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	<title>REFLEXes &#187; Vladimir Poutine</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Russie : les meurtres continuent</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2007 10:22:05 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>En août dernier, une vidéo nazie particulièrement sanglante a provoqué un scandale national en Russie. Deux hommes masqués et camouflés, membres d&rsquo;une organisation jusqu&rsquo;ici inconnue se faisant appeler Parti National Socialiste de Russie (PNSR), ont ligoté et bâillonné deux hommes (originaires du Daghestan et du Tadjikistan) dans une forêt et les ont contraint à s&rsquo;agenouiller devant un gigantesque drapeau Nazi. Ils ont ensuite décapité le premier et tué le second d&rsquo;une balle dans la tête.Les tueurs ont envoyé le film sur internet par l&rsquo;intermédiaire de sites de fascistes russes. Les images, accompagnées par du heavy metal, était tellement brutales, que certains ont cru à un faux, ce qui s’est effectivement avéré quelques semaines plus tard. Mais nul ne sait aujourd&rsquo;hui qui sont les personnages filmés dans le rôle des victimes, s’ils ont été ou non assassinés plus tard, et si oui, quand le crime a été commis, et enfin quand le film lui même a été tourné&#8230;</p>
<p>Le 16 août, le ministre de l&rsquo;Intérieur russe a annoncé l&rsquo;arrestation du responsable de la diffusion du clip vidéo et a affirmé qu&rsquo;il serait jugé pour incitation à la haine raciale. Viktor Milkov, un étudiant de 23 ans qui diffusait du matériel nazi sur internet depuis 2 ans, serait membre du PNSR.</p>
<p>On ne sait si le PNSR a été inventé pour l&rsquo;occasion, mais la capacité de cette avant-garde militaire auto-proclamée à transmettre son film à une multitude de groupes fascistes indiquent une prise de contact préalable. Une note accompagnant le film appelait à la démission du président Vladimir Poutine et à la mise en place d&rsquo;un gouvernement dirigé par Dmitri Rumyantsev, leader de la Société National-Socialiste. Etait également demandée la libération de Maxim Martsinkevich, chef d&rsquo;un autre groupe nazi (Format 18), qui est détenu pour incitation à la haine ethnique et violence.</p>
<p>L&rsquo;apparition de la vidéo coincide avec l&rsquo;attentat contre l&rsquo;Express Moscou-Saint Peterbourg qui a déraillé le 14 août faisant 27 blessés. Les extrémistes nationalistes font parties des principaux suspects et la police a interrogé les membres de la branche de Novgorod du Mouvement contre l&rsquo;Immigration Illégale.</p>
<p>S&rsquo;il est impossible d&rsquo;affirmer qu&rsquo;il existe un lien direct entre l&rsquo;exécution filmée et l&rsquo;attaque contre le train, il est clair, par contre, que le meurtre de sang froid est le dernier d&rsquo;une série d&rsquo;attaques meurtrières orchestrées par les nazis contre les russes et les immigrés. Les principales cibles sont les populations des Républiques de l&rsquo;ex-URSS (sud et Asie centrale), les Roms, les Juifs, les gays et lesbiennes, les étudiants venant d&rsquo;Asie, d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Amérique Latine, mais aussi de plus en plus des militants des droits de l&rsquo;homme et des antifascistes. Les coupables ont, par ailleurs, de plus en plus tendance à se glorifier de leur crime par le biais de vidéos sur téléphone portable et sur internet.</p>
<p>Maureen Byrnes, dirigeante de Human Rights First, explique ainsi : « <em>La violence raciste est déjà depuis longtemps un sérieux problème dans la Fédération Russe, mais si les actes horribles de ces vidéos sont authentiques, ils marquent le début d&rsquo;une inquiétante escalade.</em> »<br />
L&rsquo;accélération de la violence raciste et fasciste en Russie inquiète au niveau international. Alors que les autorités russes ne recensent pas les « crimes de haine », seul, le centre SOVA basé à Moscou, principal organe de contrôle russe, suit et analyse les tendances. Le centre recense au minimum 31 meurtres racistes en 2005 et 415 attaques contre des individus motivées par la haine raciale. En 2006, 541 cas de violences racistes sont comptabilisés, dont 54 meurtres.</p>
<p>L&rsquo;augmentation se poursuit depuis. Pendant les 7 premiers mois de cette année, la SOVA a enregistré 310 attaques racistes, qui ont fait 37 morts. A Moscou, 24 personnes ont été assassiné et 93 blessées; à Saint Petersbourg, 5 tués et 63 blessés.</p>
<p>Les autres villes n&rsquo;ont pas échappé à la violence. A Nizhny Novgorod, au moins 34 personnes ont été blessé dans les derniers mois par des gangs de skinheads qui se sont renforcés. En outre, des étudiants étrangers ont été assassinés à Voronezh, un des plus gros bastion de skinheads estimés à 70 000.</p>
<p>Malgré les difficultés pour accéder au niveau exact de violence raciste et fasciste car la plupart des attaques ne sont pas reportés, le Centre SOVA a également pointé un autre phénomène inquiétant. La violence envers les jeunes antifascistes, les sous-cultures alternatives et les campagnes progressistes ont tellement augmenté au printemps et à l&rsquo;été que cela ne peut être que le résultat d&rsquo;une décision des fascistes russes de déclarer la guerre à ceux qui sont le plus aptes à résister.<br />
Ainsi, au petit matin du 21 juillet, une bande de skinheads nazi a lancé une attaque vicieuse contre un camp de protestation contre le nucléaire à Angarsk en Sibérie. Les nazis ont violemment attaqué les activistes dans leur tente et duvet avec barres de fer, couteaux et pistolet à air comprimé. L&rsquo;un des campeurs, Ilya Borodaenko, 21 ans, qui souffrait d&rsquo;une blessure à la tête est mort à l&rsquo;hôpital. Au moins neuf autres, dont un avec les deux jambes cassés, souffre de blessures sevères. Cette attaque en suivait une autre, perpetrée quelques jours plus tôt par une bande de 20 nazis contre des jeunes qui distribuaient de la nourriture aux sans-abris à Novosibirsk et qui s&rsquo;est soldée par les graves blessures d&rsquo;un jeune de 13 ans qui passait par là. Les activités de « Food no bombs » organisées par des antifascistes et des anarchistes sont souvent la cible des violences nazies.</p>
<p>A Moscou et à Saint Petersbourg, il est de plus en plus dangereux pour les jeunes de porter des insignes antifascistes, car ils les rendent visibles à l&rsquo;ennemi.</p>
<p>La plupart des actes de violences fascistes reste sans opposition et sans enregistrement. La réponse des autorités russes a été faible et sans efficacité car la justice criminelle ne s&rsquo;occupe que de peu de cas. Même quand ils agissent, ils se contentent de poursuivre pour hooliganisme au lieu d&rsquo;avoir recours à l&rsquo;Article 282 du code pénal qui couvrent les crimes raciaux. Le mouvement antifasciste est, lui, courageux mais trop peu nombreux.</p>
<p>Rachel Denber, directrice adjointe de la section Europe et Asie Centrale de Human Right Watch, explique que qualifier les crimes fascistes d&rsquo; « hooliganisme » cache leur existence et les rend difficile à combattre. Cela conduit également à réduire les peines lors des jugements.</p>
<p>Au début du mois d&rsquo;août, Alexander Barkashov, fondateur de l&rsquo;organisation nazi illégale Unité National Russe, a été condamné à deux ans de sursis pour avoir mené une attaque féroce contre un officier de police en 2005. Barkashov et trois de ses nervis nazis ont battu leur victime avec des pelles, après l&rsquo;avoir surpris entrain de filmer la maison de Barkashov. Bien qu&rsquo;un procureur de la région de Moscou ait demandé une peine de 4 ans ferme, Barkashov est sorti libre du tribunal. Barkashov, qui n&rsquo;a fait aucun effort pour cacher son flagrant nazisme et qui était clairement motivé par une haine bien ancrée, a été poursuivi principalement pour hooliganisme, chef d&rsquo;accusation pour lequel il a été acquitté.</p>
<p>La faiblesse du système judiciaire s&rsquo;est confirmé en août, quand une cour de Saint Petersbourg condamna Andrei Shabalin à 12 ans de prison pour avoir battu à mort un militant antifasciste et pour tentative de meurtre sur Maxim Zgibai en 2005, lors d&rsquo;une attaque en bande. Shabalin et six autres personnes ont été reconnu coupable de « hooliganisme » et d&rsquo;incitation à la haine raciale. Trois ont été condamné à deux ans de prison ferme et les autres ont eu du sursis. La clémence de peines données aux complices de l&rsquo;homicide de Shabalin laisse la mère et les amis de Kacharava perplexe et démuni.</p>
<p>Poutine et son gouvernement sont parfaitement conscients de la propagation des crimes fascistes en Russie. Poutine en a parlé publiquement à de multiples occasions et à appeler à la « destruction de l&rsquo;extrémisme ».</p>
<p>Il y a encore peu de preuves d&rsquo;une répression de l&rsquo;Etat contre la violence d&rsquo;extrême droite, hormis quelques refus ponctuels d&rsquo;une reconnaissance officielle des organisations fascistes et quelques menues actions contre la publication et la distribution de propagande haineuse. Le problème sous-jacent du profond racisme, de l&rsquo;antisémitisme et autres préjugés haineux n&rsquo;est jamais évoqué. C&rsquo;est cet échec qui nourrit la violence effrénée des fascistes.</p>
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		<title>Raus Poutine !</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2005 11:00:17 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La Russie n&#8217;a jamais vraiment eu le temps de connaître d&#8217;expérience démocratique, à part entre février et octobre 1917, ou après le putsch manqué de 19911. Aujourd&#8217;hui, de surcroît, le mot de démocrate est souvent confondu avec celui d&#8217;ultra-libéral, ce qui n&#8217;est pas forcément faux, et vu le chaos économique et social en cours depuis [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La Russie n&rsquo;a jamais vraiment eu le temps de connaître d&rsquo;expérience démocratique, à part entre février et octobre 1917, ou après le putsch manqué de 1991<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_0_239" id="identifier_0_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Je rappelle que la Makhnovshchina, c&rsquo;&eacute;tait en Ukraine !">1</a></sup>. Aujourd&rsquo;hui, de surcroît, le mot de démocrate est souvent confondu avec celui d&rsquo;ultra-libéral, ce qui n&rsquo;est pas forcément faux, et vu le chaos économique et social en cours depuis plus d&rsquo;une décennie, aggravé par le choc monétaire de 1998, la « démocratie »n&rsquo;est pas une valeur en vogue. On tend aujourd&rsquo;hui à lui préférer « l&rsquo;ordre » et tant pis pour le prix à payer au niveau des libertés&#8230; À la tête du Kremlin règne une idéologie nationaliste dite de « sécurité nationale », comme aux plus belles heures des dictatures sud-américaines ; les élections, ou leur apparence, en plus&#8230;</strong></p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, la Russie est entre les mains d&rsquo;un flic, et pas des moindres : l&rsquo;ancien chef du Federalnaya Sloushba Bezopasnosti (FSB), nouveau nom du KGB, trône au Kremlin, régulièrement élu par la majorité de ses concitoyens. L&rsquo;apparition de Vladimir Vladimirovitch Poutine dans la vie politique russe est pourtant marquée par de larges zones d&rsquo;ombres. Parfait inconnu pour le grand public, le chef « guébiste »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_1_239" id="identifier_1_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo;&nbsp;Gu&eacute;biste&nbsp;&raquo;, en r&eacute;f&eacute;rence au KGB, ou &laquo;&nbsp;tch&eacute;kiste&nbsp;&raquo; en r&eacute;f&eacute;rence &agrave; la Tcheka, anc&ecirc;tre du KGB.">2</a></sup> est propulsé premier ministre par Boris Eltsine en août 1999, avec la bénédiction du très influent oligarque multimilliardaire Boris Bérézovski, protecteur de la « famille » du président. Un mois plus tard, des bombes non revendiquées provoquent plusieurs centaines de morts à Moscou et Volgodonsk. Les « terroristes tchétchènes » sont immédiatement montrés du doigt, sans la moindre preuve. À la même époque, une incursion de petites bandes islamistes au Daghestan provoque une riposte démesurée de l&rsquo;armée russe, qui en profite pour entrer massivement dans la Tchétchénie voisine, entamant un massacre massif de la population, pour la deuxième fois en cinq ans<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_2_239" id="identifier_2_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La premi&egrave;re guerre, d&eacute;clench&eacute;e en 1994, avait pour but officiel de r&eacute;pondre aux vell&eacute;it&eacute;s ind&eacute;pendantistes de la r&eacute;publique autonome. Le conflit s&rsquo;ach&egrave;ve en 1996 avec la victoire des Bo&iuml;eviki, les partisans tch&eacute;tch&egrave;nes, qui reprennent leur capitale, Grozny, &agrave; l&rsquo;arm&eacute;e russe.">3</a></sup>. À cette époque, la popularité de Poutine est au plus haut. Son langage dur et sans concession plaît à une population déboussolée par les ravages économiques et sociaux, la criminalité omniprésente, mais aussi par la perte de l&rsquo;empire et la chute de l&rsquo;influence russe au niveau international ; des ingrédients classiques pour accepter ou faire accepter la venue d&rsquo;un « sauveur de la patrie », d&rsquo;un nouveau César. À la surprise générale, Eltsine démissionne de la présidence le 1er janvier 2000, laissant la transition à Poutine en attendant les élections de mars que ce dernier emporte haut la main dès le premier tour. Seuls quelques esprits chagrins ont fait remarquer qu&rsquo;il était étrange que la République autonome de Tchétchénie en flammes, où se multiplient les crimes contre l&rsquo;humanité, ait massivement voté pour son principal bourreau.</p>
<h3>L&rsquo;union sacrée</h3>
<p>Il est clair qu&rsquo;une des raisons les plus importantes, sinon la principale, de la guerre en Tchétchénie est d&rsquo;abord d&rsquo;ordre intérieur : créer l&rsquo;union sacrée autour du chef. Puis par la guerre, mater les oppositions internes (refrain connu quel que soit le régime) et petit à petit, rétablir l&rsquo;ordre et la sécurité dans un pays livré au chaos ; ou du moins, donner cette impression. Mais quel ordre ? Et quelle sécurité ?<br />
La manière dont la guerre a été lancée, et les dessous qu&rsquo;on découvre petit à petit, laissent rêveurs. Certains enquêteurs indépendants ont cru déceler une véritable « stratégie de la tension » à l&rsquo;italienne : divers indices tendent à faire penser que les attentats de Moscou et de Volgodonsk seraient l&rsquo;œuvre d&rsquo;unités du FSB pour faire accepter dans l&rsquo;opinion une nouvelle guerre en Tchétchénie. L&rsquo;incident de Riazan confirmerait cette supposition : une charge d&rsquo;explosif est découverte dans un immeuble d&rsquo;habitation après le passage d&rsquo;une voiture que l&rsquo;on découvre appartenir au FSB. Cette dernière annoncera précipitamment qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait que d&rsquo;un exercice d&rsquo;alerte pour « tester les réactions de la population ». Mais le FSB local n&rsquo;était pas au courant&#8230; Sur un tout autre plan, la très antimilitariste association des mères de soldats de Saint-Pétersbourg a reçu, dès avant la guerre, de nombreuses informations témoignant d&rsquo;une intense préparation psychologique et matérielle des troupes russes à une intervention dans la région.<br />
On trouvera tout aussi étrange que l&rsquo;un des chefs des bandes islamistes tchétchènes ayant agi au Daghestan, Shamil Bassaïev, soit par ailleurs une très proche relation d&rsquo;affaire de l&rsquo;oligarque Boris Bérézovski, déjà cité&#8230; Celui-ci est d&rsquo;ailleurs fortement soupçonné d&rsquo;avoir financé à l&rsquo;époque divers groupes d&rsquo;extrémistes « wahabites » en Tchétchénie, entretenant le chaos propice aux bonnes affaires bien troubles dans une région déjà dévastée par deux ans de guerre. Ces mêmes islamistes radicaux, par ailleurs très minoritaires dans la région au début de la guerre, n&rsquo;ont jamais été menacés d&rsquo;interdiction à Moscou, malgré diverses lois contre « l&rsquo;extrémisme », sans précision aucune, et dont sont déjà victimes un certain nombre d&rsquo;associations&#8230; écologistes&#8230; De fait, tout mouvement considéré comme « antipatriotique » pourrait tomber dans ce registre.</p>
<h3>La mise au pas de la société russe : médias, marchés et politique néo-libérale</h3>
<p>Tous ces indices ne suffisent pas à rompre le phénomène d&rsquo;union sacrée de la majorité de la population autour de Poutine. Il faut dire que la propagande fut menée, contrairement à la première guerre, de main de maître, et permit au passage le verrouillage de médias considérés comme trop indépendants. La guerre est au cœur même du système Poutine.<br />
Dès l&rsquo;an 2000, les journalistes trop critiques sur la tenue du conflit sont menacés. Andreï Babitski, journaliste pour Radio Free Europe, fut même enlevé pendant plusieurs mois en l&rsquo;an 2000 et ne fut relâché que sous pression internationale. Radio Free Europe, l&rsquo;ancienne radio occidentale du temps de la guerre froide, vit son statut spécial supprimé. Anna Politkovskaïa, seule journaliste russe à travailler depuis en Tchétchénie, a été arrêtée et mise au secret quelques temps en 2001 à cause de ses reportages qui apportaient un démenti constant à la propagande officielle. Quelques mois auparavant, en septembre 2000, la « doctrine sur la sécurité de l&rsquo;information » est devenu un instrument de choix du pouvoir. L&rsquo;interdiction de la censure est censée être garantie, mais les textes insistent aussi sur le nécessaire contrôle de l&rsquo;État sur l&rsquo;information, sous le prétexte inusable de la « lutte antiterroriste ». Aussi, dès 2001, le fer de lance de la télé non officielle, NTV, passe aux mains de GAZPROM, le consortium gazier dont l&rsquo;État est le principal actionnaire. Six mois plus tard, TV-6, la dernière chaîne indépendante, ferme ses portes. En juin 2002, c&rsquo;est un général du FSB qui est mis à la tête de la RTR, une des principales chaînes publiques. Terrible symbole. Les journaux indépendants se retrouvent, quant à eux, étranglés par des procès à répétition sous n&rsquo;importe quel prétexte. Et gare aux journalistes qui persistent : les décès subits ne sont pas rares dans la profession, surtout dans la presse régionale. Aussi, la plupart des médias a décidé de redécouvrir les charmes discrets de l&rsquo;autocensure.<br />
La mise au pas des médias s&rsquo;accompagne aussi de celle des milieux d&rsquo;affaire, les derniers étant souvent propriétaires des premiers. L&rsquo;oligarque Goussinski est en fuite, l&rsquo;ancien mentor Bérézovski, passé dans l&rsquo;opposition, s&rsquo;est exilé. Comme par hasard, tous les deux, pourchassés pour diverses malversations, soutenaient aussi l&rsquo;opposition démocratique. La coalition des sept banquiers de 1996 qui se plaçaient ouvertement au-dessus des lois n&rsquo;existe plus. A sa place, l&rsquo;URIE, équivalent russe du MEDEF, et dont la fortune des membres représente 80% du PIB, entame avec le pouvoir un partage des tâches où leur revient une part strictement économique : chacun chez soi. Poutine est-il leur pion dans le cadre de l&rsquo;adaptation du pays à la globalisation néo-libérale ? La coûteuse guerre en Tchétchénie, pour un pays en mal d&rsquo;investissements extérieurs, tendrait à prouver le contraire. Mais la politique économique choisie est bien celle du néo-libéralisme, inspirées par le FMI : le code du travail a été récemment réformé pour rendre licenciements et heures supplémentaires plus faciles, et financièrement comme juridiquement moins coûteux ; la loi sur la privatisation des terres agricoles profitera plus aux très gros qu&rsquo;aux petits, comme il est d&rsquo;usage ; la privatisation a bien entendu commencé à empiéter sur le secteur public (électricité, où les coupures des mauvais payeurs et des pauvres vont bon train, même en hiver, chemins de fer, etc.) ; le système de protection sociale va à vau-l&rsquo;eau, avec l&rsquo;introduction des fonds de pension, des allocations sociales ciblées pour 8% d&rsquo;une population dont plus d&rsquo;un tiers vit en dessous du seuil de pauvreté, etc.<br />
Dans le même temps, les salaires sont payés avec plusieurs mois de retard, et si les retraites ont été augmentées, c&rsquo;est pour voir dans le même temps le budget des ménages grévé par la hausse des prix du téléphone, de l&rsquo;électricité, du gaz, de l&rsquo;eau, des loyers et des transports, où les privilèges concédés aux invalides ou aux anciens combattants ont été supprimés. Nombre de ménages ont leur compte vidé dès le début du mois.<br />
Les justifications données par le pouvoir sur la nécessaire rénovation du service public se heurtent à la réalité : la rénovation n&rsquo;existe que dans le remplacement de certaines têtes au sommet des entreprises, par l&rsquo;équipe des « Pétersbourgeois », les fidèles de Poutine, aux postes de commandes des secteurs clés, à moins que ce ne soit par ses collègues « tchékistes », plus présents dans les diverses administrations.</p>
<h3>La politique à la Poutine : du décret à l&rsquo;assassinat</h3>
<p>Au niveau politique, Poutine a tenté par une réforme votée à la Douma, de faire révoquer les gouverneurs de province enfreignant les lois fédérales. Pour ce faire, il a dissous le Conseil de la Fédération. Mais le poisson était trop gros. Des concessions aux gouverneurs, véritables potentats féodaux, ont du être faites, moyennant une loyauté personnelle comme postulat. Mais quelques mois après, il les a coiffés par sept supergouverneurs, équivalents de préfets et choisis par décret, qui règnent sur les 89 sujets de la fédération. Sur ces sept préfets, cinq sont des militaires ou des hauts gradés du FSB. La « verticale du pouvoir » est en marche.<br />
À la Douma, l&rsquo;opposition parlementaire a du mal à se faire entendre, et pour cause : à quelques rares exceptions individuelles près, l&rsquo;ensemble des partis, des communistes (bruns-rouges) aux libéraux (tant sur le plan politique qu&rsquo;économique), a rejoint l&rsquo;union sacrée, au nom de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;unité antiterroriste. Les communistes haussent vaguement la voix sur la question sociale, mais de manière générale et abstraite. En février 2001, une loi sur l&rsquo;organisation des partis politiques a permis l&rsquo;élimination de toutes les petites formations politiques électorales ou leur regroupement au sein de quelques grands partis. Les rares voix discordantes n&rsquo;en sont que plus isolées : l&rsquo;ancien dissident Sergeï Kovalev, combattant des Droits humains est à la marge dans son propre parti, et Sergeï Youshenkov, qui a tenté de monter une commission d&rsquo;enquête parlementaire sur les attentats de Moscou et Volgodonsk, a été récemment abattu devant chez lui. La manière dont la presse aux ordres a relayé l&rsquo;événement, salissant la mémoire de la victime, ne laisse guère de doute sur les commanditaires. Ce n&rsquo;est pas la première fois : l&rsquo;assassinat du député Sergeï Golovlev, quelques mois plus tôt, et de sa collègue Galina Starovoïtova en 1998, alors qu&rsquo;elle enquêtait sur les connexions politico-mafieuses, ont entrainé les mêmes diffamations, et par les mêmes sources : le FSB.<br />
Mais c&rsquo;est en Tchétchénie que l&rsquo;assassinat politique atteint son apogée, par l&rsquo;intervention de véritables escadrons de la mort, choisissant leurs proies : il y a quelques mois, une pacifiste membre de la société russo-tchétchène, à laquelle appartient aussi Sergeï Kovalev, en a été la victime. Ces escadrons, agissant masqués, ne dépendent pas d&rsquo;une autorité militaire locale et reçoivent manifestement leurs ordres directement de Moscou. Dans la Tchétchénie dévastée<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_3_239" id="identifier_3_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La deuxi&egrave;me guerre en Tch&eacute;tch&egrave;nie aurait d&eacute;j&agrave; fait entre 50 000 et 100 000 victimes. Rapport&eacute; &agrave; la population fran&ccedil;aise, cela ferait entre 7 et 20 millions de morts&hellip;">4</a></sup>, interdite aux journalistes et aux ONG, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une goutte d&rsquo;horreur supplémentaire. Mais elle est révélatrice.</p>
<h3>Le rôle difficile de la société civile russe</h3>
<p>La société civile en Russie est elle aussi mise au pas. Il est vrai qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas très développée, comme dans la plupart des sociétés post-totalitaires. D&rsquo;autre part, l&rsquo;activité de la plupart des associations, travaillant sur les Droits humains et parfois campées sur des positions libérales qui les déconsidèrent, est coupée de la société plus concernée par ses problèmes immédiats. Il est facile alors pour Poutine lui-même, lors d&rsquo;une interview, de soutenir que la plus grosse association russe, Mémorial, est peu crédible sur la Tchétchénie puisqu&rsquo;elle est « sponsorisée par l&rsquo;ouest », ou tel grand quotidien poutiniste d&rsquo;accuser « les mères de soldats de Saint-Petersbourg « de « propagande anti-patriotique et nazie »&#8230; Dans le même temps, diverses lois ont été votées, rendant le situation financière des associations beaucoup plus difficile. Enfin, il n&rsquo;est pas rare d&rsquo;assister à quelques tentatives d&rsquo;intimidation, avec descente surprise et « amicale » du FSB à la porte des locaux. Pour des citoyens comme Pasko et Nikitine, qui, déjà du temps de Eltsine, avaient transmis à l&rsquo;étranger des informations pourtant connues sur les désastres écologiques commis par l&rsquo;armée, c&rsquo;est toujours la prison pour « espionnage ».<br />
Maniant la carotte avec la même dextérité que le bâton, le Kremlin a lancé à grands frais à l&rsquo;automne 2001 l&rsquo;idée d&rsquo;un « Forum civique » pour « établir un dialogue avec la société civile ». Les associations se sont déchirées, entre celles qui y voyaient une chance d&rsquo;avoir le pouvoir comme interlocuteur et celles qui comprenaient le piège tendu. Le Forum s&rsquo;est tenu malgré tout en novembre, et ce n&rsquo;est qu&rsquo;en juillet 2002 que les associations participantes ont compris que l&rsquo;État s&rsquo;était servi d&rsquo;elles et qu&rsquo;elles ont rompu pour la plupart les relations suivies qui s&rsquo;étaient instaurées. Mais le vieux système « diviser pour mieux régner » a parfaitement fonctionné.</p>
<h3>Le racisme au quotidien</h3>
<p>Cette stratégie s&rsquo;applique aussi dans la rue : au nom de l&rsquo;unité, la Russie multiethnique a du plomb dans l&rsquo;aile. La guerre et la propagande gouvernementale de désignation de l&rsquo;ennemi a rendu suspect aux yeux de la population slave toute personne au profil caucasien ; cette population est donc régulièrement dénoncée, contrôlée, arrêtée, rackettée par une police fondamentalement raciste, ou victime de violences parfois ultimes par une des nombreuses bandes de naziskins qui hantent les métropoles, et dont l&rsquo;impunité est quasi-totale. Les ambassades de pays africains, mais aussi celle des Etats-Unis, ont lancé des plaintes officielles pour protester contre les attaques répétées dont sont victimes leurs ressortissants de couleur. Sans grands résultats. En règle générale, mais surtout le 20 avril, jour anniversaire de la naissance d&rsquo;Hitler, il ne fait pas bon se promener dans les rues si l&rsquo;on n&rsquo;est pas blanc et slave. Ce n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas le moindre des paradoxes que de voir le régime Poutine légiférer tant et plus contre « l&rsquo;extrémisme » et laisser circuler et agir un nombre considérable de partis ou de groupes nationalistes qui ne cachent pas leurs idées fascisantes et parfois leurs uniformes. Certains d&rsquo;entre eux ont ou ont eu une certaine influence et un nombre d&rsquo;adhérents conséquent. Il est vrai que le nationalisme brut du régime désarme politiquement la plupart des groupes, qui se voient enlever une partie de leur programme. De toute manière, une bonne partie d&rsquo;entre eux est infiltrée par le FSB. Seul le parti national-bolchevik, adepte du fascisme-mouvement et de l&rsquo;action de rue, s&rsquo;est révélé trop incontrôlable : son leader, l&rsquo;écrivain Edouard Limonov, est sous les verrous depuis deux ans sous l&rsquo;inculpation de trafic d&rsquo;armes, tandis que des ténors de la Nouvelle Droite russe, tel Alexandre Douguine, son ex-camarade, ont leurs entrées au Kremlin.</p>
<h3>« Ordre, Sécurité, Nation »</h3>
<p>Le triptyque maudit est posé. Dans l&rsquo;ordre : ce qui met Poutine plus en équation avec un Pinochet qu&rsquo;un Mussolini. Mais Poutine partage une autre valeur avec les fascistes : le culte du chef, comme au bon vieux temps de Staline. Il est omniprésent dans chaque journal télévisé qui s&rsquo;attarde longuement à décrire la journée du président. Les portraits du leader bien aimé sont accrochés dans tous les bureaux, ils sont en vente dans tous les magasins, parfois sur les supports les plus invraisemblables, comme des tapis. Si ce ne sont pas des portraits, ce sont des bustes, des assiettes, des montres ou des calendriers. Un nombre considérable de biographies sont en vente en librairies, et même une chanson pop a atteint les sommets des charts : « J&rsquo;en veux un comme Poutine » chanté par un girls band nommé : « Celles qui chantent ensemble ». Celles-ci se réfèrent à l&rsquo;organisation de jeunesse poutinienne, « Ceux qui marchent ensemble », ironiquement surnommés la « Poutine Jugend ». Ces jeunes gens zélés issus de la nouvelle classe moyenne, socle électoral du président, qui se sont d&rsquo;abord fait remarquer en arborant des tee-shirts à l&rsquo;effigie du président bien-aimé, ont organisé début 2002 un autodafé de livres d&rsquo;auteurs jugés indécents, après les avoir échangés contre des « valeurs sûres de la culture traditionnelle ». L&rsquo;action frisait le ridicule, mais on aurait tort d&rsquo;en rire : cette initiative, comme bien d&rsquo;autres, permet de mesurer la température de la population et la possibilité d&rsquo;aller plus loin pour le gouvernement.<br />
Ainsi, symbole très lourd de sens en Russie, l&rsquo;hymne national a changé pour en revenir au vieil hymne soviétique, créé sous Staline, avec juste quelques transformations minimes au niveau des paroles, pour la troisième fois après une version brejnévienne, opérées par le même auteur, octogénaire mais toujours vivant.</p>
<h3>Poutine face à son destin</h3>
<p>Au niveau international, les événements du 11 septembre aux Etats-Unis ont représenté pour Poutine une divine surprise, permettant de faire passer la guerre en Tchétchénie dans le cadre du combat mondial antiterroriste, via quelques opérations plus ou moins ridicules de manipulations. La plus efficace d&rsquo;entre elle a été de faire croire en la présence de groupes tchétchènes parmi les talibans afghans, groupes que l&rsquo;on a cherchés en vain parmi les cadavres et les prisonniers de la coalition. Poutine a réussi le tour de force de se poser en partenaire incontournable de la « lutte mondiale contre le terrorisme », sans donner l&rsquo;impression de se poser en vassal de George Bush. Il s&rsquo;est même offert le luxe de s&rsquo;affirmer contre l&rsquo;intervention en Irak, se gagnant enfin les bonnes grâces de plusieurs pays occidentaux, dont la France, très critique auparavant. La tragédie de Nord-Ost, avec la prise d&rsquo;otages par un commando tchétchène de plusieurs centaines de personne dans un théâtre en plein centre de Moscou en octobre 2002, a renforcé sa position dans les chancelleries<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/raus-poutine/#footnote_4_239" id="identifier_4_239" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il y aurait beaucoup &agrave; dire sur cet &eacute;v&egrave;nement, dont il s&rsquo;av&egrave;re de plus en plus qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d&rsquo;une provocation, probablement de certains secteurs de l&rsquo;arm&eacute;e russe ou des services secrets attach&eacute;s &agrave; la poursuite d&rsquo;une guerre qui arrivait &agrave; bout de souffle.">5</a></sup>. Les voix officielles pourtant timides contre la guerre en Tchétchénie se sont complètement éteintes, malgré la sauvagerie de la réponse du Kremlin qui, outre les combattants tchétchènes, ont tué au passage 132 otages : encore un témoignage du peu de considération que le dirigeant du Kremlin porte à la vie de ses propres concitoyens.<br />
Triomphe absolu, Poutine a rassemblé en mai dernier 46 chefs d&rsquo;État du monde entier pour la commémoration en grandes pompes du tricentenaire de Saint-Pétersbourg. L&rsquo;événement a permis au passage de mettre la ville en état de siège, en la « nettoyant » de tous les sans-abris, mais aussi de tous les « illégaux » non porteurs de la sacro-sainte propiska, feuille de résidence municipale valable pour l&rsquo;ensemble de la population, sans laquelle on ne trouve ni logement, ni travail. Il s&rsquo;agit là du symbole absolu du contrôle social en Russie depuis le tsarisme, que Eltsine a tenté d&rsquo;abandonner, et qui a été repris par le superflic Poutine. En outre, les habitants du centre ont dû se munir d&rsquo;un laisser-passer spécial, et la vidéosurveillance a été généralisée dans l&rsquo;ensemble des transports. La question de la Tchétchénie n&rsquo;a pas été abordée. La question des libertés en Russie, du moins ce qu&rsquo;il en reste, non plus. Tranquillement, sur la justification principale de l&rsquo;ordre et de la sécurité, le totalitarisme se remet en place.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_239" class="footnote">Je rappelle que la Makhnovshchina, c&rsquo;était en Ukraine !</li><li id="footnote_1_239" class="footnote">&laquo;&nbsp;Guébiste&nbsp;&raquo;, en référence au KGB, ou &laquo;&nbsp;tchékiste&nbsp;&raquo; en référence à la Tcheka, ancêtre du KGB.</li><li id="footnote_2_239" class="footnote">La première guerre, déclenchée en 1994, avait pour but officiel de répondre aux velléités indépendantistes de la république autonome. Le conflit s&rsquo;achève en 1996 avec la victoire des Boïeviki, les partisans tchétchènes, qui reprennent leur capitale, Grozny, à l&rsquo;armée russe.</li><li id="footnote_3_239" class="footnote">La deuxième guerre en Tchétchènie aurait déjà fait entre 50 000 et 100 000 victimes. Rapporté à la population française, cela ferait entre 7 et 20 millions de morts&#8230;</li><li id="footnote_4_239" class="footnote">Il y aurait beaucoup à dire sur cet évènement, dont il s&rsquo;avère de plus en plus qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d&rsquo;une provocation, probablement de certains secteurs de l&rsquo;armée russe ou des services secrets attachés à la poursuite d&rsquo;une guerre qui arrivait à bout de souffle.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Élections en Russie : chronique d&#8217;une mort annoncée</title>
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		<pubDate>Sun, 21 Dec 2003 21:10:04 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Les résultats des élections russes ont provoqué un choc dans l&rsquo;opinion publique russe et internationale : une chambre basse, la Douma, où les nationalistes de toutes obédiances sont ultramajoritaire et une quasi-disparition des démocrates (sociaux-libéraux et libéraux). Ces élections se sont déroulées comme à chaque fois dans un climat de propagande univoque en faveur du parti du pouvoir et de tensions : un attentat dans un train de banlieue à Stavropol dans le Caucase (42 morts) le vendredi 5 décembre, deux jours avant le vote et un attentat suicide deux jours après à une centaine de mètres de l&rsquo;Assemblée (au moins six morts dont la kamikaze).Les élections en Russie sont un modèle de démocratie formelle, elles ressemblent plus à une désignation qu&rsquo;à autre chose. Comme dans le système soviétique, le plus important pour le candidat n&rsquo;est pas le jour de l&rsquo;élection mais celui de l&rsquo;investiture officielle. Une fois obtenu ce précieux sésame, il est quasiment élu : la justice, aux ordres du pouvoir (pléonasme) se charge de le débarasser des opposants les plus dangereux, l&rsquo;administration locale fait ouvertement campagne pour lui, c&rsquo;est le personnel municipal qui collera ses affiches à côté des affiches officielles, radio, télévision et journaux locaux le présente sur son meilleur jour et se charche de déterrer les cadavres chez ses opposants. Les entreprises présentes dans la circonscription se charge des factures en échange d&rsquo;un intense lobbying au moment des votes cruciaux dans la future législature. Au cas où les électeurs refusent de choisir le bon candidat, comme en Tchétchénie par exemple, aucun problème, l&rsquo;administration se charge de bourrer les urnes et de tout maquiller. Une autre variante est de faire bien voter les conscrits, ainsi à St Petersbourg pour faire battre un député démocrate qui tentait d&rsquo;organiser une commission d&rsquo;enquête indépendante sur les attentats de 1999, les officiers d&rsquo;un collège militaire ont vérifiés que leurs 400 étudiants avaient bien votés pour le parti au pouvoir avant de déposer les bulletins dans l&rsquo;urne.</p>
<p><strong>Une chambre nationaliste et patriotique</strong></p>
<p>Le parti de Poutine, <em>Edinnaia Rossia</em> (Russie Unie) obtient 37% des voix au niveau national et 222 députés, soit près de la moitié des députés, suivit du Parti communiste 12,7% et 53 députés, du parti de Jirinovski LDPR 11,6% et 38 parlementaires et <em>Rodina</em>, la Mère patrie, 9,1% et 37 élus. Les deux partis libéraux <em>Iabloko</em> (la Pomme) et SPS (Union des Forces de Droite) ne passent pas la barre des 5% (4,34 % et 3,96 %) et n&rsquo;obtiennent respectivement que 4 et 2 élus directs. Les points communs des quatre premiers partis (plus des 3/4 des élus à la Douma) sont une conception de l&rsquo;État fort, un nationalisme souvent xénophobe et le soutien à la poursuite de la guerre en Tchétchénie. Rien de très réjouissant. Alexandre Doughine, le leader du parti eurasien, chef de file de la nouvelle droite russe et très introduit dans les cercles politico-militaires proches du pouvoir central, n&rsquo;a pu caché sa voix en résumant « <em>Russie Unie est le parti du natrionalisme modéré. Le Parti libéral démocrate de Vladimir Jirinovski est celui du nationalisme ostentatoire. Le parti communiste de Guenadi Zouganov est patriotique de gauche et Rodina-Union patriotique est patriotique chauviniste</em>».</p>
<p>Le parti de Jirinovski double quasiment son pourcentage, le KPRF perd la moitié de son pourcentage de voix par rapport à 1999 et retrouve son plus mauvais score des élections de 1993. Russie unie obtient le même pourcentage que Unité et Patrie-Toute la Russie en 1999, qui étaient les deux partis à vocation majoritaire qui ont fusionné après les élections. Mais la vraie surprise est venu du score du parti Rodina-Union patriotique, un parti vieux de trois mois, créé avec le soutien du Kremlin et du complexe militaro-industriel pour diviser le Parti communiste. L&rsquo;opération a réussi au point même d&rsquo;inquiéter d&rsquo;autres factions du Kremlin.</p>
<p>Le <em>Moscow Times</em> du 17 décembre 2003, a publié le récit d&rsquo;un des participants à l&rsquo;opération de manipulation. Trois factions se sont successivement occupées de cette affaire. La première équipe voulait créer un clone du parti communiste, qu&rsquo;ils pensaient même appeller <em>Tovarich</em> (Camarade), puis un autre groupe surnommé les Tchéquistes orthodoxes notant que l&rsquo;électorat du Parti communiste étaient sensibles à la réthorique nationaliste, orienta le projet dans ce sens. Un troisième groupe, d&rsquo;orientation libéral, était intéressé par la création d&rsquo;une coalition anti-communiste, mais était moins impliqué dans l&rsquo;opération. Des trois groupes, c&rsquo;est le second qui prit les rênes de l&rsquo;opération, d&rsquo;où l&rsquo;orientation plus nationaliste que sociale du programme de <em>Rodina</em>. Cette volte face idéologique lui fit perdre quelques plumes comme le libéral du parti <em>Slon</em> (l&rsquo;Éléphant), l&rsquo;eurasiste Alexandre Dougine ou un banquier ancien des services spéciaux qui se présenta comme indépendant contre le maire de Moscou.</p>
<p>On compte parmi les leaders de ce tout nouveau parti un économiste communiste en rupture de ban, Sergueï Glaziev, le représentant de Poutine pour l&rsquo;enclave de Kaliningrad, un eurasiste convaincu Dimitri Rogozine et l&rsquo;un des auteurs du putsch d&rsquo;août 1991 contre Gorbatchev, le général Valentin Varennikov. Sergueï Glaziev est un économiste, entré en politique dès 1991, ministre du commerce extérieur en 1992, député de la Douma en 1993. En 1995, il devient le chef d&rsquo;une organisation national-patriotique, le Congrès des Communautés russes. Il travaille un temps avec le général Lebed et en 1999, il est réélu à la Douma sur les listes du parti communiste. Mais en 2002 à la suite d&rsquo;un désaccord avec Guenadi Zouganov, il quitte le KPRF et fonde une Union du peuple orthodoxe. En juin 2003, Glaziev initie la fondation d&rsquo;un bloc électoral Communistes-Agrariens-Patriotes, mais le KPRF refuse d&rsquo;y participer, néanmoins près de 30 organisations acceptent la plateforme électorale dont le Parti des régions russes, le Partie socialiste unifié de Russie, <em>Narodnaïa Volia</em>(la Volonté populaire). Tous se définissent comme nationalistes et patriotes et forment le bloc électoral <em>Rodina</em> dont « <em>le principal but est de construire une société juste. Pour cela il est nécessaire d&rsquo;unifier la nation par le patriotisme</em>». Dimitri Rogozine et Valentin Varennikov sont aussi connus pour respectivement diriger le Congrès des Communautés russes et l&rsquo;Union de l&rsquo;officier russe. <em>Rodina</em> est aussi très proche du complexe militaro-industriel, comme le résume la formule de Rogozine : « <em>La Russie a trois alliés : son armée, sa marine et ses missiles stratégiques</em>».</p>
<p>Toute la propagande du parti était centrée contre les oligarches, comparés à une hydre. L&rsquo;imagerie rappelait une certaine propagande soviétique. L&rsquo;arrestation de Mikhail Khodovkorski, le président de Ioukos, fût du pain béni pour ce parti. <em>Rodina</em> a aussi bénéficié comme le parti du pouvoir d&rsquo;une couverture bienveillante des chaînes de télévision, toutes aux ordres du Kremlin, alors que le parti communiste était systématiquement dénigré. L&rsquo;électorat national-patriotique qui est un électorat important en Russie a semble-t-il été dérouté par la présence sur les listes de nombreux entrepreneurs rouges et a préféré voter pour un parti qui semblait plus dynamique. Pourtant le KPRF avait cru bien faire les choses en présentant en deuxième position sur sa liste nationale l&rsquo;ancien gouverneur de Krasnodar, le très nationaliste et antisémite Nikolaï Kondratienko. Les électeurs de <em>Rodina</em> sont des retraités ou des actifs de plus de quarante cinq ans ans, ayant fait des études secondaires plutôt techniques : « <em>La majorité des gens qui avait une bonne éducation et un bon statut dans l&rsquo;Union soviétique et qui ont été laissé de côté par les réformes. Ils n&rsquo;ont pas la capacité de s&rsquo;adapter et ils ont le désir de retourner dans le passé</em>» selon les mots du directeur de l&rsquo;institut ROMIR.</p>
<p>L&rsquo;autre force nationaliste est le LDPR de Vladimir Jirinovski qui ne fait plus peur à grand monde en Russie tant est connu sa capacité à accepter des espèces sonnantes et trébuchantes pour voter ce que le Kremlin souhaite. Il obtient néanmoins un score bien plus important qu&rsquo;aux dernières élections, son électorat est composé de chômeurs, de militaires, et d&rsquo;habitants des contrées les plus éloignées du centre. Le principal slogan de Jirinovski était « <em>Je suis pour les Russes, je suis pour les pauvres</em>».</p>
<p>Les «démocrates» sont les grands perdants du scrutin, évidemment ils ont été l&rsquo;objet de nombreuses manipulations mais les leaders des deux partis SPS et Iabloko ont une grande part de responsabilités. SPS (L&rsquo;Union des Forces de Droite) en présentant Anatoli Chubais, un oligarche honni et ancien allié de Poutine, responsable du grand conglomérat public de production d&rsquo;électricité, symbolise tout ce que refuse une grande partie de la population : l&rsquo;argent facile et clinquant. Ces élections marquent aussi l&rsquo;incapacité pour l&rsquo;opposition à présenter un programme réellement social, cantonné à moins de 8% des voix sans groupe parlmentaire, ils ne sont plus crédibles dans un pays qui a succombé aux sirènes nationalistes.</p>
<p>Jean Raymond avec Mara Vladimirovna, Moscou.</p>
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