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	<title>REFLEXes &#187; antifascisme</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Schéma sur l&#8217;extrême droite</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Dec 2011 16:36:30 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Quelle est la place du Front national ? Combien de groupes y a-t-il à sa marge, et que représentent-ils vraiment ? Pas facile aujourd’hui de répondre. Face à une extrême droite en perpétuelle évolution, cherchant de plus en plus souvent à brouiller les cartes pour mieux se refaire [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Quelle est la place du Front national ? Combien de groupes y a-t-il à sa marge, et que représentent-ils vraiment ? Pas facile aujourd’hui de répondre. Face à une extrême droite en perpétuelle évolution, cherchant de plus en plus souvent à brouiller les cartes pour mieux se refaire une virginité et apparaître plus forte qu’elle ne l’est, il vaut mieux connaître les histoires, les alliances et les positionnements de ces différents mouvements pour mieux anticiper leurs actions et leurs politiques. Le schéma que vous trouverez ci-joint, ainsi que les repères historiques ci-dessous, permettent d’y voir plus clair.<a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_extreme_droite.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-1588" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_extreme_droite-1024x730.jpg" alt="schema_extreme_droite" width="474" height="337" /></a></p>
<p>Le schéma en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_ED.pdf">schema_ED</a></p>
<p>L’extrême droite à l’automne 2011 apparaît comme extrêmement morcelée, avec un nombre de groupuscules et des alliances parfois contre-nature entre certains courants ou groupes politiques. Cela s’explique par une grande confusion idéologique qui règne dans le milieu nationaliste. À travers cet organigramme, qui ne peut qu’être éphémère, nous avons tenté de dresser le bilan de cette extrême droite, en terme d’alliance et de positionnement, afin de permettre à chacun(e) de s’y retrouver. Avec les présidentielles de 2012, il y a pourtant fort à parier que la situation exposée ici aura évolué d’ici quelques mois, probablement avec des rapprochement inédits. Nous avons essayé d’être les plus exhaustifs possible, mais en ne nous intéressant qu’aux partis et groupuscules ayant une activité, même réduite, dans le monde réel et pas seulement sur internet, et de ce fait pouvant représenter un danger physique ou politique pour les militants. Ainsi, nous avons volontairement mis de côté les sites internet comme François de Souche, à l’audience proche de certains grands sites d’info, mais dont l’activité se limite finalement au relais d’informations sur des faits divers glanés ici et là et à la libre expression d’un racisme qui trouve là son exutoire.<br />
Mais pour bien comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de replacer cette distribution des rôles dans une perspective historique : car si la très grande majorité des groupes nationalistes ici présentés sont nés dans les années 2000, ils sont tous, de par l’histoire de leur formation ou celle de leurs dirigeants, ancrés dans l’histoire contemporaine de l’extrême droite telle qu’elle s’est construite à partir des années 1980, avec l’émergence du FN.</p>
<p><em> <strong>Les années 1980-1990</strong> </em></p>
<p>Si aujourd’hui une chatte n’y retrouverait pas ses petits, du début des années 1980 au début des années 2000, l’extrême droite française était organisée de façon assez simple. Le Front National (FN), qui regroupait plusieurs familles de la mouvance nationaliste (catholiques, anciens de l’Algérie française, nostalgiques du fascisme et du nazisme, anticommunistes, ultra-libéraux…) occupait la plus grande partie de l’espace politique et public de ce courant de pensée, laissant à sa périphérie divers groupuscules dont la marge de manœuvre était très limitée : l’Œuvre française, le GUD, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Troisième Voie, Unité Radicale (UR)… Si certains finissaient par rallier le FN, d’autres choisissent la surenchère idéologique et la violence comme moyen d’expression, voir le terrorisme (cf. les attentats du PNFE contre des foyers Sonacotra). La mainmise de Le Pen sur le FN et sa réussite médiatique ne laissent alors que peu de place à une autre personnalité ou mouvement venu le concurrencer, obligeant les autres formations à se soumettre ou à engager une longue traversée du désert.<br />
Le FN connaît ses meilleures années au milieu des années 1990, que ce soit sur le plan électoral ou au niveau de son appareil militant. C’est alors une machine de guerre, avec un service d’ordre composé en grande partie d’anciens professionnels de la sécurité, mais surtout avec de nombreux militants capables de se mobiliser pour n’importe quel événement.<br />
Les années 1990 sont également marquées par une recrudescence de la violence d’extrême droite, avec plusieurs morts, les victimes étant toutes des Français d’origine étrangère. Plusieurs militants du FN sont impliqués dans des meurtres à caractère raciste. La fin des années 1990 marque la fin de l’hégémonie du FN sur l’extrême droite française, avec en 1998 la scission provoquée par Bruno Mégret, alors n°2 du FN, qui quitte le parti avec de très nombreux cadres et militants pour créer une nouvelle structure, le Mouvement National Républicain (MNR). Cette brèche, ouverte dans la suprématie frontiste, permet à certains mouvements nationalistes de récupérer des cadres et militants du parti lepéniste, déçus par les tensions existant entre le FN et le MNR.</p>
<p><em> <strong>Les années 2000</strong> </em></p>
<p>Le 11 septembre 2001, le conflit israélo-palestinien et l’émergence de certains communautarismes radicaux bouleversent profondément le champ politique à l’extrême droite, avec d’un côté une extrême droite traditionnelle, restant sur ses bases, et de l’autre des mouvements prêt à passer ponctuellement des alliances inédites : on voit alors des groupes nationalistes s’allier avec militants en perdition venus de la gauche (Dieudonné, Riposte laïque) ou se prétendant venir de la gauche (Alain Soral).<br />
Parallèlement, l’émergence de Marine Le Pen à la tête du FN et ses orientations stratégiques ont entraîné un important désintérêt des jeunes d’extrême droite et des militants nationalistes radicaux pour le FN, même si le parti, surtout lors des périodes d’élections, attise toujours les ambitions et les intérêts de nombreux nationalistes. Alors que le parti n’est plus capable de recouvrir les murs des villes de France d’affiches ou de mettre dans la rue des milliers de gens comme par le passé, faute de militants de terrain, le FN enregistre de nombreuses adhésions de sympathisants, qui ne sont cependant pas prêts à se salir les mains. La nouvelle stratégie du FN version Marine est basée essentiellement sur lesmédias. Bête médiatique comme son père, Marine est présente quotidiennement à la télé ou la radio. Elle a réussi à rallier à elle des personnalités médiatiques comme Gilbert Collard, ce que son père n’avait jamais réussi à faire. En interne, elle organise la chasse aux sorcières de tous ceux et celles qui pourraient s’opposer à elle ou dont les positions trop radicales pourraient la gêner dans sa quête médiatique et politique de normalisation du FN.</p>
<p>La chronologie en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema-recto.pdf">schema-recto</a></p>
<p><em> <strong>NOTRE ANTIFASCISME</strong> </em></p>
<p>La lutte antifasciste se résume trop souvent à une simple opposition à l’extrême droite, ce qui l’empêche de prendre une véritable dimension politique. Pour nous, l’antifascisme se définit avant tout par des pratiques : l’information, la confrontation, la solidarité. Mais l’expérience nous a appris que certains principes sont fondamentaux, car tout antifascisme cohérent ne peut être qu’autonome, révolutionnaire et internationaliste. L’antifascisme n’est à nos yeux ni une posture, ni une position de principe, mais quelque chose de dynamique, un engagement réel. Il existe bien des façons de lutter contre l’extrême droite, à condition de n’en négliger aucune.</p>
<p><em> <strong>Informer</strong> </em></p>
<p>C’est un préalable à tout travail antifasciste, tant l’extrême droite est un objet de fantasmes. Presque toujours sous-estimée ou surestimée, l’extrême droite provoque chez ceux qui s’y confrontent à la fois un sentiment de rejet viscéral et de fascination, deux réactions compréhensibles, mais qui ont tendance à développer respectivement la mauvaise foi et l’extrapolation. C’est également un sujet sur lequel il est permis de dire n’importe quoi, puisque tout serait bon pour lui nuire. Pour les médias de masse, l’extrême droite est avant tout un sujet à scandale : c’est donc surtout sa violence, son folklore et sa marginalité qui sont mis en avant. Dans les publications militantes, l’extrême droite est souvent présentée comme une absurdité politique, dont le discours et les pratiques sont avant tout stupides et « haineux », ou comme l’incarnation du mal absolu. Ce travail de recherche d’information se fait à plusieurs niveaux : dans la presse, en particulier locale, dans les publications universitaires ou politiques, mais aussi et surtout sur le terrain, en collectant des informations à la source. C’est ce travail de terrain qui permet aussi de contourner la contre-information que fait l’extrême droite sur ses propres activités, en particulier sur Internet. Une fois l’information collectée et traitée, il reste à la diffuser, afin de tenter de contrecarrer cette désinformation et de dissiper les représentations erronées.</p>
<p><em> <strong>S’opposer</strong> </em></p>
<p>Mais la simple dénonciation ne suffit pas, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif du travail de recherche antifasciste. Son but est de permettre à l’action antifasciste de définir des objectifs à la fois pertinents et réalistes, d’apprécier le rapport de force et d’utiliser les moyens les mieux adaptés. Il est évident que tous les moyens d’actions (manifestations, harcèlement, attaques directes, campagnes de presse&#8230;) ne se valent pas selon le groupe ciblé (parti institutionnel comme le FN, groupes informels violents, associations religieuses…) et l’objectif visé (provocation, dénonciation, interdiction…). Mais réfléchir sur l’utilisation des moyens ne veut pas dire hiérarchiser ces différentes formes d’actions, en opposant par exemple actions publiques non violentes et actions de rue plus radicales. La question de la violence ne doit pas être prise comme prétexte pour moraliser l’antifascisme, et condamner les antifascistes qui s’opposent physiquement aux fachos, au nom d’un consensus mou qui assimile légitimité et légalité. Cependant, les affrontements de rue, vus de l’extérieur, peuvent donner l’idée que fascistes et antifascistes sont deux groupes antagonistes uniquement préoccupés l’un de l’autre. C’est pourquoi il faut toujours lier la confrontation avec l’extrême droite à d’autres formes de lutte. L’action directe n’empêche d’ailleurs pas la démarche unitaire, à condition qu’elle ne soit pas une simple alliance de circonstance.</p>
<p><em> <strong>Être solidaire</strong> </em></p>
<p>Enfin, la lutte antifasciste ne se définit pas uniquement par rapport aux activités de l’extrême droite : elle doit aussi se montrer solidaire, non seulement à l’égard des victimes de l’extrême droite, mais aussi entre les antifascistes eux-mêmes. Organiser la solidarité antifasciste est une nécessité, car comme toutes les luttes de résistance, elle se retrouve en butte à la répression et ce d’autant plus qu’elle est parfois, par la force des choses, à la limite de la légalité. Cette solidarité passe bien entendu par un soutien concret en cas de poursuites judiciaires mais pas seulement.<br />
Car la solidarité antifasciste ne doit pas s’organiser uniquement face à la répression, mais aussi en multipliant les rencontres et les actions communes, afin de permettre aux groupes antifascistes de partager des informations et d’échanger sur leurs pratiques, mais aussi de se rencontrer afin de mieux se connaître ; c’est une autre façon de montrer à l’extrême droite qu’une résistance organisée se met en place et que les antifascistes ne sont pas isolés.</p>
<p><em> <strong>Autonome, révolutionnaire et internationaliste</strong> </em></p>
<p>Lutter contre l’extrême droite, d’accord, mais pas n’importe comment. En premier lieu, notre antifascisme est autonome, à l’égard de l’État comme des partis électoralistes. La société française contemporaine s’est constituée, à la Libération, sur l’antifascisme, et pour cette raison tous les partis politiques sont « antifascistes ». Pour affirmer sa distance à l’égard de cet antifascisme républicain et pour être capable d’analyser l’extrême droite dans toutes ses dimensions (et pas seulement comme simple ennemi de la démocratie libérale), notre antifascisme est très clair sur ses positions quant aux opérations répressives de l’État contre l’extrême droite : toutes les opérations policières contre les groupes fascistes peuvent tout aussi bien être utilisés contre d’autres contestataires, en l’occurrence les antifascistes eux-mêmes. Les procédures judiciaires (interdiction, dissolution…) ne sont pas des armes politiques au service de l’antifascisme, mais des outils au service de l’État qui protège ainsi le modèle de société qu’il représente. De même, le vote n’est pas une arme efficace contre l’extrême droite, car il délègue à d’autres le soin de lui faire barrage : pas question de signer un chèque en blanc aux partis de droite comme de gauche qui ont montré des années durant de quelle façon ils recyclaient les idées du Front national une fois arrivés au pouvoir.<br />
Ensuite, notre antifascisme est révolutionnaire : être antifasciste aujourd’hui dans nos sociétés libérales, c’est placer la critique de l’État et du capitalisme au cœur de l’analyse du processus de fascisation. L’antifascisme est donc le pire produit du fascisme s’il ne vise que l’ennemi désigné par l’État libéral : pour mener un antifascisme digne de ce nom, il faut donc que sa fin et ses moyens soient clairement replacés dans un projet global de changement social. À nous de trouver, à partir de là, les formes de lutte les plus susceptibles de leur infliger un maximum de dégâts.<br />
Enfin, notre antifascisme est internationaliste, car c’est évidemment la meilleure réponse aux logiques nationalistes : abolition des frontières, libre circulation, solidarité internationale, rejet des logiques de guerre, telles sont les revendications indissociables de notre lutte antifasciste. L’extrême droite se développe dans chaque pays de façon différente, parce qu’elle est le produit de la société qui la voit naître : c’est par la connaissance de la diversité des situations que l’on peut mettre en perspective sa propre situation, les enjeux de l’antifascisme ici et là-bas et organiser des réseaux de solidarité antifasciste internationale.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Notre antifascisme&nbsp;&raquo; en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema-verso.pdf">schema-verso</a></p>
<p>Octobre 2011</p>
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		<title>« Nous avons besoin de votre aide »</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2007 09:22:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Le soutien international est à la fois vital et précieux pour nous », explique Bruno Garmson, un militant antifasciste de Saint-Pétersbourg. Il n’est pas facile d’être antifasciste en Russie en ce moment. Nous subissons les attaques répétées des militants d’extrême droite, sans que les autorités nous accordent la moindre protection. Nombre de nos militants [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>« Le soutien international est à la fois vital et précieux pour nous », explique Bruno Garmson, un militant antifasciste de Saint-Pétersbourg. Il n’est pas facile d’être antifasciste en Russie en ce moment. Nous subissons les attaques répétées des militants d’extrême droite, sans que les autorités nous accordent la moindre protection. Nombre de nos militants ont été assassinés ces dernières années, et même quand leurs agresseurs sont arrêtés, ils sortent presque toujours libres, condamnés à des peines avec sursis.</p>
<p>La « démocratie » russe encore balbutiante connaît un déclin rapide : les violations des Droits de l’Homme perpétrées lors des campagnes militaires du gouvernement en Tchétchénie, le vote par la Douma de pouvoirs d’une étendue sans précédent aux services secrets, la mise à pied d’élus (gouverneurs, maires, etc.), l’introduction de la censure les procès politiques médiatiques ainsi que des meurtres racistes et anti-antifascistes ont radicalement changé l’atmosphère politique du pays. Cela a permis aux néo-nazis et à leurs alliés de l’extrême droite parlementaire d’organiser des campagnes qui utilisent le nationalisme comme un alibi pour justifier les meurtres commis, dont beaucoup resteront impunis.</p>
<p><strong>Par delà des frontières russes, il n’est pas toujours simple de mettre en place un soutien politique antifasciste.</strong></p>
<p>Dans les histoires héroïques qu’on raconte aux enfants sur la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 menée contre les nazis (histoires qui défilent sur les écrans de la télévision russe presque tous les soirs), il est aujourd’hui bien difficile de rappeler qu’il existe d’autres raisons à cette guerre que la « défense de la patrie ».</p>
<p>Malheureusement, il ne reste plus que de trop rares témoins susceptibles de décrire l’authentique enthousiasme antifasciste qui animait ceux qui prirent fait et cause pour les Républicains espagnols ; ils ne sont plus nombreux, ceux qui sont capables de dire à quel point ils étaient convaincus, durant la Seconde Guerre mondiale, que les nazis avaient pour objectif de réduire en esclavage et d’exterminer les citoyens russes, qu’ils considéraient comme des sous-hommes ; seuls ces témoins peuvent expliquer à quel point la lutte antifasciste était, au-delà de tout cela, une bataille de l’humanité contre la barbarie fasciste.</p>
<p>Les néo-nazis russes d’aujourd’hui utilisent les mythes nationalistes officiels de la Grande Guerre patriotique à la fois pour prouver la supériorité de la Russie et pour illustrer de quelle façon le régime de Staline a fait se fourvoyer l’ensemble du peuple russe, sacrifiant des millions de soldats et de civils contre la croisade anti-bolchévique de Hitler, qui visait selon eux à « libérer » les Russes. L’ignorance de l’histoire soviétique, l’absence d’une analyse adaptée de la théorie et de la pratique du fascisme et la réduction du terme « antifascisme » à son unique acception de combat nationaliste mené contre les ennemis de la Russie rendent extrêmement difficiles la déconstruction de ce discours qui repose pourtant sur des mensonges criants.</p>
<p>Le véritable antifascisme, qui défie le nationalisme et s’oppose clairement au néo-nazisme, est une orientation politique risquée. Une telle attitude « dissidente » est considérée comme une « opposition suspecte » à la politique du président Vladimir Poutine et de l’État. Tout individu qui adopte ce genre d’attitude est considéré comme un « extrémiste », tout comme les néo-nazis. S’opposer ouvertement au fascisme revient à devenir la cible des bandes de néo-nazis violents qui patrouillent dans les rues de plusieurs villes russes, à la recherche de victimes qu’ils attaquent au grand jour.</p>
<p>De jeunes antifascistes ont commencé la contre-offensive. L’engagement courageux de ces jeunes antifascistes russes contre la violence néo-nazie qui règne dans les rues et ne cesse de s’accroître fait souvent l’objet de procédures judiciaires qui se sont avérées contradictoires. Les procès des assassins néo-nazis aboutissent la plupart du temps à ce que les procureurs ont requis : presque toujours des condamnations pour hooliganisme (violents troubles à l’ordre public) ou pour participation à des faits de hooliganisme.</p>
<p>Il n’existe pas de réelle pression exercée par le Kremlin ou la Douma sur les procureurs pour qu’ils requièrent des peines pour meurtres racistes ou politiques, et les négociations entre juges, procureurs et avocats de la défense sont monnaie courante, dans le but d’aboutir à une coopération durant les procès. Au bout du compte, et de façon cruciale, il y a également un manque de pression du côté des antifascistes qui, parce qu’il n’existe pas de culture démocratique bien enracinée, ne s’impliquent ni dans les enquêtes ni dans les débats menés pendant les procès.</p>
<p>Ici, à Saint-Pétersbourg, des antifascistes ont proposé leur aide, en tant qu’experts, aux procureurs, depuis le début des années 1990, et ils ont mené ainsi des campagnes qui ont pu aboutir. Les néo-nazis ont répliqué en assassinant Nikolaï Girenko en 2004, car il était un des rares chercheurs antifascistes connu pour avoir apporter son aide aux procureurs contre les fachos.</p>
<p>Maintenant, une nouvelle génération d’antifascistes est à l’œuvre, qui s’oppose physiquement aux néo-nazis dans la rue mais aussi lors des procès. Leurs combats sont essentiels (toute autre alternative serait une capitulation) mais extrêmement coûteux. Cela coûte en effet beaucoup d’argent de participer aux débats judiciaires, même quand les avocats travaillent gracieusement. Dans l’affaire qui oppose la famille de Timur Kacharava aux assassins de ce dernier, le soutien financier des antifascistes a permis à la famille et aux amis de Timur de faire juger ses assassins.</p>
<p><strong>En Russie, il n’y a pas de grands syndicats, pas de structures antiracistes dont l’existence soit pérenne ni de tradition antifasciste républicaine (au sens où on l’entend dans d’autres pays), vers qui les antifascistes pourraient se tourner. C’est pourquoi nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes et sur la solidarité antifasciste internationale.</strong></p>
<p>Le soutien de nos frères, de nos sœurs et de tous les camarades antifascistes à l’étranger est donc d’autant plus vital et précieux pour les antifascistes russes.</p>
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		<title>D&#8217;une manifestation l&#8217;autre : 1er Mai et 9 Mai 2007</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2007 10:44:50 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>En l&rsquo;espace de deux semaines, l&rsquo;extrême droite parisienne &#8211; et dans une moindre mesure nationale &#8211; a montré que sa tendance la plus radicale avait encore de beaux jours devant elle et que les questions persistantes sur l&rsquo;avenir du FN n&rsquo;étaient pas un cas de conscience pour tout le monde.</p>
<h3>Un 1er Mai pêchu</h3>
<p>Le 1er Mai tout d&rsquo;abord. Si l&rsquo;année dernière tout le cortège ne bruissait que de commentaires sur De Villiers et ses tentatives d&rsquo;OPA inamicale sur les militants et les électeurs du FN, cette année le nom du Vicomte avait totalement disparu des préoccupations des participants. À la place, une partie du cortège semblait frappé de sidération face au braquage électoral sarközyste. Comment un homme qui semble si peu aimer ce pays dans ses réalités « charnelles » et dont la femme déclarait à <em>Libération</em> en 2004 qu&rsquo;elle était « fière de ne pas avoir une goutte de sang français dans les veines » pouvait-il bien avoir réussi un tel tour de prestidigitation patriotique ? Les commentaires allaient donc bon train sur l&rsquo;attitude à adopter au second tour et, inévitablement, sur les responsabilités à chercher du côté du Front National pour expliquer une défaite pour le moins cuisante. Cela se traduisait par quelques sifflets visant Marine Le Pen en provenance des rangs du FNJ lorsque la fille du chef rejoignait le cortège à Saint-Augustin. Il faut dire que les relations ont été mauvaises tout au long de la campagne entre la structure de jeunesse et Marine Le Pen au point que certain(e)s militant(e)s du FNJ en sont venu(e)s aux mains et aux larmes avec la structure des Jeunes avec Le Pen cet hiver lors d&rsquo;un meeting-débat à La Plaine-Saint-Denis. Les Jeunes avec Le Pen est en effet une création directe de l&rsquo;équipe de Marine Le Pen en vue de pouvoir compter sur une structure de jeunes plus docile et moins provocatrice. L&rsquo;attitude du FNJ tout au long du cortège a montré que la méfiance de Marine Le Pen n&rsquo;était pas usurpée. Emmenés par une direction nationale très en forme, en particulier Alexandre Ayroulet et Marie-Adélaïde Michel, les jeunes militants ont pu en effet se déchaîner, tant dans les slogans &#8211; « Europe, Jeunesse, Révolution », « Islam hors d&rsquo;Europe » &#8211; que dans les chansons avec Les Lansquenets. Si les têtes de cortège ne lançaient pas forcément tous les slogans, du moins ne faisaient-ils rien pour les freiner, donnant ainsi une tonalité très radicale au défilé&#8230;</p>
<p>Le cortège dans son ensemble présentait d&rsquo;ailleurs une tonicité assez surprenante pour un parti relégué à 10,5%. Il était par ailleurs plus étoffé que les deux années passées mais cela était peut-être du au fait que, par curiosité ou par intérêt, un certain nombre d&rsquo;ex-militants frontistes étaient venus faire un tour au défilé. C&rsquo;était par exemple le cas d&rsquo;une délégation MNR et en particulier de Bruno Mégret mais également de toute la galaxie groupusculaire d&rsquo;extrême droite, du Renouveau Français venu en masse vendre <em>L&rsquo;Héritage</em> aux Identaires venus non moins vendre <em>ID Magazine</em> en passant par le RED venu vendre <em>Le Dissident</em>. Tout ce petit monde compte évidemment bien prospérer sur les tensions internes du FN pour récupérer des militants, chacun se plongeant avec délice dans la surenchère ethnique ou nationaliste pour démontrer qu&rsquo;ils sont les seuls purs. On pouvait même voir circuler des tracts du fantomatique Réseau France Nationaliste de Thierry Maillard, à qui <em>Libération</em> avait fait l&rsquo;honneur de rendre compte de son appel à barrer la route à Nicolas Sarkozy quelques jours plutôt. Côté invidualités, on pouvait voir Alain Soral défiler avec une petite cour d&rsquo;aficionados ou la petite bande à ex-gudards, comprenez M. Chatillon lui-même avec femme, enfants et amis, visiblement remis de son altercation musclée avec des hools du PSG le soir du 1er tour au Paquebot, ces derniers ayant essayé de s&rsquo;en prendre à Dieudonné (<em>Minute</em> de la semaine dernière). En queue de cortège, on trouvait l&rsquo;habituelle cohorte de skins, avec leur panoplie familière en ce genre d&rsquo;occasion.</p>
<p>Place de la Concorde, le FN avait considérablement avancé la « tribune présidentielle » ce qui donnait l&rsquo;illusion d&rsquo;une place remplie. Du coup les stands des structures amies ou tout du moins tolérées étaient entassés dans un coin. Paul Thore et ses t-shirts faits main, les Bonnivard et leur soupe au cochon transgénique, Thibaud de Chassey et ses productions patriotes, Paul Pittet et ses décorations mélusiennes avaient quand même réussi à se faire une petite place. Le discours de Le Pen était peu audible mais la ferveur de ses militants toujours intacte. Qui a dit que notre époque moderne ne recèle plus de grand mystère ?</p>
<h3>Un 9 Mai confus</h3>
<p>Une semaine plus tard, le nationaliste de base était convié à ressortir son plus bel habit du mercredi pour commémorer la mort de Sébastien Deyzieu. La confusion semble avoir régné tout le début de semaine, les antifas étant prévenus par la Préfecture de Police de Paris de certaines dispositions qui, à l&rsquo;évidence, s&rsquo;appliquaient à la manifestation nationaliste et à la contre-manifestation antifa. Après avoir été sérieusement limitées, les manifestations étaient finalement autorisées le mercredi après-midi mais sur des distances très limitées et avec une multitude de rues interdites.</p>
<p>De fait, c&rsquo;est peu dire que ce 9 mai du côté des antifas ne restera pas dans les annales ! Les manifestations anti-sarko de dimanche, lundi et mardi soir (ainsi que leur lot d&rsquo;arrestations), les pressions policières sur certaines organisations politiques, ont sans doute eu un impact sur la faible mobilisation de notre côté. Mais ne nous voilons pas la face, nous n&rsquo;avons pas su gérer le casse-tête administratif mis en place par la police pour nous gêner. Un réel manque de réactivité nous a empêché de retourner la situation à notre avantage. Résultat à 19h30, un peu plus d&rsquo;une centaine de sympathisants ou militants se rassemblaient à Saint-Michel. On était bien loin des effectifs habituels pour un 9 mai ! Malgré tout, cela n&rsquo;a pas empêché les personnes présentes de passer outre les ordres de la Préfecture de Police et de marcher en direction de Port-Royal, vers le point de rassemblement des militants d&rsquo;extrême droite. Finalement la police encerclera assez rapidement les antifas pour ensuite les embarquer vers un commissariat du 18e arrondissement de Paris. Soyons clair et que cela nous serve de leçon : si tout le monde avait décidé de se rassembler, nous aurions pu engager un rapport de force avec la police, mais devant notre très faible nombre, les organisateurs nationalistes du 9 mai avaient le champ libre pour négocier l&rsquo;autorisation de leur manifestation.</p>
<p>En effet et fin de compte, le cortège nationaliste se formait et recevait à l&rsquo;évidence l&rsquo;aval de la préfecture, permettant ainsi à 350 militants ou sympathisants auxquels s&rsquo;étaient adjoints une soixantaine de hooligans du PSG de faire leur balade nocturne, encadrés par un service d&rsquo;ordre lourdement équipé. Organisé cette année par Pro Patria, un réseau de vieux militants parisiens d&rsquo;origine diverse qui semble s&rsquo;être formé l&rsquo;automne dernier et qui s&rsquo;est déjà signalé par divers collages ou bombages, le cortège réunissait des militants des différentes organisations natio : FNJ (sans son directeur national cette année), Renouveau Français (Thibaud de Chassey, Bruno Archier, Charles-Alban Schepens, Sylvain Jaurand, François Dussoubs, etc), Jeunesses Identitaires, nazis skins divers et variés de toutes générations (Batskin et quelques vieux JNR, etc&#8230;), ex-gudards (Frédéric Chatillon, Axel Loustau, etc&#8230;), individualités comme Hervé Lalin ou Éric Iorio, membre de la direction du FN et époux de Marine Le Pen&#8230; Le trajet emprunté était le même que l&rsquo;année dernière et finissait sans incident notable rue des Chartreux.</p>
<h3>De drôles de paroissiens</h3>
<p>Après la traditionnelle chansonnette agrémentée de quelques slogans hools, tout ce petit monde repartait vers Montparnasse et, tandis que les hooligans divaguaient en direction de Port-Royal, ce qui restait des manifestants allait sagement rue de la Tombe Issoire (14e arrdt) se mettre au chaud dans la salle paroissiale de l&rsquo;église Sainte-Dominique pour écouter deux groupes ayant une ressemblance somme toute assez sommaire avec la chorale des Petits Enfants à la croix de bois, à savoir les Italiens de Zetazeroalfa et les crypto-identitaires parisiens d&rsquo;Hôtel Stella. Le groupe emmené par Gaëtan Bertrand avec le renfort de Richard Pareti (ex-In Memoriam) est censé jouer du « rock hussard » en s&rsquo;inspirant du courant littéraire du même nom. En fait, la référence à la littérature n&rsquo;a pas semblé heurter les skins présents, en particulier Batskin, qui se sont lancés dans des pogos dignes d&rsquo;un groupe de RAC et le groupe lui-même d&rsquo;ailleurs n&rsquo;a pas semblé gêné outre mesure par la gerbe de bras tendus saluant certaines de leurs chansons ou reprises. Le tout s&rsquo;est de nouveau passé sans incident, du moins tant que nous y étions.</p>
<p>Que dire de cette soirée ? Évidemment que c&rsquo;est une défaite pour les antifas comme nous le soulignions précédemment et il serait stupide de nier le contraire. Mais ce triste constat appelle cependant quelques nuances. Tout d&rsquo;abord la préfecture semble avoir clairement choisi la manifestation nationaliste, ses représentants sur place tolérant même que des individus défilent casque sur la tête et manche de pioche à la main. Le préfet ne pouvant être soupçonné de quelque sympathie que ce soit eu égard à son attitude face à la soupe identitaire, cela vient donc sans doute de la prise en compte de la situation en début de soirée, à savoir d&rsquo;un côté 400 gugusses bien équipés, de l&rsquo;autre entre 100 et 200 personnes peu organisées, non armées et à la dangerosité fort limitée. Le dispositif policier a donc entièrement été mis au service des natios et le plus cocasse de cette soirée aura finalement été de voir tous ces militants, profondément révolutionnaires comme chacun sait, rouler des mécaniques dans un espace totalement nettoyé d&rsquo;une quelconque opposition par l&rsquo;intervention des forces de l&rsquo;ordre. Cela ne sembla pas gêner les hools et cela n&rsquo;empêcha pas les militants de crier « Pouvoir assassin ! » en fin de manifestation. Comme c&rsquo;étaient les mêmes qui criaient « Les CRS avec nous ! » lors des manifestations anti anti-CPE de mars 2006, la boucle est bouclée&#8230;</p>
<p>Ensuite le milieu nationaliste radical parisien semble engagé dans une dynamique unitaire qui lui donne le nombre, la force et les moyens. Cette dynamique naît bien évidemment d&rsquo;un contexte plus général qui lui est favorable : échec du FN et remise en question de la stratégie frontiste, débat public récurrent sur l&rsquo;identité nationale&#8230; Autant dire que les thématiques anti-autoritaires et égalitaires n&rsquo;ont pas exactement le vent en poupe&#8230;<br />
Enfin, au delà du fait qu&rsquo;on peut se demander si le prêtre de la paroisse Sainte-Domique était bien au courant de la nature exacte des activités qui avaient lieu dans son sous-sol, si même dieu se met de la partie et contre nous&#8230;</p>
<p>Publié le 11 mai 2007</p>
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		<title>J : rappeur et militant antifasciste</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:54:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) J est allemand, rappeur et militant antifasciste. Il y a trois ans, il a quitté son pays pour vivre ailleurs en Europe, horrifié qu&#8217;il était par la montée du néo-nazisme en Allemagne. Après avoir signé chez une major, il investit l&#8217;ensemble de son [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/J-interview.jpg"><img class="wp-image-2450 aligncenter" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/J-interview.jpg" alt="J-interview" width="600" height="214" /></a></p>
<p><em>J est allemand, rappeur et militant antifasciste. Il y a trois ans, il a quitté son pays pour vivre ailleurs en Europe, horrifié qu&rsquo;il était par la montée du néo-nazisme en Allemagne. Après avoir signé chez une major, il investit l&rsquo;ensemble de son cachet dans Germany Alert, une newsletter hebdomadaire sur les événements en Allemagne et sur l&rsquo;extrême droite.</em><br />
<em> REFLEXes a eu récemment la possibilité de l&rsquo;interroger sur son travail et sur ses convictions.</em></p>
<p><strong>REFLEXes : Peux-tu nous en dire plus sur toi ?</strong></p>
<p>J : Je suis musicien, je joue de plusieurs instruments depuis l&rsquo;âge de 12 ans. Je vivais à Berlin-Est où j&rsquo;ai grandi. Au moment de l&rsquo;unification, quand les nazis, le fascisme, la Grande Allemagne, quand toutes ces conséquences de l&rsquo;unification ont commencé à prendre de l&rsquo;importance, j&rsquo;ai quitté Berlin et décidé de vivre à l&rsquo;étranger. J&rsquo;ai commencé à enregistrer un album, et bien sûr, dans cet album j&rsquo;ai commencé à parler de ce qui se passait en Allemagne. Mais la situation empirait et avant que l&rsquo;album soit fini nous avons commencé à faire <em>Germany Alert</em> parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien : tout ce que nous entendions raconter sur l&rsquo;Allemagne par des amis, par des connaissances, nous ne pouvions pas le lire dans les journaux ni le voir à la télévision ; je voulais donc le mettre dans mes chansons. Mais ce n&rsquo;était pas assez, alors nous avons démarré <em>Germany Alert</em> qui est devenu très important.</p>
<p><strong>R : Qu&rsquo;ont pensé tes amis, ta famille de ta décision de quitter l&rsquo;Allemagne ?</strong></p>
<p>J : Ils ont pensé que c&rsquo;était une bonne idée. Pour ce que je faisais, pour la musique que je voulais faire, pour ce que je voulais dire. Ils pensaient que c&rsquo;était bon que j&rsquo;apprenne de nouvelles choses. C&rsquo;est ce que je voulais mais avec ce qui se passait en Allemagne cela devenait impossible. Au lieu de s&rsquo;ouvrir au monde, d&rsquo;apprendre à connaître des cultures et des gens différents, tout devait soudainement être allemand. Allemand, allemand, allemand. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est passé, j&rsquo;étais donc assez content de quitter cette atmosphère.</p>
<p><strong>R : Qu&rsquo;est-ce qui t&rsquo;a décidé à t&rsquo;engager dans le combat antifasciste ?</strong></p>
<p>J : Tout simplement parce que j&rsquo;étais personnellement concerné par ce que je voyais et j&rsquo;étais choqué par le fait que personne n&rsquo;en parle. Je suis sûr que certains en parlaient entre eux, mais la population en général n&rsquo;en savait rien car elle ne voyait rien dans les médias, presse ou télévision. À partir de là, j&rsquo;ai pensé que les journalistes ne savaient pas ce qu&rsquo;il se passait ou qu&rsquo;ils ne voulaient pas en parler. Nous avons donc démarré <em>Germany Alert</em> pour les journalistes, les associations humanitaires. Nous avons formé un groupe de journalistes, de reporters, d&rsquo;enquêteurs qui fournissent <em>Germany Alert</em> en informations. Notre lettre d&rsquo;information est envoyée à des journalistes et des militants d&rsquo;organisations humanitaires à travers le monde, et ainsi ces personnes peuvent écrire sur ce qui se passe en Allemagne.</p>
<p><strong>R : Quel est l&rsquo;impact de <em>Germany Alert</em> ?</strong></p>
<p>J : Je pense que c&rsquo;est un succès. Le début a été un peu étrange car nous n&rsquo;envoyions notre lettre d&rsquo;informations qu&rsquo;à très peu de personnes, cinq en fait, comme le Congrès juif mondial ou la Fondation Anne Frank à Amsterdam, pour voir comment les gens réagissaient. Le style de nos articles était alarmant, du genre «Ils sont nazis !». L&rsquo;accueil a été mitigé dans un premier temps : par exemple, le président de la Fondation Anne Frank nous appela pour nous dire «Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? À la Fondation nous avons le plus gros centre d&rsquo;informations sur l&rsquo;Allemagne. Qu&rsquo;est-ce qui se passe ? Nous ne savons rien des informations que vous publiez, donc cela ne peut pas être vrai.» Nous avons quand même continué à lui envoyer notre lettre et trois ou quatre semaines plus tard, il nous envoya un fax nous disant «S&rsquo;il vous plaît, continuez à nous envoyer la newsletter, c&rsquo;est maintenant la chose la plus importante que nous ayons sur l&rsquo;Allemagne. Nous avons vérifié et tout est vrai». Il s&rsquo;excusa et nous nous sommes dit, OK c&rsquo;est bon, nous pouvons maintenant vraiment la lancer.</p>
<p><strong>R : Combien de temps a-t-il fallu pour que vos lecteurs commencent à dire que <em>Germany Alert</em> était une bonne source d&rsquo;informations ?</strong></p>
<p>J : Cela a été très long. Pour les premiers destinataires de notre lettre, cela a pris quelques semaines après qu&rsquo;ils eurent vérifié les informations, puis plus de personnes la recevaient, meilleures étaient les réactions. Par ailleurs, des stations de télévision, la BBC, nous téléphonaient pour obtenir le contact avec des personnes dont nous parlions. Ils voulaient faire des reportages sur les attaques, sur les nouvelles lois sur l&rsquo;asile&#8230; et la même chose se reproduisait aux États-Unis avec ABC (un des trois principaux réseaux de télévision). Il y avait de nombreux encouragements, les gens voulaient ces informations.</p>
<p><strong>R : Avez-vous eu de mauvaises réactions ?</strong></p>
<p>J : Nous avons reçu des menaces de mort par téléphone et un de nos bureaux a été attaqué l&rsquo;année dernière. Mais il était évident que dès le début qu&rsquo;il y aurait des réactions venant des nazis, des organisations fascistes.</p>
<p><strong>R : Quels scoops <em>Germany Alert</em> a-t-il publiés ?</strong></p>
<p>J : Plusieurs informations que nous avons sorties ont été ensuite publiées dans les journaux, et nous avons publié des informations que les grands journaux ne publiaient pas, comme l&rsquo;expulsion des Tziganes d&rsquo;Allemagne. Cela commença l&rsquo;année dernière en novembre. L&rsquo;Allemagne a payé à la Roumanie une grande somme d&rsquo;argent pour que celle-ci devienne en fait «un vaste camp de concentration» de l&rsquo;Allemagne. Ils y déportent toujours des Tziganes ; ces expulsions avaient en effet déjà commencé dans la période précédant la modification de la loi sur l&rsquo;asile. Ils viennent chercher les Tziganes dans leurs foyers, les enfants dans leurs écoles avant de les mettre dans des trains ou des avions en direction de la Roumanie, de la Serbie, des pays en tout cas où ils ne sont pas en totale sécurité. Nous avons recueilli récemment un témoignage sur les conditions de ces expulsions. Ils prennent la famille entière, ils leur enlèvent leurs vêtements, toutes leurs affaires, leur argent est confisqué par les Allemands et on les renvoie sans rien. Bien sûr, quand ils arrivent à destination, nous avons beaucoup moins d&rsquo;informations, mais nous savons plusieurs choses : ils sont mis dans des camps, les familles sont divisées&#8230; Ils ne sont pas envoyés dans un pays où rien ne peut leur arriver. Il est très clair, et les Allemands le savent bien sûr, qu&rsquo;ils sont envoyés en enfer.</p>
<p><strong>R : On peut faire un parallèle avec ce qui est arrivé aux Juifs il y a cinquante ans.</strong></p>
<p>J : Bien sûr, c&rsquo;est l&rsquo;équivalent actuel de ce qu&rsquo;il s&rsquo;est passé dans les années 1930 et 1940, le massacre d&rsquo;un peuple entier et de sa culture. Et ils le savent. Et c&rsquo;était une des choses dont on a parlé au début, mais les gens ne veulent toujours pas l&rsquo;écrire même si c&rsquo;est quelque chose de prouvé. Nous avons aussi publié d&rsquo;autres informations exclusives comme le montant des sommes dépensées par le gouvernement allemand pour déstabiliser la Pologne, la République tchèque et la Russie : ils créent des centres culturels et versent des millions de mark aux organisations qui réclament des territoires de la Pologne, de la Russie et de la République tchèque. Ils le font de manière intelligente, ils mettent en place de soi-disant centres culturels et obtiennent que les gens les acceptent. Ils achètent des terres dans ces territoires mais en utilisant des intermédiaires ; mais comme il existe encore dans ces pays-là des lois qui interdisent aux Allemands d&rsquo;y acheter de la terre, ils passent par des citoyens polonais par exemple. Tout cela est financé par le gouvernement allemand. Nous l&rsquo;avons trouvé dans le budget du gouvernement et nous avons publié le plus que nous pouvions. Ce phénomène n&rsquo;appartient pas au passé, il s&rsquo;accroît de plus en plus chaque année, et son but devient de plus en plus clair : ils agrandissent l&rsquo;Allemagne.</p>
<p><strong>R : Que penses-tu de l&rsquo;attitude du gouvernement vis-à-vis de l&rsquo;extrême droite en Allemagne ?</strong></p>
<p>J : Je pense que par certains côtés, ils sont une partie de l&rsquo;extrême droite. À cause de tous les liens financiers et personnels existant entre des membres du gouvernement et toutes ces organisations, partis d&rsquo;extrême droite, eux-mêmes liés aux groupes skinheads. Les skinheads nazis n&rsquo;ont peut-être rien dans la tête, mais ils sont néanmoins liés à des organisations qui en fait sont liées, voire financées par le gouvernement. Je pense que cet ensemble est très très bien organisé. Contrairement à ce que raconte le gouvernement allemand, ce ne sont pas des groupuscules. Ce sont des groupes nombreux et très bien organisés. Tout est fait pour tromper le reste du monde, le gouvernement dit qu&rsquo;ils sont peu nombreux, qu&rsquo;il les combat, qu&rsquo;il fait quelque chose contre la violence, etc. mais en fait, il fait tout le contraire. Le gouvernement ne fait rien, ou quand il fait quelque chose, comme une arrestation par exemple, ce n&rsquo;est que pour les médias&#8230;</p>
<p><strong>R : C&rsquo;est vrai. Quand on voit par exemple les attaques de Rostock ou de Mölln, comme c&rsquo;était une affaire énorme, ils ont été obligés de faire quelque chose comme manifester avec une chandelle, ou prendre une petite décision mais c&rsquo;est tout. Comment vois-tu le futur de l&rsquo;Allemagne ?</strong></p>
<p>J : Tout dépend de la réaction du reste du monde. Je pense que tout dépend de la situation économique actuelle, parce que c&rsquo;est à mon avis à cause de cela que les Allemands réagiront enfin, si on s&rsquo;attaque à leur argent, à leur économie, mais si rien ne se passe de ce côté-là, je ne pense pas que cela va s&rsquo;améliorer, la situation ne va faire qu&rsquo;empirer&#8230;<br />
Je pense que le facteur économique a déjà une influence importante à l&rsquo;heure actuelle ; de nombreuses entreprises étrangères arrêtent d&rsquo;investir en Allemagne. Mais cela n&rsquo;a pas d&rsquo;effet immédiat, le nombre des attaques continue à croître. Et peut-être arriverons-nous au stade où les Allemands diront «On s&rsquo;en fout, on n&rsquo;a pas besoin de votre argent, on dirige notre pays comme on veut.»<br />
Je ne sais pas s&rsquo;ils le peuvent. Ils vendent leurs marchandises dans le monde entier et ils redoutent qu&rsquo;il y ait un boycott contre les voitures allemandes par exemple&#8230; Quant aux skinheads dans les rues, ils attaqueraient peut-être encore mais au moins il y aurait quelque chose de fait contre eux.</p>
<p><strong>R : Donc tu penses que les gens devraient organiser un boycott de l&rsquo;économie de l&rsquo;Allemagne.</strong></p>
<p>J : Exactement. C&rsquo;est ce qui devrait être fait, car c&rsquo;est une des rares choses que les gens comprennent, car cela s&rsquo;attaque à leur argent. C&rsquo;est triste, mais ce genre de choses peut aider.</p>
<p><strong>R : D&rsquo;une manière générale, comment vois-tu ce qui se passe dans le reste de l&rsquo;Europe ? Particulièrement dans les pays où l&rsquo;extrême droite grandit de plus en plus ?</strong></p>
<p>J : Eh bien, je pense que l&rsquo;Allemagne est la clef de tout : si les choses se calment en Allemagne, cela leur rendra la vie plus dure dans le reste de l&rsquo;Europe. Je pense que l&rsquo;Allemagne sert d&rsquo;exemple, montre aux autres néo-nazis d&rsquo;Europe que c&rsquo;est possible, qu&rsquo;ils peuvent avoir une place, être acceptés&#8230; Tout est lié à l&rsquo;Allemagne qui est le centre de l&rsquo;ensemble de ce qui se passe en Europe. Et bien sûr, dans un contexte de crise économique, c&rsquo;est plus facile pour les fascistes et les nazis de convaincre des gens qui ne les auraient pas même écoutés auparavant, avec des raisonnements stupides du genre : s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de travail c&rsquo;est à cause des étrangers qui leur piquent leurs boulots.</p>
<p><strong>R : Penses- tu rentrer un jour vivre en Allemagne ? Que penses-tu faire plus tard ?</strong></p>
<p>J : Eh bien, je ne pense pas que je retournerai vivre là-bas, en tout cas pas dans un futur proche et pas dans la situation actuelle. Comme je le disais, je fais de la musique et je veux faire une tournée et de nombreuses choses comme voyager et en profiter pour parler aux gens de la situation actuelle. Car je peux aller à l&rsquo;émission «Good Morning America» (une des émissions d&rsquo;information et de variétés les plus suivies le matin aux États-Unis) et y dire ce qui se passe ici. Je pense que c&rsquo;est très important d&rsquo;utiliser ce genre de show pour parler aux jeunes. Je ne pourrais pas faire cela si je ne faisais pas de la musique. Je ne pourrais pas le faire même si je le voulais. Mais ce que je veux vraiment faire, c&rsquo;est de la musique, faire ce que je fais, des disques et des tournées, et utiliser cela pour parler de ce qui se passe en Allemagne, en Europe et dans le monde. Je pense que ce travail est aussi efficace, car si tu es un militant antifasciste, tu fais ton travail, mais tu n&rsquo;as pas le même écho que si par exemple Michael Jackson déclare&#8230; (rires)</p>
<p><strong>R : Le mot de la fin ?</strong></p>
<p>J : Hier nous avons discuté avec le président du Conseil national des Tziganes en Allemagne, qui nous en a appris beaucoup sur la déportation des Gitans, c&rsquo;est horrible. Ils prennent des familles entières, on leur enlève leurs vêtements, on leur prend tout ce qu&rsquo;ils ont. Ils prennent tout afin que les Tziganes ne puissent plus revenir et c&rsquo;est incroyable pour moi que cela se passe au coeur de l&rsquo;Europe et que personne n&rsquo;en sache rien ou n&rsquo;en veuille rien savoir. Cela me tue.</p>
<p>Le premier album de J <em>We are The Majority</em> est disponible chez Polydor</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
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		<title>Le masque du FN tombe au Québec</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 14:50:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) Profitant de la tenue du Congrès Métropolis 1993 réunissant les grandes métropoles du monde à Montréal du 21 au 24 septembre dernier, le Front national a tenté une percée outre-Atlantique. Grâce au Conseil régional d&#8217;Île-de-France, deux membres du FN, Jean-Yves Le Gallou et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/FN-Quebec.jpg"><img class="aligncenter wp-image-2453" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/FN-Quebec.jpg" alt="FN-Quebec" width="600" height="164" /></a></p>
<p><strong>Profitant de la tenue du Congrès Métropolis 1993 réunissant les grandes métropoles du monde à Montréal du 21 au 24 septembre dernier, le Front national a tenté une percée outre-Atlantique. Grâce au Conseil régional d&rsquo;Île-de-France, deux membres du FN, Jean-Yves Le Gallou et Patrick Delmas, ont participé à ce congrès international en tant que membres de la délégation multipartite de ce Conseil, qui regroupait vingt-sept délégués dans un congrès en réunissant 800. Les deux élus du FN ont également été rejoints au Québec par Jacques Dore, chargé de missions aux Affaires étrangères du FN et conseiller de Bretagne.</strong></p>
<p>Dès l&rsquo;annonce de la tenue d&rsquo;une rencontre publique du FN au Québec à la fin juillet, plusieurs organismes ont réagi. Une coalition contre la présence du Front national et la montée de l&rsquo;extrême droite s&rsquo;est constituée pour s&rsquo;opposer aux plans du FN. L&rsquo;Association des hôteliers de Montréal a même invité ses membres à la prudence en les invitant à reconsidérer l&rsquo;impact qu&rsquo;aurait la location d&rsquo;une salle au FN pour la tenue d&rsquo;une rencontre. Malgré les garanties de M. Roger Alacoque, ex-bottier de Lyon et représentant du FN au Québec, que «50 malabars assureront la sécurité et qu&rsquo;ils sont prêts à tout pour moi», l&rsquo;Hôtel Maritime de Montréal a annulé sa réservation avec le FN à la fin juillet.<br />
À la suite des déclarations du représentant du FN au Québec voulant que le Ku klux klan soit un allié occasionnel du FN et le leader du KKK un «bon garçon», la véritable nature de cette assemblée est devenue évidente pour tous. Le FN voulait regrouper les membres xénophobes, ultra-nationalistes et racistes du Mouvement pour une immigration restreinte et francophone (MIREF), Jeunes Nations, SOS Génocide, le KKK sous sa bannière unifiée. Des représentants du Heritage front, un groupe suprématiste blanc canadien, allaient également faire partie de la rencontre. Bref, le Front national allait permettre aux racistes et aux néo-nazis de se rencontrer et de former une alliance pour faire progresser leur programme politique au pays.<br />
C&rsquo;est plutôt une bannière unifiée contre le racisme, l&rsquo;antisémitisme, le sexisme et l&rsquo;homophobie qui s&rsquo;est constituée, avec plus de 38 organisations-membres, recevant l&rsquo;appui de 39 organismes provenant des milieux syndicaux, antiracistes, politiques, de femmes, de gays et de lesbiennes, d&rsquo;immigrants et de communautaires. En fait, la plus grande coalition antiraciste des trente dernières années au Québec !</p>
<p><strong>Une arrivée houleuse<br />
</strong></p>
<p>Dès l&rsquo;arrivée des délégués FN, une trentaine de manifestants antiracistes les ont «chaleureusement» dénoncés à l&rsquo;aéroport de Montréal. Par la suite, Le Gallou s&rsquo;est dit amusé de la réaction ! Le maire de Montréal a ensuite annoncé son intention de refuser l&rsquo;accès au cocktail officiel de la ville aux délégués du FN. Le lendemain, 250 personnes manifestaient à l&rsquo;ouverture du Congrès Métropolis en dénonçant la présence du FN. Mais, le lendemain, la récréation était terminée pour le FN.<br />
Le 22 septembre 1993, le Front national organise une conférence de presse pour énoncer ses thèses politiques et répondre à la campagne de «diabolisation» dont il se dit victime. Encadré par une vingtaine de militants néo-nazis du KKK et du Heritage front, le Front national tente de présenter sa plate-forme politique. L&rsquo;arrivée de manifestants antiracistes provoque une certaine nervosité chez le service d&rsquo;ordre des chemises brunes, assemblé pour assurer la sécurité du FN sous la «gouverne» du leader du Ku klux klan, Michel Larocque. Alors que les médias ne cessent de questionner Le Gallou et Dore sur les liens qu&rsquo;entretiennent le FN et le KKK, et après plusieurs tentatives pour éluder la question, Dore tient à se distancer du KKK. Alors, le cirque du FN s&rsquo;emballe.<br />
Le leader du KKK dénonce l&rsquo;hypocrisie du Front national en soulignant qu&rsquo;il a reçu le mandat d&rsquo;assurer le service d&rsquo;ordre, que lui et ses «amis» sont membres du CFRE et qu&rsquo;il n&rsquo;admet pas que les skinheads néo-nazis soient maintenant rejetés publiquement. «Nous avons les mêmes idées, vous nous utilisez, vous n&rsquo;êtes qu&rsquo;un bourgeois, Monsieur Le Gallou !» s&rsquo;exclame le leader du KKK du Québec, alors que les représentants du FN prennent la fuite en voiture, sous le feu nourri de questions des représentants des médias.<br />
Remis de ses émotions, le leader du KKK en profite pour aller menacer les antiracistes, réunis à l&rsquo;extérieur, en affirmant : «Faites attention, si vous revenez ce soir, on est armés !». Et tout cela sur les ondes d&rsquo;une chaîne de télévision nationale !!! Michel Larocque avait même sorti son complet-cravate pour l&rsquo;occasion, le même qu&rsquo;il porte lorsqu&rsquo;il doit se rendre devant les tribunaux pour répondre à des accusations&#8230;<br />
Mais, malgré les apparences de Larocque, les membres du KKK arboraient «fièrement» leurs chemises brunes pour ce qui devait être un véritable «gala» mais qui s&rsquo;est transformé en farce monumentale pour le FN au Québec.</p>
<p><strong>La mobilisation populaire annule la rencontre du FN<br />
</strong></p>
<p>En soirée, plus de 1.000 personnes ont formé la plus grande manifestation antifasciste depuis des décennies à Montréal et ont marché vers la salle où devait se tenir la rencontre du Front national. Dès que cette information a été transmise aux néo-nazis réunis dans la salle et aux environs, Monsieur Le Gallou a préféré demeurer dans sa chambre d&rsquo;hôtel. Le leader du Heritage front, Wolfgang Droege, et ses trois sbires de Toronto ont rapidement quitté la ville. Les principaux leaders des groupes racistes du Québec ont également fui dans leurs voitures et le KKK n&rsquo;a réussi à retenir qu&rsquo;une quinzaine de skinheads sur place pour attendre le message de la population montréalaise, en leur promettant qu&rsquo;ils seraient protégés par la force anti-émeute de la police de Montréal. La réunion était annulée !<br />
À l&rsquo;arrivée de la manifestation, les fascistes ont bien tenté de faire quelques saluts hitlériens, mais ils ont dû partir rapidement sous le flot ininterrompu des manifestants. Ces «défenseurs de la race blanche» ont rapidement pris la fuite en offrant leur postérieur pour cible, dévoilant ainsi leur vrai visage. Malgré quelques gestes de provocation de la part du KKK, la seule arrestation opérée sur les lieux par les forces de l&rsquo;ordre fut celle d&rsquo;un sympathisant du FN, accusé d&rsquo;agression armée contre un policier.<br />
Dès le lendemain, les élus du FN ont pris le premier vol pour Paris, en ne prévoyant pas de remettre les pieds au Québec de sitôt, selon les dires de leur dirigeant au Québec. Ce même dirigeant, Roger Alacoque, a même soumis sa lettre de démission pour l&rsquo;embarras causé et l&rsquo;échec de la sortie du FN. Cette démission a été rejetée par le Front national ! Le 28 septembre, le FN a fait volte-face et accepté la démission de son responsable canadien&#8230;<br />
Les plans du FN ont donc été carrément annihilés par la mobilisation populaire. Nous devons nous inspirer de cette réussite pour bâtir un mouvement antiraciste encore plus fort dans les prochains mois.</p>
<p><em><strong>Centre canadien sur le racisme et les préjugés</strong></em></p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
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		<title>Interview d&#8217;un Turc antifasciste après les meurtres de Solingen</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:20:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les incendies de Solingen et tous ceux qui ont ravagé l&rsquo;Allemagne cet été ont provoqué des réactions au sein de la communauté immigrée turque : il y a eu des manifestations spontanées, auxquelles se sont malheureusement mêlés des membres des Loups gris, mouvement d&rsquo;extrême droite turc. Ce mouvement a une longue histoire, il a été interdit en Turquie en 1980, son chef le colonel Turkes a été emprisonné jusqu&rsquo;en 1985 : l&rsquo;organisation est toujours active, en particulier dans les communautés immigrées d&rsquo;Europe de l&rsquo;ouest où elle essaie de s&rsquo;implanter. À côté de cela, il existe des associations turques et kurdes qui luttent contre les agressions racistes dans un cadre antifasciste, comme l&rsquo;Antifa-Gençlik de Cologne.</strong></p>
<p><em>Agitatore Bene : Lors des manifestations qui ont eu lieu après les meurtres de Solingen, beaucoup de jeunes Turcs ont défilé avec le drapeau turc et ont fait le salut des Loups gris. Est-ce qu&rsquo;il s&rsquo;agit là d&rsquo;extrémistes ou même de Loups gris ?</em><br />
Antifa-Gençlik : Je pense que la plupart des jeunes qui sont descendus dans le rue à Solingen et ici à Cologne n&rsquo;ont pas forcément quelque chose à voir avec les Loups gris. Beaucoup d&rsquo;entre eux manifestent avec un drapeau turc parce que les attentats néo-nazis sont dirigés contre les Turcs. Par le biais du drapeau, ils se construisent une identité contre le racisme et les meurtres fascistes.<br />
Bien sûr, il y a parmi eux des Loups gris, organisés, qui essayent de gagner les jeunes à leurs idées. Par exemple, un jour après la première nuit d&rsquo;émeutes, à laquelle beaucoup de jeunes peu politisés et peu organisés avaient participé, les Loups gris, extérieurs à ces jeunes, sont venus à Solingen pour montrer leur force, pour montrer qu&rsquo;eux aussi étaient présents.<br />
Je pense que c&rsquo;est une erreur de mélanger les Loups gris avec tous les jeunes. Ils sont certes nationalistes, mais pas forcément fascistes. Je pense que nous pourrions les intéresser aux actions antifascistes et effectuer un travail continu parmi eux.</p>
<p><em>AB : Pourrais-tu nous parler des problèmes qu&rsquo;il y a eu avec le groupe de jeunes turcs lors de la mobilisation contre la Deutsche Liga<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/interview-dun-turc-antifasciste-apres-les-meurtres-de-solingen/#footnote_0_297" id="identifier_0_297" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Deutsche Liga f&uuml;r Volk und Heimat, Ligue allemande pour le peuple et la patrie, voir p. 19">1</a></sup> le 9 juin à Cologne ? Est-ce qu&rsquo;il était juste d&rsquo;écarter ce groupe ?</em><br />
AG : Il m&rsquo;a semblé très important d&rsquo;exclure ce groupe de la manifestation de l&rsquo;Antifa. Et en voici la raison : il y avait, dans ce groupe, quelques Loups gris bien organisés qui avaient excité les jeunes, si bien qu&rsquo;on commençait à entendre des slogans comme «Turquie, Turquie», «La Turquie aux Turcs», «Mort aux Kurdes» et d&rsquo;autres du même genre.<br />
Bien que quelques personnes aient discuté avec ces jeunes et aient essayé d&rsquo;expliquer à quoi ce drapeau avec l&rsquo;étoile et le croissant de lune correspondait en Turquie (il symbolise le génocide des Kurdes et la terreur fasciste), les jeunes n&rsquo;ont pas voulu baisser les drapeaux et ont provoqué les Antifas, puisqu&rsquo;ils portaient le symbole des Loups gris.<br />
Il m&rsquo;a donc semblé politiquement juste de les exclure. Mais je pense que nous devrions essayer de prendre contact avec ceux qui n&rsquo;appartiennent pas aux Loups gris.<br />
Les organisations turques de gauche ont adopté un autre comportement. Ils disent que ce sont des fascistes, qu&rsquo;ils doivent les combattre et qu&rsquo;ils n&rsquo;ont rien à faire avec eux.<br />
Voici ce que pense la gauche turque de ce qui s&rsquo;est passé à Solingen, de cette radicalité spontanée des jeunes, et plus tard de l&rsquo;arrivée là-dessus des Loups gris. Tous ceux qui portent des drapeaux turcs sont pour eux des fascistes. Mais en disant ça, ils les jettent dans les bras des fascistes. Je pense que c&rsquo;est une faute politique. Je pense qu&rsquo;ici, à Cologne, le 9 juin et lors des cérémonies de deuil, il y avait aussi des jeunes de familles démocratiques et kurdes qui se sont identifiés à ce drapeau. Cette attaque (à Solingen) était dirigée contre des Turcs. Et, bien sûr, les jeunes ne savent pas comment se défendre contre des attaques racistes. La seule chose qui les rassemble, c&rsquo;est ce drapeau. C&rsquo;est aussi la politique du gouvernement turc. Ce que la troisième génération a perdu ici en sentiment national, il essaie de le lui donner avec ce drapeau.<br />
Si la gauche turque réagit ainsi et colle une étiquette de fasciste à tous ceux qui portent le drapeau, je pense qu&rsquo;elle en viendra finalement à s&rsquo;isoler.</p>
<p><em>AB : Comment réagissent les organisations kurdes ?</em><br />
AG : Après Solingen, la presse allemande et la presse turque ont raconté que les émeutes avaient été menées par des Kurdes ; les combats entre fascistes et gauchistes ont été transformés en combats entre Turcs et Kurdes.<br />
Là-dessus, le ERNK<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/interview-dun-turc-antifasciste-apres-les-meurtres-de-solingen/#footnote_1_297" id="identifier_1_297" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Organisation kurde.">2</a></sup> a fait un tract dans lequel il condamnait les meurtres de Solingen mais expliquait qu&rsquo;il voulait se tenir loin des actions, parce que des fascistes turcs participaient à beaucoup d&rsquo;actions et de manifs antiracistes.<br />
Quelques Kurdes pensent que les services secrets turcs ont pris part aux meurtres de Solingen pour conquérir les immigrés de RFA et combattre la lutte de libération nationale au Kurdistan.<br />
Il y avait quelques Kurdes aux manifs, mais les organisations kurdes ne sont pas venues.<br />
Beaucoup de Kurdes ont même été menacés par des fascistes turcs, quelques appartements, locaux et associations ont été attaqués par des fascistes turcs, des Kurdes ont été tabassés dans la rue, d&rsquo;autres ont reçu des lettres de menaces.</p>
<p><em>AB : Penses-tu que ce soit un hasard si la cérémonie funèbre pour les victimes de Solingen a eu lieu à la mosquée de Ditib (c&rsquo;est une mosquée fondamentaliste) ?</em><br />
AG : Ça pourrait être un hasard. Mais je ne le pense pas, car selon certaines informations, la famille Genç, de Solingen, y a été contrainte par un imam qui insistait pour que cela ait lieu à Cologne.<br />
Il est possible qu&rsquo;ils aient voulu le faire à Cologne pour renforcer les sentiments nationaux et religieux des gens. Et aussi pour montrer que des milliers de musulmans peuvent prier ensemble, qu&rsquo;ils peuvent être des dizaines de milliers et qu&rsquo;ils constituent une communauté soudée.</p>
<p><em>AB : Quels sont les principaux buts des Loups gris en RFA ?</em><br />
AG : On ne peut rien affirmer. On peut seulement spéculer. Je pense qu&rsquo;en premier lieu, ils veulent diffuser leur idéologie parmi les immigrés de nationalité turque et construire de bonnes relations avec les fascistes allemands, afin de devenir un pouvoir plus fort en Turquie et d&rsquo;avoir voix au chapitre dans l&rsquo;avancée fasciste européenne et internationale.<br />
Ensuite, et je l&rsquo;ai déjà souligné, ils veulent renforcer le sentiment national des jeunes afin qu&rsquo;ils progressent dans leur projet : «la Grande Turquie», des Balkans jusqu&rsquo;à l&rsquo;Asie mineure.</p>
<p><em>AB : On a entendu parler d&rsquo;une collaboration entre le FAP et les Loups gris. Que sais-tu de ça ?</em><br />
AG : Ça s&rsquo;est passé en 1992, avant l&rsquo;affaire de Mölln ; le président des Loups gris, Turkesh, est venu en Allemagne. Ils voulaient organiser une rencontre à Duisbourg pour sa visite, afin de propager les thèses de la «Grande Turquie».<br />
Pour cela, ils ont pris contact avec le FAP, qui a loué pour eux une salle à Duisbourg, sous prétexte de tenir un meeting pour la «Solidarité avec le Kurdistan». En 1992, il y avait en effet un soulèvement populaire au Kurdistan, à Cisre et à Cirnak, et en RFA, il y avait beaucoup d&rsquo;actions menées pour le Kurdistan, des actions de solidarité venant des Kurdes, des Turcs ou des Allemands.<br />
Le FAP a donc loué la salle sous ce prétexte, et a ensuite demandé la protection de l&rsquo;État, c&rsquo;est-à-dire des flics, parce que la rencontre risquait d&rsquo;être attaquée par les fascistes turcs !<br />
Mais il s&rsquo;est créé à Duisbourg une très forte alliance antifasciste, allant des autonomes jusqu&rsquo;à la gauche turque et kurde, afin d&rsquo;empêcher cette rencontre de fascistes turcs. La rencontre fut finalement interdite par la ville qui avait compris qu&rsquo;il ne s&rsquo;agissait pas de Kurdes, mais de fascistes allemands et turcs.<br />
Il y a encore d&rsquo;autres choses à dire sur les relations existant entre le FAP, le Nationale Front (NF), la Deutsche Liga (DL) et les Loups gris (Bozkurt en turc ; Boz veut dire gris et kurt loup). Je dis exprès Bozkurt afin que les gens sachent à quoi s&rsquo;en tenir s&rsquo;ils lisent ce mot sur des affiches, tracts, etc. Ils n&rsquo;écriront jamais Loups gris sur les affiches, seulement Bozkurt, «Ulusal Gençlik» ou alors «Hür Gençlik» (Jeunesse nationale ou Jeunesse libre).<br />
La scène fasciste turque est bien informée sur les associations turques et kurdes de gauche. Ils peuvent à tout moment, si l&rsquo;occasion s&rsquo;en présente, préparer des actions et comme les Anti-antifas ou les néo-nazis, déclencher des incendies.<br />
Et, contrairement aux fachos, la gauche turque est relativement faible dans ce domaine. Ils ne connaissent absolument pas leur ennemi. Bien sûr, ils combattent le fascisme, le capital, l&rsquo;impérialisme ; mais lorsqu&rsquo;on passe à la pratique, ils ne savent plus où est l&rsquo;ennemi.<br />
La gauche kurde, il faut la mettre un peu à part, car ils savent parfaitement où les fascistes turcs s&rsquo;organisent.</p>
<p><em>AB : Nous pensons que pendant les manifestations et les actions qui ont suivi les meurtres de Solingen, une nouvelle conscience de l&rsquo;immigré en RFA s&rsquo;est exprimée, à savoir que les immigrés ne regardent pas la terreur fasciste progresser sans réagir. Que peux-tu en dire ?</em><br />
AG : Pour nous aussi, cette évolution est assez positive. Nos parents, qui sont venus ici pendant les années 1960 ou 1970, qui se présentaient eux-mêmes comme des travailleurs immigrés, disaient que nous ne devions pas nous élever contre l&rsquo;État allemand ou contre la population allemande, que nous ne devions pas nous défendre. Nous devions tout accepter, comme eux-mêmes l&rsquo;avaient fait.<br />
La nouvelle génération, c&rsquo;est-à-dire la troisième et aussi la quatrième, a compris à la fin des années 1980, c&rsquo;est-à-dire avec la chute du Mur, que les immigrés devaient s&rsquo;organiser, résister et se défendre contre le fascisme et le racisme &#8211; qu&rsquo;il vienne de l&rsquo;État ou de l&rsquo;individu. Lors des derniers événements, c&rsquo;est-à-dire Mölln et Solingen, on a vu que beaucoup de gens étaient frustrés et en voulaient à l&rsquo;État pour tout ce qui leur arrive, parce qu&rsquo;on les traite comme des moins que rien ; et que finalement, ils en avaient marre d&rsquo;être traités ainsi, et qu&rsquo;ils avaient compris qu&rsquo;ils devaient s&rsquo;organiser.<br />
Mais je pense qu&rsquo;il y a un danger : que les Loups gris utilisent à nouveau cette révolte, ce réveil des immigrés.<br />
Ce que nous, en tant qu&rsquo;immigrés, pouvons faire après de telles attaques, c&rsquo;est de mieux nous organiser, de nous donner des buts à atteindre, d&rsquo;organiser des groupes de protections dans les quartiers. Il y en a déjà dans différentes villes : ce sont des groupes antifascistes et indépendants qui sont dans les rues tous les soirs et tous les week-ends, qui surveillent ce qui se passe dans les quartiers et qui réagissent vite. Je pense qu&rsquo;on en est arrivés à un point tel que chaque quartier doit avoir son groupe de protection pour défendre le quartier contre des attaques racistes, fascistes et sexistes.<br />
Et nous devons aussi essayer de réunir ces groupes, afin d&rsquo;avoir un groupe de coordination pour que la résistance soit plus visible.<br />
Mais il y a un autre danger. Après Solingen et Mölln, beaucoup de jeunes ont agi d&rsquo;une façon émotionnelle, comme pris d&rsquo;une colère aveugle. Ils ont enfin compris que la vie n&rsquo;était pas si facile ici, qu&rsquo;ils devaient d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre s&rsquo;armer. Mais quand les attaques fascistes ne feront plus la une des journaux, la radicalité des jeunes risque de disparaître automatiquement.<br />
C&rsquo;est pour ça que nous, immigrés antifascistes organisés, devons effectuer un travail politique parmi ces jeunes-là. Nous devons nous rencontrer, faire des fêtes, des réunions, des concerts, des choses comme ça, afin de rester en contact. Nous devons montrer que ces attaques n&rsquo;ont pas seulement été le fait de quelques jeunes éméchés, mais de fascistes organisés, soutenus par des politiciens, que ces attaques s&rsquo;apparentent à la politique du gouvernement. Le fait que ces attaques et ces meurtres aient eu lieu tout de suite après l&rsquo;abrogation du droit d&rsquo;asile montre comme nazis et politiciens travaillent bien ensemble.</p>
<p>Agitatore Bene, c/o AL, Bobstraße 6, 50676 Köln</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007]</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_297" class="footnote">Deutsche Liga für Volk und Heimat, Ligue allemande pour le peuple et la patrie, voir p. 19</li><li id="footnote_1_297" class="footnote">Organisation kurde.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>&#171;&#160;On chante ce qu&#8217;on vit et on vit ce qu&#8217;on chante&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Oct 2005 13:26:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Brigada Flores Magon]]></category>
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		<description><![CDATA[Interview Brigada Flores Magon, avec Matéo (chanteur) et Julien (Batteur) en octobre 2003 Pouvez-vous présenter le groupe ? Le groupe a été fondé par Victor et Matéo en 1993, au départ dans une veine anarcho-punk. On est ensuite parti pendant deux ans en Amérique du Sud, où le groupe a continué de jouer, avec des [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Interview Brigada Flores Magon, avec Matéo (chanteur) et Julien (Batteur) en octobre 2003</p>
<p>Pouvez-vous présenter le groupe ?<br />
Le groupe a été fondé par Victor et Matéo en 1993, au départ dans une veine anarcho-punk. On est ensuite parti pendant deux ans en Amérique du Sud, où le groupe a continué de jouer, avec des musiciens locaux. Il existe même un six titres et une compilation avec la Brigada version anarcho-punk en Amérique du Sud. Ensuite, retour en France, avec Julien comme batteur. Le premier concert de la BFM était un concert de soutien à la CNT, donné le 6 décembre 1997. Raymonde, du groupe Raymonde et les Blanc-Becs, nous a rejoint une dizaine de concerts après. Aujourd&rsquo;hui, la Brigada, c&rsquo;est Matéo, Julien et Tristan, Pâtre, Fred Alpi, 200 concerts, 2 albums et un maxi.</p>
<p>Comment avez-vous évolué vers un style plus oï ?<br />
En rentrant d&rsquo;Amérique Latine, on a commencé à s&rsquo;intéresser à la oï, au ska, aux vieux groupes anglais, et au fil du temps, les compos ont commencé à sonner plus oï. À l&rsquo;époque, la oï était plutôt connotée faf, avec justesse d&rsquo;ailleurs. (Julien) J&rsquo;ai bien connu la scène skin des années 1980, on va pas se mentir, 95% de la scène était faf en France dès 1985.</p>
<p>Ça devait être assez surprenant à l&rsquo;époque, parce qu&rsquo;en France, pratiquement aucun groupe dit “ redskin ” ne faisait de la oï. Ils étaient tous dans le ska ou le rock alternatif.<br />
Les premiers redskins, qui étaient moins nombreux qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, étaient repartis sur trois grandes villes, et c&rsquo;était un peu plus d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;individus. Des reds, il n&rsquo;y en a jamais eu autant qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Aujourd&rsquo;hui il y a des concerts où 200 zéras se revendiquent redskin, en 1985, ça n&rsquo;existait pas.<br />
Les mecs qui faisaient de la musique dite Redskin, ne ressemblaient pas à des skins. Le look, c&rsquo;était à mi-chemin entre le punk et l&rsquo;alternatif, avec quelques attributs skins comme le bomber et les paras. Les mecs ils écoutaient Nuclear Device, les Kamionneurs du Suicide, Laids Thenardiers, les Bérus, et surtout pas de la oi. C&rsquo;était plus un état d&rsquo;esprit qu&rsquo;une affaire de look et de fringues. Tu te disais Redskin par opposition aux fafs qui tenaient la rue et qui eux étaient skins.</p>
<p>La Brigada, ça s&rsquo;adresse uniquement aux skins ?<br />
Non pas du tout. On ne sélectionne pas notre public par rapport à son look. On juge les gens par rapport à leurs actes. On va pas commencer à dire : “ je ne veux que des rasés dans la salle ” ou “ je ne veux que des keupons ” ou refuser un mec parce qu&rsquo;il a les cheveux longs et que nous on est rasé. On fait de la musique pour un maximum de gens, mais pas dans une logique mercantile. De toute façon ce n&rsquo;est pas avec le groupe qu&rsquo;on va gagner notre vie. Si on veut gagner de l&rsquo;argent avec la musique, il faut changer totalement de style. Et puis quand on débute, techniquement c&rsquo;est plus facile de faire du punk et de la oi, avec le temps on peut aborder d&rsquo;autres styles, même si notre base musicale ça reste du punk-rock. Avec le temps le public commence à s&rsquo;élargir.<br />
Après le public sur Paris, c&rsquo;est un peu spécial, parce qu&rsquo;on est chez nous, qu&rsquo;une bonne partie des gens qui vient nous voir, c&rsquo;est des copains ou des militants que l&rsquo;on retrouve aux Vignolles ou au CICP. En province et à l&rsquo;étranger, le public il est vachement mélangé. Il y a autant des anarcho-punks que des skins, des punks, des mecs et des filles qui viennent juste pour la musique sans revendiquer un look particulier.</p>
<p>Votre passage dans “ Rocksound ” (revue rock vendue en kiosque) a du pas mal vous aider<br />
On n&rsquo;a rien contre la grande diffusion, les moyens de communication notamment cette revue, tant que cela ne modifie pas le contenu de ton travail et de ton message. Jusqu&rsquo;à maintenant, toutes les portes qui se sont ouvertes à nous, elles se sont ouvertes à nous sans que l&rsquo;on soit aller y frapper. Si à la limite ça peut nous aider à toucher un autre public, à jouer devant des gens qui restent à convaincre, qu&rsquo;ils peuvent écouter nos textes et que cela les touchent, c&rsquo;est tant mieux. Un concert de la Brigada, ce n&rsquo;est pas juste un événement où tu viens consommer de la musique. Il y a toujours des tables de presse, des tracts pour des manifs, des actions. L&rsquo;idée, c&rsquo;est que le mec qui vient nous voir jouer, il reparte avec une envie, que ce soit de monter un groupe, organiser un concert, ou s&rsquo;impliquer dans une asso.</p>
<p>A quel niveau se situe l&rsquo;engagement des membres de la BFM ? (Pendant les concerts il y a toujours des gens pour gueuler contre les fafs, les flics, mais dans la rue, les manifs, les actions, il ne reste plus grand monde)<br />
Dans la Brigada, on est 5 à être militant à la CNT. Pour les groupes, chacun fait ce qu&rsquo;il veut. On ne va pas juger les autres groupes, sur la sincérité de leur engagement. Après on préfère que des groupes aient une chanson antifa, même si ils ne sont pas militants, plutôt que pas de chanson antifa. Avec la Brigada, on ne prétend pas être la référence, où tout ceux qui ne vont pas aussi loin que nous dans l&rsquo;engagement non pas droit de citer. Les musiciens de la BFM sont sur le terrain, dans les manifs. On chante ce qu&rsquo;on vit et on vit ce que l&rsquo;on chante. Dans le public, surtout à Paris, on sait qui fait quoi, ses actions. Il faut éviter de tomber dans un délire sectaire, où on ne tolère que ceux qui sont comme nous.<br />
Pour ce qui concerne le public, c&rsquo;est vrai certain qu&rsquo;une partie doit se contenter des concerts. En même temps on va pas non plus aller chercher les mecs avec un fusil : “ vous étiez hier au concert, maintenant il faut aller à la manif ”. Et puis on est persuadé qu&rsquo;il reste toujours quelque chose dans la tête des gens. La liberté, c&rsquo;est aussi la liberté de choisir jusqu&rsquo;où tu veux t&rsquo;impliquer. On incite les gens à s&rsquo;organiser, à rentrer en contact avec des militants à travers les tables de presse, via des concerts. Les jeunes qui viennent à nos concerts, ceux qui sont plus ou moins convaincus d&rsquo;un certain nombre de choses, ils peuvent s&rsquo;apercevoir qu&rsquo;ils ne sont pas seuls. Ceux qui n&rsquo;y connaissent absolument rien, ils le découvrent, ça leur plait, ça leur plait pas. C&rsquo;est notre envie, et on ne va pas critiquer des groupes qui n&rsquo;ont pas la même démarche.<br />
La Brigada c&rsquo;est une cinquantaine de concerts par an, dont une bonne partie en soutien à des associations ou des causes ( Mumia, les FTP &#8230;), faire des concerts parfois ça coûte de l&rsquo;argent au groupe, on doit des thunes à tout le monde. On n&rsquo;est pas dans un réseau subventionné, les gens qui nous font jouer la plupart du temps, c&rsquo;est des petites associations militantes. Ils utilisent un lieu qui n&rsquo;est pas forcement destiné à recevoir un concert punk ou skin. C&rsquo;est pour ça aussi que l&rsquo;on peut pas demander trop d&rsquo;argent, parce que sinon ce type de concert ne peut pas avoir lieu. On vient les soutenir dans leur démarche de vouloir organiser un concert, on va peut-être contribuer à lancer un truc, en aidant des gens à organiser des concerts en venant jouer, même si on sait que l&rsquo;on va se planter au niveau thune en faisant certains concerts. Ca nous permet aussi de “ mettre de l&rsquo;essence dans le camion ”. On est dans un système marchand, qu&rsquo;on le veuille ou non. Et ces concerts, nous permettent de jouer, de nous faire connaître, et donc de diffuser notre musique. La Brigada ça nous rapporte rien. Ca commence à ne plus rien nous coûter. Le seul salaire que l&rsquo;on peut maintenant en espérer, c&rsquo;est le plaisir de jouer, et tu prends jamais autant de plaisir en jouant de la musique que quand tu es sur scène. Nous on va jouer partout et pour que dalle parce que l&rsquo;idée c&rsquo;est jouer, parce que c&rsquo;est un plaisir intense. Le concert où on a été le mieux payé c&rsquo;était à Genève la première fois avec 900€. Quand tu loues un camion, l&rsquo;essence, le péage et la bouffe, et bien il ne reste pas grand-chose à la fin. Par comparaison, pour la fête de l&rsquo;Huma on a été payé 150€, et encore, on a eu du mal a les avoir.</p>
<p>Et si on parlait un peu de votre image de mauvais garçons, des rumeurs de bastons, de cassages de gueules en règles à vos concerts, de menaces de descentes à des concerts (genre 21 juin 2003) ?</p>
<p>Les mecs qui parlent de ça, c&rsquo;est leur raison de vivre. Ils ont tellement peu de chose à raconter. Pour la fête de la musique rue Keller, ils auraient bien aimé que l&rsquo;on descende pour avoir quelque chose à raconter. Nous on jouait en Suisse, et la plupart des Reds étaient à Limoges pour un concert antifasciste.<br />
Les concerts de la Brigada se passent de manière générale très bien. La scène apo est tellement vérolée par son manque de clarté, ils n&rsquo;ont rien d&rsquo;autre à faire que d&rsquo;inventer des histoires. C&rsquo;est des légendes toutes ces histoires, où des mecs sont venus à des concerts et se sont fait taper parce que ce n&rsquo;étaient pas des reds.<br />
Les seuls gens “ non politisés ” à Paris qui organisent des concerts comme Philippe Wagner et Agathe, c&rsquo;est des gens que l&rsquo;on connaît, on les côtoie sans problème, ils viennent à nos concerts. Pour revenir au concert de Hardcore rue Keller le 21 Juin, Philippe Wagner (ancien rédacteur du fanzine ZERA, organisateur du concert) savait qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait aucun problème à ce concert, parce que l&rsquo;on se voit et que l&rsquo;on discute.<br />
Tous ces mecs qui nous critiquent, ils n&rsquo;ont aucune contenance dans leur culture de skinhead. En plus ce qui nous fait bien rire, c&rsquo;est qu&rsquo;au nom de l&rsquo;apolitisme, tous ces mecs ne viennent pas au CICP ou aux concerts de la Brigada, mais par contre ils n&rsquo;hésitent pas à aller au Belgique au Kastelein (Bar tenu par Suck, chanteur du groupe RAC des Vilains pour plus de détails voir Bêtes et Méchants) ou signent sur un label de RAC Allemand pour Haircut par exemple. Tu ne les verras jamais dans un concert antifasciste, au nom de l&rsquo;apolitisme. Pour eux le skin faf c&rsquo;est forcement le skin militant, qui a sa carte dans un parti et qui colle des affiches. Pour nous un skin faf, c&rsquo;est un mec qui va aux concerts RAC, qui achète des CD, ou un groupe qui joue dans un bar où des groupes RAC se produisent régulièrement. On pense que ces mecs là se disent apolitique, juste pour être tranquilles sur Paris, pour pas se faire éclater, et pour se lâcher, ils vont en Belgique. Ceux avec qui il y a eu des altercations, ils savent pourquoi. Les skins réellement apolitiques, comme les rédacteurs du zine Une vie pour rien par exemple, qui n&rsquo;ont pas de relations avec les fafs, il n&rsquo;y a aucun problème, ils peuvent venir à nos concerts. Ceux qui ne sont pas “ clairs ”, qui continuent à entretenir une ambiguïté vis-à-vis de la scène bonehead, ils n&rsquo;ont pas leur place dans le mouvement skin. La Brigada Flores Magon, contrairement à ce que certaines personnes voudraient faire croire, n&rsquo;est pas un groupe sectaire, qui ne tolère que ce qui lui ressemble. En plus ces mecs là on un manque de culture politique flagrant. Tu leur dis que tu es Red, tout de suite ils pensent à Staline, ou extrême gauche extrême droite c&rsquo;est pareil. Va leur expliquer ce qu&rsquo;est le communisme libertaire.</p>
<p>Vous pouvez nous dire quelques mots au sujet de la pochette du 6 titres ( où l&rsquo;on voyait entre autre un fusil à pompe, un coup de poing américain) ? Si on ne fait pas attention, on pourrait croire à une pochette d&rsquo;un groupe RAC des années 80 ?<br />
C&rsquo;était de la provocation par rapport à toutes les rumeurs qui couraient sur nous. Ca a marché plus que l&rsquo;on ne pensait. En plus ce genre de pochette, plein de groupes l&rsquo;on faite. On avait bien fait attention de mettre en plus un patch antifa, pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;ambiguïté. C&rsquo;était aussi l&rsquo;époque où partout on arrivait, on était précédé d&rsquo;une espèce de légende de “ staliniens mangeurs de bébés ” et après le concert, les mecs venaient nous voir en disant en se marrant : “ si vous saviez ce que l&rsquo;on a entendu sur vous ”. On apprend comme ça que l&rsquo;on a retourné des concerts, que l&rsquo;on a tapé des gens dans des bars. Ces histoires-là à un moment, on prit beaucoup d&rsquo;ampleur.</p>
<p>Au niveau de la production, tous vos CD ont été auto-produit ? Vous avez quoi comme réseau de distribution ?<br />
Le premier est sorti sur CRASH disque, quand il y avait encore Raymonde dans le groupe. Le label au départ avait été monté par et pour sortir le disque de Raymonde et les Blancs-Becs. Par la suite d&rsquo;autres personnes sont arrivées dans cette structure. On se voyait difficilement sortir le disque ailleurs que sur CRASH. La finalité de l&rsquo;auto-prod, c&rsquo;est que tu contrôles tout, mais également t&rsquo;es plus motivé pour travailler sur ton disque. Un label, même indépendant, aussi dynamique soit-il, doit toujours gérer plusieurs groupes, il n&rsquo;y aura pas forcement la même implication si se sont les membres du groupe qui s&rsquo;occupent de sortir leur disque. Le choix de l&rsquo;auto-prod, après le premier disque, c&rsquo;est de “ zapper ” un intermédiaire, le label, qui prend de la tune sur un disque. Cela permet de faire baisser le prix du disque dans les bacs, et de récupérer plus de fric.<br />
Nos cd sont distribués par Tripsichord, ce qui nous permet d&rsquo;être distribué à la FNAC.<br />
On était naïvement convaincu que les gens qui écoutaient la BFM, ils n&rsquo;achetaient pas le disque à la FNAC. Quand on a reçu le premier relevé des ventes pour l&rsquo;album, sur 1300 albums vendus, plus de mille avaient été vendus à la FNAC. Et en tournant en province, on s&rsquo;est rendu compte que le public qui venait à notre concert, le seul endroit où il pouvait trouver notre disque, c&rsquo;était à la FNAC. Le système est fait de telle manière, que tous les disquaires passionnés, qui faisaient ça, mais à qui cela ne rapportait pas énormément de thunes, ont fini par mourir. On peu nous reprocher d&rsquo;être à la FNAC, mais si tu veux rester en dehors d&rsquo;un système de distribution grand public, tu va rester dans ton univers, et tu n&rsquo;auras pas d&rsquo;ouverture vers l&rsquo;extérieur. Et puis le discours “ nous on édite que des vynils, on est dans une logique anti-commercial ”, si tu regardes bien, les vynils, ils vont les faire presser dans les pays de l&rsquo;est, parce que c&rsquo;est moins cher, donc la loi du marché, ils sont bien obligé de s&rsquo;y plier aussi. Et il ne faut pas oublier que dans ces usines, les mecs qui bossent sont très mal payés, et non pas de droit syndicaux.<br />
On a fait le choix de participer au système de diffusion du grand commerce, mais avec un fonctionnement et une vie de groupe en accord avec nos idées politiques. Nous on a choisi d&rsquo;être dans le système tout en imposant certains de nos choix, comme le prix, pour que notre disque soit moins cher que les autres à la FNAC. De cette manière notre disque est rendu accessible au plus grand nombre. A côté de ça on se débrouille pour que les petits disquaires puissent vendre notre CD moins cher qu&rsquo;à la FNAC. Je vois pas ce qu&rsquo;on peut faire de plus. A un moment donné, pour lutter contre le système tu vas pas non plus vivre dans une grotte avec des peaux de bêtes. Pour l&rsquo;instant il n&rsquo;y a pas de commerce équitable. C&rsquo;est pourquoi il est important de militer à côté dans des organisations. Soyons réalistes.</p>
<p>Et avec votre label vous n&rsquo;avez pas envie de produire d&rsquo;autres groupes ?<br />
C&rsquo;est un projet qui est dans nos esprits, mais on veut le proposer à des groupes dans des conditions qui soient viables et intéressantes: bonnes conditions d&rsquo;enregistrement, bonnes conditions de distribution, leur trouver des concerts. Si on produit un groupe, on veut qu&rsquo;il ait un minimum de qualité musicale, qu&rsquo;il soit sur les mêmes bases idéologiques que nous. On met un peu d&rsquo;argent de côté pour ces projets. On ne veut pas faire connaître au groupe avec qui on va signer les conditions que l&rsquo;on a connues pour le premier album.</p>
<p>Vous avez déjà eu des grosses embrouilles avec les fafs durant vos concerts ?<br />
Au début oui. Les premiers concerts, lorsque le nom était pas trop connu. Les fafs voyaient marqué oi sur les flyers ou les affiches et ils débarquaient et la tension montait très vite. Dès le début on a eu un crew qui nous suivait, qui affichait clairement nos convictions. C&rsquo;est évident que des mecs louches sont venus à nos concerts, mais on part du principe que si ces mecs-là se tiennent correctement pendant nos concerts, il n&rsquo;y a aucune raison de passer la salle au scanner pour rechercher des fafs. On va pas non plus mettre un commissaire politique à l&rsquo;entrée de chacun de nos concerts. On est convaincu que des skins fafs qui viennent à nos concerts (mais habillés discrètement), parce qu&rsquo;ils aiment notre musique, ce qui les emmerdent bien d&rsquo;ailleurs. On en a même retourné des skins fafs, qui ont fini par rejeter leur passé. Je préfère les voir faire ce chemin là que l&rsquo;inverse. On fait la différence entre le mec un peu paumé, qui s&rsquo;est égaré chez les fafs, et le mec qui a théorisé son délire, a eu une démarche militante. Nous, on accepte tout le monde sauf les fafs, alors que les fafs ils n&rsquo;acceptent qu&rsquo;eux-mêmes, elle est là la grosse différence</p>
<p>Par rapport à la scène Red des années 80, j&rsquo;ai l&rsquo;impression que la nouvelle génération, et plus généralement le milieu antifa radical et libertaire, a complètement intégré la culture skinhead (musique, look &#8230;)<br />
C&rsquo;est vrai qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui il y a plus de monde qui peut assumer la dégaine de skin, il y a plus de groupes qui se revendiquent skins anti-fascistes. On a peut-être débarrassé la dégaine skin de toute cette connotation liée aux fafs.<br />
On a viré les fafs de la scène skin en France, et ils se sont tournés vers d&rsquo;autres scènes (Métal, Hardcore, Gothique &#8230;), à ces scènes là de les virer. Aujourd&rsquo;hui les skins fafs ne peuvent plus faire de concerts publics. Ils sont obligés de se cacher. Plus on est présent sur le terrain et on l&rsquo;occupe, moins l&rsquo;extrémisme de droite pourra progresser.<br />
Et puis les authentiques skins aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est les cailleras de banlieue. Rien n&rsquo;a changé, le Lacoste a juste remplacé le Fred Perry. Les mecs ont le même genre de délire, groupe affinitaire, codes musicaux, codes vestimentaires, embrouilles, rien à foutre de rien. C&rsquo;était ça un skin dans les années 60, en sachant quand même que les skins des années 60, contrairement à ce que certains veulent croire, ce n&rsquo;étaient pas vraiment des progressistes. A l&rsquo;époque, les skins ils se tapaient avec tout le monde, ils s&rsquo;embrouillaient avec tout le monde.</p>
<p>C&rsquo;est dans le même ordre d&rsquo;esprit que vous reprenez des groupes des années 80 ou un groupe comme la Souris Déglinguée( LSD) ?<br />
Reprendre LSD, ça fait partie de la culture musicale. Le premier album de LSD, il est excellent. C&rsquo;est quand même le groupe qui a raconté la vie de la rue, des keupons, des skins, des mecs qui zonaient. Après on a tous des affinités différentes par rapport à LSD. Ca me fait beaucoup rire de jouer LSD en concert avec la BFM en concert, parce que je (Julien) connais bien Luc, le chanteur. Et ça fait 20 ans qu&rsquo;il me dit qu&rsquo;il n&rsquo;y peut rien si il y a des fafs dans les concerts de LSD. Donc moi ça m&rsquo;éclate de jouer LSD devant une salle blindée de skins où je sais qu&rsquo;il y a pas de fafs. Les membres de LSD ne veulent pas s&rsquo;engager, ils ne veulent pas assumer un discours clair.<br />
Pour ce qui est de reprendre des groupes des années 80 (dont très peu étaient politisés), c&rsquo;est aussi ne pas laisser uniquement cette scène et cette culture aux skins apos et surtout fafs.</p>
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		<title>La peste brune en Europe</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Dec 2004 14:08:00 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong></p>
<p>Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de <em>Réflexes</em>. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&rsquo;une vague de néo-fascisme s&rsquo;apprêtant à déferler sur l&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest, mais il est indéniable que les forces réactionnaires fascisantes et d&rsquo;ultra-droite ont opéré de significatives percées tout au long de la décennie passée.<br />
Ce processus s&rsquo;est déclenché en France en 1986, quand Le Pen et son Front national ont engrangé leur premier réel soutien lors d&rsquo;élections nationales (ils étaient déjà présents au Parlement européen). Ainsi lancés, ils ont travaillé à consolider cette base électorale d&rsquo;un minimum de 2 millions de voix, avec des pics à 4,5 millions d&rsquo;électeurs prêts à défendre leur programme raciste, antisémite et autoritaire.<br />
Les succès du FN furent le catalyseur qui tira l&rsquo;extrême droite de l&rsquo;isolement où elle avait végétée, aux confins de la vie politique, depuis l&rsquo;écrasement du Troisième Reich d&rsquo;Hitler en 1945. Entre 1945 et 1986 il y eut bien sûr des exceptions, tel le poujadisme en France dans les années 50, mais elles furent avant tout les expressions particulières de certaines conjonctures politiques, et non pas les prémisses d&rsquo;un développement à long terme.<br />
1986 marqua ce saut qualitatif et permit l&rsquo;émergence de partis électoraux d&rsquo;extrême droite et fascisants -modelés sur le FN pour certains- dans divers pays européens. Tous ont profité de la manne des politiques restrictives de plus en plus racistes et inhumaines, que les grands courants politiques et les Etats ont progressivement mis en place dans ces pays.<br />
Que l&rsquo;immigration en Union européenne (UE) se soit peu à peu tarie n&rsquo;entame pas la croissance de l&rsquo;extrême droite. Au contraire, la répression de l&rsquo;Etat quasi ininterrompue, les mesures policières, les campagnes de presse sur le sujet et l&rsquo; &laquo;&nbsp;Europe forteresse&nbsp;&raquo; ont, dans l&rsquo;UE, servi à renforcer l&rsquo;extrême droite en gratifiant sa réthorique d&rsquo;un vernis de légitimité.<br />
On a ainsi assisté dans divers pays au désenclavement de cette droite extrême ou néo-fasciste, et ce qui fut dès lors une inexorable marche de l&rsquo;avant soulève de graves questions politiques que le mouvement antifasciste n&rsquo;a sans doute pas encore bien pesées.</p>
<p>Pour une nécessaire compréhension critique de la situation il nous faut distinguer entre les pays concernés, dont chacun présente une histoire, une tradition et une culture politique qui lui sont propres. Procéder à cette mise à plat implique que nous posions les différences -d&rsquo;ordre politique par exemple- existant entre les nombreuses organisations d&rsquo;extrême droite comme étant d&rsquo;égale importance à leurs points communs. Sans cette démarche préalable nous ne pourrons pas déterminer où plane la plus grande menace, réelle ou en puissance.<br />
La différence cruciale est celle qui sépare le néo-fascisme comme danger politique de celui qui se cantonne, pourrait-on dire, à n&rsquo;être qu&rsquo;une forme d&rsquo;activité violente mettant en péril la sécurité publique et individuelle, voire, troublant l&rsquo;ordre et la loi.<br />
Dans la première catégorie -l&rsquo;extrême droite comme menace politique- on peut ranger les pays suivants : l&rsquo;Italie bien sûr, l&rsquo;Autriche, les Flandres en Belgique, la France, les Pays-Bas, l&rsquo;Allemagne et la Suède. Pourquoi ceux-là? Et en quoi la menace est-elle d&rsquo;ordre politique?<br />
La réponse est simple. Depuis 1945 quand la dictature d&rsquo;Hitler est abattue, le fascisme et ses avatars sont très isolés en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. Les zélotes d&rsquo;Hitler sont peu appréciés. Pour les plus perspicaces d&rsquo;entre eux, la tâche majeure consistait à trouver un moyen de sortir de l&rsquo;ombre. Ainsi le fascisme, un phénomène politique marginal, opère sa transformation quand il commence à obtenir une certaine résonance parmi la population, et se retrouve en position de gagner et de consolider une base électorale, de s&rsquo;injecter dans la vie politique à différents échelons.</p>
<h3>L&rsquo;irruption du Front National</h3>
<p>Ce qui s&rsquo;est alors passé est que depuis 1986 en particulier, quand le FN a ouvert une première réelle brèche lors d&rsquo;élections nationales, des organisations à l&rsquo;idéologie néo-fasciste mais dotées d&rsquo;une stratégie électorale et légaliste ont pu percer de même. Elles ont démontré qu&rsquo;elles pouvaient susciter l&rsquo;adhésion populaire.<br />
Cela a d&rsquo;autres conséquences : la droite traditionnelle conservatrice craint l&rsquo;ascendant de l&rsquo;extrême droite, la sociale-démocratie redoute le racisme latent de sa propre base électorale, et toutes deux ont aisément cédé devant leur peur de ces organisations.<br />
Dans les pays cités plus haut, les partis d&rsquo;extrême droite ou néo-fascistes se présentant à des scrutins ont, depuis 1986, assuré l&rsquo;élection de leurs candidats à des institutions démocratiques et parlementaires locales, municipales, nationales et européennes.<br />
En Italie, et chose incroyable, presque à l&rsquo;insu de nombreux antifascistes, la coalition Forza Italia &#8211; Alliance nationale &#8211; Ligue du Nord forma même un gouvernement néo-fasciste entre mars et décembre 1994. A eux trois ils rassemblèrent plus de 15 millions de voix. Heureusement, leur volonté programmée d&rsquo;enterrer la Constitution italienne explicitement antifasciste et avec elle la démocratie italienne, a échoué.<br />
Ils étaient à la tête du gouvernement mais pas de l&rsquo;Etat. A aucun moment ils n&rsquo;ont détenu le pouvoir effectif. Finalement c&rsquo;est une combinaison d&rsquo;incompétence politique, de soupçons de corruption pesant sur Berlusconi et de grèves massives contre les plans du gouvernement qui provoquèrent la chute de celui-ci.<br />
A Anvers dans la région flamande de Belgique, le Vlaams Blok fasciste est si bien implanté qu&rsquo;il obtient 28% des voix aux élections nationales, et environ 21% dans la région alentour. Le résultat? Dix-sept députés au Parlement belge.<br />
En France, au premier tour de l&rsquo;élection présidentielle de 1995, Le Pen, candidat du Front national, a recueilli plus de 4, 5 millions de voix. Bien que le FN n&rsquo;ait pas de membres à l&rsquo;Assemblée nationale il en compte onze au Parlement européen, et en France même il est aux commandes de trois villes d&rsquo;importance : Orange, Marignane et Toulon. Dans le même temps, on notera que l&rsquo;adoption de versions édulcorées de certains points du programme du FN par les gouvernements successifs -de “ gauche ” et de droite-, suggère que le soutien à ce parti a peut-être atteint un point culminant.<br />
En Autriche la situation est alarmante. Le “yuppie néo-fasciste”, laudateur des SS Jörg Haider et son Mouvement de la liberté (ancien Parti libéral) se sont imposés sur l&rsquo;échiquier politique comme figures de poids. Les partis politiques traditionnels ne peuvent plus éluder leurs prises de position.<br />
Aux dernières élections, la presse bourgeoise s&rsquo;est félicitée de la chute du vote pour le Mouvement de la liberté, de 22,6 % à 22,08 %. Ce qui fut passé sous silence, c&rsquo;est que le nombre de voix a en fait augmenté de 31 000, pour atteindre 1 029 000. Cela sur un total de 5,8 millions de suffrages. Die Freiheitlichen est à présent la mieux représentée de toutes les formations d&rsquo;extrême droite en Europe, avec 41 sièges sur les 183 du Parlement autrichien.<br />
Dans les autres pays, comme les Pays-Bas ou la Suède, l&rsquo;extrême droite a remporté des sièges dans des assemblées municipales ou régionales. Ces victoires sont moins spectaculaires mais elles restent inquiétantes car révèlent une fois de plus un fort appui des populations, acquis en grande partie à la faveur d&rsquo;un discours raciste, anti-immigrés et contre le droit d&rsquo;asile.<br />
L&rsquo;Allemagne et la Suède sont des cas à part dont nous traiterons plus loin. Le point principal étant que depuis la seconde moitié des années 1980 la situation s&rsquo;est modifiée, moins rapidement toutefois qu&rsquo;au cours des cinq ou six dernières années, depuis la chute du bloc soviétique et la réunification allemande.<br />
Là où les néo-fascistes ont été élus ou bien là où ils ont fidélisé un électorat de masse, les partis démocratiques sont devenus nerveux et leur ont laissé mettre à l&rsquo;ordre du jour des questions sur le racisme, le droit d&rsquo;asile, la loi et la sécurité. Le lien en Autriche par exemple, entre les lettres piégées de néo-nazis et les litanies de Haider réclamant un état policier, est évident.</p>
<h3>Jouer à se faire peur</h3>
<p>Nous devons avoir une approche réaliste des choses et le sens du graduel. Est ainsi ridicule la panique de certains prétendus antifascistes britanniques &#8211; ceci de l&rsquo;avis même de <em>Searchlight</em> -, lorsqu&rsquo;un membre du British National Party est élu dans une assemblée locale au cours d&rsquo;un scrutin insignifiant. C&rsquo;est encore plus grotesque quand les mêmes suggèrent que la mouvance néo-fasciste en Grande-Bretagne est aussi menaçante que celle planant sur l&rsquo;Europe continentale.<br />
Comment pourrait-elle l&rsquo;être ? En Grande-Bretagne cette nébuleuse compte 4 500 membres au maximum pour ses trois principales composantes : le British National Party, le groupe terroriste néo-nazi Combat 18 et les boneheads de Blood and Honour. Quelques précisions : sur ces 4 500 la moitié tout au plus milite. Combat 18 n&rsquo;a pas plus d&rsquo;une centaine de partisans. Blood &amp; Honour a scissionné. On peut en tirer deux conclusions. En premier lieu, si un pays de 55 millions d&rsquo;habitants est incapable de contrôler 2 700 activistes néo-nazis, nous pouvons sérieusement broyer du noir. Par ailleurs, comment comparer des gens qui font moins d&rsquo;1% des voix avec d&rsquo;autres qui, dotés d&rsquo;une pratique différente mais de la même idéologie, recueillent jusqu&rsquo;à 20% des suffrages comme en Italie, en Belgique et en Autriche, dans certaines régions de France ?<br />
Cela nous amène à l&rsquo;Allemagne et à la Suède, où l&rsquo;extrême droite constitue une menace à la fois d&rsquo;ordre politique et terroriste. Pourtant même là les situations sont à confronter, sur la base de cultures politiques assez différentes.<br />
L&rsquo;Allemagne, pour d&rsquo;évidentes raisons historiques, et à présent de plus en plus pour des raisons géostratégiques, est la clé de la situation en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. L&rsquo;effondrement de la République démocratique allemande (RDA) et la nette dérive nationaliste amorcée à l&rsquo;occasion d&rsquo;une réunification éclair &#8211; onze mois entre la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 et le retour de la RDA dans le giron de la RFA (il serait d&rsquo;ailleurs plus juste de parler d&rsquo;annexion) &#8211; furent de puissants stimulants pour les néo-fascistes et ont facilité leur accroissement rapide.</p>
<h3>L&rsquo;instrumentalisation de l&rsquo;extrême droite</h3>
<p>L&rsquo;atmosphère nationaliste exaltée par le gouvernement d&rsquo;Helmut Kohl fut également l&rsquo;occasion pour l&rsquo;extrême droite de fonctionner ouvertement, et d&rsquo;agir en instrument du pouvoir dans la volonté de celui-ci de retirer de la Constitution l&rsquo;article 16, qui garantissait le droit d&rsquo;asile. Ainsi, entre 1990 et 1993 l&rsquo;Allemagne fut le théâtre d&rsquo;une vague de violence fasciste organisée, de terreur et de meurtre, dont on ne trouve l&rsquo;écho que dans la République de Weimar pré-hitlérienne.<br />
Entre 1990 et 1993 soixante-quinze personnes ont perdu la vie aux mains de funestes gangs néo-nazis, et pour la seule année 1993 23 000 actes criminels sont à mettre au compte de ces émules du fascisme. Pendant tout ce temps le gouvernement de Kohl s&rsquo;est tenu à l&rsquo;écart. La terreur fasciste fut exploitée au Bundestag à des fins de ralliement du vote des sociaux-démocrates (SPD), afin que la majorité y dispose des deux tiers nécessaires pour réécrire l&rsquo;article 16. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le SPD a fini par céder alors qu&rsquo;un incendie ravageait un foyer de travailleurs Vietnamiens à Rostock, à l&rsquo;apogée du pogrom d&rsquo;Août 1992 dans cette ville.<br />
Des pogroms comme ceux de Hoyerswerda et de Rostock sont à nouveau des éléments de la politique allemande. De même pour les victoires électorales de l&rsquo;extrême droite qui, bien que sa frange la plus radicale fut l&rsquo;objet d&rsquo;une certaine répression après que son utilité fut épuisée, ne peut plus être ignorée, en particulier parce qu&rsquo;elle fonctionne comme alibi et justification de la dérive à droite du CDU\CSU . En mars 1996 dans le Bade-Wurtemberg, les Republikaner (REPs) ont une fois de plus prouvé leur importance. En dépit des pronostics de la presse et des médias ils ont obtenu 437 000 voix aux élections du Parlement régional (Landtag), devenant ainsi le premier parti d&rsquo;extrême droite à être réélu depuis 1945.<br />
Le vote REPs est lié aux sérieux problèmes que connaît l&rsquo;Allemagne mais également à une restructuration de la scène activiste néo-nazie. C&rsquo;est sans surprise que dans le Bade-Wurtemberg des membres de groupes interdits prêtèrent leur concours au REPs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;ailleurs en partie d&rsquo;une nouvelle stratégie de la frange radicale, que la répression de l&rsquo;Etat pourtant peu énergique a fragilisée plus que prévu. La décision fut donc prise par les activistes d&rsquo;infiltrer les principaux partis électoraux d&rsquo;extrême droite : le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) , les REPs, la Deutsche Liga für Volk und Heimat (DL) , et, dans une moindre mesure, la Deutsche Volksunion (DVU) .<br />
Le vote dans le Bade-Wurtemberg démontre qu&rsquo;il existe un vaste électorat potentiel pour une espèce de néo-fascisme “ acceptable ” ou “ respectable ”. Certains militants ralliés à cette idée ont franchi le Rubicon. Ce vote prouve aussi que le nouveau nationalisme de la droite classique ne comble toujours pas une portion conséquente de la population.<br />
On distingue désormais clairement quatre tendances au sein des radicaux, en dehors de ce qu&rsquo;on peut déduire de leurs choix d&rsquo;infiltrer tel ou tel parti électoral.</p>
<h3>Un néo-fascisme protéiforme</h3>
<p>Tout d&rsquo;abord les “ traditionalistes ”, regroupés autour de ce qui reste de l&rsquo;ex-Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei (FAP) de Friedhelm Busse, organisation qui tente de survivre malgré sa mise hors-la-loi. Cette fraction est en grande perte de vitesse.<br />
Vient ensuite le Gesinnungsgemeinschaft der Neuen Front (GdNF) qui s&rsquo;est consolidé en dépit d&rsquo;une faible visibilité. Il s&rsquo;est surtout consacré au développement de son réseau à travers les babillards (BBSs), et au renforcement de la HNG, une structure pour ses militants incarcérés. Des indications suggèrent que le GdNF s&rsquo;est même agrandi.<br />
La troisième tendance est issue du FAP et s&rsquo;est constituée autour de Thorstein Heise, en Saxe-Anhalt. Elle s&rsquo;est exclusivement investie sur la scène skinhead d&rsquo;extrême droite, dans le but de mettre sur pied une culture musicale de rock nazi qui servirait aux activistes de vivier à recrues. Heise a noué de solides liens avec les terroristes britanniques néo-nazis de Combat 18.<br />
Enfin, de loin les plus importants, les néo-nazis “ modernisés ” qui comptent le poseur de bombes Peter Naumann, les “ dissidents ” du FAP Glenn et Andre Goertz, et Stefan Hupke membre du Nationalistische Front (NF) . Ils ont tenté de se regrouper autour du magazine des Junge Nationaldemokraten (JN) Einheit und Kampf et se servent des JN comme d&rsquo;une façade pour un genre de nouveau national-bolchévisme.<br />
Cette dernière tendance bénéficie de l&rsquo;appui de l&rsquo;ex-leader du NPD Günter Deckert -aujourd&rsquo;hui sous les verrous- et du soutien de Meinolf Schönborn -qui doit être prochainement incarcéré- ancien chef du NF interdit. Parmi leurs sympathisants on trouve également la direction de la Wiking Jugend (Jeunesse Viking), dissoute elle aussi. Les partis d&rsquo;extrême droite se présentant aux élections cumulent ensemble autour de 56 000 militants, et la frange radicale environ 5 000.<br />
En Suède, où il y a deux ans la formation d&rsquo;extrême droite Sverige Demokraterna (SD) fit son score le plus élevé avec 26 000 voix et remporta des sièges dans des conseils locaux, c&rsquo;est la branche activiste qui a pris l&rsquo;initiative. L&rsquo;ancien groupe terroriste VAM baptisé par la suite réseau Storm, a transformé l&rsquo;an dernier son magazine Storm en une publication très “ pro ”, Nordland, et au début 1996 l&rsquo;organisation est devenue la National Alliance (NA).<br />
La NA, ainsi nommée en référence à la plus grosse organisation néo-nazie américaine, possède un noyau dur de 250 membres et un cercle de 500 à 600 sympathisants. Sa source d&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas Adolf Hitler mais Robert J. Matthews, l&rsquo;ancien chef du groupe américain terroriste d&rsquo;extrême droite The Order. Matthews fut liquidé par le FBI en 1985.</p>
<h3>Le marché skinhead</h3>
<p>La NA cherche surtout à gagner l&rsquo;appui des jeunes. Actuellement elle ne dirige pas moins de six compagnies d&rsquo;enregistrement et de distribution de CD, qui, pour la seule année 1995, ont produit plus de 30 CD de rock nazi. Le marché de la bimbeloterie néo-nazie offre des débouchés croissants : la mouvance skinhead à Stockholm par exemple, s&rsquo;est multipliée par dix (de 100 à 1 000 individus) entre 1990 et 1996. Les nazis et le “ nazi-chic ” sont en vogue parmi beaucoup de jeunes Suédois.<br />
L&rsquo;alliance entre les magazines <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em> (publication des néo-nazis américains Hammerskin), a scindé en deux blocs la mouvance internationale skinhead d&rsquo;extrême droite. En Allemagne, <em>Nordland</em> est déjà distribué gratuitement à partir de Nationaler Beobachter à Francfort-sur-l&rsquo;Oder, et <em>Moderne Zeiten</em>, le magazine allemand le plus coté de rock nazi, est réapparu sous le nom de <em>Nordrock</em> avec un design identique à celui de <em>Resistance</em>.<br />
L&rsquo;autre pan de la scission bonehead rassemble Combat 18 en Grande-Bretagne &#8211; qui tire son inspiration violente de The Order -, sa façade Blood &amp; Honour et le cadre de l&rsquo;ex-FAP Thorsten Heise à Northeim. Dans la dernière parution de <em>Nordland</em>, l&rsquo;éditeur de <em>Resistance</em> George Hawthorn a qualifié Combat 18 de “ traîtres à la race blanche ”. Le NSDAP-AO, réseau international néo-nazi le plus radical, semble soutenir <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em>.</p>
<p>La question est de savoir quelles sont les organisations les plus conséquentes, les plus dangereuses et les plus nuisibles. En Norvège, au Danemark, en Finlande et dans d&rsquo;autres pays, la frange militante est mince et sans poids.<br />
En France il n&rsquo;y a pas véritablement de scène activiste en dehors de quelque 150 nostalgiques d&rsquo;Hitler appartenant au PNFE. Le FN est la seule organisation de poids à l&rsquo;extrême droite, et tous les fascistes d&rsquo; “ envergure ” en sont membres. En Italie, s&rsquo;il existe une mouvance militante elle demeure sous l&rsquo;étroite coupe de l&rsquo;Alliance nationale. Dans ces deux pays la violence nuit aux objectifs des néo-fascistes. En Autriche, il y a un militantisme bien organisé, mais qui fonctionne comme la cinquième roue du carrosse de Haider.<br />
Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Allemagne et la Suède où les activistes ont plus d&rsquo;importance que les partis électoraux d&rsquo;extrême droite. Cela découle de leur potentiel de violence, et, en Suède en particulier, du passage à l&rsquo;acte terroriste. Ils cherchent aussi à influer sur la culture des jeunes et même à instaurer la leur. Mais au sens strict ils sont politiquement sans influence et ne représentent un réel problème que pour les antifascistes, les victimes de leur déchaînements haineux et la police. En Allemagne, leur ralliement au NPD, Junge Nationaldemokraten, Deutsche Liga&#8230;, relève plus d&rsquo;un instinct de conservation face aux mesures d&rsquo;interdiction de l&rsquo;Etat que d&rsquo;une stratégie expansionniste.<br />
Doit-on ignorer ces militants fascistes sous prétexte qu&rsquo;ils sont politiquement inconséquents? Bien sûr que non. Ils doivent être combattus bec et ongles car leur charge de violence et de terreur demeure intacte et parce que, plus rapidement peut-être que le mouvement antifasciste, ils se sont appropriés les outils de communication de cette fin de vingtième siècle : magazines clinquants pour les jeunes, CD, usage imaginatif -de leur part- des babillards et d&rsquo;Internet. Nous devons poursuivre nos efforts pour combattre et défaire ces indésirables, mais il nous faut évaluer leurs forces avec réalisme.<br />
Il est révolu ce fascisme aux bottes de cuir et à la chemise brune, à la croix gammée portée en brassard. Les fascistes les plus dangereux aujourd&rsquo;hui sont d&rsquo;avantage susceptibles de s&rsquo;habiller au goût du jour et d&rsquo;être très “ médiatiquement présentables ”. La vieille image d&rsquo;Epinal hitlérienne des dictateurs des années 30 est morte et enterrée. Le fascisme, malheureusement, ne l&rsquo;est pas. Pas plus que le terreau social du racisme, de l&rsquo;antisémitisme et du nationalisme sur lequel il s&rsquo;épanouit.</p>
<h3>Un mouvement antifa en crise</h3>
<p>En Allemagne par exemple, des forces plus nombreuses et beaucoup plus dangereuses occupent à présent l&rsquo;arène politique. En même temps que ces courants émergent, le mouvement antifasciste (antifa), unique résidu de la gauche allemande, traverse une grave crise. Sa capacité de mobilisation a décru, même contre les activistes fascistes. Ses troupes se sont réduites et ne cessent de diminuer. Le mouvement ne gagne pas assez de jeunes &#8211; ce n&rsquo;est plus en vogue d&rsquo;être antifasciste &#8211; pour remplacer les nombreux et bons militants qui ont raccroché parce qu&rsquo;ils se sont trop démenés ou qu&rsquo;ils sont démoralisés, qui se retirent dans la vie privée ou que la résignation terrasse. Des magazines régionaux implantés depuis longtemps sont en danger et la mouvance antifa est en train de perdre son cadre.<br />
Comment l&rsquo;expliquer ? Par une moindre visibilité des militants nazis, simplement ? Parce que la terreur, à l&rsquo;échelle où on l&rsquo;a connue entre 1990 et 1993, a disparu ? C&rsquo;est plus complexe. En fait, le vrai problème vient d&rsquo;un manque d&rsquo;analyse politique et d&rsquo;une sévère crise idéologique. Ce contre quoi il faut lutter en Allemagne n&rsquo;est pas simplement le néo-fascisme mais le nationalisme, dont le fascisme quelle que soit sa forme n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect. Ce nouveau nationalisme, bienséant, “ grand public ”, dont le discours puise largement dans celui de la Nouvelle Droite, est beaucoup plus inquiétant. Il a à sa manière désarmé les fascistes et les antifascistes. Ce nationalisme inédit, récent, est le nouveau nationalisme agressif et expansionniste de la droite classique qui a intégré très rapidement les changements de la situation géopolitique allemande depuis 1989 et l&rsquo;éclatement de l&rsquo;URSS.<br />
Le vrai projet de la droite traditionnelle, dont les buts sont beaucoup plus étendus et le potentiel plus explosif que ceux du projet néo-fasciste, est aussi autrement menaçant dans la mesure où il est soutenu &#8211; où il découle même &#8211; du pouvoir de l&rsquo;Etat allié aux organes de répression.</p>
<h3>Le double visage du nationalisme</h3>
<p>Cela signifie qu&rsquo;il y a en fait deux desseins nationalistes en Allemagne : le premier est celui des impérialistes allemands ranimés, qui sont regroupés au sein de la CDU\CSU, dans des fractions du SPD (sociaux-démocrates) jusqu&rsquo;aux Verts, et dont les principaux bastions sont les Vertriebeneverbaende des “ expulsés ” d&rsquo;après-guerre hors des anciens territoires allemands, les Burschenschaften (confréries d&rsquo;étudiants ultra-nationalistes) et les militaires. L&rsquo;autre projet est celui des antiquités fascistes et autres nostalgiques du nazisme.<br />
Ces projets peuvent évoluer parallèlement sans se croiser. Il arrive qu&rsquo;ils se rencontrent, comme lorsque les nouveaux nationalistes instrumentalisèrent les gangs néo-nazis pour que le SPD rallie la majorité au Bundestag afin que soit modifié l&rsquo;Article 16 (voir supra). Parfois ils s&rsquo;opposent : après avoir agité en tous sens l&rsquo;épouvantail fasciste, les nationalistes ont usé de la répression pour l&rsquo;écraser et mettre hors-la-loi onze de ses organisations. Les rapports de pouvoir entre ces deux courants sont indéniables.<br />
Jusqu&rsquo;à présent, c&rsquo;est un fait que les antifas ont partiellement échoué à saisir ce qui se passe et ont partiellement refusé de le voir. Le problème est tout simplement devenu trop grand. Les antifascistes savent quoi faire face à dix boneheads dans la rue &#8211; pas toujours &#8211; mais des démonstrations militaires de la Bundeswehr comme la parade au flambeau de la Grosse Zapfenstreich à Berlin les laissent désarmés. Pour beaucoup, les forces de ce nationalisme-là sont trop écrasantes.<br />
Il en résulte un grand vent de résignation&#8230;un “ que peut-on faire ” généralisé. C&rsquo;est une réaction humaine normale et nous ne devons pas nous asseoir pour nous juger. Toutefois, il est évident qu&rsquo;en tant que mouvement international antifasciste nous devons renoncer à nous concentrer exclusivement sur une scène allemande néo-nazie diminuée, et évoluer vers une politique non pas seulement antifasciste mais antimilitariste, contre la guerre et contre la préparation de la guerre. Cela signifie se fixer sur la politique étrangère de l&rsquo;Allemagne, et pas uniquement en liaison avec les livraisons d&rsquo;armes pour la meurtrière guerre menée par les Turcs au Kurdistan mais, plus près de nous, la politique qu&rsquo;elle mène en République tchèque. Cela implique une attention accrue portée aux activités de plus en plus agressives des revanchistes allemands, et se consacrer d&rsquo;avantage à démasquer des organisations plus que tendancieuses soutenues par l&rsquo;Etat, comme la Verein für Das Deutschtum im Ausland (Ligue pour le germanisme à l&rsquo;étranger).<br />
Enfin, cela suppose que nous prenions beaucoup plus au sérieux l&rsquo;internationalisme. Ces dernières années, seule une minorité du mouvement antifasciste a tenté et est parvenu à construire de vrais, de solides et d&rsquo;efficaces liens internationaux. Reflexes, avec Searchlight et Antifaschistisches Infoblatt, peuvent se féliciter d&rsquo;être les moteurs de cette minorité.<br />
Maintenant que nous sommes confrontés à ces problèmes plus vastes, la nécessité de l&rsquo;internationalisme devient une urgence. Nous devons continuer à susciter une prise de conscience à l&rsquo;échelle internationale des nouveaux dangers et, en ce qui concerne l&rsquo;Allemagne, ne pas générer un stupide chauvinisme anti-allemand -l&rsquo;antifascisme des crétins-, mais renforcer la solidarité avec les antifascistes et les antimilitaristes de ce pays.<br />
Nous devons le faire même dans notre propre intérêt.<br />
Dix ans après la création de Réflexes, le combat se poursuit mais certains de nos ennemis ont changé. Et les conflits les plus violents restent à venir.</p>
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		<title>Comme un indien métropolitain&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 11:43:46 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne souhaiterais à personne ce genre d&rsquo;exercice : il est trop périlleux. Certains par le passé s&rsquo;en sont relativement bien tirés, tel «Le roman de nos origines» paru dans <em>La Banquise</em> n°1 et racontant l&rsquo;itinéraire d&rsquo;une partie du courant ultra-gauche français. Mais comment aborder dix ans d&rsquo;action politique et d&rsquo;intervention sur le champ de l&rsquo;antifascisme et de l&rsquo;anticapitalisme ?<br />
Faut-il commencer par dix ans de slogans, dont le succès se mesure à la manière dont ils ont été repris par d&rsquo;autres organisations politiques (y compris nos ennemis) : «Sortons de notre réserve», «C&rsquo;est à la misère qu&rsquo;il faut s&rsquo;attaquer, pas aux immigrés !», «Police partout, justice nulle part !» ?<br />
Faut-il continuer par dix ans de construction acharnée d&rsquo;un collectif sous tous ses aspects, avec bien souvent l&rsquo;impression de bégayer : dix ans de presse, d&rsquo;interventions sur le terrain, de concerts, d&rsquo;erreurs grossières, de réseaux départementaux, régionaux, nationaux, européens, galactiques ? Ou par dix ans de fâcheries diverses et variées avec tout le monde, y compris et surtout avec les personnes qui étaient bien souvent les plus proches du collectif, en précisant assez inutilement que ces fâcheries n&rsquo;eurent bien des fois qu&rsquo;un lointain rapport avec la politique ?<br />
Ou encore par dix ans d&rsquo;analyses, dont la validité n&rsquo;a hélas jamais été aussi affirmée, sur la montée en puissance d&rsquo;une xénophobie née du système capitaliste ?<br />
Faut-il terminer par dix ans de luttes à venir qui seront sans doute parmi les plus décisives ?<br />
Puisqu&rsquo;il faut bien commencer par quelque chose…</p>
<h3>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;un combat, continuons le début !</h3>
<p>Prenez un groupe de jeunes, étudiants ou lycéens, de Nanterre ou d&rsquo;ailleurs en région parisienne, membres d&rsquo;une structure libertaire relativement restreinte (Coordination Libertaire Étudiante), déçus par le faible travail de fond du mouvement libertaire ou l&rsquo;absence de liaisons entre différents fronts de lutte, confrontés à une lame de fond autoritaire symbolisée par la montée du FN… Secouez le tout, servez en 1986, vous obtenez REFLEX, Réseau d&rsquo;Étude, de Formation et de Lutte contre l&rsquo;Extrême-droite et la Xénophobie, vilain petit canard prêt à lutter sur tous les fronts : mesures sécuritaires, immigration, antifascisme, luttes de libération nationale et sociale, soutien aux personnes incarcérées, antimilitarisme. Cela reflétait les centres d&rsquo;intérêt des différents «fondateurs» ainsi que la période politique dans laquelle cette création prenait place. La droite revenait au pouvoir en portant haut la bannière de l&rsquo;Ordre et des valeurs, l&rsquo;espoir de voir émerger un mouvement autonome de l&rsquo;immigration s&rsquo;éloignait après son phagocytage par la pieuvre social-démocrate et sa tentacule SOS-Racisme, l&rsquo;extrême-droite progressait, portée entre autres par les calculs politiciens des uns et des autres. Le camarade Vladimir Illich aurait dit «Que faire ?», certains ne se posaient plus la question depuis 1984 et la première réponse radicale contre le FN à Toulouse, à savoir l&rsquo;attentat contre le palais des congrès qui permit l&rsquo;annulation du meeting de Jean-Marie Le Pen. L&rsquo;émergence dans cette ville d&rsquo;un mouvement autonome antifasciste affirmant qu&rsquo;il fallait empêcher l&rsquo;extrême-droite de s&rsquo;exprimer ouvrait la voie à de nouveaux regroupements, qu&rsquo;ils se nomment Section Carrément Anti Le Pen ou CRAFAR (Lille), Urgence (Lyon), CAF (Marseille) et qu&rsquo;ils s&rsquo;appuient sur des conceptions libertaires, léninistes ou tout simplement mal définies ?<br />
Assez rapidement, l&rsquo;antifascisme radical est devenu l&rsquo;objet privilégié de lutte, avec comme base une réflexion simple : l&rsquo;extrême-droite est un condensé de tout ce qu&rsquo;on peut exécrer en tant que libertaire : conception autoritaire et élitiste de la société, vision suprémaciste blanche très largement répandue parmi ses membres, patriarcat, instrumentalisation par la bourgeoisie. Cela partait d&rsquo;une vision correcte des choses qui pourtant n&rsquo;est pas passée au-delà des militants : le FN a bien un rôle de diviseur du mouvement social entre les petits blancs et les autres mais ce n&rsquo;est pas une marionnette, ni un pantin et il n&rsquo;est que porté par un très large mouvement de la société en faveur de l&rsquo;Ordre et de la sécurité. La Coordination Nationale AntiFasciste qui se crée en 1987 affirmait donc la nécessité d&rsquo;investir le milieu social sous toutes ses formes et en particulier le milieu associatif. Pendant ce temps, il naissait des SCALP un peu partout, à partir de groupes d&rsquo;amis et sous des formes chaotiques. Cette atmosphère faite de délires médiatiques et d&rsquo;exaltation rigolarde n&rsquo;est sans doute pas près de se revoir de sitôt en politique. C&rsquo;est sans doute la seule bonne chose qu&rsquo;ait pu nous apporter l&rsquo;émergence du FN en tant que force électorale…<br />
Ce qui est sûr, c&rsquo;est que l&rsquo;antifascisme radical n&rsquo;a pas marché :<br />
- Le milieu associatif ou syndical n&rsquo;a pas vu débarquer des hordes de militants radicaux conscients de la partie à jouer. Incapacité à tenir les objectifs affichés ? Certes, mais faute de troupes : que faire à 200 ? Or mis à part certaines villes, la plupart des SCALP n&rsquo;ont jamais compté plus de militants que celui de l&rsquo;université de Tolbiac avec sa dizaine de membres…<br />
- REFLEX n&rsquo;a pas réussi à fixer autour de lui les dizaines de jeunes cotoyées lors des manifestations et concerts. Pire, les fâcheries ont été si nombreuses qu&rsquo;une partie de ceux qui liront cet article se sentiront concernés par ces lignes : fâcheries politiques avec l&rsquo;OCL en 1988-1989, avec la SCALP de Paris et ses «débris» en 1991 ou avec d&rsquo;autres encore; fâcheries pour des poils de moustache(1) avec des individus dont le ressentiment est aujourd&rsquo;hui bien souvent apaisé, Bakounine soit loué !<br />
- Une génération fiable de militants n&rsquo;a pas émergé de ces cinq années d&rsquo;activisme échevelé.<br />
Mais après tout, puisqu&rsquo;il faut bien se consoler avec quelque chose, l&rsquo;opération socio-démo-politicarde SOS-Racisme a-t-elle mieux réussie avec des moyens sans comparaison aucune avec ceux possédés par la CNAF durant 3 ans ? Et cela doit-il occulter l&rsquo;incontestable tentative de renouveau de l&rsquo;implication libertaire qu&rsquo;a pû représenter l&rsquo;association REFLEX durant toutes ces années ?</p>
<h3>Après la pluie, le beau temps…</h3>
<p>1991 s&rsquo;est donc présentée comme l&rsquo;année noire de l&rsquo;antifascisme radical. Cette situation peut très largement s&rsquo;expliquer par le manque de perspectives politiques qui pouvaient s&rsquo;offrir aux vues des militants. L&rsquo;accusation de servir la soupe à la social-démocratie par le biais d&rsquo;un antifascisme borné était toujours latente de la part de «camarades» radicaux toujours bien intentionnés. Mais les bonnes fées de l&rsquo;antifascisme étant nombreuses et persévérantes, l&rsquo;année suivante a vu une certaine renaissance qui n&rsquo;a cessé depuis de se confirmer. Il faut dire que ce mouvement s&rsquo;est avéré un peu général. «Comités Ras l&rsquo;Front», «Ligue antinazie», «Jeunes contre le Racisme en Europe», «Comités contre Le Pen»… Les autoproclamés arrières petits-enfants de Trotski ont décidément l&rsquo;art et la manière de multiplier les structures attrape-militants. Ils ne sont pas les seuls ! Ainsi en est-il des «Manifeste contre le Front National», «Comité de vigilance contre l&rsquo;extrême-droite» et autres attrape-ploum-ploum pré-électoraux. Beaucoup de sincérité «antifasciste» derrière tout cela mais combien d&rsquo;analyses justes sur la responsabilité des «démocrates» dans la montée du Front et l&rsquo;origine capitaliste de celle-ci ? De fait, la relance d&rsquo;un nouveau réseau antifa-radical à partir des décombres de la CNAF s&rsquo;est-il traduit par un saut qualitatif dans la lutte contre les miasmes frontistes ? Déjà, le changement de nom s&rsquo;est avéré plus convivial que l&rsquo;ancien «CNAF» qui ressemblait tant à l&rsquo;aboiement du labrador à feu monsieur le président. Lorsque l&rsquo;on connait l&rsquo;importance des sigles dans le petit milieu libertaire, on comprendra immédiatement l&rsquo;enjeu de la chose… Ensuite, d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, l&rsquo;élargissement régulier des contacts et l&rsquo;enracinement de ces derniers a permis des échanges dont la CNAF n&rsquo;avait pas offert d&rsquo;exemples à l&rsquo;époque de sa «gloire». Certes, ce n&rsquo;est pas le réseau No Pasaran qui arrêtera la progression du FN et l&rsquo;installation de la barbarie au coeur des métropoles capitalistes. Mais constituer un grain de sable est déjà en soi un objectif à part entière… Si cela peut également permettre une mise en pratique de principes et pratiques politiques différentes, le bonheur sera complet. Seulement, il est évident que la tâche sera ardue : REFLEX a changé, mais le P.F.F. (Paysage Faf Français) aussi. Le travail de fourmi prend donc définitivement la place du militantisme spontanéiste, celui qui nous voyait courir un peu partout dans Paris quelque fois derrière et bien souvent devant nos ennemis fafounets. Voyons ce qui modifie quelque peu la donne…</p>
<h3>À Saint-Cloud, rien de nouveau ?</h3>
<p>En dix ans, les craintes que l&rsquo;on pouvait avoir à l&rsquo;égard du renforcement des tendances xénophobes des sociétés européennes se sont hélas confirmées… Pourtant l&rsquo;évolution de l&rsquo;extrême droite française n&rsquo;est pas seulement quantitative, elle est également qualitative. Ainsi il est certain que l&rsquo;enracinement du Front National prend des allures électorales choquantes : meilleur score aux élections présidentielles en 1995 avec 15% des suffrages exprimés, quatre villes d&rsquo;importance conquises… Pourtant, est-ce vraiment cet aspect des choses qui doit nous faire hurler au retour du fascisme ? Après tout, le FN ne progresse bien souvent que grâce à une abstention massive qui n&rsquo;a jamais été aussi peu porteuse de perspectives de rupture avec le système démocratique libéral, n&rsquo;en déplaise aux compagnons anarchistes abstentionnistes. Quel commentaire à apporter face à l&rsquo;élection cantonale partielle de Toulon en septembre dernier au cours de laquelle le candidat frontiste progresse de 15 points alors qu&rsquo;il y a 66,63% d&rsquo;abstentions ?<br />
Par contre, il est clair qu&rsquo;en dix ans, la légitimité et le discours du FN ont changé. D&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre, le FN est devenu le pivot incontournable des droites radicales en France. Il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;être grand clerc pour faire ce constat : il suffit de faire le bilan de ce qui est et de ce qui n&rsquo;est plus. Exit les groupuscules plus ou moins folkloriques qui attiraient à eux une fraction radicalisée de la jeunesse nationaliste :<br />
- Le GUD a été absorbé par Renouveau Étudiant dont il assure l&rsquo;encadrement, tout en se permettant quelques facéties qui doivent rappeler le bon vieux temps aux plus anciens militants : collages d&rsquo;affiches anti-israëliennes ou anti-gouvernementales sur le périphérique parisien, «commando» itinérant qui depuis un an laisse des traces à intervalles réguliers dans le cuir chevelu des étudiants syndiqués de quelques campus provinciaux. Les affrontements physiques des campus parisiens (Sorbonne, Tolbiac) ont disparu et ceux qui refusent la normalisation frontiste ont été contraint de se réfugier dans des petits regroupements plus ou moins obscurs : Union Nationale des Etudiants de Droite ou petites revues du type <em>Réfléchir &amp; Agir</em>(2). Ceci dit, cela n&rsquo;empêche pas tous ces joyeux drilles de se croire encore au bon vieux temps, comme le démontrent les dernières mésaventures policières de F. Châtillon, D. Warlet ou É. Rossi qui feront l&rsquo;objet d&rsquo;une prochaine étude de <em>Réflexes</em>. L&rsquo;UNED a rejoint au printemps de l&rsquo;année dernière une myriade de petits groupes(3), composés de dissidents du FN pour la plupart, pour former l&rsquo;Alliance solidariste. Cependant, selon les responsables de l&rsquo;Alliance, celle-ci n&rsquo;entend pas concurrencer le FN mais «<em>l&rsquo;aider dans tous les cas où cela sera possible</em>.» Cette position a le mérite d&rsquo;être claire, contrairement au solidarisme lui-même qui, rappelons-le, se veut(4) «<em>une doctrine politique prônant la création d&rsquo;une organisation sociale respectant les aspirations matérielles, intellectuelles et spirituelles de la personne, pour assurer en particulier l&rsquo;équilibre entre la responsabilité de l&rsquo;individu et sa liberté, la prise en compte concrète à tous les niveaux de la société des diverses solidarités dans lesquelles il est engagé et la détermination de la finalité sociale.</em>» Si vous pensez que tout cela est bien confus, vous avez raison car «<em>la définition du solidarisme recherche moins la clarté que l&rsquo;unité</em>.»(5). On ne lui fait pas dire…<br />
- La mouvance nationaliste-révolutionnaire s&rsquo;est trouvée absorbée dans l&rsquo;orbite frontiste, alors même qu&rsquo;elle semblait s&rsquo;en éloigner depuis quelques années. Ainsi, lorsqu&rsquo;en 1991 Troisième Voie scissionne entre l&rsquo;organisation Nouvelles Résistances et les Bases autonomes (bien vite disparues) et chasse Jean-Gilles Malliarakis de son poste de secrétaire général, c&rsquo;est au nom de la pureté de la doctrine nationaliste-révolutionnaire, considérant que J.-G. Malliarakis n&rsquo;avait fait que mener une politique réactionnaire, assujettie aux intérêts du FN et pousser le mouvement NR dans une impasse. Nouvelle Résistance paraissait alors vouloir développer une politique s&rsquo;appuyant sur la pensée de théoriciens comme Jean Thiriart et le national-bolchevisme, ne ratant pas une occasion de vilipender son ancien secrétaire général et le FN, qualifié de parti raciste et de valet du système. Les thèmes développés par NR à travers sa presse allait de l&rsquo;écologie au soutien aux mouvements de libération nationale et l&rsquo;infiltration de quelques mouvements politiques progressistes semblait en être une conséquence logique. Pendant ce temps, Malliarakis adhérait officiellement au FN, développait des thèses ultra-libérales sur les ondes de son émission de Radio-Courtoisie, abandonnait son poste de responsable francilien de la CDCA et finissait par fermer sa librairie «héritée» d&rsquo;Henri Coston : la Librairie française.<br />
En cet automne 1996, les choses sont devenues plus claires et le retour de NR dans le giron extrême-droitier est bien avancé comme en témoigne les «événements» de cette année : promotion d&rsquo;André-Yves Beck, cadre NR et ancien TV, au poste de Chargé de la communication de la mairie frontiste d&rsquo;Orange(6), participation remarquée aux différentes manifestations organisée par le FN comme celle de septembre à Marseille consécutive à l&rsquo;assassinat d&rsquo;un collègien, promotion interne au poste de responsable de la jeunesse de Fabrice Robert, conseiller municipal frontiste francilien et leader du groupe bonehead Fraction Hexagone, scission d&rsquo;une partie des militants cet été sur la question de l&rsquo;inféodation de NR au FN dans la perspective définie par le secrétaire général Christian Bouchet de développer des thèses nationalistes-révolutionnaires au sein du FN. Il semble que le chant des sirènes frontistes ait résonné plus fort aux oreilles de C. Bouchet que ses précédentes affirmations, du type :«<em>J&rsquo;ai beaucoup de mal à imaginer comment on pourrait s&rsquo;affirmer NR au sein du FN d&rsquo;une manière cohérente et suivre la ligne de celui-ci : réclamer la suppression de l&rsquo;impôt sur le revenu, manifester pour le rétablissement de la peine de mort, cohabiter avec un sioniste comme Hemmerdinger ou un zouave pontifical comme Romain Marie</em>.» Il est clair que même si, en façade, Nouvelle Résistance continue d&rsquo;exister(7), ce sera dans l&rsquo;orbite et avec l&rsquo;aide du FN(8), comme le démontre la présence de militants NR sur certains marchés et en particulier celui du XIII° arrdt de Paris.<br />
- Les groupuscules à sensation l&rsquo;Œuvre française et PNFE demeurent dans leur léthargie, ponctuée épisodiquement de «scandales» ou de «coups», telle l&rsquo;appartenance au PNFE d&rsquo;une partie des profanateurs de Carpentras ou la préparation d&rsquo;un attentat contre Patrick Gaubert en 1993-1994 par des soudards de l&rsquo;Œuvre. Ces deux structures n&rsquo;ont finalement jamais pesé aussi peu dans le camp nationaliste, tant en terme d&rsquo;influence politique qu&rsquo;en terme numérique. Cela ne peut que pousser certains vieux routards de ces groupes à se rapprocher du FN, comme l&rsquo;a finement noté le <em>Monde</em> avec sons sens aigüe de l&rsquo;observation politique et comme le prouve l&rsquo;acceptation de double appartenance de la part de l&rsquo;Œuvre. Il en va de même des «figures» ultra-nationalistes des années 1980-1990 : Olivier Mathieu, Yann-Ber Tillenon, Tristan Mordrel, Michel Faci, etc… Certains ont disparu et pris la fuite après de multiples fâcheries, avec le PNFE par exemple, d&rsquo;autres tentent vaille que vaille de maintenir quelques activités alors même qu&rsquo;ils n&rsquo;ont cessé d&rsquo;accumuler les déboires financiers, en particulier dans le domaine de l&rsquo;édition et des librairies. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;à Paris la Librairie a pris le relais d&rsquo;Ogmios et a été elle-même remplacée par l&rsquo;Æncre qui vient de se faire racheter par des militants FN ou proches du FN qui tirent leurs fonds des juteux commerces de la Sécurité et des minitels roses.</p>
<h3>Un parti national et social ?</h3>
<p>Par ailleurs, le FN a manifestement décidé d&rsquo;accentuer son discours rupturiste et ce pas forcément sur ce que l&rsquo;on croit. Jusqu&rsquo;à présent, le Front national proclamait clairement son appartenance à la droite et aux valeurs de celle-ci en s&rsquo;affirmant «droite nationale et populaire»(9). Il n&rsquo;est pas évident que le slogan «Ni droite, ni gauche, Français !» ne soit autre chose qu&rsquo;une affirmation volontariste comme le FN en a le secret. Les différents sondages de l&rsquo;année dernière consécutifs aux procès intentés par le FN à certains organes de presse pour «affirmation calomnieuse» montrent, y compris pour ses plus farouches électeurs, que le FN est un parti de droite, dès lors que la valeur fondamentale de ce courant est encore d&rsquo;être le parti de l&rsquo;Ordre. L&rsquo;expression médiatiquement à la mode de «gaucho-lepénisme»(10) semble de fait assez décalée…<br />
Par contre, le noyau dur du FN accentue manifestement son objectif de diffusion de thèmes jusqu&rsquo;alors au second plan mais qui deviennent la nouvelle ligne du parti, justifiant ainsi l&rsquo;analyse de H. Arendt sur les cercles du totalitarisme et la diffusion des idées les plus ignobles au travers de ces cercles pour atteindre la société toute entière. Il en va ainsi du thème de «l&rsquo;inégalité des races», inoculé à la société toute entère grâce aux mass-media après avoir été diffusé par le passé dans la littérature du mouvement :«<em>Il existe des races différentes, des ethnies différentes, des cultures différentes, je prends acte de cette diversité et de cette variété, mais j&rsquo;établis bien sûr une distinction à la fois entre les êtres et entre les peuples ou les nations. Je ne peux pas dire que les Bantous ont les mêmes aptitudes ethnologiques que les Californiens, parce que cela est tout simplement contraire à la réalité. (…) S&rsquo;il est exact que les Hommes ont droit au même respect, il est évident qu&rsquo;il existe des hiérarchies, des préférences, des affinités qui vont de soi</em>.»(11) Il en va de même de l&rsquo;antisémitisme, avec des attaques lors du premier mai 1996 contre «le capital anonyme et vagabond», «la minorité anonyme et conquérante», «le complot mondialiste visant à détruire les nations et les structures de l&rsquo;ordre naturel», «la domination complète de toute la planète dans tous les domaines : financier, économique, commercial, juridique, voire religieux.» En comparaison, la tentative d&rsquo;implantation sociale et les déclarations qu&rsquo;elle suscite de la part des dirigeants du parti(12) ne correspondent donc pas tant à une affinité soudaine pour le progressisme social qu&rsquo;à une stratégie simple et efficace de développement du parti. Ce n&rsquo;est donc pas le FN qui se durcit (il n&rsquo;a pas fondamentalement évolué dans ses références et sa vision du monde) mais les différents cercles qui l&rsquo;entourent dans la société, de l&rsquo;électeur fidèle au simple sympathisant sur le thème de «l&rsquo;immigration-invasion». Ce saut qualitatif du discours se traduit par la place prise par le FNJ au sein du FN et qui serait impensable dans n&rsquo;importe quel autre parti. La fascination pour cette jeunesse et le culte qu&rsquo;elle entraîne depuis toujours dans ce courant politique poussent le FN à laisser le FNJ diffuser une image fasciste(13) du mouvement qui n&rsquo;est plus vue comme un handicap puisque c&rsquo;est toute une partie de l&rsquo;opinion qui la porte par sa xénophobie.<br />
Pour conclure à titre provisoire, le FN est plus que jamais un diffuseur de métastases xénophobes et autoritaires dans la société. Il n&rsquo;est sans doute ni plus ni moins fascisant qu&rsquo;il y a quelques années, par contre son discours a peu à peu modelé certains pans de la société au point que ses idées n&rsquo;ont jamais été aussi dangereuses. C&rsquo;est clair : on est bien reparti pour dix ans de luttes ! Mais cette lutte se fera sur le terrain, dans la rue, par tous les moyens nécessaires et certainement pas dans les urnes. Que cessent donc pour tout le monde les illusions social-démocrates serait ainsi le meilleur présage d&rsquo;une lutte victorieuse.</p>
<p>Notes<br />
(1)Comprenne qui voudra et qui pourra…<br />
(2)Les rédacteurs de la revue rappellent cependant à intervalles réguliers que, faute de mieux, ils soutiennent le FN, considérant que ce parti, malgré tous ses défauts, demeure le principal espoir d&rsquo;accèder au pouvoir pour le camp nationaliste.<br />
(3)Mouvement solidariste français, Groupe solidariste Francité, Sauvegarde des métiers, Alliance nationale, Cercle Saint-Michel, Fragments, Cercle des Jeunes Agriculteurs Français, Décision française, revue <em>L&rsquo;Écritoire</em>.<br />
(4)<em>Citadelle</em> n°6, juillet-août 1992, revue de France-Solidarité, groupe dont faisait partie Gérard Bouchet, à présent dirigeant du Mouvement solidariste français.<br />
(5)Idem<br />
(6)Cf <em>Réflexes</em> n°47<br />
(7)Un nouveau bi-mensuel est d&rsquo;ores et déjà sorti, <em>Voix du Peuple</em>, dans lequel C. Bouchet affirme avoir été victime d&rsquo;une manœuvre de «l&rsquo;extrême-droite sioniste». En fait, il semble qu&rsquo;une partie des membres du CE de NR ait pris le contrôle des finances (juteuses grâce aux Lybiens !!!) et de <em>Lutte du Peuple</em>. En tout état de cause, en ce printemps 1997, chaque partie continue son petit bonhomme de chemin.<br />
(8)On peut étayer cette affirmation avec les accusations de <em>Tribune juive</em> début octobre, démenties par J. Bompard dans <em>National-Hebdo</em> du 17 octobre 1996, selon lesquelles <em>Lutte du Peuple</em> devenu <em>Voix du Peuple</em> serait imprimé par la mairie d&rsquo;Orange. Le maire d&rsquo;Orange nie cela d&rsquo;autant plus fermement que, selon lui, la mairie ne possède que des photocopieuses. Lorsqu&rsquo;on constate la piètre qualité d&rsquo;impression de <em>Voix du Peuple</em>, on en conclut immédiatement qu&rsquo;accusations et démentis ne sont pas incompatibles…<br />
(9)Cf <em>Militer au Front</em> ou également l&rsquo;interview de J.-M. Le Pen à <em>National-Hebdo</em> n°563 en mai 1995.<br />
(10)Expression «inventée» par Pascal Perrineau<br />
(11)Jean-Marie Le Pen, <em>Les Français d&rsquo;abord</em>, 1984<br />
(11)Cf le salut de Le Pen lors du premier mai à «la longue lutte des travailleurs et des syndicats pour plus de justice, de sécurité et de liberté dans le travail.»<br />
(12)Une étude un peu exhaustive des bulletins régionaux du FNJ suffit à s&rsquo;en convaincre. Dis-moi quelles sont tes références historiques et politiques, je te dirai qui tu es (ou qui tu hais d&rsquo;ailleurs…)</p>
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		<title>Antifascisme : 15 ans de faux-semblants ?</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Feb 2003 18:49:11 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis maintenant plus de dix ans, l&rsquo;antifascisme est devenu une option obligatoire pour qui veut percer politiquement ou même médiatiquement. Même si cette situation a considérablement évolué, et sans doute parce que cette évolution n&rsquo;est pas irréversible, il nous faut essayer de tirer un bilan politique et historique de ce phénomène. Ne pas le faire serait s&rsquo;exposer peut-être à de désagréables surprises dans les mois ou années à venir, tant il est vrai qu&rsquo;il ne suffit pas d&rsquo;avoir décréter la mort du FN pour que celui-ci pousse le dernier râle. Pour autant, ce bilan n&rsquo;est ni exhaustif, ni impartial. Tout au plus prétend-il être honnête.</p>
<p><strong>À L&rsquo;OMBRE DE NOS GRANDS ANCIENS<br />
</strong></p>
<p>La décennie qui vient de s&rsquo;écouler aura vu le retour sur le devant de la scène d&rsquo;une certaine idée de l&rsquo;antifascisme largement héritée des années 1930, vécues de fait comme l&rsquo;Âge d&rsquo;Or de cette idée politique. Rien d&rsquo;étonnant à cela d&rsquo;un point de vue historique : si l&rsquo;on veut bien prendre le terme au pied de la lettre, toutes les organisations politiques françaises sont “ antifascistes ”, puisque l&rsquo;antifascisme est constitutif du régime politique issu de la dernière guerre mondiale et mis en place par le général de Gaulle. C&rsquo;est ainsi que communistes, sociaux-démocrates et gaullistes peuvent se réclamer de la Résistance à l&rsquo;occupation nazie, sans qu&rsquo;il y ait mensonge sur la réalité de cette filiation. La période de la décolonisation n&rsquo;a fait que renforcer cette situation puisque De Gaulle s&rsquo;est alors violemment opposé aux menées d&rsquo;extrême droite pour conserver l&rsquo;Algérie française (1960-1962) et a combattu la principale organisation terroriste issue de ce courant, l&rsquo;Organisation Armée Secrète, dont de nombreux anciens activistes sont à présent membres du FN. Or l&rsquo;antifascisme de ces années 1930 et des années de guerre présente quelques caractéristiques très particulières. A l&rsquo;origine la notion de fascisme n&rsquo;est finalement que le fruit du hasard de la vie politique italienne. L&rsquo;inflation de son utilisation vient essentiellement des milieux communistes qui à partir des années 1925 se mettent à dénommer ainsi tous leurs adversaires politiques, y compris les socialistes. Le point ultime de cette dérive sera le terme d&rsquo;“ hitlero-trotskiste ”, à la mode dans les années 1930. Les socialistes et les autres forces politiques révolutionnaires ou réformistes préféraient appeler le phénomène “ Réaction ”. Cette non-reconnaissance du phénomène est un bon révélateur de la situation du mouvement antifasciste avant-guerre. Pendant longtemps, il y a refus d&rsquo;accorder toute autonomie politique au phénomène fasciste. Il n&rsquo;est considéré que comme une création et un outil de la bourgeoisie. Il n&rsquo;est donc pas vu comme un mouvement politique à proprement parlé mais comme une bande de mercenaires a-politiques.</p>
<p>Cette situation a plusieurs conséquences sur la lutte antifasciste. D&rsquo;une part, le mouvement est étroitement national dans chaque pays européen et il n&rsquo;y a bien que Turatti, représentant en exil du courant socialiste réformiste italien, pour insister sur le fait que “ le fascisme n&rsquo;est pas purement italien ” et qu&rsquo;il y a donc nécessité d&rsquo;une mise en perspective dans une situation générale : la décomposition capitaliste. L&rsquo;Italie n&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un laboratoire et toute l&rsquo;Europe peut être touchée.</p>
<p>D&rsquo;autre part, le mouvement antifasciste a pris des formes politiques dont le moins que l&rsquo;on puisse faire est de souligner leur dépendance par rapport aux conditions de l&rsquo;époque. La première est l&rsquo;importance et la force de la soumission des mouvements communistes à l&rsquo;URSS. Les intérêts de celle-ci deviennent ceux de millions d&rsquo;ouvriers encadrés dans les partis staliniens. Or ces intérêts ne sont pas révolutionnaires mais nationalistes : la lutte contre le fascisme n&rsquo;est considérée comme prioritaire qu&rsquo;autant qu&rsquo;elle renforce l&rsquo;État soviétique. Le contraste est donc très net entre une analyse antifasciste radicale &#8211; le capitalisme comme origine du fascisme &#8211; et une pratique antifasciste libérale &#8211; la démocratie bourgeoise comme rempart contre le fascisme. Encore cette lecture du phénomène fasciste n&rsquo;est-elle une réalité qu&rsquo;à partir des années 1930 dans la mesure où auparavant, pour les communistes, le fascisme est le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise. Ainsi le fascisme est l&rsquo;arme que la bourgeoisie utilise pour se défendre et le rapport fascisme-capitalisme est donc plus qu&rsquo;étroit même s&rsquo;il est instrumental. La clé de voûte de ce type d&rsquo;explication est donc l&rsquo;économie. Le fascisme est ainsi le pendant politique de l&rsquo;impérialisme. Tout ceci est parfaitement résumé par la sentence de Dimitrov : “ <em>Le fascisme est la dictature du versant le plus réactionnaire de la bourgeoisie capitaliste </em>”. Pourquoi lutter contre une nécessité ?</p>
<p>La deuxième est l&rsquo;idée largement répandue par les sociaux-démocrates que le socialisme serait la démocratie totale, politique et économique, et que la classe ouvrière aurait donc tout à perdre en ne soutenant pas la démocratie politique en place dans les pays européens. Cet antifascisme républicain a pris une forme ultime en Autriche. Les sociaux-démocrates autrichiens, de par la situation de leur pays, y perçoivent très tôt la menace politique représentée par le fascisme italien. Ceci provoque la production d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses mais aussi et surtout dès 1924, la mise sur pied de la “ Ligue de défense républicaine ”, structurée de façon para-militaire. Après la prise du pouvoir en Allemagne par les Nationaux-socialistes, le parti social-démocrate comprend que l&rsquo;Autriche sera sans doute la prochaine cible des mouvements fascistes et tente alors un coup de force qui amène une courte période de guerre civile en 1934. Ce putsch de la structure militaire des sociaux-démocrates échoue et le parti entre alors en clandestinité. L&rsquo;optique choisie est donc que face au fascisme, il faut renforcer la démocratie et réformer le Capital.</p>
<p>Ces deux éléments donnent naissance et forme à l&rsquo;antifascisme libéral ou républicain : un antifascisme qui malgré d&rsquo;éventuelles analyses “ radicales ” fait du combat contre le fascisme une lutte pour la démocratie en escamotant la critique de l&rsquo;État. Un antifascisme qui voit dans la forme du front populaire une combinaison parfaite des revendications de démocratie politique et économique, apte à barrer la route au fascisme alors même qu&rsquo;elle ne touche pas au capitalisme et aggrave par sa politique économique les tensions entre classe ouvrière et classes moyennes, rejetant celles-ci vers le fascisme. Un antifascisme moral qui fait de la démocratie pluraliste et de la dictature fasciste respectivement un Bien et un Mal absolu. Il est indéniable que la décennie 1990 a vu se développer les mêmes bases. Alors que le FN perce électoralement en 1983-1984, les réactions des grandes (ou petites) forces politiques de gauche sont extrêmement faibles et se limitent à des déclarations de principe ou manifestations épisodiques. Le mouvement nationaliste est considéré comme un feu de paille qu&rsquo;une bonne utilisation politique suffira à conjurer. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à quoi s&rsquo;emploient le Parti socialiste et la Droite libérale durant tous les scrutins électoraux de la décennie 1980. Ce n&rsquo;est véritablement qu&rsquo;à partir du début des années 1990 que l&rsquo;antifascisme moral émerge comme force organisée, avec quelques années de retard sur l&rsquo;antifascisme radical. Ce n&rsquo;est guère surprenant !.</p>
<p><strong>CATALOGUE DES INITIATIVES<br />
</strong></p>
<p>Le FN commence sa percée électorale en 1983 à Dreux lors des élections municipales. Il faut attendre 1984 pour qu&rsquo;une véritable riposte ait lieu, lors de la venue de J.-M. Le Pen à Toulouse, avec un attentat contre la salle où il devait faire un discours. Cet attentat est revendiqué au nom du SCALP, Section Carrément Anti Le Pen, étiquette utilisée le 05 juin de la même année pour rassembler en marge d&rsquo;une manifestation unitaire toutes les personnes décidées à en découdre avec le FN. À partir de cette date se créent un peu partout en France des SCALP ou des groupes libertaires comme REFLEX qui rassemblent une fraction radicalisée de la jeunesse qui ne supporte plus la passivité générale face à la montée du FN. Ces groupes (Scalp Toulouse, REFLEX Paris, CRAFAR Lille, GAF Marseille, Collectif Urgence Lyon) se réunissent dans une Coordination Nationale AntiFasciste (CNAF) en octobre 1987. Cette coordination correspondait au besoin d&rsquo;échanger et de coordonner l&rsquo;activité des groupes antifascistes, de dynamiser la lutte en sortant du matériel commun. Politiquement, elle n&rsquo;était pas unifiée et avait même largement tendance à fonctionner sur les mêmes bases que le mouvement démocrate, à savoir la peur : “ le FN est l&rsquo;incarnation du grand méchant loup, il faut lui barrer la route ”. L&rsquo;explication de ce qu&rsquo;est le fascisme à la sauce Le Pen se fait en comparant le FN aux nazis, en rappelant l&rsquo;horreur des camps de concentration, en soulignant que Le Pen est entouré de vieux nazis&#8230; Le principe est : <em>rappeler les mauvais souvenirs suffira à empêcher que cela ne recommence puisque la population comprendra où est son intérêt</em>. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1989 que la CNAF parvient à sortir de cet état de fait en publiant un appel qui tout en fixant les termes d&rsquo;une analyse sur la montée du FN et les responsabilités de la gauche ne parvient pas à constituer une démarche d&rsquo;ouverture. La CNAF apparaît alors pour ce qu&rsquo;elle : une réponse à la nécessité de groupes antifascistes autonomes, accomplissant un travail concret de lutte contre l&rsquo;extrême droite pour enrayer son développement mais sans tomber dans les travers habituels de ce type de lutte, à savoir le frontisme et la récupération politicienne démocrate. Le problème est qu&rsquo;elle n&rsquo;y parvient que très imparfaitement, la coordination entre des groupes aux aspirations politiques diverses s&rsquo;avérant très aléatoire. Ainsi la CNAF n&rsquo;est capable de publier que deux numéros de sa revue alors même que les collectifs locaux, Scalp ou autres, font preuve d&rsquo;un dynamisme particulièrement attractif mais local. De fait, alors même que son analyse anticapitaliste et son antériorité aurait pu lui permettre de constituer un pôle antifasciste radical dynamique, l&rsquo;incapacité organisationnelle de la CNAF permet dès 1990 à la LCR de monter une opération du type de celles dont elle a le secret : l&rsquo;Appel des 250 contre le fascisme.</p>
<p>L&rsquo;Appel est lancé en mai 1990. Si les deux principaux initiateurs publics sont Anne Tristan et Gilles Perrault, la liste des signataires comporte bien d&rsquo;autres personnalités tout à fait estimables. Mais son contenu annonce dès le début qu&rsquo;au delà de la sincérité de l&rsquo;engagement antifasciste, l&rsquo;Appel est une pierre lancée dans le jardin de la gauche. Appelant celle-ci à retrouver “ ses valeurs ”, il se place clairement dans la continuité de l&rsquo;antifascisme d&rsquo;avant-guerre, quand la gauche socialiste et communiste pouvait encore prétendre porter les aspirations du mouvement ouvrier. Mené en sous-main par la LCR et la gauche du PS, l&rsquo;Appel utilise le réseau mis en place au cours de la première campagne pour l&rsquo;annulation de la Dette du Tiers-Monde et caractérise assez bien l&rsquo;état de la gauche à cette époque, à savoir des militants pour l&rsquo;essentiel en dehors des sphères du pouvoir politique réel, polarisés par une LCR oecuménique, surdimensionnée et surreprésentée, se présentant comme le recours d&rsquo;une gauche “ propre ”, non-discréditée par le libéralisme ou le stalinisme. L&rsquo;Appel se place alors dans une stratégie fidèlement trotskyste de “ front unique ”. Sa “ chance ” va être d&rsquo;être quasiment concomittant avec la profanation de Carpentras qui provoque un électrochoc dans la gauche française. Les militants comme T. Jonquet, R. Barroux ou P. Silberstein tentent alors au cours de l&rsquo;été 1990 de structurer une initiative qui part dans toous les sens. Dans le courant du mois de juillet, des organisations de gauche (Verts, MRG, PS, PCF, SOS-Racisme, LCR, LDH, syndicats divers) tentent également de surfer sur la vague d&rsquo;indignation en lançant un front antiraciste appelant à une grande manifestation à l&rsquo;automne qui finalement n&rsquo;aura pas lieu. Ce front préfigure déjà largement ce que sera le Comité National de Vigilance quelques années plus tard. Mais l&rsquo;Appel poursuit son développement autonome et participe en tant que tel à la fête de l&rsquo;Humanité. Malgré l&rsquo;opposition manifeste de la plupart des organisations, des collectifs locaux se mettent en place. Les organisateurs de l&rsquo;Appel conçoivent alors la possibilité de faire émerger des responsables locaux et régionaux. Le climat de concurrence inter-organisations est alors assez exacerbé et l&rsquo;Appel se lance dans une chasse tout azimut aux appuis culturels et en particulier musicaux. La guerre du Golfe vient perturber ce cadre idéal. L&rsquo;Appel se trouve alors en effet traversé par les mêmes conflits et clivages que toute la gauche sur la légitimité ou non de l&rsquo;intervention occidentale au Moyen-Orient. Le principal souci d&rsquo;une partie des animateurs de l&rsquo;Appel des 250 est alors de ne pas se couper des militants PS déjà membres de collectifs locaux. Finalement, l&rsquo;Appel se tire d&rsquo;affaire de cette crise en évacuant le débat au profit d&rsquo;un antifascisme strict, ce qui sera toujours son attitude par la suite. Cette première année d&rsquo;existence met ainsi en place ce qui fera le quotidien politique de la structure Ras L&rsquo;Front dans les années à venir. L&rsquo;Appel ne compte alors que 25 collectifs mais comptabilise 5000 signatures. Du côté de la CNAF, après avoir hurlé à la manipulation politique, les militants se drapent dans une attitude extrêmement méfiante que les animateurs de l&rsquo;Appel lui rendent bien, ne ratant guère une occasion de traiter les Scalp d&rsquo;“ irresponsables ”. Le 1° mai 1991 voit l&rsquo;apparition publique de l&rsquo;Appel pour la première fois avec un rassemblement place de la Concorde et marque le début de la consolidation du mouvement. On ne peut s&rsquo;empêcher de faire le parallèle avec la CNAF dont la manifestation autonome le même jour est violemment réprimée à la fois par les forces de l&rsquo;ordre et la CGT, ce qui fait éclater au grand jour ses dissensions internes, en particulier entre REFLEX et le Scalp Paris.</p>
<p>Le relatif succès du Premier Mai (200 personnes) permet à l&rsquo;Appel de lancer le projet d&rsquo;une fête pour l&rsquo;automne 1991 intitulée Black-Blanc-Beur et qui se veut une réponse aux BBR du FN. Il se dote également d&rsquo;un petit journal appelé à se développer, <em>Ras L&rsquo;Front !</em>. Malgré tout, les doutes demeurent et la structure ne tiendra que grâce au volontarisme d&rsquo;un certain nombre de militants, palliant le décalage entre l&rsquo;impact de l&rsquo;Appel et la faiblesse de l&rsquo;implantation locale. Le PS va mettre à profit cette situation pour monter à son tour une OPA sur l&rsquo;antifascisme. Confiée à un ancien trotskiste de la pire espèce, J.-C. Cambadélis, cette opération va connaître un relatif succès. Revendiquant le fait que “ 90 % des militants associatifs mobilisés contre le FN seraient des socialistes ”, Cambadélis profite d&rsquo;une grande manifestation nationale antifasciste le 25 janvier 1992 pour lancer une Coordination contre le FN qui deviendra par la suite le Manifeste contre le Front National. Cet appel qui revendique 22000 signatures dont 8000 en provenance de comités départementaux reprend dans ses grandes lignes l&rsquo;Appel des 250. Il pousse simplement ce dernier dans sa logique ultime en faisant de l&rsquo;adhésion au PS la seule forme possible de riposte. L&rsquo;UNEF-ID se fera très largement le relais du Manifeste contre le Front National au sein des facultés. Le Manifeste aura les années suivantes une existence très ponctuelle, passant d&rsquo;une vraie léthargie à une fébrilité non moins réelle, au gré des échéances électorales. L&rsquo;association ne démentira en effet jamais son rôle de courroie de transmission au profit du PS et même d&rsquo;outil de promotion politique personnelle pour Cambadélis. Jusqu&rsquo;à ce que la réalité des magouilles crapuleuses du personnage le mette enfin hors-jeu.</p>
<p>Ces années 1990 verront d&rsquo;autres opérations de ce type : Socialisme International essaie de lancer une section française de la Ligue Anti-Nazie, tentative qui échoue, ce qui n&rsquo;empêche pas la Gauche Révolutionnaire (équivalent français du groupe britannique Militant) de créer Jeunes contre le Racisme en Europe, section française de Youth against Racism in Europ ; des militants isolés issus de Lutte Ouvrière lancent des comités contre Le Pen. Enfin, la droite libérale, inquiète des succès électoraux du FN s&rsquo;est décidée à réagir et a mis en place un Observatoire de l&rsquo;extrémisme dont il est certain qu&rsquo;une grande partie de la droite ne vit pas l&rsquo;initiative d&rsquo;un bon oeil&#8230; Le tableau ne serait pas complet si on n&rsquo;y ajoutait le Comité National de Vigilance. Lancé en 1996, il regroupera officiellement 45 organisations, partis ou syndicats. Le CNV a eu son heure de gloire avec la manifestation de Strasbourg de 1997. Mais, plus que sa portée antifasciste finalement fort limitée, le CNV a joué un rôle de laboratoire politique pour la gauche en définissant un cadre de recomposition et d&rsquo;action unitaire. Mais cette utilisation de l&rsquo;antifascisme comme prétexte politique n&rsquo;a rien pour nous surprendre.</p>
<p>Si l&rsquo;on ajoute à cela les associations antiracistes mais effectuant un certain travail antifasciste (MRAP, Ligue des Droits de l&rsquo;Homme, etc&#8230;), on a une petite idée de la division du milieu antifasciste régnant en France durant toute la décennie 1990. Il est à noter que nous n&rsquo;avons pas inscrit dans cette liste les associations communautaires, en particulier celles de la communauté juive, ni les nombreuses associations locales.</p>
<p>Toutes ces structures n&rsquo;ont bien évidemment pas développé les mêmes analyses et attitudes pour combattre le FN.<br />
- antifascisme radical (SCALP, REFLEX, FTP) : cet antifascisme analyse la montée de l&rsquo;extrême-droite comme une conséquence directe du système capitaliste et n&rsquo;envisage donc la lutte contre le FN que dans le cadre d&rsquo;une lutte globale contre le système et l&rsquo;État français qui reprend à son compte des propositions du FN. Il préconise l&rsquo;investissement du champ social (associations, quartiers, syndicats, etc&#8230;), le harcèlement de terrain contre le FN et le refus des élections comme unique solution pour combattre la montée de l&rsquo;extrême-doite.<br />
- antifascisme frontiste (RAS L&rsquo;FRONT) : tout en reprenant certaines analyses de l&rsquo;antifascisme radical sur la responsabilité du capitalisme dans la montée du FN, cet antifascisme propose un vaste front de lutte contre le FN, allant de l&rsquo;extrême-gauche jusqu&rsquo;aux sociaux-démocrates, en combinant travail de terrain dans le domaine social et soutien aux partis de gauche lors des élections.<br />
- antifascisme électoral (Manifeste contre le FN, SOS-Racisme) : cet antifascisme n&rsquo;aura proposé qu&rsquo;une lutte électorale contre le FN, par un vote systématique pour la gauche et le PS. Favorable au “front républicain”, c&rsquo;est-à-dire à l&rsquo;alliance gauche-droite contre le FN, posant ce dernier en mal absolu et refusant d&rsquo;analyser la pénétration des idées de ce parti dans les propositions des autres structures politiques, y compris le PS.</p>
<p><strong>AU MILIEU DES RUINES<br />
</strong><br />
Finalement, la lutte antifasciste n&rsquo;aura pas foncièrement innové dans ses méthodes d&rsquo;interventions. Est-il possible de jauger l&rsquo;impact de cette résistance à la montée du mouvement nationaliste ? Pour certains de ses aspects, la réponse est positive. Il nous semble ainsi clairement que les grandes messes antifascistes, en l&rsquo;occurence les manifestations nationales, n&rsquo;ont servi à rien. Basées sur le consensus et la bonne conscience, elles ne faisaient que permettre au plus grand nombre d&rsquo;exprimer une indignation morale éphémère. Il en va de même du combat culturel. Malgré quelques aspects positifs, l&rsquo;antifascisme dans ce domaine aura surtout permis à certains de s&rsquo;assurer un succès médiatique à peu de frais. Qui ne se souvient de l&rsquo;inflation éditoriale sur le thème de l&rsquo;extrême droite qui a caractérisé les années 1995-1999 et qui a permis à certains de s&rsquo;assurer une véritable rente de situation à la Pascal Perrineau&rsquo;s style ? Comment oublier l&rsquo;incroyable moment de “ culture ” que fut la chanson de Zazie contre J.-M. Le Pen ? Ou bien encore le succès de l&rsquo;ineffable Karl Zero, ex-nazi reconverti en Mr Propre de la Télévision ? Le tableau ne serait pas complet si nous n&rsquo;évoquions également la stupidité des recours judiciaires, de la loi Gayssot à la volonté d&rsquo;interdire le FN en passant par les recours contre les rues Alexis Carrel. Aveux d&rsquo;impuissance, mesures potentiellement liberticides, activismes vains, ces initiatives furent souvent le fait de ceux qui s&rsquo;autoproclamaient le plus bruyamment possible “ démocrates ” et “ citoyens ”.</p>
<p>Clairement, de cette décennie ne restera que le travail de terrain acharné mené par les collectifs locaux, Scalp ou Ras L&rsquo;Front et quelques opérations qui firent mal au FN pour des raisons diverses : banderole du 1° mai 1995 (Ras L&rsquo;Front), torpillage du voyage de Le Gallou au Québec aux frais du conseil régional Ile-de-France en 1994 (REFLEX), blocage du train FN pour Carpentras en 1995 (Ras L&rsquo;Front), murage de la librairie l&rsquo;Æncre en riposte à celui du Sous-marin de Vitrolles en 1997 (Scalp), attentats contre les locaux du FN (FTP), etc&#8230;. Ce fut ce travail de terrain, cette lutte continue et parfois violente sur les marchés et dans les quartiers qui firent sans doute le plus pour freiner l&rsquo;ascension du Front. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;occasion d&rsquo;un marché que le FN creusera sa tombe. Le 30 mai 1997, J.-M. Le Pen décide d&rsquo;aller soutenir sa fille en campagne à Mantes-la-Jolie. Las, grâce à l&rsquo;incapacité des militants FN de garder le silence, cela se sait et les militants du Scalp de Mantes attendent donc le chef du FN de pied ferme, d&rsquo;autant plus déterminés que la campagne a été très physique. Fin comme du gros lard, J.-M. Le Pen ne peut résister à l&rsquo;envie de “ casser du gauchiste ” et fonce tête baissée dans ce qui s&rsquo;avérera être une stupide erreur. Si la bagarre avec les militants du Scalp a bien lieu, elle implique également une pauvre candidate PS à qui l&rsquo;agression de J.-M. Le Pen va attribuer l&rsquo;auréole de martyr. À partir de là, la mèche est allumée, qui, de la condamnation à l&rsquo;inégibilité de J.-M. Le Pen jusqu&rsquo;à l&rsquo;affrontement avec B. Mégret, conduit à la scission de novembre 1998. Le harcèlement systématique du FN aura permis que ses lignes de faiblesse lui soient fatales. Le Scalp de Mantes-la-Jolie en aura été le plus bel acteur.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, où en est-on ? L&rsquo;implosion du FN a largement contribué à assécher le marais. Ont disparu en particulier tous ceux qui vivaient du Front : organisations (CNV, Manifeste contre le FN), journalistes, écrivains. Cela se traduit par un silence médiatique assourdissant sur le mouvement nationaliste et ses activités. Mais toute personne un peu au fait du fonctionnement médiatique sait que ce n&rsquo;est pas parce que les journalistes ont décrété la mort médiatique de l&rsquo;extrême droite que celle-ci n&rsquo;est plus de ce monde. Ont disparu aussi les grandes mobilisations anti-FN susceptibles d&rsquo;occuper l&rsquo;espace politique.</p>
<p>Restent les collectifs Ras L&rsquo;Front et ceux du réseau No Pasaran, ainsi que quelques collectifs locaux autonomes. Les deux réseaux ne sont pas tout à fait dans la même situation. Accroché à un antifascisme strict, Ras L&rsquo;Front connait depuis la scission du FN une phase de régression somme toute peu étonnante. L&rsquo;urgence du combat semble moins évidente et une partie de ceux qui avaient amené le réseau au nombre de 150 collectifs sont partis. D&rsquo;autre part, il est clair que la crise suscitée par ce pauvre D. Daeninckx en 1996 a laissé des traces au sein d&rsquo;un réseau mal préparé à ce type de manipulation politique.</p>
<p>Pour ce qui est des Scalp, leur coordination sur des bases anticapitalistes depuis 1992-1993 leur a permis “ d&rsquo;absorber ” l&rsquo;apparente disparition du FN. De fait, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;être antifasciste radical aujourd&rsquo;hui ? Lutter contre le “ fascisme ”, tel qu&rsquo;il est encore défini par son rapport au fascisme historique ? Certes non, car cela reviendrait à endosser le costume de l&rsquo;antifascisme républicain dont Ras L&rsquo;Front est le meilleur représentant : il en revendique l&rsquo;héritage et en reprend les formes, en particulier celle de front des forces de gauche pour la défense de la démocratie et des acquis sociaux. De fait les initiateurs de cette structure ont trouvé tout naturellement la forme de lutte la plus adaptée à leur analyse du fascisme en cette fin de vingtième siècle, analyse qui escamote totalement la critique de l&rsquo;État au profit de l&rsquo;une de ses formes possibles.</p>
<p>Mais il est évident que nous ne sommes pas sur ces bases. Nous sommes antifascistes radicaux parce que nous souhaitons tous une transformation radicale de cette société qui abolisse les rapports politiques et économiques de domination institués par la bourgoisie. Cette transformation passera par la reconstitution d&rsquo;une nouvelle conscience de classe, un nouvel internationalisme et de nouvelles formes d&rsquo;organisation. Un collectif comme REFLEX propose une réponse à ces dernières car il essaie de conjuguer l&rsquo;auto-organisation des luttes (comités de base, comités de quartier, etc&#8230;) et la nécessité d&rsquo;être structuré par ailleurs pour rendre ces regroupements efficaces. Pour ce qui est des autres aspects radicaux, être antifasciste aujourd&rsquo;hui de façon conséquente dans les métropoles capitalistes, c&rsquo;est placer la critique de l&rsquo;État et du capitalisme au coeur de l&rsquo;analyse du processus de fascisation. Celui-ci étant multiforme comme nous l&rsquo;avons vu dans un autre article de ce numéro, notre lutte antifasciste ne le sera pas moins. À la question de savoir si nos interventions dans le domaine de l&rsquo;immigration et des luttes sociales sont des luttes antifascistes, nous pouvons répondre affirmativement car elles résistent au processus d&rsquo;intégration capitaliste à l&rsquo;oeuvre en Europe, contre le Sud et sous forme d&rsquo;une fortification économico-juridique. De la même façon, à la question de savoir si notre lutte contre l&rsquo;extrême droite en France se fait dans un cadre réformiste, nous répondons négativement car elle s&rsquo;inscrit dans la volonté d&rsquo;éliminer tout ce qui empêche l&rsquo;unité des classes ouvrières, donc à terme cette transformation radicale de la société. Comme le FN et le MNR sont en plus des pôles de diffusion de valeurs liberticides, toutes les conditions sont réunies pour que nous nous déclarions antifascistes, sans nous sentir associés à tous les démocrates et moralistes philocapitalistes qui nous répugnent. De la même façon, toutes les conditions sont réunies pour lutter contre l&rsquo;État et ses outils de répression. L&rsquo;antifascisme est donc le pire produit du fascisme s&rsquo;il ne vise que l&rsquo;ennemi désigné par l&rsquo;État libéral. Pour mener un antifascisme digne de ce nom, il faut donc que sa fin et ses moyens soient clairement replacés dans un projet global de changement social.<br />
À nous de trouver, à partir de là, les formes de lutte les plus susceptibles de leur infliger un maximum de dégâts.</p>
<p>Paru dans REFLEXes n°2, automne 2000</p>
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