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	<title>REFLEXes &#187; Russie</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>« Nous avons besoin de votre aide »</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2007 09:22:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Le soutien international est à la fois vital et précieux pour nous », explique Bruno Garmson, un militant antifasciste de Saint-Pétersbourg. Il n’est pas facile d’être antifasciste en Russie en ce moment. Nous subissons les attaques répétées des militants d’extrême droite, sans que les autorités nous accordent la moindre protection. Nombre de nos militants [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>« Le soutien international est à la fois vital et précieux pour nous », explique Bruno Garmson, un militant antifasciste de Saint-Pétersbourg. Il n’est pas facile d’être antifasciste en Russie en ce moment. Nous subissons les attaques répétées des militants d’extrême droite, sans que les autorités nous accordent la moindre protection. Nombre de nos militants ont été assassinés ces dernières années, et même quand leurs agresseurs sont arrêtés, ils sortent presque toujours libres, condamnés à des peines avec sursis.</p>
<p>La « démocratie » russe encore balbutiante connaît un déclin rapide : les violations des Droits de l’Homme perpétrées lors des campagnes militaires du gouvernement en Tchétchénie, le vote par la Douma de pouvoirs d’une étendue sans précédent aux services secrets, la mise à pied d’élus (gouverneurs, maires, etc.), l’introduction de la censure les procès politiques médiatiques ainsi que des meurtres racistes et anti-antifascistes ont radicalement changé l’atmosphère politique du pays. Cela a permis aux néo-nazis et à leurs alliés de l’extrême droite parlementaire d’organiser des campagnes qui utilisent le nationalisme comme un alibi pour justifier les meurtres commis, dont beaucoup resteront impunis.</p>
<p><strong>Par delà des frontières russes, il n’est pas toujours simple de mettre en place un soutien politique antifasciste.</strong></p>
<p>Dans les histoires héroïques qu’on raconte aux enfants sur la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 menée contre les nazis (histoires qui défilent sur les écrans de la télévision russe presque tous les soirs), il est aujourd’hui bien difficile de rappeler qu’il existe d’autres raisons à cette guerre que la « défense de la patrie ».</p>
<p>Malheureusement, il ne reste plus que de trop rares témoins susceptibles de décrire l’authentique enthousiasme antifasciste qui animait ceux qui prirent fait et cause pour les Républicains espagnols ; ils ne sont plus nombreux, ceux qui sont capables de dire à quel point ils étaient convaincus, durant la Seconde Guerre mondiale, que les nazis avaient pour objectif de réduire en esclavage et d’exterminer les citoyens russes, qu’ils considéraient comme des sous-hommes ; seuls ces témoins peuvent expliquer à quel point la lutte antifasciste était, au-delà de tout cela, une bataille de l’humanité contre la barbarie fasciste.</p>
<p>Les néo-nazis russes d’aujourd’hui utilisent les mythes nationalistes officiels de la Grande Guerre patriotique à la fois pour prouver la supériorité de la Russie et pour illustrer de quelle façon le régime de Staline a fait se fourvoyer l’ensemble du peuple russe, sacrifiant des millions de soldats et de civils contre la croisade anti-bolchévique de Hitler, qui visait selon eux à « libérer » les Russes. L’ignorance de l’histoire soviétique, l’absence d’une analyse adaptée de la théorie et de la pratique du fascisme et la réduction du terme « antifascisme » à son unique acception de combat nationaliste mené contre les ennemis de la Russie rendent extrêmement difficiles la déconstruction de ce discours qui repose pourtant sur des mensonges criants.</p>
<p>Le véritable antifascisme, qui défie le nationalisme et s’oppose clairement au néo-nazisme, est une orientation politique risquée. Une telle attitude « dissidente » est considérée comme une « opposition suspecte » à la politique du président Vladimir Poutine et de l’État. Tout individu qui adopte ce genre d’attitude est considéré comme un « extrémiste », tout comme les néo-nazis. S’opposer ouvertement au fascisme revient à devenir la cible des bandes de néo-nazis violents qui patrouillent dans les rues de plusieurs villes russes, à la recherche de victimes qu’ils attaquent au grand jour.</p>
<p>De jeunes antifascistes ont commencé la contre-offensive. L’engagement courageux de ces jeunes antifascistes russes contre la violence néo-nazie qui règne dans les rues et ne cesse de s’accroître fait souvent l’objet de procédures judiciaires qui se sont avérées contradictoires. Les procès des assassins néo-nazis aboutissent la plupart du temps à ce que les procureurs ont requis : presque toujours des condamnations pour hooliganisme (violents troubles à l’ordre public) ou pour participation à des faits de hooliganisme.</p>
<p>Il n’existe pas de réelle pression exercée par le Kremlin ou la Douma sur les procureurs pour qu’ils requièrent des peines pour meurtres racistes ou politiques, et les négociations entre juges, procureurs et avocats de la défense sont monnaie courante, dans le but d’aboutir à une coopération durant les procès. Au bout du compte, et de façon cruciale, il y a également un manque de pression du côté des antifascistes qui, parce qu’il n’existe pas de culture démocratique bien enracinée, ne s’impliquent ni dans les enquêtes ni dans les débats menés pendant les procès.</p>
<p>Ici, à Saint-Pétersbourg, des antifascistes ont proposé leur aide, en tant qu’experts, aux procureurs, depuis le début des années 1990, et ils ont mené ainsi des campagnes qui ont pu aboutir. Les néo-nazis ont répliqué en assassinant Nikolaï Girenko en 2004, car il était un des rares chercheurs antifascistes connu pour avoir apporter son aide aux procureurs contre les fachos.</p>
<p>Maintenant, une nouvelle génération d’antifascistes est à l’œuvre, qui s’oppose physiquement aux néo-nazis dans la rue mais aussi lors des procès. Leurs combats sont essentiels (toute autre alternative serait une capitulation) mais extrêmement coûteux. Cela coûte en effet beaucoup d’argent de participer aux débats judiciaires, même quand les avocats travaillent gracieusement. Dans l’affaire qui oppose la famille de Timur Kacharava aux assassins de ce dernier, le soutien financier des antifascistes a permis à la famille et aux amis de Timur de faire juger ses assassins.</p>
<p><strong>En Russie, il n’y a pas de grands syndicats, pas de structures antiracistes dont l’existence soit pérenne ni de tradition antifasciste républicaine (au sens où on l’entend dans d’autres pays), vers qui les antifascistes pourraient se tourner. C’est pourquoi nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et sur la solidarité antifasciste internationale.</strong></p>
<p>Le soutien de nos frères, de nos sœurs et de tous les camarades antifascistes à l’étranger est donc d’autant plus vital et précieux pour les antifascistes russes.</p>
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		<title>Russie : les meurtres continuent</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2007 10:22:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
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		<description><![CDATA[En août dernier, une vidéo nazie particulièrement sanglante a provoqué un scandale national en Russie. Deux hommes masqués et camouflés, membres d&#8217;une organisation jusqu&#8217;ici inconnue se faisant appeler Parti National Socialiste de Russie (PNSR), ont ligoté et bâillonné deux hommes (originaires du Daghestan et du Tadjikistan) dans une forêt et les ont contraint à s&#8217;agenouiller [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>En août dernier, une vidéo nazie particulièrement sanglante a provoqué un scandale national en Russie. Deux hommes masqués et camouflés, membres d&rsquo;une organisation jusqu&rsquo;ici inconnue se faisant appeler Parti National Socialiste de Russie (PNSR), ont ligoté et bâillonné deux hommes (originaires du Daghestan et du Tadjikistan) dans une forêt et les ont contraint à s&rsquo;agenouiller devant un gigantesque drapeau Nazi. Ils ont ensuite décapité le premier et tué le second d&rsquo;une balle dans la tête.Les tueurs ont envoyé le film sur internet par l&rsquo;intermédiaire de sites de fascistes russes. Les images, accompagnées par du heavy metal, était tellement brutales, que certains ont cru à un faux, ce qui s’est effectivement avéré quelques semaines plus tard. Mais nul ne sait aujourd&rsquo;hui qui sont les personnages filmés dans le rôle des victimes, s’ils ont été ou non assassinés plus tard, et si oui, quand le crime a été commis, et enfin quand le film lui même a été tourné&#8230;</p>
<p>Le 16 août, le ministre de l&rsquo;Intérieur russe a annoncé l&rsquo;arrestation du responsable de la diffusion du clip vidéo et a affirmé qu&rsquo;il serait jugé pour incitation à la haine raciale. Viktor Milkov, un étudiant de 23 ans qui diffusait du matériel nazi sur internet depuis 2 ans, serait membre du PNSR.</p>
<p>On ne sait si le PNSR a été inventé pour l&rsquo;occasion, mais la capacité de cette avant-garde militaire auto-proclamée à transmettre son film à une multitude de groupes fascistes indiquent une prise de contact préalable. Une note accompagnant le film appelait à la démission du président Vladimir Poutine et à la mise en place d&rsquo;un gouvernement dirigé par Dmitri Rumyantsev, leader de la Société National-Socialiste. Etait également demandée la libération de Maxim Martsinkevich, chef d&rsquo;un autre groupe nazi (Format 18), qui est détenu pour incitation à la haine ethnique et violence.</p>
<p>L&rsquo;apparition de la vidéo coincide avec l&rsquo;attentat contre l&rsquo;Express Moscou-Saint Peterbourg qui a déraillé le 14 août faisant 27 blessés. Les extrémistes nationalistes font parties des principaux suspects et la police a interrogé les membres de la branche de Novgorod du Mouvement contre l&rsquo;Immigration Illégale.</p>
<p>S&rsquo;il est impossible d&rsquo;affirmer qu&rsquo;il existe un lien direct entre l&rsquo;exécution filmée et l&rsquo;attaque contre le train, il est clair, par contre, que le meurtre de sang froid est le dernier d&rsquo;une série d&rsquo;attaques meurtrières orchestrées par les nazis contre les russes et les immigrés. Les principales cibles sont les populations des Républiques de l&rsquo;ex-URSS (sud et Asie centrale), les Roms, les Juifs, les gays et lesbiennes, les étudiants venant d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique Latine, mais aussi de plus en plus des militants des droits de l&rsquo;homme et des antifascistes. Les coupables ont, par ailleurs, de plus en plus tendance à se glorifier de leur crime par le biais de vidéos sur téléphone portable et sur internet.</p>
<p>Maureen Byrnes, dirigeante de Human Rights First, explique ainsi : « <em>La violence raciste est déjà depuis longtemps un sérieux problème dans la Fédération Russe, mais si les actes horribles de ces vidéos sont authentiques, ils marquent le début d&rsquo;une inquiétante escalade.</em> »<br />
L&rsquo;accélération de la violence raciste et fasciste en Russie inquiète au niveau international. Alors que les autorités russes ne recensent pas les « crimes de haine », seul, le centre SOVA basé à Moscou, principal organe de contrôle russe, suit et analyse les tendances. Le centre recense au minimum 31 meurtres racistes en 2005 et 415 attaques contre des individus motivées par la haine raciale. En 2006, 541 cas de violences racistes sont comptabilisés, dont 54 meurtres.</p>
<p>L&rsquo;augmentation se poursuit depuis. Pendant les 7 premiers mois de cette année, la SOVA a enregistré 310 attaques racistes, qui ont fait 37 morts. A Moscou, 24 personnes ont été assassiné et 93 blessées; à Saint Petersbourg, 5 tués et 63 blessés.</p>
<p>Les autres villes n&rsquo;ont pas échappé à la violence. A Nizhny Novgorod, au moins 34 personnes ont été blessé dans les derniers mois par des gangs de skinheads qui se sont renforcés. En outre, des étudiants étrangers ont été assassinés à Voronezh, un des plus gros bastion de skinheads estimés à 70 000.</p>
<p>Malgré les difficultés pour accéder au niveau exact de violence raciste et fasciste car la plupart des attaques ne sont pas reportés, le Centre SOVA a également pointé un autre phénomène inquiétant. La violence envers les jeunes antifascistes, les sous-cultures alternatives et les campagnes progressistes ont tellement augmenté au printemps et à l&rsquo;été que cela ne peut être que le résultat d&rsquo;une décision des fascistes russes de déclarer la guerre à ceux qui sont le plus aptes à résister.<br />
Ainsi, au petit matin du 21 juillet, une bande de skinheads nazi a lancé une attaque vicieuse contre un camp de protestation contre le nucléaire à Angarsk en Sibérie. Les nazis ont violemment attaqué les activistes dans leur tente et duvet avec barres de fer, couteaux et pistolet à air comprimé. L&rsquo;un des campeurs, Ilya Borodaenko, 21 ans, qui souffrait d&rsquo;une blessure à la tête est mort à l&rsquo;hôpital. Au moins neuf autres, dont un avec les deux jambes cassés, souffre de blessures sevères. Cette attaque en suivait une autre, perpetrée quelques jours plus tôt par une bande de 20 nazis contre des jeunes qui distribuaient de la nourriture aux sans-abris à Novosibirsk et qui s&rsquo;est soldée par les graves blessures d&rsquo;un jeune de 13 ans qui passait par là. Les activités de « Food no bombs » organisées par des antifascistes et des anarchistes sont souvent la cible des violences nazies.</p>
<p>A Moscou et à Saint Petersbourg, il est de plus en plus dangereux pour les jeunes de porter des insignes antifascistes, car ils les rendent visibles à l&rsquo;ennemi.</p>
<p>La plupart des actes de violences fascistes reste sans opposition et sans enregistrement. La réponse des autorités russes a été faible et sans efficacité car la justice criminelle ne s&rsquo;occupe que de peu de cas. Même quand ils agissent, ils se contentent de poursuivre pour hooliganisme au lieu d&rsquo;avoir recours à l&rsquo;Article 282 du code pénal qui couvrent les crimes raciaux. Le mouvement antifasciste est, lui, courageux mais trop peu nombreux.</p>
<p>Rachel Denber, directrice adjointe de la section Europe et Asie Centrale de Human Right Watch, explique que qualifier les crimes fascistes d&rsquo; « hooliganisme » cache leur existence et les rend difficile à combattre. Cela conduit également à réduire les peines lors des jugements.</p>
<p>Au début du mois d&rsquo;août, Alexander Barkashov, fondateur de l&rsquo;organisation nazi illégale Unité National Russe, a été condamné à deux ans de sursis pour avoir mené une attaque féroce contre un officier de police en 2005. Barkashov et trois de ses nervis nazis ont battu leur victime avec des pelles, après l&rsquo;avoir surpris entrain de filmer la maison de Barkashov. Bien qu&rsquo;un procureur de la région de Moscou ait demandé une peine de 4 ans ferme, Barkashov est sorti libre du tribunal. Barkashov, qui n&rsquo;a fait aucun effort pour cacher son flagrant nazisme et qui était clairement motivé par une haine bien ancrée, a été poursuivi principalement pour hooliganisme, chef d&rsquo;accusation pour lequel il a été acquitté.</p>
<p>La faiblesse du système judiciaire s&rsquo;est confirmé en août, quand une cour de Saint Petersbourg condamna Andrei Shabalin à 12 ans de prison pour avoir battu à mort un militant antifasciste et pour tentative de meurtre sur Maxim Zgibai en 2005, lors d&rsquo;une attaque en bande. Shabalin et six autres personnes ont été reconnu coupable de « hooliganisme » et d&rsquo;incitation à la haine raciale. Trois ont été condamné à deux ans de prison ferme et les autres ont eu du sursis. La clémence de peines données aux complices de l&rsquo;homicide de Shabalin laisse la mère et les amis de Kacharava perplexe et démuni.</p>
<p>Poutine et son gouvernement sont parfaitement conscients de la propagation des crimes fascistes en Russie. Poutine en a parlé publiquement à de multiples occasions et à appeler à la « destruction de l&rsquo;extrémisme ».</p>
<p>Il y a encore peu de preuves d&rsquo;une répression de l&rsquo;Etat contre la violence d&rsquo;extrême droite, hormis quelques refus ponctuels d&rsquo;une reconnaissance officielle des organisations fascistes et quelques menues actions contre la publication et la distribution de propagande haineuse. Le problème sous-jacent du profond racisme, de l&rsquo;antisémitisme et autres préjugés haineux n&rsquo;est jamais évoqué. C&rsquo;est cet échec qui nourrit la violence effrénée des fascistes.</p>
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		<title>N comme national, B comme bolchevik</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 14:33:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Jean Thiriart]]></category>
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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) Le terme «national-bolchevisme» renvoie à deux concepts politiques bien précis. «National» fait bien sûr référence au nationalisme, c&#8217;est-à-dire à la survalorisation des caractères nationaux, de l&#8217;indépendance nationale, de l&#8217;unité de la nation, éventuellement en intégrant des caractères raciaux, etc. «Bolchevisme» renvoie à deux [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol.jpg"><img class="wp-image-2475 aligncenter" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol.jpg" alt="nazbol" width="600" height="182" /></a></p>
<p>Le terme «national-bolchevisme» renvoie à deux concepts politiques bien précis. «National» fait bien sûr référence au nationalisme, c&rsquo;est-à-dire à la survalorisation des caractères nationaux, de l&rsquo;indépendance nationale, de l&rsquo;unité de la nation, éventuellement en intégrant des caractères raciaux, etc. «Bolchevisme» renvoie à deux niveaux différents ; le premier, entendu strictement, fait référence à la fraction majoritaire (bolchevik) du parti ouvrier social-démocrate de Russie, animée à partir de 1903 par Lénine et peu à peu organisée par lui à mesure que son influence et sa position à la tête de la fraction s&rsquo;affermissait. Ainsi, selon une première lecture, le bolchevisme renvoie au léninisme, c&rsquo;est-à-dire à une interprétation possible de l&rsquo;oeuvre de K. Marx et aux conclusions organisationnelles que l&rsquo;idéologue en tira et qu&rsquo;il exposa en particulier dans <em>Que faire ?<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_0_302" id="identifier_0_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Que faire ?, L&eacute;nine, &Eacute;ditions sociales.">1</a></sup> : Nécessité d&rsquo;un parti structuré et discipliné représentant l&rsquo;avant-garde du prolétariat et conduisant celui-ci à la révolution ! Mais plus généralement, le bolchevisme fait référence au système politique et économique mis en place à partir de la prise de pouvoir des bolcheviks en octobre 1917, grâce à l&rsquo;élimination progressive du système des Conseils ouvriers qui leur étaient fondamentalement opposés<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_1_302" id="identifier_1_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Les soviets trahis par les bolcheviks, R. Rocker, &Eacute;d. Spartacus.">2</a></sup>.<br />
A priori, ces deux termes n&rsquo;ont pas grand-chose en commun, si ce n&rsquo;est d&rsquo;être tous les deux issus des idéologies bourgeoises du XIXe siècle. Pourtant, l&rsquo;évolution politique européenne va conduire à faire du national-bolchevisme un mouvement dominant. Ainsi en Allemagne, le national-bolchevisme désigne le mouvement animé par les frères Strasser, et qui représente l&rsquo;aile gauche du NSDAP. Gregor Strasser, pharmacien de formation, adhère dès l&rsquo;après-guerre au DAP puis NSDAP. Ses premières années de militant vont profondément ancrer en lui les thèmes qu&rsquo;il développera par la suite : inégalité sociale, misère extrême de l&rsquo;après-guerre, humiliation de l&rsquo;Allemagne, fièvre révolutionnaire&#8230; À proprement parler, G. Strasser n&rsquo;a rien de «bolchevik», n&rsquo;étant pas foncièrement politiquement révolutionnaire. Il est élu député en mai 1924 sur la liste Völkisch qui unit les nazis aux mouvements racistes d&rsquo;Allemagne du nord et par la suite, il accordera le maximum d&rsquo;importance à ce travail parlementaire, devenant leader du groupe nazi au Reischtag et ce, jusqu&rsquo;à sa démission du NSDAP. Cette appellation de «bolchevik» lui provient de sa préoccupation profonde pour les questions sociales. Foncièrement hostile à la bourgeoisie, juive ou pas, l&rsquo;une de ses obsessions fut le soutien aux propositions du PS et du PC de confisquer les biens des anciennes familles régnantes déposées en 1919. Cela se traduisit lors de sa tentative de «putsch» au sein du parti en novembre 1925, lorsqu&rsquo;il fait adopter un nouveau programme du parti prévoyant la nationalisation de la grosse industrie et des grandes propriétés et la création d&rsquo;une chambre des corporations pour remplacer le Reichstag. Désavoué par Hitler, il tenta d&rsquo;obtenir des applications concrètes de ce programme par la voie parlementaire avec le chancelier Schleicher. Ainsi en un certain sens, Strasser est plus bourgeois qu&rsquo;Hitler. Mais sa fascination pour le PC (à l&rsquo;instar de Goebbels, secrétaire pendant quelques mois de G. Strasser) est évidente, notamment pour la capacité de celui-ci à se faire obéir des masses. Ainsi pour Otto Rühle, «le bolchevisme a directement travaillé pour le fascisme. Dicter, corriger, contrôler chaque pas des masses, prévenir et saboter toute velléité d&rsquo;indépendance [...]. La victoire du fascisme n&rsquo;a pu être si facile que parce que des dirigeants des partis et les syndicats ouvriers avaient tellement dressé, émasculé et corrompu le matériel humain qu&rsquo;il est devenu la proie constante de l&rsquo;assujettissement, auquel il avait été éduqué pendant des décennies.»<br />
D&rsquo;autre part, cet intérêt de Strasser pour le PC et l&rsquo;URSS provient de l&rsquo;attitude du PC qui, à cette époque, soutient à fond la notion «d&rsquo;Allemagne, nation opprimée» et a une ligne politique authentiquement nationale-bolchevique (voir ci-après). C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;un des chevaux de bataille de Strasser fut la création d&rsquo;une «Ligue des nations opprimées», sorte de protonationalisme européen et ce, avec l&rsquo;alliance de l&rsquo;URSS. Néanmoins, G. Strasser n&rsquo;en a jamais pour autant renié le nationalisme racial du NSDAP, simplement il n&rsquo;en faisait pas le pivot de sa réflexion.<br />
Otto Strasser aura des positions sans doute encore plus socialisantes, très marqué qu&rsquo;il était par le programme fasciste de 1919. Ainsi, il apporta son soutien total à la grande grève des métallurgistes saxons organisée par les syndicats et la gauche. Exclu par Hitler, il tenta de fonder une organisation strictement nationale-bolchevique en 1930 : l&rsquo;Union des socialistes nationaux-révolutionnaires ou Front noir. Mais il est clair que ce créneau était déjà occupé par le KPD.</p>
<p>Car, si l&rsquo;on veut bien essayer de dépasser cette étiquette purement historique, on aboutit à une notion moins restrictive que cela. Ainsi, le stalinisme peut être clairement assimilé à un national-bolchevisme. Cela n&rsquo;est pas étonnant en soi. En principe, le marxisme fournit une théorie complète du fait national<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_2_302" id="identifier_2_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="NOIR &amp; ROUGE n&deg;13.">3</a></sup> et de son dépassement, théorie que l&rsquo;on peut résumer ainsi : le capitalisme, qui a brisé les privilèges et particularismes locaux, a unifié la nation pour que s&rsquo;y établisse, selon ses lois, la division du travail et pour que s&rsquo;y échangent librement les produits. La croissance des forces productives conduit à supprimer les barrières nationales mais le capitalisme s&rsquo;avère peu capable de mettre en place une véritable division internationale du travail. Ainsi, alors que le monde connaît une internationalisation croissante des processus économiques, il ne peut pas dépasser le cadre de la nation, lieu de l&rsquo;organisation sociale. La seule force capable de briser la nation est donc le prolétariat car, c&rsquo;est bien connu, les «prolétaires n&rsquo;ont pas de patrie». Pour défendre ses intérêts, le prolétariat doit s&rsquo;organiser à l&rsquo;échelon national en Partis communistes, eux-mêmes structurés en Internationale. Or, Lénine a essayé de résoudre le problème de base de tout cela : la classe ouvrière n&rsquo;est pas spontanément politique. La solution pour lui résidait dans le Parti, mais le sentiment national pouvait être un outil tout aussi performant. Ainsi, la question nationale n&rsquo;est pas, contrairement aux apparences, une difficulté du marxisme (donc du léninisme) ou un adversaire qu&rsquo;il devrait affronter, mais une force toujours mobilisable parce qu&rsquo;il s&rsquo;est primitivement alimenté en elle. Ainsi, dès 1921, le congrès de Bakou organisé par la IIIème Internationale s&rsquo;adressait aux peuples colonisés et rassemblait toutes les bourgeoisies nationales chargées de transmettre la bonne parole révolutionnaire. De fait, Staline n&rsquo;eut aucun mal à cultiver le sentiment national russe pour son plus grand bénéfice, ce qui vint naturellement se combiner avec le bolchevisme qui, selon P. Mattick<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_3_302" id="identifier_3_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Otto R&uuml;hle et la gauche allemande, P.Mattick, &Eacute;d. Spartacus.">4</a></sup>, est «une dictature, une doctrine nationaliste, un système autoritaire avec une structure sociale capitaliste.» La «Grande Guerre patriotique» représente un summum de cette organisation.</p>
<p>De fait, les relations avec le régime national-socialiste n&rsquo;ont jamais été franchement mauvaises. Du côté russe, Staline considérait Hitler comme un vrai dictateur. Comme le dit W.G. Krivitsky<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_4_302" id="identifier_4_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="J&rsquo;&eacute;tais un agent de Staline, W.G Krivistky, &Eacute;d. Champ libre.">5</a></sup> : «Avant la conclusion du pacte germano-russe, l&rsquo;idée prévalait que Hitler et Staline étaient des ennemis mortels : ce n&rsquo;était qu&rsquo;un mythe.» En fait, le régime stalinien avait très tôt aidé l&rsquo;Allemagne : protestations contre le traité de Versailles qui se traduisirent par le traité de Rapallo, soutien à l&rsquo;Allemagne en tant que «pays opprimé», thème développé au sein du Parti communiste allemand de la «guerre de libération nationale» par Laufenberg et Wolffheim (nationaux-bolcheviques types !), collaboration prônée avec les ligues nationalistes, travail commun entre la Reichswehr et l&rsquo;Armée rouge, etc.<br />
Dans tous les cas, Staline voyait dans cette collaboration une bonne chose pour la Russie donc pour son pouvoir. En janvier 1934, parlant devant le XVIIe congrès du PC, il déclara : «Certes, nous sommes loin d&rsquo;être enthousiasmés par le régime fasciste allemand [Staline était bien trop chauvin pour cela] mais le fascisme n&rsquo;est pas ici en cause pour la bonne raison qu&rsquo;en Italie, par exemple, le fascisme n&rsquo;a pas empêché l&rsquo;Union soviétique d&rsquo;établir les meilleures relations avec ce pays.» En outre, la Nuit des longs couteaux et l&rsquo;élimination des éléments révolutionnaires du NSDAP fut pour beaucoup dans «l&rsquo;estime» que Staline portait à Hitler.<br />
Pour avoir le point de vue national-socialiste, il nous suffit de relire H. Rauschning<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_5_302" id="identifier_5_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Hitler m&rsquo;a dit, H. Rauschning, Cahiers du futur, &Eacute;d. Champ libre.">6</a></sup> pour en avoir une idée : «Certains des chefs du parti, comme Goebbels, avaient reconnu dès les premières années de la lutte pour le pouvoir, une étroite parenté entre le national-socialisme et le bolchevisme ; ils en avaient fait état en s&rsquo;en félicitant, dans des déclarations publiques ; ils avaient plus tard maintenu leur opinion et l&rsquo;avaient plus ou moins discrètement propagée&#8230; (En effet, un philostalinisme trop poussé pouvait faire passer celui qui l&rsquo;éprouvait pour un partisan des frères Strasser donc pour un adversaire de Hitler, tel Koch, Gauleiter de Koenigsberg.) Hitler, lui, restait sceptique, mais ses raisons n&rsquo;étaient pas d&rsquo;ordre idéologiques : c&rsquo;étaient des considérations d&rsquo;ordre pratique». Hitler, lors d&rsquo;un entretien, déclara d&rsquo;ailleurs à Rauschning : «Il existe entre nous et les bolchevistes plus de points communs que de divergences et tout d&rsquo;abord le véritable esprit révolutionnaire. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai donné l&rsquo;ordre d&rsquo;accepter immédiatement dans le Parti tous les ex-communistes. Les petits bourgeois sociaux-démocrates ne pourront jamais devenir de véritables nationaux-socialistes ; les communistes toujours !» Cette reconnaissance se traduisit par l&rsquo;élimination dans les listes Otto<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_6_302" id="identifier_6_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;Les listes Otto&raquo; in La dictature,Cahiers du futur n&deg;2, &Eacute;d. Champ libre.">7</a></sup> (c&rsquo;est-à-dire les listes publiées en 1940 et 1942 des ouvrages interdits en France) des auteurs libertaires, ultra-gauches ou trotskystes opposés au stalinisme et foncièrement révolutionnaires : Koestler, Kaminsky<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_7_302" id="identifier_7_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ceux de Barcelone, C&eacute;line en chemise brune, H.E Kaminsky, &Eacute;d. Champ libre.">8</a></sup>, Krivitsky, Victor Serge, Panaït Istrati<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_8_302" id="identifier_8_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le retour de la flamme, Pana&iuml;t Istrati.">9</a></sup>, L.Trotsky, A.Ciliga<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_9_302" id="identifier_9_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dix ans au pays du grand mensonge d&eacute;concertant, A.Ciliga, &Eacute;d. Champ libre.">10</a></sup>, etc.<br />
Au contraire, l&rsquo;ouvrage de Lénine <em>Le gauchisme, maladie infantile du communisme</em>, écrit contre les gauches allemandes et hollandaises, continua d&rsquo;être autorisé bien après la prise de pouvoir de 1933. Finalement, le principal obstacle à une entente entre les deux régimes était l&rsquo;obsession raciale d&rsquo;Hitler. A fortiori, la principale différence qui fonde la spécificité du national-socialisme allemand par rapport au national-bolchevisme russe est bien sûr l&rsquo;antisémitisme<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_10_302" id="identifier_10_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;Logique de l&rsquo;antis&eacute;mitisme&raquo;, Moishe Postone, Temps critiques n&deg;2.">11</a></sup>. Celui pratiqué par Staline n&rsquo;était en effet qu&rsquo;une reprise de l&rsquo;antisémitisme traditionnel russe, utilisé par le pouvoir pour faire oublier les difficultés quotidiennes à la population (malgré ce qu&rsquo;affirme B.Souvarine<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_11_302" id="identifier_11_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le stalinisme, B. Souvarine, &Eacute;d. Spartacus.">12</a></sup>. Selon lui, «le national-bolchévisme stalinien en arrive à s&rsquo;apparenter avec le national-socialisme hitlérien et découvrira même un «problème juif» exigeant aussi une «solution définitive».») Le procès d&rsquo;après-guerre du complot des «blouses blanches» en est un exemple.</p>
<p>Dans ce schéma, qu&rsquo;en est-il des différents partis «communistes» occidentaux ? Il est certain qu&rsquo;ils ne peuvent être qualifiés de nationaux-bolcheviks. Cependant, on peut dégager certains faits. Tout d&rsquo;abord, les partis communistes se sont en général constitués lors des contre coups de la révolution d&rsquo;octobre<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_12_302" id="identifier_12_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="NOIR &amp; ROUGE n&deg;29 &laquo;Les libertaires fran&ccedil;ais face &agrave; la r&eacute;volution bolchevik : autour de R. P&eacute;ricat et du Parti communiste&raquo;.">13</a></sup>. Leur période d&rsquo;autonomie ne dépassa pas deux ou trois ans et ils furent rapidement «bolchevisés» (1923-1924 en France), c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;ils subirent un processus d&rsquo;assujettissement aux objectifs russes. De fait, l&rsquo;internationalisme à la sauce stalinienne sera compris comme une défense forcenée de la «patrie du socialisme». Cependant, pour les militants communistes, l&rsquo;internationalisme restait une valeur fondamentale, ce qui a largement permis de limiter le courant nationaliste de ces partis. Par contre, cette défense de l&rsquo;URSS les a conduit à des alliances qui étaient tout aussi abjectes que celles pratiquées par le national-bolchevisme russe. Ainsi en Italie, à partir de juin 1936, on peut lire certaines phrases dans la revue du PCI <em>L&rsquo;État ouvrier</em> qui ont dû en faire sursauter plus d&rsquo;un à l&rsquo;époque : «La réconciliation du peuple italien est la condition pour sauver notre pays de la catastrophe», «nous tendons la main aux fascistes, nos frères de travail et de souffrances parce que nous voulons combattre ensemble pour la bonne et sainte bataille du pain, du travail et de la paix», «il n&rsquo;est pas vrai que chaque fasciste soit un réactionnaire, un ennemi du peuple». Cette ligne politique culmine avec un texte signé par Togliatti<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_13_302" id="identifier_13_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Appel aux fascistes, P. Togliatti, &Eacute;d. Nautilus.">14</a></sup> : «Pour le salut de l&rsquo;Italie, réconciliation du peuple italien !». Le dirigeant du PCI, assassin de nombreux militants révolutionnaires en Espagne, tente d&rsquo;y démontrer le patriotisme communiste et la nécessité de s&rsquo;entendre avec le fascisme : «L&rsquo;indépendance nationale, ce grand idéal que nous ont transmis nos Ancêtres, les grands révolutionnaires qui ont bâti l&rsquo;unité nationale de notre pays, nous en sommes fiers&#8230; Peuple italien ! Fascistes de la vieille garde ! Jeunes fascistes ! Les communistes adoptent le programme fasciste de 1919 !». Cette référence au programme de 1919 était bien sûr ridicule car cela faisait longtemps qu&rsquo;il était tombé aux oubliettes&#8230; Avec ce texte, et au nom de la politique zigzagante de Staline, les analyses de Gramsci étaient joyeusement jetées aux orties.</p>
<p>Mais le PCI ne fut pas le seul à pratiquer ce type d&rsquo;appel. En avril 1936, Thorez lançait une supplique dans le même goût : «Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu croix de feu parce que tu veux, comme nous, éviter que le pays ne glisse vers la ruine et la catastrophe». En juin 1956, le PC espagnol fit la même chose, saluant ainsi un régime qu&rsquo;il avait largement contribué à installer.<br />
Dans ces trois cas, la fibre nationaliste fut largement utilisée, ainsi que le thème de l&rsquo;union antisystème. La passion du PCF pour les jacobins (depuis les années 1940, la chaire d&rsquo;Histoire de la Révolution française à la Sorbonne a toujours été occupée par un communiste) ne s&rsquo;est jamais démentie et est tout à fait symptomatique.<br />
Mais le temps passe et efface bien des choses&#8230; Depuis la mort de Staline, et à plus forte raison depuis 1989, depuis que le mythe de l&rsquo;URSS prolétarienne s&rsquo;est effondré, nombreux sont ceux parmi les nationalistes à voir dans le stalinisme une application concrète de leurs idéaux et ce, à des degrés divers. Les plus clairs sur ce point sont les groupes nationalistes révolutionnaires ou néo-nazis. Ainsi les Italiens de la revue <em>Orion<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_14_302" id="identifier_14_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Repris dans Lutte du Peuple, mensuel de Nouvelle r&eacute;sistance, juin 1993.">15</a></sup></em> : «Le 5 mars 1953 mourrait J. Staline. Des dizaines de millions de travailleurs de tous les pays apprirent la nouvelle avec douleur [...]. Quarante années après, Staline nous évoque la figure limpide de la révolution intégrale du XXe siècle, véritablement anticapitaliste, fièrement hostile aux pseudo valeurs individualistes, libérales et occidentales [...], luttant pour la construction d&rsquo;une société fondée sur des valeurs éthiques : le sacrifice à la patrie et à l&rsquo;intérêt communautaire [tout à fait ce que pensait la nomenklatura, n'est-ce pas ?], le respect de la famille, la discipline, l&rsquo;ordre, le sérieux dans le choix de la vie [...]. Il nous plaît de nous souvenir du dernier Staline, chaque jour plus antisioniste.» (La revue <em>Orion</em> se garde bien de dire antisémite. Comme d&rsquo;habitude, antisioniste est le nom de code pour cela.)</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-2476 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-2-229x300.jpg" alt="nazbol-2" width="229" height="300" /></a><br />
Même son de cloche chez Marc Fredricksen, ex-dirigeant de la FANE et membre des FNE<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_15_302" id="identifier_15_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;&Eacute;v&egrave;nement du Jeudi du 4 juin 1987.">16</a></sup> : «Le communisme, c&rsquo;est d&rsquo;abord une erreur économique. Mais j&rsquo;ai pour les communistes d&rsquo;URSS une grande admiration. Ils ont le sens de l&rsquo;élite. Le parti est censé représenter l&rsquo;élite de la nation. La sélection correspond à la noblesse de l&rsquo;Ancien Régime. Et aux SS d&rsquo;hier [...]. Je crois que le mieux, à l&rsquo;heure actuelle, c&rsquo;est encore le communisme tel qu&rsquo;il est pratiqué en URSS, parce que les dirigeants soviétiques sont des nationalistes qui refusent le mélange des races et limitent l&rsquo;influence des Juifs». L-I-M-P-I-D-E ! Même un groupe comme le GUD admet un certain nombre de choses<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_16_302" id="identifier_16_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Rebelles, bimestriel du GUD, d&eacute;cembre 1989.">17</a></sup> : «Nous pouvons constater que le communisme a prôné le patriotisme, le dénuement, un comportement social rigoureux, le respect d&rsquo;une certaine hiérarchie. Il était abject dans l&rsquo;opposition mais acceptable au pouvoir.» Cependant, conscient que cette reconnaissance va faire hurler dans les chaumières nationalistes traditionnelles, l&rsquo;auteur de l&rsquo;article précise toutefois que le «bilan est globalement négatif» entre autres, selon lui, à cause du «culte des masses» ! Il est vrai qu&rsquo;à Assas, l&rsquo;élitisme et l&rsquo;aristocratie sont les valeurs les mieux partagées, entre gens de bonne compagnie, bien entendu&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-2477 alignright" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-3-300x147.jpg" alt="nazbol-3" width="300" height="147" /></a>Le dernier à être fasciné par le stalinisme et à y voir la réalisation de la plupart de ses obsessions est Jean Thiriart. Ancien SS, héraut de la Grande Europe de Dublin à Vladivostock, il est sans doute celui qui manifeste la plus grande cohérence idéologique par rapport à tout ceci. Cela lui permet de «cartonner» ses petits camarades qui, tout en bavant devant l&rsquo;URSS, n&rsquo;en comprennent pas le sens profond<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_17_302" id="identifier_17_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nationalisme &amp; R&eacute;publique n&deg;9.">18</a></sup> : «Il faut maudire les imbéciles, les primaires de l&rsquo;extrême droite qui ont accouché de la théorie de l&rsquo;Europe aux cent bannières.» (Et toc pour tout le monde, y compris Nouvelle résistance et son «Europe aux cent drapeaux»). Des racistes honteux, des racistes hypocrites ont inventé «l&rsquo;ethno-différencialisme» (sic !), les «identités ethno-culturelles» (resic !). Cela a conduit sur le terrain aux boucheries en Moldavie, Yougoslavie&#8230;» (Et toc pour la Nouvelle droite et ceux qui s&rsquo;en inspirent !). Aujourd&rsquo;hui, les petits pédants de la «nouvelle droite» (sic !) cultivent le «bon Croate» ou le «bon Slovaque». Ces galopins parisiens de la Rive gauche, incontinents de l&rsquo;encrier, nous avaient submergé d&rsquo;ennui avec leur brocante néo-paganiste, avec Dionysos, avec leurs histoires incroyables de par-delà Thulé. La brocante s&rsquo;est élargie, le marché aux puces intellectuel cherche à s&rsquo;agrandir.» À tout cela, Thiriart oppose «l&rsquo;Imperium», la «République unitaire laïque» et autres conceptions autoritaires du même tonneau. Seuls reproches à l&rsquo;URSS : que Staline ait conservé des «oripeaux marxistes», qu&rsquo;il ait maintenu l&rsquo;illusion des républiques «soviétiques», et que le KGB ait été noyauté par les Juifs, euh pardon&#8230; les «sionistes». No comment.</p>
<p>À l&rsquo;issue de cette (très) succincte étude, il apparaît que le national-bolchevisme a existé et qu&rsquo;il existe encore (voir l&rsquo;article précédent). Est-ce vraiment surprenant ? Ainsi, nous ne pouvons que faire nôtres les lignes qui suivent<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_18_302" id="identifier_18_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cahiers du futur n&deg;2">19</a></sup> : «Nazisme et stalinisme sont proches parents, fers de lance de la contre-révolution [...]. N&rsquo;allez cependant pas conclure hâtivement qu&rsquo;en plaçant sur un même plan «fascisme rouge et fascisme brun», nous cédions au réflexe libéral. Bien au contraire, nous désignons ainsi ce qui, dans chaque programme révolutionnaire (et le fascisme l&rsquo;était), atteste que déjà le capital le gangrène.» Coller bruyamment l&rsquo;étiquette fasciste sur l&rsquo;État a le même effet que dénoncer les partis à la tête de l&rsquo;État. Dans les deux cas, on escamote la critique de l&rsquo;État derrière la dénonciation de ceux qui le dirigent. Le gauchisme croit faire preuve d&rsquo;extrémisme en criant au fascisme, alors qu&rsquo;il évite ainsi la critique de l&rsquo;État et propose une autre forme d&rsquo;État (démocratique ou populaire) à la place de la forme existante.» (Revue bordiguiste BILAN<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/n-comme-national-b-comme-bolchevik/#footnote_19_302" id="identifier_19_302" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Bilan, &laquo;Contre-r&eacute;volution en Espagne, 1936-1939&raquo;, &Eacute;d. 10-18">20</a></sup>)</p>
<p><strong>À lire :</strong><br />
<em>Le national-bolchevisme</em>, Louis Dupeux, les Éditions d&rsquo;histoire de Strasbourg.<br />
<em>Fascisme brun, fascisme rouge</em>, Otto Rühle, Éditions Spartacus.</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_302" class="footnote"><em>Que faire ?</em>, Lénine, Éditions sociales.</em></li><li id="footnote_1_302" class="footnote"> Les soviets trahis par les bolcheviks, R. Rocker, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_2_302" class="footnote"><em>NOIR &amp; ROUGE</em> n°13.</li><li id="footnote_3_302" class="footnote"><em>Otto Rühle et la gauche allemande</em>, P.Mattick, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_4_302" class="footnote"><em>J&rsquo;étais un agent de Staline</em>, W.G Krivistky, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_5_302" class="footnote"><em>Hitler m&rsquo;a dit</em>, H. Rauschning, Cahiers du futur, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_6_302" class="footnote">«Les listes Otto» in <em>La dictature,</em>Cahiers du futur n°2, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_7_302" class="footnote"><em>Ceux de Barcelone</em>, <em>Céline en chemise brune</em>, H.E Kaminsky, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_8_302" class="footnote"><em>Le retour de la flamme</em>, Panaït Istrati.</li><li id="footnote_9_302" class="footnote"><em>Dix ans au pays du grand mensonge déconcertant</em>, A.Ciliga, Éd. Champ libre.</li><li id="footnote_10_302" class="footnote">«Logique de l&rsquo;antisémitisme», Moishe Postone, <em>Temps critiques</em> n°2.</li><li id="footnote_11_302" class="footnote"><em>Le stalinisme</em>, B. Souvarine, Éd. Spartacus.</li><li id="footnote_12_302" class="footnote"><em>NOIR &amp; ROUGE</em> n°29 «Les libertaires français face à la révolution bolchevik : autour de R. Péricat et du Parti communiste».</li><li id="footnote_13_302" class="footnote"><em>Appel aux fascistes</em>, P. Togliatti, Éd. Nautilus.</li><li id="footnote_14_302" class="footnote">Repris dans <em>Lutte du Peuple</em>, mensuel de Nouvelle résistance, juin 1993.</li><li id="footnote_15_302" class="footnote"><em>L&rsquo;Évènement du Jeudi</em> du 4 juin 1987.</li><li id="footnote_16_302" class="footnote"><em>Rebelles</em>, bimestriel du GUD, décembre 1989.</li><li id="footnote_17_302" class="footnote"><em>Nationalisme &amp; République</em> n°9.</li><li id="footnote_18_302" class="footnote"><em>Cahiers du futur</em> n°2</li><li id="footnote_19_302" class="footnote"><em>Bilan</em>, «Contre-révolution en Espagne, 1936-1939», Éd. 10-18</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>National-bolchevisme : de nouvelles convergences</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:11:28 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) Fin juin, suite à une enquête de la journaliste Mariette Besnard et du romancier Didier Daeninckx, le Canard enchaîné révèle des liens unissant communistes et extrémistes de droite à notamment travers la collaboration à certains journaux comme l&#8217;Idiot International et le Choc du [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-convergence.jpg"><img class="wp-image-2481 aligncenter" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/nazbol-convergence.jpg" alt="nazbol-convergence" width="600" height="174" /></a>Fin juin, suite à une enquête de la journaliste Mariette Besnard et du romancier Didier Daeninckx, <em>le Canard enchaîné</em> révèle des liens unissant communistes et extrémistes de droite à notamment travers la collaboration à certains journaux comme <em>l&rsquo;Idiot International</em> et <em>le Choc du Mois</em>. Histoire de remplir quelques pages de plus et de régler certains comptes, des rédactions parisiennes (dont <em>Libération</em>) n&rsquo;hésiteront pas à parler de convergences entre bruns et rouges. Qu&rsquo;en est-il exactement et se matérialisent-elles par des rapprochements entre organisations ?</p>
<p>Dès juillet 1967, tirant les leçons de l&rsquo;activisme de l&rsquo;OAS et de l&rsquo;échec du REL-MNP (Rassemblement européen de la liberté &#8211; Mouvement nationaliste du progrès) aux élections législatives de la même année, Dominique Venner<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_0_294" id="identifier_0_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dominique Venner, ancien responsable de Jeune Nation et fondateur d&rsquo;Europe Action, est le r&eacute;dacteur de l&rsquo;essai Pour une critique positive (1962), sorte de &laquo; Que faire ? &raquo; des nationalistes.">1</a></sup> met en avant l&rsquo;intérêt d&rsquo;une stratégie culturelle, métapolitique sur l&rsquo;action partisane pour conquérir le pouvoir. Afin d&rsquo;apparaître de façon plus honorable et de sortir de la marginalité où l&rsquo;avait poussée la fin de la seconde guerre mondiale, l&rsquo;extrême droite, à travers ce qui allait devenir la Nouvelle droite, cherche à en finir avec les commémorations folkloriques en se lançant dans un travail d&rsquo;élaboration théorique, bien sûr, mais aussi organisationnelle et stratégique : Venner définit le GRECE (Groupement de recherche et d&rsquo;étude pour la civilisation européenne) comme une structure «extrêmement souple et diversifiée», avec à sa tête une direction dont le «rôle interne serait celui d&rsquo;une centrale idéologique diffusant aux membres un enseignement doctrinal actualisé et permanent. À la base, une organisation sans hiérarchie, sans délimitation territoriale, mais des membres qui fassent rayonner notre enseignement, suivant leur milieu, leurs capacités et leurs affinités. Cela signifie que chaque membre a l&rsquo;obligation de militer dans une activité civique, sociale, politique ou culturelle qui lui donne une influence sur d&rsquo;autres hommes.» En effet, pour reprendre le pouvoir, l&rsquo;extrême droite se doit de sortir de son isolement. La Nouvelle droite le fait en tentant dans les années 1970 de noyauter les milieux du pouvoir, en investissant des journaux comme <em>le Figaro</em>, <em>Valeurs actuelles</em> et <em>Spectacle du Monde</em>, en influençant des hommes de droite comme Michel Poniatowski (ministre de l&rsquo;Intérieur sous Giscard), ou encore Jacques Médecin. Le relatif échec de cette tentative, les évolutions d&rsquo;une partie des membres du GRECE qui rejoignent le Front national, les changements politiques (chute du Mur, écroulement du communisme, consensus libéral en Europe) entraînent de nouvelles orientations : en 1989, Robert Steuckers<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_1_294" id="identifier_1_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Robert Steuckers, conf&eacute;rencier polyglotte, joue, depuis le d&eacute;part de Guillaume de Faye en 1986, le r&ocirc;le d&rsquo;animateur en second de la Nouvelle droite au plan intellectuel. Il dirige la revue Vouloir.">2</a></sup> estime que «la Nouvelle droite se trouve confrontée à un défi : rénover son discours, s&rsquo;annexer de nouvelles pistes intellectuelles (Foucault, Deleuze, Guattari, Gus Dorf, Péguy, etc.), opérer une greffe entre ces nouveaux adstrats et son corpus existant»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_2_294" id="identifier_2_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Robert Steuckers, Vouloir, n&deg;52-53, f&eacute;v-mars 1989.">3</a></sup>.La Nouvelle droite belge a été la première à étudier le national-bolchevik allemand Ernst Niekisch<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_3_294" id="identifier_3_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jean-Yves Camus et Ren&eacute; Monzat, Les droites nationales et radicales en France, PUL, 2&egrave;me trimestre 1992.">4</a></sup>. Par la suite, on voit fleurir dans la presse de la Nouvelle droite les références aux philosophes, auteurs de gauche et la reprise pure et simple de mots d&rsquo;ordre libertaires critiquant la société de consommation et l&rsquo;idéologie du travail par exemple<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_4_294" id="identifier_4_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Eacute;l&eacute;ments, hiver 1992, n&deg;75.">5</a></sup>. Ceci dans le but, bien sûr, d&rsquo;affirmer des idées inégalitaires, de développement séparé derrière une phraséologie gauchiste, mais aussi de gommer l&rsquo;opposition droite / gauche et faire apparaître de nouvelles «convergences périphériques», «combattant l&rsquo;univers de la marchandise et la toute puissance de la raison économique»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_5_294" id="identifier_5_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Eacute;l&eacute;ments, printemps 1992, n&deg;74.">6</a></sup>.</p>
<p><strong>Convergences idéologiques ?<br />
</strong></p>
<p>Le 12 mai 1993, Alain de Benoist, membre entre autres du GRECE, plaide pour l&rsquo;abandon du clivage droite / gauche pour lui préférer la notion d&rsquo;un «centre» et de «périphérie», le premier étant constitué par «l&rsquo;idéologie dominante», la seconde regroupant «tous ceux qui n&rsquo;acceptent pas cette idéologie». (Ceci étant une copie / adaptation des analyses sur les rapports entre les pays du centre, du nord et les pays périphériques, du sud). Cette intervention aurait été des plus banales si elle n&rsquo;avait eu lieu à la Mutualité dans le cadre d&rsquo;une conférence dirigée par Francette Lazare, membre du bureau politique du PCF. Personne dans les rangs communistes ne trouva rien à redire<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_6_294" id="identifier_6_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ren&eacute; Monzat, pr&eacute;sent dans la salle, fut le seul &agrave; intervenir et se fit remettre &agrave; sa place par Francette Lazare.">7</a></sup>. Une semaine plus tard, la revue <em>Éléments</em> (revue du GRECE) invite Marc Cohen, membre du PCF et rédacteur en chef de <em>l&rsquo;Idiot international</em>, journal fondé par Jean-Edern Hallier, à venir disserter là encore de la «recomposition du paysage intellectuel français». Edouard Limonov<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_7_294" id="identifier_7_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Eacute;douard Limonov est depuis mai 1993, le pr&eacute;sident du Front national-bolchevik &agrave; Moscou.">8</a></sup>, conseiller à la rédaction de <em>l&rsquo;Idiot</em>, collabore aussi bien à <em>Révolution</em>, hebdo du PC pour intellectuels qu&rsquo;au <em>Choc du Mois</em>, mensuel d&rsquo;une extrême droite moderne, conquérante, intellectuellement agressive<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_8_294" id="identifier_8_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Droites nationales et radicales en France,op. cit.">9</a></sup>. Enfin, en mai dernier, <em>l&rsquo;Idiot</em> publie l&rsquo;appel «Vers un Front national» de Jean-Paul Cruse. Ce communiste, délégué SNJ-CGT et membre de la rédaction de <em>Libération</em>, propose «une politique autoritaire de redressement du pays» rassemblant là encore «les gens de l&rsquo;esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise &#8211; et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde [...] sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo». Décidément, on y revient toujours, et surtout parce que «la destruction précipitée de la vieille gauche n&rsquo;ouvre sur rien de neuf, à l&rsquo;intérieur du champ.» Il faut donc en sortir «pour forger une nouvelle alliance», un «front» regroupant «Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultra-nationalistes», un nouveau front pour «un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel». Le bureau national du SNJ-CGT réagit dans un communiqué en réaffirmant la liberté d&rsquo;expression de J-P Cruse et en condamnant ses positions, rappelant que «ces idées ne sont pas celles de la CGT», qu&rsquo;elle les combat «même de toutes [ses] forces». Pas par opportunisme, mais par conviction profonde<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_9_294" id="identifier_9_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&Agrave; propos d&rsquo;un article publi&eacute; par l&rsquo;Idiot international&raquo;, communiqu&eacute; du SNJ-CGT du 25 juin 1993.">10</a></sup>.</p>
<p>L&rsquo;anti-américanisme a toujours été en France une valeur partagée pour des raisons différentes par beaucoup de forces politiques. Des gaullistes aux communistes en passant par l&rsquo;extrême droite et l&rsquo;extrême gauche, l&rsquo;Amérique se retrouve accusée de ne pas être une véritable nation historique, de reprendre sans les comprendre les principes des Lumières et les valeurs universelles de la Révolution française, et de vouloir dominer l&rsquo;ensemble de la planète. L&rsquo;écroulement du «communisme» et la guerre du Golfe ont ravivé ce sentiment.</p>
<p><strong>Rien de très neuf sous les auspices du national-bolchevisme<br />
</strong></p>
<p>Il est donc certain qu&rsquo;un courant national-bolchevik existe en France, combattant la société marchande, l&rsquo;Amérique, le «sionisme international» et la social-démocratie mais celui-ci n&rsquo;a rien de nouveau. Déjà, dans les années 1970, l&rsquo;organisation Lutte du peuple, fondée par des scissionnistes d&rsquo;Ordre nouveau, se réclamait du national-bolchevisme et employait «un vocabulaire calqué sur celui de la gauche extraparlementaire, notamment dans la critique du capitalisme et de la bourgeoisie»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_10_294" id="identifier_10_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Droites nationales et radicales en France,op.cit.">11</a></sup>. Aujourd&rsquo;hui, le mouvement Nouvelle résistance est l&rsquo;expression politique de ce courant et tente lui aussi de «mettre en oeuvre une ligne stratégique» de «front anti-système»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_11_294" id="identifier_11_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="cf. REFLEXes n&deg;37 pour en savoir plus sur Nouvelle r&eacute;sistance.">12</a></sup>.<br />
Il y a une véritable mode franco-russe du national-bolchevisme. Les amitiés du groupe Nouvelle résistance avec les différents groupes qui se réclament peu ou prou du national-bolchevisme en Russie sont là pour le prouver. Dans leur journal <em>Lutte du Peuple</em>, on fait souvent mention des différents groupes et des alliances avec ceux-ci. La «haine» contre l&rsquo;Occident, et Eltsine qui «brade» la Russie au profit du capitalisme, servent de fer de lance à un rapprochement entre anciens communistes et conservateurs. On peut citer A. Douguine (n°2 du Front national bolchevique), un des correspondants de Nouvelle résistance en Russie, qui se félicite de la «révolution russe actuelle où respectivement les néo-communistes nationalistes représenteraient l&rsquo;aile gauche et les néo-monarchistes l&rsquo;aile droite». On le retrouvait aux côtés de Thiriart et Schneider (directeur de la revue <em>Nationalisme et République<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_12_294" id="identifier_12_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nationalisme et R&eacute;publique, disparue aujourd&rsquo;hui, se voulait une revue de soutien critique &agrave; JM Le Pen et au FN. Elle a &eacute;volu&eacute; sur la fin vers des positions proches du mouvement Nouvelle r&eacute;sistance.">13</a></sup></em>) lors d&rsquo;un voyage au mois d&rsquo;août 1992 dont l&rsquo;objectif était de tisser des liens avec l&rsquo;opposition à Eltsine. Il est encore avec A. De Benoist au début de l&rsquo;année 1992 et se félicite de la naissance du journal <em>Dien</em> (Le Jour) qui, à l&rsquo;instar de <em>Krisis</em> en France, a «introduit le non-conformisme et le radicalisme dans l&rsquo;univers rouge-brun et a pour mot d&rsquo;ordre la recherche d&rsquo;une troisième voie nationale et russe». Quant à l&rsquo;antisémitisme de ce journal, il faut d&rsquo;après lui ne pas en exagérer la teneur. C&rsquo;est aussi dans les anciens journaux communistes officiels que l&rsquo;on retrouve ce type de discours. Dans les manifestations, il n&rsquo;est pas rare de voir se côtoyer drapeaux rouges et tsaristes&#8230; C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui une opposition structurée, qui a des relais et non des moindres dans l&rsquo;armée. Staline est réhabilité et l&rsquo;on voit dans différentes revues d&rsquo;extrême droite (<em>Lutte du Peupl</em>e ou <em>Orion</em>, revue italienne) des articles faisant référence au «petit père des peuples». Décidément cela ne tourne pas très rond. Mais est-ce une raison pour perdre la boule comme le fait J-P Cruse ? Sûrement pas.</p>
<p>À l&rsquo;instar de J-P Cruse, le PCF a souvent développé un anti-américanisme sans nuance. Le grand Satan américain d&rsquo;un côté, le grand frère soviétique de l&rsquo;autre&#8230; Le «Collectif communiste des travailleurs des médias» (PCF) se plaint dans un communiqué du 8 juillet 1993 du procès qui est fait à l&rsquo;un de ses membres (en l&rsquo;occurrence Marc Cohen), et qui vise «à interdire tout débat politique, liant la question de la souveraineté nationale, contre l&rsquo;hégémonie américaine, et les valeurs historiques du mouvement ouvrier international.» Il est bien connu que les pays de l&rsquo;Est ont défendu avec ardeur ces valeurs&#8230;<br />
Le rapprochement bruns-rouges est un remake des années 1930. Rappelons-nous Doriot, le national-populiste qui se séparait du PC pour fonder le PPF (Parti populaire français) et allait devenir collaborateur des nazis. Le «scoop» journalistique de F. Bonnet de <em>Libération</em> découvrant (il était temps) les «compagnons de route de la galaxie nationale-bolchevik» a pour but de démontrer que «le communisme est vraiment pourri puisqu&rsquo;il n&rsquo;hésite pas à s&rsquo;allier au fascisme» et accessoirement «qu&rsquo;extrême gauche et extrême droite, c&rsquo;est pareil». En 1990 déjà, un certain C. Bourseiller (acteur et journaliste, paraît-il), renvoyait dos à dos extrême droite et extrême gauche dans un livre s&rsquo;intitulant <em>Les ennemis du système</em> (voir <em>REFLEXes</em> n°31). De tels amalgames font peu de cas des dialogues établis entre l&rsquo;extrême droite et les intellectuels de gauche et encore moins des évolutions idéologiques et politiques du Parti socialiste au pouvoir depuis dix ans (notamment sur l&rsquo;immigration, la sécurité, le libéralisme&#8230;). Il est vrai qu&rsquo;il serait gênant de dénoncer ses petits camarades.</p>
<p><strong>L&rsquo;arbre cache-t-il une forêt ?<br />
</strong></p>
<p>Ceux qui mettent tant d&rsquo;empressement à dénoncer la convergence entre les rouges et les bruns oublient souvent les errances idéologiques de leur propre milieu. À travers la revue <em>Krisis</em> se sont établis beaucoup de contacts entre intellectuels de la Nouvelle droite et intellectuels de gauche. Durant l&rsquo;été 1988, <em>Krisis</em>, dirigée par A. De Benoist, entend rompre l&rsquo;isolement intellectuel de la nouvelle droite et asseoir son hégémonie idéologique. Y participent aussi bien des idéologues du GRECE que des penseurs de gauche. Les débuts sont marqués par quelques manipulations puisque la revue reproduit des articles déjà parus ailleurs sans l&rsquo;autorisation de leurs auteurs. Mais Garaudy (aussi collaborateur à <em>Nationalisme et République</em>), Jean-Michel Palmier, André Comte-Sponville, Jean-François Kahn, Régis Debray, Jacques Domenach, Jacques Julliard, Bernard Langlois ou encore Claude Karenooh, collaborateur assidu (qui se prétend libertaire), ont participé sans sourciller à la revue. Alain Decaux, ancien ministre d&rsquo;un gouvernement socialiste, ne semble nullement gêné de côtoyer des personnes comme Jean Mabire, Jean-Jacques Mourreau et Pierre Vial, tous trois passés par le GRECE et le FN.<br />
La confusion idéologique due à une perte des repères politiques et des marques référentielles à gauche a permis de telles accointances et la remise en selle de l&rsquo;idéologie réactionnaire.<br />
Ces problèmes de glissements ou de rapprochements ne sont pas à prendre à la légère. Il s&rsquo;agit bien de décortiquer le discours tenu par ces nationaux-bolcheviks qui reprennent à la fois les symboles révolutionnaires (Commune de Paris, Che Guevara, etc.), se veulent solidaires des luttes de libération nationale (basque, corse, irlandaise), reprennent à leur compte les luttes écologistes, s&rsquo;en vont combattre en Bosnie ou en Croatie «contre le dépeçage de ces territoires» par les Serbes, se réclament libertaires, etc. et seraient prêts à «faire un bout de chemin avec tous les anti-systèmes» ; il ne resterait plus aujourd&rsquo;hui que deux façons d&rsquo;être : soit du côté de ceux qui «acceptent le monde de la marchandise et la toute-puissance de la raison économique, [soit du côté de] ceux qui la refusent»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/national-bolchevisme-de-nouvelles-convergences/#footnote_13_294" id="identifier_13_294" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Article de D. Barney dans &Eacute;l&eacute;ments n&deg;74, op. cit.">14</a></sup>. Le danger est bien dans cette vision manichéenne promue par A. De Benoist, et par certains groupes dans le milieu révolutionnaire.</p>
<p>En tout cas, il n&rsquo;est pas question d&rsquo;avoir des rapports avec l&rsquo;extrême droite ou la Nouvelle droite. Déjà en 1991, pendant la guerre du Golfe, des militants nationalistes-révolutionnaires et de la Nouvelle droite (A. De Benoist signataire de l&rsquo;Appel des 30 aux côté de C. Cheysson, M. Gallo, A. Waechter, eh oui !) voulaient participer aux manifestations ainsi que des révisionnistes. Les militants antifascistes radicaux leur ont indiqué le chemin à suivre&#8230;<br />
Couper avec la peste &#8211; en l&rsquo;occurrence la «gauche caviar» &#8211; pour s&rsquo;associer avec le choléra, comme l&rsquo;appelle de tous ses voeux J-P Cruse n&rsquo;est pas un choix. Les marges de manoeuvre pour la fondation d&rsquo;une alternative politique et sociale aux politiques autoritaires et nationalistes se rétrécissent de jour en jour. Les repères idéologiques se font de plus en plus flous. Les fractures au sein de la société s&rsquo;agrandissent et c&rsquo;est là-dessus qu&rsquo;espèrent prospérer les extrêmes droites, les pouvoirs sécuritaires et totalitaires en Europe et ailleurs. La clairvoyance, les bases et les alliances à construire pour résister à l&rsquo;ordre établi en sont d&rsquo;autant plus nécessaires.</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_294" class="footnote">Dominique Venner, ancien responsable de Jeune Nation et fondateur d&rsquo;Europe Action, est le rédacteur de l&rsquo;essai <em>Pour une critique positive</em> (1962), sorte de « <em>Que faire ?</em> » des nationalistes.</li><li id="footnote_1_294" class="footnote">Robert Steuckers, conférencier polyglotte, joue, depuis le départ de Guillaume de Faye en 1986, le rôle d&rsquo;animateur en second de la Nouvelle droite au plan intellectuel. Il dirige la revue <em>Vouloir</em>.</li><li id="footnote_2_294" class="footnote">Robert Steuckers, <em>Vouloir</em>, n°52-53, fév-mars 1989.</li><li id="footnote_3_294" class="footnote">Jean-Yves Camus et René Monzat, <em>Les droites nationales et radicales en France</em>, PUL, 2ème trimestre 1992.</li><li id="footnote_4_294" class="footnote"><em>Éléments</em>, hiver 1992, n°75.</li><li id="footnote_5_294" class="footnote"><em>Éléments</em>, printemps 1992, n°74.</li><li id="footnote_6_294" class="footnote">René Monzat, présent dans la salle, fut le seul à intervenir et se fit remettre à sa place par Francette Lazare.</li><li id="footnote_7_294" class="footnote">Édouard Limonov est depuis mai 1993, le président du Front national-bolchevik à Moscou.</li><li id="footnote_8_294" class="footnote"><em>Droites nationales et radicales en France,</em>op. cit.</li><li id="footnote_9_294" class="footnote">«À propos d&rsquo;un article publié par <em>l&rsquo;Idiot international</em>», communiqué du SNJ-CGT du 25 juin 1993.</li><li id="footnote_10_294" class="footnote"><em>Droites nationales et radicales en France,</em>op.cit.</li><li id="footnote_11_294" class="footnote">cf. <em>REFLEXes</em> n°37 pour en savoir plus sur Nouvelle résistance.</li><li id="footnote_12_294" class="footnote"><em>Nationalisme et République</em>, disparue aujourd&rsquo;hui, se voulait une revue de soutien critique à JM Le Pen et au FN. Elle a évolué sur la fin vers des positions proches du mouvement Nouvelle résistance.</li><li id="footnote_13_294" class="footnote">Article de D. Barney dans <em>Éléments</em> n°74, op. cit.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Raus Poutine !</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2005 11:00:17 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La Russie n&#8217;a jamais vraiment eu le temps de connaître d&#8217;expérience démocratique, à part entre février et octobre 1917, ou après le putsch manqué de 19911. Aujourd&#8217;hui, de surcroît, le mot de démocrate est souvent confondu avec celui d&#8217;ultra-libéral, ce qui n&#8217;est pas forcément faux, et vu le chaos économique et social en cours depuis [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La Russie n&rsquo;a jamais vraiment eu le temps de connaître d&rsquo;expérience démocratique, à part entre février et octobre 1917, ou après le putsch manqué de 1991<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_0_239" id="identifier_0_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je rappelle que la Makhnovshchina, c&rsquo;&eacute;tait en Ukraine !">1</a></sup>. Aujourd&rsquo;hui, de surcroît, le mot de démocrate est souvent confondu avec celui d&rsquo;ultra-libéral, ce qui n&rsquo;est pas forcément faux, et vu le chaos économique et social en cours depuis plus d&rsquo;une décennie, aggravé par le choc monétaire de 1998, la « démocratie »n&rsquo;est pas une valeur en vogue. On tend aujourd&rsquo;hui à lui préférer « l&rsquo;ordre » et tant pis pour le prix à payer au niveau des libertés&#8230; À la tête du Kremlin règne une idéologie nationaliste dite de « sécurité nationale », comme aux plus belles heures des dictatures sud-américaines ; les élections, ou leur apparence, en plus&#8230;</strong></p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, la Russie est entre les mains d&rsquo;un flic, et pas des moindres : l&rsquo;ancien chef du Federalnaya Sloushba Bezopasnosti (FSB), nouveau nom du KGB, trône au Kremlin, régulièrement élu par la majorité de ses concitoyens. L&rsquo;apparition de Vladimir Vladimirovitch Poutine dans la vie politique russe est pourtant marquée par de larges zones d&rsquo;ombres. Parfait inconnu pour le grand public, le chef « guébiste »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_1_239" id="identifier_1_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Gu&eacute;biste&nbsp;&raquo;, en r&eacute;f&eacute;rence au KGB, ou &laquo;&nbsp;tch&eacute;kiste&nbsp;&raquo; en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la Tcheka, anc&ecirc;tre du KGB.">2</a></sup> est propulsé premier ministre par Boris Eltsine en août 1999, avec la bénédiction du très influent oligarque multimilliardaire Boris Bérézovski, protecteur de la « famille » du président. Un mois plus tard, des bombes non revendiquées provoquent plusieurs centaines de morts à Moscou et Volgodonsk. Les « terroristes tchétchènes » sont immédiatement montrés du doigt, sans la moindre preuve. À la même époque, une incursion de petites bandes islamistes au Daghestan provoque une riposte démesurée de l&rsquo;armée russe, qui en profite pour entrer massivement dans la Tchétchénie voisine, entamant un massacre massif de la population, pour la deuxième fois en cinq ans<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_2_239" id="identifier_2_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La premi&egrave;re guerre, d&eacute;clench&eacute;e en 1994, avait pour but officiel de r&eacute;pondre aux vell&eacute;it&eacute;s ind&eacute;pendantistes de la r&eacute;publique autonome. Le conflit s&rsquo;ach&egrave;ve en 1996 avec la victoire des Bo&iuml;eviki, les partisans tch&eacute;tch&egrave;nes, qui reprennent leur capitale, Grozny, &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e russe.">3</a></sup>. À cette époque, la popularité de Poutine est au plus haut. Son langage dur et sans concession plaît à une population déboussolée par les ravages économiques et sociaux, la criminalité omniprésente, mais aussi par la perte de l&rsquo;empire et la chute de l&rsquo;influence russe au niveau international ; des ingrédients classiques pour accepter ou faire accepter la venue d&rsquo;un « sauveur de la patrie », d&rsquo;un nouveau César. À la surprise générale, Eltsine démissionne de la présidence le 1er janvier 2000, laissant la transition à Poutine en attendant les élections de mars que ce dernier emporte haut la main dès le premier tour. Seuls quelques esprits chagrins ont fait remarquer qu&rsquo;il était étrange que la République autonome de Tchétchénie en flammes, où se multiplient les crimes contre l&rsquo;humanité, ait massivement voté pour son principal bourreau.</p>
<h3>L&rsquo;union sacrée</h3>
<p>Il est clair qu&rsquo;une des raisons les plus importantes, sinon la principale, de la guerre en Tchétchénie est d&rsquo;abord d&rsquo;ordre intérieur : créer l&rsquo;union sacrée autour du chef. Puis par la guerre, mater les oppositions internes (refrain connu quel que soit le régime) et petit à petit, rétablir l&rsquo;ordre et la sécurité dans un pays livré au chaos ; ou du moins, donner cette impression. Mais quel ordre ? Et quelle sécurité ?<br />
La manière dont la guerre a été lancée, et les dessous qu&rsquo;on découvre petit à petit, laissent rêveurs. Certains enquêteurs indépendants ont cru déceler une véritable « stratégie de la tension » à l&rsquo;italienne : divers indices tendent à faire penser que les attentats de Moscou et de Volgodonsk seraient l&rsquo;œuvre d&rsquo;unités du FSB pour faire accepter dans l&rsquo;opinion une nouvelle guerre en Tchétchénie. L&rsquo;incident de Riazan confirmerait cette supposition : une charge d&rsquo;explosif est découverte dans un immeuble d&rsquo;habitation après le passage d&rsquo;une voiture que l&rsquo;on découvre appartenir au FSB. Cette dernière annoncera précipitamment qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;un exercice d&rsquo;alerte pour « tester les réactions de la population ». Mais le FSB local n&rsquo;était pas au courant&#8230; Sur un tout autre plan, la très antimilitariste association des mères de soldats de Saint-Pétersbourg a reçu, dès avant la guerre, de nombreuses informations témoignant d&rsquo;une intense préparation psychologique et matérielle des troupes russes à une intervention dans la région.<br />
On trouvera tout aussi étrange que l&rsquo;un des chefs des bandes islamistes tchétchènes ayant agi au Daghestan, Shamil Bassaïev, soit par ailleurs une très proche relation d&rsquo;affaire de l&rsquo;oligarque Boris Bérézovski, déjà cité&#8230; Celui-ci est d&rsquo;ailleurs fortement soupçonné d&rsquo;avoir financé à l&rsquo;époque divers groupes d&rsquo;extrémistes « wahabites » en Tchétchénie, entretenant le chaos propice aux bonnes affaires bien troubles dans une région déjà dévastée par deux ans de guerre. Ces mêmes islamistes radicaux, par ailleurs très minoritaires dans la région au début de la guerre, n&rsquo;ont jamais été menacés d&rsquo;interdiction à Moscou, malgré diverses lois contre « l&rsquo;extrémisme », sans précision aucune, et dont sont déjà victimes un certain nombre d&rsquo;associations&#8230; écologistes&#8230; De fait, tout mouvement considéré comme « antipatriotique » pourrait tomber dans ce registre.</p>
<h3>La mise au pas de la société russe : médias, marchés et politique néo-libérale</h3>
<p>Tous ces indices ne suffisent pas à rompre le phénomène d&rsquo;union sacrée de la majorité de la population autour de Poutine. Il faut dire que la propagande fut menée, contrairement à la première guerre, de main de maître, et permit au passage le verrouillage de médias considérés comme trop indépendants. La guerre est au cœur même du système Poutine.<br />
Dès l&rsquo;an 2000, les journalistes trop critiques sur la tenue du conflit sont menacés. Andreï Babitski, journaliste pour Radio Free Europe, fut même enlevé pendant plusieurs mois en l&rsquo;an 2000 et ne fut relâché que sous pression internationale. Radio Free Europe, l&rsquo;ancienne radio occidentale du temps de la guerre froide, vit son statut spécial supprimé. Anna Politkovskaïa, seule journaliste russe à travailler depuis en Tchétchénie, a été arrêtée et mise au secret quelques temps en 2001 à cause de ses reportages qui apportaient un démenti constant à la propagande officielle. Quelques mois auparavant, en septembre 2000, la « doctrine sur la sécurité de l&rsquo;information » est devenu un instrument de choix du pouvoir. L&rsquo;interdiction de la censure est censée être garantie, mais les textes insistent aussi sur le nécessaire contrôle de l&rsquo;État sur l&rsquo;information, sous le prétexte inusable de la « lutte antiterroriste ». Aussi, dès 2001, le fer de lance de la télé non officielle, NTV, passe aux mains de GAZPROM, le consortium gazier dont l&rsquo;État est le principal actionnaire. Six mois plus tard, TV-6, la dernière chaîne indépendante, ferme ses portes. En juin 2002, c&rsquo;est un général du FSB qui est mis à la tête de la RTR, une des principales chaînes publiques. Terrible symbole. Les journaux indépendants se retrouvent, quant à eux, étranglés par des procès à répétition sous n&rsquo;importe quel prétexte. Et gare aux journalistes qui persistent : les décès subits ne sont pas rares dans la profession, surtout dans la presse régionale. Aussi, la plupart des médias a décidé de redécouvrir les charmes discrets de l&rsquo;autocensure.<br />
La mise au pas des médias s&rsquo;accompagne aussi de celle des milieux d&rsquo;affaire, les derniers étant souvent propriétaires des premiers. L&rsquo;oligarque Goussinski est en fuite, l&rsquo;ancien mentor Bérézovski, passé dans l&rsquo;opposition, s&rsquo;est exilé. Comme par hasard, tous les deux, pourchassés pour diverses malversations, soutenaient aussi l&rsquo;opposition démocratique. La coalition des sept banquiers de 1996 qui se plaçaient ouvertement au-dessus des lois n&rsquo;existe plus. A sa place, l&rsquo;URIE, équivalent russe du MEDEF, et dont la fortune des membres représente 80% du PIB, entame avec le pouvoir un partage des tâches où leur revient une part strictement économique : chacun chez soi. Poutine est-il leur pion dans le cadre de l&rsquo;adaptation du pays à la globalisation néo-libérale ? La coûteuse guerre en Tchétchénie, pour un pays en mal d&rsquo;investissements extérieurs, tendrait à prouver le contraire. Mais la politique économique choisie est bien celle du néo-libéralisme, inspirées par le FMI : le code du travail a été récemment réformé pour rendre licenciements et heures supplémentaires plus faciles, et financièrement comme juridiquement moins coûteux ; la loi sur la privatisation des terres agricoles profitera plus aux très gros qu&rsquo;aux petits, comme il est d&rsquo;usage ; la privatisation a bien entendu commencé à empiéter sur le secteur public (électricité, où les coupures des mauvais payeurs et des pauvres vont bon train, même en hiver, chemins de fer, etc.) ; le système de protection sociale va à vau-l&rsquo;eau, avec l&rsquo;introduction des fonds de pension, des allocations sociales ciblées pour 8% d&rsquo;une population dont plus d&rsquo;un tiers vit en dessous du seuil de pauvreté, etc.<br />
Dans le même temps, les salaires sont payés avec plusieurs mois de retard, et si les retraites ont été augmentées, c&rsquo;est pour voir dans le même temps le budget des ménages grévé par la hausse des prix du téléphone, de l&rsquo;électricité, du gaz, de l&rsquo;eau, des loyers et des transports, où les privilèges concédés aux invalides ou aux anciens combattants ont été supprimés. Nombre de ménages ont leur compte vidé dès le début du mois.<br />
Les justifications données par le pouvoir sur la nécessaire rénovation du service public se heurtent à la réalité : la rénovation n&rsquo;existe que dans le remplacement de certaines têtes au sommet des entreprises, par l&rsquo;équipe des « Pétersbourgeois », les fidèles de Poutine, aux postes de commandes des secteurs clés, à moins que ce ne soit par ses collègues « tchékistes », plus présents dans les diverses administrations.</p>
<h3>La politique à la Poutine : du décret à l&rsquo;assassinat</h3>
<p>Au niveau politique, Poutine a tenté par une réforme votée à la Douma, de faire révoquer les gouverneurs de province enfreignant les lois fédérales. Pour ce faire, il a dissous le Conseil de la Fédération. Mais le poisson était trop gros. Des concessions aux gouverneurs, véritables potentats féodaux, ont du être faites, moyennant une loyauté personnelle comme postulat. Mais quelques mois après, il les a coiffés par sept supergouverneurs, équivalents de préfets et choisis par décret, qui règnent sur les 89 sujets de la fédération. Sur ces sept préfets, cinq sont des militaires ou des hauts gradés du FSB. La « verticale du pouvoir » est en marche.<br />
À la Douma, l&rsquo;opposition parlementaire a du mal à se faire entendre, et pour cause : à quelques rares exceptions individuelles près, l&rsquo;ensemble des partis, des communistes (bruns-rouges) aux libéraux (tant sur le plan politique qu&rsquo;économique), a rejoint l&rsquo;union sacrée, au nom de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;unité antiterroriste. Les communistes haussent vaguement la voix sur la question sociale, mais de manière générale et abstraite. En février 2001, une loi sur l&rsquo;organisation des partis politiques a permis l&rsquo;élimination de toutes les petites formations politiques électorales ou leur regroupement au sein de quelques grands partis. Les rares voix discordantes n&rsquo;en sont que plus isolées : l&rsquo;ancien dissident Sergeï Kovalev, combattant des Droits humains est à la marge dans son propre parti, et Sergeï Youshenkov, qui a tenté de monter une commission d&rsquo;enquête parlementaire sur les attentats de Moscou et Volgodonsk, a été récemment abattu devant chez lui. La manière dont la presse aux ordres a relayé l&rsquo;événement, salissant la mémoire de la victime, ne laisse guère de doute sur les commanditaires. Ce n&rsquo;est pas la première fois : l&rsquo;assassinat du député Sergeï Golovlev, quelques mois plus tôt, et de sa collègue Galina Starovoïtova en 1998, alors qu&rsquo;elle enquêtait sur les connexions politico-mafieuses, ont entrainé les mêmes diffamations, et par les mêmes sources : le FSB.<br />
Mais c&rsquo;est en Tchétchénie que l&rsquo;assassinat politique atteint son apogée, par l&rsquo;intervention de véritables escadrons de la mort, choisissant leurs proies : il y a quelques mois, une pacifiste membre de la société russo-tchétchène, à laquelle appartient aussi Sergeï Kovalev, en a été la victime. Ces escadrons, agissant masqués, ne dépendent pas d&rsquo;une autorité militaire locale et reçoivent manifestement leurs ordres directement de Moscou. Dans la Tchétchénie dévastée<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_3_239" id="identifier_3_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La deuxi&egrave;me guerre en Tch&eacute;tch&egrave;nie aurait d&eacute;j&agrave; fait entre 50 000 et 100 000 victimes. Rapport&eacute; &agrave; la population fran&ccedil;aise, cela ferait entre 7 et 20 millions de morts&hellip;">4</a></sup>, interdite aux journalistes et aux ONG, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une goutte d&rsquo;horreur supplémentaire. Mais elle est révélatrice.</p>
<h3>Le rôle difficile de la société civile russe</h3>
<p>La société civile en Russie est elle aussi mise au pas. Il est vrai qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas très développée, comme dans la plupart des sociétés post-totalitaires. D&rsquo;autre part, l&rsquo;activité de la plupart des associations, travaillant sur les Droits humains et parfois campées sur des positions libérales qui les déconsidèrent, est coupée de la société plus concernée par ses problèmes immédiats. Il est facile alors pour Poutine lui-même, lors d&rsquo;une interview, de soutenir que la plus grosse association russe, Mémorial, est peu crédible sur la Tchétchénie puisqu&rsquo;elle est « sponsorisée par l&rsquo;ouest », ou tel grand quotidien poutiniste d&rsquo;accuser « les mères de soldats de Saint-Petersbourg « de « propagande anti-patriotique et nazie »&#8230; Dans le même temps, diverses lois ont été votées, rendant le situation financière des associations beaucoup plus difficile. Enfin, il n&rsquo;est pas rare d&rsquo;assister à quelques tentatives d&rsquo;intimidation, avec descente surprise et « amicale » du FSB à la porte des locaux. Pour des citoyens comme Pasko et Nikitine, qui, déjà du temps de Eltsine, avaient transmis à l&rsquo;étranger des informations pourtant connues sur les désastres écologiques commis par l&rsquo;armée, c&rsquo;est toujours la prison pour « espionnage ».<br />
Maniant la carotte avec la même dextérité que le bâton, le Kremlin a lancé à grands frais à l&rsquo;automne 2001 l&rsquo;idée d&rsquo;un « Forum civique » pour « établir un dialogue avec la société civile ». Les associations se sont déchirées, entre celles qui y voyaient une chance d&rsquo;avoir le pouvoir comme interlocuteur et celles qui comprenaient le piège tendu. Le Forum s&rsquo;est tenu malgré tout en novembre, et ce n&rsquo;est qu&rsquo;en juillet 2002 que les associations participantes ont compris que l&rsquo;État s&rsquo;était servi d&rsquo;elles et qu&rsquo;elles ont rompu pour la plupart les relations suivies qui s&rsquo;étaient instaurées. Mais le vieux système « diviser pour mieux régner » a parfaitement fonctionné.</p>
<h3>Le racisme au quotidien</h3>
<p>Cette stratégie s&rsquo;applique aussi dans la rue : au nom de l&rsquo;unité, la Russie multiethnique a du plomb dans l&rsquo;aile. La guerre et la propagande gouvernementale de désignation de l&rsquo;ennemi a rendu suspect aux yeux de la population slave toute personne au profil caucasien ; cette population est donc régulièrement dénoncée, contrôlée, arrêtée, rackettée par une police fondamentalement raciste, ou victime de violences parfois ultimes par une des nombreuses bandes de naziskins qui hantent les métropoles, et dont l&rsquo;impunité est quasi-totale. Les ambassades de pays africains, mais aussi celle des Etats-Unis, ont lancé des plaintes officielles pour protester contre les attaques répétées dont sont victimes leurs ressortissants de couleur. Sans grands résultats. En règle générale, mais surtout le 20 avril, jour anniversaire de la naissance d&rsquo;Hitler, il ne fait pas bon se promener dans les rues si l&rsquo;on n&rsquo;est pas blanc et slave. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas le moindre des paradoxes que de voir le régime Poutine légiférer tant et plus contre « l&rsquo;extrémisme » et laisser circuler et agir un nombre considérable de partis ou de groupes nationalistes qui ne cachent pas leurs idées fascisantes et parfois leurs uniformes. Certains d&rsquo;entre eux ont ou ont eu une certaine influence et un nombre d&rsquo;adhérents conséquent. Il est vrai que le nationalisme brut du régime désarme politiquement la plupart des groupes, qui se voient enlever une partie de leur programme. De toute manière, une bonne partie d&rsquo;entre eux est infiltrée par le FSB. Seul le parti national-bolchevik, adepte du fascisme-mouvement et de l&rsquo;action de rue, s&rsquo;est révélé trop incontrôlable : son leader, l&rsquo;écrivain Edouard Limonov, est sous les verrous depuis deux ans sous l&rsquo;inculpation de trafic d&rsquo;armes, tandis que des ténors de la Nouvelle Droite russe, tel Alexandre Douguine, son ex-camarade, ont leurs entrées au Kremlin.</p>
<h3>« Ordre, Sécurité, Nation »</h3>
<p>Le triptyque maudit est posé. Dans l&rsquo;ordre : ce qui met Poutine plus en équation avec un Pinochet qu&rsquo;un Mussolini. Mais Poutine partage une autre valeur avec les fascistes : le culte du chef, comme au bon vieux temps de Staline. Il est omniprésent dans chaque journal télévisé qui s&rsquo;attarde longuement à décrire la journée du président. Les portraits du leader bien aimé sont accrochés dans tous les bureaux, ils sont en vente dans tous les magasins, parfois sur les supports les plus invraisemblables, comme des tapis. Si ce ne sont pas des portraits, ce sont des bustes, des assiettes, des montres ou des calendriers. Un nombre considérable de biographies sont en vente en librairies, et même une chanson pop a atteint les sommets des charts : « J&rsquo;en veux un comme Poutine » chanté par un girls band nommé : « Celles qui chantent ensemble ». Celles-ci se réfèrent à l&rsquo;organisation de jeunesse poutinienne, « Ceux qui marchent ensemble », ironiquement surnommés la « Poutine Jugend ». Ces jeunes gens zélés issus de la nouvelle classe moyenne, socle électoral du président, qui se sont d&rsquo;abord fait remarquer en arborant des tee-shirts à l&rsquo;effigie du président bien-aimé, ont organisé début 2002 un autodafé de livres d&rsquo;auteurs jugés indécents, après les avoir échangés contre des « valeurs sûres de la culture traditionnelle ». L&rsquo;action frisait le ridicule, mais on aurait tort d&rsquo;en rire : cette initiative, comme bien d&rsquo;autres, permet de mesurer la température de la population et la possibilité d&rsquo;aller plus loin pour le gouvernement.<br />
Ainsi, symbole très lourd de sens en Russie, l&rsquo;hymne national a changé pour en revenir au vieil hymne soviétique, créé sous Staline, avec juste quelques transformations minimes au niveau des paroles, pour la troisième fois après une version brejnévienne, opérées par le même auteur, octogénaire mais toujours vivant.</p>
<h3>Poutine face à son destin</h3>
<p>Au niveau international, les événements du 11 septembre aux Etats-Unis ont représenté pour Poutine une divine surprise, permettant de faire passer la guerre en Tchétchénie dans le cadre du combat mondial antiterroriste, via quelques opérations plus ou moins ridicules de manipulations. La plus efficace d&rsquo;entre elle a été de faire croire en la présence de groupes tchétchènes parmi les talibans afghans, groupes que l&rsquo;on a cherchés en vain parmi les cadavres et les prisonniers de la coalition. Poutine a réussi le tour de force de se poser en partenaire incontournable de la « lutte mondiale contre le terrorisme », sans donner l&rsquo;impression de se poser en vassal de George Bush. Il s&rsquo;est même offert le luxe de s&rsquo;affirmer contre l&rsquo;intervention en Irak, se gagnant enfin les bonnes grâces de plusieurs pays occidentaux, dont la France, très critique auparavant. La tragédie de Nord-Ost, avec la prise d&rsquo;otages par un commando tchétchène de plusieurs centaines de personne dans un théâtre en plein centre de Moscou en octobre 2002, a renforcé sa position dans les chancelleries<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_4_239" id="identifier_4_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il y aurait beaucoup &agrave; dire sur cet &eacute;v&egrave;nement, dont il s&rsquo;av&egrave;re de plus en plus qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d&rsquo;une provocation, probablement de certains secteurs de l&rsquo;arm&eacute;e russe ou des services secrets attach&eacute;s &agrave; la poursuite d&rsquo;une guerre qui arrivait &agrave; bout de souffle.">5</a></sup>. Les voix officielles pourtant timides contre la guerre en Tchétchénie se sont complètement éteintes, malgré la sauvagerie de la réponse du Kremlin qui, outre les combattants tchétchènes, ont tué au passage 132 otages : encore un témoignage du peu de considération que le dirigeant du Kremlin porte à la vie de ses propres concitoyens.<br />
Triomphe absolu, Poutine a rassemblé en mai dernier 46 chefs d&rsquo;État du monde entier pour la commémoration en grandes pompes du tricentenaire de Saint-Pétersbourg. L&rsquo;événement a permis au passage de mettre la ville en état de siège, en la « nettoyant » de tous les sans-abris, mais aussi de tous les « illégaux » non porteurs de la sacro-sainte propiska, feuille de résidence municipale valable pour l&rsquo;ensemble de la population, sans laquelle on ne trouve ni logement, ni travail. Il s&rsquo;agit là du symbole absolu du contrôle social en Russie depuis le tsarisme, que Eltsine a tenté d&rsquo;abandonner, et qui a été repris par le superflic Poutine. En outre, les habitants du centre ont dû se munir d&rsquo;un laisser-passer spécial, et la vidéosurveillance a été généralisée dans l&rsquo;ensemble des transports. La question de la Tchétchénie n&rsquo;a pas été abordée. La question des libertés en Russie, du moins ce qu&rsquo;il en reste, non plus. Tranquillement, sur la justification principale de l&rsquo;ordre et de la sécurité, le totalitarisme se remet en place.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_239" class="footnote">Je rappelle que la Makhnovshchina, c&rsquo;était en Ukraine !</li><li id="footnote_1_239" class="footnote">&laquo;&nbsp;Guébiste&nbsp;&raquo;, en référence au KGB, ou &laquo;&nbsp;tchékiste&nbsp;&raquo; en référence à la Tcheka, ancêtre du KGB.</li><li id="footnote_2_239" class="footnote">La première guerre, déclenchée en 1994, avait pour but officiel de répondre aux velléités indépendantistes de la république autonome. Le conflit s&rsquo;achève en 1996 avec la victoire des Boïeviki, les partisans tchétchènes, qui reprennent leur capitale, Grozny, à l&rsquo;armée russe.</li><li id="footnote_3_239" class="footnote">La deuxième guerre en Tchétchènie aurait déjà fait entre 50 000 et 100 000 victimes. Rapporté à la population française, cela ferait entre 7 et 20 millions de morts&#8230;</li><li id="footnote_4_239" class="footnote">Il y aurait beaucoup à dire sur cet évènement, dont il s&rsquo;avère de plus en plus qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d&rsquo;une provocation, probablement de certains secteurs de l&rsquo;armée russe ou des services secrets attachés à la poursuite d&rsquo;une guerre qui arrivait à bout de souffle.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Indymedia et les fachos maudits</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Nov 2004 13:16:43 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Le mouvement anti-globalisation en Russie est aussi bizarre que peut l&rsquo;être la situation politique dans le pays en général, et il soulève des questions politiques sans fin à propos des concepts de droite et de gauche en Russie. Il montre aussi particulièrement bien pourquoi, quand on parle de l&rsquo;extrême droite russe, on doit inévitablement y inclure certains groupes communistes. La chute de l&rsquo;Union soviétique a provoqué beaucoup de changement et de confusion, pour aboutir à une situation dans laquelle un parti révolutionnaire, après 70 ans de pouvoir absolu, est devenu la force politique la plus conservatrice, prête à se battre par tous les moyens pour garder ses privilèges, y compris en encourageant la haine ethnique.<br />
La guerre froide a laissé des traces visibles dans la mentalité de ceux qui se situent dans la zone «brun-rouge» (l&rsquo;espace politique dans lequel gauche et droite ont tendance à se confondre), allant de la paranoïa nationaliste à la haine brute et chauvine contre les Américains. Contre cette tendance, les espoirs de changement démocratique dans la Russie post-soviétique ont souvent été liés aux réformes libérales et à la stabilité économique. Ces contrastes politiques expliquent partiellement pourquoi le mouvement anti-globalisation en Russie a trouvé des admirateurs autant chez les rouges-bruns qu&rsquo;au sein de groupes d&rsquo;extrême gauche, dans le sens occidental du mot.<br />
Les «anti-globalisation» russes ont fait leur entrée médiatique internationale à Gênes cet été, mais la délégation différait de ses homologues européens par sa composition : elle incluait en effet des militants du RKRP (un parti raciste, homophobe et ultra-stalinien), un ancien blanchisseur d&rsquo;argent de Eltsine et un bruyant supporter du très fasciste Parti National-Bolchevik (NBP). Des journaux bruns-rouges tels que Novy Petersburg ont rapporté la «glorieuse participation» de la délégation russe à Gênes, tout en couvrant de mépris les protestataires occidentaux.</p>
<h3>La Nouvelle Droite prend du galon</h3>
<p>Ces journaux représentent les cuivres de l&rsquo;orchestre, mais il existe une autre tendance qui serait même fascinée par le «processus d&rsquo;anti-globalisation» : La Nouvelle Droite. Les fans russes d&rsquo;Alain de Benoist ont depuis longtemps rêvé d&rsquo;une stratégie globale d&rsquo;union géopolitique entre la Russie et l&rsquo;Europe, la légendaire «Eurasie», ou «l&rsquo;empire continental de Dublin à Vladivostok».<br />
La rhétorique néo-droitière à propos d&rsquo;une supposée confrontation idéologique Eurasia / États-Unis, et le respect que prône la Nouvelle Droite pour les valeurs nationales et l&rsquo;identité la rapprochent de certaines tendances anti-impérialistes du mouvement anti-globalisation. De même, son acceptation tacite d&rsquo;une coopération avec des activistes non issus de l&rsquo;extrême droite donne à la Nouvelle Droite l&rsquo;opportunité d&rsquo;infiltrer et de pénétrer les mouvements progressistes. Cette stratégie du caméléon a déjà porté ses fruits en permettant à des intellectuels néo-droitiers de se prétendre «indépendants» et d&rsquo;accéder à des positions importantes au sein de l&rsquo;appareil d&rsquo;Etat russe en tant que consultants, conseillers, etc.<br />
Ainsi, Alexandre Douguine, un des créateurs, idéologue et ancien co-dirigeant du NBP, et avec lui son groupe Arctogaia et son magazine <em>Elementy</em> sont un cas d&rsquo;école des méthodes de la Nouvelle Droite russe. Douguine est un nationaliste étroit, mais il présente un large spectre de vues de l&rsquo;extrême droite occidentale à ses disciples. Au départ simple idéologue du national-bolchevisme, qui rêve «d&rsquo;unir tous les ennemis d&rsquo;une société ouverte», il est devenu récemment conseiller en géopolitique du président de la Douma, le Parlement russe.</p>
<h3>Douguine s&rsquo;incruste</h3>
<p>Son influence, ainsi que celle de la Nouvelle Droite, est plus envahissante que ce que l&rsquo;on croit généralement. Ainsi, en décembre 2000 a été créé le centre de média indépendant Indymedia Russie. Contrairement aux autres sites Indymedia qui combattent pour l&rsquo;égalité sociale, le site russe contenait des chroniques de Douguine, des articles extraits du magazine ultra-nationaliste Zavtra, ainsi que des sorties sur les «médias juifs» et autres camelotes nationaliste et fasciste. Le site est édité par Vladimir Videmman (alias Gusman), qui habite à Berlin et travaille pour la BBC. Il a annoncé la création du nouveau site sur celui de Douguine, Arctogaïa, avec une invitation à coopérer. Confronté au collectif des rédacteurs antifascistes d&rsquo;Indymedia, Videmman a énergiquement rejeté ce qu&rsquo;il a qualifié de «censure» et déclaré que l&rsquo;unique façon pour pouvoir «se battre de manière correcte», c&rsquo;était que la participation active dans les débats sur le web soit plus importante. Des échanges sur la participation et l&rsquo;infiltration de l&rsquo;extrême droite dans le mouvement anti-globalisation sont régulièrement menés dans le forum du site. Ce collectif des rédacteurs antifascistes est composé de militants russophones issus de divers pays.<br />
En avril 1999, Videmman a participé à une conférence de Synergies Européennes (SE), une faction dissidente de la Nouvelle Droite d&rsquo;Alain de Benoist conduite par Robert Steuckers, lui-même fasciste belge étroitement et ouvertement lié à des groupes fascistes et nazis dans toute l&rsquo;Europe. Lors d&rsquo;une conférence de SE sur le thème «L&rsquo;axe Berlin-Moscou : opportunités et problèmes de l&rsquo;Europe», Videmman a présenté un exposé publié par la suite dans la revue Hagal et dans sa propre publication <em>Imperativ</em>. Cette intervention avait été à l&rsquo;origine préparée pour le comité géopolitique de la Douma.<br />
<em>Imperativ</em> publie aussi des articles de sommités de l&rsquo;extrême droite allemande tels que Reinhold Oberlercher et Josef Schüsslburner, qui écrivent aussi pour les revues fascistes <em>Staatsbriefe</em> et <em>Criticon</em>, Wolfgang Strauss, soi-disant spécialiste de la «question russe», et le fameux revanchard nazi Rigolf Hennig. Leur présence est entièrement en accord avec la perspective d&rsquo;<em>Imperativ</em> : les collaborateurs russes de la revue, comme Alexei Mitrofanov, du Parti libéral démocrate de Jirinovski, ou comme Douguine, tentent de prouver la nécessité historique d&rsquo;une union géopolitique russo-germanique.<br />
Mais Videmman ne se limite pas à ces cercles : dans une interview accordée à la revue pro-nazie <em>L&rsquo;Héritage des Ancêtres</em> en 1999, il se présentait comme un traditionaliste, explorant le «rôle spécifique des peuples nordiques» et cherchant à démontrer l&rsquo;unité de l&rsquo;Allemagne et de la Russie contre l&rsquo;ennemi communé, les États-Uunis. <em>L&rsquo;Héritage des Ancêtres</em> a également publié des écrits racistes sur l&rsquo;eugénisme et des «études raciales».<br />
En écrivant sur les événements de Gênes, Douguine a combiné son délire anti-mondialisation avec une admiration fervente pour Poutine, suggérant même bizarrement que Poutine était venu à Gênes comme espion !</p>
<h3>Les antifascistes veillent</h3>
<p>La manipulation d&rsquo;Indymedia Russie par la Nouvelle Droite n&rsquo;est pas une surprise pour les antifascistes russes. Dans un pays au paysage et à la structure politiques aussi complexes que la Russie, l&rsquo;idée d&rsquo;un mouvement anti-globalisation comme plate-forme ouverte avec liberté d&rsquo;expression illimitée donne seulement de l&rsquo;espace à l&rsquo;extrême droite pour noyer les voix des activistes antifascistes de l&rsquo;anti-globalisation.<br />
Indymedia en Allemagne et en Colombie ont imposé la censure pour protéger leur site des discours de haine et des idéologies totalitaires ; mais d&rsquo;autres, (comme les parents spirituels d&rsquo;Indymedia aux États-Unis) continuent naïvement de considérer toute forme de censure comme une attaque contre l&rsquo;un des principes les plus importants qui existent, la liberté d&rsquo;expression. Bruyamment critiqué par des activistes d&rsquo;Indymedia très concernés par la diffusion sur le site des idées d&rsquo;extrême droite, Videmman s&rsquo;est déclaré prêt à démissionner en tant qu&rsquo;éditeur, proclamant qu&rsquo;il avait été «profondément blessé» par ces «accusations absurdes». Il a même envoyé les mots de passe du site au collectif des rédacteurs russophones reprenant l&rsquo;édition Indymedia et a juré de ne plus y revenir. Un problème subsiste toutefois : les mots de passe ne peuvent être changés ou donnés que par le collectif Indymedia basé aux États-Unis, et dans le conflit, ce dernier a pris parti pour «ceux qui pensent que la liberté d&rsquo;expression passe avant tout».<br />
Aujourd&rsquo;hui, pour les antifascistes russes, la prochaine étape du combat passe par le contrôle des clefs et des mots de passe qui doivent être changés. Certes, Videmman est parti, mais le fait qu&rsquo;il garde des copies des codes lui confère un pouvoir de nuisance et d&rsquo;intervention sur le site que le nouveau collectif n&rsquo;est pas prêt à accepter.<br />
Cette histoire est symptomatique de la situation russe et le débat qu&rsquo;il ouvre dépasse de loin Indymedia. Le nouveau collectif russophone a gagné une bataille sur le thème «pas de liberté de parole pour les fascistes», mais il semble que leur choix ne soit pas celui de tout le monde dans les cercles du mouvement antiglobalisation.</p>
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		<title>Élections en Russie : chronique d&#8217;une mort annoncée</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Dec 2003 21:10:04 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Les résultats des élections russes ont provoqué un choc dans l&rsquo;opinion publique russe et internationale : une chambre basse, la Douma, où les nationalistes de toutes obédiances sont ultramajoritaire et une quasi-disparition des démocrates (sociaux-libéraux et libéraux). Ces élections se sont déroulées comme à chaque fois dans un climat de propagande univoque en faveur du parti du pouvoir et de tensions : un attentat dans un train de banlieue à Stavropol dans le Caucase (42 morts) le vendredi 5 décembre, deux jours avant le vote et un attentat suicide deux jours après à une centaine de mètres de l&rsquo;Assemblée (au moins six morts dont la kamikaze).Les élections en Russie sont un modèle de démocratie formelle, elles ressemblent plus à une désignation qu&rsquo;à autre chose. Comme dans le système soviétique, le plus important pour le candidat n&rsquo;est pas le jour de l&rsquo;élection mais celui de l&rsquo;investiture officielle. Une fois obtenu ce précieux sésame, il est quasiment élu : la justice, aux ordres du pouvoir (pléonasme) se charge de le débarasser des opposants les plus dangereux, l&rsquo;administration locale fait ouvertement campagne pour lui, c&rsquo;est le personnel municipal qui collera ses affiches à côté des affiches officielles, radio, télévision et journaux locaux le présente sur son meilleur jour et se charche de déterrer les cadavres chez ses opposants. Les entreprises présentes dans la circonscription se charge des factures en échange d&rsquo;un intense lobbying au moment des votes cruciaux dans la future législature. Au cas où les électeurs refusent de choisir le bon candidat, comme en Tchétchénie par exemple, aucun problème, l&rsquo;administration se charge de bourrer les urnes et de tout maquiller. Une autre variante est de faire bien voter les conscrits, ainsi à St Petersbourg pour faire battre un député démocrate qui tentait d&rsquo;organiser une commission d&rsquo;enquête indépendante sur les attentats de 1999, les officiers d&rsquo;un collège militaire ont vérifiés que leurs 400 étudiants avaient bien votés pour le parti au pouvoir avant de déposer les bulletins dans l&rsquo;urne.</p>
<p><strong>Une chambre nationaliste et patriotique</strong></p>
<p>Le parti de Poutine, <em>Edinnaia Rossia</em> (Russie Unie) obtient 37% des voix au niveau national et 222 députés, soit près de la moitié des députés, suivit du Parti communiste 12,7% et 53 députés, du parti de Jirinovski LDPR 11,6% et 38 parlementaires et <em>Rodina</em>, la Mère patrie, 9,1% et 37 élus. Les deux partis libéraux <em>Iabloko</em> (la Pomme) et SPS (Union des Forces de Droite) ne passent pas la barre des 5% (4,34 % et 3,96 %) et n&rsquo;obtiennent respectivement que 4 et 2 élus directs. Les points communs des quatre premiers partis (plus des 3/4 des élus à la Douma) sont une conception de l&rsquo;État fort, un nationalisme souvent xénophobe et le soutien à la poursuite de la guerre en Tchétchénie. Rien de très réjouissant. Alexandre Doughine, le leader du parti eurasien, chef de file de la nouvelle droite russe et très introduit dans les cercles politico-militaires proches du pouvoir central, n&rsquo;a pu caché sa voix en résumant « <em>Russie Unie est le parti du natrionalisme modéré. Le Parti libéral démocrate de Vladimir Jirinovski est celui du nationalisme ostentatoire. Le parti communiste de Guenadi Zouganov est patriotique de gauche et Rodina-Union patriotique est patriotique chauviniste</em>».</p>
<p>Le parti de Jirinovski double quasiment son pourcentage, le KPRF perd la moitié de son pourcentage de voix par rapport à 1999 et retrouve son plus mauvais score des élections de 1993. Russie unie obtient le même pourcentage que Unité et Patrie-Toute la Russie en 1999, qui étaient les deux partis à vocation majoritaire qui ont fusionné après les élections. Mais la vraie surprise est venu du score du parti Rodina-Union patriotique, un parti vieux de trois mois, créé avec le soutien du Kremlin et du complexe militaro-industriel pour diviser le Parti communiste. L&rsquo;opération a réussi au point même d&rsquo;inquiéter d&rsquo;autres factions du Kremlin.</p>
<p>Le <em>Moscow Times</em> du 17 décembre 2003, a publié le récit d&rsquo;un des participants à l&rsquo;opération de manipulation. Trois factions se sont successivement occupées de cette affaire. La première équipe voulait créer un clone du parti communiste, qu&rsquo;ils pensaient même appeller <em>Tovarich</em> (Camarade), puis un autre groupe surnommé les Tchéquistes orthodoxes notant que l&rsquo;électorat du Parti communiste étaient sensibles à la réthorique nationaliste, orienta le projet dans ce sens. Un troisième groupe, d&rsquo;orientation libéral, était intéressé par la création d&rsquo;une coalition anti-communiste, mais était moins impliqué dans l&rsquo;opération. Des trois groupes, c&rsquo;est le second qui prit les rênes de l&rsquo;opération, d&rsquo;où l&rsquo;orientation plus nationaliste que sociale du programme de <em>Rodina</em>. Cette volte face idéologique lui fit perdre quelques plumes comme le libéral du parti <em>Slon</em> (l&rsquo;Éléphant), l&rsquo;eurasiste Alexandre Dougine ou un banquier ancien des services spéciaux qui se présenta comme indépendant contre le maire de Moscou.</p>
<p>On compte parmi les leaders de ce tout nouveau parti un économiste communiste en rupture de ban, Sergueï Glaziev, le représentant de Poutine pour l&rsquo;enclave de Kaliningrad, un eurasiste convaincu Dimitri Rogozine et l&rsquo;un des auteurs du putsch d&rsquo;août 1991 contre Gorbatchev, le général Valentin Varennikov. Sergueï Glaziev est un économiste, entré en politique dès 1991, ministre du commerce extérieur en 1992, député de la Douma en 1993. En 1995, il devient le chef d&rsquo;une organisation national-patriotique, le Congrès des Communautés russes. Il travaille un temps avec le général Lebed et en 1999, il est réélu à la Douma sur les listes du parti communiste. Mais en 2002 à la suite d&rsquo;un désaccord avec Guenadi Zouganov, il quitte le KPRF et fonde une Union du peuple orthodoxe. En juin 2003, Glaziev initie la fondation d&rsquo;un bloc électoral Communistes-Agrariens-Patriotes, mais le KPRF refuse d&rsquo;y participer, néanmoins près de 30 organisations acceptent la plateforme électorale dont le Parti des régions russes, le Partie socialiste unifié de Russie, <em>Narodnaïa Volia</em>(la Volonté populaire). Tous se définissent comme nationalistes et patriotes et forment le bloc électoral <em>Rodina</em> dont « <em>le principal but est de construire une société juste. Pour cela il est nécessaire d&rsquo;unifier la nation par le patriotisme</em>». Dimitri Rogozine et Valentin Varennikov sont aussi connus pour respectivement diriger le Congrès des Communautés russes et l&rsquo;Union de l&rsquo;officier russe. <em>Rodina</em> est aussi très proche du complexe militaro-industriel, comme le résume la formule de Rogozine : « <em>La Russie a trois alliés : son armée, sa marine et ses missiles stratégiques</em>».</p>
<p>Toute la propagande du parti était centrée contre les oligarches, comparés à une hydre. L&rsquo;imagerie rappelait une certaine propagande soviétique. L&rsquo;arrestation de Mikhail Khodovkorski, le président de Ioukos, fût du pain béni pour ce parti. <em>Rodina</em> a aussi bénéficié comme le parti du pouvoir d&rsquo;une couverture bienveillante des chaînes de télévision, toutes aux ordres du Kremlin, alors que le parti communiste était systématiquement dénigré. L&rsquo;électorat national-patriotique qui est un électorat important en Russie a semble-t-il été dérouté par la présence sur les listes de nombreux entrepreneurs rouges et a préféré voter pour un parti qui semblait plus dynamique. Pourtant le KPRF avait cru bien faire les choses en présentant en deuxième position sur sa liste nationale l&rsquo;ancien gouverneur de Krasnodar, le très nationaliste et antisémite Nikolaï Kondratienko. Les électeurs de <em>Rodina</em> sont des retraités ou des actifs de plus de quarante cinq ans ans, ayant fait des études secondaires plutôt techniques : « <em>La majorité des gens qui avait une bonne éducation et un bon statut dans l&rsquo;Union soviétique et qui ont été laissé de côté par les réformes. Ils n&rsquo;ont pas la capacité de s&rsquo;adapter et ils ont le désir de retourner dans le passé</em>» selon les mots du directeur de l&rsquo;institut ROMIR.</p>
<p>L&rsquo;autre force nationaliste est le LDPR de Vladimir Jirinovski qui ne fait plus peur à grand monde en Russie tant est connu sa capacité à accepter des espèces sonnantes et trébuchantes pour voter ce que le Kremlin souhaite. Il obtient néanmoins un score bien plus important qu&rsquo;aux dernières élections, son électorat est composé de chômeurs, de militaires, et d&rsquo;habitants des contrées les plus éloignées du centre. Le principal slogan de Jirinovski était « <em>Je suis pour les Russes, je suis pour les pauvres</em>».</p>
<p>Les «démocrates» sont les grands perdants du scrutin, évidemment ils ont été l&rsquo;objet de nombreuses manipulations mais les leaders des deux partis SPS et Iabloko ont une grande part de responsabilités. SPS (L&rsquo;Union des Forces de Droite) en présentant Anatoli Chubais, un oligarche honni et ancien allié de Poutine, responsable du grand conglomérat public de production d&rsquo;électricité, symbolise tout ce que refuse une grande partie de la population : l&rsquo;argent facile et clinquant. Ces élections marquent aussi l&rsquo;incapacité pour l&rsquo;opposition à présenter un programme réellement social, cantonné à moins de 8% des voix sans groupe parlmentaire, ils ne sont plus crédibles dans un pays qui a succombé aux sirènes nationalistes.</p>
<p>Jean Raymond avec Mara Vladimirovna, Moscou.</p>
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		<title>Les dédicaces d&#8217;Edouard Limonov</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Dec 2003 21:09:40 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le 29 novembre 2003, le dirigeant poète des nationaux-bolchévique Edouard Limonov dédicacait son dernier livre L&#8217;autre Russie non pas dans quelques obscures sous-sols d&#8217;une librairie d&#8217;extrême-droite mais au cinquième salon Non-fiction, un salon du livre qui draîne des dizaines de milliers de visiteur chaque années. Sur le stand d&#8217;un de ses nombreux éditeurs, la maison [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le 29 novembre 2003, le dirigeant poète des nationaux-bolchévique Edouard Limonov dédicacait son dernier livre L&rsquo;autre Russie non pas dans quelques obscures sous-sols d&rsquo;une librairie d&rsquo;extrême-droite mais au cinquième salon Non-fiction, un salon du livre qui draîne des dizaines de milliers de visiteur chaque années. Sur le stand d&rsquo;un de ses nombreux éditeurs, la maison d&rsquo;édition provocatrice Ultracultura d&rsquo;Alexandre Kasyanenko, Edouard Limonov sorti de prison au printemps 2003, entouré de quatre gros bras, accueillait ses lecteurs, de la midinette énamourée à la dame d&rsquo;âge mur qui l&rsquo;imaginait plus vieux. Ultracultura n&rsquo;en est pas à son coups d&rsquo;essai puisqu&rsquo;elle avait publié un livre témoignage d&rsquo;un skinhead russe qui montrait les complicités entre les boneheads et la police de Moscou. Le tirage de 5000 exemplaires avait été épuisé en quelques jours. L&rsquo;éditeur avait expliqué au quotidien français Le Monde en octobre 2003 qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas voulu rééditer cet ouvrage après qu&rsquo;il ait reçu de nombreuses lettres de soutien aux skinheads. Cela ne l&rsquo;a pas empêché de publier le livre du facho le plus célèbre de Russie. Le plus inquiétant dans cet affaire est l&rsquo;absence de réactions des autres éditeurs ou même des organisateurs du salon qui ont placé Limonov à côté d&rsquo;une maison d&rsquo;éditions de livres sur le judaïsme. Les livres nationalistes n&rsquo;étaient pas majoritaires dans ce salon mais on en trouvait même dans des endroits inattendus comme sur le stand de l&rsquo;ambassade de France qui exposait la traduction russe du Socialisme fasciste de Pierre Drieu La Rochelle, écrivain fasciste. En effet cet ouvrage nauséabond, publié en 1934 par les éditions Gallimard a bénéficié en 2001 d&rsquo;une aide à la traduction du gouvernement français dans le cadre du programme Pouchkine&#8230;Fâcheux.</p>
<p>Jean Raymond Antifa net (Moscou)</p>
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		<title>Nouvelles de Moscou</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Dec 2003 23:02:37 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le 24 novembre 2003, un incendie ravage un batiment d&#8217;une cité universitaire provoquant la mort de 36 étudiants étrangers alors que 171 étudiants ont dû être hospitalisés. Ce drame a eu lieu à l&#8217;Université de l&#8217;Amitié entre les Peuples &#8211; Patrice Lumumba, une université qui accueille des dizaines de milliers d&#8217;étudiants des pays en développement. [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Le 24 novembre 2003, un incendie ravage un batiment d&rsquo;une cité universitaire provoquant la mort de 36 étudiants étrangers alors que 171 étudiants ont dû être hospitalisés. Ce drame a eu lieu à l&rsquo;Université de l&rsquo;Amitié entre les Peuples &#8211; Patrice Lumumba, une université qui accueille des dizaines de milliers d&rsquo;étudiants des pays en développement. L&rsquo;hypothèse d&rsquo;un incendie criminel allumé par des skinheads ou des néo-nazis, évoquée dans les premiers jours de l&rsquo;enquête a été abandonnée, la cause la plus probable semblant être accidentelle. La police a néanmoins ouvert une instruction pour négligence criminelle. Les autorités ont très vite rejetté la responsabilité sur les étudiants en tentant d&rsquo;éviter les questions génantes sur l&rsquo;état de délabrement des batiments ou le fait que les sorties de secours étaient innaccessibles. Cinq jours plus tard, le samedi 29 novembre par deux fois, des skinheads ont attaqué des étudiants étrangers de cette même université. Une vingtaine de skinheads ont sévèrement battu deux étudiants, un Jamaïquain et un Colombien et deux passants avant de reprendre un bus. Un peu plus tard un autre groupe sort d&rsquo;un bus, attaque un autre étudiant et s&rsquo;enfuit. La police a arrêté trois jeunes âgés de 15 à 17 ans et en a inculpé deux. À la suite de cette attaque, une centaine d&rsquo;amis des victimes se sont rassemblées dans la rue et ont réclamé une action des responsables universitaires. La police est appélée pour disperser la foule mais le Ministre de l&rsquo;Intérieur est intervenu personnellement en promettant une protection policière supplémentaire. Il proposa que les étudiants organisent eux-mêmes des patrouilles de volontaires pour veiller la nuit. Cette dernière proposition montre bien que le ministre lui-même n&rsquo;a pas confiance dans la police pour assurer la sécurité des étudiants étrangers. Il est évident que beaucoup de policiers de la ville de Moscou partagent les mêmes idées nationalistes et racistes que les skinheads. La plupart des victimes d&rsquo;actes racistes se plaignent de l&rsquo;accueil très hostile qu&rsquo;ils recoivent quand ils viennent déposer une plainte. Par ailleurs les autorités refusent de qualifier ces actes comme racistes et sont classées dans la rubrique fourre-tout de l&rsquo;hooliganisme juvénile.</p>
<p>Jean Raymond Antifa-net, Moscou.</p>
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		<title>Hooligans à la russe</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Apr 2002 15:52:46 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Un match de football russe est une expérience très particulière. J’ai eu l’occasion de me rendre au stade Loujniki pour le match Spartak-Bordeaux en 1999. J’avais fait l’erreur de m’y rendre en métro, et je me suis retrouvé au milieu de centaines de jeunes, la plupart le cheveux très court, habillés de rouge et blanc, aux couleurs du club.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Un match de football russe est une expérience très particulière. J’ai eu l’occasion de me rendre au stade Loujniki pour le match Spartak-Bordeaux en 1999. J’avais fait l’erreur de m’y rendre en métro, et je me suis retrouvé au milieu de centaines de jeunes, la plupart le cheveux très court, habillés de rouge et blanc, aux couleurs du club. Cette foule de jeunes était encadrée par les forces de l’ordre, mais dans certaines stations, de nombreux supporters faisaient le salut nazi en criant des slogans nationalistes. À la sortie du métro, la police filmait méticuleusement chaque spectateur, et c’est entre deux cordons de miliciens que la foule canalisée se rendait au match.</p>
<p><strong>Un peu d’histoire…</strong></p>
<p>Dans un article du Moscow Times du 11 décembre 1999, Kevin O’Flynn rappelle l’histoire de la culture supporter en Russie. Forme de contre-culture à la culture soviétique, elle attirait même les hippies aux matchs. Les premiers groupes de supporters viennent au Spartak vers 1979, qui aide les supporters à voyager en Russie. Avec les voyages viennent les premiers incidents. Pour certains, ces luttes ont remplacé celles qui opposaient les bandes de quartiers. Dans les années 1980, des batailles rangées ont opposé le Spartak et le Dynamo de Kiev, dégénérant vite en émeutes. Pendant la période soviétique, la rivalité était importante entre le CSKA qui était le club de l’armée, et le Spartak, celui de la société et donc d’une certaine forme d’opposition. La chute de l’Union soviétique et la fin de la Ligue soviétique en 1991 ont provisoirement mis fin au développement des hooligans. Les stades devinrent silencieux, les bagarres rares.</p>
<p>Jusque dans les années 1990, les supporters étaient très calmes. Maintenant, l’ambiance ressemble à celle des stades anglais et italiens. La partie la plus violente des supporters ne compte qu’une minorité de membres : 1000 sur les 25 000 que compte le Spartak de Moscou. Ils portent des noms anglais comme les Gladiators, les Flint Crew ou les Red Blue Warriors et idéalisent les hooligans anglais. Leurs fanzines comme le Spartak’s Ultra New et le CSKA’s Russia Fan Herald racontent leurs actions violentes. Comme la police contrôle étroitement les stades, les combats se font dans des lieux proches des stades, et peuvent impliquer des centaines de jeunes.</p>
<p><strong>Saint-Petersbourg vs Moscou</strong></p>
<p>Un des derniers clashes violents a eu lieu fin avril 2000 à Saint-Pétersbourg lors du match entre le Dynamo de Moscou et le Zenit de Saint-Pétersbourg. Des centaines de supporters moscovites s’étaient déplacés en trains ; ceux-ci étaient pourtant très contrôlés, on ne pouvait accéder aux quais des trains qu’à la suite d’un contrôle strict des passeports. À l’arrivée au petit matin à Saint-Pétersbourg, des supporters du Zenit avaient préparé un accueil musclé mais ils l’ont annulé au dernier moment devant le nombre important de supporters adverses. Ce n’est que quelques heures plus tard que les incidents commencèrent à la station Sportivnaia. Une bataille rangée opposa les deux camps à coup de pierres, de bouteilles et de bâtons. Juste après le clash, un jeune a été retrouvé mort dans un café : pour les supporters du Zenit, il s’agit d’un meurtre, alors que pour la police, il aurait succombé à une crise d’épilepsie ou à une overdose. Après le match, les supporters ont été raccompagnés à la gare par des centaines de policiers anti-émeutes traversant la plus grande artère de la ville. Au total, plus de 80 supporters ont été arrêtés et 800 policiers ont tenté de maintenir l’ordre.</p>
<p>Jusqu’en 1999, le Zenit de Saint-Pétersbourg et le Dynamo de Moscou avaient conclu une alliance, baptisée le Nevski Front, contre la terreur du championnat des hooligans, mais depuis la finale de la coupe de Russie de 1999, cette alliance a volé en éclats.</p>
<p>Les hooligans russes sont très proches de l’extrême droite. Leurs fanzines parlent ouvertement du White Power, ils portent souvent des écharpes ou des bannière avec des croix celtiques (pour les supporters du Dynamo Moscow Hooligans) et les quelques joueurs noirs du championnat russe sont accueillis sur le terrain par des peaux de banane. Jirinovski a même financé plusieurs voyages du CSKA. Après les bombardements de l’Otan sur la Serbie durant l’été 1999, les supporters du Spartak et du CSKA se sont retrouvés pour manifester ensemble devant l’ambassade américaine.</p>
<p>Jean Raymond</p>
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