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	<title>REFLEXes &#187; Grande-Bretagne</title>
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	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
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		<title>Brèves &#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:31:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[British National Party (BNP)]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
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		<category><![CDATA[Léon Degrelle]]></category>

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		<description><![CDATA[- Le rassemblement et la marche à la mémoire de Rudolf Hess au mois d&#8217;août ont vu une fois de plus la présence de John «Veux-tu acheter un luger ?» Peacock, l&#8217;organisateur du BNP dans les Midlands, dont la télévision britannique découvrit qu&#8217;il était un trafiquant d&#8217;armes. - Peacock1 dirige la section britannique du Odal [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>- Le rassemblement et la marche à la mémoire de Rudolf Hess au mois d&rsquo;août ont vu une fois de plus la présence de John «Veux-tu acheter un luger ?» Peacock, l&rsquo;organisateur du BNP dans les Midlands, dont la télévision britannique découvrit qu&rsquo;il était un trafiquant d&rsquo;armes.</p>
<p>- Peacock<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/breves/#footnote_0_301" id="identifier_0_301" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dirigeant du BNP.">1</a></sup> dirige la section britannique du Odal ring ou Ring UK comme on l&rsquo;appelle aussi parfois. Le fait que Richard Edmonds<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/breves/#footnote_1_301" id="identifier_1_301" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Vice-pr&eacute;sident du BNP.">2</a></sup> soit le représentant patenté du réseau international le plus vieux, le plus financé et le mieux organisé, le Nouvel ordre européen, le place en meilleure position que Peacock, qui s&rsquo;était donné beaucoup de peine pour faire du réseau Odal ring un succès. Si John Tyndall<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/breves/#footnote_2_301" id="identifier_2_301" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Leader du BNP.">3</a></sup> peut remercier Peacock pour avoir été invité en France par des néo-nazis<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/breves/#footnote_3_301" id="identifier_3_301" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir article sur le PNFE.">4</a></sup>, Edmonds a cependant courtisé des personnalités nazies comme Manfred Roeder ou Florie Rost van Tonningen afin d&rsquo;assurer sa nouvelle position dans le réseau international nazi.</p>
<p>- <em>Searchlight</em> se demande si le trésor de guerre du général SS Léon Degrelle aurait été utilisé pour financer les tentatives d&rsquo;exportation du Nouvel ordre européen au crépuscule de sa vie (Degrelle a aujourd&rsquo;hui plus de 80 ans). Peut être le BNP a-t-il trouvé cet argent, qui gonflerait ses propres coffres. Depuis que le BNP a rencontré le Nouvel ordre européen ces dernières années, certains membres du BNP, comme certains membres d&rsquo;International third position ont apparemment reçu de l&rsquo;aide pour mettre en place des entreprises de sécurité à Londres, et à Dundee en Écosse. Dans le cas de l&rsquo;entreprise écossaise, on trouve l&rsquo;appui financier d&rsquo;un mystérieux Belge.</p>
<p>- Si les informations qui circulent dans les médias sont vraies, alors Aloïs Brunner, alias George Fischer, l&rsquo;adjoint de Adolf Eichmann est mort, ce qui fait de Degrelle le criminel de guerre vivant le plus recherché. Paradoxalement, Degrelle apprécie beaucoup plus la vie politique actuelle en Espagne aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;à la période franquiste, où sa présence donnait une mauvaise image du pays : Franco s&rsquo;inquiétait visiblement des possibles tentatives des groupes nazis internationaux pour prendre le pouvoir à sa mort. Maintenant, même s&rsquo;il y a un gouvernement socialiste à Madrid, les nazis peuvent agir ouvertement et sont en position d&rsquo;aider leurs alliés à l&rsquo;étranger.</p>
<p>- La découverte tardive par la presse britannique de l&rsquo;appartenance au parti conservateur du fasciste Mark Cotterill a causé une tempête. Des journaux comme <em>The Guardian</em> ont donné du crédit aux informations que <em>Searchlight</em> avait livrées l&rsquo;année dernière avec l&rsquo;aide d&rsquo;antifascistes du sud-ouest de l&rsquo;Angleterre. Mieux vaut tard que jamais ! Le député conservateur Rupert Allason, qui écrit des livres sur les services secrets sous le nom de Nigel West, avait déjà causé des problèmes dans le parti à cause de son refus de soutenir le gouvernement dans le vote crucial de la ratification du traité de Maastricht. Maintenant, il doit faire face à un fasciste dans la branche locale de son parti. Indiquant que Cotterill n&rsquo;a rejoint le parti que cette année ou très tard l&rsquo;année dernière, nous avons compris qu&rsquo;il fut autorisé à joindre une section du parti dans une autre région, quelques semaines après avoir quitté son poste d&rsquo;organisateur de l&rsquo;ouest de l&rsquo;Angleterre pour le National front. Cotterill est en partie responsable de la mise en place du Revolutionary conservative caucus, qui compte dans ses membres d&rsquo;anciennes personnalités fascistes : Steve Brady et Tom Acton qui tentèrent de rencontrer Le Pen après le dîner infâmant de Le Pen avec Western goals il y a deux ans. Cotterill dirige un journal <em>British Patriot</em> dont le nom fut déjà utilisé par le British movement pour une de ses haineuses publications. Le numéro de juillet comporte un article sur la purification ethnique en Ulster.</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_301" class="footnote">Dirigeant du BNP.</li><li id="footnote_1_301" class="footnote">Vice-président du BNP.</li><li id="footnote_2_301" class="footnote">Leader du BNP.</li><li id="footnote_3_301" class="footnote">Voir article sur le PNFE.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>La taupe qui venait du Nord</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:28:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;histoire de Tim Hepple est une histoire banale. Un jeune homme bien éduqué, mais en décalage avec son propre style de vie et la société, recherchant quelque chose où il pourrait s&#8217;engager et qui trouve sa voie dans le camp nazi. Un jeune homme avec des vues élitistes sur le monde et qui croit que, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;histoire de Tim Hepple est une histoire banale. Un jeune homme bien éduqué, mais en décalage avec son propre style de vie et la société, recherchant quelque chose où il pourrait s&rsquo;engager et qui trouve sa voie dans le camp nazi. Un jeune homme avec des vues élitistes sur le monde et qui croit que, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, la violence a des effets curatifs sur les gens et sur les maladies de la société.<br />
Au bout de cinq ans, Hepple, qui était devenu de plus en plus actif dans des organisations néo-nazies, commence à être désillusionné. Il y a à peu près trois ans, il approche <em>Searchlight</em> et offre de travailler comme taupe à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;extrême droite britannique. Son offre est acceptée et jusqu&rsquo;au printemps, il fournit à <em>Searchlight</em> une grande quantité d&rsquo;informations importantes de l&rsquo;intérieur du British national party et d&rsquo;autres groupements néo-nazis.<br />
En avril, il apparaît publiquement dans un programme national sur le groupe nazi ultra-violent Combat 18. Devant des millions de téléspectateurs, il révèle comment Combat 18 cible les antifascistes, les personnalités juives et n&rsquo;importe quelle personne détestée par les nazis en utilisant la violence, l&rsquo;incendie ou les menaces de mort. De son expérience, il a tiré un livre commenté par Gerry Gable et publié par <em>Searchlight</em>, où il raconte comment il s&rsquo;est retrouvé chez les nazis, son activité, donnant par là même une vision remarquable de ce qui se passe dans la tête d&rsquo;un jeune nazi. C&rsquo;est la première fois qu&rsquo;on publiait un compte-rendu de la vie à l&rsquo;intérieur du British national party depuis <em>The Other Face of Terror</em>, par Ray Hill et Andrew Bell, qui (il y a cinq ans) avait décrit les premières années du BNP, de 1980 à 1983.<br />
Ray Hill était un homme mature qui avait passé la moitié de sa vie chez les nazis, et qui avait pris le temps de réfléchir à ses erreurs politiques avant de décider de travailler contre les nazis, ce qu&rsquo;il a fait avec succès pendant des années. Hepple est un homme beaucoup plus jeune, qui est encore par de nombreux côtés assez immature, et les raisons de sa défection ne sont pas aussi tranchées que celles de Hill. La brochure est le récit de Hepple mais elle donne aussi un éclairage sur les problèmes que peut entraîner le travail de quelqu&rsquo;un comme Hepple pour <em>Searchlight</em>. En dépit des réserves de <em>Searchlight</em> par rapport à son comportement politique ou dans la vie, nous ne pouvons nier qu&rsquo;il ait fait preuve d&rsquo;un grand courage sans jamais demander de compensation financière.</p>
<p>Hepple est né en 1967 et a été élevé par un couple de maîtres d&rsquo;école. Il est sur le point de retourner à l&rsquo;Université pour finir ses études en musique classique. C&rsquo;est un musicien doté d&rsquo;un talent considérable, qui a gagné de nombreuses récompenses et concours tout au long de son éducation. Il n&rsquo;est pas le type de jeune que l&rsquo;on s&rsquo;attend à trouver parmi les plus violents des hooligans dans les matchs de football du sud de Londres, et c&rsquo;est pourtant parmi eux que Hepple eut sa première expérience politique.<br />
À l&rsquo;école, il passa du sentiment général que la gauche est inutile, que les conservateurs sont faibles, à la recherche d&rsquo;une organisation élitiste. D&rsquo;abord, il s&rsquo;engagea dans les rangs du National front mais rapidement, alors qu&rsquo;il étudiait en Écosse, il préféra le British national party.<br />
En Écosse, racisme, sectarisme protestant (soutien à l&rsquo;Ulster) et hooliganisme vont ensemble. Des loyalistes et des membres du BNP, y compris des gens qui combattent aujourd&rsquo;hui comme mercenaires en Yougoslavie, et des activistes de droite extrême venant de la branche jeune du Parti conservateur sont à des centaines de milles de la violence pendant les matchs de football entre clubs catholiques et protestants écossais. Mais c&rsquo;est sur ce dernier terrain que Hepple se retrouva engagé dans les activités du BNP. Il quitta l&rsquo;Écosse pour commencer des études à l&rsquo;université de Sheffield et fut le fer de lance du travail nazi contre la gauche sur le campus aussi bien qu&rsquo;en ville, militant avec des fascistes et néo-nazis locaux qui avaient une longue liste d&rsquo;affaires criminelles liées à leurs activités politiques.<br />
Hepple nous raconta l&rsquo;épisode du rassemblement du BNP dans l&rsquo;ancienne cité de York, dans le nord de l&rsquo;Angleterre. C&rsquo;est à York qu&rsquo;eut lieu un des pires pogroms contre les Juifs en Angleterre, au XIIème siècle. Le BNP a choisi exprès cet endroit pour organiser son rassemblement. À un moment, le drapeau du BNP fut hissé et les autres drapeaux locaux furent agités. C&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;Hitler et Himmler avaient fait à leur rassemblement de Nuremberg dans l&rsquo;Allemagne d&rsquo;avant-guerre, utilisant le drapeau du parti, le Blut Fahne, teint avec le sang des martyres nazis du putsch avorté de 1923. Ceci montre clairement comment on peut rattacher le BNP à l&rsquo;histoire sanglante du nazisme.</p>
<p>Le récit de Hepple révèle aussi que les différents niveaux d&rsquo;engagement dans le parti nazi entraînaient de nombreuses pressions, des conflits politiques parfois violents. Il montra aussi la couardise des nombreuses grandes gueules de certains partis quand ils sont en face de leurs chefs comme par exemple le leader du BNP, John Tyndall : de nombreux coups de poignards dans le dos quand le chef n&rsquo;est pas là, mais en face de lui, bien peu ont le courage de défendre leur point de vue.<br />
C&rsquo;est lorsque Hepple travailla au siège du BNP à Welling dans le sud-est de Londres qu&rsquo;il donna certains de ses meilleurs éclairages sur les activités criminelles des nazis. À ce moment là, il a été capable de surveiller le courrier et les coups de téléphone, de noter les noms des personnes qui donnaient les plus larges contributions financières au BNP pour la campagne des élections législatives de 1992 ; il suivit les activités en Angleterre du nazi américain Harold Covington, et il donna les premiers avertissement sur la mise en place de Combat 18. Il a aussi raconté comment des gangs de nazis, de jeunes et plus âgés de l&rsquo;est et du sud-est de Londres allaient à la «chasse», et comment les cadres du parti méprisaient la main d&rsquo;oeuvre skinhead mais la préparaient à être les gardes du corps des officiels du parti ou des candidats. Hepple compléta la connaissance qu&rsquo;avait <em>Searchlight</em> du Ku Klux Klan en Grande-Bretagne et du groupuscule extrémiste British movement.</p>
<p>Ce qui a fait le plus de dégâts dans le parti, ce sont les phrases enregistrées par Hepple des cadres du BNP exprimant comment ils voient le monde et les gens. Richard Edmonds, qui dirige le siège du BNP, vient récemment d&rsquo;être engagé pour être le représentant du Nouvel ordre européen, un groupe international de nazis dirigé par l&rsquo;ancien général SS Léon Degrelle, par ailleurs recherché pour crimes de guerre. Edmonds est obsédé par sa haine des Juifs. Sa propre femme décrit les activistes comme des losers antisémites forcenés. Ces mots que Hepple cita n&rsquo;ont pas eu bonne presse à l&rsquo;intérieur du parti.<br />
Cette brochure montre les problèmes quotidiens qu&rsquo;entraîne une opération comme celle-ci, et dans le cas d&rsquo;Hepple, son association avec des éléments du mouvement «anarcho-écologiste» entraîna sa découverte. L&rsquo;apparition publique d&rsquo;Hepple dans l&rsquo;émission documentaire World in Action le 19 avril confirma ce que le BNP savait, car des cadres de Combat 18 avaient eu un tuyau provenant du milieu anarchiste indiquant que Hepple avait, au moins une fois, travaillé pour <em>Searchlight</em>.<br />
Les activités de rue d&rsquo;Hepple dans les premiers jours de Combat 18 et sa volonté d&rsquo;apparaître à l&rsquo;écran pour parler de son expérience ont causé d&rsquo;importants torts au groupe, non seulement aux yeux du public mais aussi aux yeux de leurs militants qui ont eu le sentiment, malgré leurs déclarations à propos de nouvelles mesures de sécurité, que <em>Searchlight</em> s&rsquo;était montré plus malin qu&rsquo;eux. Une des conséquences de l&rsquo;apparition publique de Hepple les plus désastreuses pour le BNP fut la suivante : la crédibilité de John Tyndall fut ruinée. Depuis des mois, il racontait aux membres du parti que Hepple n&rsquo;avait accès ni au siège du BNP, ni aux listes des adhérents et des souscripteurs, ni à aucun autre papier important. Il avait même publié des communiqués sur ce sujet dans les publications du BNP. Avec la publication de <em>At War With Society</em>, les protestations de Tyndall ont montré ce qu&rsquo;elles étaient : des mensonges.<br />
Les répercussions de la brochure d&rsquo;Hepple ne sont pas finies. Une massive chasse aux sorcières a commencé dans l&rsquo;extrême droite pour trouver les autres taupes, mais en vain ; cela n&rsquo;a pas empêché les fuites d&rsquo;être toujours plus nombreuses. Les nazis sont affolés, comme des rats hystériques coincés dans une pièce. Ce que <em>Searchlight </em>aimerait, c&rsquo;est que le mouvement antifasciste en profite pour purger de ses rangs les infiltrés et autres fantaisistes.</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
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		<title>Banlieues anglaises</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jan 2007 13:27:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<category><![CDATA[Margaret Thatcher]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;été 1981 a vu une explosion de révoltes dans les principales villes de Grande-Bretagne, c&#8217;était le premier signe que quelque chose clochait dans la politique de Thatcher, vis-à-vis des communautés ouvrières1. Un par un, les quartiers de Brixton (Londres), Chapeltown (Leeds), Saint Pauls (Bristol), Moss Side (Manchester), Toxteth (Liverpool) s&#8217;embrasèrent et la colère des jeunes [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>L&rsquo;été 1981 a vu une explosion de révoltes dans les principales villes de Grande-Bretagne, c&rsquo;était le premier signe que quelque chose clochait dans la politique de Thatcher, vis-à-vis des communautés ouvrières<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_0_299" id="identifier_0_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le terme de communaut&eacute;s ouvri&egrave;res est la traduction du terme anglais &laquo;Working class communities&raquo; qui recouvre l&rsquo;id&eacute;e de quartiers ouvriers, de population ouvri&egrave;re et de milieux ouvriers.">1</a></sup>. Un par un, les quartiers de Brixton (Londres), Chapeltown (Leeds), Saint Pauls (Bristol), Moss Side (Manchester), Toxteth (Liverpool) s&rsquo;embrasèrent et la colère des jeunes Noirs s&rsquo;exprima contre la police et le gouvernement. Les jeunes Blancs furent rapides à se solidariser et à rejoindre dans les émeutes les jeunes Noirs.<br />
Ensuite, ces communautés furent estomaquées quand elles réalisèrent l&rsquo;énormité de ce qu&rsquo;elles avaient fait, la force qu&rsquo;elles avaient déclenchée. Le gouvernement et la police ne tardèrent pas à considérer les émeutiers comme une poignée de personnes, dirigées par des agitateurs extérieurs (comme les trotskistes du groupe Militant<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_1_299" id="identifier_1_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Militant est un groupe trotskiste pr&eacute;sent &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du parti travailliste.">2</a></sup>), qui ont réagi à un des étés les plus chauds depuis des années. La réalité est en fait toute différente. Dans la plupart des cas, les émeutes ont commencé à la suite de persécutions policières contre la communauté noire.</p>
<p>Par exemple à Brixton, l&rsquo;émeute a été causée par une attaque contre un jeune Noir à Railton Road, la soi-disant frontière du quartier, où l&rsquo;on peut trouver les jeunes Noirs les plus militants mais aussi la marijuana. Tout est parti d&rsquo;une opération de police, «Swamp 81» (Inondation 1981), qui était supposée enrayer le crime dans Brixton. En une semaine, la tension avait atteint des niveaux records avec les raids de la police jusque dans des appartements privés et l&rsquo;arrestation de nombreux Noirs. La situation empira lorsqu&rsquo;un policier vit un jeune Noir qui avait été poignardé courir vers lui et s&rsquo;enfuir en le voyant. La police commença une chasse à l&rsquo;homme et le jeune fut trouvé dans une voiture en route vers l&rsquo;hôpital. Ils arrêtèrent la voiture et appelèrent une ambulance, mais la foule qui commençait à se rassembler crut que la police mettait en jeu la vie du jeune en arrêtant la voiture : la confrontation commença. Le lendemain, ce fut l&rsquo;explosion quand la police, qui continuait son opération Swamp 81, rencontra un barrage de pierres et de bouteilles. Il lui fallut deux jours pour reprendre la situation en main.<br />
Le rapport officiel sur l&rsquo;émeute de Brixton conclut après coup que le chômage, la discrimination raciale, la pauvreté et le ressentiment vis-à-vis de la police ont été les principaux facteurs de l&rsquo;émeute, couplés avec la presque universelle condamnation de la fameuse SUS<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_2_299" id="identifier_2_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La loi SUS &eacute;tait une vieille loi qui permettait &agrave; la police d&rsquo;arr&ecirc;ter n&rsquo;importe qui soup&ccedil;onn&eacute; d&rsquo;avoir commis un crime. En pratique, la police utilisait cette loi pour pers&eacute;cuter la communaut&eacute; noire et en particulier les jeunes. Elle fut abolie au d&eacute;but des ann&eacute;es 1980.">3</a></sup>. Brixton était à l&rsquo;image des autres quartiers. Ces émeutes étaient une réponse à la politique de Thatcher. Il y eut d&rsquo;autres émeutes en 1985 et ensuite toutes les années suivantes, et elles ne furent pas toutes couvertes par les médias, le gouvernement ayant peur de l&rsquo;extension de ces révoltes.</p>
<p>En quoi le thatchérisme est-il responsable de cette vague d&rsquo;émeutes ?</p>
<p>Pour le comprendre, il nous faut repartir dans les années 1970 et examiner la situation avant que Thatcher arrive au pouvoir. Dans les années 1970, l&rsquo;Angleterre vit une décennie d&rsquo;agitation sociale où les gouvernements successifs sont incapables de contrôler les syndicats. En 1974, par exemple, la grève des mineurs entraîna la chute du gouvernement conservateur Heath. Elle fut suivie de milliers d&rsquo;autres grèves animées par des syndicats militants qui utilisaient aussi les lois sociales en leur faveur comme arme. Pendant cette période, les principales industries manufacturières étaient touchées par des grèves, le pays était sur les genoux. Les charbonnages, l&rsquo;automobile, les chemins de fer étaient en grève pour demander des salaires et conditions de travail meilleurs. Pendant cette période, l&rsquo;économie anglaise était proche de l&rsquo;effondrement (inflation importante et perte par la Grande-Bretagne de sa place de première puissance commerçante). La vague de grèves culmina en 1978-1979 pendant «l&rsquo;hiver du mécontentement» quand il y eut tellement d&rsquo;entreprises en grève que le gouvernement travailliste de Jim Callaghan perdit le contrôle de la situation et fut forcé de convoquer des élections générales. Les travaillistes perdirent et Thatcher prit les rênes du pays.<br />
Margaret Thatcher arrive au pouvoir pour effectuer plusieurs tâches : réformer l&rsquo;économie en utilisant les recettes monétaristes, casser le pouvoir des syndicats et enfin jouer la carte raciale. C&rsquo;était un enjeu important à ce moment-là après une décennie d&rsquo;immigration croissante venant des Antilles et du subcontinent indien. Dans les années 1970, le National front joua sur les peurs populaires de l&rsquo;immigration et gagna un soutien électoral croissant. En 1977, à des élections locales à Londres, ils obtiennent plus de 100.000 voix, ce qui, transposé au plan national, leur aurait donné près d&rsquo;un million de voix et des sièges au Parlement britannique. Le National Front s&rsquo;efforçait de présenter une image de lui-même respectable à l&rsquo;électorat, mais l&rsquo;Anti nazi league montra la nature fasciste de ce parti et au moment des élections générales de 1979, le NF avait perdu<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_3_299" id="identifier_3_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour plus de d&eacute;tails sur le National front dans les ann&eacute;es 1970, voir l&rsquo;Europe en chemise brune, R&eacute;flex, 1992.">4</a></sup>.</p>
<p>Cependant, l&rsquo;écroulement du National front ne peut pas être seulement mis au crédit de l&rsquo;ANL. Thatcher avait déclaré dans une interview à la télévision en 1978 qu&rsquo;elle comprenait les peurs du peuple d&rsquo;être «envahi par une culture étrangère». Des électeurs potentiels du NF choisirent de voter pour Thatcher, voyant qu&rsquo;elle avait de meilleures chances de gagner les élections et croyant qu&rsquo;elle allait arrêter l&rsquo;immigration. Ces promesses furent un facteur important de sa victoire. Il est peu probable qu&rsquo;elle aurait eu suffisamment de voix pour gagner sans cet apport de la partie la plus raciste de l&rsquo;électorat.<br />
Dans les cartons de Thatcher, il y avait une déclaration de guerre à la classe ouvrière, comportant un volet contre les syndicats. Pour elle, les militants syndicaux issus de la classe ouvrière avaient rançonné pendant dix ans le pays. Sa politique économique, le monétarisme, était clairement définie comme devant prendre aux pauvres pour donner aux riches. Sa promesse de réduire l&rsquo;immigration s&rsquo;attaquait aux communautés immigrées en Grande-Bretagne, qui appartiennent en grande partie à la classe ouvrière. Mais le plus important dans la politique de Thatcher est son programme social. Le thatchérisme, en quelques mots, était une expérimentation sur la société afin de changer les comportements sociaux, les normes sociales à travers une politique économique<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_4_299" id="identifier_4_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="One of us par Hugo Young, Londres, 1990, est la plus compl&egrave;te biographie de Thatcher au pouvoir ; ce livre contient des analyses d&eacute;taill&eacute;es de ses politiques, de leurs mises en pratique et des buts &agrave; long terme de Thatcher.">5</a></sup>. Sur ce terrain-là, elle a grandement réussi : les années 1980 virent l&rsquo;avènement du yuppie et le retour à un individualisme forcené. Pendant dix ans, les attitudes sociales en Grande-Bretagne ont complètement changé, d&rsquo;une société concernée par le sort des autres, croyant en l&rsquo;État-providence, on est passé à une société intéressée par l&rsquo;argent, l&rsquo;individualisme et «la survie des plus aptes». Ces politiques destinées à changer la société britannique comportaient plusieurs mesures pour casser la classe ouvrière. Pendant ces années 1980, le Grande-Bretagne vit les coupes dans les budgets sociaux se multiplier (en particulier dans ceux destinés aux chômeurs et aux malades). Ces coupes budgétaires s&rsquo;attaquent au National health service<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_5_299" id="identifier_5_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;&eacute;quivalent de l&rsquo;Assistance publique.">6</a></sup>, envié à travers le monde : Thatcher préparait la privatisation du système de santé. La baisse des impôts très importante pour les hauts revenus permit à ceux-ci de s&rsquo;enrichir, alors qu&rsquo;elle ne fut que très faible pour les plus pauvres. Le contrôle gouvernemental sur les dépenses des municipalités, introduit par de multiples lois, obligea les autorités locales à diminuer les financements aux secteurs estimés les moins importants comme les bibliothèques, les services sociaux et les loisirs. L&rsquo;Éducation fut elle aussi touchée, et le gouvernement voulut contrôler ce que les enfants apprenaient à l&rsquo;école : les coupes budgétaires visaient à aggraver le système scolaire à deux niveaux. Les écoles publiques pour la classe ouvrière avec moins d&rsquo;argent et moins d&rsquo;équipements, et les écoles privées pour les riches et les classes moyennes. Les politiques monétaristes créèrent une vague de chômage dans les industries manufacturières, particulièrement dans celles touchées par les privatisations, ce qui affecta les communautés ouvrières.<br />
Ceci n&rsquo;est qu&rsquo;un instantané des choses qui changèrent sous Thatcher, mais le plus important est de se rappeler qu&rsquo;aucun de ces changements ne fut brusque, mais très progressif et sur une longue période. Le gouvernement modifia petit à petit la structure sociale de la société britannique, et ces changements passèrent sans encombre. Cette expérience sociale a eu plusieurs effets. Premièrement, l&rsquo;aggravation de la société duale entre ceux qui ont et ceux qui n&rsquo;ont pas. Deuxièmement, la gauche traditionnelle s&rsquo;écroula. Le Parti travailliste s&rsquo;avéra être de plus en plus déconnecté de ses relais et soutiens traditionnels dans la classe ouvrière et il devint totalement incapable de gagner des élections. La gauche extraparlementaire montra qu&rsquo;elle était incapable de répondre d&rsquo;une façon constructive et cohérente et se cantonna à des slogans creux. Ce n&rsquo;est pas une coïncidence si l&rsquo;on vit dans les années 1980 un intérêt croissant pour l&rsquo;anarchisme se développer en Grande-Bretagne.<br />
Les réponses à cette politique de Thatcher peuvent être divisées en deux groupes. La première réponse fut en fait de ne rien faire : pour beaucoup de ceux qui furent touchés par le thatchérisme, la lente réduction des droits sociaux a eu un effet anesthésiant qui les laissa désespérés et incapables de rien faire. La deuxième réponse, qui apparut beaucoup plus tard, fut pour les communautés ouvrières de se battre ensemble ; c&rsquo;est ce que nous verrons plus loin.<br />
La première période du gouvernement Thatcher dura quatre ans, de 1979 à 1983. Après les émeutes de 1981, il était clair que l&rsquo;expérience sociale était mauvaise : la population fut touchée par le chômage de longue durée et différentes formes de discriminations. À l&rsquo;intérieur du gouvernement, plusieurs ministres se sentirent concernés par l&rsquo;écroulement croissant de la société et Thatcher elle-même dut faire face à une importante opposition à l&rsquo;intérieur du groupe parlementaire conservateur et dans son parti. Elle n&rsquo;a sauvé sa carrière politique que grâce à la guerre des Falklands en 1982 qui déclencha une vague de patriotisme sans précédent à travers le pays. Dans la foulée de sa victoire sur l&rsquo;Argentine, elle gagna facilement les élections de 1983 avec une majorité encore plus confortable et son expérience sociale fut fermement confirmée.</p>
<p>À partir de ce moment-là, les attaques contre la classe ouvrière commencèrent sérieusement. La grève des mineurs de 1984-1985 fut le début de la fin du pouvoir syndical, et Thatcher défia délibérément les mineurs dans un combat qu&rsquo;ils ne pouvaient gagner. En utilisant une législation antisyndicale draconienne elle écrasa, un par un, les syndicats de chaque grand secteur industriel. Cela fut suivi de coupes sauvages dans tous les secteurs publics : sécurité sociale, éducation, santé, budgets municipaux.<br />
En 1987, lorsqu&rsquo;elle gagna ses troisièmes élections consécutives, pour beaucoup, le choix était clair : couler ou nager sous le thatchérisme ; mais nombreux étaient ceux qui n&rsquo;avaient pas le choix, ils étaient destinés à couler. La plupart essayèrent de s&rsquo;adapter à la nouvelle société qui émergeait, pensant qu&rsquo;au moins ils survivraient d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre jusqu&rsquo;à ce que les choses changent. Mais la colère couvait sous une surface apparemment calme, une colère qui perçait sous forme d&rsquo;émeutes locales ou de manifestations de protestation. Aucune n&rsquo;eut beaucoup d&rsquo;effet sur le gouvernement qui montrait clairement qu&rsquo;il était peu disposé à écouter la population.<br />
Les choses en étaient là en 1988, quand le gouvernement annonça l&rsquo;introduction de la Community charge, appelée plus communément Poll Tax. La Poll Tax devait remplacer l&rsquo;ancien système d&rsquo;impôts locaux<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_6_299" id="identifier_6_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;ancien syst&egrave;me d&rsquo;imp&ocirc;ts locaux &eacute;tait bas&eacute; sur la valeur de la propri&eacute;t&eacute;. Il &eacute;tait variable pour chaque ville et les familles pauvres en &eacute;taient g&eacute;n&eacute;ralement exempt&eacute;es. Ceux qui vivaient dans les maisons les plus ch&egrave;res payaient plus que ceux qui vivaient dans des habitations bon march&eacute;. Ce syst&egrave;me n&rsquo;&eacute;taient pas sans imperfections et certains s&rsquo;en plaignaient, mais il &eacute;tait g&eacute;n&eacute;ralement consid&eacute;r&eacute; comme juste et gardait cette id&eacute;e &laquo;d&rsquo;&Eacute;tat-providence&raquo; o&ugrave; les plus riches devaient contribuer &agrave; aider ceux qui l&rsquo;&eacute;taient moins.
">7</a></sup>. Un des buts du gouvernement à travers cette réforme était de contrôler les dépenses des autorités locales (particulièrement les municipalités travaillistes). La Poll Tax était basée sur l&rsquo;idée que tout le monde devait payer le même montant d&rsquo;impôts. Pour financer les services locaux, le montant de l&rsquo;impôt était déterminé par les besoins financiers de chaque conseil. Il n&rsquo;est pas difficile de comprendre que les conseils municipaux des régions comptant le plus de pauvres ou de familles ouvrières, dont les demandes d&rsquo;aide sociale sont plus grands, ont un montant de la Poll Tax plus important que les municipalités habitées par les classes moyennes. L&rsquo;injustice de cette taxe était évidente, ce qui signifiait en fait que les pauvres subventionnaient les riches. La Reine (si elle avait payé la Poll Tax) aurait payé le même impôt que ses employés. Plus important peut-être, à cause de la nature de cette taxe que tout le monde était censé payer, des fichiers comportant tous les citoyens devaient être établis, ce qui représentait une vraie menace pour les libertés, et les conseils municipaux avaient de larges pouvoirs pour récolter toute information nécessaire sur un individu. Ces implications étaient énormes et de nombreuses personnes préféraient donc «disparaître» des registres électoraux, et perdre ainsi leur droit de vote. Le registre de la Poll Tax devait être un dispositif majeur de contrôle social car il devait garder la trace de tous les citoyens âgés de plus de 18 ans.<br />
L&rsquo;injustice de la Poll Tax devient évidente si l&rsquo;on compare deux quartiers du sud de Londres : dans le premier quartier, Lambeth, quartier de forte immigration, au taux de chômage élevé, et aux problèmes sociaux importants, dirigé par un conseil municipal travailliste, la Poll Tax était de 615 livres par personne<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_7_299" id="identifier_7_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Agrave; peu pr&egrave;s 6000 francs de l&rsquo;&eacute;poque.
">8</a></sup> alors qu&rsquo;à Wandsworth, un quartier de classes moyennes dirigé par le parti conservateur, elle était de 140 livres<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_8_299" id="identifier_8_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Autour de 1400 francs de l&rsquo;&eacute;poque.
">9</a></sup>. En plus, les conservateurs avaient clairement annoncé que les conseils municipaux les plus dépensiers, ou ceux qui mettaient une Poll Tax trop forte, se verraient imposer une limite de dépenses<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_9_299" id="identifier_9_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Appel&eacute;e capping.
">10</a></sup>, ce qui les forçait à couper dans les services sociaux pour rester dans les limites budgétaires gouvernementales. Les premiers conseils municipaux qui furent ainsi limités étaient tous travaillistes.<br />
Aujourd&rsquo;hui, il semble incroyable que les conservateurs aient réellement cru qu&rsquo;ils pourraient imposer cette taxe sans opposition. Un bref regard sur le passé aurait montré la stupidité de cette idée. La dernière fois que le gouvernement britannique a tenté d&rsquo;introduire la Poll Tax en 1381, cela a entraîné une révolte dans tout le pays et le Roi a dû abandonner sa réforme. Plus récemment, un pays comme la Papouasie &#8211; Nouvelle Guinée qui avait imposé la Poll Tax, a aussi abandonné, incapable qu&rsquo;il était de collecter l&rsquo;impôt. En 1981, quand Thatcher parla pour la première fois de changer le système d&rsquo;imposition, l&rsquo;idée de la Poll Tax avait été évoquée puis écartée car jugée inapplicable. Mais la détermination de Thatcher de contrôler les municipalités travaillistes était telle qu&rsquo;elle persévéra dans son idée. Pendant ce temps, la colère populaire contre cette taxe commençait à s&rsquo;exprimer concrètement. En Écosse, où la Poll Tax fut introduite un an avant l&rsquo;Angleterre et le Pays de Galles, les gens commencèrent à former des groupes anti-Poll Tax<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_10_299" id="identifier_10_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Anti Poll Tax groups, en abr&eacute;g&eacute; APTs.
">11</a></sup>. À peu près 95% de ces premiers groupes avaient été mis en place par des militants anarchistes. Le mouvement anarchiste fut le premier mouvement actif politiquement à avoir une analyse claire des implications de cette taxe et à proposer des solutions pour une opposition efficace. Dès le début, la base de l&rsquo;opposition fut constituée des communautés ouvrières qui ne voulaient pas payer la Poll Tax, entre autres parce qu&rsquo;elles ne pouvaient pas la payer. Le slogan «On ne peut pas payer, on ne paye pas» devint le principal mot d&rsquo;ordre de la résistance à la Poll Tax. Plus tard, les classes moyennes, qui elles pouvaient payer cet impôt mais ne le voulaient pas, créèrent le slogan «On peut payer, mais on ne le fera pas».</p>
<p>L&rsquo;organisation des APTs<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_11_299" id="identifier_11_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Collectifs locaux anti-Poll Tax.
">12</a></sup> était très décentralisée. En pratique, quasiment tous les quartiers avaient une association locale, parfois chaque rue, car les gens ne faisaient pas confiance aux organisations politiques traditionnelles. Dans le cas du Parti travailliste, son opposition à la taxe se résumait ainsi : «Si vous votez pour nous aux prochaines élections et si nous arrivons au pouvoir, nous abolirons la Poll Tax». Les communautés ouvrières, qui avaient depuis des années été trompées par le thatchérisme, n&rsquo;étaient plus prêtes à faire confiance à aucun politicien. La gauche extraparlementaire voulut utiliser la lutte contre la Poll Tax comme une opportunité pour recruter pour leurs organisations mais le stratagème fut vite découvert<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_12_299" id="identifier_12_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir plus loin la strat&eacute;gie du groupe Militant.
">13</a></sup>. La principale force des APTs était d&rsquo;informer la population de chaque quartier sur la taxe, son montant, ce qu&rsquo;elle signifiait, comment s&rsquo;organiser. Savoir que toute une rue refusait de payer était un formidable encouragement pour ceux qui n&rsquo;étaient pas sûrs de s&rsquo;en sortir s&rsquo;ils ne payaient pas l&rsquo;impôt. Des milliers de tracts ont été tirés, donnant toute l&rsquo;information nécessaire, avec un poster autocollant à mettre à sa fenêtre afin que le voisinage connaisse la position de chacun sur cet impôt. Dans certains quartiers, toutes les maisons avaient ce poster. La campagne s&rsquo;étendit rapidement, à partir de l&rsquo;Écosse, et bénéficia d&rsquo;une bonne couverture de presse (la plupart des journaux étaient opposés à cette taxe). En Angleterre et au Pays de Galles, les activistes anti-Poll Tax voyant ce qui se passait en Écosse, eurent le temps de se préparer à l&rsquo;introduction de cet impôt dans le reste du pays. Les militants anarchistes engagés dans les associations locales anti-Poll Tax ont passé beaucoup de temps à voyager entre l&rsquo;Angleterre et l&rsquo;Écosse, échangeant informations, tracts et stratégies. Beaucoup d&rsquo;idées du mouvement anti-Poll Tax étaient ingénieuses. En Écosse par exemple, la première tactique était d&rsquo;inciter la population à remplir incorrectement les feuilles d&rsquo;impôts et à poser le plus de questions possible afin de bloquer le système. Cela marcha bien pendant un temps, jusqu&rsquo;à ce que les militants réalisent que remplir le formulaire équivalait à donner aux autorités les noms et adresses pour recenser la population. En Angleterre, cette erreur fut évitée grâce aux Écossais, et à la place les gens «perdaient» leur formulaire.<br />
Début 1987 en Écosse, la plupart des associations locales anti-Poll Tax commencèrent à se regrouper en unions régionales, les APTUs, permettant aux groupes de se coordonner, de partager informations et idées, de bénéficier de la puissance du nombre. Le même niveau d&rsquo;organisation se mit en place en Angleterre et au Pays de Galles, avec les unions locales et plus tard avec l&rsquo;All Britain Poll Tax Federation<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_13_299" id="identifier_13_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Litt&eacute;ralement la F&eacute;d&eacute;ration anti-Poll Tax de toute la Grande-Bretagne.
">14</a></sup>. Quand cette fédération fut formée, un problème majeur se posa : le groupe Militant, un groupe trotskiste qui avait discrètement infiltré ses membres dans des centaines d&rsquo;associations locales anti-Poll Tax, puis dans les unions régionales pour prendre le contrôle de la campagne, réussit à prendre 17 des 20 sièges du comité exécutif de la fédération lors de son premier congrès. La colère fut énorme ; beaucoup ont senti que Militant détournait la campagne vers ses buts politiques, ce qui se confirma plus tard. La stratégie de nombreuses associations locales fut d&rsquo;ignorer la fédération et de continuer à travailler comme avant. En 1989, la Poll Tax était instaurée et tout le monde en Angleterre devait se faire enregistrer. En pratique, l&rsquo;opposition était chaque jour plus grande, la plupart des gens qui ne s&rsquo;inquiétaient pas avant, paniquèrent quand arrivèrent les premières feuilles d&rsquo;impôts. Au plus fort de la campagne, il y avait des milliers d&rsquo;associations locales à travers le pays, que de nombreuses personnes rejoignirent à ce moment-là. Beaucoup d&rsquo;associations locales durent s&rsquo;éclater en plusieurs groupes pour pouvoir continuer à travailler efficacement et maintenir une organisation décentralisée.</p>
<p>Depuis le début, la nature de la campagne était destinée à enfreindre la loi, et à utiliser la désobéissance civile. Les gens étaient déterminés à ne pas être enregistrés et à ne pas payer, ce qui est illégal. Ainsi, des millions de personnes enfreignirent la loi spontanément dans cette rébellion contre la Poll Tax. La Fédération décida d&rsquo;organiser une manifestation massive dans Londres pour que la population montre son désaccord. La date de la manifestation fut fixée au 31 mars 1990, le jour précédant l&rsquo;introduction de la Poll Tax en Angleterre et au Pays de Galles. La semaine avant la manifestation, il y eut des milliers de petites manifestations à travers le pays où les gens protestaient devant les mairies la nuit de l&rsquo;introduction de la taxe. Ces manifestations étaient significatives, car beaucoup d&rsquo;entre elles prenaient place dans des quartiers contrôlés par le parti conservateur, et l&rsquo;ampleur de la colère était évidente pour tous, excepté le gouvernement. La Fédération estimait, en se trompant lourdement, à 50.000 le nombre de gens qui allaient participer à la manifestation nationale. En fait, il y eut près de 250.000 personnes venues de tout le pays. La manifestation partit d&rsquo;un parc tranquille du sud de Londres, puis quand la moitié du cortège passa devant Downing street, le siège du premier ministre, quelques personnes décidèrent de s&rsquo;asseoir dans la rue en protestation. La police répondit par la matraque, dégageant la rue en tirant les manifestants et en les repoussant derrière les barrières de protection. Des projectiles se mirent à voler vers la police et en quelques minutes la manifestation se transforma en émeute<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_14_299" id="identifier_14_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce qui suit est un r&eacute;sum&eacute; de ce qui s&rsquo;est pass&eacute; ce jour-l&agrave;. Pour plus de d&eacute;tails, on peut se reporter &agrave; la presse de l&rsquo;&eacute;poque et &agrave;Poll Tax Rebellion de Danny Burns publi&eacute; par Attack et AK Press.
">15</a></sup>. L&rsquo;émeute se diffusa rapidement dans le centre de Londres : il y eut des batailles rangées avec la police et de nombreux magasins furent dévastés et pillés par colère. La plupart des cibles étaient sélectives : seuls les magasins vendant par exemple des fourrures ou des voitures de luxe furent attaqués. Car les années Thatcher avaient été les années de l&rsquo;étalage de la richesse, narguant ceux qui n&rsquo;avaient rien. Ce jour-là fut celui de la revanche. Dans le même genre, les gens s&rsquo;attaquèrent aux vitrines des compagnies aériennes israéliennes et sud-africaines. De nombreuses personnes furent blessées par la police, certaines sérieusement. L&rsquo;émeute continua pendant douze heures jusqu&rsquo;à 3 ou 4 heures du matin. Le lendemain, la police annonça qu&rsquo;elle avait arrêté plus de 300 personnes. Ce chiffre s&rsquo;accrût plus tard après l&rsquo;opération massive d&rsquo;arrestations déclenchée par la police dans tout le pays. Le gouvernement bien entendu, et le Parti travailliste ont été prompts à condamner les émeutiers, ils ont parlé d&rsquo;une foule manipulée par une poignée de militants extrémistes. Le parti Militant qui contrôlait la Fédération et les organisateurs de la manifestation indiquèrent qu&rsquo;ils allaient enquêter sur les désordres et donner les noms des responsables à la police. Cette chasse aux sorcières fut largement condamnée par la majorité des associations locales, et le groupe Militant annula son plan.</p>
<p>Dans la semaine suivant cette émeute, des militants des associations locales qui avaient été arrêtés se rencontrèrent pour discuter des suites à donner. Il fut décidé de former un groupe de soutien à tous les emprisonnés. Ce groupe Trafalgar Square Defendant&rsquo;s Campaign (TSDC) devint le principal centre d&rsquo;activités des douze mois suivants pour les militants anti-Poll Tax. Des dizaines de milliers de francs furent réunis pour aider les prévenus et une recherche massive des preuves et des témoignages pour les disculper commença.<br />
Pendant ce temps, des rassemblements pour brûler les feuilles d&rsquo;impôts étaient organisés presque partout. De nombreuses personnes qui recevaient leurs feuilles d&rsquo;impôts venaient les brûler publiquement devant les mairies. Ces activités de terrain continuèrent pendant plusieurs mois. S&rsquo;ajoutèrent ensuite les manifestations devant les tribunaux qui voulaient poursuivre les premières personnes qui refusaient de payer la Poll Tax. Les tactiques de ces tribunaux étaient variées : dans certains cas, les manifestations étaient si importantes qu&rsquo;elles obligeaient les tribunaux à annuler la séance. Ailleurs, les inculpés utilisaient un Mackenzie Friend<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_15_299" id="identifier_15_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Un Mackenzie Friend est quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;est pas avocat mais qui peut donner des conseils &agrave; un inculp&eacute; au tribunal. Mais il ne peut pas repr&eacute;senter son ami. Il peut &ecirc;tre tr&egrave;s utile pour quelqu&rsquo;un qui ne peut pas se payer un avocat et souvent il est plus expert que juriste.
">16</a></sup> afin de ralentir le tribunal et s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils posaient les bonnes questions et donnaient les bonnes réponses aux juges. Souvent, c&rsquo;était suffisant pour que la procédure s&rsquo;arrête là. Dans certains cas, les conseils municipaux firent des erreurs techniques dans l&rsquo;envoi des feuilles d&rsquo;impôts et ils furent forcés de renvoyer plusieurs dizaines de milliers de feuilles d&rsquo;impôts.</p>
<p>La Fédération anti-Poll Tax décida d&rsquo;organiser une nouvelle manifestation le 20 octobre 1990 à Londres. Celle-ci attira beaucoup moins de personnes, mais ce jour fut important pour deux raisons.<br />
Premièrement parce que TSDC décida d&rsquo;organiser ses propres manifestations, d&rsquo;abord le matin devant l&rsquo;un des principaux tribunaux où passaient la plupart des arrêtés du 31 mars, puis l&rsquo;après-midi devant la prison de Brixton pour montrer sa solidarité envers les prisonniers de la Poll Tax. La seconde chose importante est que la manifestation devant la prison de Brixton se transforma en une nouvelle émeute. Il était clair pour les membres de TSDC qui fournissaient l&rsquo;appui légal pendant la manifestation, que la police voulait sa revanche sur Trafalgar Square. À peu près 120 personnes furent arrêtées après qu&rsquo;un piquet pacifique devant la prison fut brutalement attaqué par la police anti-émeute<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_16_299" id="identifier_16_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour plus de d&eacute;tails voir Danny Burns, Poll Tax Rebellion.
">17</a></sup>.<br />
À ce moment-là, plus de 600 personnes avaient été arrêtées à la suite des différentes manifestations contre la Poll Tax et la plupart envoyées en prison. Il faudrait ajouter les personnes emprisonnées pour non-paiement de l&rsquo;impôt. TSDC instaura un groupe de soutien aux prisonniers, qui prenait en charge chaque incarcéré, s&rsquo;assurant qu&rsquo;il avait une radio, des journaux, des lettres, de l&rsquo;argent chaque mois. Ces associations locales anti-Poll Tax s&rsquo;occupèrent de plus en plus d&rsquo;aider les gens traduits en justice pour non-paiement. Il était évident à ce moment-là que la Poll Tax était inapplicable. L&rsquo;esprit de cette révolte s&rsquo;était étendu dans le pays, et à son maximum, on a estimé à plus de 17 millions les gens qui n&rsquo;avaient pas payé la taxe. Dans plusieurs quartiers, le taux de non-paiement était de plus de 95%. Ces quartiers étaient les quartiers les plus pauvres et les quartiers ouvriers. Un mois après l&rsquo;émeute de la prison de Brixton, Margaret Thatcher fut forcée de démissionner à cause d&rsquo;une bataille inattendue à l&rsquo;intérieur du parti conservateur. Mais la vraie raison de la fronde dans le parti était la Poll Tax. De nombreux députés conservateurs se rebellaient de plus en plus à l&rsquo;intérieur du parti sur cette question, car leurs administrés étaient touchés et ils avaient peur de perdre leurs sièges aux prochaines élections générales. Thatcher devait partir car c&rsquo;était la seule solution pour se débarrasser de cette taxe. Six mois plus tard, le nouveau premier ministre, John Major, annonça l&rsquo;abolition de la Poll Tax. Cette annonce fut faite quelques jours avant la troisième manifestation générale contre la Poll Tax, date qui coïncidait avec le premier anniversaire de l&rsquo;émeute de Trafalgar Square. TSDC qui organisait cette manif décida de la transformer en parade de victoire. Mais ce n&rsquo;était pas totalement fini, la Poll Tax ne devait être abolie qu&rsquo;en 1993, ce qui signifiait qu&rsquo;il y aurait encore deux ans de poursuites contre ceux qui ne payaient pas cet impôt. En plus, il restait encore quelques sérieux procès contre les émeutiers de Trafalgar Square<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/banlieues-anglaises/#footnote_17_299" id="identifier_17_299" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ces derniers proc&egrave;s se sont presque tous termin&eacute;s par des acquittements. TSDC avait plus de temps pour pr&eacute;parer la d&eacute;fense des inculp&eacute;s que pour les premiers cas (dans les premiers proc&egrave;s, certains inculp&eacute;s n&rsquo;avaient pas pu obtenir son aide l&eacute;gale). En plus, le souvenir des d&eacute;g&acirc;ts de l&rsquo;&eacute;meute &eacute;tait encore frais dans la t&ecirc;te des juges et des jur&eacute;s, ce qui joua en d&eacute;faveur des premiers inculp&eacute;s.
">18</a></sup>.</p>
<p>L&rsquo;organisation Class War s&rsquo;est beaucoup engagée dans le combat contre la Poll Tax, devenant au fur et à mesure l&rsquo;un des groupes les plus actifs, fournissant une aide politique et pratique aux associations locales et à TSDC. Après l&rsquo;abolition de la taxe, Class War est restée impliquée et a mené des campagnes dans les communautés ouvrières sur ce même genre de thèmes. En effet, sur près de 17 millions de personnes, beaucoup avaient atteint le niveau où ne rien payer du tout devient envisageable. Pourquoi payer un loyer, l&rsquo;impôt sur le revenu, l&rsquo;électricité ? Une partie de la population se rendit compte du pouvoir du non-paiement.<br />
Malheureusement, une année après l&rsquo;abolition de la Poll Tax, le soutien des associations locales décrût, les gens se sentant concernés par d&rsquo;autres problèmes. Beaucoup pensaient que c&rsquo;en était fini de la taxe, ce qui n&rsquo;était pas vrai. La solidarité existant au moment de l&rsquo;émeute de Trafalgar Square se dissipa. Mon sentiment personnel est que beaucoup de gens se sont soulevés pour marquer un point, puis ils ont eu le sentiment qu&rsquo;ils avaient fait ce qu&rsquo;ils pouvaient. L&rsquo;élan était fini, chacun retourna à ses problèmes quotidiens.<br />
Class War réussit cependant à construire sur l&rsquo;énergie révélée par le combat contre la Poll Tax. Ses militants sont toujours extrêmement actifs dans les communautés ouvrières. Depuis, la situation ne s&rsquo;est pas améliorée ; ces dernières années, il y a eu des centaines d&rsquo;émeutes dans les cités, la plupart jamais mentionnées dans les journaux. Il y a toujours un grand mécontentement contre la société de classes de Major, la classe ouvrière est toujours pauvre et toujours opprimée par la classe dirigeante. Le combat continue, mais à un niveau beaucoup plus local. L&rsquo;influence de Class War grandit au fur et à mesure que la division entre riches et pauvres s&rsquo;agrandit dans la société britannique. Le nombre de personnes ayant perdu leurs illusions sur les politiciens s&rsquo;est accru énormément. Certain se retrouvent dans Class War parce qu&rsquo;il ne veut pas contrôler la classe ouvrière comme les partis trotskistes.<br />
La plupart des gens qui se sont investis dans la lutte contre la Poll Tax ont gardé des liens entre eux après, par exemple ceux qui s&rsquo;étaient impliqués dans TSDC. Une fois les procès terminés, ils ont décidé de former un groupe pour observer le comportement de la police dans les manifestations. Des militants de TSDC continuent le travail de soutien aux prisonniers. Pour beaucoup ce fut le moment de créer de nouveaux liens et d&rsquo;avoir de nouvelles expériences et après la Poll Tax, personne ne voulait abandonner ce qu&rsquo;ils y avaient gagné.</p>
<p>Louise Bernstein</p>
<p><em>Mis en ligne le 3 janvier 2007</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_299" class="footnote">Le terme de communautés ouvrières est la traduction du terme anglais «Working class communities» qui recouvre l&rsquo;idée de quartiers ouvriers, de population ouvrière et de milieux ouvriers.</li><li id="footnote_1_299" class="footnote">Militant est un groupe trotskiste présent à l&rsquo;intérieur du parti travailliste.</li><li id="footnote_2_299" class="footnote">La loi SUS était une vieille loi qui permettait à la police d&rsquo;arrêter n&rsquo;importe qui soupçonné d&rsquo;avoir commis un crime. En pratique, la police utilisait cette loi pour persécuter la communauté noire et en particulier les jeunes. Elle fut abolie au début des années 1980.</li><li id="footnote_3_299" class="footnote">Pour plus de détails sur le National front dans les années 1970, voir <em>l&rsquo;Europe en chemise brune</em>, Réflex, 1992.</li><li id="footnote_4_299" class="footnote"><em>One of us</em> par Hugo Young, Londres, 1990, est la plus complète biographie de Thatcher au pouvoir ; ce livre contient des analyses détaillées de ses politiques, de leurs mises en pratique et des buts à long terme de Thatcher.</li><li id="footnote_5_299" class="footnote">L&rsquo;équivalent de l&rsquo;Assistance publique.</li><li id="footnote_6_299" class="footnote">L&rsquo;ancien système d&rsquo;impôts locaux était basé sur la valeur de la propriété. Il était variable pour chaque ville et les familles pauvres en étaient généralement exemptées. Ceux qui vivaient dans les maisons les plus chères payaient plus que ceux qui vivaient dans des habitations bon marché. Ce système n&rsquo;étaient pas sans imperfections et certains s&rsquo;en plaignaient, mais il était généralement considéré comme juste et gardait cette idée «d&rsquo;État-providence» où les plus riches devaient contribuer à aider ceux qui l&rsquo;étaient moins.</p>
<p></li><li id="footnote_7_299" class="footnote">À peu près 6000 francs de l&rsquo;époque.</p>
<p></li><li id="footnote_8_299" class="footnote">Autour de 1400 francs de l&rsquo;époque.</p>
<p></li><li id="footnote_9_299" class="footnote">Appelée capping.</p>
<p></li><li id="footnote_10_299" class="footnote">Anti Poll Tax groups, en abrégé APTs.</p>
<p></li><li id="footnote_11_299" class="footnote">Collectifs locaux anti-Poll Tax.</p>
<p></li><li id="footnote_12_299" class="footnote">Voir plus loin la stratégie du groupe Militant.</p>
<p></li><li id="footnote_13_299" class="footnote">Littéralement la Fédération anti-Poll Tax de toute la Grande-Bretagne.<br />
</li><li id="footnote_14_299" class="footnote">Ce qui suit est un résumé de ce qui s&rsquo;est passé ce jour-là. Pour plus de détails, on peut se reporter à la presse de l&rsquo;époque et à<em>Poll Tax Rebellion</em> de Danny Burns publié par Attack et AK Press.</p>
<p></li><li id="footnote_15_299" class="footnote">Un Mackenzie Friend est quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;est pas avocat mais qui peut donner des conseils à un inculpé au tribunal. Mais il ne peut pas représenter son ami. Il peut être très utile pour quelqu&rsquo;un qui ne peut pas se payer un avocat et souvent il est plus expert que juriste.</p>
<p></li><li id="footnote_16_299" class="footnote">Pour plus de détails voir Danny Burns, <em>Poll Tax Rebellion.</em></p>
<p></li><li id="footnote_17_299" class="footnote">Ces derniers procès se sont presque tous terminés par des acquittements. TSDC avait plus de temps pour préparer la défense des inculpés que pour les premiers cas (dans les premiers procès, certains inculpés n&rsquo;avaient pas pu obtenir son aide légale). En plus, le souvenir des dégâts de l&rsquo;émeute était encore frais dans la tête des juges et des jurés, ce qui joua en défaveur des premiers inculpés.</p>
<p></li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>C18 : C comme combat, 18 comme Adolf Hitler</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Dec 2006 11:08:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Combat 18 (C18)]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes) Depuis 14 mois, on assistait en Grande-Bretagne à une vague de terreur nazie, comprenant des attentats, des agressions, des descentes dans des locaux politiques ou syndicaux et des centaines de coups de téléphone anonymes. Ces événements n&#8217;avaient entraîné que peu de réactions [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18.jpg"><img class="aligncenter wp-image-2498" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18.jpg" alt="C18" width="600" height="269" /></a></p>
<p><strong>Depuis 14 mois, on assistait en Grande-Bretagne à une vague de terreur nazie, comprenant des attentats, des agressions, des descentes dans des locaux politiques ou syndicaux et des centaines de coups de téléphone anonymes. Ces événements n&rsquo;avaient entraîné que peu de réactions de la part de la police et peu d&rsquo;intérêt dans les médias.</strong></p>
<p>Publié en juin 1993</p>
<p>Le groupe responsable de toutes ces actions est Combat 18 (les 1ère et 8ème lettres de l&rsquo;alphabet sont les initiales d&rsquo;Adolf Hitler), groupe formé à l&rsquo;automne 1991, en coopération avec le néo-nazi américain Harold Covington. On connaît Covington : il est l&rsquo;instigateur de la tuerie de Greensboro (en novembre 1979 en Caroline du Nord) qui fit 5 morts et 9 blessés chez les militants antifascistes<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/c18-c-comme-combat-18-comme-adolf-hitler/#footnote_0_277" id="identifier_0_277" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir Roger Martin Am&eacute;rikkka, voyage en Am&eacute;rique fasciste, p. 19 &agrave; 28 (N.D.T.).
">1</a></sup>. La révélation de sa présence en Grande-Bretagne par <em>Searchlight</em> en juin 1992 l&rsquo;obligea à quitter le pays en catastrophe. Mais il laissa l&rsquo;ossature d&rsquo;un groupe néo-nazi qui transcende les rivalités des diverses factions de l&rsquo;extrême droite et qui avait déjà de solides contacts avec le groupe protestant terroriste UDA (Ulster defence association).</p>
<p>Combat 18 s&rsquo;est développé secrètement depuis 1991 et le jour où Covington quitta le pays, ils organisèrent de nombreuses attaques contre des antifascistes et des gauchistes dans la rue. Ils avaient commencé à faire des repérages de cibles potentielles, comme les bureaux des journaux radicaux ou des maisons de syndicat, contre lesquelles les attaques de Combat 18 allaient du pavé dans la devanture jusqu&rsquo;au plastiquage. Le journal du parti communiste <em>The Morning Star</em> qui avait déménagé début 1992 dans de nouveaux locaux, reçut la visite d&rsquo;un commando de C18 qui tenta d&rsquo;incendier l&rsquo;immeuble. Ce n&rsquo;est que grâce à la rapide réaction des voisins que les pompiers ont pu sauver la vie des personnes dormant aux étages supérieurs. Des attaques similaires eurent lieu en dehors de Londres, par exemple de sérieux dégâts ont été infligés à plusieurs immeubles à Birmingham.</p>
<p>Une seule fois, C18 essaya d&rsquo;attaquer l&rsquo;Anti Fascist Action dans un pub de Londres ; une douzaine de membres de l&rsquo;AFA résista à une attaque d&rsquo;une soixantaine de fascistes. Après cet échec, C18 ne mena des actions que contre des cibles plus faibles lors d&rsquo;actions de nuit.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-1.jpg"><img class="size-medium wp-image-2500 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-1-300x206.jpg" alt="C18-1" width="300" height="206" /></a></p>
<p>Le British National Party présenta plusieurs candidats aux élections générales d&rsquo;avril 1992. Ce qui lança dans les rues non seulement les membres de C18, mais aussi d&rsquo;anciens activistes nazis qui avaient fait leurs classes aux beaux jours du National Front dans les années 1970 ou dans des partis ouvertement nazis comme le British Movement au début des années 1980. On y trouve aussi la plupart des hooligans les plus en vue, en particulier ceux des &laquo;&nbsp;Chasseurs de têtes de Chelsea&nbsp;&raquo;. D&rsquo;autres auraient appartenu aux services d&rsquo;ordre des groupes skins. C18 n&rsquo;a pas d&rsquo;adhésion formelle, personne ne possède de carte d&rsquo;adhérent pour des raisons de sécurité. C&rsquo;est une association souple des éléments les plus violents de l&rsquo;extrême droite, encadrée par les plus efficaces de ses instructeurs. La direction vient en partie de l&rsquo;intérieur du British National Party, le parti d&rsquo;extrême droite le plus important d&rsquo;Angleterre.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-2.jpg"><img class="size-medium wp-image-2501 alignright" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-2-300x261.jpg" alt="C18-2" width="300" height="261" /></a>Parmi les personnages-clef, on peut citer Paul David Sargent, par ailleurs connu sous le nom de Charlie &laquo;&nbsp;Ginger Pig&nbsp;&raquo; Sargent, condamné pour violence et trafic international de drogue ; ses deux frères, Stephen lui aussi condamné pour violence, et Bill organisateur de combats illégaux de chiens, sont aussi membres de C18 ; Eddie Wicker, un ancien cadre du National Front, candidat au Parlement, a lui aussi été condamné pour violence et il entretient des liens très étroits avec le groupe protestant Ulster Defence Association, un groupe paramilitaire interdit en Irlande du Nord mais pas dans le reste de la Grande-Bretagne. L&rsquo;un des personnages les plus importants de C18 est Paul Ballard, un ancien militant du National Front et du British Movement. Il avait gardé des liens étroits avec son collègue Tim Weight, alias Tim Scargill, un des leaders du groupe anarchiste Class War jusque récemment.</p>
<p>Scargill est lui aussi un ancien du British Movement et du National Front il y a dix ans, mais également du fameux White Defence Group basé à Croydon dans le Sud de Londres. Une autre relation de Scargill est la femme d&rsquo;un activiste de C18, John Merritt de Croydon. Tim Scargill a joué un rôle central dans la désinformation ambiante à propos de C18, en particulier dans la distribution d&rsquo;une liste de noms et d&rsquo;adresses de membres supposés de C18, dans le but de les transformer en cibles pour les antifascistes. La plupart des informations de cette liste étaient fausses et d&rsquo;après les informations recueillies par les taupes de <em>Searchlight</em> dans l&rsquo;extrême droite britannique, il est clair que Scargill participait à un plan visant à déclencher une guerre entre nazis et antifascistes. Il y a deux ans et demi, Scargill a demandé à des personnes qui sont aujourd&rsquo;hui à la tête de C18 de plastiquer une librairie anarchiste. Une attaque a effectivement eu lieu en avril 1993 à Freedom Press, depuis 100 ans au coeur du mouvement anarchiste en Grande-Bretagne, par un commando masqué de C18 ; cela semble être la réponse à une demande de Scargill. Cette action, aussi bien organisée qu&rsquo;exécutée, a causé des dégâts pour plusieurs dizaines de milliers de francs.</p>
<p>La loyauté de C18 est d&rsquo;abord acquise à l&rsquo;UDA puis ensuite aux groupes néo-nazis. La plupart des membres de C18, surtout les amis de Sargent, des hooligans, semblent moins intéressés par le racisme que par la cause loyaliste. C18 doit avoir au maximum 70 membres à Londres et entre 20 et 30 activistes dans le reste du pays.</p>
<p><a href="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-3.jpg"><img class="size-medium wp-image-2502 alignleft" src="http://reflexes.samizdat.net/wp-content/uploads/2006/12/C18-3-300x260.jpg" alt="C18-3" width="300" height="260" /></a>Simon Chadwick, un ancien fonctionnaire, et Graham Tasker, tous deux de Chesterfield dans les Midlands, poursuivis pour agressions, en font partie. Un autre activiste des Midlands, Gordon Jackson, est actuellement en prison préventive. C&rsquo;est un membre important du British National Socialist Movement, le successeur du British Movement. Il a été arrêté pour possession de drogue et pour détention d&rsquo;armes à feu et munitions. C&rsquo;est un des membres les plus endurcis de C18, il a déjà fait de la prison pour violence. Pour des raisons de sécurité, C18 chargea Harold Covington de s&rsquo;occuper du courrier lorsqu&rsquo;il retourna en Caroline du Nord ; ainsi, C18 n&rsquo;avait aucune adresse publique en Grande-Bretagne. Le journal de C18, <em>Redwatch</em>, contenant les listes des cibles potentielles avait comme adresse la boîte postale de Covington Dixie Press, qui retournait les demandes de renseignements à la BP de Stephen Sargent dans le Nord de Londres. Au milieu de l&rsquo;année 1992, la Ligue de St Georges, un groupe ouvertement national-socialiste, commença à publier un supplément «Target» dans son magazine <em>League Sentinel</em> ; comme <em>Redwatch</em>, il listait les noms et adresses de ceux que la Ligue considérait comme ses ennemis et de nombreuses attaques s&rsquo;en suivirent. A la Ligue, c&rsquo;est John Harrison qui en était chargé. Officier de sécurité à l&rsquo;usine de moteur Ford de Dagenham à l&rsquo;Est de Londres, il cultive une relation suivie avec David Irving (dont les réunions sont protégées par C18).</p>
<p>Deux des attaques les plus vicieuses de C18 ont eu lieu dans le quartier de l&rsquo;East-End, quand des néo-nazis du BNP et de C18 essayèrent de &laquo;&nbsp;purifier&nbsp;&raquo; les rues de leurs opposants en les attaquant à coups de couteau et de battes de baseball. Les infiltrés de <em>Searchlight</em> dans l&rsquo;extrême droite ont été capables d&rsquo;identifier les attaquants.</p>
<p>Parfois, C18 a été aidé par la couardise ou la stupidité de ses victimes. Par exemple, la maison de Marc Wadswaorth, un responsable de l&rsquo;Anti-Racist Alliance, a été cambriolée et des documents et carnets d&rsquo;adresse ont été volés. Mis à part ses collègues les plus proches, il n&rsquo;a dit à personne que C18 avait des dizaines de victimes potentielles supplémentaires. <em>Searchlight</em> a monté depuis 14 mois une enquête sur Combat 18 avec l&rsquo;appui de la communauté juive de Grande-Bretagne. <em>Searchlight</em> et «World in Action», le magazine de reportage le plus important d&rsquo;Angleterre, suivi par 9 à 10 millions de téléspectateurs, ont réalisé un documentaire montrant les activités de C18 (programme diffusé le 19 avril). Quand l&rsquo;équipe de «World in Action» a cueilli Charlie Sargent dans la rue, devant ce qu&rsquo;elle pensait être son refuge le plus secret du sud de Londres, il menaça de tuer le reporter. Eddy Wicker voulut éviter de répondre au sujet des liens existant entre C18 et l&rsquo;UDA, mais sans succès. Quelques personnes ont pu être démasquées, dont John Cato, un éditeur nazi de 26 ans du Nord du Kent. Il est le contact d&rsquo;Harold Covington et des personnes qui impriment le très illégal bulletin de C18, <em>Redwatch</em>. L&rsquo;un des gros bras itinérant qui avait pris part à l&rsquo;attaque d&rsquo;un photographe de <em>Searchlight</em> l&rsquo;année dernière sur ordre de Sargent, a été découvert ; il s&rsquo;agit de Warren Bennett, d&rsquo;Écosse.</p>
<p>Un des aspects les plus alarmants qu&rsquo;a découvert <em>Searchlight </em>est le rôle de Phil Edwards, du sud de Londres. Ce maniaque du couteau a été arrêté en juillet dernier pour avoir poignardé un homme dans un pub. Il est laissé en liberté en attendant le procès et participe même à certaines actions de rue de C18. Sargent et ses amis se sont vantés qu&rsquo;Edwards ne serait jamais condamné car ils menaçaient le témoin d&rsquo;accrochage. Quand le procès eut lieu, le témoin-clé vacilla et Edwards fut libéré. Combat 18 a des liens étroits, par l&rsquo;intermédiaire de Sargent et de Covington, avec le groupe terroriste suédois VAM et l&rsquo;anti-antifa allemand. Sargent a des contacts en Belgique et en France. <em>Searchlight </em>et «World in Action» ont donné les preuves des attaques racistes organisées de C18 au Comité des Affaires Intérieures du Parlement britannique, en espérant que les principaux activistes de C18 seront arrêtés ou au moins neutralisés politiquement et militairement dans le futur.</p>
<p><em>Mis en ligne le 9 décembre 2006</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_277" class="footnote">Voir Roger Martin <em>Amérikkka, voyage en Amérique fasciste</em>, p. 19 à 28 (N.D.T.).</p>
<p></li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Quand la police fait l&#8217;Europe</title>
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		<pubDate>Sat, 09 Dec 2006 10:49:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[... Et les autres]]></category>
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		<category><![CDATA[police]]></category>

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		<description><![CDATA[(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes) &#160; Intervention de Tony Bunyan, de STATEWATCH Je vais tout d&#8217;abord vous parler du contexte dans lequel interviennent les changements de la politique policière, puis de ces changements en Grande-Bretagne, et des effets de cette politique dans la Communauté européenne. Il y [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(Article publié en juin 1993 dans le n° 39 de la revue REFLEXes)</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Intervention de Tony Bunyan, de STATEWATCH</strong></p>
<p>Je vais tout d&rsquo;abord vous parler du contexte dans lequel interviennent les changements de la politique policière, puis de ces changements en Grande-Bretagne, et des effets de cette politique dans la Communauté européenne. Il y a un certain nombre de liens à travers les différentes étapes de la construction de la politique policière européenne ; des liens entre la police, le contrôle aux frontières, le terrorisme, la drogue, l&rsquo;immigration et le crime. En 1976, la création de TREVI était présentée comme réponse au terrorisme, aujourd&rsquo;hui, on fait le lien entre terrorisme, drogue et immigration. Cette idéologie des divers gouvernements européens nourrit le racisme et le fascisme, et mène à la criminalisation de la population immigrée. Un spécialiste du contrôle de cette politique policière en Grande-Bretagne, le major Clutterbuck a dit : « Avec autant d&rsquo;immigrés dans la Communauté européenne, les terroristes étrangers pourront plus facilement se cacher parmi eux. » La culture européenne raciste voit toute la population du tiers-monde comme des immigrants et des réfugiés potentiels, et tout immigré ou réfugié comme terroriste et délinquant. Ce racisme ne fait pas la différence entre un citoyen et un immigré, entre un immigré et un réfugié. Un commentateur britannique a dit : « Ils portent tous leur passeport sur la figure ». En Grande-Bretagne, on parle de « black communities », on utilise ce terme comme un terme de couleur politique qui définit les immigrés de la Communauté européenne venus du tiers-monde, d&rsquo;une expérience coloniale ou néo-coloniale, et qui se retrouvent un peu dans la même situation lorsqu&rsquo;ils viennent dans les pays d&rsquo;Europe.</p>
<p>En théorie, les pays européens essayent de construire autour d&rsquo;eux un «cordon sanitaire». Aujourd&rsquo;hui, à travers ce qu&rsquo;on appelle les conventions parallèles, on comprend en plus l&rsquo;Europe de l&rsquo;est (Hongrie, Pologne, Tchécoslovaquie&#8230;) comme zone-tampon. On peut parler d&rsquo;un nouveau mur de Berlin, plus à l&rsquo;Est, qui exclut les gens venus de Russie, du Pakistan&#8230; Au sud, de la même façon, on repousse les Africains. En théorie, il y a une coquille solide et à l&rsquo;intérieur un ventre mou qui permet une certaine liberté. Mais on se rend compte que la disparition de ces frontières intérieures mène à un renforcement du contrôle à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;Europe et aux frontières extérieures.</p>
<p><strong>L&rsquo;exemple de la Grande-Bretagne</strong></p>
<p>En ce qui concerne le contrôle aux frontières en Europe, seuls trois pays, la Grande-Bretagne, le Danemark et l&rsquo;Irlande, refusent toujours d&rsquo;arrêter les contrôles dans les ports et les aéroports. L&rsquo;un des arguments développés par le gouvernement britannique pour maintenir ces contrôles est qu&rsquo;ils font partie des mesures contre le terrorisme, la drogue et l&rsquo;immigration illégale, notamment celle des immigrés des autres pays européens à qui le gouvernement britannique ne fait pas confiance. Actuellement, des institutions européennes comme la Communauté font pression sur ces gouvernements pour qu&rsquo;ils arrêtent les contrôles aux frontières. Le gouvernement britannique a été très clair sur ce qu&rsquo;il ferait si on le forçait à arrêter ces contrôles : carte d&rsquo;identité obligatoire, augmentation des recherches et contrôles de police, maintien de la loi anti-terroriste liée au problème irlandais qui fait qu&rsquo;on peut retenir quelqu&rsquo;un en garde à vue du seul fait qu&rsquo;il est suspecté. Dans le contexte des relations entre la Grande-Bretagne et l&rsquo;Irlande, en octobre dernier, la république d&rsquo;Irlande a introduit des cartes d&rsquo;identité 16-24 ans ; le gouvernement britannique, depuis presque un an, s&rsquo;est mis à consolider les frontières entre le Nord et le Sud de l&rsquo;Irlande, à construire des « forts » et à effectuer une surveillance par infra-rouge. Il est important de préciser qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une situation de guerre civile qui dure depuis 24 ans.</p>
<p>Le principal changement en matière de politique policière en Grande-Bretagne est la centralisation. La centralisation des services de police traditionnels, qui traitent la drogue, le football, les crimes&#8230; se fait dans le « National criminal intelligence center » (Centre national de renseignements). Le terrorisme est traité indépendamment au niveau européen. Les possibilités pour les communautés locales de contrôle sur la police sont en train de diminuer, après plus de 180 ans. C&rsquo;est désormais le ministre de l&rsquo;Intérieur qui pourra donner les postes dans la police à travers toute la Grande-Bretagne. Il est important de rappeler qu&rsquo;en Grande-Bretagne, il n&rsquo;y a pas de syndicats de police, mais une « fédération », une sorte de grand syndicat-maison. Tout le système informatisé qui permet les contrôles (dans les véhicules de police par exemple) est transformé pour être compatible avec le système d&rsquo;information de Schengen. Le système européen de renseignements (basé sur le système de Schengen) couvrira l&rsquo;immigration, la police, la loi.</p>
<p>Le gouvernement britannique est satisfait de la façon dont se passent les négociations : les accords sont intergouvernementaux, informels, secrets. Les hauts fonctionnaires de la police ont de plus en plus de pouvoir. La question reste de savoir comment ils peuvent intervenir dans les contraintes démocratiques.</p>
<p><strong>Émergence de l&rsquo;État européen</strong></p>
<p>À travers le traité de Maastricht et les accords intergouvernementaux d&rsquo;harmonisation, au-delà des aspects de coopération et de protectionnisme, on voit la création de l&rsquo;Etat européen. À travers les développements sociaux et économiques, on voit le développement politique de l&rsquo;Europe. En fait le groupe TREVI et le groupe ad hoc qui travaillent sur l&rsquo;immigration sont sur le point d&rsquo;être abolis car dans le cadre du traité de Maastricht, mises à part les structures concernant le terrorisme, ces éléments sont permanents (le système d&rsquo;information européen sur le terrorisme n&rsquo;est pas encore assez sûr). Dans le cadre du traité de Maastricht, on a un cabinet «parallèle», et trois sous-comités : immigration, police et sécurité intérieure, et coopération législative. Le Parlement n&rsquo;a pas de contrôle sur ces groupes.</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Dans le contexte de l&rsquo;émergence de l&rsquo;État européen, on peut voir qu&rsquo;à l&rsquo;intérieur de cet état, il y a deux groupes : les citoyens et les visiteurs. Il n&rsquo;est pas question de venir en Europe par besoin, on voit se mettre en place une politique raciste basée sur les pays d&rsquo;origine. La liste des pays dont les ressortissants doivent avoir un visa pour entrer en Europe est à peu de choses près la liste des pays du tiers-monde ; ni le Canada, ni l&rsquo;Australie n&rsquo;y figurent.</p>
<p>Le travail de Statewatch est de contrôler, de renseigner, de publier des articles sur ce qui se passe. Il faut donner aux gens qui travaillent sur le terrain, dans la communauté, sur des campagnes, les éléments pour comprendre et se battre contre ce qui se prépare.</p>
<p><em>Mis en ligne le 9 décembre 2006</em></p>
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		<title>En Walhalla des héros</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Oct 2005 12:03:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Blood & Honour (BH)]]></category>
		<category><![CDATA[Combat 18 (C18)]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[Maxime Brunerie]]></category>
		<category><![CDATA[Rock Against Communism (RAC)]]></category>
		<category><![CDATA[Skrewdriver]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le genre NS mytho, il est difficile de faire mieux que Combat 18. L&rsquo;ensemble de l&rsquo;argumentation de ce groupe néo-nazi repose, en effet, sur la construction de mythes et de légendes.</p>
<p>Des leaders post-mortem<br />
En effet, Combat 18 ne valorise pas son chef mais les “héros et martyrs” de la lutte, tant est si bien que le mouvement donne l&rsquo;impression de n&rsquo;avoir que des leaders post mortem.<br />
Bien entendu, le leader incontesté de Combat 18 est le Führer lui-même. Hitler est le Dieu, Mein Kampf, la Bible. Cependant, si le dictateur nazi est une référence politique pour C18, c&rsquo;est également une référence humaine mythifiée, C18 allant même jusqu&rsquo;à vanter les talents de peintre du Führer (que l&rsquo;on compare à ceux d&rsquo;un peintre Juif autrichien de l&rsquo;époque).<br />
Second dans la lignée des Héros, Ian Stuart Donaldson était le chanteur du groupe Skrewdriver, un groupe de Rock Against Communism (RAC). Il a été membre du National Front avant de s&rsquo;en éloigner pour créer la revue Blood and Honour. Il est mort d&rsquo;un accident de voiture en 1993 et fait l&rsquo;objet d&rsquo;un véritable culte dans le milieu national-socialiste anglais mais aussi européen. Combat 18 contredit d&rsquo;ailleurs la thèse de l&rsquo;accident : selon eux, il a été assassiné par l&rsquo;Etat car il constituait un trop grand danger pour le système. Ce point est loin d&rsquo;être anecdotique, car cela lui permet d&rsquo;accéder au rang des “ morts pour la cause ”, de construire le mythe du héros, héros dont le mouvement a besoin pour s&rsquo;incarner. Pourtant le héros n&rsquo;a pas fait grand chose à part chanter.<br />
Si ces deux personnages, mythifiés, ont le statut de Héros, d&rsquo;autres se trouvent aussi valorisés mais ne sont que des martyrs. Un hommage est ainsi rendu à Marcel Schift, qui dirigeait NS Records et participait à la branche scandinave de Blood and Honour (B&amp;H). Ceci dit le véritable martyr est Chris Castle, militant de C18, tué par Charlie Sargent, un ancien leader du mouvement. Les circonstances de la mort importent peu, il s&rsquo;agit de mettre en valeur leurs “ états de service ”, car il est important de montrer qu&rsquo;ils ne sont pas morts pour rien, qu&rsquo;ils étaient de “ bons soldats ”. Chris Castle, qui a été tué en raison de sa proximité avec Will Browning, le principal rival de Charlie Sargent, devient ainsi une victime de ZOG, l&rsquo;ennemi juré du groupe. Il faut bien maintenir la cohésion du groupe et donner des repères à ces jeunes en déshérance.<br />
La “ Cause ”, le “ Combat ” perd donc son contenu réel pour s&rsquo;incarner dans des êtres mythiques : Combat Adolf Hitler et tout est dit. On y associe une vague idée de “ guerre des races ” et de “ supériorité de la race aryenne ” et le tour est joué, ne reste que l&rsquo;image. L&rsquo;icône remplace les idées.</p>
<p>Images et mythes<br />
L&rsquo;ensemble de l&rsquo;affichage extérieur de C18 met, en effet, en oeuvre une logique de représentation de la violence et du nazisme. Sur la page d&rsquo;entrée du site internet se succèdent avec des variantes selon les dates, des hommes masqués et armés sur fond de croix celtique, un homme levant une arme devant une croix gammée dans une ambiance flamboyante, une jeune femme blonde armée d&rsquo;une mitraillette, et bien sûr la photo d&rsquo;Adolf Hitler entourée de croix gammées. Swatikas, têtes de mort (logo de C18, qui reprend le symbole de la SS Totenkopfverbande ), armes et soldats en armures, symboles runiques (la “ Three Sevens Swatika ” de B&amp;H, la croix celtique) et le poing blanc levé font partis du folklore obligé. Quant aux morts, on les accueille à Walhalla, la cité d&rsquo;Odin où les héros se retrouvent pour festoyer et faire la guerre. On entre ainsi dans un monde mythique, mélange de références celtiques, nationales-socialistes, odinistes et “ aryanistes ”, un univers dans lequel le militant se conçoit comme un soldat de la “ race blanche ”, un combattant de l&rsquo;ombre qui doit être prêt à subir l&rsquo;isolement et l&rsquo;incompréhension de tous, de ceux qui sont incapables de voir la vérité: il doit être prêt à tout quitter comme le souligne le “Manuel de Combat” qu&rsquo;ils proposent .<br />
Mais si l&rsquo;on parle de jeu sur l&rsquo;image, c&rsquo;est aussi que C18 n&rsquo;a pas, à proprement parler, de programme politique. En effet, l&rsquo;ensemble des objectifs du groupe se résume à l&rsquo;instauration d&rsquo;un régime national-socialiste et au combat contre ZOG. En d&rsquo;autre terme, C18 est engagé dans une logique de combat révolutionnaire et terroriste, dans lequel la “ Cause ” devient un référent mythique, plus qu&rsquo;un réel projet. Le programme de Combat 18 est la guerre et la destruction de l&rsquo;ordre existant. Tout est fait pour amener au passage à l&rsquo;acte “le guerrier national-socialiste”, l&rsquo;acte qui fera de lui un héros. L&rsquo;absence de programme doit être vue comme une conséquence de la posture des militants de Combat 18 : ce sont des résistants à l&rsquo;ordre actuel, avec ses martyrs, qui donnent une dimension quasi-religieuse à leur combat, la question d&rsquo;un programme politique réaliste n&rsquo;est donc pas à l&rsquo;ordre du jour.<br />
Le discours de Combat 18 comprend en cela les caractéristiques du fanatisme : simplification, certitude, personnalisation, refus des autres systèmes idéologiques. La tautologie tient lieu de définition : “Le National Socialisme est l&rsquo;idéologie des mouvements Nationalistes Révolutionnaires que Blood &amp; Honour représente. Il ne peut y avoir ni doute ni discussion à ce sujet. Pourquoi? Parce que c&rsquo;est la seule idéologie qui non seulement reflète les éternelles lois de la Nature et nos intérêts en particulier, mais aussi contient la force énergétique nécessaire pour amener ses partisans au mieux à la victoire, au moins à un combat honorable. Le National Socialisme n&rsquo;est pas seulement le Bien, c&rsquo;est surtout la seule alternative qui n&rsquo;est pas vouée à l&rsquo;échec.” Ce n&rsquo;est pas tant le contenu du national-socialisme qui est important mais sa nature. Le combat se conçoit, en effet, dans une dimension millénariste. Il ne sert dès lors plus à rien de définir le but du combat car il est nécessaire et inévitable.</p>
<p>Lutte armée : mythe et réalité<br />
Plus encore qu&rsquo;être violent, l&rsquo;important est d&rsquo;être perçu comme tel, de faire peur. Le groupe joue véritablement la carte de l&rsquo;image et en ce sens, on peut considérer que sa stratégie est un succès. Cependant, en dehors des bastons de hooligans et de sorties de pub, du passage à tabac d&rsquo;antifascistes et de quelques agressions envers des immigrés, on ne trouve pas grand chose. Certes, ce type d&rsquo;actes n&rsquo;est pas à minimiser, mais on attend quand même autre chose d&rsquo;un groupe qui se dit terroriste à l&rsquo;échelle mondiale. Une partie du groupe, sous l&rsquo;influence de Will Browning, avait décidé de passer un cran au-dessus et de faire ce dont ils avaient toujours parlé, commencer à détruire le système, pour que puisse émerger le national-socialisme. En 1997, ils ont donc décidé de lancer une campagne de colis piégé depuis le Danemark. Cependant, la campagne de terreur a été arrêtée avant qu&rsquo;elle ne commence par les policiers danois, alors qu&rsquo;ils faisaient des essais d&rsquo;explosifs dans un cimetière. Ce qui devait être le début de la guerre fut donc un échec. Elle a même coûté plus au groupe qu&rsquo;elle n&rsquo;a rapporté, coût financier pour la préparation mais aussi coût en terme de soutien, car cette campagne n&rsquo;était voulue que par une petite minorité et elle a suscité de nombreuses critiques à l&rsquo;extrême droite. Ainsi, on peut citer les commentaires de Georges Hawthorne (dirigeant du label Resistance records, l&rsquo;un des plus grands labels de White Noise, concurrent direct de ISD Records, le label de Will Browning, membre de C18) : “ C18 se considère comme des sortes de “terroristes”, et se comporte exactement comme dans un navet d&rsquo;Hollywood avec le mouvement White Power. Le seul problème est que les “terroristes” qui aime à raconter combien ils sont “terribles” ne font jamais ce qu&rsquo;ils promettent.” D&rsquo;ailleurs, beaucoup ont quitté C18 suite à cet épisode, d&rsquo;autant qu&rsquo;au même moment, Charlie Sargent assassinait Chris Castle. Les chefs de C18 se sont donc retrouvés en prison et Darren Wells, qui faisait partie du petit groupe de Browning est passé à l&rsquo;ennemi (il a commencé à donner des informations à Searchlight), tout en prenant la tête de C18. Le groupe s&rsquo;est donc retrouvé affaibli, mais il a continué à beaucoup parler autour d&rsquo;une bière, ne rien faire en attendant que des allumés passent à la pratique.</p>
<p>The “ Leaderless Resistance ”, nouvelle forme d&rsquo;activisme<br />
Le concept de “ leaderless resistance ” a, en fait, été développé par le colonel Ulius Louis Amos, un agent des services secrets américains, en avril 1962. Ses théories sur l&rsquo;organisation concernaient à l&rsquo;origine la menace communiste qu&rsquo;il considérait pouvoir venir de partout. L&rsquo;idée a, ensuite, été reprise et popularisée par Louis Beam, un militant racialiste américain, qui expose son idée dans The Seditionist en 1992. L&rsquo;idée est de casser l&rsquo;organisation hiérarchique des mouvements et de favoriser les actes individuels. Un moyen particulièrement efficace pour une organisation, qui se veut terroriste, car elle-même ne risque rien, elle capitalise sur les actes des autres. Le site de C18 consacre à cet effet de nombreuses pages à expliquer comment être un bon militant, et même un bon terroriste, dans son chapitre appelé The National Socialist Political Soldiers Handbook. On y recense des conseils pour se maintenir en forme, à côté des moyens de “ ZOG ” pour surveiller le monde, des méthodes d&rsquo;enquête de police ainsi que des conseils de base aux futurs terroristes (par exemple, ne pas rester pour regarder une explosion, car certains sont morts de cette façon). Le “ guerrier politique ” est encore une fois à l&rsquo;honneur.<br />
La mise en valeur de la “ leaderless resistance ” est consécutive à l&rsquo;“ affaire Brunerie ”. Quel rapport entre ce membre d&rsquo;Unité Radicale, qui a cherché à tirer sur Jacques Chirac et C18 ? Aucun lien réel, effectivement, mais un lien virtuel. Combat 18 s&rsquo;est ainsi réapproprié l&rsquo;acte de sieur Maxime Brunerie qui avait écrit sur leur forum : “ Regardez la télé dimanche, je serais la star&#8230; Mort à zog,88! ”. Le 15 juillet, on pouvait lire en ouverture du site: “À tous les leaders européens et leurs collaborateurs qui cherchent à faire passer C18 pour un groupe de racistes sans cervelle, nous espérons que les événements du 14 juillet 2002 leur rappelleront que C18 et ses sympathisants veulent et sont capables d&rsquo;agir dans tous les pays d&rsquo;Europe.” Ainsi, C18 exploite l&rsquo;acte avorté de Maxime Brunerie comme un acte du mouvement. Voilà comment ils ont cherché à transformer un acte isolé, d&rsquo;amateur en acte international de guerre, une bataille contre ZOG. Maxime Brunerie voulait être un héros de la “ race blanche ”, le site de C18 lui en a donné la possibilité et peu importe que l&rsquo;acte ait échoué.<br />
Ce n&rsquo;était d&rsquo;ailleurs pas la première fois que C18 utilisait un acte individuel pour se faire de la publicité. Ainsi, en 1998, David Copeland organisait une campagne de plasticage dans les quartiers noirs de Londres . Or, si le jeune homme entretenait des relations avec le BNP, aucune relation n&rsquo;a pu être trouvé avec C18. Le premier a condamné les actes, les seconds ont approuvé et même revendiqué la campagne. Enfin, la “leaderless resistance” est le concept qui guide l&rsquo;opération Redwatch. Il s&rsquo;agit en fait de mettre en ligne nom, adresse, photos des ennemis à abattre. Rien de mieux pour attirer quelques fondus près à en découdre.</p>
<p>Alors C18 des mythos? Darren Wells revenant sur son passé et notamment les lettres piégées, explique “ tout n&rsquo;était que fantaisie, mais nous avons commencé à vivre dans notre propre monde irréel ”.<br />
En résumé : comment devenir un “bon à rien”<br />
1 &#8211; se faire tatouer des swatikas sur le corps, parler en “codes secrets” et boire de la bière en fantasmant sur la guerre des races<br />
2 &#8211; taper sur ses ennemis (en racontant qu&rsquo;ils sont dirigés par ZOG)<br />
3 &#8211; faire sauter des explosifs dans un cimetière<br />
4 &#8211; essayer de tirer sur un président<br />
5 &#8211; se faire tirer dessus par un copain (qui était en fait un agent de ZOG)<br />
6 &#8211; chanter en faisant des Zieg et mourir jeune dans un accident (qui est en fait un grand complot de ZOG)<br />
7 &#8211; être l&rsquo;Unique, Adolf Hitler</p>
<p>Encadré<br />
Les chiffres et les lettres<br />
Petit glossaire des codes secrets (non exhautif) à l&rsquo;usage du mytho</p>
<p>5 : pour 5 mots : I have nothing to say. (je n&rsquo;ai rien à déclarer, en particulier utilisé face à la police)<br />
311 : pour 3&#215;11, trois fois la onzième lettre de l&rsquo;alphabet. KKK &#8230; ça ne vous dit rien.<br />
33 : devinez, c&rsquo;est aussi 3&#215;11, le Ku Klux Klan.<br />
83 : pour la 8eme lettre de l&rsquo;alphabet H et la 3eme, C : Heil Christ ! Ah ça, vous ne vous y attendiez pas!<br />
4/20 : l&rsquo;anniversaire du Maitre, le seul, l&rsquo;unique, Le Führer Adolf Hitler.<br />
23 : la 23eme lettre de l&rsquo;alphabet, W pour White<br />
100% : 100% Aryen.<br />
Et bien sûr, les classiques, beaucoup plus répandus :<br />
18 : 1ere et 8eme lettre de l&rsquo;alphabet : Adolf Hitler<br />
88 : sur le même principe, Heil Hitler !<br />
14 : pour les 14 mots de David Lane, raciste notoire, notamment condamné pour avoir dynamité une synagogue : “ We must secure the existence of our people and a future for white children. ” (Nous devons sécuriser l&rsquo;existence de notre peuple et le future des enfants blancs.)</p>
<p>Rahowa : Racist Holy War (Guerre sainte raciste)<br />
SWP : Supreme White Power<br />
CI : Christian Identity (Identité Chrétienne)<br />
DOC : Disciple of Christ<br />
ORION : Our Race is Our Nation. (Notre race est notre nation)<br />
KIGY : Klansman, I Greet You. (Homme du Klan, je te salue !)<br />
WPWW : White Power World Wide<br />
ZOG : le grand classique forgé par William Pierce, auteur du célèbre Turner Diaries et ancien membre du parti nazi américain ; Zionist Occupation Government (Gouvernement sioniste d&rsquo;occupation), “L&rsquo; ennemi”.</p>
<p>Note de lecture :<br />
White Riot. The violent story of Combat 18. Nick Lowles. Milo Books, 2001, 338 p.<br />
Le livre relate l&rsquo;histoire de Combat 18 de sa naissance en tant que service d&rsquo;ordre du British National Party, jusqu&rsquo;aux coulisses des émeutes de 2001. Très bien documenté, le livre regorge d&rsquo;anecdotes et dresse un tableau clair de la mouvance néo-nazie à travers les réseaux internationaux de Blood &amp; Honour et le White Noise. Il permet d&rsquo;en finir avec les mythes sur C18. Seul inconvénient : il n&rsquo;est pas traduit et n&rsquo;est quasiment disponible qu&rsquo;en Angleterre.</p>
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		<title>Crimes &amp; lave plus blanc</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Sep 2005 11:10:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est dans l&#8217;air du temps, d&#8217;un bout à l&#8217;autre de l&#8217;échiquier, les politiciens rabâchent leur discours sur l&#8217;insécurité, renchérissant toujours les uns sur les autres. L&#8217;extrême droite, précurseur en la matière, n&#8217;échappe pas à la règle. Comme leurs homologues européens, les fachos anglais sont particulièrement friands des politiques autoritaires et de la relation insécurité-immigration. Le [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>C&rsquo;est dans l&rsquo;air du temps, d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de l&rsquo;échiquier, les politiciens rabâchent leur discours sur l&rsquo;insécurité, renchérissant toujours les uns sur les autres. L&rsquo;extrême droite, précurseur en la matière, n&rsquo;échappe pas à la règle. Comme leurs homologues européens, les fachos anglais sont particulièrement friands des politiques autoritaires et de la relation insécurité-immigration.</strong></p>
<p>Le British National Party et le National Front ont un programme assez similaire en matière de lutte contre le crime et la délinquance. On y retrouve la rhétorique de la tolérance zéro, avec quelques mesures phares :<br />
-les deux partis sont bien sûr favorables au rétablissement de la peine de mort, insistant surtout sur les cas de pédophilie, de terrorisme et les meurtres avec préméditation.<br />
-au programme des réjouissances, cette fois pour les petits délinquants et les vandales, ils inscrivent le retour aux châtiments corporels<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_0_241" id="identifier_0_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le ch&acirc;timent corporel &agrave; l&rsquo;&eacute;cole n&rsquo;a &eacute;t&eacute; aboli qu&rsquo;en 1986 en Grande-Bretagne. Cela n&rsquo;a &eacute;t&eacute; &eacute;tendu aux &eacute;tablissements priv&eacute;s qu&rsquo;en 1998 sur d&eacute;cision de la Haute Cour de Justice.">1</a></sup>.<br />
- le BNP propose le renforcement du pouvoir des juges, de celui de la police, mesures somme toute assez classiques. Un peu moins classique, les points qu&rsquo;ils y ajoutent : abandon du politiquement correct (ce qui en d&rsquo;autres termes signifie l&rsquo;établissement d&rsquo;un régime de discrimination raciale<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_1_241" id="identifier_1_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Critiquant le Race Act, Nick Griffin a fustig&eacute; par le pass&eacute; le fait qu&rsquo; &laquo;&nbsp;aucune relation ne puisse &ecirc;tre d&eacute;nonc&eacute;e entre crimes sexuels et minorit&eacute;s ethniques&nbsp;&raquo;.">2</a></sup> ) et augmentation des policiers sur le terrain « et non à remplir de la paperasse ou à prendre des cours de “ racism awareness ” »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_2_241" id="identifier_2_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Source : BNP website">3</a></sup>.<br />
- les deux partis se font les ardents défenseurs des victimes contre les criminels.<br />
Mais, la criminalité en soi n&rsquo;est que la face émergée de l&rsquo;iceberg : la véritable menace pour le Royaume-Uni, c&rsquo;est, accrochez-vous bien, le « britocide ».</p>
<h3>Les ennemis à combattre</h3>
<p>En effet, la décadence et les invasions barbares menacent le peuple britannique. Quel pourrait donc être l&rsquo;avenir d&rsquo;une nation dont l&rsquo;enseignement est gangrené par des professeurs « ultra-libéraux » (dans le sens social et non économique) et pro-homosexuels, sans compter que la télévision, en particulier Channel 4, propose des émissions « pro-homosexuels, anti-famille, et anti-blancs »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_3_241" id="identifier_3_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Flame, journal du National Front, mars 2002">4</a></sup> ? On arrive ici à la principale cause de l&rsquo;insécurité : la société « multiraciale ». La lutte contre l&rsquo;insécurité passe donc par l&rsquo;immigration zéro et le retour des immigrés « chez eux », ce qui n&rsquo;est pas sans rappeler un discours bien connu. Le thème du racisme anti-blanc dans le discours sur l&rsquo;insécurité est d&rsquo;ailleurs une quasi-obsession La majeure partie du site internet du National Front est ainsi consacrée à des témoignages et à un recensement des victimes de « crimes racistes » anti-blancs, notamment au travers de la Fallen List<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_4_241" id="identifier_4_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le nom donn&eacute; &agrave; la liste veut sugg&eacute;rer qu&rsquo;une v&eacute;ritable guerre raciale a lieu.">5</a></sup>. Le caractère raciste ne découle que d&rsquo;un seul critère : la victime est blanche, le coupable ne l&rsquo;est pas, quitte à tomber dans le ridicule le plus total. On découvre ainsi qu&rsquo;un homme d&rsquo;origine pakistanaise, condamné pour « conduite dangereuse », est coupable d&rsquo;un crime raciste car la victime était blanche. Le BNP, quant à lui, a mis en place une association de soutien aux victimes de discriminations et de crimes « anti-blancs », le FAIR (Families Against Immigrant Racism), qui propose une aide juridique. C&rsquo;est ainsi une posture de défense qui est adoptée, dans un renversement des positions, qui n&rsquo;est pas sans rappeler le racisme « anti-français » auquel Jean-Marie Le Pen se réfère. Or se placer en victime présente un avantage inestimable : « dans le mode courant de raisonnement, une victime est innocente et donc “ morale ”.<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_5_241" id="identifier_5_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Loseke Donileen, Constructing conditions, people, morality and emotion, G. Miller.">6</a></sup> » , on ne peut donc remettre son jugement en question, eu égard à ce qu&rsquo;elle subit. Ainsi, poser le « Noir » ou le « Pakistanais » comme un criminel ne constitue plus de problème, car il est coupable, il est bourreau et non plus une victime injustement accusée. Placer le « racisme anti-blanc » comme base de l&rsquo;argumentation permet de justifier l&rsquo;emploi des stéréotypes habituels de la xénophobie et du racisme, de barrer la route à un contre-argumentaire basé sur l&rsquo;emploi de préjugés. En effet, les actes de discrimination et les crimes commis envers les « Blancs » permettent de transformer les préjugés en vérité, en réalité observable et démontrable. Le discours raciste nourrit celui sur l&rsquo;insécurité et inversement.<br />
De même, les événements du 11 septembre ont fait émerger sur le devant de la scène un anti-islamisme virulent, qu&rsquo;il paraissait facile à justifier. Le site du NF s&rsquo;ouvrait ainsi sur une photo de Tony Blair portant un keffieh, tandis que le BNP a fait de l&rsquo;anti-islamisme le point d&rsquo;ancrage d&rsquo;une de ses campagnes. Certes, pour le BNP, il existe de « bons musulmans » qu&rsquo;il ne faut pas blâmer pour les crimes des intégristes. Reste que l&rsquo;Islam est devenu un ennemi, cherchant à dominer l&rsquo;occident, par une stratégie de colonisation, dans une logique qui rappelle le thème du « complot juif ». Il ne s&rsquo;agit plus en effet de présenter l&rsquo;autre comme « inférieur » mais comme un ennemi qui s&rsquo;infiltre partout et pourrait nous dominer<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/crimes-lave-plus-blanc/#footnote_6_241" id="identifier_6_241" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Campagne contre l&rsquo;Islam, site du BNP.">7</a></sup>. Et quoi de plus pratique que la menace terroriste pour jouer sur la peur des Britanniques ?</p>
<p>Ce discours, prenant ses racines dans la peur de l&rsquo;autre, se développe, c&rsquo;est un fait. Mais il ne faudrait pas non plus en exagérer l&rsquo;importance, le National Front compte à peine 300 adhérents. Quant au British National Party, il est certes en forte progression mais ces résultats restent inexistants au niveau national, pour le moment.</p>
<p><strong>Encadré</strong><br />
Le BNP : celui qui voulait être le FN anglais ?<br />
Le BNP est né en 1982, d&rsquo;une scission avec le National Front. Pour le National Front, le déclin, déjà bien entamé avec l&rsquo;offensive conservatrice, se poursuit. Le destin du BNP est légèrement différent, et si ses résultats restent faibles, il peut s&rsquo;arroger sans contexte le titre de plus grand parti d&rsquo;extrême droite que le Royaume Uni ait pu avoir. Dès le début, la volonté de son leader John Tyndall est de privilégier la voie parlementaire. Cependant, c&rsquo;est loin d&rsquo;être un fait acquis. Certes, en 1993, le parti enregistre son premier succès électoral avec l&rsquo;élection d&rsquo;un conseiller municipal à Millwall. Mais, à la même époque, le parti développe aussi un sympathique service d&rsquo;ordre, qui devint autonome par la suite pour devenir Combat 18, groupe néo-nazi à tendance plutôt violente ;mais surtout, le parti conserve un discours ouvertement fasciste. Le véritable changement apparaît cependant en 2000. Tyndall est alors évincé de la tête du parti, après la diffusion de photos de celui-ci en uniforme nazi, ce qui rappelle le passé de l&rsquo;homme au Greater Britain Movement, un groupuscule peu recommandable. Le BNP comprend enfin l&rsquo;importance de l&rsquo;image. Pourtant, on ne peut pas dire que l&rsquo;homme qui le remplace, Nick Griffin ait eu de meilleures fréquentations dans sa jeunesse. Il aurait notamment aidé Fiore, membre de la Troisième Position recherché pour « constitution de bandes armées », qui avait fui l&rsquo;Italie après l&rsquo;attentat de Bologne. Mais, il cherche à donner au parti une apparence très respectable. Il reconnaît devant les Amis américains du BNP, une association dirigée par David Duke , que le slogan du parti (Liberté, Sécurité, Identité, Démocratie) vise ainsi à rendre celui-ci plus sellable (facile à vendre). Le changement, net, apporte des résultats, avec en prime plusieurs sièges de conseillers municipaux ; notons tout de même qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;attribuer ces bons scores au seul gommage des références nazies ou fascistes trop flagrantes, l&rsquo;implication du parti dans le déclenchement d&rsquo;émeutes « raciales » n&rsquo;y étant peut être pas non plus étrangère. Et puis, chassez le naturel, il revient au galop. Le parti est actuellement secoué par une affaire d&rsquo;importance : un membre est en passe d&rsquo;être exclu car son petit-fils est noir.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_241" class="footnote">Le châtiment corporel à l&rsquo;école n&rsquo;a été aboli qu&rsquo;en 1986 en Grande-Bretagne. Cela n&rsquo;a été étendu aux établissements privés qu&rsquo;en 1998 sur décision de la Haute Cour de Justice.</li><li id="footnote_1_241" class="footnote">Critiquant le Race Act, Nick Griffin a fustigé par le passé le fait qu&rsquo; &laquo;&nbsp;aucune relation ne puisse être dénoncée entre crimes sexuels et minorités ethniques&nbsp;&raquo;.</li><li id="footnote_2_241" class="footnote">Source : BNP website</li><li id="footnote_3_241" class="footnote">The Flame, journal du National Front, mars 2002</li><li id="footnote_4_241" class="footnote">Le nom donné à la liste veut suggérer qu&rsquo;une véritable guerre raciale a lieu.</li><li id="footnote_5_241" class="footnote">Loseke Donileen, Constructing conditions, people, morality and emotion, G. Miller.</li><li id="footnote_6_241" class="footnote">Campagne contre l&rsquo;Islam, site du BNP.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
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		<title>Grande-Bretagne : quand les fachos créent l&#8217;émeute</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2005 15:43:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il y a un peu plus de trois ans commençait dans le nord de l&#8217;Angleterre une série d&#8217;affrontements entre les habitants de quartiers pauvres et de jeunes néo-nazis venus faire le coup de poing. Graeme Atkinson revient sur l&#8217;analyse de ce que les media qualifièrent alors et à tort d&#8217;émeutes raciales. Ancien centre minier et [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Il y a un peu plus de trois ans commençait dans le nord de l&rsquo;Angleterre une série d&rsquo;affrontements entre les habitants de quartiers pauvres et de jeunes néo-nazis venus faire le coup de poing. Graeme Atkinson revient sur l&rsquo;analyse de ce que les media qualifièrent alors et à tort d&rsquo;émeutes raciales.</strong></p>
<p>Ancien centre minier et textile, Oldham a vu son activité économique décliner depuis la fin des années 1950 jusqu&rsquo;aux années 1980. Parallèlement, ses industries avaient eu recours à une large quantité de main d&rsquo;œuvre étrangère. Si bien que sur une population de 219 000 habitants, Oldham en compte 24 600 d&rsquo;origine asiatique. Ces populations, qui ont été ghettoïsées dans les parties les plus pauvres de la ville, ont aussi été les plus durement touchées par le chômage (25% dans la communauté d&rsquo;origine bengali).<br />
La nuit du samedi 26 mai 2001, des combats ont éclaté dans les rue d&rsquo;Oldham, opposant des jeunes d&rsquo;origine asiatique à la police anti-émeute dans le quartier pauvre et délabré de Glodwick. Ces événements se trouvèrent être les premiers d&rsquo;une série d&rsquo;affrontements violents, provoqués par les fascistes, entre des jeunes asiatiques et la police dans l&rsquo;ancien centre textile du nord de l&rsquo;Angleterre. Dans le mois qui suivit les incidents d&rsquo;Oldham, le conflit se propagea à Burnley et à Bradford.</p>
<h3>Oldham</h3>
<p>À Oldham, lors de ce qui fut stupidement qualifiée d&rsquo;émeute « raciale » par les médias nationaux et internationaux, des cocktail Molotov furent lancés, des voitures incendiées, un pub attaqué et plusieurs véhicules de polices détruits ; c&rsquo;est seulement à l&rsquo;aube, le dimanche matin, que le calme revint.<br />
Ce qui s&rsquo;est passé à Glodwick n&rsquo;est pas une émeute « raciale » comme les politiciens du « New Labour » et les conservateurs se sont empressés de dénoncer lorsque la nouvelle a été connue mais, au contraire, le résultat de la frustration ressentie par les personnes d&rsquo;origine asiatique après plus de quinze ans de chômage massif, de mauvaises conditions de vie, de politiques racistes et d&rsquo;humiliations de la part de groupes tels que le British National Party, le National Front ou encore le groupe terroriste nazi Combat 18 (C18).<br />
Cependant, ce qui a mis le feu aux poudres du ressentiment et de la colère à Oldham est un événement plus immédiat : l&rsquo;invasion violente de Glodwick par des bandes fascistes qui ont attaqué les maisons, cassant des vitres, détériorant habitations et magasins, et agressant sauvagement une femme enceinte.<br />
Après sept semaines d&rsquo;actions fascistes, la patience de la communauté asiatique était à bout et il ne restait plus d&rsquo;autre choix aux jeunes que de descendre dans la rue en légitime défense de leur communauté.<br />
Ce sont les médias qui ont colporté le mensonge selon lequel les asiatiques auraient transformé Glodwick en une zone interdite aux Blancs. Dans ce but, la terrible photographie de Walter Chamberlain, âgé de 76 ans, battu par des jeunes d&rsquo;origine asiatique a été régulièrement montrée à la télévision, comme pour corroborer ce mensonge. Chamberlain lui-même et sa famille ont dénoncé cette manipulation qui voulait présenter son agression comme une attaque raciste. L&rsquo;incursion dans Glodwick d&rsquo;un groupe de fascistes organisés et de hooligans fut à peine mentionnée dans les médias, pris dans leur volonté frénétique de transformer les victimes de violences en agresseurs.<br />
En annonçant publiquement que le nombre d&rsquo;attaques racistes à Oldham était le plus élevé d&rsquo;Angleterre et concernait principalement des attaques perpétrées sur des Blancs, et en ignorant confortablement que les attaques d&rsquo;asiatiques par des Blancs sont si fréquentes que rares sont celles qui font encore l&rsquo;objet de plaintes, le chef de la police locale a donné le signal pour que les bandes racistes viennent à Oldham défendre la « race blanche ». C&rsquo;est un rassemblement « contre les attaques racistes commises par des asiatiques », organisé au mois de mars par le BNP devant le commissariat d&rsquo;Oldham, qui a allumé la mèche qui allait aboutir à l&rsquo;explosion du 26 mai 2001.<br />
Après le BNP, le National Front, Combat 18 et des hooligans suivirent ensuite chaque week-end, saccageant les quartiers asiatiques et manifestant dans les rues. Malgré le renfort de 500 policiers et l&rsquo;interdiction de toute manifestation, le NF et les hooligans manifestèrent quand même et attaquèrent ensuite un quartier à majorité asiatique.<br />
Le week-end du 26 mai, ils se montrèrent à nouveau, se rassemblant dans un pub à proximité d&rsquo;un quartier asiatique. Ils furent encerclés puis autorisés à partir par groupes de six sans autres formalités. Leur destination suivante était Glodwick. La prétendue « émeute raciale » qui s&rsquo;en suivit a boosté électoralement le BNP aux élections législatives (16,4% des votes dans la circonscription d&rsquo;Oldham West).</p>
<h3>À Burnley et ailleurs</h3>
<p>Ce qui s&rsquo;est passé à Oldham a engendré un climat de tension et de peur dans d&rsquo;autres endroits. À une trentaine de kilomètres de là, dans la ville de Burnley, confrontée aux même problèmes économiques et sociaux, et dont la population originaire du sous-continent indien s&rsquo;élève à 6000 habitants, le BNP a obtenu 11,2% des suffrages.<br />
Trois semaines après ces élections, le BNP avait tellement empoisonné l&rsquo;atmosphère à Burnley que la violence était devenue inévitable. L&rsquo;agression raciste d&rsquo;un chauffeur de taxi d&rsquo;origine indo-pakistanaise a fait descendre les jeunes asiatiques dans la rue. Deux pubs utilisés comme lieux de rencontre par les bandes racistes furent attaqués. Bien que quatre personnes aient été arrêtées pour l&rsquo;agression du chauffeur de taxi, la police ne fit pas grand chose pour s&rsquo;occuper des fascistes qui étaient à l&rsquo;origine des troubles.<br />
Les fachos comprirent alors qu&rsquo;ils pouvaient débarquer n&rsquo;importe où dans le nord de l&rsquo;Angleterre et provoquer des émeutes. Le 7 juillet, ce fut le tour de Bradford où le National Front annonça son intention d&rsquo;organiser une marche. La réponse de la police et des autorités fut ambiguë : le ministre de l&rsquo;Intérieur, David Blunkett, interdit toute manifestation dans la ville mais le conseil municipal capitula devant le National Front en annulant le dernier jour du festival interculturel de Bradford.<br />
Le 6 juillet, Nick Griffin, le leader du BNP, tint un meeting devant 150 personnes dans un quartier ouvrier blanc afin de cristalliser la tension raciale. Le jour suivant, presque 2000 personnes, mobilisées par l&rsquo;Anti Nazi League, se rassemblèrent pacifiquement. Dans l&rsquo;après-midi, un groupe de cramés, avec à leur tête David Appleyard, un membre de Combat 18, sortit d&rsquo;un pub pour narguer les asiatiques dans la rue. Un jeune garçon fut alors sauvagement tabassé et resta inconscient jusqu&rsquo;à l&rsquo;arrivée de la police et l&rsquo;arrestation d&rsquo;Appleyard.<br />
La tension de l&rsquo;après midi et le ressentiment envers la police du fait de son incapacité à gérer la présence des fachos, furent indubitablement une des causes des événements qui suivirent. Cependant, les affrontement qui opposèrent un millier de jeunes asiatiques à la police, à coup de briques, de bouteilles, de cocktails Molotov, de fusées de détresse et même de marteaux trouvent leur racines dans des raisons plus profondes : l&rsquo;exclusion politique, la marginalisation économique, la ségrégation par le logement et l&rsquo;éducation, dont cette communauté est la victime. Il semble cependant que le gouvernement, et à travers lui, le ministre de l&rsquo;Intérieur, David Blunkett, se soit interrogé après les émeutes sur l&rsquo;utilité de combattre la pauvreté et le racisme à coups de canons à eau et de gaz lacrymogènes&#8230;<br />
Mais ce qui s&rsquo;est passé à Bradford diffère des émeutes d&rsquo;Oldham<br />
À Bradford, on a vu l&rsquo;implication des mouvement islamiques fondamentalistes issus de la communauté pakistanaise, des gangs de dealers et aussi d&rsquo;un certain nombre de jeunes hommes cherchant à prouver leur virilité dans l&rsquo;affrontement avec les forces de l&rsquo;ordre.<br />
Ces événements furent unanimement condamnés par la communauté asiatique de Bradford Mais ils servirent de prétexte à de jeunes Blancs pauvres qui attaquèrent, le lendemain, un restaurant et un garage propriétés d&rsquo;asiatiques. Comme par hasard, ces jeunes étaient issus du quartier dans lequel Griffin avait tenu son meeting quelques jours auparavant&#8230;<br />
Depuis, lors des élections locales, en 2002 et 2003, le BNP a gagné 13 sièges dans les conseils municipaux : 8 à Burnley, 2 à Halifax et un à Blackburn (anciennes villes industrielles qui se trouvent dans la même situation socio-économique que Oldham ou Burnley), 2 à Sandwell près de Birmingham et les autres à Staoke.</p>
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		<title>La peste brune en Europe</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Dec 2004 14:08:00 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong></p>
<p>Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de <em>Réflexes</em>. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&rsquo;une vague de néo-fascisme s&rsquo;apprêtant à déferler sur l&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest, mais il est indéniable que les forces réactionnaires fascisantes et d&rsquo;ultra-droite ont opéré de significatives percées tout au long de la décennie passée.<br />
Ce processus s&rsquo;est déclenché en France en 1986, quand Le Pen et son Front national ont engrangé leur premier réel soutien lors d&rsquo;élections nationales (ils étaient déjà présents au Parlement européen). Ainsi lancés, ils ont travaillé à consolider cette base électorale d&rsquo;un minimum de 2 millions de voix, avec des pics à 4,5 millions d&rsquo;électeurs prêts à défendre leur programme raciste, antisémite et autoritaire.<br />
Les succès du FN furent le catalyseur qui tira l&rsquo;extrême droite de l&rsquo;isolement où elle avait végétée, aux confins de la vie politique, depuis l&rsquo;écrasement du Troisième Reich d&rsquo;Hitler en 1945. Entre 1945 et 1986 il y eut bien sûr des exceptions, tel le poujadisme en France dans les années 50, mais elles furent avant tout les expressions particulières de certaines conjonctures politiques, et non pas les prémisses d&rsquo;un développement à long terme.<br />
1986 marqua ce saut qualitatif et permit l&rsquo;émergence de partis électoraux d&rsquo;extrême droite et fascisants -modelés sur le FN pour certains- dans divers pays européens. Tous ont profité de la manne des politiques restrictives de plus en plus racistes et inhumaines, que les grands courants politiques et les Etats ont progressivement mis en place dans ces pays.<br />
Que l&rsquo;immigration en Union européenne (UE) se soit peu à peu tarie n&rsquo;entame pas la croissance de l&rsquo;extrême droite. Au contraire, la répression de l&rsquo;Etat quasi ininterrompue, les mesures policières, les campagnes de presse sur le sujet et l&rsquo; &laquo;&nbsp;Europe forteresse&nbsp;&raquo; ont, dans l&rsquo;UE, servi à renforcer l&rsquo;extrême droite en gratifiant sa réthorique d&rsquo;un vernis de légitimité.<br />
On a ainsi assisté dans divers pays au désenclavement de cette droite extrême ou néo-fasciste, et ce qui fut dès lors une inexorable marche de l&rsquo;avant soulève de graves questions politiques que le mouvement antifasciste n&rsquo;a sans doute pas encore bien pesées.</p>
<p>Pour une nécessaire compréhension critique de la situation il nous faut distinguer entre les pays concernés, dont chacun présente une histoire, une tradition et une culture politique qui lui sont propres. Procéder à cette mise à plat implique que nous posions les différences -d&rsquo;ordre politique par exemple- existant entre les nombreuses organisations d&rsquo;extrême droite comme étant d&rsquo;égale importance à leurs points communs. Sans cette démarche préalable nous ne pourrons pas déterminer où plane la plus grande menace, réelle ou en puissance.<br />
La différence cruciale est celle qui sépare le néo-fascisme comme danger politique de celui qui se cantonne, pourrait-on dire, à n&rsquo;être qu&rsquo;une forme d&rsquo;activité violente mettant en péril la sécurité publique et individuelle, voire, troublant l&rsquo;ordre et la loi.<br />
Dans la première catégorie -l&rsquo;extrême droite comme menace politique- on peut ranger les pays suivants : l&rsquo;Italie bien sûr, l&rsquo;Autriche, les Flandres en Belgique, la France, les Pays-Bas, l&rsquo;Allemagne et la Suède. Pourquoi ceux-là? Et en quoi la menace est-elle d&rsquo;ordre politique?<br />
La réponse est simple. Depuis 1945 quand la dictature d&rsquo;Hitler est abattue, le fascisme et ses avatars sont très isolés en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. Les zélotes d&rsquo;Hitler sont peu appréciés. Pour les plus perspicaces d&rsquo;entre eux, la tâche majeure consistait à trouver un moyen de sortir de l&rsquo;ombre. Ainsi le fascisme, un phénomène politique marginal, opère sa transformation quand il commence à obtenir une certaine résonance parmi la population, et se retrouve en position de gagner et de consolider une base électorale, de s&rsquo;injecter dans la vie politique à différents échelons.</p>
<h3>L&rsquo;irruption du Front National</h3>
<p>Ce qui s&rsquo;est alors passé est que depuis 1986 en particulier, quand le FN a ouvert une première réelle brèche lors d&rsquo;élections nationales, des organisations à l&rsquo;idéologie néo-fasciste mais dotées d&rsquo;une stratégie électorale et légaliste ont pu percer de même. Elles ont démontré qu&rsquo;elles pouvaient susciter l&rsquo;adhésion populaire.<br />
Cela a d&rsquo;autres conséquences : la droite traditionnelle conservatrice craint l&rsquo;ascendant de l&rsquo;extrême droite, la sociale-démocratie redoute le racisme latent de sa propre base électorale, et toutes deux ont aisément cédé devant leur peur de ces organisations.<br />
Dans les pays cités plus haut, les partis d&rsquo;extrême droite ou néo-fascistes se présentant à des scrutins ont, depuis 1986, assuré l&rsquo;élection de leurs candidats à des institutions démocratiques et parlementaires locales, municipales, nationales et européennes.<br />
En Italie, et chose incroyable, presque à l&rsquo;insu de nombreux antifascistes, la coalition Forza Italia &#8211; Alliance nationale &#8211; Ligue du Nord forma même un gouvernement néo-fasciste entre mars et décembre 1994. A eux trois ils rassemblèrent plus de 15 millions de voix. Heureusement, leur volonté programmée d&rsquo;enterrer la Constitution italienne explicitement antifasciste et avec elle la démocratie italienne, a échoué.<br />
Ils étaient à la tête du gouvernement mais pas de l&rsquo;Etat. A aucun moment ils n&rsquo;ont détenu le pouvoir effectif. Finalement c&rsquo;est une combinaison d&rsquo;incompétence politique, de soupçons de corruption pesant sur Berlusconi et de grèves massives contre les plans du gouvernement qui provoquèrent la chute de celui-ci.<br />
A Anvers dans la région flamande de Belgique, le Vlaams Blok fasciste est si bien implanté qu&rsquo;il obtient 28% des voix aux élections nationales, et environ 21% dans la région alentour. Le résultat? Dix-sept députés au Parlement belge.<br />
En France, au premier tour de l&rsquo;élection présidentielle de 1995, Le Pen, candidat du Front national, a recueilli plus de 4, 5 millions de voix. Bien que le FN n&rsquo;ait pas de membres à l&rsquo;Assemblée nationale il en compte onze au Parlement européen, et en France même il est aux commandes de trois villes d&rsquo;importance : Orange, Marignane et Toulon. Dans le même temps, on notera que l&rsquo;adoption de versions édulcorées de certains points du programme du FN par les gouvernements successifs -de “ gauche ” et de droite-, suggère que le soutien à ce parti a peut-être atteint un point culminant.<br />
En Autriche la situation est alarmante. Le “yuppie néo-fasciste”, laudateur des SS Jörg Haider et son Mouvement de la liberté (ancien Parti libéral) se sont imposés sur l&rsquo;échiquier politique comme figures de poids. Les partis politiques traditionnels ne peuvent plus éluder leurs prises de position.<br />
Aux dernières élections, la presse bourgeoise s&rsquo;est félicitée de la chute du vote pour le Mouvement de la liberté, de 22,6 % à 22,08 %. Ce qui fut passé sous silence, c&rsquo;est que le nombre de voix a en fait augmenté de 31 000, pour atteindre 1 029 000. Cela sur un total de 5,8 millions de suffrages. Die Freiheitlichen est à présent la mieux représentée de toutes les formations d&rsquo;extrême droite en Europe, avec 41 sièges sur les 183 du Parlement autrichien.<br />
Dans les autres pays, comme les Pays-Bas ou la Suède, l&rsquo;extrême droite a remporté des sièges dans des assemblées municipales ou régionales. Ces victoires sont moins spectaculaires mais elles restent inquiétantes car révèlent une fois de plus un fort appui des populations, acquis en grande partie à la faveur d&rsquo;un discours raciste, anti-immigrés et contre le droit d&rsquo;asile.<br />
L&rsquo;Allemagne et la Suède sont des cas à part dont nous traiterons plus loin. Le point principal étant que depuis la seconde moitié des années 1980 la situation s&rsquo;est modifiée, moins rapidement toutefois qu&rsquo;au cours des cinq ou six dernières années, depuis la chute du bloc soviétique et la réunification allemande.<br />
Là où les néo-fascistes ont été élus ou bien là où ils ont fidélisé un électorat de masse, les partis démocratiques sont devenus nerveux et leur ont laissé mettre à l&rsquo;ordre du jour des questions sur le racisme, le droit d&rsquo;asile, la loi et la sécurité. Le lien en Autriche par exemple, entre les lettres piégées de néo-nazis et les litanies de Haider réclamant un état policier, est évident.</p>
<h3>Jouer à se faire peur</h3>
<p>Nous devons avoir une approche réaliste des choses et le sens du graduel. Est ainsi ridicule la panique de certains prétendus antifascistes britanniques &#8211; ceci de l&rsquo;avis même de <em>Searchlight</em> -, lorsqu&rsquo;un membre du British National Party est élu dans une assemblée locale au cours d&rsquo;un scrutin insignifiant. C&rsquo;est encore plus grotesque quand les mêmes suggèrent que la mouvance néo-fasciste en Grande-Bretagne est aussi menaçante que celle planant sur l&rsquo;Europe continentale.<br />
Comment pourrait-elle l&rsquo;être ? En Grande-Bretagne cette nébuleuse compte 4 500 membres au maximum pour ses trois principales composantes : le British National Party, le groupe terroriste néo-nazi Combat 18 et les boneheads de Blood and Honour. Quelques précisions : sur ces 4 500 la moitié tout au plus milite. Combat 18 n&rsquo;a pas plus d&rsquo;une centaine de partisans. Blood &amp; Honour a scissionné. On peut en tirer deux conclusions. En premier lieu, si un pays de 55 millions d&rsquo;habitants est incapable de contrôler 2 700 activistes néo-nazis, nous pouvons sérieusement broyer du noir. Par ailleurs, comment comparer des gens qui font moins d&rsquo;1% des voix avec d&rsquo;autres qui, dotés d&rsquo;une pratique différente mais de la même idéologie, recueillent jusqu&rsquo;à 20% des suffrages comme en Italie, en Belgique et en Autriche, dans certaines régions de France ?<br />
Cela nous amène à l&rsquo;Allemagne et à la Suède, où l&rsquo;extrême droite constitue une menace à la fois d&rsquo;ordre politique et terroriste. Pourtant même là les situations sont à confronter, sur la base de cultures politiques assez différentes.<br />
L&rsquo;Allemagne, pour d&rsquo;évidentes raisons historiques, et à présent de plus en plus pour des raisons géostratégiques, est la clé de la situation en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. L&rsquo;effondrement de la République démocratique allemande (RDA) et la nette dérive nationaliste amorcée à l&rsquo;occasion d&rsquo;une réunification éclair &#8211; onze mois entre la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 et le retour de la RDA dans le giron de la RFA (il serait d&rsquo;ailleurs plus juste de parler d&rsquo;annexion) &#8211; furent de puissants stimulants pour les néo-fascistes et ont facilité leur accroissement rapide.</p>
<h3>L&rsquo;instrumentalisation de l&rsquo;extrême droite</h3>
<p>L&rsquo;atmosphère nationaliste exaltée par le gouvernement d&rsquo;Helmut Kohl fut également l&rsquo;occasion pour l&rsquo;extrême droite de fonctionner ouvertement, et d&rsquo;agir en instrument du pouvoir dans la volonté de celui-ci de retirer de la Constitution l&rsquo;article 16, qui garantissait le droit d&rsquo;asile. Ainsi, entre 1990 et 1993 l&rsquo;Allemagne fut le théâtre d&rsquo;une vague de violence fasciste organisée, de terreur et de meurtre, dont on ne trouve l&rsquo;écho que dans la République de Weimar pré-hitlérienne.<br />
Entre 1990 et 1993 soixante-quinze personnes ont perdu la vie aux mains de funestes gangs néo-nazis, et pour la seule année 1993 23 000 actes criminels sont à mettre au compte de ces émules du fascisme. Pendant tout ce temps le gouvernement de Kohl s&rsquo;est tenu à l&rsquo;écart. La terreur fasciste fut exploitée au Bundestag à des fins de ralliement du vote des sociaux-démocrates (SPD), afin que la majorité y dispose des deux tiers nécessaires pour réécrire l&rsquo;article 16. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le SPD a fini par céder alors qu&rsquo;un incendie ravageait un foyer de travailleurs Vietnamiens à Rostock, à l&rsquo;apogée du pogrom d&rsquo;Août 1992 dans cette ville.<br />
Des pogroms comme ceux de Hoyerswerda et de Rostock sont à nouveau des éléments de la politique allemande. De même pour les victoires électorales de l&rsquo;extrême droite qui, bien que sa frange la plus radicale fut l&rsquo;objet d&rsquo;une certaine répression après que son utilité fut épuisée, ne peut plus être ignorée, en particulier parce qu&rsquo;elle fonctionne comme alibi et justification de la dérive à droite du CDU\CSU . En mars 1996 dans le Bade-Wurtemberg, les Republikaner (REPs) ont une fois de plus prouvé leur importance. En dépit des pronostics de la presse et des médias ils ont obtenu 437 000 voix aux élections du Parlement régional (Landtag), devenant ainsi le premier parti d&rsquo;extrême droite à être réélu depuis 1945.<br />
Le vote REPs est lié aux sérieux problèmes que connaît l&rsquo;Allemagne mais également à une restructuration de la scène activiste néo-nazie. C&rsquo;est sans surprise que dans le Bade-Wurtemberg des membres de groupes interdits prêtèrent leur concours au REPs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;ailleurs en partie d&rsquo;une nouvelle stratégie de la frange radicale, que la répression de l&rsquo;Etat pourtant peu énergique a fragilisée plus que prévu. La décision fut donc prise par les activistes d&rsquo;infiltrer les principaux partis électoraux d&rsquo;extrême droite : le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) , les REPs, la Deutsche Liga für Volk und Heimat (DL) , et, dans une moindre mesure, la Deutsche Volksunion (DVU) .<br />
Le vote dans le Bade-Wurtemberg démontre qu&rsquo;il existe un vaste électorat potentiel pour une espèce de néo-fascisme “ acceptable ” ou “ respectable ”. Certains militants ralliés à cette idée ont franchi le Rubicon. Ce vote prouve aussi que le nouveau nationalisme de la droite classique ne comble toujours pas une portion conséquente de la population.<br />
On distingue désormais clairement quatre tendances au sein des radicaux, en dehors de ce qu&rsquo;on peut déduire de leurs choix d&rsquo;infiltrer tel ou tel parti électoral.</p>
<h3>Un néo-fascisme protéiforme</h3>
<p>Tout d&rsquo;abord les “ traditionalistes ”, regroupés autour de ce qui reste de l&rsquo;ex-Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei (FAP) de Friedhelm Busse, organisation qui tente de survivre malgré sa mise hors-la-loi. Cette fraction est en grande perte de vitesse.<br />
Vient ensuite le Gesinnungsgemeinschaft der Neuen Front (GdNF) qui s&rsquo;est consolidé en dépit d&rsquo;une faible visibilité. Il s&rsquo;est surtout consacré au développement de son réseau à travers les babillards (BBSs), et au renforcement de la HNG, une structure pour ses militants incarcérés. Des indications suggèrent que le GdNF s&rsquo;est même agrandi.<br />
La troisième tendance est issue du FAP et s&rsquo;est constituée autour de Thorstein Heise, en Saxe-Anhalt. Elle s&rsquo;est exclusivement investie sur la scène skinhead d&rsquo;extrême droite, dans le but de mettre sur pied une culture musicale de rock nazi qui servirait aux activistes de vivier à recrues. Heise a noué de solides liens avec les terroristes britanniques néo-nazis de Combat 18.<br />
Enfin, de loin les plus importants, les néo-nazis “ modernisés ” qui comptent le poseur de bombes Peter Naumann, les “ dissidents ” du FAP Glenn et Andre Goertz, et Stefan Hupke membre du Nationalistische Front (NF) . Ils ont tenté de se regrouper autour du magazine des Junge Nationaldemokraten (JN) Einheit und Kampf et se servent des JN comme d&rsquo;une façade pour un genre de nouveau national-bolchévisme.<br />
Cette dernière tendance bénéficie de l&rsquo;appui de l&rsquo;ex-leader du NPD Günter Deckert -aujourd&rsquo;hui sous les verrous- et du soutien de Meinolf Schönborn -qui doit être prochainement incarcéré- ancien chef du NF interdit. Parmi leurs sympathisants on trouve également la direction de la Wiking Jugend (Jeunesse Viking), dissoute elle aussi. Les partis d&rsquo;extrême droite se présentant aux élections cumulent ensemble autour de 56 000 militants, et la frange radicale environ 5 000.<br />
En Suède, où il y a deux ans la formation d&rsquo;extrême droite Sverige Demokraterna (SD) fit son score le plus élevé avec 26 000 voix et remporta des sièges dans des conseils locaux, c&rsquo;est la branche activiste qui a pris l&rsquo;initiative. L&rsquo;ancien groupe terroriste VAM baptisé par la suite réseau Storm, a transformé l&rsquo;an dernier son magazine Storm en une publication très “ pro ”, Nordland, et au début 1996 l&rsquo;organisation est devenue la National Alliance (NA).<br />
La NA, ainsi nommée en référence à la plus grosse organisation néo-nazie américaine, possède un noyau dur de 250 membres et un cercle de 500 à 600 sympathisants. Sa source d&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas Adolf Hitler mais Robert J. Matthews, l&rsquo;ancien chef du groupe américain terroriste d&rsquo;extrême droite The Order. Matthews fut liquidé par le FBI en 1985.</p>
<h3>Le marché skinhead</h3>
<p>La NA cherche surtout à gagner l&rsquo;appui des jeunes. Actuellement elle ne dirige pas moins de six compagnies d&rsquo;enregistrement et de distribution de CD, qui, pour la seule année 1995, ont produit plus de 30 CD de rock nazi. Le marché de la bimbeloterie néo-nazie offre des débouchés croissants : la mouvance skinhead à Stockholm par exemple, s&rsquo;est multipliée par dix (de 100 à 1 000 individus) entre 1990 et 1996. Les nazis et le “ nazi-chic ” sont en vogue parmi beaucoup de jeunes Suédois.<br />
L&rsquo;alliance entre les magazines <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em> (publication des néo-nazis américains Hammerskin), a scindé en deux blocs la mouvance internationale skinhead d&rsquo;extrême droite. En Allemagne, <em>Nordland</em> est déjà distribué gratuitement à partir de Nationaler Beobachter à Francfort-sur-l&rsquo;Oder, et <em>Moderne Zeiten</em>, le magazine allemand le plus coté de rock nazi, est réapparu sous le nom de <em>Nordrock</em> avec un design identique à celui de <em>Resistance</em>.<br />
L&rsquo;autre pan de la scission bonehead rassemble Combat 18 en Grande-Bretagne &#8211; qui tire son inspiration violente de The Order -, sa façade Blood &amp; Honour et le cadre de l&rsquo;ex-FAP Thorsten Heise à Northeim. Dans la dernière parution de <em>Nordland</em>, l&rsquo;éditeur de <em>Resistance</em> George Hawthorn a qualifié Combat 18 de “ traîtres à la race blanche ”. Le NSDAP-AO, réseau international néo-nazi le plus radical, semble soutenir <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em>.</p>
<p>La question est de savoir quelles sont les organisations les plus conséquentes, les plus dangereuses et les plus nuisibles. En Norvège, au Danemark, en Finlande et dans d&rsquo;autres pays, la frange militante est mince et sans poids.<br />
En France il n&rsquo;y a pas véritablement de scène activiste en dehors de quelque 150 nostalgiques d&rsquo;Hitler appartenant au PNFE. Le FN est la seule organisation de poids à l&rsquo;extrême droite, et tous les fascistes d&rsquo; “ envergure ” en sont membres. En Italie, s&rsquo;il existe une mouvance militante elle demeure sous l&rsquo;étroite coupe de l&rsquo;Alliance nationale. Dans ces deux pays la violence nuit aux objectifs des néo-fascistes. En Autriche, il y a un militantisme bien organisé, mais qui fonctionne comme la cinquième roue du carrosse de Haider.<br />
Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Allemagne et la Suède où les activistes ont plus d&rsquo;importance que les partis électoraux d&rsquo;extrême droite. Cela découle de leur potentiel de violence, et, en Suède en particulier, du passage à l&rsquo;acte terroriste. Ils cherchent aussi à influer sur la culture des jeunes et même à instaurer la leur. Mais au sens strict ils sont politiquement sans influence et ne représentent un réel problème que pour les antifascistes, les victimes de leur déchaînements haineux et la police. En Allemagne, leur ralliement au NPD, Junge Nationaldemokraten, Deutsche Liga&#8230;, relève plus d&rsquo;un instinct de conservation face aux mesures d&rsquo;interdiction de l&rsquo;Etat que d&rsquo;une stratégie expansionniste.<br />
Doit-on ignorer ces militants fascistes sous prétexte qu&rsquo;ils sont politiquement inconséquents? Bien sûr que non. Ils doivent être combattus bec et ongles car leur charge de violence et de terreur demeure intacte et parce que, plus rapidement peut-être que le mouvement antifasciste, ils se sont appropriés les outils de communication de cette fin de vingtième siècle : magazines clinquants pour les jeunes, CD, usage imaginatif -de leur part- des babillards et d&rsquo;Internet. Nous devons poursuivre nos efforts pour combattre et défaire ces indésirables, mais il nous faut évaluer leurs forces avec réalisme.<br />
Il est révolu ce fascisme aux bottes de cuir et à la chemise brune, à la croix gammée portée en brassard. Les fascistes les plus dangereux aujourd&rsquo;hui sont d&rsquo;avantage susceptibles de s&rsquo;habiller au goût du jour et d&rsquo;être très “ médiatiquement présentables ”. La vieille image d&rsquo;Epinal hitlérienne des dictateurs des années 30 est morte et enterrée. Le fascisme, malheureusement, ne l&rsquo;est pas. Pas plus que le terreau social du racisme, de l&rsquo;antisémitisme et du nationalisme sur lequel il s&rsquo;épanouit.</p>
<h3>Un mouvement antifa en crise</h3>
<p>En Allemagne par exemple, des forces plus nombreuses et beaucoup plus dangereuses occupent à présent l&rsquo;arène politique. En même temps que ces courants émergent, le mouvement antifasciste (antifa), unique résidu de la gauche allemande, traverse une grave crise. Sa capacité de mobilisation a décru, même contre les activistes fascistes. Ses troupes se sont réduites et ne cessent de diminuer. Le mouvement ne gagne pas assez de jeunes &#8211; ce n&rsquo;est plus en vogue d&rsquo;être antifasciste &#8211; pour remplacer les nombreux et bons militants qui ont raccroché parce qu&rsquo;ils se sont trop démenés ou qu&rsquo;ils sont démoralisés, qui se retirent dans la vie privée ou que la résignation terrasse. Des magazines régionaux implantés depuis longtemps sont en danger et la mouvance antifa est en train de perdre son cadre.<br />
Comment l&rsquo;expliquer ? Par une moindre visibilité des militants nazis, simplement ? Parce que la terreur, à l&rsquo;échelle où on l&rsquo;a connue entre 1990 et 1993, a disparu ? C&rsquo;est plus complexe. En fait, le vrai problème vient d&rsquo;un manque d&rsquo;analyse politique et d&rsquo;une sévère crise idéologique. Ce contre quoi il faut lutter en Allemagne n&rsquo;est pas simplement le néo-fascisme mais le nationalisme, dont le fascisme quelle que soit sa forme n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect. Ce nouveau nationalisme, bienséant, “ grand public ”, dont le discours puise largement dans celui de la Nouvelle Droite, est beaucoup plus inquiétant. Il a à sa manière désarmé les fascistes et les antifascistes. Ce nationalisme inédit, récent, est le nouveau nationalisme agressif et expansionniste de la droite classique qui a intégré très rapidement les changements de la situation géopolitique allemande depuis 1989 et l&rsquo;éclatement de l&rsquo;URSS.<br />
Le vrai projet de la droite traditionnelle, dont les buts sont beaucoup plus étendus et le potentiel plus explosif que ceux du projet néo-fasciste, est aussi autrement menaçant dans la mesure où il est soutenu &#8211; où il découle même &#8211; du pouvoir de l&rsquo;Etat allié aux organes de répression.</p>
<h3>Le double visage du nationalisme</h3>
<p>Cela signifie qu&rsquo;il y a en fait deux desseins nationalistes en Allemagne : le premier est celui des impérialistes allemands ranimés, qui sont regroupés au sein de la CDU\CSU, dans des fractions du SPD (sociaux-démocrates) jusqu&rsquo;aux Verts, et dont les principaux bastions sont les Vertriebeneverbaende des “ expulsés ” d&rsquo;après-guerre hors des anciens territoires allemands, les Burschenschaften (confréries d&rsquo;étudiants ultra-nationalistes) et les militaires. L&rsquo;autre projet est celui des antiquités fascistes et autres nostalgiques du nazisme.<br />
Ces projets peuvent évoluer parallèlement sans se croiser. Il arrive qu&rsquo;ils se rencontrent, comme lorsque les nouveaux nationalistes instrumentalisèrent les gangs néo-nazis pour que le SPD rallie la majorité au Bundestag afin que soit modifié l&rsquo;Article 16 (voir supra). Parfois ils s&rsquo;opposent : après avoir agité en tous sens l&rsquo;épouvantail fasciste, les nationalistes ont usé de la répression pour l&rsquo;écraser et mettre hors-la-loi onze de ses organisations. Les rapports de pouvoir entre ces deux courants sont indéniables.<br />
Jusqu&rsquo;à présent, c&rsquo;est un fait que les antifas ont partiellement échoué à saisir ce qui se passe et ont partiellement refusé de le voir. Le problème est tout simplement devenu trop grand. Les antifascistes savent quoi faire face à dix boneheads dans la rue &#8211; pas toujours &#8211; mais des démonstrations militaires de la Bundeswehr comme la parade au flambeau de la Grosse Zapfenstreich à Berlin les laissent désarmés. Pour beaucoup, les forces de ce nationalisme-là sont trop écrasantes.<br />
Il en résulte un grand vent de résignation&#8230;un “ que peut-on faire ” généralisé. C&rsquo;est une réaction humaine normale et nous ne devons pas nous asseoir pour nous juger. Toutefois, il est évident qu&rsquo;en tant que mouvement international antifasciste nous devons renoncer à nous concentrer exclusivement sur une scène allemande néo-nazie diminuée, et évoluer vers une politique non pas seulement antifasciste mais antimilitariste, contre la guerre et contre la préparation de la guerre. Cela signifie se fixer sur la politique étrangère de l&rsquo;Allemagne, et pas uniquement en liaison avec les livraisons d&rsquo;armes pour la meurtrière guerre menée par les Turcs au Kurdistan mais, plus près de nous, la politique qu&rsquo;elle mène en République tchèque. Cela implique une attention accrue portée aux activités de plus en plus agressives des revanchistes allemands, et se consacrer d&rsquo;avantage à démasquer des organisations plus que tendancieuses soutenues par l&rsquo;Etat, comme la Verein für Das Deutschtum im Ausland (Ligue pour le germanisme à l&rsquo;étranger).<br />
Enfin, cela suppose que nous prenions beaucoup plus au sérieux l&rsquo;internationalisme. Ces dernières années, seule une minorité du mouvement antifasciste a tenté et est parvenu à construire de vrais, de solides et d&rsquo;efficaces liens internationaux. Reflexes, avec Searchlight et Antifaschistisches Infoblatt, peuvent se féliciter d&rsquo;être les moteurs de cette minorité.<br />
Maintenant que nous sommes confrontés à ces problèmes plus vastes, la nécessité de l&rsquo;internationalisme devient une urgence. Nous devons continuer à susciter une prise de conscience à l&rsquo;échelle internationale des nouveaux dangers et, en ce qui concerne l&rsquo;Allemagne, ne pas générer un stupide chauvinisme anti-allemand -l&rsquo;antifascisme des crétins-, mais renforcer la solidarité avec les antifascistes et les antimilitaristes de ce pays.<br />
Nous devons le faire même dans notre propre intérêt.<br />
Dix ans après la création de Réflexes, le combat se poursuit mais certains de nos ennemis ont changé. Et les conflits les plus violents restent à venir.</p>
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		<title>L&#8217;extrême droite britannique poursuit son avancée</title>
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		<pubDate>Sun, 18 May 2003 17:27:47 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Le 1er mai les anglais votaient pour l&rsquo;équivalent des municipales. A cette occasion, trois partis d&rsquo;extrême droite ont présenté des candidats : le Freedom Party, le National Front et le British National Party. Le Freedom Party est en fait principalement composé d&rsquo;anciens membres du BNP et du Monday Club (groupe de réflexions à la droite du parti conservateur). En 2001, ses adhérents étaient estimé à une trentaine, ils ont présenté 4 candidats cette année. Le National Front, historiquement le plus important mouvement fasciste, qui comporte une centaine d&rsquo;adhérents en a présenté 10. Le BNP, qui a pu ces dernières années se présenter comme «le parti d&rsquo;extrême droite», a, quant à lui, réussi à présenter 221 candidats (pour vous donner un ordre d&rsquo;idée, l&rsquo;année dernière les trois partis confondus avaient présenté 70 candidats). Seul le BNP est parvenu à s&rsquo;imposer, en remportant 13 sièges. Il est même devenu la seconde force politique à Burnley, ville qui a été le théâtre des «émeutes raciales» en 2001 (celles-là mêmes auxquelles les fachos ont fortement contribué). Certes, il serait tentant de relativiser ces résultats, il ne s&rsquo;agit après tout que de 13 sièges sur l&rsquo;ensemble des places de «conseillers municipaux», ce n&rsquo;est pas énorme. Mais, reste que le parti est en constante progression et surtout il ne faut pas oublier que les élections se font par un scrutin uninominal à un tour. Ce qui signifie que chacun des élus est arrivé premier dans son «quartier», mais aussi que même s&rsquo;il n&rsquo;a pas obtenu de sièges le parti, dans plusieurs «aires», a pu obtenir plus de 20% des voix. Ce qui est d&rsquo;autant plus inquiétant que le parti a pour slogan «Rights for Whites».</p>
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