REFLEXes

LDJ : Un an plus tard !!

Un an après l’agression violente de plusieurs personnes à la sortie d’une conférence sur Georges Habache et la Palestine au Centre International de Culture Populaire (CICP) à Paris, des membres de la LDJ récidivent, et agressent à nouveau en marge d’une soirée organisée par les militants de l’association Génération Palestine. Une première bagarre éclate entre une personne venant à la soirée et 5 jeunes issus de la communauté juive. Si pour la personne agressée c’est la vue de son keffieh qui est à l’origine de sa prise à partie par les jeunes, ceux-ci prétendront avoir répondu à des provocations. Bien entendu les versions divergent, bien que la 1re paraisse plus crédible au vu du nombre d’intervenants de chaque côté. Par la suite, et malgré une présence policière massive, c’est sous leurs yeux qu’une 2ème agression a lieu, cette fois ci impliquant une quinzaine de jeunes sionistes qui tomberont, matraques à la main sur 3-4 personnes sortant du métro et se rendant à la soirée. Bilan de ces rencontres : 2 blessés côté public, au moins 3 interpellés côté jeunes fachos sionistes.

Alors qu’en général les agressions en marge de soirées sur la Palestine ne suscitent que peu d’échos dans la presse, celle ci cela prend une ampleur peu habituelle. Une dépêche AFP, publiée le 25 et reprise par la Parisien et Metro, parle de « rixes sur fonds de tension communautaire » ???? Etonnant, car si il est vrai qu’il y a bien d’un côté 3 jeunes juifs et 3 jeunes arabes de l’autre, peut-on honnêtement (même pour un journaliste) évoquer des « tensions communautaires » quand on parle de bagarre entres membres du Betar et/ou de la LDJ et sympathisants de la cause palestinienne ?

En effet parmi les jeunes impliqués et interpellés, la dépêche AFP parle d’un jeune proche du Betar, ce qui est peu étonnant. Mais c’est surtout la présence d’une vieille connaissance, Jason T., qui démontre bien la dimension politique et non communautaire (et encore moins antisémite) de cette affaire. S’étant déjà fait remarquer pour sa virulence et ses provocations, Jason, jeune militant de 20 ans à peine, passé comme tant d’autres à cette période du Betar à la LDJ, est apparu lors des manifs pour Ilan en janvier 2006[1], où il alternait selon les circonstances entre le port de la kippa et celui du bonnet « Migdal » (produit des plus chics dans le milieu ultra-sioniste !), notamment lorsqu’il faisait le fanfaron sous les drapeaux jaunes de la LDJ.[2]

C’est tout naturellement qu’on le retrouvera devant le Bataclan en janvier 2008, assurant le service d’ordre avec ses amis de la LDJ (et sous le regard paternel des professionnels du SPCJ, service de sécurité du CRIF), pour le gala annuel de soutien aux Magav[3] de l’association Migdal, association que l’on peut sans peine qualifier de raciste. Il sera en tête du petit groupe qui tentera de passer les cordons policiers pour venir en découdre avec les contre-manifestants réunis devant la salle. Deux mois plus tard il est contrôlé en marge d’un rassemblement de solidarité avec Gaza (organisé par la CAPJPO) place de l’Opéra. Là encore, entraînant avec lui quelques jeunes, il tentait par ses propos virulents de provoquer les manifestants. Il sera, lui et ses petits amis, repoussé par les gendarmes mobiles présents. Par ailleurs il pourra les remercier, puisque 2-3 autres nervis de la LDJ qui eux arriveront à s’en approcher le regretteront très vite.

Jason Tibi, Paris place de l'Opéra mars 2008

Jason Tibi, Paris place de l’Opéra mars 2008

 

Mercredi soir finalement, il sera reconnu comme étant l’un des agresseurs, et sera interpellé avec deux de ses amis, de même que l’on verra s’enfuir en scooter dans les minutes qui suivent un autre élément de la LDJ, Mickael B. Aux dernières nouvelles, Jason serait aussi impliqué dans l’attaque il y a 15 jours contre un théâtre du VIIe arrondissement où devait avoir lieu une soirée intitulée « Nos talents pour Gaza » organisée afin de collecter des fonds pour acheter du matériel médical et pour les enfants de Gaza. Il aurait été reconnu par des témoins.
Pour le coup, le rôle de victime parait délicat à tenir, et il semblerait que ce soit une fois interpellés, et devant la gravité des faits qui leur sont reprochés, que les jeunes gens aient mis au point leur ligne de défense. A savoir qu’ils auraient été victimes d’agressions antisémites alors qu’ils collaient des affiches à la mémoire d’Ilan. Cela déclenchera la convocation et le placement en garde à vue de 2 victimes ayant le statut de témoins. Finalement au bout de 48 heures tout ce petit monde sera mis en examen pour violences volontaires à caractère raciste et placé sous contrôle judiciaire, mettant ainsi au même niveau les agresseurs et les victimes.

L’évocation du procès des assassins d’Ilan par les militants de la LDJ durant leur garde à vue n’est guère surprenante, tant il est vrai que depuis 3 ans, en marge des commémorations pour Ilan, des membres de la LDJ profitent de ce crime sordide pour agresser à tout va.
Tout le monde se souviendra des agressions racistes en 2006 autour de la grosse manifestation parisienne en mémoire d’Ilan[4] . En 2007, un rassemblement en mémoire d’Ilan a lieu devant la boutique où il travaillait. Si pour beaucoup, venus en famille, c’est un moment de recueillement, l’agression violente de 2 jeunes arabes qui passaient par là entache cette commémoration, à tel point que même l’UEJF s’en émeut et se paye une pleine page dans Actualité Juive la semaine suivante pour dénoncer cette agression. En 2008, nouveau rassemblement : cette fois ci, échaudés par ce qu’ils ont pu voir l’année précédente, le rassemblement se dissout rapidement, et laisse la place aux jeunes extrémistes qui se cherchent une cible[5]. Elle sera toute trouvée, et ce sera une fois de plus une attaque en règle contre le CICP par une bande d’une vingtaine d’individus (parmi lesquels on reconnaît encore et toujours Jason et quelques uns de ses amis, notamment celui qui Place de l’Opéra se réfugiera derrière les gendarmes mobiles). Remontant la rue en hurlant des slogans pro-israéliens et anti-arabes, il leur manquera juste un petit doigt de courage pour franchir les 20 derniers mètres qui les séparent de l’entrée, et surtout des quelques personnes qui en géraient l’accueil.

Alors, concernant mercredi dernier, hasard d’une agression raciste ou opération ciblée contre des « ennemis » (selon la grille de lecture de la LDJ) ? La question peut se poser. Certainement un mélange des deux. Si c’est bien une rencontre hasardeuse qui a déclenché la 1re agression commise par 5 jeunes extrémistes juifs de droite attablés à la terrasse d’un traiteur, on ne peut ignorer l’évolution de ce quartier du XIéme arrondissement qui a énormément changé ces dernières années. Si la communauté juive a toujours été très présente dans le quartier, et sans que cela ne pose aucun problème, on note depuis 2-3 ans l’apparition d’affiches à la gloire du Rabbin Meïr Kahana (JDL américaine) ou autres autocollants du Betar dans certains commerces et dans la rue. Cela s’accompagne de l’arrivée plus ou moins importante de la fraction la plus radicale de la jeunesse liée à la LDJ ou au Betar et à l’air de traduire une part d’acceptation des exactions et une dérive droitière d’une partie de la communauté.

Si depuis longtemps le CICP est la cible des extrémistes de droite juifs (agressions physiques et verbales, dégradations, tags racistes…), le voisinage direct avec ses éléments les plus violents pose réellement un problème. En effet, comment accepter que des personnes venant assister à une conférence, une soirée de solidarité voire même un concert n’ayant aucun rapport avec la question palestinienne, se fassent prendre à partie à la sortie du métro, où agresser comme ce fut le cas mercredi dernier. Il serait bon que les associations communautaires si promptes à dénoncer le danger de l’importation du conflit israélo-palestinien en France, fassent passer le message aussi dans leurs rangs, et notamment auprès de ces jeunes nervis[6].

De même qu’il serait souhaitable dans un souci d’apaisement général, que ces interpellations (devant témoins une fois de plus) ne restent pas encore sans suite. Force est de constater que par exemple, celle de l’année dernière au CICP où il y eu pourtant un blessé grave, et où un voisin avait pu relever la plaque d’immatriculation d’un des agresseurs, n’a eu aucune suite, alors que ce dernier a bien été retrouvé et placé en garde à vue. Ca laisse rêveur … ou plutôt permet à certains de laisser entendre qu’il pourrait y avoir des catégories protégées ou des immunités pour quelques uns selon qu’ils fassent partie d’une communauté ou d’une autre. Si ces événements restent sans suite (comme on peut le supposer), ce sera du pain béni pour ceux qui veulent surfer sur les haines et les colères accumulées depuis le mois de janvier. On pense bien entendu à l’équipe Dieudonné ou encore au Collectif Cheikh Yassine d’Abdelhakim Sefrioui. Sefrioui qui n’a pas manqué de réagir, se targuant même d’être venu prêter main forte aux organisateurs, ce qui, renseignements pris, s’avérerait être une pure invention. Si ils ont bien été aperçus rodant dans le quartier, c’était plus, comme à leur habitude, dans l’espoir de profiter de cette situation afin d’essayer de faire passer leurs discours nauséabonds auprès de certains qui, en manque de formation et de pratique politiques, pourraient être aveuglés par les prêches de cet ancien Iman. Le résultat escompté ne sera pas là, puisque non seulement ils comprendront vite qu’ils n’étaient pas les bienvenus à l’intérieur de la soirée, mais en plus ils repartiront aussi isolés qu’ils sont venus.

De toute cette agitation, quelques interrogations subsistent.

Quel intérêt pour la presse et le pouvoir d’agiter le spectre du communautarisme de cette histoire ? Si ce n’est faire la part belle aux extrémistes des 2 camps.

Et pourquoi ce silence dans cette affaire de la part des sites tels que ceux de la LDJ ou du BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme) du très droitier Sammy Ghozlan, premiers généralement à dénoncer tout acte antisémite ?

Affaire à suivre donc.

Publié le 28 avril 2009

  1. Le meurtre sordide d’Ilan Halimi avait provoqué une légitime émotion au sein de la communauté juive, et une manifestation énorme avait eu lieu à Paris, manif en marge de laquelle on avait vu des jeunes extrémistes juifs s’attaquer à des passants noirs ou arabes[]
  2. Pour l’anecdote, on verra ce jour là à ses cotés son ami et compère de la LDJ : Maxime B.. Ce brave Maxime, si besoin était, nous confirmera l’implication de la LDJ dans cette affaire en envoyant un mail d’insultes à l’AFPS et dans lequel il parle des membres de la LDJ impliqués. Le tout bien entendu avec son adresse mail, et magnifiquement signé d’un « Maxime, un Français de pur souche ». Sacré Max, si peu d’intelligence dans un si grand corps, quel gachis !![]
  3. garde-frontières israéliens, régulièrement dénoncés par les organisations des droits de l’homme pour leur violence et brimades en tout genre envers la population palestinienne[]
  4. la presse à l’époque avait noté l’apparition d’un nouveau sigle chez les jeunes agités : le F.E.J. « Fier d’Etre Juif » . Pas si nouveau que cela puisque qu’il s’agit d’un clin d’œil aux anciens, dont Pierre Lurçat fondateur de la LDJ en France, qui dans les années fin 60 début 70 avaient créé un F.E.J mais « Front des Etudiants Juifs » celui-ci.[]
  5. c’est d’ailleurs à la même période que l’on verra re-apparaître le Betar, décidé à ne pas laisser le terrain de la radicalité à la seule LDJ , difficilement contrôlable par les institutions communautaires[]
  6. même si il y a peu d’espoir de ce côté la, les relations CRIF-LDJ étant des plus tendues depuis que ces derniers ont perturbé la soirée organisée par le CRIF en l’honneur du président Simon Peres en mars dernier. Celui-ci s’était fait traiter de traître alors qu’il commençait son intervention à la tribune. Il avait alors fallu l’intervention de Meyer Habib, vice-président du CRIF (et accessoirement conseiller de B. Netanyahu), qui fit évacuer les jeunes virulents. Cette fougueuse jeunesse lui a certainement rappelé la sienne puisqu’il était membre de l’OJC, Organisation Juive de Combat, et fût condamné pour avoir participé en mai 1988 à l’attaque du rassemblement de l’Oeuvre Française pour la Fête de Jeanne d’Arc. Attaque très violente, elle avait surpris par son culot : en effet les membres de l’OJC s’étaient habillés en militants nationalistes, portant drapeaux et brassards pour fondre sur les manifestants une fois arrivés au plus près. Il est vrai qu’à l’époque leur cible était l’extrême droite antisémite, et non comme aujourd’hui l’extrême gauche solidaire du peuple palestinien.[]
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