<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>REFLEXes &#187; SCALP</title>
	<atom:link href="https://reflexes.samizdat.net/tag/scalp/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://reflexes.samizdat.net</link>
	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
	<lastBuildDate>Fri, 18 Dec 2015 08:40:56 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
		<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
		<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.9.2</generator>
	<item>
		<title>Comme un indien métropolitain&#8230;</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/comme-un-indien-metropolitain/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/comme-un-indien-metropolitain/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 11:43:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[REFLEXes, c'est quoi ?]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme radical]]></category>
		<category><![CDATA[Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF)]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Groupe union défense (GUD)]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Gilles Malliarakis]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle Résistance (NR)]]></category>
		<category><![CDATA[REFLEXes]]></category>
		<category><![CDATA[Renouveau Étudiant Parisien (REP)]]></category>
		<category><![CDATA[Réseau No Pasaran]]></category>
		<category><![CDATA[SCALP]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Je ne souhaiterais à personne ce genre d&#8217;exercice : il est trop périlleux. Certains par le passé s&#8217;en sont relativement bien tirés, tel «Le roman de nos origines» paru dans La Banquise n°1 et racontant l&#8217;itinéraire d&#8217;une partie du courant ultra-gauche français. Mais comment aborder dix ans d&#8217;action politique et d&#8217;intervention sur le champ de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne souhaiterais à personne ce genre d&rsquo;exercice : il est trop périlleux. Certains par le passé s&rsquo;en sont relativement bien tirés, tel «Le roman de nos origines» paru dans <em>La Banquise</em> n°1 et racontant l&rsquo;itinéraire d&rsquo;une partie du courant ultra-gauche français. Mais comment aborder dix ans d&rsquo;action politique et d&rsquo;intervention sur le champ de l&rsquo;antifascisme et de l&rsquo;anticapitalisme ?<br />
Faut-il commencer par dix ans de slogans, dont le succès se mesure à la manière dont ils ont été repris par d&rsquo;autres organisations politiques (y compris nos ennemis) : «Sortons de notre réserve», «C&rsquo;est à la misère qu&rsquo;il faut s&rsquo;attaquer, pas aux immigrés !», «Police partout, justice nulle part !» ?<br />
Faut-il continuer par dix ans de construction acharnée d&rsquo;un collectif sous tous ses aspects, avec bien souvent l&rsquo;impression de bégayer : dix ans de presse, d&rsquo;interventions sur le terrain, de concerts, d&rsquo;erreurs grossières, de réseaux départementaux, régionaux, nationaux, européens, galactiques ? Ou par dix ans de fâcheries diverses et variées avec tout le monde, y compris et surtout avec les personnes qui étaient bien souvent les plus proches du collectif, en précisant assez inutilement que ces fâcheries n&rsquo;eurent bien des fois qu&rsquo;un lointain rapport avec la politique ?<br />
Ou encore par dix ans d&rsquo;analyses, dont la validité n&rsquo;a hélas jamais été aussi affirmée, sur la montée en puissance d&rsquo;une xénophobie née du système capitaliste ?<br />
Faut-il terminer par dix ans de luttes à venir qui seront sans doute parmi les plus décisives ?<br />
Puisqu&rsquo;il faut bien commencer par quelque chose…</p>
<h3>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un combat, continuons le début !</h3>
<p>Prenez un groupe de jeunes, étudiants ou lycéens, de Nanterre ou d&rsquo;ailleurs en région parisienne, membres d&rsquo;une structure libertaire relativement restreinte (Coordination Libertaire Étudiante), déçus par le faible travail de fond du mouvement libertaire ou l&rsquo;absence de liaisons entre différents fronts de lutte, confrontés à une lame de fond autoritaire symbolisée par la montée du FN… Secouez le tout, servez en 1986, vous obtenez REFLEX, Réseau d&rsquo;Étude, de Formation et de Lutte contre l&rsquo;Extrême-droite et la Xénophobie, vilain petit canard prêt à lutter sur tous les fronts : mesures sécuritaires, immigration, antifascisme, luttes de libération nationale et sociale, soutien aux personnes incarcérées, antimilitarisme. Cela reflétait les centres d&rsquo;intérêt des différents «fondateurs» ainsi que la période politique dans laquelle cette création prenait place. La droite revenait au pouvoir en portant haut la bannière de l&rsquo;Ordre et des valeurs, l&rsquo;espoir de voir émerger un mouvement autonome de l&rsquo;immigration s&rsquo;éloignait après son phagocytage par la pieuvre social-démocrate et sa tentacule SOS-Racisme, l&rsquo;extrême-droite progressait, portée entre autres par les calculs politiciens des uns et des autres. Le camarade Vladimir Illich aurait dit «Que faire ?», certains ne se posaient plus la question depuis 1984 et la première réponse radicale contre le FN à Toulouse, à savoir l&rsquo;attentat contre le palais des congrès qui permit l&rsquo;annulation du meeting de Jean-Marie Le Pen. L&rsquo;émergence dans cette ville d&rsquo;un mouvement autonome antifasciste affirmant qu&rsquo;il fallait empêcher l&rsquo;extrême-droite de s&rsquo;exprimer ouvrait la voie à de nouveaux regroupements, qu&rsquo;ils se nomment Section Carrément Anti Le Pen ou CRAFAR (Lille), Urgence (Lyon), CAF (Marseille) et qu&rsquo;ils s&rsquo;appuient sur des conceptions libertaires, léninistes ou tout simplement mal définies ?<br />
Assez rapidement, l&rsquo;antifascisme radical est devenu l&rsquo;objet privilégié de lutte, avec comme base une réflexion simple : l&rsquo;extrême-droite est un condensé de tout ce qu&rsquo;on peut exécrer en tant que libertaire : conception autoritaire et élitiste de la société, vision suprémaciste blanche très largement répandue parmi ses membres, patriarcat, instrumentalisation par la bourgeoisie. Cela partait d&rsquo;une vision correcte des choses qui pourtant n&rsquo;est pas passée au-delà des militants : le FN a bien un rôle de diviseur du mouvement social entre les petits blancs et les autres mais ce n&rsquo;est pas une marionnette, ni un pantin et il n&rsquo;est que porté par un très large mouvement de la société en faveur de l&rsquo;Ordre et de la sécurité. La Coordination Nationale AntiFasciste qui se crée en 1987 affirmait donc la nécessité d&rsquo;investir le milieu social sous toutes ses formes et en particulier le milieu associatif. Pendant ce temps, il naissait des SCALP un peu partout, à partir de groupes d&rsquo;amis et sous des formes chaotiques. Cette atmosphère faite de délires médiatiques et d&rsquo;exaltation rigolarde n&rsquo;est sans doute pas près de se revoir de sitôt en politique. C&rsquo;est sans doute la seule bonne chose qu&rsquo;ait pu nous apporter l&rsquo;émergence du FN en tant que force électorale…<br />
Ce qui est sûr, c&rsquo;est que l&rsquo;antifascisme radical n&rsquo;a pas marché :<br />
- Le milieu associatif ou syndical n&rsquo;a pas vu débarquer des hordes de militants radicaux conscients de la partie à jouer. Incapacité à tenir les objectifs affichés ? Certes, mais faute de troupes : que faire à 200 ? Or mis à part certaines villes, la plupart des SCALP n&rsquo;ont jamais compté plus de militants que celui de l&rsquo;université de Tolbiac avec sa dizaine de membres…<br />
- REFLEX n&rsquo;a pas réussi à fixer autour de lui les dizaines de jeunes cotoyées lors des manifestations et concerts. Pire, les fâcheries ont été si nombreuses qu&rsquo;une partie de ceux qui liront cet article se sentiront concernés par ces lignes : fâcheries politiques avec l&rsquo;OCL en 1988-1989, avec la SCALP de Paris et ses «débris» en 1991 ou avec d&rsquo;autres encore; fâcheries pour des poils de moustache(1) avec des individus dont le ressentiment est aujourd&rsquo;hui bien souvent apaisé, Bakounine soit loué !<br />
- Une génération fiable de militants n&rsquo;a pas émergé de ces cinq années d&rsquo;activisme échevelé.<br />
Mais après tout, puisqu&rsquo;il faut bien se consoler avec quelque chose, l&rsquo;opération socio-démo-politicarde SOS-Racisme a-t-elle mieux réussie avec des moyens sans comparaison aucune avec ceux possédés par la CNAF durant 3 ans ? Et cela doit-il occulter l&rsquo;incontestable tentative de renouveau de l&rsquo;implication libertaire qu&rsquo;a pû représenter l&rsquo;association REFLEX durant toutes ces années ?</p>
<h3>Après la pluie, le beau temps…</h3>
<p>1991 s&rsquo;est donc présentée comme l&rsquo;année noire de l&rsquo;antifascisme radical. Cette situation peut très largement s&rsquo;expliquer par le manque de perspectives politiques qui pouvaient s&rsquo;offrir aux vues des militants. L&rsquo;accusation de servir la soupe à la social-démocratie par le biais d&rsquo;un antifascisme borné était toujours latente de la part de «camarades» radicaux toujours bien intentionnés. Mais les bonnes fées de l&rsquo;antifascisme étant nombreuses et persévérantes, l&rsquo;année suivante a vu une certaine renaissance qui n&rsquo;a cessé depuis de se confirmer. Il faut dire que ce mouvement s&rsquo;est avéré un peu général. «Comités Ras l&rsquo;Front», «Ligue antinazie», «Jeunes contre le Racisme en Europe», «Comités contre Le Pen»… Les autoproclamés arrières petits-enfants de Trotski ont décidément l&rsquo;art et la manière de multiplier les structures attrape-militants. Ils ne sont pas les seuls ! Ainsi en est-il des «Manifeste contre le Front National», «Comité de vigilance contre l&rsquo;extrême-droite» et autres attrape-ploum-ploum pré-électoraux. Beaucoup de sincérité «antifasciste» derrière tout cela mais combien d&rsquo;analyses justes sur la responsabilité des «démocrates» dans la montée du Front et l&rsquo;origine capitaliste de celle-ci ? De fait, la relance d&rsquo;un nouveau réseau antifa-radical à partir des décombres de la CNAF s&rsquo;est-il traduit par un saut qualitatif dans la lutte contre les miasmes frontistes ? Déjà, le changement de nom s&rsquo;est avéré plus convivial que l&rsquo;ancien «CNAF» qui ressemblait tant à l&rsquo;aboiement du labrador à feu monsieur le président. Lorsque l&rsquo;on connait l&rsquo;importance des sigles dans le petit milieu libertaire, on comprendra immédiatement l&rsquo;enjeu de la chose… Ensuite, d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, l&rsquo;élargissement régulier des contacts et l&rsquo;enracinement de ces derniers a permis des échanges dont la CNAF n&rsquo;avait pas offert d&rsquo;exemples à l&rsquo;époque de sa «gloire». Certes, ce n&rsquo;est pas le réseau No Pasaran qui arrêtera la progression du FN et l&rsquo;installation de la barbarie au coeur des métropoles capitalistes. Mais constituer un grain de sable est déjà en soi un objectif à part entière… Si cela peut également permettre une mise en pratique de principes et pratiques politiques différentes, le bonheur sera complet. Seulement, il est évident que la tâche sera ardue : REFLEX a changé, mais le P.F.F. (Paysage Faf Français) aussi. Le travail de fourmi prend donc définitivement la place du militantisme spontanéiste, celui qui nous voyait courir un peu partout dans Paris quelque fois derrière et bien souvent devant nos ennemis fafounets. Voyons ce qui modifie quelque peu la donne…</p>
<h3>À Saint-Cloud, rien de nouveau ?</h3>
<p>En dix ans, les craintes que l&rsquo;on pouvait avoir à l&rsquo;égard du renforcement des tendances xénophobes des sociétés européennes se sont hélas confirmées… Pourtant l&rsquo;évolution de l&rsquo;extrême droite française n&rsquo;est pas seulement quantitative, elle est également qualitative. Ainsi il est certain que l&rsquo;enracinement du Front National prend des allures électorales choquantes : meilleur score aux élections présidentielles en 1995 avec 15% des suffrages exprimés, quatre villes d&rsquo;importance conquises… Pourtant, est-ce vraiment cet aspect des choses qui doit nous faire hurler au retour du fascisme ? Après tout, le FN ne progresse bien souvent que grâce à une abstention massive qui n&rsquo;a jamais été aussi peu porteuse de perspectives de rupture avec le système démocratique libéral, n&rsquo;en déplaise aux compagnons anarchistes abstentionnistes. Quel commentaire à apporter face à l&rsquo;élection cantonale partielle de Toulon en septembre dernier au cours de laquelle le candidat frontiste progresse de 15 points alors qu&rsquo;il y a 66,63% d&rsquo;abstentions ?<br />
Par contre, il est clair qu&rsquo;en dix ans, la légitimité et le discours du FN ont changé. D&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, le FN est devenu le pivot incontournable des droites radicales en France. Il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;être grand clerc pour faire ce constat : il suffit de faire le bilan de ce qui est et de ce qui n&rsquo;est plus. Exit les groupuscules plus ou moins folkloriques qui attiraient à eux une fraction radicalisée de la jeunesse nationaliste :<br />
- Le GUD a été absorbé par Renouveau Étudiant dont il assure l&rsquo;encadrement, tout en se permettant quelques facéties qui doivent rappeler le bon vieux temps aux plus anciens militants : collages d&rsquo;affiches anti-israëliennes ou anti-gouvernementales sur le périphérique parisien, «commando» itinérant qui depuis un an laisse des traces à intervalles réguliers dans le cuir chevelu des étudiants syndiqués de quelques campus provinciaux. Les affrontements physiques des campus parisiens (Sorbonne, Tolbiac) ont disparu et ceux qui refusent la normalisation frontiste ont été contraint de se réfugier dans des petits regroupements plus ou moins obscurs : Union Nationale des Etudiants de Droite ou petites revues du type <em>Réfléchir &amp; Agir</em>(2). Ceci dit, cela n&rsquo;empêche pas tous ces joyeux drilles de se croire encore au bon vieux temps, comme le démontrent les dernières mésaventures policières de F. Châtillon, D. Warlet ou É. Rossi qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;une prochaine étude de <em>Réflexes</em>. L&rsquo;UNED a rejoint au printemps de l&rsquo;année dernière une myriade de petits groupes(3), composés de dissidents du FN pour la plupart, pour former l&rsquo;Alliance solidariste. Cependant, selon les responsables de l&rsquo;Alliance, celle-ci n&rsquo;entend pas concurrencer le FN mais «<em>l&rsquo;aider dans tous les cas où cela sera possible</em>.» Cette position a le mérite d&rsquo;être claire, contrairement au solidarisme lui-même qui, rappelons-le, se veut(4) «<em>une doctrine politique prônant la création d&rsquo;une organisation sociale respectant les aspirations matérielles, intellectuelles et spirituelles de la personne, pour assurer en particulier l&rsquo;équilibre entre la responsabilité de l&rsquo;individu et sa liberté, la prise en compte concrète à tous les niveaux de la société des diverses solidarités dans lesquelles il est engagé et la détermination de la finalité sociale.</em>» Si vous pensez que tout cela est bien confus, vous avez raison car «<em>la définition du solidarisme recherche moins la clarté que l&rsquo;unité</em>.»(5). On ne lui fait pas dire…<br />
- La mouvance nationaliste-révolutionnaire s&rsquo;est trouvée absorbée dans l&rsquo;orbite frontiste, alors même qu&rsquo;elle semblait s&rsquo;en éloigner depuis quelques années. Ainsi, lorsqu&rsquo;en 1991 Troisième Voie scissionne entre l&rsquo;organisation Nouvelles Résistances et les Bases autonomes (bien vite disparues) et chasse Jean-Gilles Malliarakis de son poste de secrétaire général, c&rsquo;est au nom de la pureté de la doctrine nationaliste-révolutionnaire, considérant que J.-G. Malliarakis n&rsquo;avait fait que mener une politique réactionnaire, assujettie aux intérêts du FN et pousser le mouvement NR dans une impasse. Nouvelle Résistance paraissait alors vouloir développer une politique s&rsquo;appuyant sur la pensée de théoriciens comme Jean Thiriart et le national-bolchevisme, ne ratant pas une occasion de vilipender son ancien secrétaire général et le FN, qualifié de parti raciste et de valet du système. Les thèmes développés par NR à travers sa presse allait de l&rsquo;écologie au soutien aux mouvements de libération nationale et l&rsquo;infiltration de quelques mouvements politiques progressistes semblait en être une conséquence logique. Pendant ce temps, Malliarakis adhérait officiellement au FN, développait des thèses ultra-libérales sur les ondes de son émission de Radio-Courtoisie, abandonnait son poste de responsable francilien de la CDCA et finissait par fermer sa librairie «héritée» d&rsquo;Henri Coston : la Librairie française.<br />
En cet automne 1996, les choses sont devenues plus claires et le retour de NR dans le giron extrême-droitier est bien avancé comme en témoigne les «événements» de cette année : promotion d&rsquo;André-Yves Beck, cadre NR et ancien TV, au poste de Chargé de la communication de la mairie frontiste d&rsquo;Orange(6), participation remarquée aux différentes manifestations organisée par le FN comme celle de septembre à Marseille consécutive à l&rsquo;assassinat d&rsquo;un collègien, promotion interne au poste de responsable de la jeunesse de Fabrice Robert, conseiller municipal frontiste francilien et leader du groupe bonehead Fraction Hexagone, scission d&rsquo;une partie des militants cet été sur la question de l&rsquo;inféodation de NR au FN dans la perspective définie par le secrétaire général Christian Bouchet de développer des thèses nationalistes-révolutionnaires au sein du FN. Il semble que le chant des sirènes frontistes ait résonné plus fort aux oreilles de C. Bouchet que ses précédentes affirmations, du type :«<em>J&rsquo;ai beaucoup de mal à imaginer comment on pourrait s&rsquo;affirmer NR au sein du FN d&rsquo;une manière cohérente et suivre la ligne de celui-ci : réclamer la suppression de l&rsquo;impôt sur le revenu, manifester pour le rétablissement de la peine de mort, cohabiter avec un sioniste comme Hemmerdinger ou un zouave pontifical comme Romain Marie</em>.» Il est clair que même si, en façade, Nouvelle Résistance continue d&rsquo;exister(7), ce sera dans l&rsquo;orbite et avec l&rsquo;aide du FN(8), comme le démontre la présence de militants NR sur certains marchés et en particulier celui du XIII° arrdt de Paris.<br />
- Les groupuscules à sensation l&rsquo;Œuvre française et PNFE demeurent dans leur léthargie, ponctuée épisodiquement de «scandales» ou de «coups», telle l&rsquo;appartenance au PNFE d&rsquo;une partie des profanateurs de Carpentras ou la préparation d&rsquo;un attentat contre Patrick Gaubert en 1993-1994 par des soudards de l&rsquo;Œuvre. Ces deux structures n&rsquo;ont finalement jamais pesé aussi peu dans le camp nationaliste, tant en terme d&rsquo;influence politique qu&rsquo;en terme numérique. Cela ne peut que pousser certains vieux routards de ces groupes à se rapprocher du FN, comme l&rsquo;a finement noté le <em>Monde</em> avec sons sens aigüe de l&rsquo;observation politique et comme le prouve l&rsquo;acceptation de double appartenance de la part de l&rsquo;Œuvre. Il en va de même des «figures» ultra-nationalistes des années 1980-1990 : Olivier Mathieu, Yann-Ber Tillenon, Tristan Mordrel, Michel Faci, etc… Certains ont disparu et pris la fuite après de multiples fâcheries, avec le PNFE par exemple, d&rsquo;autres tentent vaille que vaille de maintenir quelques activités alors même qu&rsquo;ils n&rsquo;ont cessé d&rsquo;accumuler les déboires financiers, en particulier dans le domaine de l&rsquo;édition et des librairies. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;à Paris la Librairie a pris le relais d&rsquo;Ogmios et a été elle-même remplacée par l&rsquo;Æncre qui vient de se faire racheter par des militants FN ou proches du FN qui tirent leurs fonds des juteux commerces de la Sécurité et des minitels roses.</p>
<h3>Un parti national et social ?</h3>
<p>Par ailleurs, le FN a manifestement décidé d&rsquo;accentuer son discours rupturiste et ce pas forcément sur ce que l&rsquo;on croit. Jusqu&rsquo;à présent, le Front national proclamait clairement son appartenance à la droite et aux valeurs de celle-ci en s&rsquo;affirmant «droite nationale et populaire»(9). Il n&rsquo;est pas évident que le slogan «Ni droite, ni gauche, Français !» ne soit autre chose qu&rsquo;une affirmation volontariste comme le FN en a le secret. Les différents sondages de l&rsquo;année dernière consécutifs aux procès intentés par le FN à certains organes de presse pour «affirmation calomnieuse» montrent, y compris pour ses plus farouches électeurs, que le FN est un parti de droite, dès lors que la valeur fondamentale de ce courant est encore d&rsquo;être le parti de l&rsquo;Ordre. L&rsquo;expression médiatiquement à la mode de «gaucho-lepénisme»(10) semble de fait assez décalée…<br />
Par contre, le noyau dur du FN accentue manifestement son objectif de diffusion de thèmes jusqu&rsquo;alors au second plan mais qui deviennent la nouvelle ligne du parti, justifiant ainsi l&rsquo;analyse de H. Arendt sur les cercles du totalitarisme et la diffusion des idées les plus ignobles au travers de ces cercles pour atteindre la société toute entière. Il en va ainsi du thème de «l&rsquo;inégalité des races», inoculé à la société toute entère grâce aux mass-media après avoir été diffusé par le passé dans la littérature du mouvement :«<em>Il existe des races différentes, des ethnies différentes, des cultures différentes, je prends acte de cette diversité et de cette variété, mais j&rsquo;établis bien sûr une distinction à la fois entre les êtres et entre les peuples ou les nations. Je ne peux pas dire que les Bantous ont les mêmes aptitudes ethnologiques que les Californiens, parce que cela est tout simplement contraire à la réalité. (…) S&rsquo;il est exact que les Hommes ont droit au même respect, il est évident qu&rsquo;il existe des hiérarchies, des préférences, des affinités qui vont de soi</em>.»(11) Il en va de même de l&rsquo;antisémitisme, avec des attaques lors du premier mai 1996 contre «le capital anonyme et vagabond», «la minorité anonyme et conquérante», «le complot mondialiste visant à détruire les nations et les structures de l&rsquo;ordre naturel», «la domination complète de toute la planète dans tous les domaines : financier, économique, commercial, juridique, voire religieux.» En comparaison, la tentative d&rsquo;implantation sociale et les déclarations qu&rsquo;elle suscite de la part des dirigeants du parti(12) ne correspondent donc pas tant à une affinité soudaine pour le progressisme social qu&rsquo;à une stratégie simple et efficace de développement du parti. Ce n&rsquo;est donc pas le FN qui se durcit (il n&rsquo;a pas fondamentalement évolué dans ses références et sa vision du monde) mais les différents cercles qui l&rsquo;entourent dans la société, de l&rsquo;électeur fidèle au simple sympathisant sur le thème de «l&rsquo;immigration-invasion». Ce saut qualitatif du discours se traduit par la place prise par le FNJ au sein du FN et qui serait impensable dans n&rsquo;importe quel autre parti. La fascination pour cette jeunesse et le culte qu&rsquo;elle entraîne depuis toujours dans ce courant politique poussent le FN à laisser le FNJ diffuser une image fasciste(13) du mouvement qui n&rsquo;est plus vue comme un handicap puisque c&rsquo;est toute une partie de l&rsquo;opinion qui la porte par sa xénophobie.<br />
Pour conclure à titre provisoire, le FN est plus que jamais un diffuseur de métastases xénophobes et autoritaires dans la société. Il n&rsquo;est sans doute ni plus ni moins fascisant qu&rsquo;il y a quelques années, par contre son discours a peu à peu modelé certains pans de la société au point que ses idées n&rsquo;ont jamais été aussi dangereuses. C&rsquo;est clair : on est bien reparti pour dix ans de luttes ! Mais cette lutte se fera sur le terrain, dans la rue, par tous les moyens nécessaires et certainement pas dans les urnes. Que cessent donc pour tout le monde les illusions social-démocrates serait ainsi le meilleur présage d&rsquo;une lutte victorieuse.</p>
<p>Notes<br />
(1)Comprenne qui voudra et qui pourra…<br />
(2)Les rédacteurs de la revue rappellent cependant à intervalles réguliers que, faute de mieux, ils soutiennent le FN, considérant que ce parti, malgré tous ses défauts, demeure le principal espoir d&rsquo;accèder au pouvoir pour le camp nationaliste.<br />
(3)Mouvement solidariste français, Groupe solidariste Francité, Sauvegarde des métiers, Alliance nationale, Cercle Saint-Michel, Fragments, Cercle des Jeunes Agriculteurs Français, Décision française, revue <em>L&rsquo;Écritoire</em>.<br />
(4)<em>Citadelle</em> n°6, juillet-août 1992, revue de France-Solidarité, groupe dont faisait partie Gérard Bouchet, à présent dirigeant du Mouvement solidariste français.<br />
(5)Idem<br />
(6)Cf <em>Réflexes</em> n°47<br />
(7)Un nouveau bi-mensuel est d&rsquo;ores et déjà sorti, <em>Voix du Peuple</em>, dans lequel C. Bouchet affirme avoir été victime d&rsquo;une manœuvre de «l&rsquo;extrême-droite sioniste». En fait, il semble qu&rsquo;une partie des membres du CE de NR ait pris le contrôle des finances (juteuses grâce aux Lybiens !!!) et de <em>Lutte du Peuple</em>. En tout état de cause, en ce printemps 1997, chaque partie continue son petit bonhomme de chemin.<br />
(8)On peut étayer cette affirmation avec les accusations de <em>Tribune juive</em> début octobre, démenties par J. Bompard dans <em>National-Hebdo</em> du 17 octobre 1996, selon lesquelles <em>Lutte du Peuple</em> devenu <em>Voix du Peuple</em> serait imprimé par la mairie d&rsquo;Orange. Le maire d&rsquo;Orange nie cela d&rsquo;autant plus fermement que, selon lui, la mairie ne possède que des photocopieuses. Lorsqu&rsquo;on constate la piètre qualité d&rsquo;impression de <em>Voix du Peuple</em>, on en conclut immédiatement qu&rsquo;accusations et démentis ne sont pas incompatibles…<br />
(9)Cf <em>Militer au Front</em> ou également l&rsquo;interview de J.-M. Le Pen à <em>National-Hebdo</em> n°563 en mai 1995.<br />
(10)Expression «inventée» par Pascal Perrineau<br />
(11)Jean-Marie Le Pen, <em>Les Français d&rsquo;abord</em>, 1984<br />
(11)Cf le salut de Le Pen lors du premier mai à «la longue lutte des travailleurs et des syndicats pour plus de justice, de sécurité et de liberté dans le travail.»<br />
(12)Une étude un peu exhaustive des bulletins régionaux du FNJ suffit à s&rsquo;en convaincre. Dis-moi quelles sont tes références historiques et politiques, je te dirai qui tu es (ou qui tu hais d&rsquo;ailleurs…)</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/comme-un-indien-metropolitain/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Crie-le-fort !.org, le site qui rend sourd</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/crie-le-fort-org-le-site-qui-rend-sourd/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/crie-le-fort-org-le-site-qui-rend-sourd/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 29 Nov 2004 14:17:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme radical]]></category>
		<category><![CDATA[REFLEXes]]></category>
		<category><![CDATA[Réseau No Pasaran]]></category>
		<category><![CDATA[SCALP]]></category>
		<category><![CDATA[Solidarité Résistance Antifa (SRA)]]></category>
		<category><![CDATA[Unity Rockers]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[REFLEXes : Comment est né le projet ? CLF : Nous avons stoppé la parution de Unity Rockers en janvier 2000 un peu brutalement, j&#8217;en endosse la responsabilité totale, mea culpa maxima ! Après une sévère phase de doute, une tentative de professionnalisation autour du journal ayant échoué, une nouvelle idée a fait son chemin. [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>REFLEXes : Comment est né le projet ?</h3>
<p><strong>CLF</strong> : Nous avons stoppé la parution de Unity Rockers en janvier 2000 un peu brutalement, j&rsquo;en endosse la responsabilité totale, mea culpa maxima ! Après une sévère phase de doute, une tentative de professionnalisation autour du journal ayant échoué, une nouvelle idée a fait son chemin.<br />
D&rsquo;un constat tout simple aussi, à propos des fortunes dépensées en merchandising, fanzines et autres trucs dès que je mets les pieds dans un concert. Comme dit Loïc, je suis gourmand, pas gourmet ! M&rsquo;étant aussi retrouvé au chômage sans grande envie de continuer ma longue carrière de magasinier, permanent associatif même en CES, ça me va bien !</p>
<p><strong>Gridalo Forte en Italie, Esan Ozenki au pays basque, c&rsquo;est quoi pour vous, des grands frères ? Des exemples à suivre ? Le début d&rsquo;une même Internationale ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est vrai, nous sommes officieusement la section française de l&rsquo;Internationale des Braillards dont je suis le porte-parole ! On me demande fréquemment de baisser les watts, spécialement quand je rigole, vous le savez bien ! Juste un nom qui sonne bien, un clin d&rsquo;œil représentant bien l&rsquo;esprit de l&rsquo;asso, musiques et luttes sociales, la fête et la lutte. Esan Ozenki est en pleine mutation pour cause de mise en orbite du gars Firmin et Gridalo Forte ne répond à personne, nous ne faisons pas exception. C&rsquo;est compliqué et laborieux les relations internationales ! Ce sont avant tout de grandes références pour nous !<br />
Même si Gridalo forte est pour le moins réticent face à la scène française suite à des expériences désagréables, nous aimerions travailler ensemble plus étroitement.</p>
<p><strong>Des tee-shirts du Scalp ou du SRA, des briquets Ras l&rsquo;Front ou No Pasaran !, des casquettes No G8 du GSF, la revue REFLEXes, le fanzine du Rash ! On ne trouve pas que des tee-shirts de nos groupes favoris sur votre site ?</strong></p>
<p>Que voulez-vous, Ska, Reggae, Soul et Luttes sociales, on en démord pas ! C&rsquo;est vraiment une volonté de départ et un pilier du fonctionnement maison que de rassembler l&rsquo;éparpillé et de le proposer en un lieu, même virtuel. Visiblement, le mélange des genres entre musiques et politique de notre VPC séduit pas mal de monde, tout spécialement les gens habitant loin des centres urbains et voyant donc peu de concerts ou de tables de presse. Il faut aussi reconnaître que l&rsquo;Underground par définition a du mal à dépasser le cercle d&rsquo;initié(e)s, alors dès qu&rsquo;on popularise un peu, en règle générale l&rsquo;accueil est favorable, on joue sur l&rsquo;effet de surprise !<br />
C&rsquo;est vraiment chouette de voir des gens bloquer sur le motif d&rsquo;un tee-shirt («Ah la vache, ils ont osé!») ou la couverture d&rsquo;un zine !<br />
Le public de l&rsquo;actuelle scène ska-reggae internationale est aussi beaucoup plus conscient socialement parlant que le hard-rockeux de base, faut l&rsquo;avouer quand même !</p>
<p><strong>Au passage on remarque l&rsquo;absence du rayon cassette et CDs ?</strong></p>
<p>C&rsquo;est tout à fait volontaire car c&rsquo;est l&rsquo;affaire de Ronan RHM, notre trésorier rennais ! Sur son site <a href="http://www.redheadman.org/" target="_blank">http://www.redheadman.org/</a> il y a déjà tout ou presque en vinyls et CDs, et à de forts raisonnables tarifs ! C&rsquo;est vraiment un label et une distribution de qualité, le bougre a du flair ! On bosse ensemble et on développe nos assos en réseau avec plein d&rsquo;autres, c&rsquo;est la famille quoi !</p>
<p><strong>Votre webzine mis à jour tous les 15 jours recense entre autres les concerts mais aussi beaucoup d&rsquo;activités militantes. Comment fonctionnent votre service de presse et votre comité de censure?</strong></p>
<p>Là aussi, avec Unity Rockers, le ménage s&rsquo;est fait tout seul et on ne reçoit jamais de faferies ! Et entre Loïc, Ronan et ma pomme, on connaît un peu tous les protagonistes de la scène dont certains depuis belle lurette ! Pas facile de nous embrouiller, nous ne sommes plus jeunes, frais et naïfs (!?Arf !) et nous avons les moyens de faire parler les archives et les mémoires !</p>
<p><strong>Quels sont vos liens avec le milieu militant et la scène alternative (d&rsquo;ailleurs existe-t-elle encore cette fameuse scène dite alternative) ?</strong></p>
<p>En ce qui me concerne, pas d&rsquo;affiliation ou d&rsquo;encartage particulier, mais pas mal de liens amicaux persistants et de fréquentes rencontres en concerts et manifs ! Et bien sûr que l&rsquo;alternative existe encore, les concerts du CICP ou la revigorante émergence du RASH peuvent en attester de belle manière! En ce qui me concerne toujours, je pense en être totalement partie prenante. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du milieu militant ou de la scène alternative. Je crois que nous en sommes un des nombreux éléments. C&rsquo;est ce nombre et la diversité des modes et des lieux d&rsquo;intervention qui font que la scène alternative est toujours si riche dans un monde qui favorise pourtant la norme et l&rsquo;uniformité.</p>
<p><strong>En dehors du site CLF, que pensez-vous du monde récent d&rsquo;Internet ? Qu&rsquo;a-t-il apporté de plus selon vous au milieu alternatif ou militant ? On y trouve tout et n&rsquo;importe quoi, de belles crapuleries et saloperies aussi !</strong></p>
<p>En tout cas, c&rsquo;est un moyen de communication rapide et économique, plein d&rsquo;infos qui tombent au quotidien et qui ne demandent qu&rsquo;à être répercutées dans le webzine pour la plus grande édification des masses ! Et comme tout le monde, un peu de rigolade avec les nombreuses conneries en circulation sur le réseau !</p>
<p><strong>Quelle est votre position par rapport à la «professionnalisation» de certaines structures ?</strong></p>
<p>Je suis vraiment pour la professionnalisation de nos structures, mais uniquement sur un mode associatif, réellement sans but lucratif ou alors coopératif de type SCOP, où les salariés-associés sont seuls propriétaires de l&rsquo;outil de travail.</p>
<p><strong>Pensez-vous qu&rsquo;il faille développer ce genre de structures, éventuellement au détriment des structures associatives ?</strong></p>
<p>Difficile de combattre le capitalisme tout en l&rsquo;entretenant, même à petite échelle ! À nous aussi d&rsquo;avoir des structures efficaces, basées sur des modes d&rsquo;échanges différents et proposant réellement quelque chose d&rsquo;attrayant ! D&rsquo;un autre côté, j&rsquo;achète mes clopes, des disques et des bouquins dans des boutiques n&rsquo;ayant rien d&rsquo;associatif et je fais mes courses au supermarket du coin, donc j&rsquo;y participe aussi au grand cirque capitaliste !</p>
<p><strong>Tribune libre et mot de la fin&#8230;</strong></p>
<p>Merci pour vos questions et félicitations pour le retour de REFLEXes ! Et contactez-nous pour nous faire part de vos productions, tee-shirts, fanzines, caleçons&#8230; sur les thèmes qui nous tiennent à cœur !<br />
SKA, REGGAE, SOUL ET LUTTES SOCIALES!<br />
Interview réalisée en novembre 2001</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/crie-le-fort-org-le-site-qui-rend-sourd/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Antifascisme : 15 ans de faux-semblants ?</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/antifascisme-15-ans-de-faux-semblants/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/antifascisme-15-ans-de-faux-semblants/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 25 Feb 2003 18:49:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme radical]]></category>
		<category><![CDATA[Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF)]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Ras L'Front]]></category>
		<category><![CDATA[Réseau No Pasaran]]></category>
		<category><![CDATA[SCALP]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Depuis maintenant plus de dix ans, l&#8217;antifascisme est devenu une option obligatoire pour qui veut percer politiquement ou même médiatiquement. Même si cette situation a considérablement évolué, et sans doute parce que cette évolution n&#8217;est pas irréversible, il nous faut essayer de tirer un bilan politique et historique de ce phénomène. Ne pas le faire [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis maintenant plus de dix ans, l&rsquo;antifascisme est devenu une option obligatoire pour qui veut percer politiquement ou même médiatiquement. Même si cette situation a considérablement évolué, et sans doute parce que cette évolution n&rsquo;est pas irréversible, il nous faut essayer de tirer un bilan politique et historique de ce phénomène. Ne pas le faire serait s&rsquo;exposer peut-être à de désagréables surprises dans les mois ou années à venir, tant il est vrai qu&rsquo;il ne suffit pas d&rsquo;avoir décréter la mort du FN pour que celui-ci pousse le dernier râle. Pour autant, ce bilan n&rsquo;est ni exhaustif, ni impartial. Tout au plus prétend-il être honnête.</p>
<p><strong>À L&rsquo;OMBRE DE NOS GRANDS ANCIENS<br />
</strong></p>
<p>La décennie qui vient de s&rsquo;écouler aura vu le retour sur le devant de la scène d&rsquo;une certaine idée de l&rsquo;antifascisme largement héritée des années 1930, vécues de fait comme l&rsquo;Âge d&rsquo;Or de cette idée politique. Rien d&rsquo;étonnant à cela d&rsquo;un point de vue historique : si l&rsquo;on veut bien prendre le terme au pied de la lettre, toutes les organisations politiques françaises sont “ antifascistes ”, puisque l&rsquo;antifascisme est constitutif du régime politique issu de la dernière guerre mondiale et mis en place par le général de Gaulle. C&rsquo;est ainsi que communistes, sociaux-démocrates et gaullistes peuvent se réclamer de la Résistance à l&rsquo;occupation nazie, sans qu&rsquo;il y ait mensonge sur la réalité de cette filiation. La période de la décolonisation n&rsquo;a fait que renforcer cette situation puisque De Gaulle s&rsquo;est alors violemment opposé aux menées d&rsquo;extrême droite pour conserver l&rsquo;Algérie française (1960-1962) et a combattu la principale organisation terroriste issue de ce courant, l&rsquo;Organisation Armée Secrète, dont de nombreux anciens activistes sont à présent membres du FN. Or l&rsquo;antifascisme de ces années 1930 et des années de guerre présente quelques caractéristiques très particulières. A l&rsquo;origine la notion de fascisme n&rsquo;est finalement que le fruit du hasard de la vie politique italienne. L&rsquo;inflation de son utilisation vient essentiellement des milieux communistes qui à partir des années 1925 se mettent à dénommer ainsi tous leurs adversaires politiques, y compris les socialistes. Le point ultime de cette dérive sera le terme d&rsquo;“ hitlero-trotskiste ”, à la mode dans les années 1930. Les socialistes et les autres forces politiques révolutionnaires ou réformistes préféraient appeler le phénomène “ Réaction ”. Cette non-reconnaissance du phénomène est un bon révélateur de la situation du mouvement antifasciste avant-guerre. Pendant longtemps, il y a refus d&rsquo;accorder toute autonomie politique au phénomène fasciste. Il n&rsquo;est considéré que comme une création et un outil de la bourgeoisie. Il n&rsquo;est donc pas vu comme un mouvement politique à proprement parlé mais comme une bande de mercenaires a-politiques.</p>
<p>Cette situation a plusieurs conséquences sur la lutte antifasciste. D&rsquo;une part, le mouvement est étroitement national dans chaque pays européen et il n&rsquo;y a bien que Turatti, représentant en exil du courant socialiste réformiste italien, pour insister sur le fait que “ le fascisme n&rsquo;est pas purement italien ” et qu&rsquo;il y a donc nécessité d&rsquo;une mise en perspective dans une situation générale : la décomposition capitaliste. L&rsquo;Italie n&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un laboratoire et toute l&rsquo;Europe peut être touchée.</p>
<p>D&rsquo;autre part, le mouvement antifasciste a pris des formes politiques dont le moins que l&rsquo;on puisse faire est de souligner leur dépendance par rapport aux conditions de l&rsquo;époque. La première est l&rsquo;importance et la force de la soumission des mouvements communistes à l&rsquo;URSS. Les intérêts de celle-ci deviennent ceux de millions d&rsquo;ouvriers encadrés dans les partis staliniens. Or ces intérêts ne sont pas révolutionnaires mais nationalistes : la lutte contre le fascisme n&rsquo;est considérée comme prioritaire qu&rsquo;autant qu&rsquo;elle renforce l&rsquo;État soviétique. Le contraste est donc très net entre une analyse antifasciste radicale &#8211; le capitalisme comme origine du fascisme &#8211; et une pratique antifasciste libérale &#8211; la démocratie bourgeoise comme rempart contre le fascisme. Encore cette lecture du phénomène fasciste n&rsquo;est-elle une réalité qu&rsquo;à partir des années 1930 dans la mesure où auparavant, pour les communistes, le fascisme est le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise. Ainsi le fascisme est l&rsquo;arme que la bourgeoisie utilise pour se défendre et le rapport fascisme-capitalisme est donc plus qu&rsquo;étroit même s&rsquo;il est instrumental. La clé de voûte de ce type d&rsquo;explication est donc l&rsquo;économie. Le fascisme est ainsi le pendant politique de l&rsquo;impérialisme. Tout ceci est parfaitement résumé par la sentence de Dimitrov : “ <em>Le fascisme est la dictature du versant le plus réactionnaire de la bourgeoisie capitaliste </em>”. Pourquoi lutter contre une nécessité ?</p>
<p>La deuxième est l&rsquo;idée largement répandue par les sociaux-démocrates que le socialisme serait la démocratie totale, politique et économique, et que la classe ouvrière aurait donc tout à perdre en ne soutenant pas la démocratie politique en place dans les pays européens. Cet antifascisme républicain a pris une forme ultime en Autriche. Les sociaux-démocrates autrichiens, de par la situation de leur pays, y perçoivent très tôt la menace politique représentée par le fascisme italien. Ceci provoque la production d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses mais aussi et surtout dès 1924, la mise sur pied de la “ Ligue de défense républicaine ”, structurée de façon para-militaire. Après la prise du pouvoir en Allemagne par les Nationaux-socialistes, le parti social-démocrate comprend que l&rsquo;Autriche sera sans doute la prochaine cible des mouvements fascistes et tente alors un coup de force qui amène une courte période de guerre civile en 1934. Ce putsch de la structure militaire des sociaux-démocrates échoue et le parti entre alors en clandestinité. L&rsquo;optique choisie est donc que face au fascisme, il faut renforcer la démocratie et réformer le Capital.</p>
<p>Ces deux éléments donnent naissance et forme à l&rsquo;antifascisme libéral ou républicain : un antifascisme qui malgré d&rsquo;éventuelles analyses “ radicales ” fait du combat contre le fascisme une lutte pour la démocratie en escamotant la critique de l&rsquo;État. Un antifascisme qui voit dans la forme du front populaire une combinaison parfaite des revendications de démocratie politique et économique, apte à barrer la route au fascisme alors même qu&rsquo;elle ne touche pas au capitalisme et aggrave par sa politique économique les tensions entre classe ouvrière et classes moyennes, rejetant celles-ci vers le fascisme. Un antifascisme moral qui fait de la démocratie pluraliste et de la dictature fasciste respectivement un Bien et un Mal absolu. Il est indéniable que la décennie 1990 a vu se développer les mêmes bases. Alors que le FN perce électoralement en 1983-1984, les réactions des grandes (ou petites) forces politiques de gauche sont extrêmement faibles et se limitent à des déclarations de principe ou manifestations épisodiques. Le mouvement nationaliste est considéré comme un feu de paille qu&rsquo;une bonne utilisation politique suffira à conjurer. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à quoi s&rsquo;emploient le Parti socialiste et la Droite libérale durant tous les scrutins électoraux de la décennie 1980. Ce n&rsquo;est véritablement qu&rsquo;à partir du début des années 1990 que l&rsquo;antifascisme moral émerge comme force organisée, avec quelques années de retard sur l&rsquo;antifascisme radical. Ce n&rsquo;est guère surprenant !.</p>
<p><strong>CATALOGUE DES INITIATIVES<br />
</strong></p>
<p>Le FN commence sa percée électorale en 1983 à Dreux lors des élections municipales. Il faut attendre 1984 pour qu&rsquo;une véritable riposte ait lieu, lors de la venue de J.-M. Le Pen à Toulouse, avec un attentat contre la salle où il devait faire un discours. Cet attentat est revendiqué au nom du SCALP, Section Carrément Anti Le Pen, étiquette utilisée le 05 juin de la même année pour rassembler en marge d&rsquo;une manifestation unitaire toutes les personnes décidées à en découdre avec le FN. À partir de cette date se créent un peu partout en France des SCALP ou des groupes libertaires comme REFLEX qui rassemblent une fraction radicalisée de la jeunesse qui ne supporte plus la passivité générale face à la montée du FN. Ces groupes (Scalp Toulouse, REFLEX Paris, CRAFAR Lille, GAF Marseille, Collectif Urgence Lyon) se réunissent dans une Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF) en octobre 1987. Cette coordination correspondait au besoin d&rsquo;échanger et de coordonner l&rsquo;activité des groupes antifascistes, de dynamiser la lutte en sortant du matériel commun. Politiquement, elle n&rsquo;était pas unifiée et avait même largement tendance à fonctionner sur les mêmes bases que le mouvement démocrate, à savoir la peur : “ le FN est l&rsquo;incarnation du grand méchant loup, il faut lui barrer la route ”. L&rsquo;explication de ce qu&rsquo;est le fascisme à la sauce Le Pen se fait en comparant le FN aux nazis, en rappelant l&rsquo;horreur des camps de concentration, en soulignant que Le Pen est entouré de vieux nazis&#8230; Le principe est : <em>rappeler les mauvais souvenirs suffira à empêcher que cela ne recommence puisque la population comprendra où est son intérêt</em>. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1989 que la CNAF parvient à sortir de cet état de fait en publiant un appel qui tout en fixant les termes d&rsquo;une analyse sur la montée du FN et les responsabilités de la gauche ne parvient pas à constituer une démarche d&rsquo;ouverture. La CNAF apparaît alors pour ce qu&rsquo;elle : une réponse à la nécessité de groupes antifascistes autonomes, accomplissant un travail concret de lutte contre l&rsquo;extrême droite pour enrayer son développement mais sans tomber dans les travers habituels de ce type de lutte, à savoir le frontisme et la récupération politicienne démocrate. Le problème est qu&rsquo;elle n&rsquo;y parvient que très imparfaitement, la coordination entre des groupes aux aspirations politiques diverses s&rsquo;avérant très aléatoire. Ainsi la CNAF n&rsquo;est capable de publier que deux numéros de sa revue alors même que les collectifs locaux, Scalp ou autres, font preuve d&rsquo;un dynamisme particulièrement attractif mais local. De fait, alors même que son analyse anticapitaliste et son antériorité aurait pu lui permettre de constituer un pôle antifasciste radical dynamique, l&rsquo;incapacité organisationnelle de la CNAF permet dès 1990 à la LCR de monter une opération du type de celles dont elle a le secret : l&rsquo;Appel des 250 contre le fascisme.</p>
<p>L&rsquo;Appel est lancé en mai 1990. Si les deux principaux initiateurs publics sont Anne Tristan et Gilles Perrault, la liste des signataires comporte bien d&rsquo;autres personnalités tout à fait estimables. Mais son contenu annonce dès le début qu&rsquo;au delà de la sincérité de l&rsquo;engagement antifasciste, l&rsquo;Appel est une pierre lancée dans le jardin de la gauche. Appelant celle-ci à retrouver “ ses valeurs ”, il se place clairement dans la continuité de l&rsquo;antifascisme d&rsquo;avant-guerre, quand la gauche socialiste et communiste pouvait encore prétendre porter les aspirations du mouvement ouvrier. Mené en sous-main par la LCR et la gauche du PS, l&rsquo;Appel utilise le réseau mis en place au cours de la première campagne pour l&rsquo;annulation de la Dette du Tiers-Monde et caractérise assez bien l&rsquo;état de la gauche à cette époque, à savoir des militants pour l&rsquo;essentiel en dehors des sphères du pouvoir politique réel, polarisés par une LCR oecuménique, surdimensionnée et surreprésentée, se présentant comme le recours d&rsquo;une gauche “ propre ”, non-discréditée par le libéralisme ou le stalinisme. L&rsquo;Appel se place alors dans une stratégie fidèlement trotskyste de “ front unique ”. Sa “ chance ” va être d&rsquo;être quasiment concomittant avec la profanation de Carpentras qui provoque un électrochoc dans la gauche française. Les militants comme T. Jonquet, R. Barroux ou P. Silberstein tentent alors au cours de l&rsquo;été 1990 de structurer une initiative qui part dans toous les sens. Dans le courant du mois de juillet, des organisations de gauche (Verts, MRG, PS, PCF, SOS-Racisme, LCR, LDH, syndicats divers) tentent également de surfer sur la vague d&rsquo;indignation en lançant un front antiraciste appelant à une grande manifestation à l&rsquo;automne qui finalement n&rsquo;aura pas lieu. Ce front préfigure déjà largement ce que sera le Comité National de Vigilance quelques années plus tard. Mais l&rsquo;Appel poursuit son développement autonome et participe en tant que tel à la fête de l&rsquo;Humanité. Malgré l&rsquo;opposition manifeste de la plupart des organisations, des collectifs locaux se mettent en place. Les organisateurs de l&rsquo;Appel conçoivent alors la possibilité de faire émerger des responsables locaux et régionaux. Le climat de concurrence inter-organisations est alors assez exacerbé et l&rsquo;Appel se lance dans une chasse tout azimut aux appuis culturels et en particulier musicaux. La guerre du Golfe vient perturber ce cadre idéal. L&rsquo;Appel se trouve alors en effet traversé par les mêmes conflits et clivages que toute la gauche sur la légitimité ou non de l&rsquo;intervention occidentale au Moyen-Orient. Le principal souci d&rsquo;une partie des animateurs de l&rsquo;Appel des 250 est alors de ne pas se couper des militants PS déjà membres de collectifs locaux. Finalement, l&rsquo;Appel se tire d&rsquo;affaire de cette crise en évacuant le débat au profit d&rsquo;un antifascisme strict, ce qui sera toujours son attitude par la suite. Cette première année d&rsquo;existence met ainsi en place ce qui fera le quotidien politique de la structure Ras L&rsquo;Front dans les années à venir. L&rsquo;Appel ne compte alors que 25 collectifs mais comptabilise 5000 signatures. Du côté de la CNAF, après avoir hurlé à la manipulation politique, les militants se drapent dans une attitude extrêmement méfiante que les animateurs de l&rsquo;Appel lui rendent bien, ne ratant guère une occasion de traiter les Scalp d&rsquo;“ irresponsables ”. Le 1° mai 1991 voit l&rsquo;apparition publique de l&rsquo;Appel pour la première fois avec un rassemblement place de la Concorde et marque le début de la consolidation du mouvement. On ne peut s&rsquo;empêcher de faire le parallèle avec la CNAF dont la manifestation autonome le même jour est violemment réprimée à la fois par les forces de l&rsquo;ordre et la CGT, ce qui fait éclater au grand jour ses dissensions internes, en particulier entre REFLEX et le Scalp Paris.</p>
<p>Le relatif succès du Premier Mai (200 personnes) permet à l&rsquo;Appel de lancer le projet d&rsquo;une fête pour l&rsquo;automne 1991 intitulée Black-Blanc-Beur et qui se veut une réponse aux BBR du FN. Il se dote également d&rsquo;un petit journal appelé à se développer, <em>Ras L&rsquo;Front !</em>. Malgré tout, les doutes demeurent et la structure ne tiendra que grâce au volontarisme d&rsquo;un certain nombre de militants, palliant le décalage entre l&rsquo;impact de l&rsquo;Appel et la faiblesse de l&rsquo;implantation locale. Le PS va mettre à profit cette situation pour monter à son tour une OPA sur l&rsquo;antifascisme. Confiée à un ancien trotskiste de la pire espèce, J.-C. Cambadélis, cette opération va connaître un relatif succès. Revendiquant le fait que “ 90 % des militants associatifs mobilisés contre le FN seraient des socialistes ”, Cambadélis profite d&rsquo;une grande manifestation nationale antifasciste le 25 janvier 1992 pour lancer une Coordination contre le FN qui deviendra par la suite le Manifeste contre le Front National. Cet appel qui revendique 22000 signatures dont 8000 en provenance de comités départementaux reprend dans ses grandes lignes l&rsquo;Appel des 250. Il pousse simplement ce dernier dans sa logique ultime en faisant de l&rsquo;adhésion au PS la seule forme possible de riposte. L&rsquo;UNEF-ID se fera très largement le relais du Manifeste contre le Front National au sein des facultés. Le Manifeste aura les années suivantes une existence très ponctuelle, passant d&rsquo;une vraie léthargie à une fébrilité non moins réelle, au gré des échéances électorales. L&rsquo;association ne démentira en effet jamais son rôle de courroie de transmission au profit du PS et même d&rsquo;outil de promotion politique personnelle pour Cambadélis. Jusqu&rsquo;à ce que la réalité des magouilles crapuleuses du personnage le mette enfin hors-jeu.</p>
<p>Ces années 1990 verront d&rsquo;autres opérations de ce type : Socialisme International essaie de lancer une section française de la Ligue Anti-Nazie, tentative qui échoue, ce qui n&rsquo;empêche pas la Gauche Révolutionnaire (équivalent français du groupe britannique Militant) de créer Jeunes contre le Racisme en Europe, section française de Youth against Racism in Europ ; des militants isolés issus de Lutte Ouvrière lancent des comités contre Le Pen. Enfin, la droite libérale, inquiète des succès électoraux du FN s&rsquo;est décidée à réagir et a mis en place un Observatoire de l&rsquo;extrémisme dont il est certain qu&rsquo;une grande partie de la droite ne vit pas l&rsquo;initiative d&rsquo;un bon oeil&#8230; Le tableau ne serait pas complet si on n&rsquo;y ajoutait le Comité National de Vigilance. Lancé en 1996, il regroupera officiellement 45 organisations, partis ou syndicats. Le CNV a eu son heure de gloire avec la manifestation de Strasbourg de 1997. Mais, plus que sa portée antifasciste finalement fort limitée, le CNV a joué un rôle de laboratoire politique pour la gauche en définissant un cadre de recomposition et d&rsquo;action unitaire. Mais cette utilisation de l&rsquo;antifascisme comme prétexte politique n&rsquo;a rien pour nous surprendre.</p>
<p>Si l&rsquo;on ajoute à cela les associations antiracistes mais effectuant un certain travail antifasciste (MRAP, Ligue des Droits de l&rsquo;Homme, etc&#8230;), on a une petite idée de la division du milieu antifasciste régnant en France durant toute la décennie 1990. Il est à noter que nous n&rsquo;avons pas inscrit dans cette liste les associations communautaires, en particulier celles de la communauté juive, ni les nombreuses associations locales.</p>
<p>Toutes ces structures n&rsquo;ont bien évidemment pas développé les mêmes analyses et attitudes pour combattre le FN.<br />
- antifascisme radical (SCALP, REFLEX, FTP) : cet antifascisme analyse la montée de l&rsquo;extrême-droite comme une conséquence directe du système capitaliste et n&rsquo;envisage donc la lutte contre le FN que dans le cadre d&rsquo;une lutte globale contre le système et l&rsquo;État français qui reprend à son compte des propositions du FN. Il préconise l&rsquo;investissement du champ social (associations, quartiers, syndicats, etc&#8230;), le harcèlement de terrain contre le FN et le refus des élections comme unique solution pour combattre la montée de l&rsquo;extrême-doite.<br />
- antifascisme frontiste (RAS L&rsquo;FRONT) : tout en reprenant certaines analyses de l&rsquo;antifascisme radical sur la responsabilité du capitalisme dans la montée du FN, cet antifascisme propose un vaste front de lutte contre le FN, allant de l&rsquo;extrême-gauche jusqu&rsquo;aux sociaux-démocrates, en combinant travail de terrain dans le domaine social et soutien aux partis de gauche lors des élections.<br />
- antifascisme électoral (Manifeste contre le FN, SOS-Racisme) : cet antifascisme n&rsquo;aura proposé qu&rsquo;une lutte électorale contre le FN, par un vote systématique pour la gauche et le PS. Favorable au “front républicain”, c&rsquo;est-à-dire à l&rsquo;alliance gauche-droite contre le FN, posant ce dernier en mal absolu et refusant d&rsquo;analyser la pénétration des idées de ce parti dans les propositions des autres structures politiques, y compris le PS.</p>
<p><strong>AU MILIEU DES RUINES<br />
</strong><br />
Finalement, la lutte antifasciste n&rsquo;aura pas foncièrement innové dans ses méthodes d&rsquo;interventions. Est-il possible de jauger l&rsquo;impact de cette résistance à la montée du mouvement nationaliste ? Pour certains de ses aspects, la réponse est positive. Il nous semble ainsi clairement que les grandes messes antifascistes, en l&rsquo;occurence les manifestations nationales, n&rsquo;ont servi à rien. Basées sur le consensus et la bonne conscience, elles ne faisaient que permettre au plus grand nombre d&rsquo;exprimer une indignation morale éphémère. Il en va de même du combat culturel. Malgré quelques aspects positifs, l&rsquo;antifascisme dans ce domaine aura surtout permis à certains de s&rsquo;assurer un succès médiatique à peu de frais. Qui ne se souvient de l&rsquo;inflation éditoriale sur le thème de l&rsquo;extrême droite qui a caractérisé les années 1995-1999 et qui a permis à certains de s&rsquo;assurer une véritable rente de situation à la Pascal Perrineau&rsquo;s style ? Comment oublier l&rsquo;incroyable moment de “ culture ” que fut la chanson de Zazie contre J.-M. Le Pen ? Ou bien encore le succès de l&rsquo;ineffable Karl Zero, ex-nazi reconverti en Mr Propre de la Télévision ? Le tableau ne serait pas complet si nous n&rsquo;évoquions également la stupidité des recours judiciaires, de la loi Gayssot à la volonté d&rsquo;interdire le FN en passant par les recours contre les rues Alexis Carrel. Aveux d&rsquo;impuissance, mesures potentiellement liberticides, activismes vains, ces initiatives furent souvent le fait de ceux qui s&rsquo;autoproclamaient le plus bruyamment possible “ démocrates ” et “ citoyens ”.</p>
<p>Clairement, de cette décennie ne restera que le travail de terrain acharné mené par les collectifs locaux, Scalp ou Ras L&rsquo;Front et quelques opérations qui firent mal au FN pour des raisons diverses : banderole du 1° mai 1995 (Ras L&rsquo;Front), torpillage du voyage de Le Gallou au Québec aux frais du conseil régional Ile-de-France en 1994 (REFLEX), blocage du train FN pour Carpentras en 1995 (Ras L&rsquo;Front), murage de la librairie l&rsquo;Æncre en riposte à celui du Sous-marin de Vitrolles en 1997 (Scalp), attentats contre les locaux du FN (FTP), etc&#8230;. Ce fut ce travail de terrain, cette lutte continue et parfois violente sur les marchés et dans les quartiers qui firent sans doute le plus pour freiner l&rsquo;ascension du Front. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;occasion d&rsquo;un marché que le FN creusera sa tombe. Le 30 mai 1997, J.-M. Le Pen décide d&rsquo;aller soutenir sa fille en campagne à Mantes-la-Jolie. Las, grâce à l&rsquo;incapacité des militants FN de garder le silence, cela se sait et les militants du Scalp de Mantes attendent donc le chef du FN de pied ferme, d&rsquo;autant plus déterminés que la campagne a été très physique. Fin comme du gros lard, J.-M. Le Pen ne peut résister à l&rsquo;envie de “ casser du gauchiste ” et fonce tête baissée dans ce qui s&rsquo;avérera être une stupide erreur. Si la bagarre avec les militants du Scalp a bien lieu, elle implique également une pauvre candidate PS à qui l&rsquo;agression de J.-M. Le Pen va attribuer l&rsquo;auréole de martyr. À partir de là, la mèche est allumée, qui, de la condamnation à l&rsquo;inégibilité de J.-M. Le Pen jusqu&rsquo;à l&rsquo;affrontement avec B. Mégret, conduit à la scission de novembre 1998. Le harcèlement systématique du FN aura permis que ses lignes de faiblesse lui soient fatales. Le Scalp de Mantes-la-Jolie en aura été le plus bel acteur.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, où en est-on ? L&rsquo;implosion du FN a largement contribué à assécher le marais. Ont disparu en particulier tous ceux qui vivaient du Front : organisations (CNV, Manifeste contre le FN), journalistes, écrivains. Cela se traduit par un silence médiatique assourdissant sur le mouvement nationaliste et ses activités. Mais toute personne un peu au fait du fonctionnement médiatique sait que ce n&rsquo;est pas parce que les journalistes ont décrété la mort médiatique de l&rsquo;extrême droite que celle-ci n&rsquo;est plus de ce monde. Ont disparu aussi les grandes mobilisations anti-FN susceptibles d&rsquo;occuper l&rsquo;espace politique.</p>
<p>Restent les collectifs Ras L&rsquo;Front et ceux du réseau No Pasaran, ainsi que quelques collectifs locaux autonomes. Les deux réseaux ne sont pas tout à fait dans la même situation. Accroché à un antifascisme strict, Ras L&rsquo;Front connait depuis la scission du FN une phase de régression somme toute peu étonnante. L&rsquo;urgence du combat semble moins évidente et une partie de ceux qui avaient amené le réseau au nombre de 150 collectifs sont partis. D&rsquo;autre part, il est clair que la crise suscitée par ce pauvre D. Daeninckx en 1996 a laissé des traces au sein d&rsquo;un réseau mal préparé à ce type de manipulation politique.</p>
<p>Pour ce qui est des Scalp, leur coordination sur des bases anticapitalistes depuis 1992-1993 leur a permis “ d&rsquo;absorber ” l&rsquo;apparente disparition du FN. De fait, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;être antifasciste radical aujourd&rsquo;hui ? Lutter contre le “ fascisme ”, tel qu&rsquo;il est encore défini par son rapport au fascisme historique ? Certes non, car cela reviendrait à endosser le costume de l&rsquo;antifascisme républicain dont Ras L&rsquo;Front est le meilleur représentant : il en revendique l&rsquo;héritage et en reprend les formes, en particulier celle de front des forces de gauche pour la défense de la démocratie et des acquis sociaux. De fait les initiateurs de cette structure ont trouvé tout naturellement la forme de lutte la plus adaptée à leur analyse du fascisme en cette fin de vingtième siècle, analyse qui escamote totalement la critique de l&rsquo;État au profit de l&rsquo;une de ses formes possibles.</p>
<p>Mais il est évident que nous ne sommes pas sur ces bases. Nous sommes antifascistes radicaux parce que nous souhaitons tous une transformation radicale de cette société qui abolisse les rapports politiques et économiques de domination institués par la bourgoisie. Cette transformation passera par la reconstitution d&rsquo;une nouvelle conscience de classe, un nouvel internationalisme et de nouvelles formes d&rsquo;organisation. Un collectif comme REFLEX propose une réponse à ces dernières car il essaie de conjuguer l&rsquo;auto-organisation des luttes (comités de base, comités de quartier, etc&#8230;) et la nécessité d&rsquo;être structuré par ailleurs pour rendre ces regroupements efficaces. Pour ce qui est des autres aspects radicaux, être antifasciste aujourd&rsquo;hui de façon conséquente dans les métropoles capitalistes, c&rsquo;est placer la critique de l&rsquo;État et du capitalisme au coeur de l&rsquo;analyse du processus de fascisation. Celui-ci étant multiforme comme nous l&rsquo;avons vu dans un autre article de ce numéro, notre lutte antifasciste ne le sera pas moins. À la question de savoir si nos interventions dans le domaine de l&rsquo;immigration et des luttes sociales sont des luttes antifascistes, nous pouvons répondre affirmativement car elles résistent au processus d&rsquo;intégration capitaliste à l&rsquo;oeuvre en Europe, contre le Sud et sous forme d&rsquo;une fortification économico-juridique. De la même façon, à la question de savoir si notre lutte contre l&rsquo;extrême droite en France se fait dans un cadre réformiste, nous répondons négativement car elle s&rsquo;inscrit dans la volonté d&rsquo;éliminer tout ce qui empêche l&rsquo;unité des classes ouvrières, donc à terme cette transformation radicale de la société. Comme le FN et le MNR sont en plus des pôles de diffusion de valeurs liberticides, toutes les conditions sont réunies pour que nous nous déclarions antifascistes, sans nous sentir associés à tous les démocrates et moralistes philocapitalistes qui nous répugnent. De la même façon, toutes les conditions sont réunies pour lutter contre l&rsquo;État et ses outils de répression. L&rsquo;antifascisme est donc le pire produit du fascisme s&rsquo;il ne vise que l&rsquo;ennemi désigné par l&rsquo;État libéral. Pour mener un antifascisme digne de ce nom, il faut donc que sa fin et ses moyens soient clairement replacés dans un projet global de changement social.<br />
À nous de trouver, à partir de là, les formes de lutte les plus susceptibles de leur infliger un maximum de dégâts.</p>
<p>Paru dans REFLEXes n°2, automne 2000</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/antifascisme-15-ans-de-faux-semblants/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
