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	<title>REFLEXes &#187; Bruno Mégret</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Schéma sur l&#8217;extrême droite</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Dec 2011 16:36:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Quelle est la place du Front national ? Combien de groupes y a-t-il à sa marge, et que représentent-ils vraiment ? Pas facile aujourd’hui de répondre. Face à une extrême droite en perpétuelle évolution, cherchant de plus en plus souvent à brouiller les cartes pour mieux se refaire [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>À quoi ressemble l’extrême droite aujourd’hui ? Quelle est la place du Front national ? Combien de groupes y a-t-il à sa marge, et que représentent-ils vraiment ? Pas facile aujourd’hui de répondre. Face à une extrême droite en perpétuelle évolution, cherchant de plus en plus souvent à brouiller les cartes pour mieux se refaire une virginité et apparaître plus forte qu’elle ne l’est, il vaut mieux connaître les histoires, les alliances et les positionnements de ces différents mouvements pour mieux anticiper leurs actions et leurs politiques. Le schéma que vous trouverez ci-joint, ainsi que les repères historiques ci-dessous, permettent d’y voir plus clair.<a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_extreme_droite.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-1588" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_extreme_droite-1024x730.jpg" alt="schema_extreme_droite" width="474" height="337" /></a></p>
<p>Le schéma en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema_ED.pdf">schema_ED</a></p>
<p>L’extrême droite à l’automne 2011 apparaît comme extrêmement morcelée, avec un nombre de groupuscules et des alliances parfois contre-nature entre certains courants ou groupes politiques. Cela s’explique par une grande confusion idéologique qui règne dans le milieu nationaliste. À travers cet organigramme, qui ne peut qu’être éphémère, nous avons tenté de dresser le bilan de cette extrême droite, en terme d’alliance et de positionnement, afin de permettre à chacun(e) de s’y retrouver. Avec les présidentielles de 2012, il y a pourtant fort à parier que la situation exposée ici aura évolué d’ici quelques mois, probablement avec des rapprochement inédits. Nous avons essayé d’être les plus exhaustifs possible, mais en ne nous intéressant qu’aux partis et groupuscules ayant une activité, même réduite, dans le monde réel et pas seulement sur internet, et de ce fait pouvant représenter un danger physique ou politique pour les militants. Ainsi, nous avons volontairement mis de côté les sites internet comme François de Souche, à l’audience proche de certains grands sites d’info, mais dont l’activité se limite finalement au relais d’informations sur des faits divers glanés ici et là et à la libre expression d’un racisme qui trouve là son exutoire.<br />
Mais pour bien comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de replacer cette distribution des rôles dans une perspective historique : car si la très grande majorité des groupes nationalistes ici présentés sont nés dans les années 2000, ils sont tous, de par l’histoire de leur formation ou celle de leurs dirigeants, ancrés dans l’histoire contemporaine de l’extrême droite telle qu’elle s’est construite à partir des années 1980, avec l’émergence du FN.</p>
<p><em> <strong>Les années 1980-1990</strong> </em></p>
<p>Si aujourd’hui une chatte n’y retrouverait pas ses petits, du début des années 1980 au début des années 2000, l’extrême droite française était organisée de façon assez simple. Le Front National (FN), qui regroupait plusieurs familles de la mouvance nationaliste (catholiques, anciens de l’Algérie française, nostalgiques du fascisme et du nazisme, anticommunistes, ultra-libéraux…) occupait la plus grande partie de l’espace politique et public de ce courant de pensée, laissant à sa périphérie divers groupuscules dont la marge de manœuvre était très limitée : l’Œuvre française, le GUD, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), Troisième Voie, Unité Radicale (UR)… Si certains finissaient par rallier le FN, d’autres choisissent la surenchère idéologique et la violence comme moyen d’expression, voir le terrorisme (cf. les attentats du PNFE contre des foyers Sonacotra). La mainmise de Le Pen sur le FN et sa réussite médiatique ne laissent alors que peu de place à une autre personnalité ou mouvement venu le concurrencer, obligeant les autres formations à se soumettre ou à engager une longue traversée du désert.<br />
Le FN connaît ses meilleures années au milieu des années 1990, que ce soit sur le plan électoral ou au niveau de son appareil militant. C’est alors une machine de guerre, avec un service d’ordre composé en grande partie d’anciens professionnels de la sécurité, mais surtout avec de nombreux militants capables de se mobiliser pour n’importe quel événement.<br />
Les années 1990 sont également marquées par une recrudescence de la violence d’extrême droite, avec plusieurs morts, les victimes étant toutes des Français d’origine étrangère. Plusieurs militants du FN sont impliqués dans des meurtres à caractère raciste. La fin des années 1990 marque la fin de l’hégémonie du FN sur l’extrême droite française, avec en 1998 la scission provoquée par Bruno Mégret, alors n°2 du FN, qui quitte le parti avec de très nombreux cadres et militants pour créer une nouvelle structure, le Mouvement National Républicain (MNR). Cette brèche, ouverte dans la suprématie frontiste, permet à certains mouvements nationalistes de récupérer des cadres et militants du parti lepéniste, déçus par les tensions existant entre le FN et le MNR.</p>
<p><em> <strong>Les années 2000</strong> </em></p>
<p>Le 11 septembre 2001, le conflit israélo-palestinien et l’émergence de certains communautarismes radicaux bouleversent profondément le champ politique à l’extrême droite, avec d’un côté une extrême droite traditionnelle, restant sur ses bases, et de l’autre des mouvements prêt à passer ponctuellement des alliances inédites : on voit alors des groupes nationalistes s’allier avec militants en perdition venus de la gauche (Dieudonné, Riposte laïque) ou se prétendant venir de la gauche (Alain Soral).<br />
Parallèlement, l’émergence de Marine Le Pen à la tête du FN et ses orientations stratégiques ont entraîné un important désintérêt des jeunes d’extrême droite et des militants nationalistes radicaux pour le FN, même si le parti, surtout lors des périodes d’élections, attise toujours les ambitions et les intérêts de nombreux nationalistes. Alors que le parti n’est plus capable de recouvrir les murs des villes de France d’affiches ou de mettre dans la rue des milliers de gens comme par le passé, faute de militants de terrain, le FN enregistre de nombreuses adhésions de sympathisants, qui ne sont cependant pas prêts à se salir les mains. La nouvelle stratégie du FN version Marine est basée essentiellement sur lesmédias. Bête médiatique comme son père, Marine est présente quotidiennement à la télé ou la radio. Elle a réussi à rallier à elle des personnalités médiatiques comme Gilbert Collard, ce que son père n’avait jamais réussi à faire. En interne, elle organise la chasse aux sorcières de tous ceux et celles qui pourraient s’opposer à elle ou dont les positions trop radicales pourraient la gêner dans sa quête médiatique et politique de normalisation du FN.</p>
<p>La chronologie en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema-recto.pdf">schema-recto</a></p>
<p><em> <strong>NOTRE ANTIFASCISME</strong> </em></p>
<p>La lutte antifasciste se résume trop souvent à une simple opposition à l’extrême droite, ce qui l’empêche de prendre une véritable dimension politique. Pour nous, l’antifascisme se définit avant tout par des pratiques : l’information, la confrontation, la solidarité. Mais l’expérience nous a appris que certains principes sont fondamentaux, car tout antifascisme cohérent ne peut être qu’autonome, révolutionnaire et internationaliste. L’antifascisme n’est à nos yeux ni une posture, ni une position de principe, mais quelque chose de dynamique, un engagement réel. Il existe bien des façons de lutter contre l’extrême droite, à condition de n’en négliger aucune.</p>
<p><em> <strong>Informer</strong> </em></p>
<p>C’est un préalable à tout travail antifasciste, tant l’extrême droite est un objet de fantasmes. Presque toujours sous-estimée ou surestimée, l’extrême droite provoque chez ceux qui s’y confrontent à la fois un sentiment de rejet viscéral et de fascination, deux réactions compréhensibles, mais qui ont tendance à développer respectivement la mauvaise foi et l’extrapolation. C’est également un sujet sur lequel il est permis de dire n’importe quoi, puisque tout serait bon pour lui nuire. Pour les médias de masse, l’extrême droite est avant tout un sujet à scandale : c’est donc surtout sa violence, son folklore et sa marginalité qui sont mis en avant. Dans les publications militantes, l’extrême droite est souvent présentée comme une absurdité politique, dont le discours et les pratiques sont avant tout stupides et « haineux », ou comme l’incarnation du mal absolu. Ce travail de recherche d’information se fait à plusieurs niveaux : dans la presse, en particulier locale, dans les publications universitaires ou politiques, mais aussi et surtout sur le terrain, en collectant des informations à la source. C’est ce travail de terrain qui permet aussi de contourner la contre-information que fait l’extrême droite sur ses propres activités, en particulier sur Internet. Une fois l’information collectée et traitée, il reste à la diffuser, afin de tenter de contrecarrer cette désinformation et de dissiper les représentations erronées.</p>
<p><em> <strong>S’opposer</strong> </em></p>
<p>Mais la simple dénonciation ne suffit pas, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif du travail de recherche antifasciste. Son but est de permettre à l’action antifasciste de définir des objectifs à la fois pertinents et réalistes, d’apprécier le rapport de force et d’utiliser les moyens les mieux adaptés. Il est évident que tous les moyens d’actions (manifestations, harcèlement, attaques directes, campagnes de presse&#8230;) ne se valent pas selon le groupe ciblé (parti institutionnel comme le FN, groupes informels violents, associations religieuses…) et l’objectif visé (provocation, dénonciation, interdiction…). Mais réfléchir sur l’utilisation des moyens ne veut pas dire hiérarchiser ces différentes formes d’actions, en opposant par exemple actions publiques non violentes et actions de rue plus radicales. La question de la violence ne doit pas être prise comme prétexte pour moraliser l’antifascisme, et condamner les antifascistes qui s’opposent physiquement aux fachos, au nom d’un consensus mou qui assimile légitimité et légalité. Cependant, les affrontements de rue, vus de l’extérieur, peuvent donner l’idée que fascistes et antifascistes sont deux groupes antagonistes uniquement préoccupés l’un de l’autre. C’est pourquoi il faut toujours lier la confrontation avec l’extrême droite à d’autres formes de lutte. L’action directe n’empêche d’ailleurs pas la démarche unitaire, à condition qu’elle ne soit pas une simple alliance de circonstance.</p>
<p><em> <strong>Être solidaire</strong> </em></p>
<p>Enfin, la lutte antifasciste ne se définit pas uniquement par rapport aux activités de l’extrême droite : elle doit aussi se montrer solidaire, non seulement à l’égard des victimes de l’extrême droite, mais aussi entre les antifascistes eux-mêmes. Organiser la solidarité antifasciste est une nécessité, car comme toutes les luttes de résistance, elle se retrouve en butte à la répression et ce d’autant plus qu’elle est parfois, par la force des choses, à la limite de la légalité. Cette solidarité passe bien entendu par un soutien concret en cas de poursuites judiciaires mais pas seulement.<br />
Car la solidarité antifasciste ne doit pas s’organiser uniquement face à la répression, mais aussi en multipliant les rencontres et les actions communes, afin de permettre aux groupes antifascistes de partager des informations et d’échanger sur leurs pratiques, mais aussi de se rencontrer afin de mieux se connaître ; c’est une autre façon de montrer à l’extrême droite qu’une résistance organisée se met en place et que les antifascistes ne sont pas isolés.</p>
<p><em> <strong>Autonome, révolutionnaire et internationaliste</strong> </em></p>
<p>Lutter contre l’extrême droite, d’accord, mais pas n’importe comment. En premier lieu, notre antifascisme est autonome, à l’égard de l’État comme des partis électoralistes. La société française contemporaine s’est constituée, à la Libération, sur l’antifascisme, et pour cette raison tous les partis politiques sont « antifascistes ». Pour affirmer sa distance à l’égard de cet antifascisme républicain et pour être capable d’analyser l’extrême droite dans toutes ses dimensions (et pas seulement comme simple ennemi de la démocratie libérale), notre antifascisme est très clair sur ses positions quant aux opérations répressives de l’État contre l’extrême droite : toutes les opérations policières contre les groupes fascistes peuvent tout aussi bien être utilisés contre d’autres contestataires, en l’occurrence les antifascistes eux-mêmes. Les procédures judiciaires (interdiction, dissolution…) ne sont pas des armes politiques au service de l’antifascisme, mais des outils au service de l’État qui protège ainsi le modèle de société qu’il représente. De même, le vote n’est pas une arme efficace contre l’extrême droite, car il délègue à d’autres le soin de lui faire barrage : pas question de signer un chèque en blanc aux partis de droite comme de gauche qui ont montré des années durant de quelle façon ils recyclaient les idées du Front national une fois arrivés au pouvoir.<br />
Ensuite, notre antifascisme est révolutionnaire : être antifasciste aujourd’hui dans nos sociétés libérales, c’est placer la critique de l’État et du capitalisme au cœur de l’analyse du processus de fascisation. L’antifascisme est donc le pire produit du fascisme s’il ne vise que l’ennemi désigné par l’État libéral : pour mener un antifascisme digne de ce nom, il faut donc que sa fin et ses moyens soient clairement replacés dans un projet global de changement social. À nous de trouver, à partir de là, les formes de lutte les plus susceptibles de leur infliger un maximum de dégâts.<br />
Enfin, notre antifascisme est internationaliste, car c’est évidemment la meilleure réponse aux logiques nationalistes : abolition des frontières, libre circulation, solidarité internationale, rejet des logiques de guerre, telles sont les revendications indissociables de notre lutte antifasciste. L’extrême droite se développe dans chaque pays de façon différente, parce qu’elle est le produit de la société qui la voit naître : c’est par la connaissance de la diversité des situations que l’on peut mettre en perspective sa propre situation, les enjeux de l’antifascisme ici et là-bas et organiser des réseaux de solidarité antifasciste internationale.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Notre antifascisme&nbsp;&raquo; en pdf : <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2011/12/schema-verso.pdf">schema-verso</a></p>
<p>Octobre 2011</p>
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		<title>Terre &amp; Peuple :: Quand les Gaulois sont dans la peine…</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Oct 2007 22:49:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Bruno Mégret]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Groupe de Recherches et d'Études sur la Civilisation Européenne (GRECE)]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement National Républicain (MNR)]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Vial]]></category>
		<category><![CDATA[Terre et Peuple]]></category>

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		<description><![CDATA[Terre &#38; Peuple tiendra sa XIIe Table Ronde annuelle dans quelques jours. L&#8217;occasion pour nous de faire le point sur cette association au statut particulier dans la mouvance nationaliste. Terre &#38; Peuple est officiellement lancée en avril 1995 avec un bureau composé alors de Pierre Vial, Christophe Bordon et Pierre Giglio. Si ces deux derniers [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Terre &amp; Peuple tiendra sa XIIe Table Ronde annuelle dans quelques jours. L&rsquo;occasion pour nous de faire le point sur cette association au statut particulier dans la mouvance nationaliste.</strong></p>
<p>Terre &amp; Peuple est officiellement lancée en avril 1995 avec un bureau composé alors de Pierre Vial, Christophe Bordon et Pierre Giglio. Si ces deux derniers sont de simples militants FN (et du Renouveau Étudiant pour Bordon), Pierre Vial n’est en principe plus à présenter tant il a été écrit d’articles sur lui.</p>
<p>Né en décembre 1942, il s’engage très tôt dans la mouvance nationaliste en rejoignant Jeune Nation en 1958. Le parti étant dissous pour son engagement en faveur de l’Algérie Française, Vial adhère à la Fédération des Étudiants Nationalistes au début des années 1960 et participe à la fondation d’Europe-Action qui en est partiellement issue. Comme beaucoup d’autres, il suit ensuite le parcours classique du militant nationaliste : Mouvement Nationaliste de Progrès (MNP) en 1966 puis Rassemblement Européen de la Liberté (REL) en 1967. Mais il devient une figure importante de la droite radicale en cofondant le GRECE au printemps 1968 et en y prenant la responsabilité de la commission Histoire l’année suivante. Animateur des structures lyonnaises du Groupement, il en est surtout le secrétaire général de 1978 à 1984 ainsi que le directeur de certaines des publications : <em>Éléments</em>, <em>Études et Recherches</em>. Il devient également conseiller culturel de l’association Domus lors de sa fondation le 04 novembre 1973. Celle-ci est la structure qui gère la Domus Europa, propriété détenue par l’association à Ventabren (13) et qui aujourd’hui encore est animée par l’un de ses fondateurs au parcours quasi-identique à celui de Pierre Vial : Maurice Rollet. La montée en puissance du FN, en particulier son accession à l’Assemblée Nationale et, parallèlement, l’affaiblissement du GRECE miné par l’absence de perspectives et les querelles internes poussent certains des cadres de l’organisation à rejoindre la structure frontistes à partir de 1987-1988, semblant ainsi tourner le dos à la stratégie métapolitique qui était au cœur de la démarche néo-droitiste. En 1990, Pierre Vial entre au Comité Central du FN et entame un parcours classique de cadre politique : élections locales et législatives à Villeurbanne et en Rhône-Alpes, formation et conférences, participation aux publications, sans oublier les extra comme une intervention au meeting de soutien à la Croatie libre organisé par Alain Sanders le 7 février 1994 et soutenu par le GUD. La crise de 1998 le voit participer à la fronde mégretiste, sans doute à la fois par hostilité à certains courants frontistes (« marinistes », catholiques nationaux de Bernard Antony, partisans de Bruno Gollnisch) et par affinité avec la radicalité politique d’une partie des partisans de Bruno Mégret. La scission est d’ailleurs très violente en Rhône-Alpes où le FN est investi dans certaines sociétés comme la SARL Telegone et la SCI Liberté. Vial devient immédiatement un des dirigeants du FN-Mouvement National, futur MNR, en prenant la responsabilité du secrétariat national aux milieux populaires et au social dans l’organigramme du parti présenté par B.Mégret le 10 novembre 1999. Mais l’absence de perspectives du MNR et l’évolution politique du parti le mettent rapidement en porte-à-faux avec Bruno Mégret et il est officiellement exclu du MNR le 14 octobre 2001 pour avoir critiqué les positions proaméricaines de B. Mégret, suite aux attentats du 11 septembre que les proches de Vial ne se cachent pas d’avoir fêtés. Il fonde alors le groupe Europe-Identité au conseil régional Rhône-Alpes avec la poignée de conseillers MNR l’ayant suivi. Ce groupe, à défaut de peser dans les décisions régionales, s’avérera fort utile à Terre &amp; Peuple puisque cela permettra à l’association d’envoyer son courrier aux frais du contribuable sous couvert de celui d’Europe-Identité. Il en sera de même des autres facilités offertes par les mandats régionaux (au même titre que les autres groupes politiques), en particulier en termes de frais de déplacements. Europe-Identité fera d’ailleurs des « boutures » en Champagne-Ardenne et en Midi-Pyrénées. Depuis, Pierre Vial a quelque peu brouillé les pistes politiques et nous aurons l’occasion d’y revenir dans la suite de l’article.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h3>Mer &amp; Poulpe, qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ?</h3>
<p>Terre &amp; Peuple s’inscrit clairement dans un courant politico-culturel hérité du premier tiers du XXème siècle et que nous pouvons qualifier de « völkisch », suivant en cela l’étude pionnière d’Armin Mohler (<em>Die Konservative Revolution in Deutschland</em>, 1950).</p>
<p>De tous les courants de la « révolution conservatrice » allemande, le courant volkisch est sans doute le plus ancien puisqu’il émerge dès la fin du XIXème siècle. À l’époque, ses centres d’intérêt reflètent une bonne part des orientations culturelles de cette période : approche « scientifique » des origines guidée par l’esprit positiviste et l’élan romantique du mouvement des nationalités ; effervescence « spiritualiste » née de la crise de l’identité religieuse traditionnelle, en l’occurrence le christianisme. Ces deux voies convergent chez les « Völkischen » dans la défense du « peuple » conçu non comme masse mais comme identité, à la fois biologique et spirituelle. Le courant völkisch est donc foncièrement tourné vers le passé sans pour autant être réellement réactionnaire puisqu’il ne cherche pas à revenir à une époque révolue mais à se rattacher à ce qu’il considère être la plus lointaine origine. Un des fondements intellectuels de ce courant est alors Herman Wirth, philologue de la première moitié du XIXème siècle, qui, dans L’aube de l’humanité (1828), entendait reconstruire l’histoire de la religion, du symbolisme et des écrits d’une « race nordico-atlantique » primordiale, dont il faisait remonter les origines au paleolithique. Wirth situait le berceau originel de cette race dans la région correspondant à l’actuelle Arctique et la décrivait comme porteuse d’une culture cosmico-symbolique dont le thème central serait l’année solaire comme expression d’une loi universelle de renouvellement, cycle dans lequel le solstice d’hiver aurait revêtu une importance particulière.</p>
<p>Dans cette recherche des origines, le monde indo-européen (terme qui finit par l’emporter sur « indo-aryen ») est au centre des préoccupations. Découverte par les linguistes à la fin du XIXème siècle, « l’indo-européanité » identifiée comme noyau originel de la civilisation européenne donna un socle scientifique plus solide au courant völkisch. Ce dernier s’intéressa immédiatement au groupe germanique des peuples indo-européens, considéré comme le moins dénaturé et le plus proche des caractéristiques originelles. Reprenant des arguments développés par Arthur de Gobineau, deux philologues vont imposer leurs idées dans le courant völkisch : Hans F.K. Günther et Ludwig Ferdinand Clauss. Si Günther est célèbre, Clauss l’est un peu moins en raison d’une approche ethnique assez éloignée du racisme « suprémaciste » d’essence coloniale fort en vogue à l’époque. Il considérait en effet que chaque homme est porteur d’un « style » caractéristique de l’âme du groupe ethnique auquel il appartient, style fondamentalement distinct des caractères purement individuels : « chaque race possède en elle-même le criterium de ses valeurs les plus hautes et il n’existe pas de mesure commune qui puisse permettre de la comparer à une autre ».</p>
<p>Parallèlement à cette quête « raciale », le courant völkisch développe tout un intérêt pour l’occultisme, en particulier en Allemagne du Sud et en Autriche, terres catholiques s’il en est. La principale conséquence de cet intérêt fut la création de petites sectes occultistes et surtout un intérêt appuyé pour les runes, ancien alphabet nordique dont les vertus divinatoires supposées ne pouvaient que les attirer. De ces catholiques autrichiens apostats est venu également un antisémitisme typiquement lié à leur origine et conjugué sur le mode classique du conspirationnisme. D’autres tendances du mouvement désirèrent cependant simplement refonder une religion purement allemande. Certains optèrent pour la thèse fantaisiste du « Christ aryen » développée par Houston Stewart Chamberlain dans ses Fondements du XIXe siècle publié en 1899. Luther était à leurs yeux l’émancipateur de l’âme allemande, désormais libérée du carcan méditerranéen et despotique de Rome. Ils prétendaient achever la Réforme en purgeant le christianisme de son contenu spirituel sémitique. L’absurdité théorique et l’impossibilité pratique d’un tel projet n’échappèrent cependant pas aux plus lucides qui se tournèrent alors vers le paganisme nordique ou vers une « religiosité indo-européenne » plus large.</p>
<p>Cette quête des racines de « l’âme allemande » amène les « Völkischen » à porter une attention particulière aux traditions populaires (fêtes, folklore, coutumes) où, sous le vernis chrétien, se perpétuent des éléments beaucoup plus anciens, d’origine païenne. Dans le même esprit, ils accordent une grande importance au paysage et leur position est celle d’une écologie intégrale avant même que cette notion ne connaisse la popularité qui est la sienne à partir des années 1960. Défenseur de « l’art du terroir », ils créent ainsi un mode de vie alternatif relativement hors norme pour l’époque.<br />
Enfin, très attachés aux vertus privées du lignage et aux identités locales, les « Völkischen » ont relativement peu théorisé sur ce qui leur semblerait l’État idéal, la majorité se retrouvant dans la conception de l’empire germanique avec ses libertés locales.<br />
On retrouve nombre de ces orientations dans les choix idéologiques de Terre &amp; Peuple : attachement aux coutumes locales et paysannes, spiritualité païenne affirmée et revendiquée, référence permanente à l’enracinement.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h3>Mer &amp; Poulpe, combien de flotilles ?</h3>
<p>La structure ou l’importance de Terre &amp; Peuple n’ont guère évolué depuis le début des années 2000. L’association compte officiellement une grosse vingtaine de bannières c’est-à-dire une grosse vingtaine de groupes locaux plus une bannière en Belgique. Le nombre d’adhérents plus ou moins à jour de cotisations est sans doute aux alentours de 1000 personnes mais cela ne reflète pas leur implication réelle dans la structure. Sur cette vingtaine de bannières, 4 ou 5 regroupent environ la moitié des adhérents, ce qui signifie que certaines bannières sont virtuelles. Terre &amp; Peuple demeure donc une petite structure et ses activités présentent une vitalité inégale. La principale demeure la Table Ronde qui en est à la 12ème édition cette année et qui a lieu au début de l’automne, en général en octobre. Si on excepte les premières années qui virent une ou deux Tables décentralisées (entre autres à Strasbourg grâce à l’activisme de Stéphane Bourhis), cette manifestation est « francilienne ». En effet, le coût de location d’une salle à Paris et le risque de mobilisation d’opposants ont conduit les dirigeants de l’association à louer le domaine de Grand Maisons à Villepreux (78), qui, ironie politique, appartient à des catholiques traditionalistes. Organisées autour de thèmes variés («Le destin de l’homme européen» en 2002, «L’amitié franco-allemande» en 2003, « Liberté pour l&rsquo;Histoire » cette année), ces Tables Rondes rassemblent entre 400 et 500 participants, voire plus pour le cru 2006 ce qui est évidemment un bon score. Le public est varié, assez âgé, mais on y voit aussi un nombre non négligeable de jeunes, en général autour de 30 ans. L’ancien militant du Renouveau Étudiant en barbour y côtoie ainsi le skinhead en para montantes. Cette visibilité skinhead a d’ailleurs tendance à augmenter au fil des années, Terre &amp; Peuple étant la seule structure d’importance nationale à les accueillir sans sourciller. Ils étaient donc en force l&rsquo;année dernière, de Sébastien Legentil avec le label Martel en Tête à Thomas Crae et la Lemovice Krew en passant par le bourguignon Brice Aulion.<br />
Par ailleurs les Tables Rondes sont l’occasion pour l’association de donner l’impression de faire vivre une communauté par le biais des stands d’exposition : libraires (Licorne bleue, Librairie Nationale), artisans, éditeurs, labels musicaux, mouvements ou revues amis. En un sens, ces Tables Rondes reproduisent chaque année dans le créneau volkisch ce qui était l’objectif de la Maison de l’Identité par le biais de la Fête de l’Identité et des Libertés en 2002 et 2003. Cependant il est clair que l’on est très loin de l’efficacité des réseaux catholiques traditionalistes, qu’ils soient ou non schismatiques avec leurs écoles, leurs bailleurs, leurs agences pour l’emploi, etc.</p>
<p>Par ailleurs, le succès des Tables Rondes annuelles ne correspond pas exactement à l’activité réelle de l’association. Il suffit pour cela de comparer ces chiffres avec ceux de la fréquentation de l’assemblée communautaire annuelle de l’association qui a lieu fin mai ou début juin et ne réunit qu’entre 50 et 70 personnes en province (en forêt de Brocéliande, dans le Berry ou en Sologne selon les années). Or cette assemblée qui vaut assemblée générale ordinaire de l’association est sans doute le moment le plus important de la structure puisque les adhérents y ont alors accès aux rapports d’activité de l’année écoulée et aux orientations que Pierre Vial entend donner à l’association.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/10/JS2006_13-2.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-1120" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/10/JS2006_13-2.jpg" alt="JS2006_13-2" width="600" height="400" /></a><br />
L’autre moment important et qui voit le même ordre de grandeur dans l’affluence est son «université d’été» rebaptisée «Journées du soleil» qui a lieu en juillet à la Domus Europa. Y interviennent ou ont intervenu feu Jean Mabire, Maurice Rollet, Georges Hupin, Jean Haudry ou Pierre Vial lui-même, soit toute la vieille garde de la Nouvelle Droite paganiste.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/10/Blitz_1939-19410001-2-66b94.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1121" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/10/Blitz_1939-19410001-2-66b94.jpg" alt="Blitz_1939-19410001-2-66b94" width="157" height="219" /></a>Enfin la principale vitrine de Terre &amp; Peuple demeure sa revue trimestrielle de bonne qualité, tant dans la forme que le fond. Elle a longtemps été animée par Olivier Chalmel, ancien militant du FNJ puis du FN 37, cofondateur du Renouveau Etudiant avec Michel Murat, rédacteur en chef d’<em>Offensive pour une nouvelle université</em>, revue du RE en 1998. Ayant choisi le camp mégretiste, il devint secrétaire national aux actions catégorielles dans l’organigrame du parti présenté par B. Mégret en novembre 1999. Il vivait en partie de ses activités militantes grâce à sa société Heliodromos Communication créée en mars 2001 et qui était chargée de la maquette de Terre &amp; Peuple. Le déclin de la maison Mégret, un certain opportunisme et sa vie privée semblent l’avoir conduit à chercher d’autres rivages politiques (il avait déjà essayé d’adhérer à Démocratie Libérale durant l’été 2002). La revue a depuis été reprise par la société Ogham dirigée par Harald Mourreau qui s’occupe également de <em>Réfléchir &amp; Agir</em> et de <em>War Roak</em>. De fait le style graphique des trois revues est similaire et il faut bien le dire de qualité.</p>
<p>Localement, chaque bannière a ses propres activités à un rythme très inégal selon le dynamisme des animateurs et les possibilités de la région. Cela va des visites aux randonnées en passant par les solstices. Un peu plus hors normes, la bannière Bourgogne animée par Gérard Le Vert, tenancier d&rsquo;un surplus militaire à Autun, ancien responsable DPS et militant déjà mis en cause par le passé pour ses penchants idéologiques nazis, propose depuis 2003 des stages de boxe, self-défense et escalade. Ceci étant, la moyenne d’âge de T&amp;P demeurant assez élevée, les jeunes susceptibles d’être attirés par ce type d’activités demeurent assez rares.</p>
<h3>Mer et Poulpe et Crustacés</h3>
<p>Quelle place pour Terre &amp; Peuple dans la mouvance nationaliste ? Il est évident que Terre &amp; Peuple a subi la fragmentation progressive à l’œuvre depuis la fin des années 1990. Pierre Vial a toujours présenté Terre &amp; Peuple comme une structure associative et politico-culturelle, n’ayant pas vocation à intervenir directement dans l’arène « politicienne ». Cela aurait en principe du mettre l’association à l’abri des déchirements consécutifs à l’aventure mégretiste. Mais les revirements politiques de Vial ont largement pesé sur le développement de Terre &amp; Peuple. Le soutien actif à la scission mégretiste a éloigné des militants restés fidèles au FN (même s’il en resté certains, en témoigne la bannière Anjou emmenée par Benoît Couetoux du Tertre, resté fidèle au FN en 1999). Puis la rupture avec Bruno Mégret en octobre 2001 a désorienté une partie des militants et cadres du MNR, crise confirmée par la signature accordée par Pierre Vial pour la candidature de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle de 2002. Cela s’est d’ailleurs traduit alors par une tentative de « puputsch » de quelques cadres emmenés par Anne-Laure Le Gallou lors de l’assemblée communautaire de juin 2002. Les deux années suivantes ont vu l’accent mis sur le développement de la structure Europe-Identité et ses antennes régionales (Champagne-Identité, Midi-Identié), nées de scissions des groupes MNR dans certains conseils régionaux et censées porter dans l’arène politique les thématiques développées par Terre &amp; Peuple. Mais son caractère groupusculaire et les élections régionales de mars 2004 ont mis fin à l’expérience et Terre &amp; Peuple s’est donc retrouvée investie du rôle politique que Pierre Vial avait toujours fait passer au second plan.</p>
<p>L’organisation a pris sa place dans la mouvance dite « identitaire » en martelant deux thèmes. Le premier est le « choc des civilisations », notion reprise de Samuel Huntington et appuyée par le batteleur Guillaume Faye. Cela a amené certains milieux militants, en particulier Christian Bouchet et ses proches, à accuser Vial d’être devenu pro-occidental et pro-soniste, d’où une mise au point parue en juillet 2006 sur le site Internet de la structure. Par ailleurs, très logiquement, Pierre Vial a lancé un Appel au communautarisme européen (<em>Terre &amp; Peuple</em> n°19, équinoxe de printemps 2004). Faisant le constat que les différentes communautés présentes sur le sol européen se repliaient sur elles-mêmes et versaient dans le communautarisme, Vial entend faire la même chose avec les Européens. Pour autant il n’abandonne pas l’idée d’un retour des immigrés dans leur pays d’origine ou de supposée origine. Mais cela montre une inflexion qui indique que la Nouvelle Droite Völkisch a compris que l’immigration ne pouvait plus être abordée comme il y a 20 ou 30 ans. Cette orientation communautariste blanche rejoint celle développée par certains milieux post-mégrétistes et par les Identitaires et c’est un moyen de revitaliser la vieille grille de lecture raciale des rapports sociaux. Autant dire que cette perspective est très loin de celle du FN.</p>
<p>Par contre elle a amené Terre &amp; Peuple à développer ses contacts avec d’autres organisations. En France, le champ des possibles est réduit même si la longévité militante de Vial lui permet d’avoir un solide carnet de contacts. Mais le créneau « identitaire » est déjà bien encombré et il était difficile pour Terre &amp; Peuple d’ignorer les Identitaires tels qu’ils se sont structurés depuis 2002. À ce titre, en mars 2004, Pierre Vial a rencontré des responsables du Bloc Identitaire pour envisager un travail commun. Cela ne s’est pas concrétisé par des initiative de fond, si on excepte l’annonce fanfaronne de la création d’un CRAB pour répondre au CRAN. Par contre, sur le terrain, T&amp;P organise de plus en plus fréquemment ses activités en lien avec les Identitaires et un certain nombre de militants ou de cadres ont la double appartenance, comme Franck Vandekerkof dans le nord ou Yvan Lajeanne en Franche-Comté. Par ailleurs, l’initiative des soupes au lard lancée par le Bloc Identitaire d’Ile-de-France a trouvé un appui et un relais important en la personne de Georges Hupin, responsable de la bannière Wallonie. Terre &amp; Peuple entretient les mêmes relations avec l’équipe de <em>Réfléchir &amp; Agir</em> (Eric Fornal intervenait au meeting de lancement du Front de la Jeunesse le 04 février 1999 au nom de Terre &amp; Peuple, Bertrand Le Digabel était trésorier de la bannière Pays Cathare à la même époque et Yvan Lajeanne est l’un des cadres de la bannière Franche-Comté) et avec diverses structures régionalistes comme Alsace d’Abord, l’ectoplasmique MRB et l’Alliance Régionale Flandre-Artois-Hainaut. Mais c’est surtout à l’étranger que Terre &amp; Peuple s’est imposée comme un interlocuteur important en multipliant les contacts, ce qui s’est traduit par une conférence de deux jours en à Moscou en juin dernier à laquelle participait des personnalités ou des représentants de petits groupes politiques issus d’Espagne, Russie, Ukraine, Portugal, Suisse, Flandre, Allemagne, Grèce et naturellement France. Cette réunion a débouché sur la constitution d’un conseil des peuples d’origine européenne dont l’orientation est racialiste blanche. Même si la déclaration finale est indigente et si l’objectif rappelle celui de l’Église Mondiale du Créateur (« Blancs du monde entier unissez-vous ! »), la conférence traduit un approfondissement des liens internationaux, ce qui semble être la dernière marotte de Pierre Vial.</p>
<p>La participation en ce printemps 2007 de T&amp;P et de Pierre Vial à l’Union des Patriotes en soutien à la candidature de J.-M. Le Pen montre que le dirigeant de Terre &amp; Peuple tente une fois de plus un calcul politique comme il en a le secret, peut-être dans la perspective des municipales de 2008 ? Gageons que ces calculs seront une fois de plus particulièrement erronés…</p>
<p>Publié le 18 octobre 2007</p>
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		<title>D&#8217;une manifestation l&#8217;autre : 1er Mai et 9 Mai 2007</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2007 10:44:50 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>En l&rsquo;espace de deux semaines, l&rsquo;extrême droite parisienne &#8211; et dans une moindre mesure nationale &#8211; a montré que sa tendance la plus radicale avait encore de beaux jours devant elle et que les questions persistantes sur l&rsquo;avenir du FN n&rsquo;étaient pas un cas de conscience pour tout le monde.</p>
<h3>Un 1er Mai pêchu</h3>
<p>Le 1er Mai tout d&rsquo;abord. Si l&rsquo;année dernière tout le cortège ne bruissait que de commentaires sur De Villiers et ses tentatives d&rsquo;OPA inamicale sur les militants et les électeurs du FN, cette année le nom du Vicomte avait totalement disparu des préoccupations des participants. À la place, une partie du cortège semblait frappé de sidération face au braquage électoral sarközyste. Comment un homme qui semble si peu aimer ce pays dans ses réalités « charnelles » et dont la femme déclarait à <em>Libération</em> en 2004 qu&rsquo;elle était « fière de ne pas avoir une goutte de sang français dans les veines » pouvait-il bien avoir réussi un tel tour de prestidigitation patriotique ? Les commentaires allaient donc bon train sur l&rsquo;attitude à adopter au second tour et, inévitablement, sur les responsabilités à chercher du côté du Front National pour expliquer une défaite pour le moins cuisante. Cela se traduisait par quelques sifflets visant Marine Le Pen en provenance des rangs du FNJ lorsque la fille du chef rejoignait le cortège à Saint-Augustin. Il faut dire que les relations ont été mauvaises tout au long de la campagne entre la structure de jeunesse et Marine Le Pen au point que certain(e)s militant(e)s du FNJ en sont venu(e)s aux mains et aux larmes avec la structure des Jeunes avec Le Pen cet hiver lors d&rsquo;un meeting-débat à La Plaine-Saint-Denis. Les Jeunes avec Le Pen est en effet une création directe de l&rsquo;équipe de Marine Le Pen en vue de pouvoir compter sur une structure de jeunes plus docile et moins provocatrice. L&rsquo;attitude du FNJ tout au long du cortège a montré que la méfiance de Marine Le Pen n&rsquo;était pas usurpée. Emmenés par une direction nationale très en forme, en particulier Alexandre Ayroulet et Marie-Adélaïde Michel, les jeunes militants ont pu en effet se déchaîner, tant dans les slogans &#8211; « Europe, Jeunesse, Révolution », « Islam hors d&rsquo;Europe » &#8211; que dans les chansons avec Les Lansquenets. Si les têtes de cortège ne lançaient pas forcément tous les slogans, du moins ne faisaient-ils rien pour les freiner, donnant ainsi une tonalité très radicale au défilé&#8230;</p>
<p>Le cortège dans son ensemble présentait d&rsquo;ailleurs une tonicité assez surprenante pour un parti relégué à 10,5%. Il était par ailleurs plus étoffé que les deux années passées mais cela était peut-être du au fait que, par curiosité ou par intérêt, un certain nombre d&rsquo;ex-militants frontistes étaient venus faire un tour au défilé. C&rsquo;était par exemple le cas d&rsquo;une délégation MNR et en particulier de Bruno Mégret mais également de toute la galaxie groupusculaire d&rsquo;extrême droite, du Renouveau Français venu en masse vendre <em>L&rsquo;Héritage</em> aux Identaires venus non moins vendre <em>ID Magazine</em> en passant par le RED venu vendre <em>Le Dissident</em>. Tout ce petit monde compte évidemment bien prospérer sur les tensions internes du FN pour récupérer des militants, chacun se plongeant avec délice dans la surenchère ethnique ou nationaliste pour démontrer qu&rsquo;ils sont les seuls purs. On pouvait même voir circuler des tracts du fantomatique Réseau France Nationaliste de Thierry Maillard, à qui <em>Libération</em> avait fait l&rsquo;honneur de rendre compte de son appel à barrer la route à Nicolas Sarkozy quelques jours plutôt. Côté invidualités, on pouvait voir Alain Soral défiler avec une petite cour d&rsquo;aficionados ou la petite bande à ex-gudards, comprenez M. Chatillon lui-même avec femme, enfants et amis, visiblement remis de son altercation musclée avec des hools du PSG le soir du 1er tour au Paquebot, ces derniers ayant essayé de s&rsquo;en prendre à Dieudonné (<em>Minute</em> de la semaine dernière). En queue de cortège, on trouvait l&rsquo;habituelle cohorte de skins, avec leur panoplie familière en ce genre d&rsquo;occasion.</p>
<p>Place de la Concorde, le FN avait considérablement avancé la « tribune présidentielle » ce qui donnait l&rsquo;illusion d&rsquo;une place remplie. Du coup les stands des structures amies ou tout du moins tolérées étaient entassés dans un coin. Paul Thore et ses t-shirts faits main, les Bonnivard et leur soupe au cochon transgénique, Thibaud de Chassey et ses productions patriotes, Paul Pittet et ses décorations mélusiennes avaient quand même réussi à se faire une petite place. Le discours de Le Pen était peu audible mais la ferveur de ses militants toujours intacte. Qui a dit que notre époque moderne ne recèle plus de grand mystère ?</p>
<h3>Un 9 Mai confus</h3>
<p>Une semaine plus tard, le nationaliste de base était convié à ressortir son plus bel habit du mercredi pour commémorer la mort de Sébastien Deyzieu. La confusion semble avoir régné tout le début de semaine, les antifas étant prévenus par la Préfecture de Police de Paris de certaines dispositions qui, à l&rsquo;évidence, s&rsquo;appliquaient à la manifestation nationaliste et à la contre-manifestation antifa. Après avoir été sérieusement limitées, les manifestations étaient finalement autorisées le mercredi après-midi mais sur des distances très limitées et avec une multitude de rues interdites.</p>
<p>De fait, c&rsquo;est peu dire que ce 9 mai du côté des antifas ne restera pas dans les annales ! Les manifestations anti-sarko de dimanche, lundi et mardi soir (ainsi que leur lot d&rsquo;arrestations), les pressions policières sur certaines organisations politiques, ont sans doute eu un impact sur la faible mobilisation de notre côté. Mais ne nous voilons pas la face, nous n&rsquo;avons pas su gérer le casse-tête administratif mis en place par la police pour nous gêner. Un réel manque de réactivité nous a empêché de retourner la situation à notre avantage. Résultat à 19h30, un peu plus d&rsquo;une centaine de sympathisants ou militants se rassemblaient à Saint-Michel. On était bien loin des effectifs habituels pour un 9 mai ! Malgré tout, cela n&rsquo;a pas empêché les personnes présentes de passer outre les ordres de la Préfecture de Police et de marcher en direction de Port-Royal, vers le point de rassemblement des militants d&rsquo;extrême droite. Finalement la police encerclera assez rapidement les antifas pour ensuite les embarquer vers un commissariat du 18e arrondissement de Paris. Soyons clair et que cela nous serve de leçon : si tout le monde avait décidé de se rassembler, nous aurions pu engager un rapport de force avec la police, mais devant notre très faible nombre, les organisateurs nationalistes du 9 mai avaient le champ libre pour négocier l&rsquo;autorisation de leur manifestation.</p>
<p>En effet et fin de compte, le cortège nationaliste se formait et recevait à l&rsquo;évidence l&rsquo;aval de la préfecture, permettant ainsi à 350 militants ou sympathisants auxquels s&rsquo;étaient adjoints une soixantaine de hooligans du PSG de faire leur balade nocturne, encadrés par un service d&rsquo;ordre lourdement équipé. Organisé cette année par Pro Patria, un réseau de vieux militants parisiens d&rsquo;origine diverse qui semble s&rsquo;être formé l&rsquo;automne dernier et qui s&rsquo;est déjà signalé par divers collages ou bombages, le cortège réunissait des militants des différentes organisations natio : FNJ (sans son directeur national cette année), Renouveau Français (Thibaud de Chassey, Bruno Archier, Charles-Alban Schepens, Sylvain Jaurand, François Dussoubs, etc), Jeunesses Identitaires, nazis skins divers et variés de toutes générations (Batskin et quelques vieux JNR, etc&#8230;), ex-gudards (Frédéric Chatillon, Axel Loustau, etc&#8230;), individualités comme Hervé Lalin ou Éric Iorio, membre de la direction du FN et époux de Marine Le Pen&#8230; Le trajet emprunté était le même que l&rsquo;année dernière et finissait sans incident notable rue des Chartreux.</p>
<h3>De drôles de paroissiens</h3>
<p>Après la traditionnelle chansonnette agrémentée de quelques slogans hools, tout ce petit monde repartait vers Montparnasse et, tandis que les hooligans divaguaient en direction de Port-Royal, ce qui restait des manifestants allait sagement rue de la Tombe Issoire (14e arrdt) se mettre au chaud dans la salle paroissiale de l&rsquo;église Sainte-Dominique pour écouter deux groupes ayant une ressemblance somme toute assez sommaire avec la chorale des Petits Enfants à la croix de bois, à savoir les Italiens de Zetazeroalfa et les crypto-identitaires parisiens d&rsquo;Hôtel Stella. Le groupe emmené par Gaëtan Bertrand avec le renfort de Richard Pareti (ex-In Memoriam) est censé jouer du « rock hussard » en s&rsquo;inspirant du courant littéraire du même nom. En fait, la référence à la littérature n&rsquo;a pas semblé heurter les skins présents, en particulier Batskin, qui se sont lancés dans des pogos dignes d&rsquo;un groupe de RAC et le groupe lui-même d&rsquo;ailleurs n&rsquo;a pas semblé gêné outre mesure par la gerbe de bras tendus saluant certaines de leurs chansons ou reprises. Le tout s&rsquo;est de nouveau passé sans incident, du moins tant que nous y étions.</p>
<p>Que dire de cette soirée ? Évidemment que c&rsquo;est une défaite pour les antifas comme nous le soulignions précédemment et il serait stupide de nier le contraire. Mais ce triste constat appelle cependant quelques nuances. Tout d&rsquo;abord la préfecture semble avoir clairement choisi la manifestation nationaliste, ses représentants sur place tolérant même que des individus défilent casque sur la tête et manche de pioche à la main. Le préfet ne pouvant être soupçonné de quelque sympathie que ce soit eu égard à son attitude face à la soupe identitaire, cela vient donc sans doute de la prise en compte de la situation en début de soirée, à savoir d&rsquo;un côté 400 gugusses bien équipés, de l&rsquo;autre entre 100 et 200 personnes peu organisées, non armées et à la dangerosité fort limitée. Le dispositif policier a donc entièrement été mis au service des natios et le plus cocasse de cette soirée aura finalement été de voir tous ces militants, profondément révolutionnaires comme chacun sait, rouler des mécaniques dans un espace totalement nettoyé d&rsquo;une quelconque opposition par l&rsquo;intervention des forces de l&rsquo;ordre. Cela ne sembla pas gêner les hools et cela n&rsquo;empêcha pas les militants de crier « Pouvoir assassin ! » en fin de manifestation. Comme c&rsquo;étaient les mêmes qui criaient « Les CRS avec nous ! » lors des manifestations anti anti-CPE de mars 2006, la boucle est bouclée&#8230;</p>
<p>Ensuite le milieu nationaliste radical parisien semble engagé dans une dynamique unitaire qui lui donne le nombre, la force et les moyens. Cette dynamique naît bien évidemment d&rsquo;un contexte plus général qui lui est favorable : échec du FN et remise en question de la stratégie frontiste, débat public récurrent sur l&rsquo;identité nationale&#8230; Autant dire que les thématiques anti-autoritaires et égalitaires n&rsquo;ont pas exactement le vent en poupe&#8230;<br />
Enfin, au delà du fait qu&rsquo;on peut se demander si le prêtre de la paroisse Sainte-Domique était bien au courant de la nature exacte des activités qui avaient lieu dans son sous-sol, si même dieu se met de la partie et contre nous&#8230;</p>
<p>Publié le 11 mai 2007</p>
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		<title>La pucelle sous la flamme</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Oct 2005 13:07:20 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Depuis un certain nombre d&#8217;années, le personnage de Jeanne d&#8217;Arc est associé au Front National et à son défilé annuel du 1er mai. Or, n&#8217;en déplaise à nos chers amis les fafs, tel n&#8217;a pas toujours été le cas, bien au contraire. En effet, avant d&#8217;être récupérée, par les royalistes et les cléricaux pour finir [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis un certain nombre d&rsquo;années, le personnage de Jeanne d&rsquo;Arc est associé au Front National et à son défilé annuel du 1er mai. Or, n&rsquo;en déplaise à nos chers amis les fafs, tel n&rsquo;a pas toujours été le cas, bien au contraire. En effet, avant d&rsquo;être récupérée, par les royalistes et les cléricaux pour finir canonisée, c&rsquo;est bien la figure de la femme condamnée au bûcher par un tribunal ecclésiastique qui était la plus présente dans l&rsquo;imaginaire populaire du XIXe siècle. Avec la publication en 1841 du tome V de l&rsquo;Histoire de France de Michelet, Jeanne était sur le point de devenir le symbole du peuple écrasé, mis à mal par l&rsquo;Eglise. La seule solution pour qu&rsquo;elle ne devienne pas une machine de guerre contre l&rsquo;Eglise est alors, pour cette dernière, de reprendre le personnage à son compte. Ce sera fait au terme d&rsquo;un des plus rapides procès en canonisation de l&rsquo;histoire et au prix de « subtils artifices » qui font que les minutes du procès dépassent largement en volume l&rsquo;ensemble des sources disponibles sans pour autant les reprendre dans leur intégralité ni dans leur intégrité.<br />
Parallèlement, les républicains de gauche ne l&rsquo;entendent pas de cette oreille. Lucien Herr, écrit dans Le Parti ouvrier du 14 mai 1890, sous le pseudonyme de Pierre Breton, un article intitulé « Notre Jeanne d&rsquo;Arc » qui dénie à L&rsquo;Eglise catholique le droit d&rsquo;instaurer le culte de celle qui a été brûlée sur son ordre : « Jeanne est des notre, elle est à nous ; et nous ne voulons pas qu&rsquo;on y touche. ». Plus tard, Charles Peguy compose sa première Jeanne d&rsquo;Arc qu&rsquo;il dédie « à toutes celles et à tous ceux qui seront morts de leur mort humaine pour l&rsquo;établissement de la république socialiste universelle ». En 1910, Jean Jaurès rendra à son tour hommage à Jeanne dans L&rsquo;Armée nouvelle.<br />
Cependant, au cœur de l&rsquo;affaire Dreyfus, le mouvement nationaliste va faire sien l&rsquo;étendard de Jeanne d&rsquo;Arc. Elle n&rsquo;apparaît alors plus seulement pour eux comme l&rsquo;emblème de leur foi et de leur Eglise mais aussi, ce qu&rsquo;en avait fait Michelet et qu&rsquo;ils récupèrent : la sainte patronne de la patrie. Dès lors, Jeanne d&rsquo;Arc, c&rsquo;est la France ! Pas n&rsquo;importe quelle France : ni celle des protestants, ni celle des francs-maçons, ni celle des Juifs, ni celle des étrangers récemment naturalisés, ni celle des intellectuels. Edouard Drumont, antisémite bien connu, ira même jusqu&rsquo;à affirmer : »C&rsquo;est une Celte que Jeanne d&rsquo;Arc, qui sauva la patrie. ». Les cris de « Vive Jeanne d&rsquo;Arc ! » et « A bas les Juifs! » se répandirent dans les réunions nationalistes au tournant du XIXe et du XXe siècle.<br />
En 1904, on note tout de même une évolution dans le camp de la gauche concernant la figure de Jeanne d&rsquo;Arc. Face aux manifestations antisémites et, même si une partie des républicains et des socialistes reste attachée à la défense d&rsquo;une Jeanne d&rsquo;Arc fille du peuple et victime de l&rsquo;inquisition, une bonne partie des libres penseurs tend à laisser cet emblème au camp d&rsquo;en face. Ainsi, Henry Bérenger écrit-il dans L&rsquo;Action du 17 avril 1904 « La Pucelle militariste et bondieusarde est un fétiche entre les mains des généraux et des évêques. C&rsquo;en est assez pour que tout républicain et tout libre penseur s&rsquo;emploie sans retard à jeter à bas ce fétiche. » On voit alors réapparaître les railleries voltairiennes.<br />
En 1920, juste après la canonisation, la Chambre bleu horizon, composée de nombreux anciens combattants, vote le projet de loi instaurant une fête de Jeanne d&rsquo;Arc le 8 mai de chaque année (en souvenir de la levée du siège d&rsquo;Orléans le 8 mai 1429). C&rsquo;est une aubaine pour les formations de la droite dite nationale qui, pendant le front populaire et la guerre d&rsquo;Espagne, opposeront l&rsquo;étendard de Jeanne d&rsquo;Arc au drapeau rouge.<br />
Sous Pétain, elle sera portée aux nues, non pas comme une figure de l&rsquo;indépendance de la France (difficile quand on collabore avec l&rsquo;occupant) mais comme la terrienne, la catholique et l&rsquo;anglophobe. En 1944, alors que la presse collaborationniste se déchaîne contre les bombardements anglais, un tract distribué à l&rsquo;occasion de la fête de Jeanne d&rsquo;Arc, proclame : « Hier comme aujourd&rsquo;hui, un seul ennemi : l&rsquo;anglais! Pour que la France vive, il faut comme Jeanne d&rsquo;Arc bouter les Anglais hors d&rsquo;Europe. »</p>
<p>Mettre en illustration l&rsquo;affiche de vichy avec Rouen en flammes.</p>
<p>Après la seconde guerre mondiale, c&rsquo;est essentiellement l&rsquo;Action Française qui continura à rendre hommage à Jeanne le 8 mai (ou le dimanche le plus proche d&rsquo;ailleurs). Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1979 que le Front National de Jean-Marie Le Pen décide à son tour de célébrer Jeanne d&rsquo;Arc. La date choisie à l&rsquo;époque est celle, traditionnelle, du 8 mai. Alors pourquoi nous retrouvons-nous aujourd&rsquo;hui avec le pathétique défilé frontiste (tout au plus étaient-ils 20 000 sur les 100 000 annoncés en 2002&#8230;) le 1er mai ? En effet cette date n&rsquo;a rien à voir avec la mythologie johannique. Il s&rsquo;agit de la journée internationale commémorant les luttes des travailleurs et des travailleuses contre l&rsquo;oppression capitaliste. La fête de Jeanne d&rsquo;Arc n&rsquo;a été avancée par le Front à la date du 1er mai qu&rsquo;en 1988 car le 8 mai était jour d&rsquo;élection. Cependant, une fois instauré l&rsquo;hommage à cette date, il était bien pratique de le maintenir afin de permettre une utile confusion entre la célébration du symbole de l&rsquo; « unité » de la France et la fête des travailleurs et travailleuses.<br />
Les discours de Jean-Marie Le Pen à cette occasion sont un bon exemple de cette confusion et de la volonté frontiste d&rsquo;accommoder Jeanne d&rsquo;Arc à toutes les sauces. On ne compte plus les approximations historiques voire carrément les inventions qui émaillent les passages se référant à Jeanne lors des discours du 1er mai.<br />
Le parallèle qui existerait entre la situation au début du XVe siècle et la situation actuelle sert de fil conducteur aux élucubrations johanniques de Jean-Marie. Pour lui, le traité de Maastricht et celui d&rsquo;Amsterdam s&rsquo;apparenteraient à « l&rsquo;ignoble Traité signé à Troyes par la Reine Isabeau de Bavière » et qui livre le pays « à l&rsquo;étranger » . Selon lui, à l&rsquo;époque, la France était la proie de l&rsquo;Angleterre, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;Europe qui serait menacée par la puissance des Etats-Unis d&rsquo;Amérique qui « se servent pour cela d&rsquo;un cheval de Troie, l&rsquo;Europe de Bruxelles, pour soumettre les Nations d&rsquo;Europe et d&rsquo;un bras armé l&rsquo;OTAN avec cynisme et cruauté pour imposer leur volonté à ceux qui voudraient résister et en particulier à la petite nation serbe héroïque sous la poigne de fer qui entend la briser. » On retrouve bien là la propension à l&rsquo;amalgame caractéristique du discours frontiste.</p>
<p>Jeanne n&rsquo;est pucelle qu&rsquo;on croyait</p>
<p>Chaque année ou presque, on découvre de nouveaux détails de la vie de Jeanne d&rsquo;Arc grâce aux fabuleuses connaissances historiques dont fait preuve Jean-Marie Le Pen !<br />
A plusieurs reprises, il est fait référence au fait que Jeanne d&rsquo;Arc aurait été « le plus jeune général de notre Histoire » , un chef militaire hors pairs, qui se serait mis à la tête de l&rsquo;armée et aurait libéré à elle seul Orléans où elle serait entrée comme « général en chef à 18 ans » . Il semble plus que nécessaire de tempérer ces ardeurs chevaleresques pour se rapprocher des faits avérés relatifs aux réelles fonctions militaires de Jeanne. En effet, le roi Charles VII ne la fit pas son « lieutenant général » (commandant en chef), elle ne se vit pas non plus attribuer les titres de capitaine ou de chef de guerre. Elle reçu bien un étendard, signe de pouvoir, mais d&rsquo;un pouvoir subalterne car le roi ne la plaçait qu&rsquo;à la tête d&rsquo;une des multitudes de composantes de l&rsquo;armée royale. Et même, lors du siège d&rsquo;Orléans, elle ne fut pas admise au sein du conseil de guerre. Si aucune source ne remet en cause sa vaillance, parfois considérée comme une inconsciente témérité, c&rsquo;est surtout aux yeux de ses fidèles qu&rsquo;elle est apparue comme un chef de guerre. Et c&rsquo;est son compagnon Gilles de Rais qui fut fait maréchal de France le jour même du sacre de Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429. De même, lorsque Jean-Marie Le Pen annonce, sans sembler émettre le moindre doute sur la véracité de ce qu&rsquo;il affirme, qu&rsquo;à la bataille de Patay, le 18 juin 1429, les pertes anglaises s&rsquo;élevèrent à 20 000 soldats alors que les français ne perdirent que trois de leurs hommes , on manque de s&rsquo;étouffer de rire.<br />
Les épisodes qui risqueraient d&rsquo;entacher l&rsquo;image de « l&rsquo;héroïne immaculée » sont bien sûr éludés. Ainsi en est-il du « saut de Beaurevoir ». Jeanne d&rsquo;Arc s&rsquo;était jetée de cette tour où elle avait été enfermée et avait manqué de se tuer. Elle déclara même à ses juges qu&rsquo;à ce moment « elle aimait mieux mourir que vivre ». La tentative de suicide ne cadrait pas vraiment avec la figure de la sainte véhiculée par l&rsquo;Eglise depuis la fin du XIXe siècle ni avec l&rsquo;image de la « Sainte de la Patrie » .<br />
Il est par ailleurs assez drôle de voir par quel tour de passe-passe Jean-Marie Le Pen tente de réconcilier les catholiques fervents et les sceptiques, voire païens, dans le culte johannique. Il présente Jeanne d&rsquo;Arc comme « une espèce de sainte ‘laïque&rsquo;, de ‘prophétesse&rsquo; politique, ne recevant ses lumières et ses ordres que de Dieu » . L&rsquo;auteur de cet article ne peut réprimer l&rsquo;envie de citer un passage in extenso afin de montrer l&rsquo;incohérence des propos qui n&rsquo;ont d&rsquo;autre but que de créer une confusion chez l&rsquo;auditeur et faire se rejoindre deux positions apparemment incompatibles : « Cela devrait réconforter certains des nôtres qui, étant tombés dans la marmite du scepticisme ‘quand ils étaient petits&rsquo;, ne voient pas trop bien ce que Jeanne fait ici, chez nous, au Front National, qui n&rsquo;a rien d&rsquo;une sacristie [Pourtant, à cette époque, les catholiques intégristes de Chrétienté-Solidarité, dirigé par Bernard Anthony alias Romain Marie étaient toujours membres du Front, nda], et c&rsquo;est vrai ! En réalité, il ne s&rsquo;agit ici ni de laïcisme, ni de cléricalisme [Pourquoi alors un tel développement qui cherche à justifier l'importance accordée à Jeanne d'Arc, canonisée après avoir été condamné à mort pour hérésie par un tribunal ecclésiastique ? Cela semble au contraire être le nœud du problème.] , mais de la distinction nécessaire entre ce que nos anciens appelaient les ‘Deux Glaives&rsquo;, c&rsquo;est à dire entre le pouvoir spirituel et le pouvoir politique (ou temporel)[On a du mal à suivre son argumentation. Que vient donc faire cet ancien concept thomiste, utilisé par les tenants d'une monarchie forte, indépendante de la tutelle vaticane, dans un propos censé traiter de Jeanne d'Arc]. »<br />
En opposant dieu et clergé, il cherche à montrer que ce n&rsquo;est pas la religion qui serait condamnable mais ses représentants (le clergé), à l&rsquo;exemple de l&rsquo;évêque Cauchon, présenté comme le seul responsable, avec l&rsquo;Université de Paris , de la condamnation à mort de la Pucelle.<br />
Rions encore un peu. L&rsquo;usage du « copier-coller » dans les discours de Jean-Marie est plus que fréquent. La plupart du temps, il ne s&rsquo;agit que de petits passages qui sont repris tels quels d&rsquo;une année sur l&rsquo;autre mais parfois ce sont des pans entiers du discours que l&rsquo;on retrouve à quelques années d&rsquo;intervalle. Ainsi en est-il du passage sur Jeanne d&rsquo;Arc dans les discours de 1998 et de 2003. Les deux discours sont totalement identiques sur ce point, jusque dans les interjections utilisées ! C&rsquo;en est pathétique. Surtout qu&rsquo;ils sont disponibles sur Internet et qu&rsquo;il est alors très facile de s&rsquo;en rendre compte. C&rsquo;est donc bien considérer que l&rsquo;auditoire naturel du Front est trop bête pour s&rsquo;en apercevoir !<br />
Par ailleurs, on peut aussi relever la tendance chez notre ami Jean-Marie à s&rsquo;identifier à Jeanne d&rsquo;Arc ou plutôt à l&rsquo;identifier à lui (rien que ça !). En effet, il fait un parallèle entre les obstacles et les difficultés auxquelles elle a eu à faire face et ses propres difficultés, politique ou judiciaires. On retrouve quasiment le même passage faisant ce rapprochement dans les discours de 1998, 1999, 2001 et 2003 : « Rien ne lui sera épargné en échange de sa gloire immortelle, ni les abandons, ni les trahisons [ Ah, ce cher ‘Naboléon'(un des surnoms de Bruno Mégret au Front...), nda], ni les lâchetés, ni les plus basses insultes, ni même les plus ignobles calomnies. Elle fut même déjà victime de la désinformation et de la diabolisation ». Comme on peut le voir, rien ne l&rsquo;arrête !<br />
Alors, soyons chics, accordons lui cette joie ultime et, pour que l&rsquo;identification avec Jeanne soit complète, dressons un bûcher, ça nous fera un beau méchoui !</p>
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		<title>Le pognon du Front</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 11:58:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Publié en décembre 1997</p>
<p><strong>Le principal financier du Front National reste l&rsquo;Etat, avec presque 50% des recettes du FN. Sans l&rsquo;aide publique, le FN ne pourrait pas continuer à se développer. Ironie de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est la démocratie qui finance un parti fondamentalement anti-démocratique.</strong></p>
<p>Un livre paru dernièrement <em>Les Filières Noires</em> de Guy Konopnicki tentait de déterminer quelles étaient les sources de financement du Front National. Diverses pistes sont évoquées, notamment en Afrique et au Moyen Orient. Certaines se sont avérées intéressantes et inédites, comme l&rsquo;aide d&rsquo;une banque saoudienne au quotidien de Bruno Mégret <em>Le Français</em>. Mais elles n&rsquo;ont pas véritablement débouchées sur de grosses révélations. Il reste que les finances du FN restent toujours aussi opaques et il est difficile de connaître son mode de financement. Pourtant depuis 1993 tous les partis politiques sont tenus de par la loi de publier leurs comptes, ainsi que la liste des entreprises qui lui ont fait un don. La publication de ceux de 1994 n&rsquo;apprennent rien de plus . Néanmoins ils nous permettent de tirer quelques indications intéressantes sur l&rsquo;état du FN et même de soulever une piste financière inédite à ce jour.</p>
<h3>Des tendances lourdes</h3>
<p>D&rsquo;un point de vue général, les recettes du Front National ont peu varié entre 1993 et 1994 : 72 millions pour la première année contre 75 millions pour la dernière. Si on regarde d&rsquo;un peu plus près on s&rsquo;aperçoit que la tendance générale est à la baisse. Ainsi on observe qu&rsquo;en 1994 le poste «Cotisation des adhérents» a perdu 2,5 millions par rapport à 1993. Si l&rsquo;on prend la cotisation de base à 200 frs, cela signifierait qu&rsquo;entre 1993 et 1994 le FN aurait perdu près de 12 000 adhérents. En fait il faut être très prudent et relativiser ces chiffres, le parti lepéniste comme tous les autres partis ayant tendance à gonfler le chiffre de ses adhérents. Néanmoins on peut expliquer cette différence par le fait que pour beaucoup de gens l&rsquo;adhésion reste ponctuelle : on prend sa carte une année, puis on ne la renouvelle pas forcément. Le FN reste un parti passoire qui a du mal à fidéliser ses adhérents. Par contre ceux qui restent forment une base très solide, ce sont les purs et durs. Le FN est donc définitivement ancré dans la vie politique et il ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Au contraire sa stratégie actuelle n&rsquo;en est que plus préoccupante : formation de cadres et embrigadement de toutes les catégories sociales, au moyen de cercles, de manière à toucher de nouveaux publics et à ramener vers lui des gens qui ont voté FN un jour, sans donner suite après. Cela signifie que le FN n&rsquo;a pas encore fait le plein de toutes ses voix et qu&rsquo;il dispose d&rsquo;un important réservoir de voix qu&rsquo;il entend bien à ce niveau transformer en militants purs et durs.</p>
<p>Le poste «Cotisation des élus» a subi lui aussi une baisse, de l&rsquo;ordre de 900 000 frs. Il est clair que sans représentation nationale (députés) et ses avantages, le FN a du mal à pouvoir vivre de manière totalement autonome d&rsquo;un point de vue financier, d&rsquo;autant plus que les dons d&rsquo;entreprises ou de particuliers suivent la même courbe. En fait le principal pourvoyeur de fonds du FN reste l&rsquo;État avec 36 millions de francs en 1994 ce qui représente presque 50% des recettes du Front, soit 10% de plus qu&rsquo;en 1993. Sans l&rsquo;aide publique le Front National ne pourrait pas continuer à se développer. Ironie de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est la démocratie qui finance son pire ennemi. Mais cela signifie aussi que le FN vit à crédit, il emprunte de l&rsquo;argent en spéculant sur ses résultats aux élections. Si jamais le pronostic s&rsquo;avère faux un jour, le Front risque alors de connaître de gros problèmes financiers (c&rsquo;est notamment le cas de la Fédération des Bouches du Rhône). D&rsquo;où la nécessité de trouver d&rsquo;autres sources de financement que celle de l&rsquo;État, les entreprises et les particuliers.</p>
<h3>Le grand Kapital sur la réserve&#8230;</h3>
<p>Pour les entreprises, les sommes ne pourront jamais atteindre des niveaux très importants car les grosses entreprises qui financent traditionnellement les partis politiques (BTP, eaux&#8230;) ne souhaitent pas voir leur nom accolé à celui du Front National, par peur de perdre de gros marchés. Quant à celles qui font des dons, ce sont généralement des petites PME, installées localement ou bien des entreprises dirigées par des militants du FN. La liste des dons des personnes morales publiées en 1994 vient confirmer cette analyse.<br />
C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en 1994, le FN a perdu son principal financeur la Compagnie des Bateaux Mouches dirigée par Jean Bruel, celui-ci lui préférant son rival le Vicomte De Villiers et son Mouvement pour la France à qui il a versé 300 000 frs. Peut être que la mauvaise publicité occasionnée par son don de 250 000 frs au FN en 1993, surtout à l&rsquo;étranger, l&rsquo;a fait réfléchir à deux fois.</p>
<h3>Business is Business</h3>
<p>Un autre financeur habituel du Front et de ses candidats a disparu ; il s&rsquo;agit des laboratoires pharmaceutiques Beaujour. Eux aussi ont préféré changer de monture. En 1994, ils ont choisi le RPR en lui octroyant un don de 100 000 frs. Il faut toujours être au mieux avec le parti au pouvoir.<br />
Seul Plastic Omnium est resté fidèle au Front national, doublant même sa contribution (de 50 000 à 100 000 frs) au parti de Jean Marie Le Pen. A titre de comparaison, Plastic Omnium a versé 30 000 frs au Parti Républicain, 50 000 frs au PC, 112 000 frs au PS et 300 000 frs au RPR. Le fait que Plastic Omnium ait persévéré dans sa démarche indique bien que le Front est en passe de devenir un partenaire comme les autres pour cette société, d&rsquo;autant plus que le FN est à la tête de trois mairies aujourd&rsquo;hui et qu&rsquo;un de ses anciens dirigeants dirige celle de Nice. Plastic Omnium spécialisé dans le nettoyage (les poubelles) et le chauffage vit des contrat qu&rsquo;elle passe avec les collectivités locales, ce qui explique sûrement la continuité et l&rsquo;importance de ses dons au Front. Autre fidèle du FN, la SARL SMP Joly et la SA SARCA Intermarché.</p>
<p>Plus militant le Comité de soutien aux libertés, la SA Jean Paul Jamet dont la famille comprend Alain Jamet, responsable du Front pour l&rsquo;Hérault, ou encore l&rsquo;association Rilleux fait Front. Quelques nouveaux apparaissent dont la SARL GG Conseil dont nous parlerons plus loin. Bref, on ne se bouscule pas pour financer le Front et surtout on redoute de voir son nom apparaître publiquement. D&rsquo;où la nécessité d&rsquo;avoir d&rsquo;autres filières de financement, plus opaques, voire détournées.</p>
<h3>Des partis fantômes</h3>
<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;outre des dons de sociétés et de personnes physiques, le FN a reçu un don de 60 000 frs provenant d&rsquo;un petit parti politique jusqu&rsquo;alors inconnu : le Rassemblement des Démocrates Républicains de Progrès (RDRP). Celui-ci est domicilié en Seine-et-Marne et dirigé par un certain Jacques Prost, père des frères Prost, militants du FNJ. Ce parti apparaît pour la première fois en mars 1993 à la faveur des élections législatives. Il présente à cette occasion 69 candidats qui obtiendront un total de 47 000 voix. Mais bizarrement ce n&rsquo;est pas sous le sigle du RDPR qu&rsquo;ils vont se présenter mais sous celui de Génération Verte.</p>
<p>A l&rsquo;époque l&rsquo;écologie est à la mode et les divisions du mouvement écologiste ont fait éclater celui-ci en plusieurs organisations, les Verts d&rsquo;un côté, Génération Écologie de l&rsquo;autre, l&rsquo;Alliance pour l&rsquo;Écologie et la Démocratie&#8230; La mère Terre n&rsquo;y retrouverait pas ses petits. Certains semblent l&rsquo;avoir bien compris et en jouant sur la confusion des sigles et la sympathie envers l&rsquo;écologie en général, vont ainsi récolter quelques milliers de voix mais surtout de l&rsquo;argent, sous forme de remboursement de frais de campagne et l&rsquo;aide financière publique déterminée par le nombre de voix obtenues. À ce petit jeu c&rsquo;est un avocat marseillais Bernard Manovelli qui va décrocher le gros lot, en présentant 551 candidats choisit pour certains sans leur consentement sur des listes de donateurs de la Société Protectrice des Animaux, sous l&rsquo;étiquette des Nouveaux Écologistes du Rassemblement Nature et Animaux. Résultat : l&rsquo;État lui versera 3 millions au titre de l&rsquo;aide publique puis 2 millions en 1994.</p>
<p>Génération Verte ou plutôt le RDRP, lui se contentera plus modestement de 460 000 frs en 1993 et 580 000 frs en 1994, soit au total un million de francs en deux ans ce qui est loin d&rsquo;être négligeable. En poursuivant notre enquête nous avons découvert que les militants de Génération Verte appartiennent en grande majorité à la tendance «vert de gris». Ainsi Roger Johnstone candidat RDRP-Génération Verte à Paris 7e. En 1989, il est alors candidat aux Européenne sur la liste du FN en 14e position. À Rosny-sous-Bois, RDRP-Génération Verte présente une certaine Jacqueline Lambert. En fait, cette dernière se présente sous son nom de jeune fille puisqu&rsquo;en réalité elle s&rsquo;appelle Jacqueline Lambert Pancrazi et se retrouve loin de chez elle puisqu&rsquo;elle habite Marseille, où elle occupe le poste de secrétaire de la section 8e et 9e arrondissement du FN. Son mari Claude Pancrazi est lui aussi candidat Génération Verte mais à Compiègne. À Brie-Comte-Robert, c&rsquo;est Marie-Odile Raye qui se présente est elle aussi marseillaise et membre du FN, responsable de la section du 3e, dont elle sera tête de liste aux municipales de mars 1995.<br />
Jacques Prost lui-même n&rsquo;est pas inconnu puisqu&rsquo;il est le président du Cercle National des Automobilistes lié au FN et le père de Karl et Grégory Prost, militants du FNJ. On pourrait continuer encore longtemps, car en fait la plupart des candidats présentés par Génération Verte et le RDRP sont membres ou proche du FN.</p>
<h3>Le RDRP est-il une succursale du FN ?</h3>
<p>En tout cas, outre le fait d&rsquo;avoir présenté plusieurs de ses membres sous cette étiquette, il n&rsquo;hésite pas à lui faire plusieurs dons financiers. Pour service rendu ? Ainsi en 1993, le RDRP va faire un don de 20 000 frs à la fédération FN de Seine et Marne. En 1994, nous l&rsquo;avons déjà évoqué, trois dons pour un total de 60 000 frs. Autre don singulier, celui de l&rsquo;association St Louis, qui est en fait une émanation du Front national. Elle est depuis cette année la gérante d&rsquo;une SCI Saint Louis qui est devenue la propriétaire du Château de Neuvy le Barangeon, siège du Cercle National des Combattants, un cercle dirigé par Roger Holeindre, un des plus vieux cadres du Front national. Ce château accueille entre autre l&rsquo;Université d&rsquo;été du FNJ.</p>
<p>Alors pour qui roule ce parti Génération Verte ? Un élément de réponse intéressant nous est fourni par son adresse qui correspondait à celui de la secte Moon. Autre élément, Roger Johnstone candidat du RPRD-Génération Verte (et du FN en 1989) a été présenté dans les médias comme très proche de la secte. En plus Moon a toujours été proche du FN .</p>
<p>Le FN qui brandit haut et fort la préférence nationale, n&rsquo;est pas sectaire en ce qui concerne son mode de financement. Très dépendant de l&rsquo;État, il reste fragile quand à son fonctionnement financier. Mais l&rsquo;arrivée à la tête de plusieurs mairies lui ont permis d&rsquo;avoir accès à d&rsquo;autres formes de financement comme celui des marchés publics. C&rsquo;est aussi un bon moyen de se payer des permanents politiques comme Serge de Beketch, responsable du service communication à Toulon, mais surtout de devenir des interlocuteurs intéressants pour certaines sociétés qui vivent des marchés publics (comme Omnium plastic). Nul doute que si le Front obtient quelques sièges de députés le monde des affaires reconsidérera sa position vis-à-vis du parti de Jean Marie Le Pen, avec tout ce que cela suppose en terme de progression pour le FN.</p>
<p>ENCART : LE FN ET MOON</p>
<p>CEYRAC Pierre, représentant de Causa en France, ancien membre du Comité central du Front national. ancien député du Nord de 1986 à 1988 et député européen. Au sein du Front national, les catholiques intégristes dont Romain Marie menèrent une très forte campagne contre Ceyrac et la secte Moon. Ceyrac a fait partie de la rédaction de nouvel Espoir le journal de Causa, qui lancera Causa en France en 1985.</p>
<p>Fin 1980, les moonistes qui animent une association intitulé Résistance et Solidarité distribuent des tracts anticommunistes. C&rsquo;est à cette époque que des contacts seront pris avec les comités Chrétienté-Solidarité, dont l&rsquo;animateur est Romain Marie, membre à l&rsquo;époque du CNIP, il rejoindra ensuite le Front national. Causa liera aussi des liens avec la rédaction du journal <em>Présent</em>.</p>
<p>En septembre 1983 six dirigeants de Causa sont arrêtés par la police, ils transportaient un stock d&rsquo;affiches signés Comités Chrétienté-Solidarité. Parmi eux Henri Blanchard président de Moon en France.</p>
<p>Le journaliste Jean Marcilly, ancienne éminence grise et biographe de Le Pen (de 1983 à octobre 1984), participe à de nombreuses missions et conférences de Causa.</p>
<p>Le député européen (en 1984) du Front national Gustave Pordéa est un mooniste, tout en étant proche de l&rsquo;ambassade de Roumanie en France. Selon Jean Marcilly CAUSA aurait payé 500 000 $ pour avoir un député européen.</p>
<p>Roland Gaucher, du Front national et ancien rédacteur en chef de <em>National Hebdo</em> (FN), a participé en février 1985 à une conférence de l&rsquo;International Security Council, où participaient aussi des généraux latino et nord-américains sur la menace soviétique dans les Caraïbes</p>
<p><em>Causa</em> publia &laquo;&nbsp;La Vocation spirituelle de la France&nbsp;&raquo;, proche des thèses de la France.</p>
<p>Le siège de <em>Causa</em> et celui de la secte Moon (9 rue de Chatillon 75014 Paris) a été utilisé pour la campagne présidentielle de Le Pen en 1988.</p>
<p>Michel de Rostolan, Cercle Renaissance. Ancien militant d&rsquo;Occident (néo-nazi) puis membre du parti CNIP avant de rejoindre le Front national en 1988. Membre associé de la Ligue mondiale Anticommunisme. Il a été élu conseiller régional d&rsquo;Île de France en mars 1992.</p>
<p>(Sce principale : Jean François Boyer l&rsquo;empire Moon, La découverte, 1986)</p>
<p>ENCART : Candidats Génération Verte RDRP en mars 1993, en gras les membres ou sympathisants du FN</p>
<p>Prénom et Nom Circonscription<br />
Pierre Beteille Montreuil<br />
Jacqueline Lambert Pancrazi Rosny sous Bois<br />
Cécile Pabour Senan<br />
Louise Cartier Noisy le Grand<br />
Christian Dehosse Pontoise<br />
Gérard Lodame Taverny<br />
Simone Guyon Franconville<br />
Brigitte Midoux Argenteuil<br />
Franck Landouch Enghien<br />
Lucette Allier Sarcelles<br />
Jacques Girard Goussainville<br />
Alberto Mondales Versailles<br />
J.F. Cordet Versailles<br />
François Rudolf Le Chesnay<br />
Dominique Hoel Houille<br />
Marie Thérese Bouffard Sartrouville<br />
Marc Honmin Saint Germain en Laye<br />
Catherine Simon Conflans St Honorine<br />
Stéphanie Gasnat Mantes la Jolie<br />
Jacky Grudez Aubergenvielle<br />
Fernand Verdière Rambouillet<br />
Maurice Prost Trappes<br />
Gilbert Dehosse Poissy<br />
Laurent Plomb Chartres<br />
Angeline Glehen Dreux<br />
Jean Claude Gueguen Nogent le Rotrou<br />
Julien Hoel Troyes<br />
Christophe Lemaitre Paris 2<br />
Mauricette Segard Paris 5<br />
Jean Paul Chaudy Paris 6<br />
Roger Johnstone Paris 7<br />
Eliane Povagratopoulos Paris 9<br />
Gérard Alliala Paris 11<br />
Jacques Bouffard Corbeil Essonne<br />
Jean Caze Paris 21<br />
Christiane Dor Arpajon<br />
Solange Fress Longjumeau<br />
Pierre Mogue Orsay<br />
Stéphane Chaton Massy<br />
Virginie Prost Viry Chatillon<br />
Jean Casalongua Draveil<br />
Harry Marguerite Meudon<br />
Jean Peynaud Issy les Moulineaux<br />
Jurgen Davy Chatillon<br />
Jacques Caillaux Antony<br />
Marie Angèle Gerberon Melun sud<br />
Lionel Beard Fontainebleau<br />
Robert Domenech Melun<br />
Breznislaw Kierzkowski Meaux<br />
Jocelyne Michel Meaux<br />
Pascal Billard Claye<br />
Marcel Mares Torcy<br />
Marie Odile Raye Brie-Comte-Robert<br />
Colette Verdiere Troyes<br />
Frédéric Gillet Reims<br />
Corinne Laure Vitry le François<br />
Pierrette Honmin Besançon<br />
Christiane Gosseau Audincourt<br />
Louis Prost Lons le Saulnier<br />
Maryse Verdière St Claude<br />
Christine Verdière Dole<br />
Emmanuelle Flachot Argentans<br />
Giselle Turco Creil<br />
Georges Hilmoine Senlis<br />
Claude Pancrazi Compiègne sud<br />
Albert Ferra Compiègne<br />
Georges Mouillet Clermont</p>
<p>ENCART : FINANCEMENT DU FRONT NATIONAL</p>
<p>1993 1994<br />
Cotisation adhérents 10 700 000 8 195 000<br />
Cotisation élus 5 500 000 4 680 000<br />
Financement public 29 000 000 36 400 000<br />
Dons pers.physiques 13 000 000 11 000 000<br />
Dons pers. morales 470 000 370 000<br />
Contri. partis pol. 60 000<br />
Manifs et colloques 6 600 000 6 800 000<br />
Produits exploitations 1 900 000<br />
Autres produits 4 8000 000 2 300 000<br />
Produits financiers 945 000 2 650 000<br />
Amortissement 1 000 000 500 000<br />
Total 72 000 000 74 800 000</p>
<p>ENCART LISTE DON DES PERSONNES MORALES</p>
<p>1993 1994<br />
Cie bâteaux mouches 250 000 Plastic Omnium 100 000<br />
Plastic Omnium 50 000 SARL GG Conseil 67 000<br />
SARL SMP Joly 44 000 Com sout. Libertés 35 000<br />
SA National Hebdo 24 000 SARL SMP Joly 37 000<br />
AC SRN 92 20 000 SA J.P. Jamet 33 000<br />
AC SES 16 000 Ets. Blanck SA 20 000<br />
SA SARCA Intermarc. 10 000 SOFIBE 12 000<br />
SCI Ray. Expansion 10 000 Gérard Paguez 10 000<br />
SNFI 10 000 Marcel Bouvier 8 000<br />
Frabnce LI XXXX 10 000 SA Sarca Intermarc. 8 500<br />
Rilleux Fait Front 8 000</p>
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		<title>Sur la toile, qui va régner ?</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Nov 2004 14:14:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bruno Mégret]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Le Pen]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Yves Le Gallou]]></category>
		<category><![CDATA[Martial Bild]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement National Républicain (MNR)]]></category>
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		<description><![CDATA[Si l&#8217;amateurisme ne peut être reproché aux sites des nationalistes radicaux, qui ont déjà le «mérite» d&#8217;exister, il va de soi que le FN et le MNR, en tant que partis institutionnels, se doivent de présenter sur la Toile un visage professionnel et moderne. Si, on le verra, les apparences sont sauves, les contenus ne [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Si l&rsquo;amateurisme ne peut être reproché aux sites des nationalistes radicaux, qui ont déjà le «mérite» d&rsquo;exister, il va de soi que le FN et le MNR, en tant que partis institutionnels, se doivent de présenter sur la Toile un visage professionnel et moderne. Si, on le verra, les apparences sont sauves, les contenus ne répondent pas vraiment aux exigences qu&rsquo;on pouvait en attendre&#8230; Mais qui s&rsquo;en plaindra ? En octobre 2001, dans une interview donnée à des journaliste du site LaPolitique.com, Jean-Marie Le Pen considérait Internet comme «un élément qui peut changer la donne politique» et précisait qu&rsquo;il mettait «un grand espoir dans les moyens nouveaux de communication qui permettent de contourner les édifices institutionnels de l&rsquo;information». Cette déclaration, qui pourrait apparaître comme une simple concession à l&rsquo;air du temps, s&rsquo;intègre en réalité dans la lignée d&rsquo;options stratégiques anciennes au Front national en terme de communication et de propagande politiques.</p>
<h3>Propagande high-tech</h3>
<p>En effet, le FN, suivant en cela une certaine tradition d&rsquo;extrême droite, a toujours accordé une grand eplace à la propagande et à ses outils, avec en prime une certaine fascination pour les nouvelles technologies. Dans le champ politique, il a même souvent été novateur : cassettes de propagande audio puis vidéo, meetings retransmis par satellite&#8230; Tout est bon pour faire passer le message. Il investit également très tôt le Minitel et les services audiotel : «Les moyens techniques les plus modernes pour communiquer directement et sans trucages avec les Français», claironnait Martial Bild dans une publicité parue dans National Hebdo au début des années 1990 pour le service audiotel du FN. Actualités, programme «en ligne», dialogue avec des élus, agendas, jeux (avec des badges de Maurras à gagner !), possibilité de recevoir par fax les communiqués : le 3615 LePen, animé en son temps par Gérard Fraysse, proposait un ensemble de services conséquent, facturé quand même au prix fort. Ces services existent toujours aujourd&rsquo;hui.<br />
En 1995, premiers pas dans le monde de l&rsquo;informatique : à l&rsquo;occasion de la fête annuelle des BBR, Philippe Le Gallou, fils de Jean-Yves (aujourd&rsquo;hui n°2 du MNR), sous le pseudonyme transparent de Philippe Blanc, proposait pour cinquante francs un jeu vidéo reprenant le principe de Pac Man, dans lequel, sur fond d&rsquo;opéra wagnérien, un minuscule Le Pen doit ramasser de petites flammes tricolores en évitant les «anti-FN» représentés par Mitterrand, Jospin, Chirac et Fodé Sylla, le président de SOS Racisme&#8230; Ce jeu avait à l&rsquo;époque été présenté par Le Gallou père comme le signe d&rsquo;une «volonté d&rsquo;utiliser les moyens de communication les plus modernes». Manque de chance, trois mois plus tard, suite à une plainte de Fodé Sylla, les exemplaires du jeu étaient saisis et le tribunal de Nanterre condamnait Le Gallou fils à 1000 francs d&rsquo;amende.</p>
<h3>Front.nat.com</h3>
<p>Quelques semaines plus tard, au milieu de l&rsquo;année 1996, le Front national ouvrait son site officiel sur Internet, inaugurant ainsi le premier site d&rsquo;un parti politique français, suivi de près par les Verts. C&rsquo;est une fois encore à l&rsquo;occasion des BBR, en septembre 1996, que les militants furent invités à prendre connaissance de la chose, dans le cadre de la présentation de l&rsquo;organisation du parti. On retrouve Martial Bild comme responsable du site, en tant que secrétaire national à l&rsquo;information et à la communication interne, et la réalisation en est confiée à la société Arobaz, dont le gérant est Guillaume Fiquet, l&rsquo;adjoint de Bild. Le site s&rsquo;enrichit un peu plus chaque année, mais sans jamais véritablement développer les nouvelles possibilités offertes par Internet : ni forum, ni interactivité, le site se contente d&rsquo;aligner textes et images (photos puis vidéos), et de rénover régulièrement l&rsquo;habillage du site, jusqu&rsquo;à arriver à une présentation «professionnelle», mais plutôt conventionnelle. Dans la nuit du 29 au 30 janvier 1999, le FN connaît son premier piratage, signé «Raptor 666». La page d&rsquo;accueil est remplacée par une photo de Le Pen ainsi légendée : «Cet homme incarne une valeur&#8230; le racisme.» et l&rsquo;on trouve sur le site des textes appelant à la dissolution du parti et du DPS. Quelques mois plus tard, le site est hacké une seconde fois, par Spacewalker de BHZ.org.</p>
<h3>Piratage contre Mégret</h3>
<p>Mais le Front national n&rsquo;est pas non plus le dernier à bidouiller sur Internet. Ainsi, en pleine crise FN/MN (pour Mouvement National, le premier nom du MNR), au printemps 1999, Fiquet eut l&rsquo;idée de souffler sous le nez au MN des noms de domaines tels que «mouvement-national.com», «megret.org» ou encore «megret.net» (sites qui ne proposaient pour seules informations que le nom et les coordonnées d&rsquo;un militant FN !), espérant ainsi dans la confusion récupérer des internautes mégrétistes. Mais Bruno a vu rouge : une plainte a été déposée, le MN a gagné son procès en référé le 31 juillet 1999 et le FN a été condamné à 8000 francs de dommages et intérêts. À l&rsquo;époque, le Front avait présenté ces indélicatesses comme une réponse à la tentative du MN de s&rsquo;approprier de façon exclusive le nom et le logo du FN&#8230;<br />
En retard sur ses homologues européens (le Vlaams Blok par exemple), le FN n&rsquo;avait pas tout de suite pris la mesure des possibilités offertes par Internet. Aujourd&rsquo;hui, boosté par l&rsquo;indifférence des médias, il a décidé de faire de son site une machine de guerre électorale Quant au MNR, sa présence sur Internet est un gage de survie (au moins virtuelle !). Reste à savoir si l&rsquo;un et l&rsquo;autre ont les moyens de leurs ambitions.</p>
<h3>Les sites du FN et du MNR à la loupe</h3>
<p>Le site du FN et celui du MNR cohabitent donc aujourd&rsquo;hui. Nous nous contenterons ici d&rsquo;étudier le site officiel de chacun des deux partis. Les sites ouverts par les fédérations locales, éphémères, sont souvent gérés de façon autonome, et ne s&rsquo;inscrivent pas véritablement dans les choix stratégiques des partis sur la question d&rsquo;Internet.<br />
Pour en revenir aux sites officiels, ils sont l&rsquo;un et l&rsquo;autre construits sur un modèle similaire. On retrouve d&rsquo;ailleurs un air de famille dès la page d&rsquo;accueil : une dominante bleu et blanc, un bandeau en haut de page avec le nom du parti, l&rsquo;omniprésence du logo à chaque page, la photo du chef, l&rsquo;accès direct aux derniers communiqués&#8230; Le FN propose en plus en introduction une animation flash plutôt longue et sans intérêt. Le MNR, quant à lui, propose dans un recoin de son site un «clip» vidéo. Ces tentatives pas très heureuses d&rsquo;exploiter au maximum les possibilités «multimédia» d&rsquo;Internet, tout comme les extraits vidéos, sont les seules concessions véritables à la surenchère technologique, car pour le reste, le texte reste le support privilégié.<br />
Le plan de chaque site reprend les rubriques attendues : une page d&rsquo;accueil (qui renvoie directement aux pages d&rsquo;actualités : communiqués, campagne en cours, nouvelles publications, agendas), une présentation du parti (historique, programme, contact des fédérations, communiqués), une présentation des dirigeants et des élus, la mise à disposition de la propagande (discours, publications, tracts, affiches, «boutique», photos et vidéos, liste de diffusion), une sélection de liens, un contact e-mail. Cependant, des différences assez révélatrices peuvent être constatées dans chacune de ces rubriques.<br />
Pour ce qui est de la présentation du parti, le FN met en avant sa structure interne : l&rsquo;organigramme y est détaillé service par service, secrétariat par secrétariat, tandis que le MNR se contente de listes de noms du bureau ou du conseil national&#8230; En revanche, la présentation des fédérations par le biais d&rsquo;une carte de France donne l&rsquo;avantage au MNR, tandis que le FN se contente d&rsquo;aligner les adresses ou de proposer des pages vides. Quelques rares fédérations locales, en général grâce à un militant par ailleurs professionnel d&rsquo;Internet, ont ouvert leur propre site. À noter que les mouvements de jeunesse ont aussi leur propre site : mais celui du FNJ n&rsquo;est pour ainsi dire jamais remis à jour, et celui du MNJ se contente d&rsquo;y mettre en ligne sa feuille de choux Robur. Seuls quelques sites locaux témoignent d&rsquo;un semblant d&rsquo;activité. De la même façon, les cercles nationaux, les associations-satellites du FN, dont on trouve la liste sur le site, n&rsquo;ont pas de sites web.</p>
<h3>Le Pen à poil sur Internet</h3>
<p>Concernant les dirigeants, si on trouve dans les deux sites une hagiographie des leaders respectifs, Le Pen a également son propre site, improprement intitulé Lepen.tv, qui propose de longs textes romancés relatant la vie du chef depuis sa petite enfance, qui sont également abondamment illustrés. Signalons à ce propos que les photothèques proposées sur les sites du FN et du MNR sont elles aussi révélatrices. Celle du FN, extrêmement fournie, est scindée en quatre rubriques : «Le parcours de Jean-Marie Le Pen» (des photos de famille et de jeunesse), «Les rencontres importantes» (Le Pen et le pape, Le Pen et Saddam Hussein, Le Pen et Alain Delon, Le Pen et Alain Prost&#8230;), «Le Président du Front national», et enfin une rubrique «divers FN» dont la moitié représente&#8230; Le Pen, et l&rsquo;autre des photos de foules galvanisées, une photo de sa femme, quatre ou cinq photos de Gollnisch. La photothèque du MNR, qui rassemble une vingtaine de clichés seulement, représente certes en majorité Mégret, mais c&rsquo;est sa femme qui est représentée sur la première, et les photos de groupes sont préférées aux portraits. Enfin, si le MNR propose en ligne les discours prononcés par l&rsquo;ensemble des responsables du parti, la vingtaine de discours en ligne sur le site du FN sont, à deux exceptions près, des discours de Le Pen.<br />
Pour ce qui est des publications, le FN a ouvert un site dédié à sa seule publication officielle, <em>Français d&rsquo;Abord !,</em> qui propose les textes principaux du numéro en cours, sans archives consultables. Ce site est resté plusieurs mois sans mise à jour, mais semble avoir repris son activité. Le MNR, lui, se contente de proposer en téléchargement l&rsquo;édito et un extrait du dossier de son mensuel <em>Le Chêne</em>, au format PDF (le texte ne peut être copié) ; les archives sont certes téléchargeables, mais elles aussi limitées et d&rsquo;une taille (environ 1 Mo) assez décourageante. Cette mesquinerie est compensée par la mise en ligne de l&rsquo;intégralité des livres de Mégret d&rsquo;avant et d&rsquo;après la scission (<em>La Flamme</em>, <em>Le Chagrin et l&rsquo;Espérance&#8230;</em>).<br />
Mais seul le FN a réussi la mise en place d&rsquo;une information quotidienne sur la durée, tirant parti d&rsquo;un des avantages principaux d&rsquo;Internet, à savoir l&rsquo;immédiateté. Tandis que le MNR a tenté en vain de proposer, sous forme d&rsquo;édito, un commentaire jour après jour de l&rsquo;actualité, et se contente de faire circuler sur sa liste de diffusion ses communiqués de presse, le FN envoie depuis mars 2000 à tout internaute inscrit sur sa liste un bulletin d&rsquo;informations quotidien, rédigé par un certain George Moreau : à l&rsquo;origine simplement intitulé <em>Quotidien-Presse</em>, il change de nom en juillet 2001, pour devenir <em>Français d&rsquo;abord ! Quotidien</em>, signe de sa reconnaissance en tant que bulletin officiel du FN. La formule a peu évolué depuis son lancement : de courts articles sur l&rsquo;actualité française, principalement politique, sur les prises de positions du FN, sur des faits divers, et toujours une brève concernant l&rsquo;international en guise de conclusion. Les principaux rendez-vous du Front ainsi que les communiqués de presse du parti sont joints à la lettre. Signe du succès de ce bulletin, de nombreuses remises à jour techniques perturbent de temps à autre l&rsquo;envoi du bulletin, probablement afin de faire face au nombre de demandes&#8230;</p>
<h3>Tapis de souris FN</h3>
<p>La propagande proposée en ligne est également à l&rsquo;image de chacun des partis : livres, CDs (la fine fleur du RIF) et épinglettes plaqué or en forme de feuille de chêne (le logo du parti) pour le MNR, et tous les objets possibles et imaginables dans la «boutique» FN : jeu de tarot, écharpe en tergal, eau de toilette (!), tapis de souris, pince à billet et autres ciseaux pliants siglés «FN» sont disponibles à la commande (mais par courrier). Pour le reste, rien qui ressemble à de l&rsquo;interactivité : ni jeux (type quizz), ni cybervote, tout juste quelques pétitions à faire signer et tracts ou fond d&rsquo;écran à télécharger. Le visiteur n&rsquo;est pas invité à participer, mais à consommer. Pas de forum de discussion non plus (le site du FN de Sevran, mené par Roger Holleindre, avait ouvert un forum en mai 2001 : il existe toujours, et ne contient que trois messages, dont deux du webmestre&#8230;). Les deux sites ne proposent même pas un livre d&rsquo;or.<br />
Autre incontournable sur tout site web, la rubrique «liens» met visiblement mal à l&rsquo;aise nos deux partis en quête de respectabilité : si chacun y renvoie vers les sites des villes qu&rsquo;ils dirigent ou vers les sites des fédérations, les liens vers l&rsquo;extérieur sont bien rares, voire, dans le cas du MNR, inexistants. Quant au FN, outre une liste des sites de tous les autres partis politiques français (on y trouve le Parti de la Loi naturelle et tous les partis régionalistes, mais pas le MNR !), s&rsquo;il propose des liens vers l&rsquo;étranger (FPÖ autrichien, Alliance nationale italienne, Front nouveau de Belgique, Phalanges libanaises&#8230;) et vers des journaux nationalistes en ligne (National Hebdo, Action française, Gazette de France&#8230;) de façon assez cohérente, la sélection de sites qualifiés d&rsquo;«intéressants» laisse songeur : un site à la gloire des marsouins (les militaires, pas les animaux), un consacré à Napoléon et un autre à Céline, un site «contre la frénésie autoroutière», celui d&rsquo;un élevage de dobermans alsaciens&#8230; Un ensemble pour le moins hétéroclite, mais qui surtout néglige les sites nationalistes français les plus actifs, ou les sites plus spécialisés (sur la sécurité par exemple). La peur de perdre le contrôle d&rsquo;un média qui sent encore le soufre est palpable dans ces choix, et ne témoigne pas de l&rsquo;esprit d&rsquo;ouverture auquel il est généralement associé. Pourtant, le FN fait un effort visible pour prendre en compte la dimension mondiale d&rsquo;Internet, en proposant une version light de son site en anglais.</p>
<h3>Cyber-campagne</h3>
<p>Mais ce sont surtout les élections qui ont motivé les partis d&rsquo;extrême droite dans leur investissement sur Internet, d&rsquo;autant que les médias leur ont fait la tête pendant les années 2000 et 2001. Pourtant, le FN ne s&rsquo;est pas réveillé plus tôt que les autres partis politiques dans ce domaine : rien en 1997 en dehors des résultats obtenus, et il a fallu attendre les européennes de 1999 pour voir émerger un site dédié, avec liste des candidats, profession de foi sur l&rsquo;Europe, liens vers les «amis» européens, mais le tout est resté bien pauvre. Pour les municipales de 2001 en revanche, c&rsquo;est l&rsquo;explosion, et de nombreux candidats FN ont leur site perso, qui ne seront plus remis à jour pour la plupart des le lendemain des élections&#8230; Enfin, c&rsquo;est vraiment avec la perspective de l&rsquo;élection présidentielle de 2002 qu&rsquo;Internet est pensé comme «machine de guerre électorale» : Le Pen, officiellement candidat depuis septembre 1999 (!) ouvre son site très tôt, avec «lepen.tv» : en plus de sa biographie détaillée, Le Pen a eu la bonne idée d&rsquo;y placer les offres d&rsquo;emploi du FN, équivalent de la rubrique «Front anti-chômage» de National Hebdo, plutôt que de les mettre sur le site du parti, ce qui aurait été plus logique. De la même façon, dans la mesure du possible, les innovations sont d&rsquo;abord placées sur le site perso du président. Tout est fait pour éviter ce qui arrive généralement aux sites des candidats (cf. le site de Mégret, ouvert à la hâte en novembre dernier) : n&rsquo;être qu&rsquo;une coquille vide, pâle copie du site officiel. Mais pourtant, là encore manque l&rsquo;interactivité, qui pourrait avoir sa place dans le cadre d&rsquo;une campagne : pas de cybersondage, pas de cybervote, pas de jeux, pas de forums de discussion thématiques (comme sur le site de Démocratie libérale), rien qui puisse donner l&rsquo;impression à l&rsquo;internaute de ne pas être qu&rsquo;un simple bulletin de vote.<br />
Ainsi, malgré tous les beaux discours sur la «modernité», sur «l&rsquo;ouverture aux nouvelles technologies», les partis d&rsquo;extrême droite, restant en cela fidèles à leurs principes, continuent à se méfier un peu d&rsquo;un moyen de propagande qui ne soit pas à sens unique, et pour l&rsquo;heure, Internet est avant tout utilisé comme une vitrine par le FN comme par le MNR, et non comme un moyen de communication susceptible d&rsquo;instaurer un nouveau rapport avec leurs militants et leurs sympathisants.</p>
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		<title>Les pets &amp; la plume</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Nov 2004 14:08:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un mouvement ou un courant politique ne peut vivre sans communication. Et plus ce courant est marginal, plus celle-ci devient un impératif. Lénine, obsédé par les questions de tactique politique, avait bien identifié l'enjeu en considérant qu'avoir un organe de presse était le premier devoir du parti révolutionnaire. L'extrême droite n'échappe pas à cette règle, d'autant plus qu'elle est, à l'instar d'autres mouvements politiques marginaux (le nôtre par exemple !), globalement exclue des grands médias ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Un mouvement ou un courant politique ne peut vivre sans communication. Et plus ce courant est marginal, plus celle-ci devient un impératif. Lénine, obsédé par les questions de tactique politique, avait bien identifié l&rsquo;enjeu en considérant qu&rsquo;avoir un organe de presse était le premier devoir du parti révolutionnaire. L&rsquo;extrême droite n&rsquo;échappe pas à cette règle, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle est, à l&rsquo;instar d&rsquo;autres mouvements politiques marginaux (le nôtre par exemple !), globalement exclue des grands médias<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_0_201" id="identifier_0_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;importance de cette question est &eacute;vidente comme en t&eacute;moigne la conf&eacute;rence organis&eacute;e par la revue autrichienne d&rsquo;extr&ecirc;me droite Zur Zeit le 10 novembre dernier avec la cr&egrave;me de l&rsquo;extr&ecirc;me droite europ&eacute;enne et autour du th&egrave;me &laquo;Les m&eacute;dias &amp; les droites&raquo;.">1</a></sup>.</strong></p>
<p>Cet état de fait s&rsquo;est renforcé depuis la scission du FN fin 1998 et nous avons déjà eu l&rsquo;occasion de dénoncer cette situation qui nous paraît fort dangereuse. Nous allons donc essayer de dresser un panorama tout aussi rapide que non exhaustif du Paysage Communicant Fasciste (PCF) pour constater, si besoin en était, que l&rsquo;extrême droite n&rsquo;est pas morte et qu&rsquo;elle communique encore&#8230;<br />
De ce PCF, nous avons volontairement exclu les royalistes dans leurs différentes versions organisées, même si de nombreux militants nationalistes peuvent se définir comme maurrassiens, tout autant que les catholiques dans leur non moins très grande variété. Ce n&rsquo;est pas par manque d&rsquo;intérêt, et J.-Y. Camus et René Monzat en leur temps<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_1_201" id="identifier_1_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les droites nationales et radicales en France, PUL, 1992.">2</a></sup> s&rsquo;y sont essayés. Mais mis à part certains titres de presse que nous signalerons, cette communication fonctionne en circuit fermé, en particulier quand il s&rsquo;agit de la multitude de petits bulletins traditionalistes ou intégristes, schismatiques ou ralliés à Popaul II. Or c&rsquo;est la communication ouverte à la société (ou du moins celle qui fait vœu de l&rsquo;être) qui nous intéresse. De la même façon, mises à part quelques exceptions, nous n&rsquo;avons pas travaillé sur le fond c&rsquo;est-à-dire sur le discours porté par cette communication. Nous avons déjà eu l&rsquo;occasion de le faire, nous l&rsquo;aurons encore dans le futur. Nous allons donc nous attacher à la forme de cette communication et ce en trois volets : la presse et l&rsquo;édition, puis les lieux de diffusion et enfin le créneau de l&rsquo;identitaire.</p>
<h3>Ne pas prendre les canards du führer pour des enfants du Bon Dieu</h3>
<p>Il est souvent dit que la culture anarchiste est une culture de l&rsquo;écrit. Ce constat s&rsquo;applique parfaitement au courant nationaliste, même si cette communication écrite est particulièrement protéiforme. Elle s&rsquo;appuie sur un bloc dur de structures directement liées au mouvement militant. C&rsquo;est en particulier le cas de la presse<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_2_201" id="identifier_2_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il n&rsquo;est pas question de refaire l&rsquo;historique de ces titres et nous renverrons les lecteurs int&eacute;ress&eacute;s &agrave; des ouvrages traitant de ce point. &Agrave; titre de rappel, Rivarol a &eacute;t&eacute; fond&eacute; en 1951, Minute en 1962, Pr&eacute;sent en 1975 dans sa version mensuelle et 1982 en quotidien, National Hebdo en 1984.">3</a></sup> : <em>Minute</em>, <em>Présent</em>, <em>National Hebdo</em>, <em>Rivarol</em>. Il est globalement de bon ton d&rsquo;entendre les responsables de cette presse se plaindre : de l&rsquo;ostracisme de la «grande presse», des embûches de l&rsquo;État, des procès des «lobbies», des difficultés financières&#8230;</p>
<p>Or, force est de constater que cette presse nationaliste diffusée en kiosque ne se porte pas si mal que cela. Tout du moins qu&rsquo;elle ne se porte pas plus mal que toute autre presse politique, en particulier d&rsquo;extrême gauche, et même pas plus mal que la «grande presse» centriste si on tient compte du fait qu&rsquo;elle n&rsquo;a que fort peu accès aux recettes publicitaires. C&rsquo;est en effet toute la presse politique qui est en crise en France et les journaux nationalistes, hebdomadaires ou quotidiens, n&rsquo;échappent pas à la règle. Il n&rsquo;en reste pas moins vrai que le créneau est étroit et que toute nouvelle tentative de création est plus ou moins vouée à l&rsquo;échec. Ce fut particulièrement le cas du <em>Français</em>, quotidien lancé en octobre 1994 et dirigé par Philippe Colombani, transfuge de <em>Présent</em>. Ses initiateurs avaient pourtant des ambitions modestes : maquette claire, rubriques classiques, des articles au ton plus mesuré que ceux de <em>Minute</em> ou de <em>National Hebdo</em>, pas de reportages ni d&rsquo;enquêtes, aucune recherche du sensationnel. Officiellement, Colombani annonçait vouloir faire le quotidien d&rsquo;une «vaste force politique nationale et populaire», des «cinq millions de personnes, qui, à droite, ont refusé l&rsquo;esprit de système» en votant, lors du scrutin européen pour les listes Le Pen, Villiers et Goustat<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_3_201" id="identifier_3_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Candidat des chasseurs cette ann&eacute;e-l&agrave;.">4</a></sup>. Or s&rsquo;il se plaçait incontestablement à droite du <em>Figaro</em>, <em>Le Français</em> n&rsquo;a pas donné de signes tangibles de sa volonté de rassemblement. L&rsquo;équipe du journal était proche du Front national et plusieurs rédacteurs venaient du mensuel <em>Le Choc du Mois</em>. La société éditrice, Carnix<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_4_201" id="identifier_4_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce nom a refait surface au moment de la scission du FN, puis cette structure a &eacute;t&eacute; accus&eacute;e par Le Pen d&rsquo;&ecirc;tre une des bases du complot m&eacute;gretiste.">5</a></sup>, était une SA au capital de 1 500 000 francs où on trouvait des actionnaires proches de la Nouvelle Droite (ND) et de Bruno Mégret. Les préoccupations politiques et culturelles du journal faisaient écho, sans ostentation, à celles de la ND. C&rsquo;était net en matière de géopolitique avec de nombreux articles opposant Europe et Occident ou présentant les pays arabes comme des alliés incontournables de l&rsquo;Europe. Mais on y trouvait également des entretiens avec Jean Mabire, Michel Marmin ou Dominique Venner. Le problème était sans doute là, à savoir que <em>Le Français</em>, en étant un instrument de communication et d&rsquo;influence aux mains d&rsquo;une équipe liée à Bruno Mégret, s&rsquo;est coupé l&rsquo;herbe sous le pied. Jean-Marie Le Pen a tenu à préciser dès le début qu&rsquo;il n&rsquo;était en rien engagé dans cette aventure et <em>Présent</em> a réagi très négativement au lancement d&rsquo;un autre quotidien sur le créneau très étroit du lectorat lepéniste. En moins de deux ans, <em>Le Français</em> disparaissait des kiosques.</p>
<p>On a pu encore une fois vérifier le rôle indirect du FN dans la presse nationaliste avec les conséquences de la crise de 1998. Sentant le danger d&rsquo;être entraînés dans une guerre de clans commercialement suicidaire, les différents journaux ont essayé de se tenir au-dessus de la mêlée. Le moins que l&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est qu&rsquo;ils n&rsquo;y sont pas parvenus, Le Pen ne leur en laissant pas la possibilité. 1999 a ainsi été une annus horribilis : <em>National Hebdo</em> a connu une hémorragie de lecteurs et de rédacteurs, en particulier son rédacteur en chef Martin Peltier, passé aux mégretistes. <em>Présent</em> est passé à 4 pages et a licencié du personnel, la diffusion en kiosque semblant être tombée de 3000 à 1200 exemplaires et les abonnés de 7000 à 4000 environ. Le besoin de liquidités (environ un million de francs !) l&rsquo;a amené à vendre un immeuble de sa filiale Difralivre pour regonfler son capital. L&rsquo;hostilité du FN s&rsquo;est en effet traduite par des gestes de malveillance comme la consigne transmise aux militants de se désabonner, le refus de louer un stand aux BBR<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_5_201" id="identifier_5_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Bleu-Blanc-Rouge : f&ecirc;te annuelle du FN.">6</a></sup> 99 ou même l&rsquo;édition d&rsquo;un pastiche intitulé <em>Pesant</em> par l&rsquo;équipe du journal <em>Béret Baguette</em>. Le quotidien n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs toujours pas cité comme «presse amie» par le FN. <em>Minute</em>, appartenant au vieux routier nationaliste Gérard Penciolleli depuis 1993, a quant à lui carrément déposé le bilan en avril 1999. Même si cette situation n&rsquo;est pas directement imputable à la crise du FN, celle-ci n&rsquo;a évidemment rien amélioré. Cette liquidation judiciaire fut l&rsquo;occasion pour une partie de la rédaction de laver son linge sale en public par le biais d&rsquo;un pastiche de quatre pages, <em>Un Faux Minute</em>, dans lequel étaient dévoilées les frasques politico-financières de Penciolleli et ses liens avec les Renseignements généraux. L&rsquo;équipe attaquait également Nicolas Miguet, escroc notoire qui sans attendre la décision du tribunal de commerce avait essayé de faire main basse sur le titre. Cela n&rsquo;a pas empêché le tribunal de désigner Catherine Barnay comme repreneur, malgré ses liens connus avec Penciolleli et un passé de militante néo-fasciste particulièrement chargé. L&rsquo;hebdomadaire vivote donc de nouveau depuis janvier 2000, d&rsquo;abord sur abonnement et à présent en kiosque. Le seul à avoir tiré son épingle du jeu est finalement <em>Rivarol</em>. Non seulement le vieil hebdomadaire a récupéré une partie du lectorat des autres titres, mais il apparaît de nouveau comme le porte-voix le plus radical de la droite nationaliste, ce qui n&rsquo;est pas usurpé&#8230; Le titre a de fait fêté ses 50 années d&rsquo;existence début 2001. Dans ce contexte, certains journalistes dont Martin Peltier et François Brigneau ont cru pouvoir essayer d&rsquo;atteindre la viabilité économique en remplaçant le papier par l&rsquo;électronique. Intitulé <em>Le Quotidien de France</em>, ce projet devait prendre la forme d&rsquo;un quotidien diffusé sur Internet par abonnement. Las ! Le montant prohibitif de cet abonnement, plus de 900 francs, n&rsquo;a convaincu que&#8230; neuf courageux lecteurs et après quelques semaines d&rsquo;activités en 2000, le projet a avorté.</p>
<p>Mais ce secteur de la presse de kiosque n&rsquo;est sans doute pas le principal support de la communication nationaliste. Car en matière d&rsquo;écrit, celle-ci est surtout portée par une myriade de bulletins et de revues, indépendantes ou militantes, pour lesquelles l&rsquo;abonnement est vital. On retiendra entre autres pour les principales <em>Le Libre Journal de la France Courtoise</em> de Serge de Beketch, <em>Jeune Nation</em> du groupe homonyme lyonnais, <em>Reconquête</em> de Chrétienté-Solidarité, <em>Jeune Résistance</em> et <em>Résistance !</em> d&rsquo;Unité Radicale (UR), <em>Le Chêne</em> du MNR, <em>Français d&rsquo;Abord</em> du FN, <em>Éléments</em><sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_6_201" id="identifier_6_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le r&eacute;dacteur en chef depuis le d&eacute;but des ann&eacute;es 1990, Charles Champetier, a &eacute;t&eacute; d&eacute;barqu&eacute; du GRECE en fin d&rsquo;ann&eacute;e derni&egrave;re. Faisant trop d&rsquo;ombre au gourou Alain de Benoist, il &eacute;tait in&eacute;vitable qu&rsquo;il soit &eacute;limin&eacute; comme bien d&rsquo;autres le furent avant lui.">7</a></sup> du GRECE<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_7_201" id="identifier_7_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Groupement de Recherches et d&rsquo;&Eacute;tudes sur la Civilisation Europ&eacute;enne, fond&eacute; en 1968 et longtemps principal repr&eacute;sentant de la Nouvelle Droite en France.">8</a></sup> auxquelles il faudrait rajouter tous les bulletins de moindre envergure comme <em>Fier de l&rsquo;être</em> (région parisienne), <em>L&rsquo;Épervier</em> (Châteauroux) ou les fanzines, boneheads en particulier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_8_201" id="identifier_8_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. REFLEXes n&deg;1 nouvelle s&eacute;rie.">9</a></sup>. Cette presse est souvent fragile et repose très largement sur l&rsquo;engagement humain et financier de ses rédacteurs. <em>Jeune Résistance</em> a ainsi connu depuis un an un gain qualitatif lié à l&rsquo;injection de fonds par ses concepteurs et quelques généreux donateurs.<br />
C&rsquo;est également le cas de la dernière sortie en date, <em>Relève politique</em>, lancée et animée par Christophe Dungelhoeff.</p>
<h3>Papier gâché</h3>
<p>Le deuxième gros secteur de la communication nationaliste est l&rsquo;édition. Celle-ci repose sur un nombre limité de structures, en général assez fragiles. Deux font exception : Faits &amp; Documents et Deterna. La première n&rsquo;est plus à présenter pour les lecteurs assidus de <em>REFLEXes</em>. Cette maison d&rsquo;édition a été créée et dirigée par Yann Moncomble jusqu&rsquo;à sa mort en 1990 et reprise par Emmanuel Ratier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_9_201" id="identifier_9_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. suppl&eacute;ment M&eacute;faits et Documents dans ce num&eacute;ro de REFLEXes.">10</a></sup>. Elle permet à ce dernier d&rsquo;approfondir ce qui constitue son fonds de commerce et qu&rsquo;il développe déjà dans sa lettre confidentielle homonyme : la dénonciation des Juifs et des francs-maçons. Indépendant, Ratier a relativement bien manœuvré lors de la crise du FN. Bien que touché lui aussi par une certaine désaffection du public et un taux de réabonnement en baisse, il a réussi à retrouver sa situation d&rsquo;avant la crise. Présent chaque année aux BBR, il a également retrouvé sa rubrique dans <em>National Hebdo</em> sous le pseudonyme de Michel Limier. La mort récente d&rsquo;Henri Coston (voir portrait ci-dessous) vient évidemment à point nommé pour consolider son monopole des «informations confidentielles». Il semblerait par ailleurs qu&rsquo;il ait réussi à placer deux de ses livres en traduction arabe en&#8230; Syrie. L&rsquo;éditeur est les Éditions DarTlass, obscure petite maison d&rsquo;édition si elle n&rsquo;appartenait au très antisémite général Tlass qui est ministre de la défense syrien et dont les liens avec l&rsquo;extrême droite (en particulier certains gudards) sont<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_10_201" id="identifier_10_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="anciens Cf. REFLEXes n&deg;51.">11</a></sup>. Les deux livres sont bien sûr consacrés au pouvoir occulte des organisations juives. Il s&rsquo;est également associé en 2000 aux directeurs de <em>National Hebdo</em> (Jean-Claude Varanne), du <em>Libre Journal de la France courtoise</em> (Serge de Beketch), de <em>Rivarol</em> (Camille Galic) et de <em>Monde &amp; Vie</em> (Claude Giraud) pour exiger que le gouvernement revienne sur sa décision d&rsquo;accorder une subvention de 15 millions de francs à <em>L&rsquo;Humanité</em> (et un effacement de la dette de 13 millions de francs). Les cinq directeurs réclament aussi le rétablissement de l&rsquo;aide de 700 000 francs à Présent, supprimée par Jack Lang depuis 1997.</p>
<p>L&rsquo;autre pôle est la maison Randa, dont le principal fleuron est Deterna. Né en 1960, Philippe-André Duquesne, alias Philippe Randa du nom de son père Peter Randa, est l&rsquo;un des piliers de l&rsquo;édition nationaliste comme auteur et comme éditeur. Cela fait en effet 20 ans qu&rsquo;il compense un talent médiocre par une activité débordante, parfois dans certaines maisons d&rsquo;édition commerciales comme les Presses de la Cité et la collection Fleuve Noir qui éditait déjà son père. Parmi une tripotée de romans SF et policiers dont il ne revendique plus vraiment la paternité pour certains<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_11_201" id="identifier_11_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="C&rsquo;est le cas de L&rsquo;assassin sentimental paru chez Fleuve Noir en 1987 qui est vraiment de la tr&egrave;s grande litt&eacute;rature.">12</a></sup>, ses fleurons restent <em>Poitiers demain</em> et <em>Apocalypse Yankee</em> qui imaginent des conflits sanglants dans lesquels les Européens finissent toujours par gagner. Doté d&rsquo;une morale simple, Randa présente la même simplicité politique. Interrogé en 1989 dans <em>Alternative</em><sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_12_201" id="identifier_12_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Titre repris &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980 par Roland Helie et qui &eacute;tait dans les ann&eacute;es 1970 celui du journal proche du GUD dans lequel dessinait Jack Marchal, inventeur des rats noirs du GUD.">13</a></sup> sur les raisons de la sortie le 20 avril de la même année de la réédition <em>d&rsquo;Apocalypse Yankee</em>, il déclarait : «Oh comme ça, pour le centenaire [d'Adolf Hitler, ndlr]». Après avoir animé l&rsquo;Æncre et le magazine «satirique» <em>Pas de panique à bord !</em> puis s&rsquo;être fâché avec Gilles Soulas, il a lancé les éditions Deterna qui lui permettent de diffuser tous les auteurs dont il est proche : Jean Mabire, Roland Gaucher, Philippe Gauthier, Jean-Paul Bourre, Jacques Borde alias Yag Bazhdid&#8230; et ses propres «œuvres». Il a également essayé de relancer une revue généraliste, <em>Dualpha</em>, dans laquelle on retrouve exactement les mêmes auteurs et dont l&rsquo;intérêt et le prix étaient tels qu&rsquo;elle s&rsquo;est arrêtée cet été pour devenir un site Internet.</p>
<p>Mais il existe une multitude d&rsquo;autres petites structures travaillant sur des créneaux étroits et donc fragiles. On peut citer les Éditions de L&rsquo;Homme Libre, animées par William Bonnefoy, qui, après une année 2000 sans publication, ont sorti quatre ouvrages dont l&rsquo;orientation est assez simple : racialiste, antisémite et nostalgique du nazisme. Malin comme un singe, le caractériel Bonnefoy a pris la peine de doter l&rsquo;un de ces livres, <em>Avant qu&rsquo;Hitler ne vienne</em> de Rudolf Von Sebottendorff, d&rsquo;un avertissement hilarant qui a beaucoup fait rire le petit milieu néo-nazi : «<em>Nous vivons en des temps malheureusement marqués par un retour des idées nauséabondes qui ont failli emporter l&rsquo;Europe au siècle dernier. Des esprits malfaisants [il parle de lui ! ndlr], issus du ventre fécond d&rsquo;où est déjà sortie la bête immonde, tentent à nouveau de nous faire croire aux bienfaits du nationalisme et des théories fumeuses sur l&rsquo;inégalité des races. Voilà pourquoi il est nécessaire de rappeler à des esprits ouverts comment ces théories ont vu le jour et quels contenus et idéologies répugnants les caractérisent. Le livre proposé contient, dans sa dimension criminelle et inhumaine un contenu pédagogique incontestable. L&rsquo;ignominie des théories proposées, l&rsquo;incohérence des raisonnements politiquement incorrects, leur caractère sinistre et aberrant frapperont tous les cerveaux normalement constitués et même les autres. [...] Félicitons-nous, alors que les nazis brûlaient les livres interdits par leur fanatisme politique que la démocratie soit suffisamment courageuse et forte pour tolérer la diffusion d&rsquo;un tel livre</em>.» Dans la même orientation, il y a également les éditions lyonnaises Irminsul créées par Lionel Bosserelle. Ce dernier est également le gérant d&rsquo;Irminsul Diffusion dont le nom commercial est la Librairie Lyonnaise et qui a été lancée en 1997 avec l&rsquo;aide de Denis de Bouteiller. La dernière publication d&rsquo;Irminsul est un album souvenir sur les Waffen SS écrit par Jean Mabire et vendu 1500 francs. Ce livre aurait dû être édité par les éditions des frères Prost, les Éditions Gergovie, si elles n&rsquo;avaient pas déposé le bilan en septembre 2000. Issus d&rsquo;une famille faf de faf, Grégory et Karl s&rsquo;étaient spécialisés dans la publication d&rsquo;anciens Waffen SS comme Louis Levast ou d&rsquo;anciens Malgré-Nous comme Roger Mouminou alias Guy Sajer alias Dimitri, l&rsquo;auteur de la BD <em>Le Goulag</em>. Bien qu&rsquo;ayant essayé de relancer l&rsquo;entreprise avec ce qui ressemble furieusement à un prête-nom, les deux frères ont jeté l&rsquo;éponge et ainsi confirmé la mauvaise réputation commerciale de la famille (en cas de faillite, les auteurs publiés peuvent s&rsquo;asseoir sur leurs droits d&rsquo;auteurs).</p>
<p>Toujours sur le même créneau, on trouve l&rsquo;association éditrice Les Amis de la Culture Européenne animée par Éric Fornal et fondée par Franck Petit, dont le fonds d&rsquo;édition est essentiellement composé des livres de l&rsquo;ancien Waffen SS Robert Dun et des romans d&rsquo;Éric Lhomme alias Erik Robert, qui tire son inspiration de la situation, bien réelle, du peuple Kalash, petit peuple d&rsquo;origine indo-européenne vivant dans le nord Pakistan. Plus généralistes, on peut citer les éditions Godefroy de Bouillon proches du FN et animées par Richard Haddad ou les éditions Rémi Perrin du nom de son propriétaire. Plus militantes, il existe les auto-éditions de Christophe Picard alias Henri de Fersan, qui s&rsquo;est spécialisé sur le «racisme anti-Français» et dont le dernier livre est largement inspiré, à la limite du plagiat, des écrits d&rsquo;Emmanuel Ratier. Enfin le FN et le MNR se sont chacun dotés d&rsquo;une maison d&rsquo;édition. Le FN d&rsquo;avant la scission pouvait en effet compter sur les Éditions nationales mais celles-ci sont passées dans le camp des «félons». Quatre de ses jeunes cadres, Philippe Rouger, Thomas Lagane, Louis Alliot et Guillaume Vouzellaud, ont donc lancé une SARL de presse, les éditions Objectif France, qui diffusent la littérature FN, comme Crime contre le FN par exemple, petit ouvrage antimégretiste écrit par Xavier Cheneseau alias François Delancourt. De son côté le MNR n&rsquo;est pas demeuré en reste et s&rsquo;est doté des éditions Cité-Liberté, nom commercial de la SARL Publi-Sites.</p>
<p>Mais le tableau de la communication nationaliste ne serait pas complet si on n&rsquo;évoquait pas d&rsquo;autres outils comme Radio Courtoisie dont la présentation n&rsquo;est plus à faire, les conférences diverses et variées dont la majeure partie se fait à Paris à la Société d&rsquo;Encouragement à l&rsquo;Industrie Nationale (SEIN), les tracts et autocollants anonymes comme celui provenant de l&rsquo;équipe de l&rsquo;<em>Épervier</em> et dont nous avons déjà parlé dans <em>No Pasaran</em> (cf. ci-dessous) ou les multiples petites structures de communication comme Riwal de Frédéric Châtillon. Le même s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs doté d&rsquo;une autre structure, petite SARL de presse, Unité et Développement d&rsquo;une Vision Symphonique, fondée avec Thomas Lagane, Jildaz Mahé O&rsquo;Chinal et&#8230; Roger Garaudy ! Il est assez amusant de constater que les initiales de la SARL UDVS conviennent tout à fait à un autre sigle comme Union et Défense des Victimes du Sionisme par exemple&#8230; Union et Défense des Victimes du Sionisme qui était le sigle utilisé pour signer les «mystérieuses» grandes affiches apparues en région parisienne en 1996<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_13_201" id="identifier_13_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. REFLEXes n&deg;51">14</a></sup>. Mais tout ceci n&rsquo;est évidemment que pure coïncidence !</p>
<h3>Les «idiots utiles»</h3>
<p>Cependant, malgré toute cette richesse de publication, certains lecteurs ou lectrices pourraient nous objecter avec raison que cela ne touche que deux nazis trois rasés et que c&rsquo;est donc leur accorder beaucoup d&rsquo;importance. L&rsquo;objection est valable et a d&rsquo;ailleurs été moult fois prononcée. Aussi faut-il nous pencher sur les «idiots utiles». On sait que cette expression fut utilisée par Lénine (un tel mépris ne pouvait d&rsquo;ailleurs venir que de lui !) pour désigner les compagnons de route intellectuels du parti bolchevik puis communiste. Cette notion peut parfaitement s&rsquo;appliquer à un certain nombre de structures qui de façon plus ou moins volontaire servent la soupe aux auteurs nationalistes et donc à leurs idées. Quoi de mieux en effet pour sortir du ghetto que d&rsquo;utiliser des maisons d&rsquo;édition peu ou pas connotées ?</p>
<p>La principale à jouer ce rôle est depuis quelques années l&rsquo;Âge d&rsquo;Homme. C&rsquo;est à l&rsquo;origine une petite maison d&rsquo;édition suisse, fondée en 1966 par un dissident yougoslave ayant fui le régime communiste : Vladimir Dimitrijevic. Pendant 30 ans, l&rsquo;Âge d&rsquo;Homme a fait un énorme travail de diffusion de la littérature slave contemporaine, souvent méconnue du fait des dictatures communistes d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est. Puis l&rsquo;Âge d&rsquo;Homme dérive lentement à partir du début des années 1990 vers un soutien sans faille au nationalisme grand-serbe à la faveur de la guerre civile yougoslave et avec l&rsquo;objectif officiel de «rétablir la vérité». Longtemps proche des catholiques traditionalistes en France, Dimitrijevic se rapproche alors de tous ceux qui affichent leur soutien aux Serbes ou leur opposition à l&rsquo;Islam. Cette orientation se confirme lors du conflit au Kosovo et des bombardements massifs menés par l&rsquo;OTAN en Serbie. De fait, l&rsquo;Âge d&rsquo;Homme est à présent la principale maison d&rsquo;édition de la Nouvelle Droite française, en particulier de sa branche «greciste»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_14_201" id="identifier_14_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Du GRECE.">15</a></sup> (Alain de Benoist, Arnaud Guyot-Jeannin, Jean-Claude Albert-Weil, Eric Werner) mais également du courant païen emmené par le Belge Christopher Gerard, proche de la ND dans ses différentes versions (GRECE, Terre &amp; Peuple, Synergies européennes). Gerard est d&rsquo;ailleurs à présent directeur de collection au sein de l&rsquo;Âge d&rsquo;Homme. L&rsquo;antenne française de l&rsquo;éditeur attire enfin autour d&rsquo;elle des personnages fantasques comme Jean Parvulesco, ancien dissident roumain, longtemps proche du GRECE après avoir côtoyé l&rsquo;OAS dans les années 1960 et les milieux nationalistes-révolutionnaires dans les années 1970, ou encore Patrick Gofman, ancien de l&rsquo;OCI passé au nationalisme. Par ailleurs la librairie parisienne est devenue un diffuseur zélé d&rsquo;autres productions comme les livres de Guillaume Faye parus à l&rsquo;Æncre (voir portrait ci-dessous). L&rsquo;Âge d&rsquo;Homme contribue ainsi à banaliser un petit milieu qui profite de son caractère prestigieux pour toucher un public qui sinon lui échapperait. Le GRECE a en effet ses propres éditions, les éditions du Labyrinthe, mais leur aire d&rsquo;influence ne dépasse guère celle du GRECE, c&rsquo;est-à-dire de moins en moins de monde, et la technique du coucou est donc bien plus rentable pour peu que les auteurs aient un minimum de talent (comme c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le cas).</p>
<p>Autre tactique rentable : prendre carrément le contrôle d&rsquo;une structure existante d&rsquo;apparence neutre. C&rsquo;est ce qu&rsquo;a fait Philippe Randa avec les Éditions Didro. Celles-ci sont une petite structure fondée en 1994 qui édite des revues diffusées en kiosque, traitant essentiellement d&rsquo;Histoire. Composées de plusieurs titres de collection : <em>Boulevard du Crime</em>, <em>Visages de l&rsquo;Histoire</em>, <em>Aventures de l&rsquo;Histoire</em>, <em>Le Journal de l&rsquo;Insolite</em> et <em>Dossiers secrets de l&rsquo;Histoire</em> (ces derniers sont dirigés par le Français d&rsquo;origine tunisienne Philippe Aziz, ami de Philippe Randa), les publications gérées par Jacky Perroy permettent à Randa de placer ses écrits et ses amis. <em>Boulevard du Crime</em> est en effet constituée chaque mois par les romans policiers de l&rsquo;auteur Philippe Randa et de son père, ce qui en fait un produit très bon marché pour le rédacteur en chef Philippe Randa. Dans <em>Visages de l&rsquo;Histoire</em> et le <em>Journal de l&rsquo;Insolite</em>, on retrouve des signatures connues du petit monde «randanien» déjà entrevues précédemment : Jean-Paul Bourre, Henri de Fersan, Guillaume Faye, David Gattegno, Bruno Favrit, Micheline de Peyrebonne, Nicolas Gauthier, Jean-Jacques Matringhem, Christian Bouchet entre autres. Ces monuments de sous-littérature ne servent pas forcément en soi à diffuser des idées même si ces auteurs mettent un malin plaisir à tout placer sur le même plan en ce qui concerne la deuxième guerre mondiale ou si «l&rsquo;insolite» surfe sur un certain racolage, quitte à inventer certaines informations. En revanche, ces collections ont un but alimentaire indéniable et y parviennent car le créneau historique en kiosque se porte assez bien. Sans rouler sur l&rsquo;or, les éditions Didro sont bénéficiaires et complètent leur chiffre d&rsquo;affaire par de la VPC dans laquelle on retrouve les ouvrages publiés par les éditions Deterna et Dualpha. On n&rsquo;est jamais aussi bien servi que par soi-même !</p>
<p>Dernier moyen pour se faire connaître : publier une collection grand public assez anodine pour entrer dans les circuits de diffusion tout en véhiculant une vision du monde spécifique. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ont fait les éditions Pardès avec la collection B.A.-BA. Fondée en 1982 par Georges Gondinet, cette maison d&rsquo;édition occupe le créneau assez étroit de la pensée traditionnelle sous tous ses aspects : politique, ésotérique, philosophique, sexuelle&#8230; Même si certains auteurs comme Julius Evola ont un succès qui ne se dément pas chez une fraction du public nationaliste, il est certain que ce type de littérature n&rsquo;est pas susceptible de toucher les masses. Pardès a donc eu l&rsquo;idée de génie de sortir une collection de vulgarisation, à un prix modéré et avec une présentation attrayante tant dans la maquette que dans l&rsquo;iconographie. Cela a donné la collection B.A.-BA : il s&rsquo;agit d&rsquo;une soixantaine de titres qu&rsquo;on peut trouver n&rsquo;importe où et en particulier dans les FNAC. Les thèmes sont tout aussi variés que les auteurs : <em>Les Fées</em>, <em>Les Lutins</em>,<em> La Diététique</em>, <em>Les Templiers</em>, <em>Le Yi King</em>, <em>Les Indo-Européens</em>, etc. Si un certain nombre d&rsquo;auteurs n&rsquo;ont jamais fait parler d&rsquo;eux, on retrouve plusieurs signatures connues pour leur engagement militant dans les sphères nationalistes ou néo-fascistes: Christian Bouchet, Bernard Marillier (militant d&rsquo;UR), Jean-Paul Bourre, David Gattegno, les époux d&rsquo;Apremont<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_15_201" id="identifier_15_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf REFLEXes n&deg;51">16</a></sup>, Thierry Jolif, Jean-Paul Ronecker, etc. Au-delà d&rsquo;une certaine neutralité affichée, ces synthèses de qualité inégale diffusent une vision du monde qui ne se caractérise pas par un amour immodéré de l&rsquo;égalité sociale ou de la démocratie libérale. Comme en plus la collection marche bien, c&rsquo;est tout bénéfice pour ces auteurs. La même description pourrait être faite avec les éditions normandes Heimdal, présentes par le passé aux BBR et qui élargissent leur créneau militaria par deux publications diffusées en kiosque : <em>39-45 magazine</em> et <em>Moyen-Age</em>.</p>
<p>Mais un panorama des «idiots utiles» ne saurait prétendre être un tant soit peu complet si on n&rsquo;y ajoutait toutes ces petites maisons d&rsquo;édition droitières qui publient à intervalles plus ou moins réguliers des auteurs nationalistes militants : les éditions Grancher chez qui on retrouve Jean Mabire, Dominique Venner, Thierry Bouzard ou Jean-Paul Ronecker ; les éditions Jean Curutchet, très «Algérie Française» ; Jean Picollec Éditeur chez qui on retrouve Roland Gaucher, Philippe Randa ou des personnages plus flous comme Roland Jacquard ; Guy Trédaniel Éditeur sur le créneau ésotérico-païen ; les éditions des Scyrtes enfin, fondées par le fils de Dominique de Roux et qui ont contribué à lancer Alexandre Del Valle (voir portrait ci-dessous). Enfin on pourrait ajouter à ces éditeurs tous les auteurs qui, à l&rsquo;instar de Gérard de Villiers (le père de SAS) ou Xavier Raufer, véhiculent des thématiques servant objectivement l&rsquo;extrême droite. Toutes ces structures suppléent donc au principal handicap de la communication nationaliste qui est la faible visibilité extérieure au milieu militant et sympathisant.</p>
<p>Mais on ne saurait finir sans faire une remarque évidente : quid de l&rsquo;audiovisuel ? Il sautera en effet aux yeux du lecteur que nous n&rsquo;avons évoqué comme vecteurs de communication que les supports écrits. Cela s&rsquo;explique par le fait qu&rsquo;il faut bien constater que l&rsquo;extrême droite est globalement exclue de toute intervention autre qu&rsquo;écrite. Aussi peut-on s&rsquo;interroger sur le rôle de personnages comme Michel Houellebecq ou Bertrand Burgalat. Il n&rsquo;est pas question ici d&rsquo;affirmer que ces deux personnages sont des militants nationalistes puisque ce n&rsquo;est pas le cas. Mais on peut rappeler un certain nombre d&rsquo;éléments troublants. Il est connu que Bertrand Burgalat a été dans les années 1980 un cadre dirigeant du MNR de Jean-Gilles Malliarakis puis de Troisième Voie lorsque le MNR s&rsquo;est agrégé au GUD. Il en a été le représentant à Assas et s&rsquo;occupait de la presse du mouvement. Christophe Bourseiller dressait de lui en 1989 ce portrait complaisant<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-pets-la-plume/#footnote_16_201" id="identifier_16_201" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La mouvance n&eacute;ofasciste semble bien l&rsquo;avoir compris et multiplie les articles de soutien, comme dans le dernier Terre &amp; Peuple. Par ailleurs le MNR s&rsquo;est d&eacute;solidaris&eacute; de la d&eacute;marche de l&rsquo;association Promouvoir qui a attaqu&eacute; Houellebecq en justice pour obsc&eacute;nit&eacute;.">17</a></sup> : <em>«“Je ne suis pas quelqu&rsquo;un de droite et je ne me suis jamais considéré comme quelqu&rsquo;un de droite”. Venant d&rsquo;un des responsables du mouvement Troisième Voie, ces paroles ont quelque chose de surprenant. Mais celui qui les prononce est sans doute l&rsquo;un des plus brillants militants d&rsquo;extrême droite jusqu&rsquo;ici rencontrés. Allons bon ! Bertrand est d&rsquo;extrême droite mais pas de droite. Il appartient à un courant politique en plein développement [on reconnaît là la qualité d'analyse de Bourseiller ! ndlr] qu&rsquo;on pourrait appeler “nationaliste-révolutionnaire de gauche”. Âgé de 25 ans, Bertrand a toutes les caractéristiques du “branché”. Élégant, cultivé, il connaît par cœur les moindres raffinements du rock alternatif et tous les lieux nocturnes de la capitale. Le contraire du fasciste de base. Il habite chez ses parents, dans un gigantesque appartement bourgeois du XVIIe arrdt de Paris. [...] Cet ancien écologiste a rejoint le MNR en 1982. Mais aujourd&rsquo;hui Bertrand milite moins. Il mène une carrière professionnelle dans les milieux du rock</em>.» Burgalat semble en effet avoir abandonné toute activité politique au début des années 1990 et a reconnu son engagement lors d&rsquo;une interview des Inrockuptibles, en considérant que c&rsquo;était une erreur de jeunesse. Il s&rsquo;est reconverti dans l&rsquo;easy listening et son label Tricatel marche du feu de Dieu. Soit. Nous ne pouvons malgré tout nous empêcher d&rsquo;être sceptiques devant cet abandon total de convictions et nous ne serions pas surpris si un jour on apprenait que Burgalat est toujours sympathisant NR et qu&rsquo;il aide financièrement ses anciens amis&#8230; Surtout lorsque c&rsquo;est vers lui que Michel Houellebecq se tourne lorsqu&rsquo;il veut pousser la chansonnette. Houellebecq qui exècre le monde arabe et l&rsquo;Islam et peut être considéré par ses provocations comme l&rsquo;un de ceux qui actuellement fait le plus pour banaliser des points de vue racistes rebaptisés abusivement «politiquement incorrects». Ce n&rsquo;est donc pas pratiquer l&rsquo;amalgame que d&rsquo;exprimer toute notre perplexité face à ces deux personnages qui ont sans doute bien plus en commun que leur simple activité d&rsquo;artistes. Un rôle d&rsquo;idiots utiles par exemple ?</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_201" class="footnote">L&rsquo;importance de cette question est évidente comme en témoigne la conférence organisée par la revue autrichienne d&rsquo;extrême droite <em>Zur Zeit</em> le 10 novembre dernier avec la crème de l&rsquo;extrême droite européenne et autour du thème «Les médias &amp; les droites».</li><li id="footnote_1_201" class="footnote"><em>Les droites nationales et radicales en France</em>, PUL, 1992.</li><li id="footnote_2_201" class="footnote">Il n&rsquo;est pas question de refaire l&rsquo;historique de ces titres et nous renverrons les lecteurs intéressés à des ouvrages traitant de ce point. À titre de rappel, <em>Rivarol</em> a été fondé en 1951, <em>Minute</em> en 1962, <em>Présent</em> en 1975 dans sa version mensuelle et 1982 en quotidien, <em>National Hebdo</em> en 1984.</li><li id="footnote_3_201" class="footnote">Candidat des chasseurs cette année-là.</li><li id="footnote_4_201" class="footnote">Ce nom a refait surface au moment de la scission du FN, puis cette structure a été accusée par Le Pen d&rsquo;être une des bases du complot mégretiste.</li><li id="footnote_5_201" class="footnote">Bleu-Blanc-Rouge : fête annuelle du FN.</li><li id="footnote_6_201" class="footnote">Le rédacteur en chef depuis le début des années 1990, Charles Champetier, a été débarqué du GRECE en fin d&rsquo;année dernière. Faisant trop d&rsquo;ombre au gourou Alain de Benoist, il était inévitable qu&rsquo;il soit éliminé comme bien d&rsquo;autres le furent avant lui.</li><li id="footnote_7_201" class="footnote">Groupement de Recherches et d&rsquo;Études sur la Civilisation Européenne, fondé en 1968 et longtemps principal représentant de la Nouvelle Droite en France.</li><li id="footnote_8_201" class="footnote">Cf. <em>REFLEXes</em> n°1 nouvelle série.</li><li id="footnote_9_201" class="footnote">Cf. supplément <em>Méfaits et Documents</em> dans ce numéro de REFLEXes.</li><li id="footnote_10_201" class="footnote">anciens Cf. <em>REFLEXes</em> n°51.</li><li id="footnote_11_201" class="footnote">C&rsquo;est le cas de <em>L&rsquo;assassin sentimental</em> paru chez Fleuve Noir en 1987 qui est vraiment de la très grande littérature.</li><li id="footnote_12_201" class="footnote">Titre repris à la fin des années 1980 par Roland Helie et qui était dans les années 1970 celui du journal proche du GUD dans lequel dessinait Jack Marchal, inventeur des rats noirs du GUD.</li><li id="footnote_13_201" class="footnote">Cf. <em>REFLEXes</em> n°51</li><li id="footnote_14_201" class="footnote">Du GRECE.</li><li id="footnote_15_201" class="footnote">Cf <em>REFLEXes</em> n°51</li><li id="footnote_16_201" class="footnote">La mouvance néofasciste semble bien l&rsquo;avoir compris et multiplie les articles de soutien, comme dans le dernier <em>Terre &amp; Peuple</em>. Par ailleurs le MNR s&rsquo;est désolidarisé de la démarche de l&rsquo;association Promouvoir qui a attaqué Houellebecq en justice pour obscénité.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>« Combien de marins, combien de capitaines… »</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Jan 2004 12:15:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Bruno Mégret]]></category>
		<category><![CDATA[Damien Bariller]]></category>
		<category><![CDATA[In Memoriam]]></category>
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		<category><![CDATA[Mouvement National Républicain (MNR)]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Schleiter]]></category>
		<category><![CDATA[Terre et Peuple (T&P)]]></category>

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		<description><![CDATA[C'est maintenant un fait incontournable : le rafiot MNR est définitivement naufragé. Il n'est pas question pour nous de jouer l'habituel couplet du « on l'avait bien dit ! », rien ne serait plus faux. Il n'était en effet nullement certain que la tentative échoue, même si elle avait du plomb dans l'aile, et ce jusqu'aux dernières élections législatives. Ayant déjà fait un petit historique du FN – Mouvement national devenu MNR dans le dernier REFLEXes Hors Série de juin 2002, nous nous intéresserons surtout ici aux élections et à leurs conséquences.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est maintenant un fait incontournable : le rafiot MNR est définitivement naufragé. Il n&rsquo;est pas question pour nous de jouer l&rsquo;habituel couplet du « on l&rsquo;avait bien dit ! », rien ne serait plus faux. Il n&rsquo;était en effet nullement certain que la tentative échoue, même si elle avait du plomb dans l&rsquo;aile, et ce jusqu&rsquo;aux dernières élections législatives. Ayant déjà fait un petit historique du FN – Mouvement national devenu MNR dans le dernier R<em>EFLEXes</em> Hors Série de juin 2002, nous nous intéresserons surtout ici aux élections et à leurs conséquences.</p>
<p>CHASSEURS DE PRIME</p>
<p>Les dernières élections législatives auront été pleines d&rsquo;enseignements. Nous ne reviendrons pas sur une analyse globale des résultats qui a été bien faite par la grande presse, mais sur certains aspects très intéressants…</p>
<p><strong>Le premier point</strong> est sans doute que ces élections ont totalement démonté le mythe de « l&rsquo;enracinement » des candidats d&rsquo;extrême droite. Les élections législatives ont été marquées par un recul général de tous les candidats estampillés protestataires, de l&rsquo;extrême gauche à l&rsquo;extrême droite. Dans ce dernier courant, le Front national en particulier a subi une perte de voix très importante par rapport à l&rsquo;élection présidentielle. Les législatives montrent que le noyau dur de l&rsquo;électorat nationaliste s&rsquo;établit entre 10 et 12%. Or ce noyau qui se caractérise par de solides convictions n&rsquo;a cure de l&rsquo;enracinement ou pas des candidats supposés le représenter. Cela vaut pour tous les partis nationalistes mais s&rsquo;est révélé particulièrement fatal pour le MNR. En effet celui-ci avait tout misé sur cette caractéristique de ses candidats pour rattraper son déficit de notoriété face au FN. Cela faisait des années que certains cadres labouraient le terrain, ce travail ne pouvait être que payant ! Las ! pour Bruno Mégret et les siens, cela n&rsquo;a été absolument pas le cas et certains chiffres sélectionnés parmi les quelques 150 candidats MNR ayant déjà été candidats pour le FN sont cruels :</p>
<p>Philippe Schleiter, candidat FN aux législatives 1997 dans la 18e circonscription de Paris (3871 voix, 12,68 %).</p>
<p>Ce cadre très actif n&rsquo;a cessé de se dépenser pour la structure mégretiste dans les Yvelines. Il a été en particulier poursuivi par le passé pour incitation à la haine raciale pour des propos dénonçant une subvention accordée à la mosquée d&rsquo;Élancourt par le maire RPR et relaxé en première instance à l&rsquo;automne 2000. Résultat : candidat MNR aux législatives 2002 dans la 8e circonscription des Yvelines, il a recueilli 449 voix, soit 1,20 % des suffrages.</p>
<p>Damien Bariller</p>
<p>Adhérent depuis 1987, cet éminent représentant de la « génération Mégret » est implanté depuis longtemps dans la région d&rsquo;Aix-en-Provence. Responsable FNJ sur Aix dès 1988, il entre au comité central du FN dès 1990. Conseiller régional PACA dès 1992, conseiller municipal d&rsquo;Aix, il a été candidat FN aux législatives 1997 dans la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône où il a obtenu 15 818 voix, soit 24,31 % des suffrages. Candidat en juin pour le MNR dans la 10e circonscription des Bouches-du-Rhône, il n&rsquo;a obtenu que 2656 voix, soit 3,67 % des suffrages.</p>
<p>Jean-Yves Le Gallou</p>
<p>Implanté depuis deux décennies dans les Hauts-de-Seine, le délégué général du MNR était candidat FN aux législatives 1997 dans la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine. Résultat : 7200 voix, soit 21,21 % des suffrages. Aux législatives 2002, toujours dans la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine, il est tombé à 1196 voix, soit 4,08 %.</p>
<p>Franck Timmermans</p>
<p>Adhérent depuis 1972 au FN, l&rsquo;ancien secrétaire général avait obtenu 7981 voix, soit 22,05% des suffrages aux législatives 1997 dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis. Conseiller régional d&rsquo;Ile-de-France, il est une figure politique de Seine-Saint-Denis. Résultat aux législatives 2002 dans la 5e circonscription de Seine-Saint-Denis : 406 voix, 1,49 % des suffrages.</p>
<p>Alain de Peretti</p>
<p>Ce cadre bordelais du MNR et conseiller régional d&rsquo;Aquitaine a participé à quasiment toutes les élections de la décennie 1990 comme candidat FN : aux législatives de 1993 dans la 9e circonscription de la Gironde (6286 voix, 10,68 % des suffrages) ; aux législatives de juin 1997 dans la 9e circonscription de la Gironde (7945 voix, 13,14 % des suffrages). Bilan des courses aux législatives de juin 2002 dans la 9e circonscription de la Gironde : 1385 voix, 2,24 % des suffrages.</p>
<p>Michel Bischoff</p>
<p>Ce cadre a été de toutes les élections depuis 20 ans dans la 5e circonscription du Val d&rsquo;Oise sous l&rsquo;étiquette FN : aux législatives de 1988 (16,42 %, 6314 voix), à celles de 1993 (19,3 %, 7305 voix) puis de 1997 (6971 voix, 18,62 %). Candidat MNR aux législatives 2002 toujours dans la même circonscription du Val-d&rsquo;Oise, il a obtenu 227 voix, soit 0,68 % des suffrages !</p>
<p>Ces quelques exemples ont été choisis au hasard. Pour être exhaustif, ce sont <strong>tous</strong> les candidats du MNR passés par le FN qu&rsquo;il aurait fallu citer ! Bruno Mégret lui-même passe dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône de 22 353 voix, soit 35,45 % des suffrages en 1997 à 11 412 voix et 18,58 % des suffrages aux législatives 2002 toujours dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône. Seul réconfort pour le MNR : il n&rsquo;est pas le seul à avoir connu cette déroute. Elle a concerné tous les autres groupes, en particulier régionalistes. En Bretagne, aucun candidat du MRB ne dépasse 1% des suffrages. En Alsace, malgré l&rsquo;ancienneté de leur présence sur le terrain, tous les proches de Robert Spieler et du Mouvement régionaliste alsacien tournent à environ 2% des suffrages. Que peut-on en déduire ? Tout simplement que « l&rsquo;enracinement » d&rsquo;un candidat nationaliste n&rsquo;est important que pour lui-même, tout comme peuvent l&rsquo;être ses prises de position. L&rsquo;électorat tenté par la protestation nationaliste ne connaît qu&rsquo;un sigle et qu&rsquo;un nom : Front national et Le Pen. Les urnes ont ainsi rétabli une position hégémonique et incontournable qui était celle du FN depuis 1995 et que la scission de janvier 1999 semblait avoir remise en cause. Cette situation est évidemment lourde de conséquences pour l&rsquo;avenir et le FN est de nouveau en mesure de jouer le rôle de pivot du mouvement national et de la droite radicale en France.</p>
<p><strong>Le deuxième enseignement</strong> à tirer de ces élections confirme que les formations nationalistes, malgré leurs déclarations rituelles de probité, n&rsquo;hésitent pas à voler l&rsquo;argent publique au même titre que les autres. La démonstration en a été faite avec la liste Droit de Chasse. Lancé en mai 2001, le mouvement est resté plus que discret jusqu&rsquo;aux élections législatives. Mais très rapidement des rumeurs ont couru, selon lesquelles Droit de Chasse n&rsquo;était qu&rsquo;un sous-marin du MNR pour récupérer des fonds publics grâce au remboursement des frais de campagne, conditionné par le nombre de voix obtenues. Son principal dirigeant, Franck Vidal, s&rsquo;est alors répandu dans la presse, en menaçant ceux qui colportaient de telles informations d&rsquo;un procès en diffamation<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/combien-de-marins-combien-de-capitaines/#footnote_0_187" id="identifier_0_187" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="A notre connaissance, il n&rsquo;y eu aucun proc&egrave;s et en tout cas pas contre Lectures fran&ccedil;aises, mensuel nationaliste fond&eacute; par feu Henri Coston et qui dans son num&eacute;ro d&rsquo;&eacute;t&eacute; qualifie Franck Vidal de &laquo; proche personnellement du MNR de Bruno M&eacute;gret &raquo;.">1</a></sup>. Mais une connaissance correcte du MNR et de ses militants suffit à balayer ces vitupérations. Oui, Droit de Chasse a bien été un sous-marin du MNR pour récolter indûment de l&rsquo;argent public et certains de ses membres ou candidats en témoignent :</p>
<p>• Roland Malfait, son responsable local dans le Nord, a été candidat MNR à une cantonale partielle à Rouvroy en novembre 2001 ;</p>
<p>• Bruno Cahour, candidat dans la 8e circonscription de la Gironde, a obtenu un stage à la mairie de Vitrolles en août 2002, stagiarisation ouvrant la voie à un CDI. Sa femme a été également candidate dans la 5e de la Gironde pour Droit de Chasse ;</p>
<p>• Marie-Jeanne d&rsquo;Ambrosio a été candidate dans la 5e circonscription de l&rsquo;Hérault tandis que son mari, condamné en 1998 pour l&rsquo;assassinat d&rsquo;Ibrahim Ali à Marseille, obtenait lui aussi un stage à Vitrolles en août dernier.</p>
<p>• Marie Bégué, candidate dans la 1e circonscription du Gers est liée à Claude Bégué, militant MNR des Pyrénées-Atlantiques et candidat aux dernières législatives dans ce département ;</p>
<p>• Ludovic Durin, candidat dans la 6e circonscription de Gironde, est pour sa part lié à Léon-Pierre Durin, cadre influent et activiste du MNR en Dordogne, organisateur des Universités d&rsquo;été du MNR à Bergerac ;</p>
<p>• Stéphane de Pachtère, candidat dans la 1ère circonscription de Lozère est pour sa part lié à Georges et Christiane de Pachtère, militants MNR et candidats dans les Pyrénées-Atlantiques. Sa femme Valérie était elle aussi candidate Droit de Chasse en Lozère ;</p>
<p>Etc, etc.</p>
<p>Mais la cerise sur le gâteau est bien sûr de retrouver sous l&rsquo;étiquette Droit de Chasse une partie du groupe In Memoriam ! ! ! En l&rsquo;occurrence Xavier Schleiter et Julien Beuzard, respectivement chanteur et guitariste du groupe et candidats dans la 14e circonscription du Nord et dans la 4e du Pas-de-Calais. Si nous savions que ces deux musiciens dans l&rsquo;âme étaient militants du MNR, nous ne connaissions pas leur intérêt pour les choses de la nature, tout à fait louable pour ces deux Parisiens plus habitués aux chemises Ben Sherman et autres Fred Perry qu&rsquo;à l&rsquo;humidité rugueuse de la veste de chasse… Trêve de plaisanterie ! L&rsquo;opération Droit de Chasse montre une fois de plus que les mouvements nationalistes sont prêts à tous les montages possibles et imaginables dès lors que de l&rsquo;argent est en jeu. Mais après tout, notre cher président « antifasciste » a montré l&rsquo;exemple par le passé. Le MNR était donc logique avec lui-même dans sa démarche chiracophile.</p>
<p><strong>Le troisième et dernier enseignement</strong> est que les militants nationalistes ont, à l&rsquo;instar des citoyens français, la mémoire courte. L&rsquo;échec du MNR était en effet relativement prévisible si on gardait en mémoire l&rsquo;expérience de l&rsquo;Alliance populaire devenue Parti National Républicain (PNR). Cette scission du FN du début des années 1990 fit en effet aux législatives de 1997, sur la même démarche et les mêmes thèmes que le MNR, des scores similaires à ceux qu&rsquo;ont fait les candidats mégretistes en juin de cette année. Or il ne semble à aucun moment que cette expérience passée n&rsquo;ait été évoquée par les dirigeants du MNR. On peut supposer que l&rsquo;expérience du MNR plongera aussi rapidement dans l&rsquo;oubli…</p>
<p>L&rsquo;ETE MEURTRIER</p>
<p>Malgré les tours de passe-passe financiers, ces élections ont donc bien marqué le début de la fin pour la petite entreprise mégretiste. Comment cela peut-il s&rsquo;expliquer ? Avant tout par un vice de fabrication originel. Les mégretistes ont lancé le processus de scission fin décembre 1998-début janvier 1999 sur la conviction que le FN lepéniste était au bout du rouleau et qu&rsquo;il suffisait de prendre l&rsquo;appareil d&rsquo;assaut pour le prendre tout court. Cette stratégie initiale ayant échoué, ils ont cru qu&rsquo;ils pouvaient vider le FN de sa substance et que la clique Le Pen se retrouverait ainsi toute seule. Là aussi, échec sur toute la ligne. D&rsquo;où le lancement du MNR à l&rsquo;automne 1999 et l&rsquo;installation dans une épreuve de force de longue durée, une guerre d&rsquo;usure finalement. Mais pour que celle-ci réussisse, il aurait fallu que Jean-Marie Le Pen finisse par sortir du champ politique et que les dirigeants MNR aient un sens aigu de la stratégie politique. Las ! La première éventualité n&rsquo;a pas eu lieu et on sait maintenant que la deuxième non plus…</p>
<p>En trois ans d&rsquo;existence, la direction du MNR et Bruno Mégret en premier lieu ont en effet montré une étonnante incapacité à réellement analyser les évolutions politiques et à en tirer les conséquences. Cela pouvait se voir tout d&rsquo;abord dans le discours politique. Le MNR était le point de rencontre de multiples orientations et aspirations politiques qui à force de se télescoper finissaient par se brouiller. Celles de la direction étaient de se positionner en partenaire crédible de la droite parlementaire, jouant auprès de celle-ci le rôle que peut encore (pour combien de temps ?) jouer le Parti communiste auprès du PS et des forces sociales-démocrates. Le discours était donc lissé, sans attaques inutiles sur des thèmes politiquement sensibles comme la communauté juive par exemple ou, cela va de pair, le négationnisme historique. En revanche, il se voulait ferme sur l&rsquo;immigration et les responsabilités de l&rsquo;État républicain. Bruno Mégret a ainsi sans doute réellement cru qu&rsquo;il pouvait rentrer dans le costume de Gianfranco Fini. À l&rsquo;inverse, les militants de base, certains cadres et surtout les militants du MNJ pratiquaient une surenchère permanente contre le FN : surenchère racialiste bien sûr, mais aussi surenchère régionaliste pour certains. On trouvait donc de tout au MNR sauf une ligne politique claire. Les événements du 11 septembre 2001 sont venus aggraver cette situation puisque la direction du MNR a montré une fois de plus qu&rsquo;elle était prête à sacrifier ses propres forces plutôt que de tenir compte de l&rsquo;avis des militants de base. Bruno Mégret a en effet alors adopté des positions outrageusement atlantistes qui allaient à l&rsquo;encontre de l&rsquo;opinion d&rsquo;une majorité de militants mais lui semblaient politiquement porteuses car dans le « sens de l&rsquo;histoire ». La sanction n&rsquo;a pas tardé avec le départ d&rsquo;une partie des militants et de certains cadres qui au lendemain du 11 septembre se réjouissaient en privé de la leçon infligée aux Américains. Le même cas de figure s&rsquo;est répété fin août lors de l&rsquo;université d&rsquo;été à Bergerac lorsque Bruno Mégret a fixé la position politique du MNR entre l&rsquo;UMP et le FN. Or la veille, il avait été mis en minorité par les cadres dirigeants du mouvement par rapport à cette question lors d&rsquo;une réunion à huit clos du bureau politique. Cela ne l&rsquo;a pas empêché le lendemain de prendre tout le monde à contre-pied en pratiquant la politique du fait accompli. Enfin, nous ne reviendrons pas sur l&rsquo;épisode Brunerie que nous avons traité dans l&rsquo;article précédent ou sur l&rsquo;intégration des militants d&rsquo;Unité radicale.</p>
<p>On pointe sans doute en l&rsquo;occurrence la deuxième explication de l&rsquo;échec du MNR. Tout le monde (militants, sympathisants, adversaires ou analystes) s&rsquo;est laissé intoxiquer par les prétendues qualités organisatrices et militantes des dirigeants du MNR. Or en trois ans d&rsquo;existence, la direction du MNR a réussi l&rsquo;incroyable expérience de répéter les mêmes erreurs que la direction frontiste, erreurs qui avaient motivé le départ d&rsquo;une majeure partie de militants aux côtés des mégretistes : caporalisme militant et magouilles politico-financières. Ces dernières seront d&rsquo;ailleurs sans doute la cause finale de la disparition du MNR avec des prolongements judiciaires. Le MNR s&rsquo;est révélé, et cela nous réjouit évidemment profondément, être un formidable gâchis d&rsquo;énergies militantes et d&rsquo;espérances multiples. Si Bruno Mégret était un bon auxiliaire organisateur au sein du FN, il a montré qu&rsquo;il n&rsquo;avait en aucune façon la carrure d&rsquo;un dirigeant politique, nationaliste ou pas d&rsquo;ailleurs, ce que trahissait son absence évidente de charisme. Les cadres régionaux ou départementaux ont d&rsquo;autre part été totalement incapables d&rsquo;infléchir la ligne politique de l&rsquo;appareil quand ils ne la suivaient pas aveuglément.</p>
<p>ET MAINTENANT, QUE VONT-ILS FAIRE ?</p>
<p>Que reste-t-il du MNR ? Pas grand-chose. Mais ce n&rsquo;est pas seulement une question d&rsquo;existence concrète sur le terrain. Il est évident que la perte de la mairie de Vitrolles va peser lourd. Le contrôle de cette municipalité était une source de clientélisme inépuisable à laquelle venaient s&rsquo;abreuver tous les demi-soldes normands ou autres du mégretisme : les Bunel, les Sidos, … Cependant c&rsquo;est là encore la question de l&rsquo;orientation politique qui va peser le plus crucialement. C&rsquo;est en effet celle-ci qui a servi de prétexte au départ pour les cadres ayant quitté le navire fin août. Or cette question est loin d&rsquo;être réglée et le conseil national du 14 novembre à Paris promet d&rsquo;être houleux. Mais surtout le MNR laisse derrière lui un champ de ruines. Nombreux sont en effet les cadres ou militant(e)s totalement dégoûté(e)s de l&rsquo;action politique, voire pour certain(e)s dans une situation financière critique, pour peu qu&rsquo;ils aient répondu aux appels financiers incessants de l&rsquo;appareil mégretiste et cru aux possibilités de remboursements. Leur hostilité à Jean-Marie Le Pen restant intacte, il y a fort à parier qu&rsquo;ils ne rejoindront pas le FN, même si celui-ci commence à tendre la main aux militants de base et cadres de second rang. Une petite minorité, issue pour la majorité d&rsquo;entre elle du MNJ, va sans doute choisir la fuite en avant en rejoignant « l&rsquo;aventure » des Jeunesses identitaires. Mais on ne voit pas trop comment celles-ci sortiraient du ghetto de la droite radicale (pour peu qu&rsquo;elles aient réellement envie de le faire). Les JI ne devront pas compter en tout cas sur l&rsquo;oubli bienveillant du FN pour se développer. On peut en effet supposer que les positions défendues par Erik Faurot, cadre FNJ du Puy-de-Dôme, sont celles de l&rsquo;appareil dans son ensemble. Vantant les qualités du FN et FNJ et leur opposition à toute dérive extrémiste, il désigne ainsi les militants radicaux : « C&rsquo;est ce que n&rsquo;ont pas compris un certain nombre de nationalistes qui ne proposent que de belles paroles et de faits d&rsquo;arme imaginaires, en réalité des mythomanes grandiloquents (…). Écoutez-les, vous les reconnaîtrez aisément : héritiers (forcément !) de la SS ou des glorieuses légions romaines, ils rêvent d&rsquo;une grande Europe qui renouerait avec un passé celtique illusoire (…). Quoi qu&rsquo;il en soit, les rêveries romantico-morbides, qui finissent toujours en queue de poisson ou en une reconversion dans l&rsquo;Établissement, nous les leur laissons (…). La plupart des militants des groupuscules font de l&rsquo;activisme vain et stérile, pour s&rsquo;amuser, jouer aux durs pendant leur jeunesse et se ranger sagement plus tard. À l&rsquo;inverse, rejetant ces amusements de désoeuvrés immatures, le FNJ entend faire de l&rsquo;action politique constructive, tournée exclusivement vers le bien de la Cité et c&rsquo;est tout ce qui nous différencie d&rsquo;Unité radicale. C&rsquo;est ce qui fait que (…) le « radicalisme » sera toujours marginal et insignifiant ». Fermez le ban, la messe est dite !</p>
<p>Enfin une petite fraction de ces déçus du mégretisme va sans doute s&rsquo;investir dans le créneau identitaire. Au sein de Terre &amp; Peuple bien sûr, même si la tentative de putsch menée par certaines militantes parisiennes<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/combien-de-marins-combien-de-capitaines/#footnote_1_187" id="identifier_1_187" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce puputsch qui a &eacute;chou&eacute; et qui impliquait la femme de Jean-Yves Le Gallou &eacute;tait motiv&eacute; par le parrainage accord&eacute; par Pierre Vial &agrave; Jean-Marie Le Pen pour les &eacute;lections pr&eacute;sidentielles.">2</a></sup> de l&rsquo;association contre Pierre Vial lors de l&rsquo;assemblée communautaire annuelle de mai dernier montre que la structure n&rsquo;est pas exempte de tensions et qu&rsquo;elle peut difficilement rester en dehors des luttes partisanes. Plus sûrement au sein de structures très souples comme la Maison des Libertés, initiative à laquelle participe l&rsquo;inévitable Gilles Soulas<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/combien-de-marins-combien-de-capitaines/#footnote_2_187" id="identifier_2_187" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. REFLEXes n&deg;52.">3</a></sup> et qui aura sa journée inaugurale le 09 novembre prochain.</p>
<p>Au final, la situation du mouvement nationaliste n&rsquo;a jamais été aussi paradoxale et contrastée, avec un fractionnement très poussé, tant organisationnel que géographique, qui laisse très ouvert le champ des conjectures possibles.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_187" class="footnote">A notre connaissance, il n&rsquo;y eu aucun procès et en tout cas pas contre <em>Lectures françaises</em>, mensuel nationaliste fondé par feu Henri Coston et qui dans son numéro d&rsquo;été qualifie Franck Vidal de « proche personnellement du MNR de Bruno Mégret ».</li><li id="footnote_1_187" class="footnote">Ce puputsch qui a échoué et qui impliquait la femme de Jean-Yves Le Gallou était motivé par le parrainage accordé par Pierre Vial à Jean-Marie Le Pen pour les élections présidentielles.</li><li id="footnote_2_187" class="footnote">Cf. <em>REFLEXes</em> n°52.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>« Chirac n&#8217;aurait rien risqué s&#8217;il avait été en prison… »</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Jan 2004 11:10:20 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Que restera-t-il de la tragi-comédie de cet été sinon cette citation très juste d'un mel posté par un sympathisant nationaliste sur le forum du site Unite-radicale.com le 15 juillet ? Trois mois après, on peut commencer à tirer quelques conclusions de l'affaire même si elle est loin d'être terminée : le procès promet en effet d'être un épisode assez gratiné. Que nous a inspiré cette triste histoire ? ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Que restera-t-il de la tragi-comédie de cet été sinon cette citation très juste d&rsquo;un mel posté par un sympathisant nationaliste sur le forum du site Unite-radicale.com le 15 juillet ? Trois mois après, on peut commencer à tirer quelques conclusions de l&rsquo;affaire même si elle est loin d&rsquo;être terminée : le procès promet en effet d&rsquo;être un épisode assez gratiné. Que nous a inspiré<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_0_184" id="identifier_0_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="cf. No Pasaran, septembre 2002.">1</a></sup> cette triste histoire ?</p>
<p>SUR MAXIME BRUNERIE</p>
<p>Interrogé par une journaliste de <em>Libération</em> au lendemain de la tentative d&rsquo;attentat, un de nos militants affirma que « Brunerie était un cramé », affirmation à laquelle les porte-parole d&rsquo;UR répondirent indirectement dans un communiqué en déclarant que « jusqu&rsquo;à ce 14 juillet 2002, Maxime Brunerie était un jeune militant identitaire comme beaucoup d&rsquo;autres : enthousiaste, déterminé et sérieux. » Réponse qui nous fit bien rire. Car s&rsquo;il y avait bien un militant typique du profil psychologique que l&rsquo;on peut parfois rencontrer aux extrêmes de l&rsquo;échiquier politique (nous en savons quelque chose pour ce qui concerne notre propre mouvance !), c&rsquo;était lui, avec sa mythomanie, son désir de reconnaissance, sa surenchère (racialiste en l&rsquo;occurrence), bref sa tentative inconsciente de régler des problèmes personnels en s&rsquo;inventant une nouvelle famille. Ce qu&rsquo;on peut appeler « un militant identitaire comme beaucoup d&rsquo;autres » finalement ! C&rsquo;est en gardant cette dimension humaine en tête qu&rsquo;on peut mieux apprécier son passé militant, assez classique<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_1_184" id="identifier_1_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Tout aussi classique est le fait qu&rsquo;il travaillait pour une soci&eacute;t&eacute; de s&eacute;curit&eacute;, Normandy, dont le patron, Axel Loustau, avait eu l&rsquo;insigne honneur d&rsquo;&ecirc;tre impliqu&eacute; dans l&rsquo;enqu&ecirc;te sur la tentative d&rsquo;attentat contre le directeur de Tribune juive en 1996 aux c&ocirc;t&eacute;s d&rsquo;autres anciens gudards comme Fr&eacute;d&eacute;ric Chatillon ou Antoine Roucheray. cf. REFLEXes n&deg;52, automne 1998.">2</a></sup> pour le petit milieu radical parisien, mais qui montre une instabilité politique évidente : hooligan du PSG, en contact avec les débris du PNFE puis gudard dans le sillage de la génération 1998-2000 puis UR et MNR… La seule cohérence dans cet itinéraire est sans doute la xénophobie et c&rsquo;est sans doute également le seul élément « rationnel » qui explique le choix de Jacques Chirac comme cible. Cela réduit presque totalement la portée politique de son acte, surtout si l&rsquo;on y ajoute son âge (25 ans !) et l&rsquo;aspect sentimental révélé au grand public par <em>VSD</em> et qui n&rsquo;est pas une invention<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_2_184" id="identifier_2_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Toujours &agrave; l&rsquo;aff&ucirc;t, il semble d&rsquo;ailleurs que Canal + veuille faire un reportage sur Maxime Brunerie et &laquo; Aur&eacute;lie &raquo;, pr&eacute;nom de substitution attribu&eacute; par VSD &agrave; cette militante du MNJ et MNR.">3</a></sup> de journaliste en mal de scoop.</p>
<p>Quelques jours après son arrestation, plusieurs textes ont circulé sur Internet pour dénoncer une manipulation. Ils s&rsquo;appuyaient sur quelques évidences simples :</p>
<p>• Un individu psychologiquement fragile peut être facilement manipulable ;</p>
<p>• Les « services » (comme on dit) ont plus d&rsquo;un tour dans leur sac pour manipuler quelqu&rsquo;un, ils l&rsquo;ont montré par le passé ;</p>
<p>• Le gouvernement au pouvoir ne pouvait que bénéficier d&rsquo;une tentative ratée comme celle du 14 juillet.</p>
<p>Dans ce scénario à la Oswald, les auteurs de ces textes pointaient par ailleurs certaines contradictions ou éléments troublants concernant les premiers flashs d&rsquo;information, les premiers reportages de la télévision ou les circonstances de l&rsquo;arrestation. Soit. Pourquoi pas ? Mais il y a fort à parier que Maxime Brunerie n&rsquo;a eu besoin de personne pour tenter ce qu&rsquo;il a fait, étant donné son profil psychologique et nous privilégions pour notre part ce cas de figure. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs le scénario que nous envisagions dans <em>REFLEXes</em> n°3 (été 2001) consacré au terrorisme d&rsquo;extrême droite. Nous avons eu hélas raison.</p>
<p>SUR UR ET LA VIOLENCE</p>
<p>Les quinze jours qui ont suivi ont donné lieu à une flambée d&rsquo;articles, de retours en arrière, de « focus » divers et variés de la part de journalistes besogneux<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_3_184" id="identifier_3_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le comble a &eacute;t&eacute; atteint par le verbatim de Christiane Chombeau dans Le Monde du 16 juillet dans laquelle la journaliste recycle des notes prises par elle le 22 septembre 2001 lors des Assises de la Radicalit&eacute; tenues &agrave; Paris par UR. Outre l&rsquo;aspect tr&egrave;s limite du proc&eacute;d&eacute;, l&rsquo;ensemble p&ecirc;che par le fait qu&rsquo;&eacute;tant nous-m&ecirc;mes pr&eacute;sents lors de ces assises, nous n&rsquo;y avons pas entendu les appels au meurtre attribu&eacute;s par la journaliste aux intervenants, ce qui n&rsquo;exclut pas le fait qu&rsquo;ils aient pu &ecirc;tre tenus par des personnes dans la salle. Alors, probl&egrave;me d&rsquo;audition ou d&rsquo;invention ? En m&ecirc;me temps, cette petite anecdote montre qu&rsquo;&agrave; force de rechercher les projecteurs m&eacute;diatiques, UR a pu se rendre compte de ce que cela signifiait. Le vieux gag de l&rsquo;arroseur arros&eacute; en quelque sorte&hellip;">4</a></sup> qui avaient globalement arrêté de suivre cette mouvance depuis quelques années. Ils ont donc essayé de remettre à jour leurs petites fiches de documentation en puisant à deux sources : Internet et les RG. Cela nous a donc valu quelques solides pensum sur la mouvance néo-nazie en France, son histoire, son importance, etc. avec parfois quelques perles comme un article du Figaro ressuscitant le PNFE, Christophe Bourseiller promouvant sa nouvelle escroquerie sur France Info<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_4_184" id="identifier_4_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La nouvelle extr&ecirc;me droite, r&eacute;&eacute;dition par Le Rocher en mai de cette ann&eacute;e d&rsquo;un livre creux publi&eacute; en 1991 et intitul&eacute; Extr&ecirc;me droite, l&rsquo;enqu&ecirc;te. L&agrave; o&ugrave; il y a escroquerie, c&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; part une introduction de neuf pages torch&eacute;e pour donner un peu de cr&eacute;dibilit&eacute; &agrave; la nouveaut&eacute; de l&rsquo;opus, les deux &eacute;ditions sont rigoureusement identiques ! Mais cela permet &agrave; notre Hibernatus de l&rsquo;extr&ecirc;me droite de passer pour un sp&eacute;cialiste &agrave; la radio. CQFD !">5</a></sup> ou <em>Prochoix</em> assurant la promotion de sa spécialiste ès « mobilisations de l&rsquo;entre-soi » Fiametta Venner. Las ! Ce battage médiatique en plein de mois de juillet, mois creux pour l&rsquo;actualité s&rsquo;il en est, n&rsquo;aura finalement permis qu&rsquo;à une petite structure d&rsquo;une centaine d&rsquo;adhérents et guère le double de sympathisants de sortir de l&rsquo;anonymat. Ce dont elle rêve depuis toujours et que même des provocations multiples comme la venue du semi-jobard Horst Mahler en mars 2002 à Paris ne lui ont pas permis d&rsquo;atteindre. Un bon moyen de masquer cette relative vacuité a été de tonitruer sur la violence d&rsquo;UR, violence qui serait inscrite au coeur même de l&rsquo;organisation. Cela a bien évidemment provoqué des protestations indignées des porte-parole d&rsquo;UR, jurant la main sur le coeur que l&rsquo;on se méprenait et que pour elle, « l&rsquo;action terroriste (…) ne saurait constituer une solution à la crise politique et morale que traverse la France ». Bien, bien. Hélas pour Fabrice Robert et Guillaume Luyt, la réalité d&rsquo;UR et plus généralement de sa mouvance depuis deux ou trois décennies vient démentir cette belle condamnation. Pour se limiter dans le temps, nous ne rappellerons pas les faits d&rsquo;armes du GUD Paris de 1998 à 2000 alors que ce groupe était officiellement partie prenante d&rsquo;UR<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_5_184" id="identifier_5_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. B&ecirc;tes et m&eacute;chants. Petite histoire des jeunes fascistes fran&ccedil;ais, &Eacute;ditions REFLEX, 2001">6</a></sup> mais on ne voit pas trop comment on pourrait appeler cela sinon de l&rsquo;action violente, à défaut d&rsquo;être terroriste. Mais plus que des actes, UR a surtout toujours drainé avec elle des cohortes d&rsquo;adhérents ou sympathisants fascinés par cette violence. Certains sont passés à l&rsquo;acte, la plupart non. Mais on peut affirmer que des individus aussi peu équilibrés que Frédéric Merra<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_6_184" id="identifier_6_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il s&rsquo;agit d&rsquo;un sympathisant d&rsquo;UR &agrave; Nice, abonn&eacute; au journal, ayant effectu&eacute; un stage paramilitaire au Liban il y a quelques ann&eacute;es dans les milieux islamistes. Ce charmant jeune homme a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; le 10 novembre 2001 pour avoir tir&eacute; &agrave; bout portant au gum-cogne contre un p&egrave;re de famille dont la petite fille avait &eacute;t&eacute; effray&eacute;e par son chien. ">7</a></sup> étaient assez représentatifs d&rsquo;une bonne fraction des sympathisants d&rsquo;UR, tout comme la famille Roudier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_7_184" id="identifier_7_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le p&egrave;re, Richard Roudier, &eacute;tait membre de la direction d&rsquo;UR sous le pseudonyme de Jorgi Roumegas et participe &agrave; la revue Monts&eacute;gur. Il a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; condamn&eacute; pour violences par le pass&eacute;, tout comme l&rsquo;un de ses deux fils, Olivier.">8</a></sup>, les militants du GUD Nice ou encore les boneheads de Limoges gravitant autour du groupe Lemovice… Force est de constater qu&rsquo;UR n&rsquo;a jamais rien fait pour bannir cet aspect des choses si pratique pour attirer des adhérents ou sympathisants, comme en témoigne le matériel produit par l&rsquo;organisation ou ses satellites (<em>cf.</em> les couvertures de magazines ci-contre) ou le contenu de certains articles : interview de Carlos, soutien au terrorisme du Hamas, etc. La remarque vaut pour le groupe musical de Fabrice Robert, Fraction.</p>
<p>Entendons-nous bien : ce n&rsquo;est pas la violence réelle ou supposée d&rsquo;UR que nous attaquons ici en l&rsquo;occurrence mais bien le fait que voir UR dans le rôle du pompier incendiaire nous fait bien rire. Nous avons en effet toujours pensé que la violence politique était un moyen parmi d&rsquo;autres (contre les fafs par exemple !) et qu&rsquo;elle était parfois nécessaire sans être toutefois évidemment souhaitable. Encore faut-il l&rsquo;assumer. Condamner le folklore nazi tout en étant le principal chef d&rsquo;orchestre<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_8_184" id="identifier_8_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au figur&eacute; tout autant qu&rsquo;au propre puisque le groupe de Fabrice Robert, Fraction, n&rsquo;a jamais rechign&eacute; &agrave; jouer avec des groupes ouvertement nazis ou m&ecirc;me &agrave; reprendre certains titres de ces derniers.">9</a></sup> de ce folklore est une posture dans laquelle les porte-parole d&rsquo;UR semblent être passé maîtres, comme en témoigne l&rsquo;intervention très virulente de Guillaume Luyt au congrès du MNR en février dernier. C&rsquo;est sans doute ce qu&rsquo;on peut reprocher le plus à la presse par rapport à la campagne de l&rsquo;été dernier : avoir pris tout ce petit monde et ce qu&rsquo;il disait au sérieux. Le sensationnalisme n&rsquo;excuse pas tout et la manipulation politique n&rsquo;est jamais très loin, nous aurons l&rsquo;occasion d&rsquo;y revenir un peu plus loin !</p>
<p>Les journalistes auraient mieux fait de s&rsquo;intéresser un peu plus au MNR dont les prises de position peuvent se résumer en deux mots : veulerie et duplicité. Duplicité car Bruno Mégret et Franck Timmermans étaient parfaitement au courant de la double adhésion des militants d&rsquo;UR : ce sont eux-mêmes qui l&rsquo;avaient autorisée lors d&rsquo;une rencontre entre Mégret et une délégation emmenée par Christian Bouchet le 1er février 2002 : c&rsquo;est cette entrevue qui permit à Christian Bouchet et Fabrice Robert de devenir officiellement membres du Conseil national du MNR au congrès de février 2002 après y être entrés en juin 2001. Par ailleurs, Philippe Schleiter, directeur national du MNJ et cadre du MNR, avait rencontré Fabrice Robert et Guillaume Luyt en septembre 2000 à la fête Ile-de-France du MNR pour discuter du lancement de la CoordiNation, structure « unitaire » visant à réclamer la réunification du mouvement national. Mais bien d&rsquo;autres cadres nationalistes-révolutionnaires accompagnaient le mouvement, entre autres :</p>
<p>• Philippe Vardon, membre du comité exécutif d&rsquo;UR et secrétaire départemental MNJ des Alpes-Maritimes, inculpé le 2 mars 2002 de port d&rsquo;armes prohibées suite aux violences ayant accompagné l&rsquo;examen de la plainte d&rsquo;Elisabeth Pascal contre des militants de Ras l&rsquo;Front ;</p>
<p>• Stéphane Parédé, responsable régional MNJ du Languedoc-Roussillon et cadre UR ;</p>
<p>• Olivier Roudier, militant d&rsquo;UR sur Montpellier et candidat MNR dans la Drôme aux dernières législatives, lui aussi inculpé le 2 mars pour les mêmes raisons que Vardon ;</p>
<p>• Richard Deu, militant d&rsquo;UR et secrétaire départemental du MNR en Haute-Garonne nommé en juin 2001 ;</p>
<p>• Alexandre Faria, cadre UR et MNJ sur Toulouse ;</p>
<p>• Sylvain Averty, cadre UR sur Rennes et membre du bureau national du MNJ ;</p>
<p>• Pierre Muller, militant UR et responsable MNJ d&rsquo;Alsace, élu conseiller municipal MNR de Cernay en 2001, intervenant au congrès du MNR à Nice en février 2002 ;</p>
<p>• Elisabeth Pascal, conseillère régionale MNR de Languedoc-Roussillon et membre d&rsquo;UR depuis avril 2001 ;</p>
<p>• Frédéric Cantiani, cadre d&rsquo;UR et secrétaire départemental MNR du Gers ;</p>
<p>À la liste de tous ces militants dont faisaient partie Brunerie et ses proches, comme Cyril Bozonnet par exemple, il faudrait ajouter les manifestations du MNR auxquelles étaient conviés les militants d&rsquo;UR, sans que Bruno Mégret fasse la fine bouche en repoussant cette ignoble « extrême droite » : manifestation de Poitiers, congrès national ou départementaux, conseils nationaux MNR et MNJ, etc. Et pour cause : le MNR, confronté à un affaiblissement structurel lié aux départs successifs causés par le caporalisme des dirigeants parisiens ou par des désaccords idéologiques, était bien en peine de refuser du sang neuf et des énergies militantes, d&rsquo;où qu&rsquo;elles viennent. L&rsquo;absence de ligne politique très claire d&rsquo;UR, à part un virulent discours sur la « fracture ethnique », semblait en outre une garantie pour les dirigeants du MNR que cet entrisme serait totalement inoffensif. Comme en plus les militants de base du MNR pratiquaient eux-mêmes la surenchère raciste, tout le monde était content. D&rsquo;où le terme de veulerie qui peut servir à caractériser l&rsquo;attitude d&rsquo;un Bruno Mégret aux abois préférant au lendemain du 14 juillet tout renier plutôt que tout assumer. Le contraste est de fait saisissant avec le sens politique de Jean-Marie Le Pen condamnant la dissolution d&rsquo;une structure l&rsquo;ayant conchié depuis des mois : il a parfaitement compris qu&rsquo;un tel soutien laisserait totalement indifférente l&rsquo;opinion publique mais ravirait les militants de base, quelle que soit leur chapelle d&rsquo;appartenance. Il a ainsi prouvé qu&rsquo;il avait parfaitement tiré les leçons de l&rsquo;assassinat d&rsquo;Ibrahim Ali en 1998 à Marseille, lorsque la fermeté du soutien de Bruno Mégret aux militants FN impliqués avait assuré à ce dernier une véritable vague de sympathie à la base<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_9_184" id="identifier_9_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un des assassins d&rsquo;Ibrahim Ali, Mario D&rsquo;Ambrosio, a d&rsquo;ailleurs r&eacute;cemment obtenu un poste de contractuel ouvrant &agrave; la titularisation &agrave; la mairie de Vitrolles, gr&acirc;ce &agrave; un simple arr&ecirc;t&eacute; de stagiarisation pris par la mairie.">10</a></sup>.</p>
<p>SUR LA DISSOLUTION D&rsquo;UR</p>
<p>Mais le tableau n&rsquo;aurait pas été complet s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu l&rsquo;épisode de la dissolution… Une fois de plus, on a pu voir toutes les organisations « démocratiques »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_10_184" id="identifier_10_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Inventaire &agrave; la Pr&eacute;vert avec la LICRA, Prochoix, le Cercle Marc Bloch, etc.">11</a></sup> réclamer à cor et à cri l&rsquo;intervention de l&rsquo;État, rappelant Chirac à ses devoirs de premier antifasciste de France… Triste pantalonnade<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_11_184" id="identifier_11_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. No Pasaran ! de septembre 2002.">12</a></sup> ! Tous nos bons « démocrates » n&rsquo;ont toujours pas compris que la loi ne pouvait en aucun cas être considéré comme un outil politique et que ce que l&rsquo;État utilise contre l&rsquo;extrême droite peut fort bien être retourné contre l&rsquo;extrême gauche, surtout lorsqu&rsquo;on constate l&rsquo;inanité du motif (UR organisation « paramilitaire » ! Tous ceux qui connaissent la structure auront bien ri !) et le fait qu&rsquo;UR n&rsquo;avait aucune existence légale… La loi, excellent paravent pour masquer la faiblesse des mobilisations militantes dans la rue contre les nationalistes ! À un niveau plus politique, il est toujours aussi navrant de constater que l&rsquo;une des maximes les plus stupides de l&rsquo;histoire politique française et européenne, « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! », continue de servir de gage de radicalité à la social-démocratie en déroute. Il est en effet bien difficile pour tous nos stratèges de gôôôche de reconnaître que l&rsquo;appel au vote Chirac en avril dernier a été une faute politique majeure et qu&rsquo;ils sont, ne serait-ce que moralement, coresponsables de la dérive sécuritaire du gouvernement Raffarin. Aussi est-il bien plus facile de s&rsquo;acharner sur une petite organisation folklorique transformée en golem médiatique et offrir à Chirac l&rsquo;occasion inespérée de jouer la partition du courage et de « l&rsquo;engagement antifasciste ». Il n&rsquo;est pourtant pas difficile de comprendre, même si cela ne fera pas plaisir aux uns et aux autres, qu&rsquo;il n&rsquo;y a guère de différence entre l&rsquo;embastillement de José Bové en mai dernier, la répression contre les militants participant à l&rsquo;initiative No Border en juillet et la dissolution d&rsquo;UR. Dans tous les cas, l&rsquo;État montre sa fermeté face à tous les mouvements susceptibles pour des raisons idéologiques diverses de le mettre en difficulté. La droite libérale sait que sa marge de manoeuvre est étroite et tous les coups sont donc permis : l&rsquo;Ordre doit régner ! En outre, comme il fallait s&rsquo;y attendre, la dissolution a permis aux duettistes Robert et Luyt de poursuivre leur numéro en rendant publique une lettre à Chirac et en prétendant que le vrai motif de la dissolution de leur organisation résidait dans son engagement antisioniste. Même si cette dernière bouffonnerie n&rsquo;a trompé personne, le simple fait qu&rsquo;ils aient pu l&rsquo;étaler dans la presse suffit à décrédibiliser tout ce battage médiatique assez indigent.</p>
<p>L&rsquo;argument le plus fréquent pour justifier une dissolution sur l&rsquo;efficacité de laquelle, à les entendre, ses partisans ne se faisaient pourtant guère d&rsquo;illusions, a été que « cela allait les gêner ». La belle affaire ! Pour cela, il aurait fallu qu&rsquo;UR soit une organisation digne de ce nom. Or depuis le départ, ou la mise sur la touche de Christian Bouchet en mars dernier, il était évident qu&rsquo;UR était en pleine perte de vitesse. La direction, relativement collégiale<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_12_184" id="identifier_12_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Christian Bouchet, Fabrice Robert, Guillaume Luyt, Richard Roudier, Andr&eacute;-Yves Beck, S&eacute;bastien Legentil, Philippe Vardon et Bernard Marillier.">13</a></sup>, n&rsquo;était plus remplacée que par une administration tricéphale Robert / Luyt / Roudier. La structure révélait sa faiblesse en se fractionnant en activisme local essentiellement concentré au sud de la Loire et il n&rsquo;existait quasiment plus de groupes locaux dignes de ce nom. Quant à la trésorerie, elle était au plus mal du fait du départ de Bouchet, principal argentier du mouvement grâce à Ars Magna<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_13_184" id="identifier_13_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Petite structure associative bas&eacute;e &agrave; Nantes, produisant brochures, livres et T-Shirts.">14</a></sup>. Restaient quelques vitrines : le site Internet, la revue <em>Jeune Résistance</em> et une ou deux apparitions publiques tapageuses. Soit finalement exactement la même chose qu&rsquo;après la dissolution. Des réunions publiques dans le sud de la France en août et à Bourges en septembre n&rsquo;ont pour l&rsquo;instant pas permis qu&rsquo;une nouvelle structuration nationale sorte réellement des limbes malgré un nom ronflant sur lequel la presse s&rsquo;est jeté comme un pitbull nourri au yaourt : Les Jeunesses identitaires. La volonté affichée de récupérer les cadres déçus du MNR n&rsquo;est qu&rsquo;une rodomontade (si ce n&rsquo;est quelques cadres ou militants du MNJ, mais ces derniers étaient déjà largement radicalisés) et le créneau identitaire est déjà bien encombré, comme en témoigne le lancement en ce début novembre de la Maison des Identités<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_14_184" id="identifier_14_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cf. article suivant">15</a></sup>, premier avatar du MNR en ruine. Enfin la seule action un peu virulente de ce début d&rsquo;automne 2002, l&rsquo;agression contre le curé de la basilique Saint-Denis, a été menée par une équipe de militants du MNR<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_15_184" id="identifier_15_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="dont Guillaume Duchesne par exemple, qui a &eacute;t&eacute; candidat MNR aux l&eacute;gislatives 2002 dans la 11e circonscription des Yvelines (219 voix, 0,67 %). Ce surveillant p&eacute;nitentiaire &eacute;tait aussi membre du groupe Dernier Rempart, et proche de l&rsquo;&eacute;quipe de Fier de l&rsquo;&Ecirc;&Ecirc;tre et L&rsquo;Avant-Garde.">16</a></sup>, proches il est vrai de l&rsquo;ex-UR, mais sur une initiative strictement personnelle.</p>
<p>Bref, une fois de plus, le grand barnum politique a pu dérouler ses fastes en satisfaisant tout le monde. Qui a parlé d&rsquo;effets miroir ?</p>
<p><strong>Encart Internet</strong></p>
<p>En marge de la dissolution a eu lieu la procédure d&rsquo;interdiction du site Internet d&rsquo;UR, sur plainte de l&rsquo;UEJF et de l&rsquo;association J&rsquo;accuse !, principalement animée par Marc Knobel. Cette procédure, qui a abouti puisque le site a été interdit début août dernier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/chirac-naurait-rien-risque-sil-avait-ete-en-prison/#footnote_16_184" id="identifier_16_184" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Agrave; noter que le site n&rsquo;a pas eu &agrave; chercher tr&egrave;s loin sa d&eacute;fense puisqu&rsquo;il &eacute;tait d&eacute;fendu par une vieille connaissance, Christophe Pierre. Responsable du GUD &agrave; Assas &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980 avec William Bonnefoy, il a &eacute;t&eacute; en particulier l&rsquo;organisateur d&rsquo;un meeting et d&rsquo;une tentative de coordination des jeunes nationalistes en avril 1988, menant les gudards &agrave; la rupture avec le MNR de J.-G. Malliarakis. Il a &eacute;galement laiss&eacute; quelques souvenirs un peu plus physiques par son implication dans diverses bagarres sur les campus universitaires parisiens. Plus r&eacute;cemment, il a sign&eacute; &laquo; l&rsquo;Appel de la Coordination de janvier 2001 pour l&rsquo;unit&eacute; du mouvement national &raquo; lanc&eacute; &agrave; l&rsquo;initiative d&rsquo;UR.">17</a></sup>, appelle plusieurs remarques en forme de points d&rsquo;interrogation. C&rsquo;est en effet peu dire que nous restons sceptiques face à ce type de démarche et que nous avons plus de questions que de réponses même si, souvent, poser la question revient à y répondre…</p>
<p>Ainsi pourquoi porter plainte fin juillet alors que le site existe depuis deux ans et que son contenu est globalement le même depuis cette époque ? Pourquoi essayer d&rsquo;interdire un site dont on sait parfaitement que grâce aux sites miroirs, il réapparaîtra quelques jours plus tard et que ses concepteurs seront auréolés du statut de martyrs de la liberté d&rsquo;expression et <strong>du soutien pro-palestinien</strong> qu&rsquo;ils ne méritent pas ? Enfin, surtout, pourquoi ne pas appliquer la même procédure à tous les sites ayant un contenu similaire à celui d&rsquo;UR, quoique sur des bases politiques différentes ? Or cette dernière question n&rsquo;est pas innocente : pourquoi l&rsquo;UEJF et Marc Knobel n&rsquo;ont-ils pas mis le même empressement à poursuivre le site raciste <a href="http://www.amisraelhai.org" target="_blank">www.amisraelhai.org</a> ? Il a en effet fallu attendre le mois d&rsquo;août pour que la presse s&rsquo;intéresse d&rsquo;un peu plus près à ce site au sionisme délirant sévissant pourtant depuis au moins un an et s&rsquo;inscrivant dans la mouvance droitière de la communauté juive franco-israélienne : la même qui soutient Alexandre Del Valle ou Oriana Fallaci et qui a pour principal mentor William Goldnadel. La même qui soutient les actions crapuleuses et parfois criminelles du Betar nouvelle génération ou même de la LDJ. La même qui profite de l&rsquo;indifférente bienveillance du CRIF qui a, une fois de plus, fait la preuve de sa mauvaise foi en minimisant le rôle de ce type de site, pourtant pas moins criminel au regard de la loi que les sites néo-nazis. Le site du CRIF a d&rsquo;ailleurs longtemps proposé un lien avec amisraelhai.org au nom de « la lutte contre la propagande anti-israélienne » et n&rsquo;a à notre connaissance absolument pas répondu à la Lettre ouverte de personnalités juives attaquées par <a href="http://www.amisraelhai.org" target="_blank">amisraelhai.org</a>, parue dans <em>Le Monde</em> du 18 septembre dernier. Cela étant, bien d&rsquo;autres sites de la même mouvance juive d&rsquo;extrême droite pourrait être concernés par ces remarques : aipj, sos-racaille ou islam-verite. On constate donc que la règle du « deux poids, deux mesures » a encore de bien solides partisans et on peut s&rsquo;interroger à nouveau sur l&rsquo;irresponsabilité politique des principales instances communautaires juives en France.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_184" class="footnote"><em>cf. No Pasaran</em>, septembre 2002.</li><li id="footnote_1_184" class="footnote">Tout aussi classique est le fait qu&rsquo;il travaillait pour une société de sécurité, Normandy, dont le patron, Axel Loustau, avait eu l&rsquo;insigne honneur d&rsquo;être impliqué dans l&rsquo;enquête sur la tentative d&rsquo;attentat contre le directeur de <em>Tribune juive</em> en 1996 aux côtés d&rsquo;autres anciens gudards comme Frédéric Chatillon ou Antoine Roucheray. <em>cf.</em> <em>REFLEXes</em> n°52, automne 1998.</li><li id="footnote_2_184" class="footnote">Toujours à l&rsquo;affût, il semble d&rsquo;ailleurs que Canal + veuille faire un reportage sur Maxime Brunerie et « Aurélie », prénom de substitution attribué par VSD à cette militante du MNJ et MNR.</li><li id="footnote_3_184" class="footnote">Le comble a été atteint par le verbatim de Christiane Chombeau dans <em>Le Monde</em> du 16 juillet dans laquelle la journaliste recycle des notes prises par elle le 22 septembre 2001 lors des Assises de la Radicalité tenues à Paris par UR. Outre l&rsquo;aspect très limite du procédé, l&rsquo;ensemble pêche par le fait qu&rsquo;étant nous-mêmes présents lors de ces assises, nous n&rsquo;y avons pas entendu les appels au meurtre attribués par la journaliste aux intervenants, ce qui n&rsquo;exclut pas le fait qu&rsquo;ils aient pu être tenus par des personnes dans la salle. Alors, problème d&rsquo;audition ou d&rsquo;invention ? En même temps, cette petite anecdote montre qu&rsquo;à force de rechercher les projecteurs médiatiques, UR a pu se rendre compte de ce que cela signifiait. Le vieux gag de l&rsquo;arroseur arrosé en quelque sorte…</li><li id="footnote_4_184" class="footnote"><em>La nouvelle extrême droite</em>, réédition par Le Rocher en mai de cette année d&rsquo;un livre creux publié en 1991 et intitulé <em>Extrême droite, l&rsquo;enquête</em>. Là où il y a escroquerie, c&rsquo;est qu&rsquo;à part une introduction de neuf pages torchée pour donner un peu de crédibilité à la nouveauté de l&rsquo;opus, les deux éditions sont rigoureusement identiques ! Mais cela permet à notre Hibernatus de l&rsquo;extrême droite de passer pour un spécialiste à la radio. CQFD !</li><li id="footnote_5_184" class="footnote"><em>Cf.</em> <em>Bêtes et méchants. Petite histoire des jeunes fascistes français</em>, Éditions REFLEX, 2001</li><li id="footnote_6_184" class="footnote">Il s&rsquo;agit d&rsquo;un sympathisant d&rsquo;UR à Nice, <strong>abonné au journal</strong>, ayant effectué un stage paramilitaire au Liban il y a quelques années dans les milieux islamistes. Ce charmant jeune homme a été arrêté le 10 novembre 2001 pour avoir tiré à bout portant au <strong>gum-cogne</strong> contre un père de famille dont la petite fille avait été effrayée par son chien. </li><li id="footnote_7_184" class="footnote">Le père, Richard Roudier, était membre de la direction d&rsquo;UR sous le pseudonyme de Jorgi Roumegas et participe à la revue <em>Montségur</em>. Il a déjà été condamné pour violences par le passé, tout comme l&rsquo;un de ses deux fils, Olivier.</li><li id="footnote_8_184" class="footnote">Au figuré tout autant qu&rsquo;au propre puisque le groupe de Fabrice Robert, Fraction, n&rsquo;a jamais rechigné à jouer avec des groupes ouvertement nazis ou même à reprendre certains titres de ces derniers.</li><li id="footnote_9_184" class="footnote">Un des assassins d&rsquo;Ibrahim Ali, Mario D&rsquo;Ambrosio, a d&rsquo;ailleurs récemment obtenu un poste de contractuel ouvrant à la titularisation à la mairie de Vitrolles, grâce à un simple arrêté de stagiarisation pris par la mairie.</li><li id="footnote_10_184" class="footnote">Inventaire à la Prévert avec la LICRA, Prochoix, le Cercle Marc Bloch, etc.</li><li id="footnote_11_184" class="footnote"><em>Cf. No Pasaran !</em> de septembre 2002.</li><li id="footnote_12_184" class="footnote">Christian Bouchet, Fabrice Robert, Guillaume Luyt, Richard Roudier, André-Yves Beck, Sébastien Legentil, Philippe Vardon et Bernard Marillier.</li><li id="footnote_13_184" class="footnote">Petite structure associative basée à Nantes, produisant brochures, livres et T-Shirts.</li><li id="footnote_14_184" class="footnote">Cf. article suivant</li><li id="footnote_15_184" class="footnote">dont Guillaume Duchesne par exemple, qui a été candidat MNR aux législatives 2002 dans la 11e circonscription des Yvelines (219 voix, 0,67 %). Ce surveillant pénitentiaire était aussi membre du groupe Dernier Rempart, et proche de l&rsquo;équipe de <em>Fier de l&rsquo;ÊÊtre</em> et <em>L&rsquo;Avant-Garde</em>.</li><li id="footnote_16_184" class="footnote">À noter que le site n&rsquo;a pas eu à chercher très loin sa défense puisqu&rsquo;il était défendu par une vieille connaissance, Christophe Pierre. Responsable du GUD à Assas à la fin des années 1980 avec William Bonnefoy, il a été en particulier l&rsquo;organisateur d&rsquo;un meeting et d&rsquo;une tentative de coordination des jeunes nationalistes en avril 1988, menant les gudards à la rupture avec le MNR de J.-G. Malliarakis. Il a également laissé quelques souvenirs un peu plus physiques par son implication dans diverses bagarres sur les campus universitaires parisiens. Plus récemment, il a signé « l&rsquo;Appel de la Coordination de janvier 2001 pour l&rsquo;unité du mouvement national » lancé à l&rsquo;initiative d&rsquo;UR.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Le Front National et la guerre contre l&#8217;Irak</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Mar 2003 00:17:50 +0000</pubDate>
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				<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
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		<description><![CDATA[Certains se seront peut-être étonnés de voir le Front national appeler officiellement ses militants et ses sympathisants à participer aux manifestations du 15 février contre la guerre, sans pour autant, le jour dit, apparaître en tant que tel. Et pourtant, Le Pen ces dernières années fut l'un des plus fervents soutiens du gouvernement irakien dans la classe politique française.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Certains se seront peut-être étonnés de voir le Front national appeler officiellement<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_0_169" id="identifier_0_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="dans un communiqu&eacute; dat&eacute; du 12 f&eacute;vrier 2003">1</a></sup> ses militants et ses sympathisants à participer aux manifestations du 15 février contre la guerre, sans pour autant, le jour dit, apparaître en tant que tel. Et pourtant, Le Pen ces dernières années fut l&rsquo;un des plus fervents soutiens du gouvernement irakien dans la classe politique française.</strong><br />
Il faut dire que le parti de Jean-Marie Le Pen avait déjà appeler, le 1er février 2003, devant l&rsquo;ambassade américaine, à un rassemblement de protestation qui rassembla près de 200 personnes, pour « adresser un message d&rsquo;espoir au peuple irakien ». Le 19 décembre 1998 déjà, en marge de la manifestation de la gauche pour demander l&rsquo;arrêt des frappes anglo-américaines en Irak, le Front national avait organisé un rassemblement devant l&rsquo;ambassade américaine, qui avait alors rassemblé une trentaine de personnes, principalement des élus.</p>
<p>D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;engagement du Front national en général et de son leader en particulier en faveur de l&rsquo;Irak n&rsquo;est pas neuf. On se souvient de la visite de Le Pen à Saddam Hussein en novembre 1990, lors de laquelle il avait fait des déclarations visant à reconnaître l&rsquo;annexion du Koweit ; et durant l&rsquo;année 1991, le FN, à l&rsquo;initiative de son patron, avait mené campagne contre la guerre du Golfe, faisant grincer quelques dents au sein du parti. Ainsi, à cette occasion, certains cadres avaient même démissionné du FN<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_1_169" id="identifier_1_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Comme Jules Monnerot, alors membre du bureau politique.">2</a></sup>. Par ailleurs, le pari politique était risqué : comment faire comprendre à ses électeurs qu&rsquo;il fallait expulser les Arabes d&rsquo;ici tout en soutenant ceux de là-bas ?</p>
<p><strong>La femme de Le Pen s&rsquo;emmêle</strong></p>
<p>La même année, le 31 mai 1991, Le Pen se marie avec Jeanne-Marie Paschos, née en 1933, fille d&rsquo;un père marchand de tableaux grec, ex-épouse de Jean Garnier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_2_169" id="identifier_2_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;un des dirigeants d&rsquo;ECOTEC, une soci&eacute;t&eacute; pas tr&egrave;s nette qui payait le loyer de la maison des Le Pen.">3</a></sup>. Jany trouva sa place au sein du Front en s&rsquo;intéressant à différentes associations frontistes à caractère humanitaire : protestante de confession, elle soutint L&rsquo;entraide nationale, la soupe populaire du pasteur Blanchard, fut (et est encore) présidente d&rsquo;honneur de plusieurs associations de défense des animaux… Mais c&rsquo;est surtout en tant que présidente de l&rsquo;association caritative SOS Enfants d&rsquo;Irak, créée en 1995, que « Jany » Le Pen s&rsquo;est véritablement engagée. Et lorsque Le Pen, pour faire barrage à Mégret, la proposa comme comme tête de liste aux élections européennes, dans le cas où son inéligibilité aurait été confirmée, Jany Le Pen avait affirmé qu&rsquo;elle n&rsquo;en avait pas du tout l&rsquo;intention. Aussi est-il raisonnable de penser que son engagement aux côtés des enfants irakiens ne vise pas qu&rsquo;à faire plaisir à son mari, mais résulte d&rsquo;une véritable volonté personnelle. L&rsquo;activité de l&rsquo;association, sans être débordante (mais l&rsquo;humanitaire, surtout quand il passe par le porte-monnaie, n&rsquo;a jamais rencontré beaucoup de succès à l&rsquo;extrême droite), fut régulière tout au long des années 1990, envoyant médicaments et équipement de soin en Irak et chapeautant l&rsquo;ensemble des manifestations de soutien du FN à l&rsquo;Irak. La présence de Jean-Michel Dubois au poste de secrétaire général de l&rsquo;association montre à quel point SOS Enfants d&rsquo;Irak est chevillé au Front : membre du bureau politique du FN, conseiller régional d&rsquo;Ile-de-France, président du FNEML (Entreprise Moderne et Liberté) depuis 1987, associé de la société éditrice de National Hebdo, ce patron soupçonné d&rsquo;avoir entretenu des liens étroits avec la secte Moon et ainsi financé le FN est l&rsquo;un des cadres les plus importants du parti de Jean-Marie Le Pen.</p>
<p>Jany Le Pen a fait une dizaine de séjours en Irak, parfois accompagnée de son mari ou d&rsquo;élus FN<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_3_169" id="identifier_3_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Comme Jean-Michel Dubois, Marie-France Stirbois, Bruno Gollnisch ou encore r&eacute;cemment Farid Smahi.">4</a></sup>, au cours desquels elle fut en général reçue par le président irakien en personne, séjours qui furent le plus souvent l&rsquo;occasion de consolider les relations « diplomatiques » entre le FN et le dictateur de Bagdad, et surtout de donner à Le Pen l&rsquo;illusion d&rsquo;avoir la dimension d&rsquo;un chef d&rsquo;État. Pour parler des plus récents, notons celui effectué en décembre 2000, en violation de la résolution 670 des Nations Unies sur l&rsquo;embargo aérien, pour participer au Comité de suivi de la conférence de Bagdad pour la levée de l&rsquo;embargo, ou plus récemment encore, son séjour d&rsquo;une semaine au lendemain du rassemblement du 1er février 2003 dans le cadre de la « plate-forme européenne de solidarité avec le peuple irakien »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_4_169" id="identifier_4_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Une initiative d&rsquo;une association belge &eacute;ponyme (SOS Kinderen Irak) sans lien direct cependant avec celle de Jany Le Pen.">5</a></sup>.</p>
<p><strong>Position sur la crise actuelle</strong></p>
<p>Lors des derniers développements de la crise irakienne, le FN s&rsquo;est exprimé d&rsquo;une seule voix pour dénoncer une guerre contre l&rsquo;Irak qualifiée d&rsquo; « injuste », et ce à de nombreuses reprises aussi bien dans les médias qu&rsquo;à la tribune du Parlement européen (une trentaine d&rsquo;interventions sur le sujet !). Si Gollnisch et Marine Le Pen se sont exprimés sur le sujet, c&rsquo;est surtout Le Pen, qui n&rsquo;entend pas partager son hégémonie au sein du FN quant aux relations internationales, qui s&rsquo;est exprimé, en profitant au passage pour épingler les hésitations de Jacques Chirac : ainsi, en septembre dernier, Le Pen rappela que « l&rsquo;article 35 de la Constitution prévoit expressément que la déclaration de guerre doit être autorisée par le Parlement » ; puis, en novembre, Le Pen reprocha au chef de l&rsquo;État de ne pas avoir utilisé le droit de veto de la France au Conseil de sécurité de l&rsquo;ONU. Mais la fermeté affichée du chef de l&rsquo;État coupa court à ces critiques : le 10 février sur France-info, Le Pen admit avoir été « agréablement surpris » par Chirac, son ennemi de toujours.</p>
<p>C&rsquo;est que, en dépit de son soutien de longue date à l&rsquo;Irak, Le Pen a bien du mal à faire entendre sa voix : en accord avec le gouvernement en place et avec la grande majorité de l&rsquo;opinion, en particulier celle de gauche (les récents sondages indiquent que 80% des Français seraient opposés à la guerre), le FN n&rsquo;est pas à l&rsquo;aise, et ce pour plusieurs raisons.</p>
<p>- d&rsquo;abord, il lui est difficile de jouer les trublions provocateurs comme en 1991 (rares étaient ceux alors à critiquer l&rsquo;intervention américaine), et ses prises de positions ne lui permettent pas de se distinguer de l&rsquo; « établissement » ;</p>
<p>- ensuite, il n&rsquo;arrive pas à mobiliser en masse ses militants sur le sujet, trop éloigné de leurs préoccupations franco-françaises (le FN, pour justifier son absence visible lors de la manifestation anti-guerre du 15 février, eut le culot de prétendre avoir voulu « éviter toute provocation » !) ;</p>
<p>- enfin, et c&rsquo;est l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est à un sacré numéro de contorsionniste que se livre le FN dans son discours par rapport à l&rsquo;Irak, qui donna lieu à quelques sorties assez étonnantes.</p>
<p><strong>Un argumentaire un peu gonflé</strong></p>
<p>Le discours du Front national sur la guerre contre l&rsquo;Irak s&rsquo;articule autour de trois axes principaux : une dénonciation assez radicale de l&rsquo;impérialisme américain, un appel à la paix teinté d&rsquo;humanitarisme et une défense virulente de l&rsquo;Irak en tant que nation et en tant que peuple.</p>
<p>L&rsquo;antiaméricanisme de Le Pen n&rsquo;est pas neuf : malgré une période reaganienne dans les années 1980 et l&rsquo;influence proantlantiste de Mégret dans les années 1990, le Front national a toujours affiché une certaine méfiance à l&rsquo;égard des États-Unis, en dénonçant en particulier l&rsquo;hégémonie culturelle, assimilée au cosmopolitisme et au « mondialisme ». Poussé à l&rsquo;extrême dans le cas présent, Le Pen alla jusqu&rsquo;à demander une « rupture des relations diplomatiques avec les États-unis »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_5_169" id="identifier_5_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ais d&rsquo;abord, f&eacute;vrier 2003. Cependant, Martial Bild, directeur de Fran&ccedil;ais d&rsquo;abord, publia un erratum, affirmant que le FN consid&egrave;re la France et les &Eacute;tats-Unis comme des &laquo; alli&eacute;s &raquo;.">6</a></sup>. Et cette fois, c&rsquo;est essentiellement sur des questions économiques que le FN oriente son discours, dénonçant le « néo-colonialisme » mené par des « pays prédateurs » à la recherche du contrôle des réserves pétrolières, la « colonisation économique de l&rsquo;Irak » , Le Pen proposant même avec ironie que la devise inscrite sur les dollars américains soient désormais « in Gold we trust »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_6_169" id="identifier_6_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Conf&eacute;rence de presse &agrave; Beyrouth, 21 d&eacute;cembre 2002.">7</a></sup>… Mais, ne menant pas son analyse jusqu&rsquo;à son terme anticapitaliste, le discours frontiste finit par tourner court.</p>
<p>C&rsquo;est donc la dimension pacifiste qui prend le dessus : alors qu&rsquo;il n&rsquo;a de cesse de réclamer l&rsquo;augmentation substantielle des crédits militaires, et que son bellicisme a pu à maintes reprises s&rsquo;affirmer, le FN n&rsquo;a pas hésité à lâcher des colombes lors de son rassemblement devant l&rsquo;ambassade américaine le 1er février Le Pen, après avoir, quinze jours avant, qualifié la guerre de « fléau de l&rsquo;humanité » a affirmé que Bush, qu&rsquo;il a comparé à Hitler<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_7_169" id="identifier_7_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="sur LCI le jeudi 14 novembre 2002.">8</a></sup>, allait commettre le « premier crime contre l&rsquo;Humanité du XXIe siècle » devant les député européens le 29 janvier dernier… Au-delà des références qui permettent toujours d&rsquo;exagérer les défauts de l&rsquo;un pour mieux atténuer ceux de l&rsquo;autre, il est clair que le FN et son leader veulent frapper les esprits. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pourquoi les activités humanitaires de SOS Enfants d&rsquo;Irak sont le véritable porte-drapeau du FN dans cette affaire. Ce refus de la guerre s&rsquo;accompagne même d&rsquo;une justification d&rsquo;éventuelles ripostes terroristes, dont la dénonciation avait pourtant été le fonds de commerce du FN ces derniers mois. Ainsi, Le Pen, tout en reconnaissant que « le terrorisme existe », estima qu&rsquo;il est lié à « la politique agressive des États-unis »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_7_169" id="identifier_8_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="sur LCI le jeudi 14 novembre 2002.">8</a></sup> et que « la politique occidentale lui fournit chaque jour un nouveau terreau »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_8_169" id="identifier_9_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Discours lors du rassemblement du 1er f&eacute;vrier 2003.">9</a></sup>. Conscient que ce genre d&rsquo;arguments pourrait choquer ses sympathisants attachés à l&rsquo;idée de « choc des civilisations », Le Pen opère un habile distinguo entre les peuples du Moyen-Orient et les musulmans de nos banlieues qui selon lui profiteraient du conflit en Irak pour faire la guerre ici<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_9_169" id="identifier_10_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="cf. Fran&ccedil;ais d&rsquo;Abord Quotidien du 19 f&eacute;vrier 2003.">10</a></sup> !</p>
<p>Toute l&rsquo;habileté de Jean-Marie Le Pen réside en effet à faire admettre à ses sympathisants que les Irakiens ne sont pas « des Arabes comme les autres ». Présentant l&rsquo;Irak comme un berceau de la civilisation, évoquant dans ses discours Nabuchodonosor le fondateur de Bagdad, « la plus belle ville du monde », Le Pen a cherché à donner de ce pays l&rsquo;image d&rsquo;une nation « civilisée », « moderne », et « laïque ». Cette guerre ne sera pas « une guerre contre l&rsquo;Islam » déclara-t-il<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-et-la-guerre-contre-lirak/#footnote_8_169" id="identifier_11_169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Discours lors du rassemblement du 1er f&eacute;vrier 2003.">9</a></sup> devant ses militants, ravalant la thèse du choc des civilisations au rang de « marketing politique » et de « matraquage médiatique » !</p>
<p>La popularité de la position anti-guerre préserve pour le moment le FN d&rsquo;une trop grande contradiction avec les positions de sa base. Cependant, ses positions pro-irakiennes risquent de le mettre en difficulté à l&rsquo;avenir, comme cela a pu lui arriver à Beyrouth en décembre dernier, où personne n&rsquo;a voulu spontanément recevoir la délégation composé de Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch et leurs épouses respectives, en dehors du chef du Hezbollah, Mohammed Hussein Fadlallah ! Déjà, certains assurent leurs arrières, comme Marine Le Pen qui a tenu à rappeler que le FN n&rsquo;était pas « pour l&rsquo;Irak ou pour Saddam Hussein », mais simplement que son père défendait « la justice » et le droit international dans cette affaire…</p>
<p>Esbé</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_169" class="footnote">dans un communiqué daté du 12 février 2003</li><li id="footnote_1_169" class="footnote">Comme Jules Monnerot, alors membre du bureau politique.</li><li id="footnote_2_169" class="footnote">L&rsquo;un des dirigeants d&rsquo;ECOTEC, une société pas très nette qui payait le loyer de la maison des Le Pen.</li><li id="footnote_3_169" class="footnote">Comme Jean-Michel Dubois, Marie-France Stirbois, Bruno Gollnisch ou encore récemment Farid Smahi.</li><li id="footnote_4_169" class="footnote">Une initiative d&rsquo;une association belge éponyme (SOS Kinderen Irak) sans lien direct cependant avec celle de Jany Le Pen.</li><li id="footnote_5_169" class="footnote"><em>Français d&rsquo;abord</em>, février 2003. Cependant, Martial Bild, directeur de <em>Français d&rsquo;abord</em>, publia un erratum, affirmant que le FN considère la France et les États-Unis comme des « alliés ».</li><li id="footnote_6_169" class="footnote">Conférence de presse à Beyrouth, 21 décembre 2002.</li><li id="footnote_7_169" class="footnote">sur LCI le jeudi 14 novembre 2002.</li><li id="footnote_8_169" class="footnote">Discours lors du rassemblement du 1er février 2003.</li><li id="footnote_9_169" class="footnote">cf. <em>Français d&rsquo;Abord Quotidien</em> du 19 février 2003.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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