REFLEXes

L’extrême droite en Autriche

8 décembre 2006 Les radicaux

La réapparition de l’extrême droite en Autriche ces dernières années a largement été due à la montée de l’aile droite du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ[1]) et de son leader Jörg Haider.

Adolf Hitler est né en Autriche en 1889 où il a vécu jusqu’en 1913, date à laquelle il quitta son pays pour éviter le service militaire. En 1932, il fut naturalisé allemand, après avoir renoncé à sa nationalité autrichienne en 1925. Le 12 mars 1938, ses troupes occupaient son ancienne patrie et l’intégraient au grand Reich allemand, c’était l’Anschluß. Après l’expérience de l’occupation nazie (1938-1945), l’Autriche cessa effectivement d’exister du fait de l’Anschluß ; comment est-il possible qu’une nouvelle extrême droite ait pu réapparaître dès l’après-guerre ?

La réapparition de l’extrême droite[2]

Le 8 mai 1945, immédiatement après la fin de la Seconde guerre mondiale, le NSDAP, le parti nazi, qui avait compté presque 700.000 membres en Autriche, fut interdit d’après la loi constitutionnelle de la nouvelle République autrichienne. Malgré cette constitution antifasciste, des groupes fascistes réapparurent en Autriche peu de temps après la guerre.

Comme en Allemagne, d’imposants efforts de dénazification furent entrepris en Autriche par les Alliés après la guerre, mais ils rencontrèrent les mêmes difficultés : trop de gens avaient soutenu le parti nazi, et on avait besoin de beaucoup d’entre eux pour reconstruire l’administration publique. Ainsi, en Autriche, il n’y a pas eu de véritable dénazification[3].

Cela a favorisé la réapparition de groupes aux traditions guerrières et fascistes peu de temps après 1945. Tout d’abord, des groupes illégaux se sont formés, par exemple le groupe des « Werwolf » à Graz, qui fut interdit en 1948. Un rassemblement légal de membres de l’ex-NSDAP se présenta aux élections de 1949, sous le nom de Verband der Unabhängigen[4].

Après 1955, lorsque les Alliés furent partis d’Autriche, des groupes néo-nazis furent légalisés de facto. Ainsi, les groupes illégaux créés après 1945 disparaissaient, et de nouveaux groupes d’extrême droite commencèrent à opérer en public.

Leur première grande action visible du public fut la commémoration du 200ème anniversaire de la naissance de Friedrich Schiller en 1959, à laquelle une jeunesse et des groupes culturels et sportifs nationalistes participèrent largement.

Pendant les années qui suivirent, l’extrême droite autrichienne, fondée principalement sur des cercles étudiants, connut sa première période forte depuis 1945. Au début des années 1960, il y eut quelques actes terroristes d’extrême droite concernant le Sud-Tyrol, cette région appartenant à l’Italie et où l’on trouve une majorité de germanophones. Le Ring Freiheitlicher Studenten[5] était un groupe important à cette époque, il avait remporté 28% des voix aux élections étudiantes de 1965.

Tout au long des années 1950 et 1960, ce sont les groupes basés sur la nostalgie et la tradition du Troisième Reich qui ont prédominé. Il y avait différents types de groupes et d’organisations. Les groupes les plus extrémistes étaient ouvertement basés sur la commémoration des traditions nazies, comme par exemple l’association des anciens membres de la Waffen SS[6] appelée Kameradschaft IV[7] et le Wohlfahrtsvereinigung der Glasenbacher[8], un groupe d’anciens prisonniers des camps d’internement américains pour ex-nazis situé à Glasenbach.

Les Burschenschaften[9] étudiantes et un courant d’extrême droite important dans le Österreichischer Turnerbund, l’association des gymnastes autrichiens, formaient la troisième tendance, plutôt modérée, de l’extrême droite traditionnelle autrichienne.

Aucun de ces groupes ne développa jamais une idéologie typiquement autrichienne, comme celle qui avait existé au début du XXème siècle. En effet, ils se fondaient tous sur l’idée d’un nationalisme allemand intégrant l’Autriche.

Le mensuel Aula joue un rôle important dans l’intégration des différentes fractions d’extrême droite en Autriche. Il est également proche du FPÖ.

Les groupes nazis violents

Depuis les années 1960, il existait plusieurs groupes d’extrême droite et de néo-nazis violents en Autriche. Le premier d’entre eux fut créé dans la tradition des Hitler-Jugend[10] par des membres du Ring Freiheitlicher Studenten. Après le terrorisme d’extrême droite concernant la question du Sud-Tyrol, une nouvelle vague de violences commença en 1965, où des centaines d’étudiants soutinrent un professeur antisémite de la faculté de commerce international.

Au même moment, l’antifasciste Ernst Kirchweger était tué par un néo-nazi.

Ce fut aussi l’époque de la création du Nationaldemokratische Partei (NDP)[11] par Norbert Burger et d’autres membres de l’aile droite du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ), dominé aujourd’hui par la tendance d’extrême droite et par Jörg Haider.

Le NDP, interdit en 1988, a été l’organisation d’extrême droite la plus importante en Autriche pendant longtemps. Contrairement au NPD allemand[12] créé en 1964 qui eut quelques succès électoraux pendant la crise économique du milieu des années 1960, le NDP autrichien n’a jamais réussi à acquérir une quelconque importance électorale.

Depuis les années 1970, l’Aktion Neue Rechte[13], appelée le Partei für Recht und Ordnung[14] après 1988, et la Ausländer-Halt-Bewegung[15] sont d’autres groupes néo-nazis importants. Quoi qu’il en soit, leur influence a diminué pendant les années 1970. Aucun de ces groupes n’a obtenu un nombre significatif de voix aux élections. Les 140.000 voix (3,2%) obtenues par Norbert Burger aux élections présidentielles de 1980 constituèrent une exception due à la constellation spéciale des autres candidats. Également symptomatiques de cela furent les résultats décroissants du mouvement d’extrême droite Ring Freiheitlicher Studenten. Ils chutèrent de 28% aux élections étudiantes de 1966 à 7% en 1979 et 2% en 1987[16].

En tout, le centre de documentation de la résistance anti-nazie autrichien comptait 48 organisations et groupes d’extrême droite en 1980[17], la plupart d’entre eux étant des petits groupes avec des activités culturelles traditionnelles.

Après 1981, le magazine Halt devint le centre d’intégration des activités néo-nazies. Il est proche des groupes qui gravitent autour de la Ausländer-Halt-Bewegung/Nationale Front. Ils ne produisent pas seulement des outils de propagande, mais organisent aussi des entraînements paramilitaires, particulièrement en Basse-Autriche, près de la ville de Krems. Un sous-groupe de cette tendance, appelé Volkstreue Außerparlamentarische Opposition[18] provoqua quelque intérêt à propos de ses activités à l’étranger. Au début de 1992, quelques-uns de ses leaders furent arrêtés.

Un autre cercle régional néo-nazi fut organisé autour du magazine Sieg[19] pendant les années 1980. En réaction à l’accroissement des activités néo-nazies, les partis de la majorité gouvernementale décidèrent en 1992 de faire passer une nouvelle loi anti-nazie. Désormais, nier l’holocauste est un délit. En réaction à cela, quelques néo-nazis ont transféré la production de leur propagande à Barcelone, en Espagne.

Waldheim, un président avec une sombre histoire

Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations-unies (1972-1982) et président de la République autrichienne de 1986 à 1992, est un homme politique conservateur et non d’extrême droite. Mais son activité d’officier de renseignement dans l’armée d’Hitler en Yougoslavie et en Grèce déclencha une discussion importante à l’intérieur du pays et à l’étranger, par rapport à la persistance des traditions nazies dans la société autrichienne.

Waldheim a fait partie de la SA (Sturmabteilung) et a également appartenu à l’organisation nazie des étudiants. L’enquête menée par le Congrès juif mondial et par d’autres a prouvé qu’il avait dû être au courant des atrocités commises par les nazis dans les régions où il avait travaillé pour eux.

En dépit de ces faits rendus publics, Waldheim fut élu président et représenta l’Autriche dans tous les pays qui acceptèrent son élection[20].

La montée du FPÖ

La modernisation de l’extrême droite, commencée avec la création du Front national en France eut un impact important en Autriche.

En 1986, l’aile d’extrême droite du Freiheitliche Partei Österreichs avec son leader Jörg Haider devint majoritaire au sein du parti. Pendant ces quelques dernières années, Haider et ses amis ont changé la vie politique en Autriche et ont collecté des voix pour leur programme d’extrême droite d’une façon assez inattendue. Comme le Front national de Le Pen en France et les Republikaner de Schönhuber en Allemagne, Haider s’est servi de l’insécurité économique et de la crise subie par le système traditionnel des partis pour installer une force politique populiste d’extrême droite, mais en même temps, le FPÖ se différencie assez nettement des partis populistes d’extrême droite des autres pays.

Le FPÖ existait déjà depuis longtemps, avant que Haider ne commence sa carrière politique. Créé en 1955-56, il a toujours rassemblé différentes sensibilités – anciens nazis et néo-nazis, nationalistes germaniques mais aussi des libéraux. C’était le successeur du Verband der Unabhängigen (Association des indépendants) qui avait représenté les tendances d’extrême droite aux élections de 1949. Ainsi, les tendances conservatrices et d’extrême droite ont toujours dominé, tandis que l’aile libérale stagnait ; jusqu’au terme « libéral », qui n’apparut jamais dans les programmes du parti jusqu’aux années 1970[21].

Treize des anciens organisateurs du Ring Freiheitlicher Studenten (Cercle des étudiants libéraux), parmi lesquels les plus connus sont Friedhelm Frischenschlager et Norbert Steger, tentèrent d’influencer le FPÖ pour qu’il adopte une position plus libérale avec leur « Manifeste libéral » en 1971. Cette position domina la branche viennoise du parti pendant les années 1970. Au niveau national, le parti connut sa première période libérale à l’époque où Friedrich Peter fut son président. Peter était un ancien membre de la SS, mais il avait changé depuis la fin de la guerre. L’élection d’Alexander Götz, maire de Graz, à la tête du parti, constitua le premier retour à une dominance de l’aile droite. Götz avait été un leader des Jeunesses hitlériennes dans la région du Steiermark. Contrairement à Peter, il n’avait pas complètement abandonné ses idées d’extrême droite à la fin de la guerre.

La deuxième période libérale du FPÖ se situe entre 1980 et 1986, lorsque Norbert Steger en fut le président. En 1983, malgré l’adhésion de l’extrême droite, le parti forma une coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates autrichiens (SPÖ). Steger fut vice-chancelier.

À cause de son aile libérale, le FPÖ était membre de « l’Internationale libérale ». Il y travaillait avec des partis aussi différents que, par exemple, les libéraux allemands (FDP), qui avaient participé à une coalition avec les chrétiens-démocrates dans les années 1950 et depuis les années 1980, et le mouvement français des radicaux de gauche (MRG), allié du gouvernement socialiste de Mitterrand des années 1980. Le fait qu’il y ait eu tout ce temps une importante tendance d’extrême droite au sein du FPÖ était bien connu au niveau international. Mais les partis libéraux des autres pays européens hésitèrent longtemps avant de prendre leurs distances d’avec le FPÖ. Les libéraux conservateurs hollandais (VVD) furent les seuls à s’opposer strictement à l’adhésion du FPÖ à l’Internationale libérale.

Le deuxième, et cette fois-ci plus important, revirement du FPÖ d’une majorité libérale à une majorité national-populiste eut lieu en 1986, lorsque Jörg Haider s’imposa en tant que leader. Ce changement de pouvoir au sein du FPÖ fut idéologiquement et stratégiquement préparé par le Lorenzer Kreis (cercle de Saint Laurent), ainsi nommé à cause du village de Sankt Lorenzen où un groupe de membres de l’aile droite du FPÖ, autour de Raimund Wimmer, s’était retrouvé pour préparer le congrès du parti de 1986. Dans leur Lorenzer Erklärung[22], ils définissent également la base idéologique de la nouvelle et ancienne majorité interne du FPÖ. Ils rejettent tous les concepts idéologiques existants, des idées de la Révolution française en passant par le marxisme jusqu’au libéralisme, mais également le fascisme. En même temps, ils construisent leur propre idéologie, basée sur des termes et des valeurs typiques de l’extrême droite, comme « Volk, Heimat, Wahrheit, Freiheit, Ehre, Treue, Gemeinschaft, Gerechtigkeit, Sitte und Brauch »[23]. La déclaration de Saint-Laurent développe une interprétation de la démocratie très anti-média et anti-opinion publique, limitée d’une façon très conservatrice en excluant l’école, l’éducation et l’armée d’une structure démocratique interne. En fait, la déclaration en faveur de la démocratie demeure très formelle et manque de crédibilité. Elle est basée sur l’idée de l’intégration du peuple autrichien à « l’espace culturel allemand ». Cette idée structure également les cibles de la politique culturelle et éducative. Comme d’autres programmes d’extrême droite, elle prend position pour la loi et l’ordre, pour la limitation de l’immigration et du droit d’asile. En ce qui concerne la politique extérieure, les auteurs de la déclaration exigent la neutralité de l’Autriche, orientée vers l’Europe et l’espace culturel allemand[24].

La réussite de Haider

En 1986, au congrès du parti à Innsbrück, la prise de pouvoir de Haider au sein du FPÖ a marqué le début de changements importants dans le paysage politique autrichien. Le FPÖ remporta bientôt ses premiers succès électoraux. L’élection de Kurt Waldheim au poste de président de la République autrichienne en juin 1986 avait déjà provoqué une première crise au sein de la coalition gouvernementale SPÖ-FPÖ. Le chancelier SPÖ Fred Sinowatz démissionna. Les sociaux-démocrates refusèrent de continuer la coalition avec le FPÖ de Haider, dominé par l’extrême droite. Ainsi, des élections législatives devinrent nécessaires. Le FPÖ doubla son score en novembre 1986 (9,7% des voix, c’est-à-dire 472.180 voix).

Aux élections régionales suivantes, le FPÖ confirma ses succès électoraux en remportant 29% des voix dans le Kärnten, région limitrophe de l’ex-Yougoslavie. Après ce succès électoral, le plus grand remporté à ce jour par le FPÖ, Haider fut élu comme gouverneur régional du Kärnten avec le soutien du Parti conservateur[25].

En 1991, il fut destitué après avoir dit en public lors d’une session d’un parlement régional, que le Troisième Reich avait connu une politique intéressante de plein emploi.

Au niveau fédéral, le FPÖ remporta 16,64% des voix (c’est-à-dire 782.610 voix) aux élections législatives d’octobre 1990. En novembre 1991, il eut 23,7% des voix aux élections locales de Vienne grâce à une campagne anti-immigrés.

Les voix remportées par Heide Schmidt, une candidate de l’aile libérale du FPÖ, aux élections présidentielles de 1992 ont confirmé le score obtenu en 1990 aux élections législatives. Kurt Waldheim avait décidé de ne pas se représenter pour le parti conservateur à cause des débats qu’il y avait eu à propos de son passé.

Qui soutient le FPÖ ?

Comparé aux partis d’extrême droite des autres pays d’Europe, le potentiel électoral du FPÖ est plutôt large. Qui vote pour ce parti ?

Haider a été capable de convaincre une large partie du public aux dernières élections grâce à sa capacité à changer d’apparence et grâce à sa façon d’adapter son discours à chaque sorte de public. Avec une espèce d’identité « patchwork », il a réussi dans des franges de la population que Le Pen ou Schönhuber auraient été incapables de convaincre[26]. Il a aussi profité du fait que le FPÖ a conservé une partie de son identité libérale (voir sa période de participation à la coalition gouvernementale au début des années 1980).

Représentatif de la jeune génération d’après-guerre, avec ses vêtements modernes et son style un peu playboy, Haider convainc les jeunes. Un quart des votes FPÖ provient d’une population âgée de 20 à 29 ans. Les ouvriers qualifiés forment également un quart de son électorat et même plus aux élections de Vienne en 1991. Il y a légèrement plus d’hommes que de femmes qui votent pour le FPÖ (56% contre 44%)[27].

Le style politique particulier de Haider

A côté de son identité « patchwork », Haider est un leader très strict à l’intérieur de son parti. Il a éliminé beaucoup de personnalités dirigeantes du parti qui n’étaient pas d’accord avec lui. Il est étonnant, d’ailleurs, que le parti y survive sans dommages.

Cela n’a été possible que parce qu’il a intelligemment placé aux postes vacants les membres de son fan-club personnel. Tous les gens qui le suivent sans poser de questions font carrière au FPÖ. Par exemple, l’un de ses anciens gardes du corps est aujourd’hui député.

Même l’homme qui a rendu possible le début de la carrière de Haider dans le Kärnten pendant les années 1970, Mario Ferrari-Brunnenfeld, fut victime du style politique égocentrique de Haider. Comme il s’était opposé à une réforme des structures internes du parti, Ferrari-Brunnenfeld fut « puni », c’est-à-dire qu’il lui fut interdit pendant deux ans d’exercer ses fonctions au sein du parti. Lorsque, plus tard, des membres du parti tentèrent de lui interdire de parler en public, il quitta le FPÖ.

Il n’est qu’un opposant interne de Haider parmi beaucoup d’autres que Haider a forcés à quitter le parti. En 1992, le porte-parole économique et le leader du groupe parlementaire durent démissionner à cause d’un conflit avec Haider[28].

Heide Schmidt, de l’aile libérale, candidate du FPÖ en 1992 aux élections présidentielles et en même temps vice-présidente du Parlement autrichien, a critiqué Haider plusieurs fois. Elle quitta le FPÖ en février 1993 avec quatre autres députés sur un total de 33. Ils créèrent un nouveau groupe appelé Forum libéral qui semble avoir l’intention de continuer dans la tradition de l’aile libérale du FPÖ.

Haider porte plainte pour diffamation contre un grand nombre de personnalités politiques externes à son parti qui l’ont critiqué[29]. Il semble que la résistance publique à ses activités ait été largement restreinte de cette façon.

Une campagne de xénophobie et de nationalisme germanique

Le FPÖ de Haider fonde le plus gros de ses activités sur la xénophobie et le nationalisme germanique. En novembre 1992, Haider lança une pétition contre l’immigration, intitulée « l’Autriche d’abord », exigeant que la constitution soit amendée, afin que l’Autriche ne puisse plus être la destination de nombreux migrants. Cette campagne encouragea la xénophobie qui s’est accrûe dernièrement avec l’afflux considérable de réfugiés bosniaques (l’Autriche est limitrophe de l’ex-Yougoslavie). Le but, très ambitieux, était de faire signer cette pétition à un million de personnes – c’est-à-dire plus que le nombre d’électeurs du FPÖ en 1990. Haider dut considérer comme une défaite que « seulement » 417.278 personnes l’aient signée fin février 1993. Mais 100.000 signatures suffirent à introduire le débat au Parlement par le biais de la pétition.

Cette fois-ci, il y eut une opposition publique considérable à la campagne xénophobe de Haider. Comme les Allemands peu auparavant qui s’étaient opposés aux violences néo-nazies survenues dans leur pays, beaucoup d’Autrichiens protestèrent en janvier 1993 contre cette pétition par des manifestations de chaînes lumineuses. La campagne xénophobe du FPÖ est basée sur le nationalisme germanique. La distinction ne se fait pas entre les Autrichiens et les étrangers, mais entre les germanophones et les étrangers.

Conclusion

Depuis que Heide Schmidt et d’autres députés de tendance libérale ont quitté le FPÖ, le profil d’extrême droite de ce parti s’est accusé. Cela empêchera peut-être d’autres partis, essentiellement le Parti conservateur (ÖVP), de continuer à collaborer avec lui.

Mais même si les électeurs libéraux se sont détournés du FPÖ pendant la campagne contre l’immigration, on peut craindre qu’une base électorale considérable d’extrême droite se maintienne, tout au moins le nombre de personnes qui a signé la pétition, c’est-à-dire presque 10% des électeurs.

Le FPÖ de Haider demeure dangereux à cause de son ambiguïté. Il combine en effet d’anciennes idéologies d’extrême droite et un style politique jeune et dynamique, profitant des déceptions que ressentent les gens à l’égard du système politique et de l’incapacité des partis politiques traditionnels à résoudre les problèmes économiques et politiques. La réussite des manifestations de chaînes lumineuses prouve qu’il est important de montrer les limites du consensus démocratique aux gens qui pourraient être séduits par les idées de Haider.

La combinaison du FPÖ et d’organisations néo-nazies violentes constitue un danger considérable pour l’Autriche.

Hartmut Aden

Mis en ligne le 8 décembre 2006

  1. Parti libéral autrichien.[]
  2. La partie historique de cet article se fonde principalement sur les ouvrages suivants : B. Bailer-Galanda/ Wilhem Lasek/ Wolfgang Neugebauer, Politischer Extremismus (Rechtsextremismus) in Dachs et al. (édité par) Handbuch des politischen Systems Österreichs, Vienne (Manzsche Verlagsbuchhandlung) 1991, pages 286-295 ; B. Bailer-Galanda, Alte und Neue Rechte, Vienne (Zukunft Verlag) 1992 ; Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstand (éd.), Rechtsextremismus in Österreich, Vienne 1980.[]
  3. B. Bailer-Galanda et al., op. cit. p. 287.[]
  4. Association des indépendants.[]
  5. Cercle des étudiants libéraux.[]
  6. Organisation paramilitaire du Troisième Reich.[]
  7. Camaraderie.[]
  8. Association pour le bien-être des Glasenbacher.[]
  9. Associations étudiantes réservées aux garçons, basées sur la vie de groupe ; la plupart d’entre elles sont conservatrices, voire ancrées à l’extrême droite.[]
  10. Jeunesses hitlériennes, la section de jeunesse du NSDAP.[]
  11. Parti national-démocrate.[]
  12. Parti national-démocrate allemand.[]
  13. Nouvelle Action de Droite.[]
  14. Parti de la loi et de l’ordre.[]
  15. Le mouvement « stop aux étrangers ». Il opère aussi sous d’autres noms, comme Volksbewegung (le mouvement du peuple) et Nationale Front.[]
  16. Handbuch des politischen Systems Österreichs, op. cit., p. 288.[]
  17. Dokumentationsarchiv, op. cit., pp. 132-172.[]
  18. L’opposition extra-parlementaire fidèle au peuple.[]
  19. Victoire.[]
  20. L’Angleterre et les États-Unis furent deux pouvoirs occidentaux notables qui refusèrent de reconnaître la présidence de Waldheim.[]
  21. Dokumentationsarchiv, op. cit., pp. 371-383.[]
  22. La déclaration de Saint-Laurent.[]
  23. Le peuple, la patrie, la vérité, l’honneur, la fidélité, la communauté, la justice et les traditions.[]
  24. B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 27-33.[]
  25. Österreichische Volkspartei, c’est-à-dire le parti du peuple autrichien[]
  26. Cela est montré dans un livre très intéressant de Harald Goldmann, Hannes Krahl et Klaus Ottomeyer : Jörg Haider und sein Publikum, Klagenfurt/Celovec (Drava), 1992.[]
  27. Étude de l’Institut für Empirsche Sozialforschung (IFES), cité par B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 218-224.[]
  28. B. Bailer-Galanda, op. cit., p. 22-25.[]
  29. H. H. Scharsach, Haiders Kampf, Vienne (Orac) 1992, pp. 218-224.[]
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