrutins ont, depuis 1986, assuré l&rsquo;élection de leurs candidats à des institutions démocratiques et parlementaires locales, municipales, nationales et européennes.<br />
En Italie, et chose incroyable, presque à l&rsquo;insu de nombreux antifascistes, la coalition Forza Italia &#8211; Alliance nationale &#8211; Ligue du Nord forma même un gouvernement néo-fasciste entre mars et décembre 1994. A eux trois ils rassemblèrent plus de 15 millions de voix. Heureusement, leur volonté programmée d&rsquo;enterrer la Constitution italienne explicitement antifasciste et avec elle la démocratie italienne, a échoué.<br />
Ils étaient à la tête du gouvernement mais pas de l&rsquo;Etat. A aucun moment ils n&rsquo;ont détenu le pouvoir effectif. Finalement c&rsquo;est une combinaison d&rsquo;incompétence politique, de soupçons de corruption pesant sur Berlusconi et de grèves massives contre les plans du gouvernement qui provoquèrent la chute de celui-ci.<br />
A Anvers dans la région flamande de Belgique, le Vlaams Blok fasciste est si bien implanté qu&rsquo;il obtient 28% des voix aux élections nationales, et environ 21% dans la région alentour. Le résultat? Dix-sept députés au Parlement belge.<br />
En France, au premier tour de l&rsquo;élection présidentielle de 1995, Le Pen, candidat du Front national, a recueilli plus de 4, 5 millions de voix. Bien que le FN n&rsquo;ait pas de membres à l&rsquo;Assemblée nationale il en compte onze au Parlement européen, et en France même il est aux commandes de trois villes d&rsquo;importance : Orange, Marignane et Toulon. Dans le même temps, on notera que l&rsquo;adoption de versions édulcorées de certains points du programme du FN par les gouvernements successifs -de “ gauche ” et de droite-, suggère que le soutien à ce parti a peut-être atteint un point culminant.<br />
En Autriche la situation est alarmante. Le “yuppie néo-fasciste”, laudateur des SS Jörg Haider et son Mouvement de la liberté (ancien Parti libéral) se sont imposés sur l&rsquo;échiquier politique comme figures de poids. Les partis politiques traditionnels ne peuvent plus éluder leurs prises de position.<br />
Aux dernières élections, la presse bourgeoise s&rsquo;est félicitée de la chute du vote pour le Mouvement de la liberté, de 22,6 % à 22,08 %. Ce qui fut passé sous silence, c&rsquo;est que le nombre de voix a en fait augmenté de 31 000, pour atteindre 1 029 000. Cela sur un total de 5,8 millions de suffrages. Die Freiheitlichen est à présent la mieux représentée de toutes les formations d&rsquo;extrême droite en Europe, avec 41 sièges sur les 183 du Parlement autrichien.<br />
Dans les autres pays, comme les Pays-Bas ou la Suède, l&rsquo;extrême droite a remporté des sièges dans des assemblées municipales ou régionales. Ces victoires sont moins spectaculaires mais elles restent inquiétantes car révèlent une fois de plus un fort appui des populations, acquis en grande partie à la faveur d&rsquo;un discours raciste, anti-immigrés et contre le droit d&rsquo;asile.<br />
L&rsquo;Allemagne et la Suède sont des cas à part dont nous traiterons plus loin. Le point principal étant que depuis la seconde moitié des années 1980 la situation s&rsquo;est modifiée, moins rapidement toutefois qu&rsquo;au cours des cinq ou six dernières années, depuis la chute du bloc soviétique et la réunification allemande.<br />
Là où les néo-fascistes ont été élus ou bien là où ils ont fidélisé un électorat de masse, les partis démocratiques sont devenus nerveux et leur ont laissé mettre à l&rsquo;ordre du jour des questions sur le racisme, le droit d&rsquo;asile, la loi et la sécurité. Le lien en Autriche par exemple, entre les lettres piégées de néo-nazis et les litanies de Haider réclamant un état policier, est évident.</p>
<h3>Jouer à se faire peur</h3>
<p>Nous devons avoir une approche réaliste des choses et le sens du graduel. Est ainsi ridicule la panique de certains prétendus antifascistes britanniques &#8211; ceci de l&rsquo;avis même de <em>Searchlight</em> -, lorsqu&rsquo;un membre du British National Party est élu dans une assemblée locale au cours d&rsquo;un scrutin insignifiant. C&rsquo;est encore plus grotesque quand les mêmes suggèrent que la mouvance néo-fasciste en Grande-Bretagne est aussi menaçante que celle planant sur l&rsquo;Europe continentale.<br />
Comment pourrait-elle l&rsquo;être ? En Grande-Bretagne cette nébuleuse compte 4 500 membres au maximum pour ses trois principales composantes : le British National Party, le groupe terroriste néo-nazi Combat 18 et les boneheads de Blood and Honour. Quelques précisions : sur ces 4 500 la moitié tout au plus milite. Combat 18 n&rsquo;a pas plus d&rsquo;une centaine de partisans. Blood &amp; Honour a scissionné. On peut en tirer deux conclusions. En premier lieu, si un pays de 55 millions d&rsquo;habitants est incapable de contrôler 2 700 activistes néo-nazis, nous pouvons sérieusement broyer du noir. Par ailleurs, comment comparer des gens qui font moins d&rsquo;1% des voix avec d&rsquo;autres qui, dotés d&rsquo;une pratique différente mais de la même idéologie, recueillent jusqu&rsquo;à 20% des suffrages comme en Italie, en Belgique et en Autriche, dans certaines régions de France ?<br />
Cela nous amène à l&rsquo;Allemagne et à la Suède, où l&rsquo;extrême droite constitue une menace à la fois d&rsquo;ordre politique et terroriste. Pourtant même là les situations sont à confronter, sur la base de cultures politiques assez différentes.<br />
L&rsquo;Allemagne, pour d&rsquo;évidentes raisons historiques, et à présent de plus en plus pour des raisons géostratégiques, est la clé de la situation en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. L&rsquo;effondrement de la République démocratique allemande (RDA) et la nette dérive nationaliste amorcée à l&rsquo;occasion d&rsquo;une réunification éclair &#8211; onze mois entre la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 et le retour de la RDA dans le giron de la RFA (il serait d&rsquo;ailleurs plus juste de parler d&rsquo;annexion) &#8211; furent de puissants stimulants pour les néo-fascistes et ont facilité leur accroissement rapide.</p>
<h3>L&rsquo;instrumentalisation de l&rsquo;extrême droite</h3>
<p>L&rsquo;atmosphère nationaliste exaltée par le gouvernement d&rsquo;Helmut Kohl fut également l&rsquo;occasion pour l&rsquo;extrême droite de fonctionner ouvertement, et d&rsquo;agir en instrument du pouvoir dans la volonté de celui-ci de retirer de la Constitution l&rsquo;article 16, qui garantissait le droit d&rsquo;asile. Ainsi, entre 1990 et 1993 l&rsquo;Allemagne fut le théâtre d&rsquo;une vague de violence fasciste organisée, de terreur et de meurtre, dont on ne trouve l&rsquo;écho que dans la République de Weimar pré-hitlérienne.<br />
Entre 1990 et 1993 soixante-quinze personnes ont perdu la vie aux mains de funestes gangs néo-nazis, et pour la seule année 1993 23 000 actes criminels sont à mettre au compte de ces émules du fascisme. Pendant tout ce temps le gouvernement de Kohl s&rsquo;est tenu à l&rsquo;écart. La terreur fasciste fut exploitée au Bundestag à des fins de ralliement du vote des sociaux-démocrates (SPD), afin que la majorité y dispose des deux tiers nécessaires pour réécrire l&rsquo;article 16. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le SPD a fini par céder alors qu&rsquo;un incendie ravageait un foyer de travailleurs Vietnamiens à Rostock, à l&rsquo;apogée du pogrom d&rsquo;Août 1992 dans cette ville.<br />
Des pogroms comme ceux de Hoyerswerda et de Rostock sont à nouveau des éléments de la politique allemande. De même pour les victoires électorales de l&rsquo;extrême droite qui, bien que sa frange la plus radicale fut l&rsquo;objet d&rsquo;une certaine répression après que son utilité fut épuisée, ne peut plus être ignorée, en particulier parce qu&rsquo;elle fonctionne comme alibi et justification de la dérive à droite du CDU\CSU . En mars 1996 dans le Bade-Wurtemberg, les Republikaner (REPs) ont une fois de plus prouvé leur importance. En dépit des pronostics de la presse et des médias ils ont obtenu 437 000 voix aux élections du Parlement régional (Landtag), devenant ainsi le premier parti d&rsquo;extrême droite à être réélu depuis 1945.<br />
Le vote REPs est lié aux sérieux problèmes que connaît l&rsquo;Allemagne mais également à une restructuration de la scène activiste néo-nazie. C&rsquo;est sans surprise que dans le Bade-Wurtemberg des membres de groupes interdits prêtèrent leur concours au REPs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;ailleurs en partie d&rsquo;une nouvelle stratégie de la frange radicale, que la répression de l&rsquo;Etat pourtant peu énergique a fragilisée plus que prévu. La décision fut donc prise par les activistes d&rsquo;infiltrer les principaux partis électoraux d&rsquo;extrême droite : le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) , les REPs, la Deutsche Liga für Volk und Heimat (DL) , et, dans une moindre mesure, la Deutsche Volksunion (DVU) .<br />
Le vote dans le Bade-Wurtemberg démontre qu&rsquo;il existe un vaste électorat potentiel pour une espèce de néo-fascisme “ acceptable ” ou “ respectable ”. Certains militants ralliés à cette idée ont franchi le Rubicon. Ce vote prouve aussi que le nouveau nationalisme de la droite classique ne comble toujours pas une portion conséquente de la population.<br />
On distingue désormais clairement quatre tendances au sein des radicaux, en dehors de ce qu&rsquo;on peut déduire de leurs choix d&rsquo;infiltrer tel ou tel parti électoral.</p>
<h3>Un néo-fascisme protéiforme</h3>
<p>Tout d&rsquo;abord les “ traditionalistes ”, regroupés autour de ce qui reste de l&rsquo;ex-Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei (FAP) de Friedhelm Busse, organisation qui tente de survivre malgré sa mise hors-la-loi. Cette fraction est en grande perte de vitesse.<br />
Vient ensuite le Gesinnungsgemeinschaft der Neuen Front (GdNF) qui s&rsquo;est consolidé en dépit d&rsquo;une faible visibilité. Il s&rsquo;est surtout consacré au développement de son réseau à travers les babillards (BBSs), et au renforcement de la HNG, une structure pour ses militants incarcérés. Des indications suggèrent que le GdNF s&rsquo;est même agrandi.<br />
La troisième tendance est issue du FAP et s&rsquo;est constituée autour de Thorstein Heise, en Saxe-Anhalt. Elle s&rsquo;est exclusivement investie sur la scène skinhead d&rsquo;extrême droite, dans le but de mettre sur pied une culture musicale de rock nazi qui servirait aux activistes de vivier à recrues. Heise a noué de solides liens avec les terroristes britanniques néo-nazis de Combat 18.<br />
Enfin, de loin les plus importants, les néo-nazis “ modernisés ” qui comptent le poseur de bombes Peter Naumann, les “ dissidents ” du FAP Glenn et Andre Goertz, et Stefan Hupke membre du Nationalistische Front (NF) . Ils ont tenté de se regrouper autour du magazine des Junge Nationaldemokraten (JN) Einheit und Kampf et se servent des JN comme d&rsquo;une façade pour un genre de nouveau national-bolchévisme.<br />
Cette dernière tendance bénéficie de l&rsquo;appui de l&rsquo;ex-leader du NPD Günter Deckert -aujourd&rsquo;hui sous les verrous- et du soutien de Meinolf Schönborn -qui doit être prochainement incarcéré- ancien chef du NF interdit. Parmi leurs sympathisants on trouve également la direction de la Wiking Jugend (Jeunesse Viking), dissoute elle aussi. Les partis d&rsquo;extrême droite se présentant aux élections cumulent ensemble autour de 56 000 militants, et la frange radicale environ 5 000.<br />
En Suède, où il y a deux ans la formation d&rsquo;extrême droite Sverige Demokraterna (SD) fit son score le plus élevé avec 26 000 voix et remporta des sièges dans des conseils locaux, c&rsquo;est la branche activiste qui a pris l&rsquo;initiative. L&rsquo;ancien groupe terroriste VAM baptisé par la suite réseau Storm, a transformé l&rsquo;an dernier son magazine Storm en une publication très “ pro ”, Nordland, et au début 1996 l&rsquo;organisation est devenue la National Alliance (NA).<br />
La NA, ainsi nommée en référence à la plus grosse organisation néo-nazie américaine, possède un noyau dur de 250 membres et un cercle de 500 à 600 sympathisants. Sa source d&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas Adolf Hitler mais Robert J. Matthews, l&rsquo;ancien chef du groupe américain terroriste d&rsquo;extrême droite The Order. Matthews fut liquidé par le FBI en 1985.</p>
<h3>Le marché skinhead</h3>
<p>La NA cherche surtout à gagner l&rsquo;appui des jeunes. Actuellement elle ne dirige pas moins de six compagnies d&rsquo;enregistrement et de distribution de CD, qui, pour la seule année 1995, ont produit plus de 30 CD de rock nazi. Le marché de la bimbeloterie néo-nazie offre des débouchés croissants : la mouvance skinhead à Stockholm par exemple, s&rsquo;est multipliée par dix (de 100 à 1 000 individus) entre 1990 et 1996. Les nazis et le “ nazi-chic ” sont en vogue parmi beaucoup de jeunes Suédois.<br />
L&rsquo;alliance entre les magazines <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em> (publication des néo-nazis américains Hammerskin), a scindé en deux blocs la mouvance internationale skinhead d&rsquo;extrême droite. En Allemagne, <em>Nordland</em> est déjà distribué gratuitement à partir de Nationaler Beobachter à Francfort-sur-l&rsquo;Oder, et <em>Moderne Zeiten</em>, le magazine allemand le plus coté de rock nazi, est réapparu sous le nom de <em>Nordrock</em> avec un design identique à celui de <em>Resistance</em>.<br />
L&rsquo;autre pan de la scission bonehead rassemble Combat 18 en Grande-Bretagne &#8211; qui tire son inspiration violente de The Order -, sa façade Blood &amp; Honour et le cadre de l&rsquo;ex-FAP Thorsten Heise à Northeim. Dans la dernière parution de <em>Nordland</em>, l&rsquo;éditeur de <em>Resistance</em> George Hawthorn a qualifié Combat 18 de “ traîtres à la race blanche ”. Le NSDAP-AO, réseau international néo-nazi le plus radical, semble soutenir <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em>.</p>
<p>La question est de savoir quelles sont les organisations les plus conséquentes, les plus dangereuses et les plus nuisibles. En Norvège, au Danemark, en Finlande et dans d&rsquo;autres pays, la frange militante est mince et sans poids.<br />
En France il n&rsquo;y a pas véritablement de scène activiste en dehors de quelque 150 nostalgiques d&rsquo;Hitler appartenant au PNFE. Le FN est la seule organisation de poids à l&rsquo;extrême droite, et tous les fascistes d&rsquo; “ envergure ” en sont membres. En Italie, s&rsquo;il existe une mouvance militante elle demeure sous l&rsquo;étroite coupe de l&rsquo;Alliance nationale. Dans ces deux pays la violence nuit aux objectifs des néo-fascistes. En Autriche, il y a un militantisme bien organisé, mais qui fonctionne comme la cinquième roue du carrosse de Haider.<br />
Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Allemagne et la Suède où les activistes ont plus d&rsquo;importance que les partis électoraux d&rsquo;extrême droite. Cela découle de leur potentiel de violence, et, en Suède en particulier, du passage à l&rsquo;acte terroriste. Ils cherchent aussi à influer sur la culture des jeunes et même à instaurer la leur. Mais au sens strict ils sont politiquement sans influence et ne représentent un réel problème que pour les antifascistes, les victimes de leur déchaînements haineux et la police. En Allemagne, leur ralliement au NPD, Junge Nationaldemokraten, Deutsche Liga&#8230;, relève plus d&rsquo;un instinct de conservation face aux mesures d&rsquo;interdiction de l&rsquo;Etat que d&rsquo;une stratégie expansionniste.<br />
Doit-on ignorer ces militants fascistes sous prétexte qu&rsquo;ils sont politiquement inconséquents? Bien sûr que non. Ils doivent être combattus bec et ongles car leur charge de violence et de terreur demeure intacte et parce que, plus rapidement peut-être que le mouvement antifasciste, ils se sont appropriés les outils de communication de cette fin de vingtième siècle : magazines clinquants pour les jeunes, CD, usage imaginatif -de leur part- des babillards et d&rsquo;Internet. Nous devons poursuivre nos efforts pour combattre et défaire ces indésirables, mais il nous faut évaluer leurs forces avec réalisme.<br />
Il est révolu ce fascisme aux bottes de cuir et à la chemise brune, à la croix gammée portée en brassard. Les fascistes les plus dangereux aujourd&rsquo;hui sont d&rsquo;avantage susceptibles de s&rsquo;habiller au goût du jour et d&rsquo;être très “ médiatiquement présentables ”. La vieille image d&rsquo;Epinal hitlérienne des dictateurs des années 30 est morte et enterrée. Le fascisme, malheureusement, ne l&rsquo;est pas. Pas plus que le terreau social du racisme, de l&rsquo;antisémitisme et du nationalisme sur lequel il s&rsquo;épanouit.</p>
<h3>Un mouvement antifa en crise</h3>
<p>En Allemagne par exemple, des forces plus nombreuses et beaucoup plus dangereuses occupent à présent l&rsquo;arène politique. En même temps que ces courants émergent, le mouvement antifasciste (antifa), unique résidu de la gauche allemande, traverse une grave crise. Sa capacité de mobilisation a décru, même contre les activistes fascistes. Ses troupes se sont réduites et ne cessent de diminuer. Le mouvement ne gagne pas assez de jeunes &#8211; ce n&rsquo;est plus en vogue d&rsquo;être antifasciste &#8211; pour remplacer les nombreux et bons militants qui ont raccroché parce qu&rsquo;ils se sont trop démenés ou qu&rsquo;ils sont démoralisés, qui se retirent dans la vie privée ou que la résignation terrasse. Des magazines régionaux implantés depuis longtemps sont en danger et la mouvance antifa est en train de perdre son cadre.<br />
Comment l&rsquo;expliquer ? Par une moindre visibilité des militants nazis, simplement ? Parce que la terreur, à l&rsquo;échelle où on l&rsquo;a connue entre 1990 et 1993, a disparu ? C&rsquo;est plus complexe. En fait, le vrai problème vient d&rsquo;un manque d&rsquo;analyse politique et d&rsquo;une sévère crise idéologique. Ce contre quoi il faut lutter en Allemagne n&rsquo;est pas simplement le néo-fascisme mais le nationalisme, dont le fascisme quelle que soit sa forme n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect. Ce nouveau nationalisme, bienséant, “ grand public ”, dont le discours puise largement dans celui de la Nouvelle Droite, est beaucoup plus inquiétant. Il a à sa manière désarmé les fascistes et les antifascistes. Ce nationalisme inédit, récent, est le nouveau nationalisme agressif et expansionniste de la droite classique qui a intégré très rapidement les changements de la situation géopolitique allemande depuis 1989 et l&rsquo;éclatement de l&rsquo;URSS.<br />
Le vrai projet de la droite traditionnelle, dont les buts sont beaucoup plus étendus et le potentiel plus explosif que ceux du projet néo-fasciste, est aussi autrement menaçant dans la mesure où il est soutenu &#8211; où il découle même &#8211; du pouvoir de l&rsquo;Etat allié aux organes de répression.</p>
<h3>Le double visage du nationalisme</h3>
<p>Cela signifie qu&rsquo;il y a en fait deux desseins nationalistes en Allemagne : le premier est celui des impérialistes allemands ranimés, qui sont regroupés au sein de la CDU\CSU, dans des fractions du SPD (sociaux-démocrates) jusqu&rsquo;aux Verts, et dont les principaux bastions sont les Vertriebeneverbaende des “ expulsés ” d&rsquo;après-guerre hors des anciens territoires allemands, les Burschenschaften (confréries d&rsquo;étudiants ultra-nationalistes) et les militaires. L&rsquo;autre projet est celui des antiquités fascistes et autres nostalgiques du nazisme.<br />
Ces projets peuvent évoluer parallèlement sans se croiser. Il arrive qu&rsquo;ils se rencontrent, comme lorsque les nouveaux nationalistes instrumentalisèrent les gangs néo-nazis pour que le SPD rallie la majorité au Bundestag afin que soit modifié l&rsquo;Article 16 (voir supra). Parfois ils s&rsquo;opposent : après avoir agité en tous sens l&rsquo;épouvantail fasciste, les nationalistes ont usé de la répression pour l&rsquo;écraser et mettre hors-la-loi onze de ses organisations. Les rapports de pouvoir entre ces deux courants sont indéniables.<br />
Jusqu&rsquo;à présent, c&rsquo;est un fait que les antifas ont partiellement échoué à saisir ce qui se passe et ont partiellement refusé de le voir. Le problème est tout simplement devenu trop grand. Les antifascistes savent quoi faire face à dix boneheads dans la rue &#8211; pas toujours &#8211; mais des démonstrations militaires de la Bundeswehr comme la parade au flambeau de la Grosse Zapfenstreich à Berlin les laissent désarmés. Pour beaucoup, les forces de ce nationalisme-là sont trop écrasantes.<br />
Il en résulte un grand vent de résignation&#8230;un “ que peut-on faire ” généralisé. C&rsquo;est une réaction humaine normale et nous ne devons pas nous asseoir pour nous juger. Toutefois, il est évident qu&rsquo;en tant que mouvement international antifasciste nous devons renoncer à nous concentrer exclusivement sur une scène allemande néo-nazie diminuée, et évoluer vers une politique non pas seulement antifasciste mais antimilitariste, contre la guerre et contre la préparation de la guerre. Cela signifie se fixer sur la politique étrangère de l&rsquo;Allemagne, et pas uniquement en liaison avec les livraisons d&rsquo;armes pour la meurtrière guerre menée par les Turcs au Kurdistan mais, plus près de nous, la politique qu&rsquo;elle mène en République tchèque. Cela implique une attention accrue portée aux activités de plus en plus agressives des revanchistes allemands, et se consacrer d&rsquo;avantage à démasquer des organisations plus que tendancieuses soutenues par l&rsquo;Etat, comme la Verein für Das Deutschtum im Ausland (Ligue pour le germanisme à l&rsquo;étranger).<br />
Enfin, cela suppose que nous prenions beaucoup plus au sérieux l&rsquo;internationalisme. Ces dernières années, seule une minorité du mouvement antifasciste a tenté et est parvenu à construire de vrais, de solides et d&rsquo;efficaces liens internationaux. Reflexes, avec Searchlight et Antifaschistisches Infoblatt, peuvent se féliciter d&rsquo;être les moteurs de cette minorité.<br />
Maintenant que nous sommes confrontés à ces problèmes plus vastes, la nécessité de l&rsquo;internationalisme devient une urgence. Nous devons continuer à susciter une prise de conscience à l&rsquo;échelle internationale des nouveaux dangers et, en ce qui concerne l&rsquo;Allemagne, ne pas générer un stupide chauvinisme anti-allemand -l&rsquo;antifascisme des crétins-, mais renforcer la solidarité avec les antifascistes et les antimilitaristes de ce pays.<br />
Nous devons le faire même dans notre propre intérêt.<br />
Dix ans après la création de Réflexes, le combat se poursuit mais certains de nos ennemis ont changé. Et les conflits les plus violents restent à venir.</p>
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		<title>Agression fasciste à Milan</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Mar 2003 08:25:12 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Dans la nuit du 16 au 17 mars 2003 à Milan, dans la zone des Navigli rue Brioschi, trois compagnies du centre social O.R.So ont été agressées par un petit groupe de fascistes avec des couteaux. Finalement, l&rsquo;un du groupe du centre social est resté à terre, et est mort en quelques minutes, blessé à la gorge au ventre. Suite à ce drame, certains se sont spontanément réunis à l&rsquo;hôpital San Paolo de Milan pour une manifestation de solidarité. La police et les carabinieri (la police militaire) ont immédiatement réagi en chargeant violemment les manifestants et en arrêtant certains d&rsquo;entre eux.</p>
<p>Moins d&rsquo;une heure après le meurtre, la machine de désinformation était en route : l&rsquo;ANSA (l&rsquo;agence de nouvelles italienne la plus importante) a indiqué que « des affrontements entres des jeunes de groupes dissidents avait eu lieu à Milan », cherchant de faire apparaître une agression de la part de fascistes suivie d&rsquo;une violente répression de la police pour une « mauvaise soirée » entre « les habituels » violents no-global.</p>
<p>Lire la suite: <a href="http://www.bellaciao.org/article.php3?id_article=298" target="_blank">http://www.bellaciao.org/article.php3?id_article=298</a></p>
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