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	<title>REFLEXes &#187; Charles Pasqua</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>De SOS-Racisme à la LDJ ?</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Jan 2009 13:51:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Antony Attal]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Pasqua]]></category>
		<category><![CDATA[Gilles-William Goldnadel]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Claude Nataf (Michael Carlisle)]]></category>
		<category><![CDATA[Ligue de Défense Juive (LDJ)]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous l’avouons bien volontiers, le titre est volontairement provocateur et réducteur. Pourtant, cette association d’idée n’est pas que pur plaisir ou pure bêtise au regard des quelques éléments suivants, lus, vus et entendus sur nos médias nationaux. SOS Racisme, ainsi que le MRAP, la Licra et bien d’autres viennent de dénoncer l’agression de 3 adolescents [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Nous l’avouons bien volontiers, le titre est volontairement provocateur et réducteur. Pourtant, cette association d’idée n’est pas que pur plaisir ou pure bêtise au regard des quelques éléments suivants, lus, vus et entendus sur nos médias nationaux.</p>
<p>SOS Racisme, ainsi que le MRAP, la Licra et bien d’autres viennent de dénoncer l’agression de 3 adolescents par des militants de la Ligue de Défense Juive (LDJ) lors d’une distribution de tract devant le lycée Janson de Sailly à Paris le jeudi 8 janvier. Fort bien !</p>
<p>Nous ne nous étendrons pas sur cette agression, ses origines et causes profondes, ni sur cette capacité étonnante qu’a la LDJ, ou du moins son responsable Michaël Carlisle<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/de-sos-racisme-a-la-ldj/#footnote_0_367" id="identifier_0_367" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo; porte parole &raquo; de la LDJ selon Wikip&eacute;dia, mais que pour des questions de commodit&eacute; nous appellerons ici Jean-Claude !">1</a></sup>, à ne jamais assumer les actions de ses jeunes (voire parfois très jeunes) militants, généralement violents (voire parfois très violents), et leurs débordements<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/de-sos-racisme-a-la-ldj/#footnote_1_367" id="identifier_1_367" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce refus d&rsquo;assumer allant m&ecirc;me dans bien des cas, et notamment pour cette affaire, jusqu&rsquo;&agrave; la condamnation pure et simple, sympa la solidarit&eacute; &agrave; la LDJ. Ce fut aussi le cas pour l&rsquo;agression en avril 2008 de cinq personnes &agrave; la sortie d&rsquo;une soir&eacute;e de soutien &agrave; Georges Habache, en pr&eacute;sence de Georges Malbrunot auteur d&rsquo;une biographie de l&rsquo;ancien leader du FPLP sous forme d&rsquo;entretiens ou en f&eacute;vrier 2008 lors de l&rsquo;agression de deux jeunes en marge du rassemblement &agrave; la m&eacute;moire d&rsquo;Ilan Halimi &agrave; Paris. Il serait possible d&rsquo;allonger encore la liste mais cela deviendrait fastidieux&hellip;">2</a></sup>.</p>
<p>Par contre cela nous rappelle tout simplement un procès que nous avions suivi avec intérêt en novembre 2006, celui d’un des membres les plus illustres de la LDJ à l’époque, le bien nommé Antony Attal<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/de-sos-racisme-a-la-ldj/#footnote_2_367" id="identifier_2_367" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mais oui ! Ce jeune homme distingu&eacute; qui se grattait l&rsquo;entre-jambes en signe d&rsquo;expression d&rsquo;un fort m&eacute;contentement face &agrave; des contre-manifestants lors du gala de soutien &agrave; Tsahal &agrave; Levallois, sc&egrave;ne inoubliable que nous devons &agrave; l&rsquo;&eacute;quipe de Lundi Investigation de Canal +. Et qui accessoirement avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; condamn&eacute; pour faits de violences en 2004 (10 mois de prison avec sursis et 2 ans de mise &agrave; l&rsquo;&eacute;preuve), d&eacute;fendu &agrave; cette occasion par Gilles-William Goldnadel. &Eacute;tant aujourd&rsquo;hui plus souvent en Isra&euml;l qu&rsquo;en France, on le rassure, il ne manque &agrave; personne ici.">3</a></sup>. Ce dernier comparaissait alors pour la énième fois pour une agression physique commise en 2005 contre une enseignante qui faisait signer un appel de solidarité avec les travailleurs et syndicalistes palestiniens lors d’une manifestation de défense des services publics. Comme à son habitude il n’avait pas pris de risques et était accompagné de quelques amis quand même. Nous avions été fort surpris à l&rsquo;époque de voir que son avocat n’était autre que Me Léon-Lef Forster, un des avocats de SOS Racisme et de Julien Dray<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/de-sos-racisme-a-la-ldj/#footnote_3_367" id="identifier_3_367" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Julien Dray dont le fr&egrave;re cadet, Jean-Paul, &eacute;tait, pour m&eacute;moire, responsable du B&eacute;tar-Tagar en France avant de faire son Alyah et d&eacute;crit par L&rsquo;Express en juin 1994 comme &eacute;tant &laquo; un homme passionn&eacute;, capable de violence et proche de Jacques Kupfer &raquo; (sur Kupfer, ancien responsable du Betar France, du Likoud de France, puis du Likoud Mondial, signalons juste son dernier texte intitul&eacute; &laquo; Gaza doit pleurer &raquo; (sic !) et dont la phrase &laquo; Pour que notre victoire soit r&eacute;elle et efficace, un sentiment de d&eacute;faite et de d&eacute;sespoir doit submerger Gaza et TOUS ses habitants &raquo; r&eacute;sume &agrave; elle seule le ton g&eacute;n&eacute;ral de ce texte, qui bien entendu a trouv&eacute; imm&eacute;diatement sa place sur le site de la LDJ).">4</a></sup>.</p>
<p>C’est d’ailleurs au nom de SOS Racisme qu’il porta plainte l’année dernière contre Pierre Péan pour « diffamation raciale » et « discrimination raciste » à propos de son livre <em>Noires fureurs, blancs menteurs</em> (Ed. Fayard).<br />
Il est donc naturellement aujourd’hui l’avocat de Julien Dray dans ses déboires financiers avec les associations satellites de SOS-Racisme<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/de-sos-racisme-a-la-ldj/#footnote_4_367" id="identifier_4_367" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Affaires qui, vous vous en doutez, ne surprennent personne &agrave; REFLEXes.">5</a></sup>, mais… il est aussi celui de Charles Pasqua dans l’affaire de l’Angolagate, ou dans celle plus ancienne de son financement de campagne illégal pour les élections européennes de 1999.</p>
<p>Nous savons bien qu’en tant qu’avocat, on se doit de défendre tout le monde (Jacques Vergès l’a assez martelé par le passé !!)… Et finalement J. Dray et C. Pasqua n’étant guère pour nous que les deux facettes d’une même pièce, cela ne nous choque pas spécialement.<br />
Nous trouvons cependant plus étrange qu’en tant qu’avocat de SOS-Racisme on puisse non seulement défendre, mais même simplement avoir des relations avec un membre de la LDJ, sauf à penser que ce brave Antony l’aurait à l’époque choisi par hasard ? Mais est-ce crédible ?</p>
<div id="attachment_2377" style="width: 610px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/01/Attal-nov06.jpg"><img class="wp-image-2377" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/01/Attal-nov06-1024x884.jpg" alt="Antony Attal sortant de l’audience avec ses gants de velours !!! " width="600" height="518" /></a><p class="wp-caption-text">Antony Attal sortant de l’audience avec ses gants de velours !!!</p></div>
<p>Mais alors, extrapolons un peu, que ferait Me Forster s’il devait au nom de SOS-Racisme se porter partie civile contre les militants de la LDJ responsables de l’agression de jeudi dernier, et cela après en avoir défendu un des éléments les plus violents ?!<br />
Légère contradiction non ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_367" class="footnote">« porte parole » de la LDJ selon Wikipédia, mais que pour des questions de commodité nous appellerons ici Jean-Claude !</li><li id="footnote_1_367" class="footnote">Ce refus d’assumer allant même dans bien des cas, et notamment pour cette affaire, jusqu’à la condamnation pure et simple, sympa la solidarité à la LDJ. Ce fut aussi le cas pour l’agression en avril 2008 de cinq personnes à la sortie d’une soirée de soutien à Georges Habache, en présence de Georges Malbrunot auteur d’une biographie de l’ancien leader du FPLP sous forme d’entretiens ou en février 2008 lors de l’agression de deux jeunes en marge du rassemblement à la mémoire d’Ilan Halimi à Paris. Il serait possible d’allonger encore la liste mais cela deviendrait fastidieux…</li><li id="footnote_2_367" class="footnote">Mais oui ! Ce jeune homme distingué qui se grattait l’entre-jambes en signe d’expression d’un fort mécontentement face à des contre-manifestants lors du gala de soutien à Tsahal à Levallois, scène inoubliable que nous devons à l’équipe de Lundi Investigation de Canal +. Et qui accessoirement avait déjà été condamné pour faits de violences en 2004 (10 mois de prison avec sursis et 2 ans de mise à l’épreuve), défendu à cette occasion par Gilles-William Goldnadel. Étant aujourd’hui plus souvent en Israël qu’en France, on le rassure, il ne manque à personne ici.</li><li id="footnote_3_367" class="footnote">Julien Dray dont le frère cadet, Jean-Paul, était, pour mémoire, responsable du Bétar-Tagar en France avant de faire son Alyah et décrit par <em>L’Express</em> en juin 1994 comme étant « un homme passionné, capable de violence et proche de Jacques Kupfer » (sur Kupfer, ancien responsable du Betar France, du Likoud de France, puis du Likoud Mondial, signalons juste son dernier texte intitulé « Gaza doit pleurer » (sic !) et dont la phrase « Pour que notre victoire soit réelle et efficace, un sentiment de défaite et de désespoir doit submerger Gaza et TOUS ses habitants » résume à elle seule le ton général de ce texte, qui bien entendu a trouvé immédiatement sa place sur le site de la LDJ).</li><li id="footnote_4_367" class="footnote">Affaires qui, vous vous en doutez, ne surprennent personne à <em>REFLEXes</em>.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Levallois</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:39:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Pasqua]]></category>
		<category><![CDATA[Levallois-Perret]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) Il y a des villes de la banlieue parisienne où il fait bon vivre ! Se promener tranquillement en toute sécurité le long des rues piétonnes, nettoyées toutes les deux heures. Faire du shopping sans craindre d&#8217;être dévalisé, déshabillé, torturé alors que l&#8217;on [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en octobre1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois1.jpg"><img class="wp-image-2460 size-full aligncenter" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois1.jpg" alt="Levallois" width="627" height="177" /></a></p>
<p>Il y a des villes de la banlieue parisienne où il fait bon vivre ! Se promener tranquillement en toute sécurité le long des rues piétonnes, nettoyées toutes les deux heures. Faire du shopping sans craindre d&rsquo;être dévalisé, déshabillé, torturé alors que l&rsquo;on rentre tranquillement vers l&rsquo;immeuble «neuf» qui nous sert alors d&rsquo;humble logis. Et alors, rentré chez soi, on est sûr d&rsquo;être tranquille derrière sa porte triple blindage, de n&rsquo;entendre aucun bruit suspect venant de la rue et de s&rsquo;endormir facilement, bercé par les sirènes, langoureuses et rassurantes, des véhicules de police.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-1.jpg"><img class="size-medium wp-image-2461 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-1-300x254.jpg" alt="Levallois-1" width="300" height="254" /></a></p>
<p>Tel sera votre sort si vous avez la chance, l&rsquo;unique chance de vivre à Levallois-Perret. Située aux portes de Paris, cette ville des Hauts-de-Seine est un véritable petit paradis&#8230;</p>
<p>Son maire, le député RPR Balkany, est le principal instigateur du changement radical qui s&rsquo;opère depuis cinq ans environ. Cet homme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années, très proche de Charles Pasqua, a beaucoup d&rsquo;imagination et présente la particularité de savoir l&rsquo;utiliser contre ceux qu&rsquo;il veut chasser : les pauvres. Ainsi, il fait détruire tous les immeubles ayant plus de dix ans et fait reconstruire à la place des immeubles neufs, histoire tout d&rsquo;abord de les empêcher de se loger (vive les prix !).</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-2462 alignright" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-2-285x300.jpg" alt="Levallois-2" width="285" height="300" /></a><br />
Puis, vu qu&rsquo;on ne peut pas les empêcher de rentrer dans la ville et qu&rsquo;il faut bien se résoudre à les voir déambuler sur les trottoirs, le remède est simple : il faut fliquer ! Pour cela, une devise est de mise à la mairie de Levallois, «Pour obtenir de grands résultats, il faut de grands moyens». Ainsi, tout est mis en oeuvre pour que Levallois ressemble le plus possible à l&rsquo;heureuse société dont nous rêvons tous, brillamment dessinée par George Orwell dans son livre, <em>1984</em>. «Big Brother is watching you !» Tel est bien le cas aujourd&rsquo;hui à Levallois, où plus de 60 caméras (120 prévues), renseignent la police municipale armée, qui ensuite peut rapidement prévenir de son véhicule d&rsquo;intervention (voir photo 1), la police nationale seule habilitée à intervenir.<br />
C&rsquo;est alors la pleine confiance qui s&rsquo;instaure entre la police et les habitants de la ville dans un climat de solidarité, d&rsquo;entraide&#8230;</p>
<p>Qu&rsquo;il est beau de voir une ville la nuit où chaque citoyen se transforme en indicateur de police, près à lui téléphoner dès qu&rsquo;il entend un bruit suspect. Qu&rsquo;il est bon de pouvoir laisser ses enfants encore en bas âges seuls au parc sous la protection ô combien efficace ! des municipaux (voir photo 2). Qu&rsquo;il est agréable de savoir que bientôt les 85 rues de la ville seront minutieusement quadrillées, surveillées, gardées&#8230;<br />
Et pourtant, tant de confiance envers sa police, n&rsquo;est-ce pas trop présomptueux ? Est-elle réellement à la hauteur des dangers qu&rsquo;encourent les habitants ?</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-2463 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-3-300x231.jpg" alt="Levallois-3" width="300" height="231" /></a><br />
La réponse nous est donnée par le maire lui-même, qui, ne croyant pas en la totale sécurité des caméras et de leurs intervenants physiques sur le terrain, les policiers municipaux, s&rsquo;est fait construire son appartement au-dessus du commissariat de la police nationale (voir photo 3, les deux derniers étages) ! Et pourtant, l&rsquo;immeuble flambant neuf de la police municipale (photos 4 et 5), semble tout aussi confortable, si ce n&rsquo;est plus.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-4.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2464" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-4-300x211.jpg" alt="Levallois-4" width="300" height="211" /></a> <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-5.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2465" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-5-300x217.jpg" alt="Levallois-5" width="300" height="217" /></a></p>
<p>De toutes manières, vouloir habiter au-dessus des policiers nationaux dans une ville où toutes les rues sont sous haute surveillance, relève de la paranoïa aiguë. Bien qu&rsquo;il faille noter que, depuis avril 1993, date à laquelle la Commission nationale informatique et libertés (!) a demandé à la mairie de Levallois de «faire procéder au réglage des caméras de manière à éviter toute visualisation des entrées d&rsquo;immeubles et, a fortiori, de l&rsquo;intérieur des appartements», on n&rsquo;est plus totalement sûr d&rsquo;être en toute sécurité chez soi.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-6.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2466" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-6-300x225.jpg" alt="Levallois-6" width="300" height="225" /></a> <a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-7.jpg"><img class="alignnone size-medium wp-image-2467" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2007/01/Levallois-7-300x295.jpg" alt="Levallois-7" width="300" height="295" /></a><br />
On comprend alors pourquoi il ne restait plus à ce paranoïaque maniaque de la sécurité que les deux derniers étages du commissariat.</p>
<p>Moralité : Habitants de cette triste ville, tremblez, les pauvres peuvent encore venir troubler votre petit bonheur sous surveillance !</p>
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		<title>Lois racistes et code de la nationalité : halte au développement séparé</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Dec 2006 11:59:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Pasqua]]></category>
		<category><![CDATA[immigration]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en juin1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes) &#160; La droite l&#8217;avait annoncé dans son programme et sur ce point, à n&#8217;en pas douter, elle tient toutes ses promesses. Car attaquer les étrangers ne coûte pas cher, à la différence de s&#8217;attaquer aux problèmes de l&#8217;exclusion. L&#8217;immigré comme le Juif des [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en juin1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>La droite l&rsquo;avait annoncé dans son programme et sur ce point, à n&rsquo;en pas douter, elle tient toutes ses promesses. Car attaquer les étrangers ne coûte pas cher, à la différence de s&rsquo;attaquer aux problèmes de l&rsquo;exclusion. L&rsquo;immigré comme le Juif des années 1930 remplit bien son rôle : celui du bouc émissaire. Le racisme se développe et avec lui son corollaire de haine et de xénophobie dans toute l&rsquo;Europe&#8230; Les replis communautaires seront rapidement les seules solutions envisagées si ne se construisent pas des mouvements et des luttes mettant au premier plan les questions sociales (logement, travail, chômage, etc.).</strong></p>
<p>Pasqua est fier et serein. Les nouvelles lois qui vont être votées au cours des mois de juin et juillet vont permettre de réduire le peu de droits des étrangers en France. Avec la loi sur le code de nationalité (voir <em>No Pasaran</em> n° 7), la précarisation et l&rsquo;insécurisation de la population immigrée continue.</p>
<p><strong>Un apartheid soft&#8230;</strong></p>
<p>Pour ne prendre que quelques exemples :</p>
<p>- <strong>Limitations de l&rsquo;attribution de plein droit de la carte de résident</strong> :<br />
La carte de résident qui était attribuée de plein droit à l&rsquo;enfant d&rsquo;un ressortissant de nationalité française &#8211; ainsi qu&rsquo;aux ascendants, à l&rsquo;étranger père ou mère d&rsquo;un enfant français &#8211; pourra ne pas l&rsquo;être pour &laquo;&nbsp;motif d&rsquo;ordre public&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;sous réserve de la régularité du séjour&nbsp;&raquo;, quant au conjoint d&rsquo;un ressortissant de nationalité française, il devra en plus être &laquo;&nbsp;marié depuis au moins un an&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;justifier d&rsquo;une communauté de vie effective&nbsp;&raquo;.<br />
Ne peuvent plus l&rsquo;obtenir : les étudiants en France depuis plus de 10 ans ; l&rsquo;étranger qui justifie, par tout moyen, résider en France habituellement depuis qu&rsquo;il a atteint au plus l&rsquo;âge de 10 ans ; l&rsquo;étranger polygame ; l&rsquo;épouse d&rsquo;un tel ressortissant.</p>
<p>-<strong>Reconduite à la frontière/expulsion</strong> :<br />
L&rsquo;arrêté de reconduite à la frontière comporte de plein droit l&rsquo;interdiction du territoire pour une durée de un an&#8230;<br />
N&rsquo;est plus protégé &laquo;&nbsp;l&rsquo;étranger qui justifie, par tout moyen, résider en France habituellement depuis qu&rsquo;il a atteint au plus l&rsquo;âge de 10 ans, l&rsquo;étudiant quelle que soit la durée de son séjour, l&rsquo;étranger marié depuis moins de 1 an dont le conjoint est de nationalité française, au-delà il ne sera protégé que si la communauté de vie entre les époux est effective.&nbsp;&raquo;<br />
En cas de condamnation définitive &laquo;&nbsp;à une peine d&rsquo;emprisonnement ferme au moins égale à 5 ans&nbsp;&raquo;, sont expulsables &laquo;&nbsp;l&rsquo;étranger qui justifie par tout moyen, résider habituellement en France depuis plus de 15 ans&nbsp;&raquo;, ou &laquo;&nbsp;qui réside régulièrement en France depuis plus de 10 ans&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&rsquo;étranger marié à un conjoint de nationalité française&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&rsquo;étranger père ou mère d&rsquo;un enfant français&nbsp;&raquo;.</p>
<p>- <strong>Regroupement familial</strong> :<br />
N&rsquo;est possible qu&rsquo;après deux ans de séjour au lieu d&rsquo;un an, à condition que la présence des membres de la famille ne constitue pas une menace à l&rsquo;ordre public, que les membres de la famille soient exempts de maladie ou d&rsquo;infirmité mettant en danger la santé publique&#8230;</p>
<p>Ne peuvent bénéficier du regroupement familial un autre conjoint d&rsquo;un étranger polygame et les enfants de ce conjoint.</p>
<p>- <strong>Demande d&rsquo;asile</strong> :<br />
Vue l&rsquo;harmonisation européenne (les conventions de Schengen et de Dublin), la demande doit être faite dans le premier pays d&rsquo;arrivée. De plus, c&rsquo;est au ministre de l&rsquo;Intérieur ou au représentant de l&rsquo;État dans le département et à Paris au Préfet de Police d&rsquo;apprécier la validité de la demande !</p>
<p>Etc., etc. Comparé au discours du Front national, on peut remarquer la similitude de l&rsquo;état d&rsquo;esprit :</p>
<p>- Être français, ça se mérite.<br />
- Pour pouvoir rester (sans droit politique bien évidemment), il faut travailler (sans lutter), ne commettre aucun délit, s&rsquo;assimiler à la culture française.</p>
<p>Depuis plusieurs années, l&rsquo;immigration est prise comme cible. Une des conséquences est le repli sur soi des différentes communautés. En resserrant leurs liens, celles-ci espèrent pouvoir résister, et surtout par une solidarité et une entraide internes, pouvoir faire face au racisme d&rsquo;État. Si le repli communautaire est légitime et peut permettre de ressouder et de recréer une mémoire et des liens, il doit articuler sa propre dynamique avec des mouvements de lutte, qui se battent pour que chaque résident quelle que soit sa nationalité puisse bénéficier des mêmes droits que les nationaux. Et donc s&rsquo;intégrer aux luttes sociales qui doivent se développer pour faire face aux exclusions.</p>
<p><strong>Une Europe forteresse</strong></p>
<p>Comme nous le mentionnons maintenant depuis plusieurs années dans <em>REFLEXes</em>, les lois concernant l&rsquo;immigration en France sont une harmonisation et une adaptation aux mesures européennes. En effet, sur cette question, l&rsquo;accord entre les Européens pour limiter le nombre d&rsquo;étrangers sur leur sol et construire des remparts étanches aux frontières avec le Sud et l&rsquo;Est est presque parfait. Même si les Accords de Schengen ont pris quelque retard, la France refusant le principe de la libre circulation le premier janvier 1993, estimant qu&rsquo;il y avait encore trop de zones d&rsquo;ombre, il y a bien dans ce domaine une volonté commune. Pour le droit d&rsquo;asile, l&rsquo;harmonisation était difficile. Les différences entre pays européens sur l&rsquo;accueil de tel ou tel réfugié correspondait jusqu&rsquo;alors au passé colonial de chaque État. Aujourd&rsquo;hui, tout semble réglé. Un demandeur d&rsquo;asile ne pourra faire sa demande que dans un seul pays. Mais plus grave encore, on voit apparaître un concept nouveau : &laquo;&nbsp;un réfugié devra déjà tenter de se réfugier au sein de son territoire dans des zones qui lui seraient plus favorables&nbsp;&raquo;. On voit bien toutes les conséquences de ce type d&rsquo;argument dans le cas de l&rsquo;ex-Yougoslavie : les Bosniaques persécutés peuvent aller se réfugier dans les &laquo;&nbsp;réserves&nbsp;&raquo; de Bosnie sous protection de l&rsquo;ONU&#8230; Ainsi les Bosniaques n&rsquo;ont pas le droit aujourd&rsquo;hui au statut de réfugié, mais sont admis au nom d&rsquo;un asile temporaire, qui ne leur donne aucun droit.</p>
<p>Politique commune des visas, du regroupement familial, des procédures d&rsquo;éloignement, fichier informatisé pour traiter tous ces problèmes, l&rsquo;Europe, décidément, prend grand soin d&rsquo;établir une barrière et ainsi d&rsquo;affirmer qu&rsquo;elle restera avant tout &laquo;&nbsp;blanche et chrétienne&nbsp;&raquo;&#8230;</p>
<p><strong>Le discours raciste de gauche&#8230;</strong></p>
<p>Comme le rappelle un tract du MRAP de Limoges (voir <em>le Canard Enchaîné</em> du 2 juin), on aura toujours besoin des étrangers pour ramasser les poubelles, construire des routes, etc. Et au nom de ce besoin, il ne faut pas faire de l&rsquo;immigré un bouc émissaire des problèmes de chômage et d&rsquo;exclusion ; un autre tract du Collectif de défense des étrangers de Rennes apporte lui aussi quelques révélations : &laquo;&nbsp;Ce texte est dangereux (la modification du code), il contribue avec d&rsquo;autres mesures à mettre en cause la cohésion sociale et civique de ce pays&nbsp;&raquo;. Et pour la manifestation du 19 juin, appelée par plus de cinquante organisations, on peut lire : &laquo;&nbsp;Ce serait une politique de discrimination, d&rsquo;exclusion et de bannissement qui ne peut conduire qu&rsquo;à plus de tensions sociales&nbsp;&raquo;&#8230; Si l&rsquo;on comprend bien la teneur de ces quelques exemples, ce ne sont pas les exclusions qui sont facteurs de tensions sociales mais les lois Pasqua ; nous ne pouvons qu&rsquo;être en total désaccord, et opposés à ces explications. En effet, il faut au contraire que les luttes pour les droits des étrangers soient couplées avec les luttes pour les droits sociaux. Il est légitime de se battre pour obtenir un logement, des conditions de vie dignes. Ce qui est facteur de tensions sociales, c&rsquo;est le RMI, la précarité, le chômage, la cherté de la vie, etc. Les associations des droits de l&rsquo;homme, déconsidérées pour avoir accepté sous la gauche la remise en cause du droit d&rsquo;asile, du regroupement familial ou la non abolition de la double peine, sont incapables de sortir d&rsquo;une logique, qui finit par pervertir les idées antiracistes ; ce n&rsquo;est pas parce que les immigrés ont construit la France que nous voulons qu&rsquo;ils restent et puissent venir, mais bien parce que si l&rsquo;argent et le capital peuvent circuler librement dans le monde, ceux qui subissent la famine, l&rsquo;exploitation et la domination du Nord doivent eux aussi pouvoir circuler. En faisant de la question de la main-d&rsquo;oeuvre, l&rsquo;élément numéro un de la défense des étrangers, elles donnent raison au FN et à la droite qui disent : on n&rsquo;en a plus besoin aujourd&rsquo;hui comme dans les années 1960. D&rsquo;ailleurs, Pasqua et son conseiller Barreau n&rsquo;oublient pas de rappeler que s&rsquo;il faut arriver à une immigration zéro, on n&rsquo;en fera pas moins appel sous forme de quotas par nationalité et secteurs de travail à de la main-d&rsquo;oeuvre étrangère ; ce qui avait déjà été souligné du temps de Joxe. On veut bien des immigrés (sages et polis) se laissant exploiter le plus docilement du monde. L&rsquo;esclavage moderne, une grande idée humaniste à défendre pour nos assos des droits de l&rsquo;homme. Dans ce cadre, une partie des assos, et notamment la FASTI (Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés), doit rappeler un certain nombre de choses, notamment les luttes menées à partir des années 1970, de la place des immigrés dans le mouvement ouvrier, etc.</p>
<p>La recomposition de la gauche sur les problèmes d&rsquo;immigration pose un certain nombre de questions. Non seulement d&rsquo;un point de vue moral ; mais aussi d&rsquo;un point de vue idéologique quand est mise en avant l&rsquo;intégration aux valeurs de la République (en occultant le passé colonial, raciste, etc.) du &laquo;&nbsp;bon immigré&nbsp;&raquo; opposé au &laquo;&nbsp;délinquant&nbsp;&raquo;. De plus, signer n&rsquo;engage pas à grand-chose, comme on l&rsquo;a vu pour la mobilisation contre le code à l&rsquo;Assemblée nationale, où à l&rsquo;appel de 50 organisations étaient présentes 500 personnes&#8230;</p>
<p>Pour nous, il s&rsquo;agit bien de couper avec tous ces schémas de pensée et d&rsquo;action et enfin de créer une force sociale neuve. En articulant nouvelle citoyenneté et lutte pour un partage des richesses au niveau mondial, nous estimons qu&rsquo;il est légitime que tout ceux qui traversent la Méditerranée reçoivent notre aide, qu&rsquo;ils soient réfugiés économiques ou politiques ; d&rsquo;ailleurs, dans la plupart des cas, ces notions ne peuvent être disjointes. Nous estimons légitime que tous ceux qui résident ici puissent rester ici, quelles que soient leur situation sociale et économique : chômeur, précaire, travailleur.</p>
<p>Face à l&rsquo;Europe-forteresse, nous devons développer de nouvelles solidarités transnationales pour reconstruire un projet d&rsquo;émancipation sociale, seul capable de s&rsquo;opposer aux projets d&rsquo;exclusion de droite et de gauche, et a fortiori aux extrêmes droites. Avec les lois Pasqua et le Code de la nationalité, un nouveau pas vient d&rsquo;être franchi dans la gestion partidaire de notre société. En pointant le doigt sur les étrangers, la droite espère pouvoir contenir le Front national et faire plaisir à une large fraction de l&rsquo;opinion. L&rsquo;Histoire a déjà démontré l&rsquo;erreur d&rsquo;un tel raisonnement&#8230; mais au prix de combien de millions de morts ?</p>
<p><em>Mis en ligne le 10 décembre 2006</em></p>
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		<title>Ces anciens fachos qui nous gouvernent</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Dec 2006 16:29:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme l&#8217;extrême gauche (trotskiste ou maoïste&#8230;) a pu fournir au Parti socialiste de nombreux députés et membres de l&#8217;appareil, l&#8217;extrême droite a servi pendant longtemps de réservoir de cadres pour la droite. Qui sont-ils ? Pour les militants activistes, les partis établis étaient le seul débouché jusqu&#8217;à l&#8217;installation du FN dans la vie politique. La [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comme l&rsquo;extrême gauche (trotskiste ou maoïste&#8230;) a pu fournir au Parti socialiste de nombreux députés et membres de l&rsquo;appareil, l&rsquo;extrême droite a servi pendant longtemps de réservoir de cadres pour la droite. Qui sont-ils ?</strong></p>
<p>Pour les militants activistes, les partis établis étaient le seul débouché jusqu&rsquo;à l&rsquo;installation du FN dans la vie politique. La droite a recyclé trois générations de militants d&rsquo;extrême droite qui se retrouvent aujourd&rsquo;hui aux postes de commande des partis ou de l&rsquo;État. La première génération sera celle des partisans de l&rsquo;Algérie française (Hubert Bassot, Alain Griotteray, Jean Taoussan&#8230;), la deuxième (Patrick Devedjan, Gérard Longuet, Alain Madelin&#8230;) vient d&rsquo;Occident. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;après l&rsquo;échec du Parti des forces nouvelles, ou celui du GUD que certains activistes rallieront la droite classique (Gérard Ecorcheville, Alain Robert, Philippe Guignache, José Bruneau de la Salle, Hervé Novelli, Serge Didier, Guy Teissier&#8230;). Le passage vers l&rsquo;extrême droite ne s&rsquo;est pas fait directement, la plupart de ces anciens fascistes a été retraitée par «la machine Albertini». Sous ce terme, on désigne les instituts (Institut d&rsquo;histoire sociale (IHS), Institut supérieur du travail (IST), la revue <em>Est-Ouest</em>) fondés par Georges Albertini, un ancien collaborateur cadre du Rassemblement national populaire ; l&rsquo;obsession de ces boîtes à penser est l&rsquo;anticommunisme ; ce qui est une passerelle idéale entre la droite, l&rsquo;extrême droite voire même une partie de la gauche anticommuniste<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/ces-anciens-fachos-qui-nous-gouvernent/#footnote_0_268" id="identifier_0_268" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ainsi Andr&eacute; Bergeron a pr&eacute;sid&eacute; l&rsquo;Institut Sup&eacute;rieur du Travail. cf Ren&eacute; Monzat Enqu&ecirc;tes sur la droite extr&ecirc;me p. 279.">1</a></sup>. Roland Gaucher écrira à propos de ces instituts «Tout ce que je puis dire à ce sujet, c&rsquo;est qu&rsquo;un certain nombre de ces récupérés (Madelin, Ecorcheville, Van Ghele., Nicolas Tandler&#8230;) sont passés par la machine à laver ultra-silencieuse de feu Albertini et de l&rsquo;IST»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/ces-anciens-fachos-qui-nous-gouvernent/#footnote_1_268" id="identifier_1_268" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="RLP Hebdo n&deg;139 janvier 1984 cit&eacute; par Ren&eacute; Monzat op. cit. p.281.">2</a></sup>.<br />
L&rsquo;autre centre de retraitement des activistes d&rsquo;extrême droite est le Centre national des indépendants (et paysans) ; créé en 1949, ce parti permit à d&rsquo;anciens pétainistes de se refaire une virginité politique ; constitué de notables, il végéta jusqu&rsquo;au milieu des années 1970 où après avoir été violemment gaulliste, il se rapprocha du RPR. À la fin des années 1970 et pendant les années 1980, il accueillit de nombreux activistes, en particulier du Parti des forces nouvelles. Alain Robert, Hervé Novelli, Philippe Guignache, Yves Van Ghele, entre autres, sont passés par le CNIP avant de rejoindre la droite classique. Le CNIP était le carrefour idéal et nombre de personnalités d&rsquo;extrême droite en ont été membres : Pierre Sergent (avant le FN), Yvon Briant (après le FN), Michel de Rostolan (avant le FN)&#8230;</p>
<p>Deux partis vont largement accueillir les anciens fascistes, au RPR on trouvera le plus d&rsquo;activistes d&rsquo;extrême droite auprès de Charles Pasqua (Patrick Devedjan, Bruno Tellenne, Jean Taoussan, Jean-Jacques Guillet&#8230;) ainsi qu&rsquo;à l&rsquo;UDF ; c&rsquo;est au Parti républicain que l&rsquo;on retrouve Alain Griotteray, Hubert Bassot, Alain Madelin, Gérard Longuet, Guy Tessier, Serge Didier, Hervé Novelli. Une fois ralliés à la droite, leurs ascensions seront diverses mais certains atteindront des postes-clefs.</p>
<p>•<strong>Les sinistres ministres</strong></p>
<p>- Alain Madelin, né le 26 mars 1946 à Paris. En 1963, il est à la Fédération des étudiants nationalistes où il est responsable de l&rsquo;action militante. Il sera blessé à l&rsquo;entrée du lycée Turgot dans une bagarre entre lycéens communistes et membres de la FEN. De 1964 à 1968, il fonde et anime le mouvement activiste Occident, il sera membre du commando d&rsquo;Occident qui attaqua le 12 janvier 1967 des étudiants de gauche à Mont Saint-Aignan : cette attaque fera un blessé grave. Il quitte Occident juste avant mai 1968, pour rallier deux ans plus tard Albertini à <em>Est-Ouest</em>. Il est directeur de publication du journal antisocialiste <em>Spécial banlieue</em> lors de la campagne présidentielle de 1974. Ce journal financé par le patronat est créé par la société SERVICE dirigée par cinq anciens d&rsquo;Ordre nouveau dont Gérard Penciolelli<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/ces-anciens-fachos-qui-nous-gouvernent/#footnote_2_268" id="identifier_2_268" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aujourd&rsquo;hui patron de presse proche du FN (Minute, Le Choc du mois, Enqu&ecirc;te sur l&rsquo;histoire&hellip;).">3</a></sup>. Il rallie les Républicains indépendants, devient l&rsquo;adjoint de Hubert Bassot, puis secrétaire national, avant d&rsquo;être élu député en 1978, 1981, 1986, 1988 et 1993. Ministre en 1986, il l&rsquo;est à nouveau en 1993. Il est membre, comme Margaret Thatcher, du Mont-Pèlerin, association néolibérale adepte des théories de Milton Frydman.</p>
<p>- Gérard Longuet, fondateur d&rsquo;Occident comme son compère Madelin. Il y est chargé de la doctrine, il fonde le GUD, puis quitte Occident avant 1968. Il est actionnaire de la société SERVICE spécialisée dans les coups politiques anticommunistes et antisocialistes. Lui aussi membre du Parti républicain, sera ministre en 1986 et en 1993. C&rsquo;est un proche d&rsquo;Alain Madelin.</p>
<p>•<strong>Les députés</strong></p>
<p>- Charles Millon président du groupe UDF à l&rsquo;Assemblée nationale, militait pour l&rsquo;Algérie française. À vingt ans en 1965, il est membre du club contre-révolutionnaire l&rsquo;Astrolabe de Michel Delsol. Il fonde en 1966 le club Charles Péguy puis dirige en 1968 le mouvement autonome des étudiants lyonnais. C&rsquo;est un catholique pratiquant, favorable à la peine de mort et opposé à l&rsquo;avortement.</p>
<p>- Alain Griotteray est né en 1922 et sera résistant pendant le Seconde Guerre mondiale. Favorable à l&rsquo;Algérie française, il sera en 1963 actionnaire et cofondateur de <em>Minute</em>. Depuis 1978, il est éditorialiste au <em>Figaro-magazine.<br />
</em><br />
- Serge Didier, élu député de la 3e circonscription de la Haute-Garonne, est né le 24 octobre 1951 ; c&rsquo;est un ancien du groupe solidariste Mouvement jeune révolution et du Groupe action jeunesse ; par ailleurs, il était l&rsquo;organisateur toulousain des réunions de <em>Nouvelle École</em>. Il est membre du Parti républicain, adjoint du maire de Toulouse depuis 1983 et conseiller régional depuis 1986.</p>
<p>- Philippe de Villiers, député de Vendée, principal animateur du mouvement de droite extrême «Combat pour les valeurs» était en 1968 royaliste tendance Restauration nationale.</p>
<p>- Guy Tessier, député de la 6e circonscription des Bouches-du-Rhône, est un ancien officier parachutiste et membre du Parti des forces nouvelles, avant de rentrer en 1978 au Parti républicain. Il est conseiller général depuis 1982, maire du sixième secteur de Marseille de 1983 à 1989 et conseiller municipal. Il est élu député en 1988, mais à la suite de l&rsquo;annulation, il est battu par Bernard Tapie en janvier 1989.</p>
<p>- Hervé Novelli, né le 6 mars 1949 à Paris, serait un des fondateurs d&rsquo;Ordre nouveau, il quitte le PFN pour le CNIP avant de rejoindre le Parti républicain dont il sera désigné secrétaire en 1992. Il fut chef de cabinet d&rsquo;Alain Madelin.</p>
<p>- Yann Piat. Cette ancienne du Front national auquel elle avait adhéré en 1972 fut la seule élue du FN en 1988, ce qui lui vaudra une place au Bureau politique. Exclue peu après, elle est réélue dans la 3e circonscription du Var avec 53,7% des voix en 1992.</p>
<p>- Hubert Bassot est un ancien militant d&rsquo;extrême droite. Partisan de l&rsquo;Algérie française, il sera directeur du journal <em>l&rsquo;Esprit public</em> (créé en 1960 pour servir de relais politique à l&rsquo;OAS-Métro). Il participa en 1963 à la création du Rassemblement pour l&rsquo;esprit public qui se voulait le prolongement légal des partisans de l&rsquo;Algérie française. En 1965, il soutient la candidature de Tixier-Vignancourt puis celle de Jean Lecanuet avant de rejoindre deux ans plus tard les Républicains indépendants. Conseiller de Giscard, il est l&rsquo;intermédiaire entre les activistes de l&rsquo;ex-Ordre nouveau et les Républicains indépendants pour les services d&rsquo;ordre. Député depuis 1978.</p>
<p><strong>• Les Conseillers</strong></p>
<p>Charles Pasqua semble avoir une prédilection pour recruter ses conseillers dans l&rsquo;extrême droite. En effet en 1988 on trouve dans son cabinet :</p>
<p>- Bruno Tellenne, son nègre pour ses discours les plus musclés, animateur du groupe Jalons ; il est aujourd&rsquo;hui resté au Sénat.</p>
<p>- Jean Taousson était chargé des relations avec les Français musulmans. Ancien de l&rsquo;OAS, c&rsquo;est un des amis de Pierre Lagaillarde, il est aussi un lobbyste efficace pour l&rsquo;Afrique du Sud.</p>
<p>- Patrick Devedjan, chargé des relations entre l&rsquo;état-major du RPR et les fédérations. C&rsquo;est un ancien d&rsquo;Occident.<br />
En 1992 il va recruter :</p>
<p>Jean-Jacques Guillet, proche d&rsquo;Occident, c&rsquo;est un ami de Pierre Pasqua (le fils de Charles) ;</p>
<p>Alain Robert, animateur d&rsquo;Occident (créé en 1964), il a fait partie du commando qui avait attaqué le 2 juin 1964 le cinéma «le Savoie». Il participe à la tendance européaniste et nationaliste ; en 1966, il est responsable du service d&rsquo;ordre et membre du comité central, il dirige le GUD en 1968. Il est condamné à un an de prison avec sursis pour avoir attaqué un groupe d&rsquo;étudiants de gauche à Mont-St-Aignan près de Rouen. Responsable d&rsquo;Ordre nouveau, il participe à la création du Front national, il en sera secrétaire général le 5 octobre 1972. Après la dissolution d&rsquo;Ordre nouveau, il crée Faire Front puis le PFN, avant de rejoindre le CNIP. Animateur du Mouvement national des élus locaux, il s&rsquo;occupe au cabinet de Pasqua des relations avec les collectivités territoriales ;<br />
William Abitbol, lui aussi est un ancien d&rsquo;Occident. Ami de Guillet et de Pasqua fils, il est président de l&rsquo;agence Marianne conseil en stratégie et études d&rsquo;opinion.</p>
<p>•<strong>Les seconds couteaux</strong></p>
<p>On peut citer dans cette liste :</p>
<p>- Philippe Guignache, CNI, ami d&rsquo;Alain Robert ; c&rsquo;est un ancien du GUD.</p>
<p>- José Bruneau de la Salle : ancien d&rsquo;Ordre nouveau (il a été membre du Bureau politique), il rejoint le PFN (membre du Comité central) et a été conseiller d&rsquo;arrondissement à Paris sur une liste RPR.</p>
<p>- Yves Van Ghele : basé à Aulnay-sous-Bois, cet ancien phalangiste libanais est membre du CNI et ami d&rsquo;Alain Robert.</p>
<p>Tous ces anciens activistes assurent que leurs engagements à l&rsquo;extrême droite étaient des erreurs de jeunesse. Mais ils n&rsquo;ont rejoint la droite que parce que l&rsquo;extrême droite ne leur fournissait pas de débouchés politiques. C&rsquo;est maintenant, pour une grande part, le FN qui attire les transfuges de la droite extrême. Qui peut nous assurer que ces anciens fascistes ne rallieront pas à nouveau l&rsquo;extrême droite si celle-ci est capable de leurs fournir des postes satisfaisant leurs ambitions politiques ? Le cas de Gérard Ecorcheville est éclairant. Cet ancien d&rsquo;Occident, fondateur du GUD, participa à l&rsquo;aventure d&rsquo;Ordre nouveau (il sera même membre du Conseil national d&rsquo;ON en 1970). Retraité par la machine Albertini, il se rapproche du RPR via Alain Robert (dont il est le beau-frère) ; élu RPR à Gennevilliers, il annonce lors d&rsquo;une campagne municipale qu&rsquo;il ne verrait aucun inconvénient à voter pour le candidat du FN si celui-ci le devançait au premier tour. Il rallia ensuite le Front National.</p>
<p>Publié en juin 1993</p>
<p><em>Mis en ligne le 7 décembre 2006</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_268" class="footnote">Ainsi André Bergeron a présidé l&rsquo;Institut Supérieur du Travail. cf René Monzat <em>Enquêtes sur la droite extrême</em> p. 279.</li><li id="footnote_1_268" class="footnote"><em>RLP Hebdo</em> n°139 janvier 1984 cité par René Monzat op. cit. p.281.</li><li id="footnote_2_268" class="footnote">Aujourd&rsquo;hui patron de presse proche du FN (<em>Minute</em>, <em>Le Choc du mois</em>, <em>Enquête sur l&rsquo;histoire</em>&#8230;).</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Le Front National sarkophage</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2005 15:36:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Depuis que Sarkozy est arrivé place Beauvau, le Front national semble sans voix : aussitôt, le personnel politique et les médias se sont empressés de parler d&#8217;un « effet Sarkozy ». Quelle est la réalité et quelle est la nouveauté de ce phénomène si on le compare à l&#8217;époque où Pasqua était ministre de l&#8217;Intérieur, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Depuis que Sarkozy est arrivé place Beauvau, le Front national semble sans voix : aussitôt, le personnel politique et les médias se sont empressés de parler d&rsquo;un « effet Sarkozy ». Quelle est la réalité et quelle est la nouveauté de ce phénomène si on le compare à l&rsquo;époque où Pasqua était ministre de l&rsquo;Intérieur, et comment le FN y fait-il face ?</strong></p>
<p>La droite au pouvoir ne fait que rarement l&rsquo;affaire du Front national. Si ses pratiques et ses discours apportent de l&rsquo;eau au moulin des idées de l&rsquo;extrême droite, sa position à la tête de l&rsquo;État gêne le parti de Jean-Marie Le Pen, qui voit appliquer avec conviction, à sa place, des pans entiers de son programme. Pourtant, à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opposition, le FN trouve en général le moyen de se faire remarquer et de pousser ses camarades de la droite libérale dans leurs retranchements. Or, depuis que Nicolas Sarkozy est au ministère de l&rsquo;Intérieur, il semble que l&rsquo;extrême droite patine et peine à réagir : il y aurait désormais un « effet Sarkozy », qui déstabiliserait le Front national en général, et son leader en particulier en s&rsquo;assumant « <em>de droite et sans complexe</em> », mais « <em>dans le respect des valeurs républicaines</em> ».<br />
Il convient tout d&rsquo;abord de noter que cette situation n&rsquo;est peut-être pas si nouvelle qu&rsquo;il y paraît. En effet, l&rsquo;arrivée d&rsquo;une droite décomplexée au pouvoir et celle d&rsquo;un ministre de l&rsquo;Intérieur tonitruant et gesticulant fait immanquablement penser à celle de Charles Pasqua place Beauvau en 1986 ou en 1993. À l&rsquo;époque, Pasqua annonçait que « <em>la peur allait changer de camp</em> » et qu&rsquo;il allait « <em>terroriser les terroristes</em> ». Et pourtant, dans les deux cas, ces déclarations fracassantes se sont accompagnées des percées électorales les plus spectaculaires du Front National, au grand désespoir de la droite. Et, de fait, la corrélation entre les deux phénomènes semblait simple à expliquer : les électeurs préfèrent toujours l&rsquo;original à la copie. Il semble donc judicieux, pour mettre en perspective l&rsquo;attitude de Sarkozy face au FN, de la comparer à celle de son homologue de droite dans les années 1980 et 1990.</p>
<h3>Sarko n&rsquo;est pas Pasqua</h3>
<p>Notons que la personnalité du sinistre de l&rsquo;Intérieur joue ici un rôle non négligeable : il suffit de comparer le parcours de Pasqua et celui de Sarkozy pour s&rsquo;en convaincre.<br />
Une génération les sépare : Charles Pasqua, issu d&rsquo;un milieu plutôt modeste, est né en 1927<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_0_236" id="identifier_0_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Informations tir&eacute;es de &ldquo;Tu parles, Charles !&rdquo;, Les dossiers du Canard, 1994">1</a></sup> ; le père de Sarko, aristocrate hongrois réfugié à Paris, est né en 1928. Élevé dans un milieu bourgeois, Sarkozy fait son droit tandis qu&rsquo;au même âge, Pasqua est représentant de commerce chez Ricard. C&rsquo;est assez tardivement, à 34 ans, que Pasqua rejoint l&rsquo;UNR, par l&rsquo;intermédiaire du SAC, police parallèle et service d&rsquo;ordre du parti gaulliste, connu pour sa violence et ses liens avec le milieu. Sarkozy, lui, rejoint la permanence de l&rsquo;UDR de Neuilly-sur-Seine à 19 ans, avant de passer au RPR, le nouveau parti de Jacques Chirac, et de grimper rapidement dans l&rsquo;appareil. En 1975, le « petit jeune » est d&rsquo;ailleurs repéré par Charles Pasqua, l&rsquo;un des fondateurs du RPR, alors secrétaire de la fédération des Hauts-de-Seine. Mais le petit Sarko va doubler le vieux briscard pour le poste de la mairie de Neuilly&#8230;<br />
Au-delà des parcours individuels, c&rsquo;est aussi l&rsquo;entourage de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre qui fait la différence. Dans la bande à Pasqua, outre ses anciens amis du SAC, on retrouve d&rsquo;anciens militants d&rsquo;extrême droite : le bien connu Alain Robert, ancien secrétaire général d&rsquo;Ordre nouveau ; William Abitbol, conseiller technique de Charlie, militant d&rsquo;Occident dans les années 1960 ; Jean-Jacques Guillet, député d&rsquo;Ile-de-France et bras droit de Pasqua au RPF et lui aussi ancien d&rsquo;Occident&#8230; Tandis que dans les dîners chez les Sarkozy, on côtoie des grands patrons (Martin Bouygues, François Pinault), des acteurs (Christian Clavier, Jean Reno), des sportifs (Fabrice Santoro, Daniel Bravo), des publicitaires&#8230; Ses seuls amis qui font un peu désordre sont ceux qui ont été condamnés pour corruption et abus de bien sociaux, comme Alain Carignon.<br />
En conclusion, bien que loin d&rsquo;être le seul élément de réponse, le fossé qui séparent les deux hommes dans leur parcours et dans leurs relations explique en partie ce qui les différencie dans leur relation au FN et dans la façon dont ce dernier les juge et se positionne par rapport à eux.</p>
<h3>Pasqua et le FN</h3>
<p>Plus précisément, l&rsquo;attitude des deux hommes à l&rsquo;égard de l&rsquo;extrême droite ne leur accorde pas la même position dans leur opposition de façade au Front national.<br />
Celle de Charles Pasqua est loin d&rsquo;avoir été constante. En 1983, il défendait les mérites d&rsquo;accords locaux avec le FN ; en 1984, il rencontre Le Pen à son domicile, affirmant à l&rsquo;issue de l&rsquo;entretien être « d&rsquo;accord sur l&rsquo;essentiel », déclaration qui précéda de peu celle, fameuse, sur ses « valeurs communes » avec le FN. Joël Gali-Papa<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_1_236" id="identifier_1_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ami de Pierre Pasqua qu&rsquo;il c&ocirc;toya au sein du GUD. Il a fond&eacute; le Centre d&rsquo;&eacute;tudes de la Soci&eacute;t&eacute; Fran&ccedil;aise qui visait &agrave; radicaliser le discours des jeunes chiraquiens. Membre de l&rsquo;association Solidarit&eacute; et D&eacute;fense des Libert&eacute;s dont l&rsquo;objectif &eacute;tait de &laquo;&nbsp;r&eacute;veiller la droite&nbsp;&raquo;, il a &eacute;t&eacute; jusqu&rsquo;au milieu des ann&eacute;es 1980 un des hommes de confiance de Pasqua.">2</a></sup>, à l&rsquo;époque un protégé de Pasqua, organisa cette première rencontre qui fut suivie de plusieurs autres : c&rsquo;est lui aussi qui fut auprès de Marie-Caroline Le Pen pour la soutenir dans sa campagne électorale dans le canton de Neuilly-nord face à&#8230; Nicolas Sarkozy.<br />
Lors des élections présidentielles de 1988, en comptabilisant les voix de la droite, Pasqua intègre celles du FN (14,4%) ; on parlait déjà à l&rsquo;époque d&rsquo;un « tremblement de terre », mais à cette différence près que le FN ne se retrouvait pas face à la droite, mais à ses côtés : le Front semblait alors beaucoup plus sympathique au RPR.<br />
En 1993, changement de tactique : Pasqua est de retour à l&rsquo;Intérieur, et déclare être là pour « bouffer les voix du FN » en faisant dans le spectaculaire (cf. charter des 101 Maliens). Assisté de Patrick Gaubert, il promit également une offensive sans précédent contre la presse raciste et antisémite : <em>Rivarol</em> et <em>National Hebdo</em> attendent toujours&#8230; Il faut cependant reconnaître que Pasqua et Gaubert ont mené la vie dure à l&rsquo;extrême droite radicale, lui donnant même son martyr<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_2_236" id="identifier_2_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le 7 mai 1994, une manifestation de divers groupuscules d&rsquo;extr&ecirc;me droite est dispers&eacute;e par la police et l&rsquo;un des participants, S&eacute;bastien Deyzieu, trouve la mort accidentellement.">3</a></sup>. Mais cela a presque arrangé le FN dans sa recherche de respectabilité, et pour l&rsquo;essentiel, Pasqua est resté l&rsquo;instrument de la droite dans la pêche aux voix du FN, et son opposition au Front national manquait singulièrement de crédibilité.</p>
<h3>Sarko face aux fafs</h3>
<p>L&rsquo;affaire Brunerie a servi à Nicolas Sarkozy l&rsquo;extrême droite radicale sur un plateau quelques mois à peine après sa prise de fonction. Nul besoin de prendre les devants, les fachos se sont chargés de donner eux-mêmes le prétexte pour que le ministre de l&rsquo;Intérieur obtienne son certificat de « chasseur de néo-nazis ».<br />
En ce qui concerne le Front national, Sarko a toujours été opposé aux alliances avec lui, avec une attitude parfois ambiguë : interrogé l&rsquo;an dernier lors des élections législatives sur l&rsquo;attitude des candidats de droite en cas de triangulaires, il répondit : « <em>Nous analyserons les situations au cas par cas.</em> » Quoiqu&rsquo;il en soit, ce refus des alliances était avant tout motivé par des raisons tactiques. En effet, suite à l&rsquo;échec des législatives de 1997, la question de « l&rsquo;union de toutes les droites » est à nouveau posée : Alain Peyrefitte, sénateur RPR, demande ainsi à ce que son parti « <em>n&rsquo;insulte plus les électeurs de Front National</em> », et affirme que « <em>tant que M. Le Pen est à la tête du FN, aucune alliance parlementaire avec ce parti ne semble acceptable</em> », laissant entendre que le départ du Menhir pourrait rendre des accords possibles. Cependant, en fin politique, Sarkozy, qui fut à l&rsquo;époque envoyé par Philippe Seguin faire un tour des fédérations afin de prendre la température des militants RPR à l&rsquo;encontre du FN pour déterminer l&rsquo;attitude électorale à adopter, sait que toute alliance FN / RPR ne profiterait qu&rsquo;au parti de Le Pen. Sarkozy estime que l&rsquo;opinion est prête à accepter une droite « fière de ses valeurs », qui assume ses discours et ses pratiques ultralibérales et inégalitaires dans le domaine économique, répressives et réactionnaires dans le domaine social. Dans un entretien au <em>Journal du Dimanche</em> en décembre 1997, il déclara : « <em>Dans une démocratie, quand la droite n&rsquo;est pas clairement identifiable, l&rsquo;extrême droite prospère</em> ». Aussi choisit-il la ligne défendue, entre autres, par Alain Madelin ou encore Claude Goasguen qui déclara que l&rsquo;opinion attendait de la droite qu&rsquo;elle soit « <em>ferme et sans ambiguïté sur la quotidienneté souvent mal vécue de l&rsquo;immigration ou de la sécurité [...] Le moment est venu, enfin, de sortir de l&rsquo;impasse de la diabolisation du Front National, au profit d&rsquo;une réflexion sereine et constructive</em> ».<br />
Au bout du compte, la « dédiabolisation » du FN ne consiste pas pour Sarkozy à l&rsquo;intégrer dans le paysage politique, mais simplement à montrer qu&rsquo;on ne le craint pas sur son propre terrain : c&rsquo;est l&rsquo;explication principale de l&rsquo;attitude courtoise du ministre de l&rsquo;Intérieur face à un Le Pen mal à l&rsquo;aise quand il n&rsquo;est pas agressé dans l&rsquo;émission « 100 minutes pour convaincre » le 9 décembre 2002. Pour la droite, l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas tant que les idées du Front ne progressent pas, mais qu&rsquo;elles apparaissent comme les siennes propres. Le 9 avril 1998, Sarkozy résume ainsi la nuance : « <em>Dans le discours des dirigeants du FN, tout n&rsquo;est pas inacceptable. Mais la partie inacceptable pollue tout le reste du programme.</em> »</p>
<h3>L&rsquo;impact Malik Oussekine</h3>
<p>Plus crédible que Pasqua face au Front national, Sarkozy l&rsquo;est aussi dans ses relations avec la maison Poulaga. Les deux hommes ont pourtant en commun d&rsquo;avoir atterri au ministère de l&rsquo;Intérieur contre leur gré. Après ses déboires en 1986 (vrai-faux passeport, bavures en série&#8230;), Pasqua s&rsquo;était promis de ne plus remettre les pieds place Beauvau et rêvait du ministère de la Défense : Chirac et Balladur le poussent à accepter l&rsquo;Intérieur. L&rsquo;ambitieux Sarkozy rêvait lui carrément d&rsquo;être Premier Ministre : il a eu le choix entre l&rsquo;Intérieur et l&rsquo;Économie. Malgré les inquiétudes de Brice Hortefeux, son conseiller politique, qui craint des « bavures, aléas d&rsquo;une politique sécuritaire »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_3_236" id="identifier_3_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le Monde, 5 octobre 2002">4</a></sup>, c&rsquo;est l&rsquo;Intérieur qu&rsquo;il choisit, car il y voit le moyen de se faire connaître du grand public.<br />
Pasqua se devait de rompre avec l&rsquo;image de Père Fouettard qu&rsquo;il traînait après lui : il était donc essentiel pour lui que les flics n&rsquo;interprètent pas son arrivée comme une « carte blanche » qui leur serait donnée. Quand Sarko arrive au ministère, tout le travail de sensibilisation aux thèses sécuritaires a déjà été fait par l&rsquo;ensemble des partis lors des précédentes campagnes électorales. Inutile d&rsquo;en rajouter par des déclarations belliqueuses à l&rsquo;encontre des « délinquants » : il suffit d&rsquo;inculquer aux policiers la « culture du résultat », sous forme de prime au mérite, par exemple&#8230; Il y a fort à parier que cette attitude sera plus dangereuse encore que celle de Pasqua.<br />
Dans <em>Le Figaro</em> du 3 juin 2002, Eric Zemour signait un article intitulé « Seul comme Sarko » qui se terminait par ces mots : « <em>Sarkozy prend tous les risques. [...] En 1986, la “bavure” avait eu pour nom Malik Oussékine. Elle avait transformé le gouvernement Chirac et la droite française en statue de sel. Pour quinze ans.</em> » Sarkozy semble avoir pris la mesure de ce risque, suspendant pour l&rsquo;exemple, le 17 janvier 2003, deux policiers soupçonnés d&rsquo;avoir tabassé Omar Baha, un Français de 38 ans. Mais dans le même temps, il aménage la loi de façon à étendre le pouvoir donné à la police et à empêcher toute remise en cause de son travail, remise en cause aussitôt assimilée à un « outrage ». Enfin, les bavures ont eu lieu : citons pour mémoire les cas de Ricardo Barrientos et de Mariame Getu Hagos, deux étrangers tués par la police au cours de leur reconduite à la frontière en février dernier, sans que cela provoque un tollé de protestation&#8230; Il est vrai que l&rsquo;impunité des flics ne date pas de l&rsquo;arrivée de Sarkozy, et que l&rsquo;Inspection Générale des Services (IGS) elle-même constate une augmentation de 100% (!) des plaintes pour violences policières depuis 1997.<br />
Les responsables policiers, interrogés entre mai et novembre 2002, estimaient qu&rsquo;il y avait un double « effet Sarkozy » : d&rsquo;abord sur le moral des flics, qui se sentaient soutenus, et ensuite sur l&rsquo;attitude de la population qui serait plus sensible au travail policier<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_4_236" id="identifier_4_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;Express, 9 janvier 2003">5</a></sup>. Pour y parvenir, Sarko a préféré concentrer son discours sur l&rsquo;attention portée aux victimes plutôt qu&rsquo;aux délinquants. Au lieu de « terroriser les terroristes », il fit ce genre de déclarations : « <em>Je suis frappé de l&rsquo;indifférence manifestée aux victimes</em> », « <em>Les Français les plus humbles ont été abandonnés</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_5_236" id="identifier_5_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Lib&eacute;ration, 28 janvier 2003">6</a></sup>. Une stratégie qui permet de faire passer une matraque pour la balance de la justice&#8230;<br />
Notons également que, alors que Pasqua avait estimé un temps que mener une politique sécuritaire et autoritaire allait de pair avec une alliance de principe avec le Front, pour Sarkozy, c&rsquo;est au contraire le refus de cette alliance qui doit s&rsquo;accompagner d&rsquo;une politique ultra-répressive.</p>
<p>Dans ce cadre, l&rsquo;affirmation répétée de Jean-Pierre Raffarin d&rsquo;être « pragmatique », sans idéologie, tout en mobilisant une année entière son gouvernement sur la question de l&rsquo;insécurité, laissait entendre que la droite était « naturellement » le parti de l&rsquo;ordre, sans avoir à le justifier. Un soutien précieux pour la politique de Sarko, qui a pu, en peu de temps, mettre en place un certain nombre de mesures que le FN n&rsquo;aurait pas renié, lui qui affirme qu&rsquo;une fois au pouvoir, il « <em>considérera le rétablissement de la sécurité comme priorité absolue</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_6_236" id="identifier_6_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Programme du FN aux &eacute;lections pr&eacute;sidentielles de 2002">7</a></sup>.</p>
<h3>« La terreur de Neuilly »</h3>
<p>Alors que dans les années 1990, « l&rsquo;effet Le Pen » poussait les représentants des partis de gouvernement à s&rsquo;aligner ou du moins à se positionner sur les idées du FN (cf. « le bruit et l&rsquo;odeur » de Chirac en 1991, « l&rsquo;invasion » évoquée par Giscard la même année&#8230;), « l&rsquo;effet Sarkozy » oblige cette fois le parti de Le Pen à se positionner de façon originale par rapport à l&rsquo;action du gouvernement. La banalisation du discours du FN ne semble plus le servir autant qu&rsquo;avant, et sa recherche effrénée de respectabilité, sa volonté affichée de s&rsquo;institutionnaliser ne lui permettent plus d&rsquo;apparaître véritablement en rupture avec « l&rsquo;établissement ». Appliquer le programme du FN, mais avec « dignité », voilà le cœur de « l&rsquo;effet Sarkozy », ainsi que l&rsquo;a résumé le député de droite Yves Jego en déclarant au journal <em>Le Monde</em> : « [Sarkozy] <em>lève les tabous et apporte des réponses aux questions que les Français se posent depuis quinze ans. [...] La droite est en train de vider des pans entiers du fonds de commerce de l&rsquo;extrême droite.</em> » Le FN n&rsquo;a, semble-t-il, dans les premiers temps, pas pris la mesure de la menace qui planait sur lui.<br />
En 1993, quand Pasqua fit son retour à l&rsquo;Intérieur, la presse d&rsquo;extrême droite ne l&rsquo;épargna pas : « Pasqua-la-Trique-en-caramel-mou », « Pasqua-Licra » étaient les petits noms qu&rsquo;elle lui donnait, raillant ainsi celui qui se targuait de fermeté. Face à un ministre moins caricatural, et de surcroît « populaire » y compris (surtout ?) dans les rangs frontistes<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_7_236" id="identifier_7_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Selon un sondage de l&rsquo;Institut Ipsos en d&eacute;cembre 2002, 75% des sympathisants FN jugent tr&egrave;s favorablement l&rsquo;action entreprise par Nicolas Sarkosy.">8</a></sup>, le FN et sa nébuleuse semblent avoir du mal à trouver les mots qui font mal.<br />
Si devant les caméras, Le Pen considère Sarkozy comme « <em>un homme sympathique, dynamique et actif</em> », le ministre de l&rsquo;Intérieur est surnommé « La Terreur de Neuilly » ou « Forrest Gump » (il court partout) par la droite nationaliste. En effet, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il s&rsquo;agite et cherche à faire ses preuves en matière de sécurité que Sarkozy est critiqué par la presse proche du FN, qui lui reproche aussi son goût des médias : « <em>Il parle, il parle, il parle&#8230; Et il prend devant les caméras des poses avantageuses. Mais c&rsquo;est à peu près tout ce qu&rsquo;il sait faire.</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_8_236" id="identifier_8_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pr&eacute;sent, 15 novembre 2002">9</a></sup>.<br />
Mais devant « l&rsquo;efficacité » des mesures de Sarko en matière d&rsquo;insécurité, qui créent un climat sécuritaire en France, on observe un changement de stratégie : Sarkozy deviendrait dangereux pour la démocratie. « Répression ! » peut-on lire le 18 décembre 2002 sur toute la largeur de la « une » de <em>Présent</em>, le quotidien catholique traditionnaliste proche de Bernard Antony&#8230; avec comme sous-titre : « Contre les zones de non-France ? Non, contre les automobilistes. » Quelques jours plus tard, le même quotidien évoque « un climat de lynchage » parce qu&rsquo;un motard a pris deux ans de prison pour excès de vitesse. Plus étonnant encore, à l&rsquo;occasion de la Saint-Sylvestre, <em>Présent</em> dénonce les mesures prises par Sarko (hélicoptères munis de caméra à infra-rouge) et déclare : « <em>Face à ce régime policier, il n&rsquo;y a donc pas de quoi pavoiser du résultat.</em> » Mais la presse frontiste continue à traquer les manques en terme de sécurité publique, et lui reproche la pagaille sur les autoroutes au moment du gel : « <em>Si les pouvoirs publics ne sont pas capables de faire face à la modeste offensive du Grand Hiver, que feront-ils demain face à des “ agents ” autrement redoutables, déclenchant des situations de guerre ou de panique ?</em> »</p>
<h3>Le FN le pense, Sarko le fait</h3>
<p>Difficile d&rsquo;être critique. C&rsquo;est que dans le domaine sécuritaire, le FN aurait difficilement fait pire que Sarkozy : « tolérance zéro » à l&rsquo;égard des exclus (fraudeurs ou mendiants), défense de l&rsquo;ordre moral (criminalisation des prostituées), justice expéditive à deux vitesses, construction de nouvelles prisons&#8230; Autant de dispositions de la Loi sur la Sécurité Quotidienne que l&rsquo;on trouvait dans le programme du Front National. Ce que confirment les déclarations de Marine Le Pen<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_9_236" id="identifier_9_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Entretien au Monde dat&eacute; du 31 d&eacute;cembre 2002">10</a></sup>, qui estime que « <em>l&rsquo;action de Nicolas Sarkozy va dans le bon sens</em> », que « <em>Sarkozy confirme la justesse de nos analyses</em> », qu&rsquo;il « <em>crédibilise nos positions » et « pousse les électeurs vers nous</em> ».<br />
Dans le même temps, pour faire bonne figure, les dirigeants du FN déclarent que son action est insuffisante. Pourtant, quand un journaliste interroge la même Marine Le Pen sur les solutions avancées par le FN pour lutter plus efficacement contre l&rsquo;insécurité, cette dernière répond : « Il faut appliquer la loi »&#8230; Un peu court ! C&rsquo;est que, mis à part le rétablissement de la peine de mort, le FN n&rsquo;a plus rien d&rsquo;original à proposer en matière de sécurité intérieure, comme si tout était déjà fait. Le Pen a beau essayer de montrer que Sarko non plus n&rsquo;innove pas, rappelant que toutes les dispositions légales existaient déjà pour appliquer une politique ultra-sécuritaire, la critique tourne court.<br />
Aussi convient-il, pour le FN, de prouver que Sarkozy prétend faire ce qu&rsquo;il faut, mais pour de mauvaises raisons.</p>
<h3>FN versus Medef ?</h3>
<p>Si les mesures sécuritaires sont apparues « populaires » dans les sondages, l&rsquo;action anti-sociale du gouvernement aurait pu donner l&rsquo;occasion au FN de se refaire une virginité dans la défense de « la France d&rsquo;en bas ». Or, pour stopper l&rsquo;immigration, le FN propose de « <em>couper les pompes aspirantes de l&rsquo;immigration que sont la CMU et la Sécurité sociale</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_10_236" id="identifier_10_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ais d&rsquo;Abord Quotidien, 28 janvier 2003">11</a></sup>. Le 2 octobre 2002, on pouvait lire dans la lettre de diffusion du FN sur internet : « <em>Il faudrait que M. Sarkozy arrête de se faire le porte-parole du Medef</em> ». Mais c&rsquo;était pour dénoncer les déclarations du patronat sur les besoins en main d&rsquo;œuvre étrangère&#8230; Même sur le dossier Corse, le Front, qui pourtant a vu ses résultats électoraux progresser dans l&rsquo;île, n&rsquo;a pas réussi à trouver une façon originale de critiquer l&rsquo;initiative du gouvernement. Le 7 novembre 2002, sur France 2, Le Pen ironisait en déclarant : « <em>Vous pouvez faire baisser le terrorisme si vous donnez aux terroristes tout ce qu&rsquo;ils demandent</em> » ; lors de la visite calamiteuse de Sarko et Raffarin en Corse, le 21 juin dernier, le FN n&rsquo;y a vu qu&rsquo;une « <em>belle démonstration d&rsquo;impuissance et de veulerie qui n&rsquo;arrangera pas le discrédit qui frappe l&rsquo;État dans l&rsquo;île de Beauté</em> ». Mais que propose le FN ? de boycotter le référendum&#8230;</p>
<h3>Haro sur l&rsquo;immigration</h3>
<p>Aussi, puisque tout le monde reconnaît l&rsquo;efficacité du travail de Sarko et que le FN, en matière économique et sociale, n&rsquo;a rien de mieux à proposer que la droite, le parti de Jean-Marie Le Pen doit s&rsquo;employer à prouver que cet homme est fourbe &#8211; c&rsquo;est-à-dire de gauche. « Duplicité », « double langage », « vrai politicien de la droite courbe »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_11_236" id="identifier_11_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid, 12 d&eacute;cembre 2003">12</a></sup> : voilà pour le vocabulaire.<br />
Pour ce faire, le FN concentre son discours sur l&rsquo;immigration. Contrairement à ce que l&rsquo;on croit, c&rsquo;est surtout le discours sécuritaire du FN qui a assuré son succès, les déclaration sur l&rsquo;immigration étant surtout un bon moyen de faire parler de lui et de proposer une grille de lecture « originale » des problèmes socio-économiques. Le FN se voit pourtant aujourd&rsquo;hui contraint de remettre son discours raciste anti-immigration en avant, afin de prouver que l&rsquo;agitation de Sarkozy est vaine et trompeuse. Ce que Le Pen résume dans cette formule : « <em>Sarkozy parle comme Le Pen, mais il agit comme Chirac</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_12_236" id="identifier_12_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le Pen sur i-t&eacute;l&eacute;vision, le 3 novembre 2002">13</a></sup>. Le FN profita aussi souvent que possible de l&rsquo;actualité pour en donner la preuve.<br />
Ainsi, la fermeture du centre de Sangatte, en novembre dernier, a été qualifiée d&rsquo;« aberration » par Carl Lang lors d&rsquo;une conférence de presse, car, selon lui, seul le contrôle des frontières serait une solution face à l&rsquo;immigration clandestine. Dans la foulée, le FN a qualifié de « farce » l&rsquo;expulsion des réfugiés bulgares à Bordeaux, et de « comédie » celle des Roms du Val-de-Marne, avec pour commentaire : « <em>Sarkozy multiplie les spectacles</em> ». Car les déclarations de Sarko sur la double peine seraient les preuves qu&rsquo;il est en réalité inféodé aux lobbies immigrationnistes et « droitsdelhommistes ». Le FN a rendu compte dans sa presse de toutes les réactions positives de la part des associations de défense des immigrés, pour prouver, comme le déclara sans rire Bruno Gollnisch, que le ministre de l&rsquo;Intérieur « [ s'était] <em>rangé aux positions de l&rsquo;extrême gauche</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_13_236" id="identifier_13_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Entretien au Figaro, 3 mars 2003">14</a></sup>.<br />
Autre exemple exploité sans relâche par le FN : la volonté de Sarkozy de créer un organe représentatif pour les musulmans de France. Rappelant que Sarko ne faisait que reprendre une idée de Chevénement, le FN a ainsi commenté l&rsquo;initiative : « <em>En institutionnalisant l&rsquo;Islam en France, ce que, soit dit en passant, la République n&rsquo;avait jamais fait pour le christianisme, Sarkozy a fait bien pire que tous les gouvernements de gauche réunis.</em> » Encore plus fort, en mettant en avant les bons résultats de l&rsquo;Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), qualifiés de « <em>très grave échec personnel</em> » pour le ministre de l&rsquo;Intérieur, le FN a estimé que Sarkozy favorisait les intégristes&#8230; sur les conseils du grand maître du Grand Orient, Alain Bauer. N&rsquo;étant pas à un lobby près, le FN a poussé le bouchon jusqu&rsquo;à mettre en garde contre le regain d&rsquo;antisémitisme que cela pourrait provoquer. Dans le même temps, lorsque Sarko a reçu le prix Simon Wiesenthal, « <em>cet influent lobby juif</em> », le Front a insinué que les déclarations de Sarko sur la tolérance zéro à l&rsquo;égard de l&rsquo;antisémitisme cherchait à « <em>capter le vote juif</em> »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-front-national-sarkophage/#footnote_14_236" id="identifier_14_236" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ais d&rsquo;Abord Quotidien, 20 mai 2003">15</a></sup>&#8230;</p>
<p>En définitive, après avoir reconnu que Sarkozy allait « dans le bon sens » et ainsi donner l&rsquo;impression d&rsquo;une attitude plutôt bienveillante à l&rsquo;égard du gouvernement sur les sujets qui lui sont chers, le FN, qui pensait que l&rsquo;état de grâce du ministre serait de plus courte durée, commence à s&rsquo;inquiéter de ne pas s&rsquo;être défini plus tôt comme force d&rsquo;opposition, d&rsquo;autant que les échéances électorales se rapprochent. Ayant volontairement abandonné d&rsquo;une part les attaques personnelles en raison de la « popularité » de Sarko, et d&rsquo;autre part les provocations pour accréditer l&rsquo;idée qu&rsquo;il est un parti de gouvernement, le FN, et avec lui son leader, ont bien du mal à exister dans le débat politique, tout simplement parce qu&rsquo;ils ne peuvent pas proposer d&rsquo;alternatives à la politique de Nicolas Sarkozy : et pour cause, sur l&rsquo;essentiel, c&rsquo;est la leur.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_236" class="footnote">Informations tirées de “Tu parles, Charles !”, Les dossiers du Canard, 1994</li><li id="footnote_1_236" class="footnote">Ami de Pierre Pasqua qu&rsquo;il côtoya au sein du GUD. Il a fondé le Centre d&rsquo;études de la Société Française qui visait à radicaliser le discours des jeunes chiraquiens. Membre de l&rsquo;association Solidarité et Défense des Libertés dont l&rsquo;objectif était de &laquo;&nbsp;réveiller la droite&nbsp;&raquo;, il a été jusqu&rsquo;au milieu des années 1980 un des hommes de confiance de Pasqua.</li><li id="footnote_2_236" class="footnote">Le 7 mai 1994, une manifestation de divers groupuscules d&rsquo;extrême droite est dispersée par la police et l&rsquo;un des participants, Sébastien Deyzieu, trouve la mort accidentellement.</li><li id="footnote_3_236" class="footnote">Le Monde, 5 octobre 2002</li><li id="footnote_4_236" class="footnote">L&rsquo;Express, 9 janvier 2003</li><li id="footnote_5_236" class="footnote">Libération, 28 janvier 2003</li><li id="footnote_6_236" class="footnote">Programme du FN aux élections présidentielles de 2002</li><li id="footnote_7_236" class="footnote">Selon un sondage de l&rsquo;Institut Ipsos en décembre 2002, 75% des sympathisants FN jugent très favorablement l&rsquo;action entreprise par Nicolas Sarkosy.</li><li id="footnote_8_236" class="footnote">Présent, 15 novembre 2002</li><li id="footnote_9_236" class="footnote">Entretien au Monde daté du 31 décembre 2002</li><li id="footnote_10_236" class="footnote">Français d&rsquo;Abord Quotidien, 28 janvier 2003</li><li id="footnote_11_236" class="footnote">Ibid, 12 décembre 2003</li><li id="footnote_12_236" class="footnote">Le Pen sur i-télévision, le 3 novembre 2002</li><li id="footnote_13_236" class="footnote">Entretien au Figaro, 3 mars 2003</li><li id="footnote_14_236" class="footnote">Français d&rsquo;Abord Quotidien, 20 mai 2003</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>1986-1996 Cops en stock. La décennie sécuritaire.</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2004 20:56:55 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[1986 &#8211; Loïc Lefevre, William Normand, Malik Oussekine, Abdel Benyiahia&#8230; sont victimes de «bavures» de la part d&#8217;une police à qui l&#8217;on a confié la tâche de «terroriser les terroristes» aux dires de Charles Pasqua, ministre de l&#8217;Intérieur du gouvernement de cohabitation Chirac-Mitterrand. Dix ans plus tard, les ministres de l&#8217;Intérieur qui se sont succédés, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>1986 &#8211; Loïc Lefevre, William Normand, Malik Oussekine, Abdel Benyiahia&#8230; sont victimes de «bavures» de la part d&rsquo;une police à qui l&rsquo;on a confié la tâche de «terroriser les terroristes» aux dires de Charles Pasqua, ministre de l&rsquo;Intérieur du gouvernement de cohabitation Chirac-Mitterrand.</strong></p>
<p>Dix ans plus tard, les ministres de l&rsquo;Intérieur qui se sont succédés, socialistes comme libéraux, ont aggravé la législation sécuritaire laissant peu de place aux droits et aux libertés du citoyen. De Vigipirate aux lois antiterroristes, de la multiplication des milices dans les zones urbaines aux polices municipales, les motifs avancés sont toujours ceux de la garantie de l&rsquo;ordre public et de la lutte contre l&rsquo;insécurité, quand les raisons véritables sont la perpétuation d&rsquo;un ordre social et économique capitaliste, qui chaque jour apporte son lot de misère, de pauvreté et d&rsquo;exclusions.</p>
<h3>Fin des années 70 : l&rsquo;idéologie sécuritaire en marche</h3>
<p>«La France a peur !». Cette intervention de Roger Gicquel, présentateur d&rsquo;un journal télévisé au début des années 1980, est restée gravée dans les mémoires comme la médiatisation de «l&rsquo;insécurité urbaine». Violence, drogue, délinquance, l&rsquo;individu se trouverait dépossédé de toute possibilité d&rsquo;action pour faire face aux dangers qui le menacent. Incapable de rassurer l&rsquo;imaginaire individuel, pour cause de faillite des institutions coercitives que sont par exemple la police et la justice, l&rsquo;État manquerait à ses premières obligations : la sécurité des biens et des personnes. La fin de l&rsquo;État Providence ne se limite pas aux questions économiques et sociales mais s&rsquo;étend à son rôle de protecteur. Cette insécurité galopante est mise sur le devant de la scène lors des premiers échecs des plans Barre de lutte contre le chômage à la fin des années 1970 sous le gouvernement Giscard. Poniatowski, alors ministre de l&rsquo;Intérieur, déclare : «<em>Je voudrais que le Ministre de l&rsquo;Intérieur s&rsquo;appelle le Ministre de la Sécurité des Français</em>». Avec sa médiatisation, la sécurité devient un concept idéologique et politique qui n&rsquo;a de cesse de se servir de tous les fantasmes individuels et collectifs. Cette construction idéologique &#8211; système d&rsquo;idées, de représentations et d&rsquo;images déterminant une conception globale du monde et de la vie &#8211; s&rsquo;est faite lentement et a pris définitivement son sens au milieu des années 1980, lorsque la gauche s&rsquo;est rangée derrire le discours sécuritaire, l&rsquo;a adopté, l&rsquo;a institutionnalisé. Ce qui sous-tend cette idéologisation, c&rsquo;est le besoin de garder intact les rapports sociaux, de ne pas les transformer. La sécurité devient donc un enjeu primordial car les «raisons objectives de l&rsquo;insécurité» grandissent avec la mise à l&rsquo;écart d&rsquo;une fraction de la population. Au XIXe siècle, on avait assisté à cette même idéologisation avec les «classes dangereuses»(1).</p>
<h3>De la fin des années 70 au milieu des années 80</h3>
<p>Occupée à la répression des «gauchistes» et des luttes sociales après 68, la police réinvestira la rue par des opérations coups de poing et des contrôles d&rsquo;identité au faciès à la fin des années 70. M. Peyreffite théorisera tout cela dans un rapport intitul <em>Réponses à la violence</em> où le leitmotiv majeur est la prévention des désordres sociaux, et non leur traitement. L&rsquo;abrogation par le gouvernement Mauroy au début du septennat Mitterrand de la loi «Sécurité et liberté» (loi anti casseurs) devait symboliser la fin du tout répressif, et s&rsquo;inscrivait dans les discours de la transformation des rapports entre l&rsquo;institution policire et le citoyen. Mais rapidement, les «socialistes» se convertissent au libéralisme et aux contraintes du marché, et par là-même à l&rsquo;acceptation de la misère sociale et des violences qui l&rsquo;accompagnent. Articuler répressions, préventions et médiations deviendra un de leur souci majeur.<br />
En effet, suite aux événements de 1981 aux Minguettes dans la banlieue de Lyon (rodéos de jeunes avec la police), un nouveau type de prévention est mis en avant, résultat du rapport de la commission des maires sur la sécurité en 1982. Ce rapport analyse les réponses à la délinquance et présente à la fois les limites de la répression et les insuffisances de la prévention. Il propose alors de nouveaux dispositifs visant à une interpénétration des stratégies sécuritaires et des politiques de prévention, le tout orchestré par le pouvoir local. Il s&rsquo;agit en fait de mobiliser, d&rsquo;associer, de confronter les acteurs de tous les domaines d&rsquo;activités sociales (santé, urbanisme, éducation, vie associative) au niveau local, car l&rsquo;efficacité de l&rsquo;action ne peut passer que par une appréhension des problèmes sur le terrain pour une adaptation du dispositif. Le décloisonnement et la collaboration des différents acteurs sociaux impliqués dans les politiques locales de prévention conduit à modifier la place de la police dans la ville car, elle aussi, est engagée dans ce partenariat caractéristique de la nouvelle prévention. Ce qui lui permet de légitimer son action, sa présence, et de mettre en avant sa «mission sociale». Ceci se traduit en partie par le développement considérable de l&rsquo;ilôtage, qui est présenté comme une police de proximité assurant une présence régulière et sécurisante dans les quartiers, et une garantie contre les dérapages dans la mesure où l&rsquo;ilôtage consiste en un face à face personnalisé créant «une participation concrte des protections des droits de l&rsquo;homme».<br />
En fait, ces nouvelles politiques de prévention, par leur pluri-disciplinarité, permettent un contrôle plus étendu des populations à problèmes car elles assurent à leurs intervenants (travailleurs sociaux, policiers) la possibilité d&rsquo;être le plus près possible de ce qui se passe, et de placer sous leur regard l&rsquo;ensemble de la vie quotidienne dans sa totalité et dans son immédiateté. Cela se traduira en 1983 par la mise en place par Mr Bonnemaison, des Commissions de prévention de la délinquance associant les partenaires publics (mairies et préfectures) pour une meilleure gestion des cités, notamment pendant l&rsquo;été.</p>
<h3>La police hors-la-loi</h3>
<p>Le retour de la droite au pouvoir en mars 1986 et la nomination de Charles Pasqua par Chirac se caractérisera par le franchissement d&rsquo;un nouveau palier dans les zones de non-droit et de sauf-conduit dans les conduites policières. Pasqua couvrira l&rsquo;action de ses forces de l&rsquo;ordre, même quand elle se solde par la mort, au motif de la lutte contre le terrorisme, et renforcera la législation sur les contrôles d&rsquo;identité. L&rsquo;impunité dont jouissent les policiers n&rsquo;est pas un sentiment, mais se vérifie dans les conclusions judiciaires lors des passages devant les tribunaux. Peu d&rsquo;entre eux se verront poursuivis après des assassinats contre des jeunes et encore moins seront condamnés malgré l&rsquo;action des comités Justice, constitués par les amis et les familles des victimes. Couvert par la justice, la police sera de plus en plus perçu par les jeunes comme une institution qui bénéficie de passe-droits et ne les respecte pas. Ont-ils vraiment tort ?<br />
A ce sujet l&rsquo;excellent livre de Maurice Rajsfus <em>La police hors la loi</em>, qui retrace les milliers de bavures, dérives, délits ou crimes dont les policiers se sont rendus coupables est une mine de renseignements et d&rsquo;enseignements. Les remarques de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l&rsquo;Homme) dans la conclusion de son rapport en 1992 sont aussi affligeantes en pointant les causes structurelles et certaines dispositions du droit qui favorisent un comportement raciste de la police française, notamment les contrôles d&rsquo;identité.</p>
<p>Pour continuer son œuvre réconciliatrice entre la police et les citoyens entrepris dans les années 80, la gauche revenue au pouvoir en 1988 va s&rsquo;atteler à penser la police des années de l&rsquo;an 2000. En octobre 1989, Pierre Joxe inaugurait les locaux de l&rsquo;Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI), cet événement passa pratiquement inaperçu. Et pourtant l&rsquo;IHESI fut un des maillons essentiel de la politique sécuritaire. L&rsquo;IHESI a pour fonction de penser les problèmes de sécurité du futur : quelles sont les menaces ? Quelles sont les objectifs, quelles peuvent être les moyens ?<br />
Une des réponses a été fournie par Rocard lors de l&rsquo;inauguration du premier colloque organisé par l&rsquo;IHESI : «<em>la lutte pour la sécurite ne peut se limiter à l&rsquo;action de la justice, de la police, de la gendarmerie mais au contraire à tout ce qui concerne la formation, la politique d&rsquo;insertion sociale, le logement et l&rsquo;urbanisme et mme la politique culturelle</em>». La notion de sécurité est ainsi globalisée à tout ce qui touche notre vie quotidienne et à tous ses acteurs ; gendarmes et avocats, élus et magistrats, industriels et universitaires, ingénieurs et responsables de syndicat, travailleurs sociaux sans oublier évidemment la presse. Un architecte qui construit une cité doit avoir à l&rsquo;esprit la place où doit se trouver le commissariat. La politique de la ville s&rsquo;insère aussi dans ce dipositif de contrôle. La violence des jeunes dans les cités est assimilée à un «terrorisme social» et les entraînements à la «guerilla urbaine» font partie dorénavant de l&rsquo;enseignement fourni aux corps militaires qui peuvent être appelés à intervenir dans les banlieues. À écouter B. Delaplace au début des années 90, on comprend toute l&rsquo;importance de contrôler l&rsquo;espace urbain : «<em>Je crains dans les années à venir que tous ceux que nous rencontrons dans ce qu&rsquo;on appelle les villes de banlieues, les cités sensibles ne fassent partie [de ces jeunes exclus]. Près de 15% de cette jeunesse, voire 20% seront des exclus des technologies nouvelles. Pourquoi ne pas penser que quelques idéologues en mal de popularité exploiteront ces jeunes exclus pour remettre en aval le terrorisme social</em>». Qu&rsquo;il se rassure, ces jeunes n&rsquo;ont nul besoin d&rsquo;idéologue, la haine seule commence déjà à les faire agir.</p>
<h3>De nouveaux moyens pour combattre la violence</h3>
<p>Des nouveaux corps de police sont créés à partir des années 90 pour essayer de répondre d&rsquo;une manière plus efficace, pour concentrer la violence dans les quartiers déshérités et tranquilliser les centre-villes. Ceux qu&rsquo;on appelle les BAC (brigades anti-criminalité) et dont on a pu remarquer à la télévision le caractère violent lors de leurs interventions dans les manifestations, ont la tâche de faire «régner l&rsquo;ordre» dans les zones les plus difficiles. On entend peu parler d&rsquo;eux sauf lors d&rsquo;une «bavure», et pourtant face aux bandes, aux «gangs», ils adoptent la conduite des cow-boys, oubliant souvent les règles fixées par le droit ou le code de déontologie&#8230;<br />
Le développement de la sphère privée de la sécurité (plusieurs dizaines de milliers d&rsquo;emploi) et des polices municipales qui n&rsquo;ont toujours pas de statut clair quant à leurs attributions est aussi à noter au cours de ces dernières années. C&rsquo;est en 1989 que la SNCF a lancé un plan pour la sécurité en renforçant les effectifs de la Surveillance générale. A la RATP, la création du GPSR né de la fusion du GIPR (Groupe d&rsquo;intervention et de protection des réseaux) et de la SUGE (surveillance générale) marquera la volonté de rendre visible la sécurité. Et il est vrai qu&rsquo;on ne peut les rater dans leurs costumes avec leurs armes pendantes&#8230; Mme la police s&rsquo;inquiète de leur comportement. Francis Massenet (porte-parole de Différence, syndicat de policiers en tenue) : «<em>Nous allons continuer notre combat afin que le service de sécurité ne dégénère pas en police parallèle</em>». Comme nous avons pu le souligner au début de cet article, pour accroître la sécurité, les acteurs sociaux sont mis à l&rsquo;épreuve et dans ce cadre, les municipalités et les services publics s&rsquo;attachent les services des «grands frères», pour servir de médiateurs, les commerces emploient des vigiles issus des cités, etc.</p>
<h3>Vigipirate, un plan contre le terrorisme ?</h3>
<p>Vigipirate, utilisé en deux occasions au cours de ces cinq dernières années symbolise bien l&rsquo;évolution du rôle dévolu aux forces de sécurité. Mis en vigueur la première fois en 1991 pendant la guerre du Golfe, Vigipirate s&rsquo;est vu déclenché lors des attentats terroristes de l&rsquo;été 95. À ce jour, il n&rsquo;a toujours pas été levé. Si le dispositif a été allégé, on peut toujours remarquer la présence de gendarmes et de militaires notamment dans les gares dont la tâche essentielle reste le contrôle des individus et de l&rsquo;espace. Il n&rsquo;y a pourtant plus d&rsquo;attentats depuis plus d&rsquo;un an&#8230; Vigipirate est un plan classé «secret défense» ; c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas connu de la population et n&rsquo;a jamais été discuté au Parlement.<br />
Néanmoins on sait qu&rsquo;il comporte plusieurs degrés dans son application. En septembre 95, c&rsquo;est la phase 1 qui avait été déclenchée et qui se traduisait par l&rsquo;entrée des forces armées pour la «sécurité publique» (1800 militaires devant «<em>aider la police dans les zones ˆ risques</em>»). La phase 2 de ce plan prévoit la «surveillance discrète du public»&#8230; Après les premiers attentats, les forces de police avaient déjà été renforcées : aux escadrons de CRS et de gendarmes mobiles supplémentaires, on peut ajouter les services de sécurité privés comme à la RATP ou à la SNCF, mais aussi les vigiles, les contrôleurs&#8230; et tout le personnel des administrations (SNCF, RATP, Education nationale) qui ont dû s&rsquo;intégrer au dispositif de surveillance et de contrôle. Quant au citoyen, lui, son rôle, est à la fois de servir d&rsquo;indicateur, pour tout ce qui lui paraît suspect (objets comme individus) et d&rsquo;accepter avec sourire les gênes occasionnées par les différentes mesures de sécurité comme l&rsquo;évacuation des gares ou des métros, mais surtout les contrôles de sécurité. Ce plan annoncé comme une réponse au terrorisme a plutôt démontré son efficacité dans la «chasse aux clandestins» et dans le conditionnement de la population pour une acceptation des concepts sécuritaires.</p>
<h3>Accords européens</h3>
<p>La construction de l&rsquo;Union européenne ne pouvait se concevoir pour ses dirigeants sans son volet répressif. En effet, la police est une institution fondamentale des Etats. Elle est son bras armé, tant pour des questions intérieures qu&rsquo;extérieures, avec par exemple l&rsquo;application de la législation concernant l&rsquo;entrée et le séjour des étrangers. Partager les pouvoirs de police suppose pour les Etats européens un abandon d&rsquo;une partie de leur souveraineté. Accorder les législations en tenant compte des intérêts particuliers des différents Etats restent difficiles comme le montre les réticences de la France de voir ses frontières «ouvertes» en prenant pour prétexte les problmes liés à la drogue.<br />
Depuis la fin des années 70, c&rsquo;est d&rsquo;abord un système policier de gestion des étrangers et des personnes «subversives» qui se met en place. Le groupe TREVI &#8211; Terrorisme, radicalisme, extrémisme, violence internationale -, né en 1976 et chargé de nombreuses tâches, n&rsquo;est pas une institution de la communauté européenne, mais réunit au plus haut niveau les plus hauts fonctionnaires et a été précurseur dans de nombreux domaines.<br />
Les Accords de Shengen signés en 1985, symbole de la «naissance» de l&rsquo;Europe avec la disparition des frontières extérieures de chaque pays signataire, ont pour objet la mise en place d&rsquo;un cadre légal pour l&rsquo;Europe forteresse. Dans le cadre de Schengen, toute demande d&rsquo;asile rejetée par un des partenaires, est automatiquement refusée par les autres. Les polices européennes mettent en commun leurs fichiers pour définir cette population à surveiller. C&rsquo;est le SIS &#8211; système informatique de Schengen &#8211; qui outre les «criminels recherchés», les étrangers indésirables, les «demandeurs d&rsquo;asile» qui se sont vus refuser le statut, s&rsquo;y ajouteront également les personnes «<em>dont le comportement ou le mode de vie paraissent suspects</em>».<br />
EUROPOL, créé par les accords de Maastricht, est une centrale policière européenne avec des compétences exécutives. Le Groupe de TREVI longtemps semi-clandestin, a préparé EUROPOL qui sera une institution officielle de la CEE.. Dernièrement à la conférence de Dublin, le 27 septembre 1996 a été signée la Convention européenne d&rsquo;extradition par les quinze ministres de la Justice de l&rsquo;Union européenne. En clair, cela signifie que les pays membres de l&rsquo;Union ne pourront plus refuser l&rsquo;extradition d&rsquo;un ressortissant d&rsquo;un pays de l&rsquo;Union pour motif politique. Jacques Toubon, le ministre de la justice française déclarait à cette occasion : «<em>Les Etats de l&rsquo;Union ne persécutant plus personne (&#8230;), l&rsquo;Europe est devenue intégralement démocratique et l&rsquo;Etat de droit s&rsquo;est imposé partout</em>».<br />
Cette Europe se veut le fer de la lance des idées et valeurs démocratiques. Mais elle a laissé tomber les Bosniaques, refusant de les accueillir et de leur prêter main forte contre l&rsquo;entreprise de purification ethnique menée par les dirigeants serbes, laissé massacrer les Tchétchènes par un pouvoir dictatorial russe, s&rsquo;érigé en forteresse contre le Sud et les pays de l&rsquo;Est&#8230; exportant son savoir-faire dans la répression et le maintien de l&rsquo;ordre. En France, non seulement la police est devenu un Etat dans l&rsquo;Etat, mais l&rsquo;idéologie sécuritaire a gagné l&rsquo;ensemble du corps social, laissant place au populisme, au nationalisme et aux idées les plus réactionnaires et fascistes. Quand l&rsquo;atomisation et le délitement dans les communautés sociales ne peuvent être combattus par des solidarités quotidiennes entre les habitants des quartiers, par une prise en charge par les citoyens de leurs problèmes, par la capacité de prendre ses affaires en mains et notamment celles liées à la sécurité publique, le recours à un pouvoir fort devient souvent la solution. A nous de faire face !</p>
<p>Notes<br />
(1) La construction de l&rsquo;idéologie sécuritaire a aujourd&rsquo;hui des atouts puissants : la manipulation et la désinformation opérés des &laquo;&nbsp;décideurs&nbsp;&raquo; (pouvoirs publics, classe politique, médias, acteurs sociaux et économiques). Lorsqu&rsquo;on interroge les gens sur &laquo;&nbsp;leurs peurs&nbsp;&raquo;, on s&rsquo;aperçoit qu&rsquo;elles sont très diverses et touchent nombre d&rsquo;aspects de la vie quotidienne. Le chômage, la précarité, le délabrement dans les quartiers sont souvent cités, voire considérés comme les premières raisons de l&rsquo;inquiétude. La restriction de la sécurité à deux éléments (la &laquo;&nbsp;protection des biens et des personnes&nbsp;&raquo; et la &laquo;&nbsp;question nationale&nbsp;&raquo;) n&rsquo;est pas fortuite et ne représente pas la &laquo;&nbsp;pensée&nbsp;&raquo; effective, quantifiée, scientifique de l&rsquo;opinion publique. L&rsquo;idéologie sécuritaire est un discours qui fonde la sécurité sur un contrôle policier des lieux sociaux et qui écarte le problème de la crise économique et sociale pour construire un discours basé la restauration d&rsquo;un ordre social s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;émergence d&rsquo;un État<br />
fort et répressif, notamment dans deux domaines, la police et la justice.</p>
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		<title>Pasqua expulse plus vite que son ombre</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Feb 2003 12:08:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Charles Pasqua]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p>En 1993 a été adopté au Parlement un texte de lois sur l&rsquo;immigration durcissant encore les conditions d&rsquo;accès à la nationalité française. En ce début d&rsquo;année, ce fut au tour de la police et du thème plus général de la sécurité d&rsquo;être revisités par Pasqua. Une marge de manœuvre de plus en plus grande a été donnée aux services de police. Et dans quel but ?</p>
<p>On nous parle d&rsquo;insécurité : bientôt l&rsquo;idée de «bandes ethniques sévissant dans les banlieues» sera reprise et généralisée dans les médias. Pasqua a sûrement bien compris la leçon des années 1980 qui ont vu Le Pen, au plus fort du populisme, séduire une bonne partie de la population : «soyons un peu plus fin, exploitons le filon, et le principe du capitalisme pourra prospérer tranquillement dans son coin !» Il restait à trouver le bouc émissaire, en l&rsquo;occurrence les immigrés, et à faire voter un ensemble de lois et de moyens policiers conséquent : c&rsquo;est une recette politique bien connue en période de crise.</p>
<p>La ligne de conduite de ce gouvernement de droite a été fortement marquée par l&rsquo;empreinte de Pasqua. Que ce soit en matière d&rsquo;immigration, de police, d&rsquo;éducation (cf. la fac Pasqua), ou encore d&rsquo;aménagement du territoire, il a été omniprésent. Fruit d&rsquo;une même équipe, les orientations du gouvernement en matière d&rsquo;immigration et de sécurité sont étroitement liées. L&rsquo;objectif est depuis longtemps avoué : c&rsquo;est «l&rsquo;immigration zéro». Il n&rsquo;y manquait plus que les moyens légaux, le gouvernement socialiste ayant auparavant développé de jolies pratiques discrétionnaires. Et ces moyens seront tant judiciaires que policiers et administratifs. En juin 1993, un ensemble de lois sur l&rsquo;immigration a été soumis au Parlement : le code de la nationalité, le droit d&rsquo;asile, les conditions d&rsquo;entrée et de séjour des étrangers en France, les contrôles d&rsquo;identité, autant de points qui ont été revisités de façon restrictive. En période de crise, l&rsquo;heure est à la précarité sociale, mais cette dernière n&rsquo;atteindra pas le même degré selon que l&rsquo;on est étranger ou français. Le statut des étrangers résidant en France est aujourd&rsquo;hui fragilisé à l&rsquo;extrême. L&rsquo;accumulation d&rsquo;obstacles administratifs transforme en parcours du combattant le trajet pour obtenir une carte de résident, tout comme les démarches qui concernent le regroupement familial, le mariage mixte, la demande d&rsquo;asile ou encore l&rsquo;obtention de la nationalité française. Mais plus que ces obstacles, ce sont les pouvoirs de l&rsquo;administration qui ont considérablement augmenté. Ainsi, pour tout ce qui est demande d&rsquo;asile, les autorités dites compétentes filtrent davantage et ont le pouvoir de refuser l&rsquo;admission d&rsquo;un demandeur si elles estiment que les craintes de persécution invoquées sont infondées. Où s&rsquo;arrêtera l&rsquo;arbitraire ? D&rsquo;autre part, les lois Pasqua légalisent la suppression de toute protection sociale pour l&rsquo;étranger en situation irrégulière, et ce même s&rsquo;il travaille. Les Caisses de Sécurité sociale sont priées de vérifier périodiquement la régularité de leurs affiliés étrangers et les fichiers de la préfecture peuvent être mis à leur disposition. Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;une véritable invitation à la délation qui rappelle des temps bien obscurs où administrations et services de police collaboraient. Les conditions d&rsquo;accès à la nationalité française et celles de l&rsquo;obtention de la carte de résident sont aujourd&rsquo;hui considérablement plus sévères. Il est de plus en plus facile de se retrouver en dehors des normes prescrites (!?) et de devenir irrégulier. Parallèlement, répondre au modèle français de l&rsquo;immigré-type (c&rsquo;est ce que l&rsquo;on appelle l&rsquo;intégration&#8230;) est une tâche bien laborieuse. La surveillance et l&rsquo;encadrement draconiens dont les immigrés font l&rsquo;objet en font dans la loi au mieux des suspects, voire des criminels en puissance : on imagine aisément les répercussions aux yeux de l&rsquo;opinion. Cet ensemble de lois délivre en effet à l&rsquo;opinion publique un message de méfiance à l&rsquo;égard des étrangers. La machine juridique focalise l&rsquo;attention sur une minorité qui serait selon les dires «source de déséquilibres économiques», pour finalement faire en sorte que l&rsquo;accès à un statut régulier soit restreint. Continuant le travail commencé par les socialistes, ce dernier gouvernement légalise un véritable processus de fabrication de clandestins et d&rsquo;étrangers en situation irrégulière. On a ainsi fait de l&rsquo;immigration un problème, oubliant implicitement que le fait d&rsquo;être étranger n&rsquo;a pas à créer une quelconque inégalité. S&rsquo;il y a en effet un problème, il n&rsquo;a pas comme source l&rsquo;immigration et les immigrés, mais certainement quelque chose de beaucoup plus vaste. Le système actuel doit gérer une crise économique tout en maintenant une répartition inégale des richesses, et ce afin de sauvegarder les intérêts des dirigeants au pouvoir et un certain ordre économique. D&rsquo;autre part, l&rsquo;inégalité économique existant entre le Nord et le Sud et l&rsquo;instabilité politique de certains pays engendrent nécessairement une immigration s&rsquo;effectuant dans des conditions précaires. La France a sa part de responsabilité dans cette situation qu&rsquo;elle n&rsquo;assume pas en jouant la carte de la répression. Elle participe à la création d&rsquo;une forteresse Europe en appliquant la politique de fermeture des frontières. Remettre en cause cette politique serait remettre en cause quelque chose dont tout pays du Nord tire avantage. Aujourd&rsquo;hui, les inégalités se creusent de plus en plus, tant au niveau de la société française qu&rsquo;au niveau international. Il devenait donc nécessaire pour l&rsquo;État de développer les moyens susceptibles de faire admettre ce système : janvier 1995, c&rsquo;est au tour d&rsquo;un projet de lois sur la sécurité et la police d&rsquo;être adopté. Répression et contrôle social semblent être les principales missions en matière de sécurité (notamment sur les questions de la petite délinquance et de l&rsquo;immigration clandestine). Trois mesures sont à noter plus particulièrement car elles révèlent assez bien les objectifs que se fixe le gouvernement. Ainsi, la vidéo-surveillance dans les rues est légalisée et fait office de preuve auprès de la justice. Sous prétexte d&rsquo;insécurité quotidienne, des caméras peuvent être placées dans chacun de nos lieux de vie. Et si elles représentent un moyen de contrôle puissant, c&rsquo;est bien parce qu&rsquo;elles ne sont en apparence qu&rsquo;un simple bout de métal. On a ainsi tendance à oublier, ou plutôt à accepter inconsciemment, que derrière chacune d&rsquo;elles se cache un flic. De telles mesures préfigurent de tristes scénarios où ce sera bientôt de notre esprit qu&rsquo;il nous faudra chasser le flic. L&rsquo;autre mesure concerne les manifestations aux abords desquelles il est prévu la fouille de véhicules. Par ailleurs, des peines d&rsquo;interdiction de manifester (!) sont prévues pour toute personne ayant été arrêtée lors d&rsquo;une manifestation dite violente ; les étrangers, quant à eux, seraient tout bonnement expulsés. Le gouvernement s&rsquo;est ainsi attaqué à un droit fondamental, celui de manifester et de contester la politique menée par l&rsquo;État. Quant aux mesures concernant les étrangers, si ces derniers ont pu servir de boucs émissaires à la gestion de la crise, l&rsquo;évolution des textes de lois prouvent qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la cible n&rsquo;est plus uniquement les étrangers mais bien toute personne se risquant à la contestation. Le message est clair : certaines normes sont dorénavant fixées. Le respect de ces dernières sera garanti à chaque instant par des caméras omniprésentes contrôlées par une administration qui acquiert un pouvoir de plus en plus important (cf. le parcours administratif des étrangers). La réalité rattraperait-elle la fiction ? Ce dernier texte de lois est en quelque sorte la réponse du gouvernement à l&rsquo;ensemble des mouvements sociaux qui ont pu frapper la France durant le premier semestre de 1994.<br />
La règle du «diviser pour mieux régner» est bien connue. Elle se trouve appliquée quand on pose un pseudo-problème de l&rsquo;immigration ou quand on accentue la répression. Il ne tient qu&rsquo;à nous de protester contre des mesures réduisant de plus en plus nos libertés, ce qui ne peut se faire que par notre réengagement quotidien dans la vie et les affaires de la cité !</p>
<p>Paru dans REFLEXes N° 46, mai 1995</p>
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