<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>REFLEXes &#187; Autriche</title>
	<atom:link href="https://reflexes.samizdat.net/tag/autriche/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://reflexes.samizdat.net</link>
	<description>EnquÃªtes et analyses sur l&#039;extrÃªme-droite contemporaine</description>
	<lastBuildDate>Fri, 18 Dec 2015 08:40:56 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
		<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
		<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.9.2</generator>
	<item>
		<title>Les interprétations du fascisme dans l&#8217;entre-deux-guerres</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/les-interpretations-du-fascisme-dans-lentre-deux-guerres/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/les-interpretations-du-fascisme-dans-lentre-deux-guerres/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2009 15:11:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Publié en 2001 Petite bibliographie sommaire: - TASCA (Angelo), Naissance du fascisme, Paris, Gallimard, 1967 - NEUMANN (Franz), Béhémoth: structure et pratique du national-socialisme, Paris, Payot, 1987 - BROSZAT (Martin), L’État hitlérien, Paris, Fayard, 1985 - DE FELICE (Renzo), Le fascisme: un totalitarisme à l’italienne ?, Paris, FNSP, 1988 - MILZA (Pierre), Le fascisme italien [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Publié en 2001</p>
<p>Petite bibliographie sommaire:</p>
<p>- TASCA (Angelo), <em>Naissance du fascisme</em>, Paris, Gallimard, 1967<br />
- NEUMANN (Franz), <em>Béhémoth: structure et pratique du national-socialisme</em>, Paris, Payot, 1987<br />
- BROSZAT (Martin), <em>L’État hitlérien</em>, Paris, Fayard, 1985<br />
- DE FELICE (Renzo), <em>Le fascisme: un totalitarisme à l’italienne ?</em>, Paris, FNSP, 1988<br />
- MILZA (Pierre), <em>Le fascisme italien 1919-1945</em>, Paris, Seuil, 1980<br />
- KERSHAW (Jan), <em>Qu’est-ce que le nazisme? Problèmes et perspectives d’interprétations</em>, Paris,Gallimard<br />
- AYCOBERRY (Pierre), <em>La question nazie. Les interprétations du national-socialisme</em>, Paris, Seuil, 1979</p>
<p>Cette présentation vise à aborder l’ensemble des explications et tentatives d’explications qu’a pu susciter le mouvement fasciste tant dans l’entre-deux-guerres que dans la période contemporaine. Kershaw pose bien la perspective de recherche principale développée par ces explications : qu’est-ce que le fascisme ? Le nazisme n’est-il qu’une variante allemande du fascime ou a-t-il sa propre autonomie ? Le problème principal vient de la dévaluation du concept. A l’origine la notion de fascisme n’est finalement que le fruit du hasard de la vie politique italienne. L’inflation de son utilisation vient essentiellement des milieux communistes qui, à partir des années 1925, se mettent à dénommer ainsi tous leurs adversaires politiques, y compris les socialistes. Le point ultime de cette dérive sera le terme d’« hitlero-trotskiste », à la mode dans les années 1930. Les socialistes et les autres forces politiques révolutionnaires ou réformistes préféraient appeler le phénomène « Réaction ». L’après-guerre connaîtra également une inflation liée à la valeur franchement péjorative acquise par le terme. De fait il semble que la seule façon de dévaluer l’adversaire tout en le diabolisant soit de le qualifier de « fasciste ».</p>
<p>Pourtant si l’on essaie de reprendre le concept avec rigueur, on s’aperçoit que non seulement le terme n’est pas applicable à tous les régimes qualifiés ainsi mais surtout qu’il n’est pas un indicateur de férocité mais de pensée politique. Ainsi, si on prend l’exemple du régime franquiste, il est clair qu’il ne peut être qualifié de « fasciste » (même si au moment de la guerre civile il était normal de le qualifier comme tel) et pourtant, tout régime « seulement » autoritaire qu’il ait été, il fut infiniment plus sanglant que le régime mussolinien : la dernière exécution politique eut lieu en 1974 avec la mise à mort de l’anarchiste (membre du MIL) Puig Antich. Il en va de même avec les régimes sud-américains.</p>
<p>Un moyen de caractériser le fascisme fut de l’associer à la notion de totalitarisme. Mais ce concept n’est pas plus clair que celui de fascisme. Il fut créé par les libéraux italiens contre le régime mussolinien dans les années 1920 puis récupéré positivement par celui-ci pour caractériser l’État fasciste. Ce n’est qu’après 1930 que sociaux-démocrates et libéraux en Europe l’utilisent pour faire le parallèle avec le régime stalinien, en en faisant le phénomène majeur du XXe siècle. Cette thèse est ensuite reprise par Hannah Arendt et adoptée par tous les partisans de la démocratie libérale. Or elle présente des désavantages certains. D’une part, elle fige sous un shéma statique un ou des phénomènes qui n’ont cessé d’évoluer, d’autre part elle exclue toute interprétation du fascisme comme phénomène réactionnaire et passéiste puisqu’elle pose que le totalitarisme présuppose progrès technique et modernité. Enfin elle masque certains phénomènes comme le consensus à l&rsquo;œuvre dans les sociétés concernées. Celui-ci a plus particulièrement été étudié par Renzo de Felice dans l’Italie fasciste. Il semble évident qu’un régime quel qu’il soit ne peut tenir seulement par la répression et qu’il s’appuie forcément sur des couches sociales satisfaites par la politique mise en œuvre. Ainsi le stalinisme ne peut se comprendre si on ne prend pas en compte le phénomène d’ascension sociale qu’il a généré, en particulier dans la paysannerie.</p>
<p>Pourtant, dès les années 1930, certains militants socialistes (toutes familles confondues: social-démocratie, léninisme ou anarchisme) ont fait preuve d’une lucidité remarquable. Ils font apparaître le fascisme comme un mouvement de l’entre-deux-guerre et il est clair qu’après avoir été vaincu militairement, c’est-à-dire après 1945, le fascisme n’a plus un rôle central en Europe. Ce qui bien sûr n’ôte rien à la virulence de ses résurgences. Il faut donc le poser dans son cadre historique et en particulier le mettre en perspective avec la première guerre mondiale. C’est ainsi un mouvement typique des pays perdants ou qui se croient perdants (Italie). Il donne par ailleurs à ses contemporains l’impression qu’il est un produit du sous-développement, surtout dans les années 1920. Ce sera d’ailleurs la clé de lecture privilégiée jusqu’en 1933. Ainsi, en 1927, Vandervelde à un congrès de l’Internationale socialiste coupe l’Europe en deux : le nord industriel et démocrate (« cheval vapeur ») contre l’Europe du sud (« cheval cheval »). La victoire en Allemagne casse cette lecture : elle prouve qu’un mouvement fasciste peut gagner dans le cœur industriel de l’Europe. À partir de ce moment, le fascisme est perçu comme une menace internationale car l’équilibre européen se trouve modifié.<br />
L’un des problèmes que les contemporains ont essayé d’expliquer est l’assise de masse du fascisme alors même que ces régimes une fois installés menaient une politique anti-sociale. Dès les premières années, il y a un net refus de voir que le fascisme n’est pas seulement un mouvement manipulé mais qu’il a une base et une certaine autonomie.</p>
<p>Tous ces problèmes seront abordés par l’étude des diverses interprétations du fascisme : interprétations des militants italiens (anarchistes ou sociaux-démocrates), des militants sociaux-démocrates autrichiens, des militants communistes dans les différents pays européens (Gramsci en particulier)… Il est bien entendu que l&rsquo;utilisation du terme « communiste » pour désigner les partis issus du léninisme est purement conventionnel et pratique, le mouvement communiste (libertaire ou ultra-gauche) étant bien différent.</p>
<h3>Interprétations italiennes</h3>
<p>Le fascisme italien est celui de référence jusque dans les années 1930, la principale interrogation étant de savoir si on se trouvait confronté à un phénomène purement italien ou international. Dans les premières années s’élabore une réflexion très riche qui présente toujours un intérêt. Le trait général est de s’appuyer sur le marxisme, quelque soit la nature de celui-ci : des révisionistes aux léninistes. Toutes les analyses prennent donc en compte la coupure bourgeoisie/prolétariat. Autre trait : le refus d’accorder toute autonomie politique au phénomène fasciste. Il n’est considéré que comme une création et un outil de la bourgeoisie (avec la réserve bien sûr que ce concept n’a pas le même contenu selon les courants). Il n’est donc pas vu comme un mouvement politique à proprement parlé mais comme une bande de mercenaires.</p>
<p>Tous ces éléments apparaissent très clairement dans les premiers écrits d’Amadéo Bordigua dans lesquels le fascisme n’est que l’un des visages de la domination capitaliste. Mais on les retrouve également dans les écrits sociaux-démocrates ; pour Di Falco, ce n’est qu’une milice intéressée, à la disposition d’une classe conservatrice avec des intérêts conservateurs. Idem chez Luiggi Fabbri en 1922 dans <em>La Révolution conservatrice</em> : le fascisme n’y est qu’un centre de rassemblement des intérêts bourgeois. Ces analyses présentent rapidement des limites car cet aspect « au service de la bourgeoisie » est partiel et surtout évident. Comme toutes les vérités de base, il masque certaines autres dimensions. Le fascisme n’est pas seulement une troupe, mais également un mouvement avec l’appui de certaines classes, moyennes en particulier. Par conséquent, lui reconnaître une certaine autonomie amène d’autres analyses.<br />
Tous les auteurs de l’époque reconnaissent que la base est dans la classe moyenne (petite et moyenne bourgeoisie). Mais ce concept ne recouvre pas la même chose pour tous. Cependant la question est de savoir pourquoi les classes moyennes ont soutenu le fascisme car avant-guerre les orientations politiques de la petite bourgeoisie ne sont pas proto-fascistes. Dans un gros essai intitulé <em>Critique socialiste du fascisme</em> paru en 1922 (mais qui est en fait un recueil d’articles parus en 1922), Giovanni Zibordi (socialiste, membre du courant réformiste de Turatti) distingue trois composantes :<br />
- contre-révolution bourgeoise classique<br />
- mouvement militaire (en particulier par l’appui de la police et de l’armée)<br />
- convulsion des classes moyennes appauvries, mécontentes et qui trouvent une opportunité de reconquérir le terrain perdu. Coincées entre bourgeoisie capitaliste et prolétariat, le mouvement fasciste leur permet de faire vivre leur ranceur et oriente celle-ci contre le prolétariat.<br />
Il conclue à partir de tout cela que c’est un vrai mouvement social.</p>
<p>Cette optique est approfondie par Luigi Salvatorelli. Journaliste libéral et républicain, il édite en 1923 un recueil d’articles écrits dans <em>La Stampa</em> sous le titre <em>National-fascisme</em>. Quoiqu’il ne soit pas de formation marxiste, il rejoint certaines analyses développées par les analystes s’en réclamant puisqu&rsquo;il reconnaît qu&rsquo;il existe deux pôles : bourgeoisie et prolétariat. En particulier, il place au centre de son analyse les classes moyennes et leur traumatisme face à l’après-guerre. Même s’il ne nie pas l’intervention décisive en faveur du fascisme que fut le soutien de la grande bourgeoisie capitaliste, il considère que le rôle de la petite-bourgeoisie fut bien plus important, celle-ci étant divisée selon lui entre petite bourgoisie lettrée et petite bourgeoisie technocratique. La première est démocrate tant que la démocratie et le socialisme correspondent à ses intérêts. Lorsqu’elle s’aperçoit que ces deux formes de régime favorisent d’autres petites bourgeoisies ou le prolétariat, elle bascule dans le camp anti-démocratique. (Après guerre, la force du socialisme lui fait gagner des administrations locales et la bureaucratie provoque une ascension sociale). Le nationalisme devient l’outil de lutte de la petite bourgeoisie car il est la négation des classes et de la lutte de classes. Cette théorie permet à Salvatorelli de résoudre le problème du « fascisme à deux visages » : révolutionnaire et réactionnaire. Un seul fascisme, deux cibles. Cependant l’anticapitalisme n’est pas qu’un pur discours mais un mouvement profond de la classe moyenne. Par contre il est évident pour lui que le succès a été assuré par la complicité de la grande bourgeoisie. Les velléités révolutionnaires sont donc annulées par le fait que ce n’est pas une classe : plutôt un conglomérat en marge du procès capitaliste. Les couches qui se reconnaissent dans le fascisme ne sont pas « modernes » car pour lui les « modernes » n’adoptent pas le fascisme. De fait, Salvatorelli n’imagine pas une victoire générale en Europe car ce serait une ruine de la civilisation capitaliste, le capitalisme s’opposant objectivement au fascisme à la fois dans ses techniques de domination et dans son efficacité. À l’époque, la principale objection contre Salvatorelli fut qu’il théorisait des comportements de couches sociales plus ou moins justement. Ainsi de nombreux analystes considéraient que la deuxième petite bourgeoisie (technique) avait aussi rejoint le fascisme. L’intérêt est certain néanmoins car il affirmait l’autonomie du fascisme comme mouvement et définissait le noyau central du fascisme, c’est-à-dire la rencontre entre les désirs diffus de la petite bourgeoisie et le mythe nationaliste. Le nationalisme exacerbé qui s’exprime au dessus des clivages est donc une constante du fascisme.</p>
<p>- Analyses communistes :<br />
Ces analyses correspondent aux différentes lectures de l’Internationale communiste. Le phénomène y est minoré, en particulier par Bordiga qui lui refuse toute originalité et l’assimile à un simple outil de répression. Par contre, on peut retenir de nombreuses analyses de Gramsci même s’il n’y a pas d’analyses organistes, simplement des analyses ponctuelles, marquées par l’urgence politique. Il est clair que tout ceux qui ont pu proposer des analyses intéressantes au sein du parti communiste ont fini par être exclus. Le meilleur exemple en est Angelo Tasca qui est l’un des fondateurs du PCI et sera exclu par les staliniens. Autre exemple : Silone.</p>
<p>- Analyses socialistes :<br />
Les principales analyses émanent de Turatti (qui meurt à Paris en 1932), c’est-à-dire du courant socialiste réformiste. En exil, il essaie de mobiliser les courants socialistes. Il insiste sur le fait que pour lui, « le fascisme n’est pas purement italien » et fait donc une mise en perspective dans une situation générale : la décomposition capitaliste. C’est cette décomposition et la guerre qui ont implanté la violence dans les sociétés européennes. L’Italie n’est ainsi qu’un laboratoire et toute l’Europe peut être touchée. Autres thèmes développés : selon lui, le fascisme s’est inspiré de la violence bolchévique et Turatti renvoie dos-à-dos les deux systèmes, ce qui est en général le propre des lectures libérales ou dans une autre mesure ultra-gauches (Otto Rühle par exemple).<br />
Pour A.Tasca, la guerre a mis les masses en mouvement et on ne peut donc revenir à une politique de type confidentielle. Ainsi, les mouvements politiques d’après-guerre sont des mouvements de masse, socialistes (au sens large) et catholiques. À l’inverse, les méthodes fascistes sont des méthodes de guerre (commandos, mobilité grâce aux camions) et méthodes modernes techniques (radio).<br />
Le cas Rosseli : jeune socialiste comme Matteoti. En 1926, il est arrêté pour avoir aidé Turatti à fuir. Exilé aux Iles Lippari, il s’en échappe en 1929 à Paris. Il se radicalise car il condamne l’immobilisme socialiste. Il veut préparer l’insurrection qui selon lui abattra le fascisme et il part en Espagne en 1936. « Aujourd’hui en Espagne, demain en Italie !! ». Il organise des groupes de combat au sein des brigades anarchistes. Il est assassiné par La Cagoule en 1937 en France avec son frère Nelo. En 1930, il définit le « socialisme libéral » : il veut renouveler le socialisme et note que les socialistes n’ont vu dans le fascisme qu’un phénomène réactionnaire capitaliste. Pour lui, ce schéma masque beaucoup de choses, en particulier que certains aspects du bolchevisme de 1919 sont contenus dans le fascisme. Donc le fascisme exprime toute une série de faiblesses du peuple italien (la force brute n’est pas tout). Le fascisme n’est ainsi qu’une autobiographie d’une nation qui renonce à la lutte politique, qui a le culte de l’unité et veut le consensus. La lutte contre le fascisme ne peut se comprendre que comme une lutte contre les racines profondes du fascisme, d’où la nécessité d’une éducation morale et politique. Ainsi l’antifascisme ne peut être seulement construit sur une base de classe. Rosseli est également sensible au phénomène européen : lorsqu’Hitler prend le pouvoir, il est sûr que la guerre va éclater en Europe à brève échéance. Seule une insurrection pourrait bloquer le processus.</p>
<p>- Analyses d’Angelo Tasca : <em>Naissance du fascisme</em> (1938)<br />
Ce livre se distingue des autres car il fait œuvre d’historien, même s’il est bien sûr engagé. Il veut comprendre objectivement le phénomène et il s’interroge à la fin : qu’est-ce que le fascisme ? Pour lui, aucune analyse n’est vraiment efficace et ainsi, « le définir, c’est en écrire l’histoire ».<br />
Il est cependant conscient du danger de figer un phénomène qui est perpétuellement en mouvement. Or il insiste sur cette évolution qui produit non un mais des fascismes. Les erreurs des partis ouvriers sont ainsi une partie intégrante de sa définition. Selon les différentes facettes, le fascisme c’est :<br />
• un phénomène d’après-guerre<br />
• un phénomène lié à la crise économique capitaliste des années 1920 (crise pas purement cyclique) qui déstabilise des couches sociales, ce qui rejoint des revendications nationalistes.<br />
• un phénomène de Réaction mais qui n’est pas purement réactionnaire : il se sert des méthodes de masse et transpose la lutte sur le terrain de ses adversaires : le monde ouvrier.<br />
• un phénomène de tactique (la tactique étant supérieure au programme). « Le fascisme n’est qu’action. »<br />
On peut ajouter à cette liste le rôle des anciens combattants qui sont rejetés par le mouvement ouvrier (au même titre qu’en Allemagne, Autriche…)<br />
Tous ces éléments constituent bien sûr des éléments de réflexion, le principal étant selon lui qu’il n’y avait pas de fatalité. Ainsi il impute une responsabilité énorme aux socialistes qui avaient un discours d’extrême-gauche et une incapacité (ou une non-volonté) pratique d’appliquer leur politique. La gauche italienne se trouva donc à un moment devant un choix tragique : participer à un gouvernement capitaliste pour bloquer la montée du fascisme ou plonger le pays dans la guerre civile. En Autriche, la gauche choisira la deuxième solution.<br />
De façon générale, les indications méthodologiques de Tasca restent pertinentes.</p>
<h3>Interprétations autrichiennes</h3>
<p>L&rsquo;Autriche de l&rsquo;après-première guerre mondiale présente une situation unique. Elle est réduite à une taille minuscule avec une économie sinistrée et une énorme fracture entre une capitale social-démocrate et une campagne très conservatrice. La Hongrie n&rsquo;a plus qu&rsquo;une influence réduite à la portion congrue, ce qui laisse l&rsquo;Autriche prise en tenaille entre l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Italie. Ceci a d&rsquo;ailleurs une répercussion immédiate sur les mouvements fascistes puisque le pays compte de fait deux mouvements distincts et antagonistes, se réclamant du fascisme italien pour le premier («Heimwären» c&rsquo;est-à-dire les chemises vertes, l&rsquo;austro-fascisme) et du national-socialisme pour le second.</p>
<p>Durant toute cette période, les sociaux-démocrates sont hégémoniques, le parti communiste ne perçant qu&rsquo;après 1930. Les sociaux-démocrates autrichiens, de par la situation de leur pays, perçoivent très tôt la menace politique représentée par le fascisme italien. Ils reconnaissent ainsi dans ce mouvement une dimension qui va bien au delà de l&rsquo;Italie. Ceci provoque la production d&rsquo;un grand nombre d&rsquo;articles, d&rsquo;analyses mais aussi (et surtout) dès 1924, la mise sur pied de la « Ligue de défense républicaine », structurée de façon para-militaire. Après la prise du pouvoir en Allemagne par les NS, le parti social-démocrate comprend que l&rsquo;Autriche sera sans doute la prochaine cible des mouvements fascistes et tente alors un coup de force qui amène une courte période de guerre civile en 1934. Ce putsch de la structure militaire des sociaux-démocrates échoue et le parti entre alors en clandestinité, 1934-1938 voyant la mise en place d&rsquo;un pouvoir autoritaire sous la houlette des chrétiens-démocrates (qui étaient au pouvoir lors de l&rsquo;insurrection SD).</p>
<p>Durant toute cette période, Otto Bauer est la figure SD qui domine non seulement le parti mais aussi la vie politique autrichienne. Obligé de fuir en Tchécoslovaquie en 1934, il part ensuite en France en 1938 comme la plupart des cadres SD à cette époque. En 1936, il publie <em>Entre deux guerres mondiales ?</em> <em>(La crise de l&rsquo;économie mondiale, de la démocratie et du socialisme)</em> qui est une importante analyse du fascisme. Il remarque qu&rsquo;après la révolution de 1918-1919, il y a eu reflux et contre-révolution dans tous les pays mais avec des formes fascistes en Italie seulement et dans une moindre mesure (jusque dans les années 1930 il s&rsquo;entend) en Allemagne. Pour lui, comme pour beaucoup de socialistes, le nazisme n&rsquo;est qu&rsquo;un fascisme allemand. L&rsquo;antisémitisme n&rsquo;est pas reconnu comme un critère de différenciation d&rsquo;autant plus qu&rsquo;en Autriche c&rsquo;est un sentiment très fort.<br />
Pour lui, il y a trois phénomènes sociaux :<br />
• la guerre a arraché à leur vie antérieure et déclassé beacoup d&rsquo;hommes, plaçant ces derniers dans l&rsquo;incapacité de reprendre leur place. La structure sociale est donc ébranlée et les officiers sont un exemple flagrant de cette situation.<br />
• le boulversement économique de l&rsquo;après-guerre a provoqué un appauvrissement important : beaucoup d e paysans ont considéré que la démocratie en était responsable et non les lois du capitalisme.<br />
• la bourgeoisie a lancé une contre-offensive dans l&rsquo;optique de briser la résistance ouvrière et pour ce faire a décidé de sortir du système libéral.<br />
Les officiers ont joué un rôle central dans ce processus et l&rsquo;initiative a été relayée par l&rsquo;intelligentsia séduite par le nationalisme.<br />
En Italie, le fascisme est arrivé dans une période de reflux et selon lui n&rsquo;a pas mené une lutte contre la révolution mais contre le réformisme dans une perspective économique (cette idée est également émise par Tasca et Silone). Par conséquent, derrière le fascisme, il y a surtout des raisons économiques : pour contenir la crise, il faut exploiter plus. Or le réformisme barre la route à cette exploitation accrue, la seule solution est alors de sortir de la démocratie.<br />
Il y a donc rencontre entre un mouvement qui commence à trouver une base sociale et est orienté contre la base ouvrière et des secteurs de la bourgeoisie décidés à briser le mouvement ouvrier. Pour Otto Bauer, le blocage politique né de la guerre vient de la contradiction entre le maintien du pouvoir économique de la bourgeoisie et la réduction du pouvoir politique de celle-ci. Ainsi deux classes s&rsquo;affrontent sans pouvoir l&rsquo;emporter. Cela n&rsquo;est pas sans rappeler l&rsquo;arrivée au pouvoir de Napoléon III en 1851-1852. Mais si la bourgeoisie entend se servir du fascisme, elle entend également garder le pouvoir pour elle. La force du mouvement fasciste est justement de rendre caduque cette volonté d&rsquo;instrumentalisation. La bourgeoisie est donc partagée entre la nécessité de le remettre à sa place (avec le risque de provoquer une réaction des ouvriers) et le choix de donner le pouvoir au fascisme en espérant ne pas trop mal s&rsquo;en tirer en gardant le pouvoir économique. Pour O.Bauer, ce dernier reste bien sûr le pouvoir déterminant, le pouvoir politique étant toujours considéré comme une superstructure. Or le fascisme n&rsquo;a pas touché au pouvoir économique… Cela diffère donc totalement de certaines analyses ultérieures qui considèrent que le politique conquiert une autonomie par rapport à l&rsquo;économie et finit même par soumettre cette dernière.<br />
De toutes ces considérations, Otto Bauer tire certaines conclusions pour l&rsquo;antifascisme : la lutte antifasciste ne peut se passer de la classe ouvrière et doit, non pas viser au rétablissement de la démocratie, mais vouloir un régime socialiste (éventuellement en passant par une phase de dictature pour « éduquer »).<br />
Otto Bauer a finalement été l&rsquo;une des figures les plus lucides du courant social-démocrate européen (c&rsquo;est-à-dire germanique) qui lui-même fut remarquable par son analyse du caractère impérativement international de la lutte antifasciste. Cette conception explique la tentative de mettre sur pied une structure internationale de défense antifasciste. En Allemagne, cette structure se nomme « Ligue de défense républicaine » et fut construite sur le modèle autrichien.</p>
<h3>Analyses du National-Socialisme</h3>
<p>La question a longtemps été (et continue d&rsquo;ailleurs d&rsquo;être) : le national-socialisme (NS) est-il une variante nationale allemande du fascisme ? Autour de cette analyse, il y a eu trois interprétations possibles :<br />
- le NS est un fascisme<br />
- le NS n&rsquo;est pas un fascisme mais un totalitarisme (sous-entendu, il est comparable au stalinisme)<br />
- le NS est une spécificité allemande<br />
Il y a enfin d&rsquo;autres tentatives d&rsquo;explication qui n&rsquo;entrent pas dans une école, telles celles de Wilhelm Reich ou d&rsquo;Erich Frohm.</p>
<p>- « Le national-socialisme est un fascisme » : cette analyse regroupe communistes et sociaux-démocrates (Otto Bauer). L&rsquo;appellation NS est lontemps refusée, tout comme la comparaison avec le stalinisme. Historiquement, ces analyses sont les premières à essayer de proposer une explication globale du phénomène. Pour les communistes, le fascisme est le stade final et nécessaire de la domination bourgeoise. Ainsi le fascisme est l&rsquo;arme que la bourgeoisie utilise pour se défendre et le rapport fascisme-capitalisme est donc plus qu&rsquo;étroit même s&rsquo;il est instrumental. La clé de voûte de ce type d&rsquo;explication est donc l&rsquo;économie. Le fascisme est ainsi le pendant politique de l&rsquo;impérialisme. Tout ceci est parfaitement résumé par la sentence de Dimitrov : « <em>Le fascisme est la dictature du versant le plus réactionnaire de la bourgeoisie capitaliste</em> ».<br />
Les sociaux-démocrates pour leur part réfutèrent très tôt cet aspect inéluctable. Après guerre, d&rsquo;autres analyses marxistes apparurent, en particulier celle de Poulantzas qui suivait un modèle gramscien en insistant sur l&rsquo;aspect politique du phénomène (notion d&rsquo;hégémonie culturelle). La gauche conseilliste (Otto Rühle) et le courant bordiguiste (revue <em>Bilan</em>) proposèrent également des analyses mais qui toutes restaient dans la grille de lecture politique définie par le Komintern. Seul Otto Rühle occupe une place un peu à part, comme nous le verrons par la suite.<br />
Or, après-guerre, le courant marxiste se fit doubler sur sa droite dans cette explication par Ernst Nolte. Politologue et non historien de formation, il publie en 1963 : <em> <em>Le fascisme dans son époque</em> </em> qui a immédiatement une influence importante dans les débats historiographiques. Pour lui, le NS peut être expliqué que par la notion d&rsquo;« imitation » (de l&rsquo;U.R.S.S. en l&rsquo;occurrence), la guerre de 1939 n&rsquo;étant ainsi qu&rsquo;une guerre préventive. Son livre a un gros succès de librairie, à une époque où la notion de fascisme se dilate et où l&rsquo;influence des historiens est-allemands est prédominante. Nolte réfute les explications sociaux-économiques et s&rsquo;intéresse surtout aux doctrines. Il insiste en particulier sur le caractère européen du fascisme qu&rsquo;il analyse comme un mouvement anti-tradition et anti-moderne. Ainsi le fascisme est un mouvement tourné contre le communisme et contre la société bourgeoise dans ses aspects réactionnaires. Autre historien de la même époque : Eugen Weber. Ce dernier s&rsquo;est intéressé aux différentes variétés du fascisme. Il estime que c&rsquo;est un mouvement de type révolutionnaire, qui n&rsquo;est pas tourné vers le passé… Une sorte de « jacobinisme du XXe siècle » en somme. Le fascisme prendrait ainsi toute sa place dans la modernisation (c&rsquo;est-à-dire la fin de la société traditionnelle) qui associe révolution politique (depuis 1789) et révolution économique (depuis 1850 surtout). Ce concept a été beaucoup utilisé aux USA. Le fascisme serait de fait un type de régime propre aux sociétés agraires se modernisant rapidement. Le problème de cette analyse est qu&rsquo;elle est vague et surtout qu&rsquo;elle échoue dans le cas de l&rsquo;Allemagne (ce qui est pour le moins gênant). La difficulté est contournée par ses partisans en expliquant que certes le projet social du nazisme est un projet de type archaïque, de retour à un stade social pré-industriel mais qu&rsquo;en préparant et déclenchant la guerre, le régime a procédé à une modernisation involontaire et forcée de l&rsquo;Allemagne (idem pour le régime de Vichy). Ces régimes sont donc des tentatives de bloquer l&rsquo;évolution historique mais qui ont en même temps ouvert la voie à une modernité accrue. Dernier tenant : Lipset, sociologue US. Pour lui, le fascisme est un extrémisme du centre c&rsquo;est-à-dire une radicalisation des classes moyennes inférieures confrontées à la crise économique et coincées entre Capital et classes ouvrières.<br />
On le voit, aucune analyse n&rsquo;est à elle-seule pertinente…</p>
<p>- « Le national-socialisme est un totalitarisme et non un fascisme » : Le NS est considéré dans cette analyse comme un phénomène nouveau. Le concept n’est pas issu de la Guerre froide mais vient des années 1920. La première utilisation date de 1923 par les libéraux adversaires de Mussolini et ce dernier s’en empare en 1925. C’est alors dans la perspective État total = État et société qui fusionnent. Le concept est repris en Allemagne par Ernst Jünger et Carl Schmitt. Ce dernier oppose le modèle libéral (dichotomie société-État) au modèle souhaitable d’État total. Le NS utilise peu ce concept, par contre dans les années 1930 les sociaux-démocrates (Franz Neumann par exemple) l’utilisent pour comprendre ce qui est nouveau et spécifique dans le fascisme et le NS. Cela leur permet d’insister sur le primat du politique dans ces régimes. Dans les pays anglo-saxons, on commence à cette époque à travailler sur le parallèle entre NS et stalinisme dans une perspective libérale. Ce n’est bien sûr pas celle d’Otto Rühle lorsqu’il lance l’idée à la fin des années 1920 que « la lutte contre le fascisme doit commencer par une lutte contre le bolchévisme ». Il s’agissait pour lui de faire comprendre le caractère contre-révolutionnaire des deux mouvements et le fait que la domestication de la classe ouvrière par le parti communiste d’Allemagne soumis à Moscou (à ne pas confondre avec le K.A.P.D. conseilliste et excommunié par Lénine pour dérive ultra-gauche) avait ouvert la voie au NS. La perspective libérale sera développée après guerre par H.Arendt et Carl Friedrich. La grande faiblesse d’H.Arendt est de n’avoir pas développé réellement le contenu du concept et de n’avoir pas établi de modèle général. C’est particulièrement net en ce qui concerne le stalinisme. Carl Friedrich pour sa part s’est attaché aux traits communs : parti unique, propagande, contrôle policier, gestion centralisée de l’économie… c’est-à-dire la construction d’un idéal-type. Son succès est bien sûr lié au contexte de guerre froide. C’est finalement un concept purement statique et descriptif qui ignore certaines questions, comme par exemple de comprendre si on se trouve en Allemagne face à une révolution ou une contre-révolution. Or en Allemagne c’est sans doute une vraie révolution car le régime a bouleversé sans le vouloir les structures de la société. Le NS est ainsi un mouvement ambigüe, de révolte et de réaction, de tentative de retour en arrière et de blocage du processus capitaliste. Pour réaliser ces objectifs anti-modernistes, le régime a du pousser au maximum la structure industrielle pour préparer la guerre. De la même façon, la défaite a supprimé ses piliers : les jünkers par exemple. Le régime a creusé sa propre tombe.</p>
<p>- « Le national-socialisme est une spécificité allemande » : cette analyse s’appuie sur les travaux de David Schoenbaum (<em>La société allemande sous le IIIe Reich</em>), T. Mason (<em>Étude sur la résistance ouvrière</em>), H.Turner (<em>Le Grand Capital et la montée d’Adolf Hitler</em>) et Jünger Kauka (<em>Histoire sociale du National-Socialisme</em>). Ce dernier s’est interrogé pour savoir dans quelle mesure la crise économique a joué. Il est certain que cela a été un facteur favorable car cela a créé les conditions nécessaires pour qu’un mouvement protestataire devienne un parti de masse. En même temps, l’Allemagne est le seul pays développé économiquement à avoir connu un tel phénomène avec cette force. Il est donc évident que cela pose problème : pourquoi pas les U.S.A. ? Pourquoi Hitler en Allemagne et Roosevelt aux USA ? Le rapport avec le Grand Capital a existé mais son financement a été limité (il faut dire qu’il y a une astuce : le Grand Capital a financé tout le monde sauf le KPD !). L’aide du patronat est surtout venue du refus de ce dernier de reconnaître la République de Weimar. Le patronat a bénéficié du régime mais le NS ne peut être considéré seulement comme un instrument. Une série de décisions allèrent d’ailleurs contre les intérêts patronaux et industriels. C’est le cas de l’extermination planifiée qui du point de vue capitaliste était une aberration.<br />
Autre domaine d’étude : l’inflation. La crise en Allemagne ne s’est pas développée après une phase d’expansion comme en France. L’explication est donc aussi à chercher dans l’ère Bismarck avec la survivance de structures précapitalistes (la bureaucratie en premier lieu). Alors qu’aux USA il n’y a pas eu de révolte des classes moyennes, l’Allemagne a été caractérisée par des différences énormes entre ouvriers et employés. La fierté de ces derniers de ne pas être ouvriers était un sentiment très fort et la prolétarisation leur a été insupportable. Le NS a offert à ces classes moyennes la possibilité d’une révolte sociale contre l’évolution de la société sans être assimilées au prolétariat (alors même que le parti NS était un parti inter-classiste). La structure para-féodale héritée de l’ère Bismarck a finalement été un atout décisif pour le NS.<br />
Cette thèse est bien sûr très séduisante puisqu’elle montre que la crise en elle-même n’explique pas tout et surtout elle rappelle le rôle des élites conservatrices dont l’accord a été déterminant dans l’accession au pouvoir. Cette explication est en outre compatible avec les deux autres thèses.</p>
<h3>Conclusion limitée</h3>
<p>Il est clair que le phénomène est complexe et qu’aucune analyse ne convient parfaitement. C’est bien sûr un aspect qui peut gêner les amateurs de prêt-à-penser. Ce n’est pas notre cas il nous semble. Par contre, il est non moins vrai que l’utilisation de ces analyses historiques pour comprendre le phénomène FN s’avère difficile et cela montre la distance qui sépare ce parti et les résurgences modernes de fascisme des modèles d’avant-guerre. Toutes ces réserves mises à part, l’Histoire étant l’un des principaux enjeux de la lutte politique, autant bien connaître celle de l’antifascisme.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/les-interpretations-du-fascisme-dans-lentre-deux-guerres/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;extrême droite en Autriche</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 08 Dec 2006 09:41:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Freiheitliche Partei Österreich (FPÖ)]]></category>
		<category><![CDATA[Jörg Haider]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[La réapparition de l&#8217;extrême droite en Autriche ces dernières années a largement été due à la montée de l&#8217;aile droite du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ1) et de son leader Jörg Haider. Adolf Hitler est né en Autriche en 1889 où il a vécu jusqu&#8217;en 1913, date à laquelle il quitta son pays pour éviter le [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La réapparition de l&rsquo;extrême droite en Autriche ces dernières années a largement été due à la montée de l&rsquo;aile droite du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_0_271" id="identifier_0_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Parti lib&eacute;ral autrichien.">1</a></sup>) et de son leader Jörg Haider.</strong></p>
<p>Adolf Hitler est né en Autriche en 1889 où il a vécu jusqu&rsquo;en 1913, date à laquelle il quitta son pays pour éviter le service militaire. En 1932, il fut naturalisé allemand, après avoir renoncé à sa nationalité autrichienne en 1925. Le 12 mars 1938, ses troupes occupaient son ancienne patrie et l&rsquo;intégraient au grand Reich allemand, c&rsquo;était l&rsquo;Anschluß. Après l&rsquo;expérience de l&rsquo;occupation nazie (1938-1945), l&rsquo;Autriche cessa effectivement d&rsquo;exister du fait de l&rsquo;Anschluß ; comment est-il possible qu&rsquo;une nouvelle extrême droite ait pu réapparaître dès l&rsquo;après-guerre ?</p>
<p><strong>La réapparition de l&rsquo;extrême droite<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_1_271" id="identifier_1_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La partie historique de cet article se fonde principalement sur les ouvrages suivants : B. Bailer-Galanda/ Wilhem Lasek/ Wolfgang Neugebauer, Politischer Extremismus (Rechtsextremismus) in Dachs et al. (&eacute;dit&eacute; par) Handbuch des politischen Systems &Ouml;sterreichs, Vienne (Manzsche Verlagsbuchhandlung) 1991, pages 286-295 ; B. Bailer-Galanda, Alte und Neue Rechte, Vienne (Zukunft Verlag) 1992 ; Dokumentationsarchiv des &ouml;sterreichischen Widerstand (&eacute;d.), Rechtsextremismus in &Ouml;sterreich, Vienne 1980.">2</a></sup></strong></p>
<p>Le 8 mai 1945, immédiatement après la fin de la Seconde guerre mondiale, le NSDAP, le parti nazi, qui avait compté presque 700.000 membres en Autriche, fut interdit d&rsquo;après la loi constitutionnelle de la nouvelle République autrichienne. Malgré cette constitution antifasciste, des groupes fascistes réapparurent en Autriche peu de temps après la guerre.</p>
<p>Comme en Allemagne, d&rsquo;imposants efforts de dénazification furent entrepris en Autriche par les Alliés après la guerre, mais ils rencontrèrent les mêmes difficultés : trop de gens avaient soutenu le parti nazi, et on avait besoin de beaucoup d&rsquo;entre eux pour reconstruire l&rsquo;administration publique. Ainsi, en Autriche, il n&rsquo;y a pas eu de véritable dénazification<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_2_271" id="identifier_2_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="B. Bailer-Galanda et al., op. cit. p. 287.">3</a></sup>.</p>
<p>Cela a favorisé la réapparition de groupes aux traditions guerrières et fascistes peu de temps après 1945. Tout d&rsquo;abord, des groupes illégaux se sont formés, par exemple le groupe des &laquo;&nbsp;Werwolf&nbsp;&raquo; à Graz, qui fut interdit en 1948. Un rassemblement légal de membres de l&rsquo;ex-NSDAP se présenta aux élections de 1949, sous le nom de Verband der Unabhängigen<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_3_271" id="identifier_3_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Association des ind&eacute;pendants.">4</a></sup>.</p>
<p>Après 1955, lorsque les Alliés furent partis d&rsquo;Autriche, des groupes néo-nazis furent légalisés de facto. Ainsi, les groupes illégaux créés après 1945 disparaissaient, et de nouveaux groupes d&rsquo;extrême droite commencèrent à opérer en public.</p>
<p>Leur première grande action visible du public fut la commémoration du 200ème anniversaire de la naissance de Friedrich Schiller en 1959, à laquelle une jeunesse et des groupes culturels et sportifs nationalistes participèrent largement.</p>
<p>Pendant les années qui suivirent, l&rsquo;extrême droite autrichienne, fondée principalement sur des cercles étudiants, connut sa première période forte depuis 1945. Au début des années 1960, il y eut quelques actes terroristes d&rsquo;extrême droite concernant le Sud-Tyrol, cette région appartenant à l&rsquo;Italie et où l&rsquo;on trouve une majorité de germanophones. Le Ring Freiheitlicher Studenten<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_4_271" id="identifier_4_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cercle des &eacute;tudiants lib&eacute;raux.">5</a></sup> était un groupe important à cette époque, il avait remporté 28% des voix aux élections étudiantes de 1965.</p>
<p>Tout au long des années 1950 et 1960, ce sont les groupes basés sur la nostalgie et la tradition du Troisième Reich qui ont prédominé. Il y avait différents types de groupes et d&rsquo;organisations. Les groupes les plus extrémistes étaient ouvertement basés sur la commémoration des traditions nazies, comme par exemple l&rsquo;association des anciens membres de la Waffen SS<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_5_271" id="identifier_5_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Organisation paramilitaire du Troisi&egrave;me Reich.">6</a></sup> appelée Kameradschaft IV<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_6_271" id="identifier_6_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Camaraderie.">7</a></sup> et le Wohlfahrtsvereinigung der Glasenbacher<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_7_271" id="identifier_7_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Association pour le bien-&ecirc;tre des Glasenbacher.">8</a></sup>, un groupe d&rsquo;anciens prisonniers des camps d&rsquo;internement américains pour ex-nazis situé à Glasenbach.</p>
<p>Les Burschenschaften<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_8_271" id="identifier_8_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Associations &eacute;tudiantes r&eacute;serv&eacute;es aux gar&ccedil;ons, bas&eacute;es sur la vie de groupe ; la plupart d&rsquo;entre elles sont conservatrices, voire ancr&eacute;es &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me droite.">9</a></sup> étudiantes et un courant d&rsquo;extrême droite important dans le Österreichischer Turnerbund, l&rsquo;association des gymnastes autrichiens, formaient la troisième tendance, plutôt modérée, de l&rsquo;extrême droite traditionnelle autrichienne.</p>
<p>Aucun de ces groupes ne développa jamais une idéologie typiquement autrichienne, comme celle qui avait existé au début du XXème siècle. En effet, ils se fondaient tous sur l&rsquo;idée d&rsquo;un nationalisme allemand intégrant l&rsquo;Autriche.</p>
<p>Le mensuel <em>Aula</em> joue un rôle important dans l&rsquo;intégration des différentes fractions d&rsquo;extrême droite en Autriche. Il est également proche du FPÖ.</p>
<p><strong>Les groupes nazis violents</strong></p>
<p>Depuis les années 1960, il existait plusieurs groupes d&rsquo;extrême droite et de néo-nazis violents en Autriche. Le premier d&rsquo;entre eux fut créé dans la tradition des Hitler-Jugend<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_9_271" id="identifier_9_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jeunesses hitl&eacute;riennes, la section de jeunesse du NSDAP.">10</a></sup> par des membres du Ring Freiheitlicher Studenten. Après le terrorisme d&rsquo;extrême droite concernant la question du Sud-Tyrol, une nouvelle vague de violences commença en 1965, où des centaines d&rsquo;étudiants soutinrent un professeur antisémite de la faculté de commerce international.</p>
<p>Au même moment, l&rsquo;antifasciste Ernst Kirchweger était tué par un néo-nazi.</p>
<p>Ce fut aussi l&rsquo;époque de la création du Nationaldemokratische Partei (NDP)<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_10_271" id="identifier_10_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Parti national-d&eacute;mocrate.">11</a></sup> par Norbert Burger et d&rsquo;autres membres de l&rsquo;aile droite du Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ), dominé aujourd&rsquo;hui par la tendance d&rsquo;extrême droite et par Jörg Haider.</p>
<p>Le NDP, interdit en 1988, a été l&rsquo;organisation d&rsquo;extrême droite la plus importante en Autriche pendant longtemps. Contrairement au NPD allemand<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_11_271" id="identifier_11_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Parti national-d&eacute;mocrate allemand.">12</a></sup> créé en 1964 qui eut quelques succès électoraux pendant la crise économique du milieu des années 1960, le NDP autrichien n&rsquo;a jamais réussi à acquérir une quelconque importance électorale.</p>
<p>Depuis les années 1970, l&rsquo;Aktion Neue Rechte<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_12_271" id="identifier_12_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nouvelle Action de Droite.">13</a></sup>, appelée le Partei für Recht und Ordnung<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_13_271" id="identifier_13_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Parti de la loi et de l&rsquo;ordre.">14</a></sup> après 1988, et la Ausländer-Halt-Bewegung<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_14_271" id="identifier_14_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le mouvement &laquo;&nbsp;stop aux &eacute;trangers&nbsp;&raquo;. Il op&egrave;re aussi sous d&rsquo;autres noms, comme Volksbewegung (le mouvement du peuple) et Nationale Front.">15</a></sup> sont d&rsquo;autres groupes néo-nazis importants. Quoi qu&rsquo;il en soit, leur influence a diminué pendant les années 1970. Aucun de ces groupes n&rsquo;a obtenu un nombre significatif de voix aux élections. Les 140.000 voix (3,2%) obtenues par Norbert Burger aux élections présidentielles de 1980 constituèrent une exception due à la constellation spéciale des autres candidats. Également symptomatiques de cela furent les résultats décroissants du mouvement d&rsquo;extrême droite Ring Freiheitlicher Studenten. Ils chutèrent de 28% aux élections étudiantes de 1966 à 7% en 1979 et 2% en 1987<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_15_271" id="identifier_15_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Handbuch des politischen Systems &Ouml;sterreichs, op. cit., p. 288.">16</a></sup>.</p>
<p>En tout, le centre de documentation de la résistance anti-nazie autrichien comptait 48 organisations et groupes d&rsquo;extrême droite en 1980<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_16_271" id="identifier_16_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dokumentationsarchiv, op. cit., pp. 132-172.">17</a></sup>, la plupart d&rsquo;entre eux étant des petits groupes avec des activités culturelles traditionnelles.</p>
<p>Après 1981, le magazine <em>Halt</em> devint le centre d&rsquo;intégration des activités néo-nazies. Il est proche des groupes qui gravitent autour de la Ausländer-Halt-Bewegung/Nationale Front. Ils ne produisent pas seulement des outils de propagande, mais organisent aussi des entraînements paramilitaires, particulièrement en Basse-Autriche, près de la ville de Krems. Un sous-groupe de cette tendance, appelé Volkstreue Außerparlamentarische Opposition<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_17_271" id="identifier_17_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;opposition extra-parlementaire fid&egrave;le au peuple.">18</a></sup> provoqua quelque intérêt à propos de ses activités à l&rsquo;étranger. Au début de 1992, quelques-uns de ses leaders furent arrêtés.</p>
<p>Un autre cercle régional néo-nazi fut organisé autour du magazine <em>Sieg<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_18_271" id="identifier_18_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Victoire.">19</a></sup> pendant les années 1980. En réaction à l&rsquo;accroissement des activités néo-nazies, les partis de la majorité gouvernementale décidèrent en 1992 de faire passer une nouvelle loi anti-nazie. Désormais, nier l&rsquo;holocauste est un délit. En réaction à cela, quelques néo-nazis ont transféré la production de leur propagande à Barcelone, en Espagne.</p>
<p><strong>Waldheim, un président avec une sombre histoire</strong></p>
<p>Kurt Waldheim, ancien secrétaire général des Nations-unies (1972-1982) et président de la République autrichienne de 1986 à 1992, est un homme politique conservateur et non d&rsquo;extrême droite. Mais son activité d&rsquo;officier de renseignement dans l&rsquo;armée d&rsquo;Hitler en Yougoslavie et en Grèce déclencha une discussion importante à l&rsquo;intérieur du pays et à l&rsquo;étranger, par rapport à la persistance des traditions nazies dans la société autrichienne.</p>
<p>Waldheim a fait partie de la SA (Sturmabteilung) et a également appartenu à l&rsquo;organisation nazie des étudiants. L&rsquo;enquête menée par le Congrès juif mondial et par d&rsquo;autres a prouvé qu&rsquo;il avait dû être au courant des atrocités commises par les nazis dans les régions où il avait travaillé pour eux.</p>
<p>En dépit de ces faits rendus publics, Waldheim fut élu président et représenta l&rsquo;Autriche dans tous les pays qui acceptèrent son élection<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_19_271" id="identifier_19_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;Angleterre et les &Eacute;tats-Unis furent deux pouvoirs occidentaux notables qui refus&egrave;rent de reconna&icirc;tre la pr&eacute;sidence de Waldheim.">20</a></sup>.</p>
<p><strong>La montée du FPÖ</strong></p>
<p>La modernisation de l&rsquo;extrême droite, commencée avec la création du Front national en France eut un impact important en Autriche.</p>
<p>En 1986, l&rsquo;aile d&rsquo;extrême droite du Freiheitliche Partei Österreichs avec son leader Jörg Haider devint majoritaire au sein du parti. Pendant ces quelques dernières années, Haider et ses amis ont changé la vie politique en Autriche et ont collecté des voix pour leur programme d&rsquo;extrême droite d&rsquo;une façon assez inattendue. Comme le Front national de Le Pen en France et les Republikaner de Schönhuber en Allemagne, Haider s&rsquo;est servi de l&rsquo;insécurité économique et de la crise subie par le système traditionnel des partis pour installer une force politique populiste d&rsquo;extrême droite, mais en même temps, le FPÖ se différencie assez nettement des partis populistes d&rsquo;extrême droite des autres pays.</p>
<p>Le FPÖ existait déjà depuis longtemps, avant que Haider ne commence sa carrière politique. Créé en 1955-56, il a toujours rassemblé différentes sensibilités &#8211; anciens nazis et néo-nazis, nationalistes germaniques mais aussi des libéraux. C&rsquo;était le successeur du Verband der Unabhängigen (Association des indépendants) qui avait représenté les tendances d&rsquo;extrême droite aux élections de 1949. Ainsi, les tendances conservatrices et d&rsquo;extrême droite ont toujours dominé, tandis que l&rsquo;aile libérale stagnait ; jusqu&rsquo;au terme &laquo;&nbsp;libéral&nbsp;&raquo;, qui n&rsquo;apparut jamais dans les programmes du parti jusqu&rsquo;aux années 1970<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_20_271" id="identifier_20_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dokumentationsarchiv, op. cit., pp. 371-383.">21</a></sup>.</p>
<p>Treize des anciens organisateurs du Ring Freiheitlicher Studenten (Cercle des étudiants libéraux), parmi lesquels les plus connus sont Friedhelm Frischenschlager et Norbert Steger, tentèrent d&rsquo;influencer le FPÖ pour qu&rsquo;il adopte une position plus libérale avec leur &laquo;&nbsp;Manifeste libéral&nbsp;&raquo; en 1971. Cette position domina la branche viennoise du parti pendant les années 1970. Au niveau national, le parti connut sa première période libérale à l&rsquo;époque où Friedrich Peter fut son président. Peter était un ancien membre de la SS, mais il avait changé depuis la fin de la guerre. L&rsquo;élection d&rsquo;Alexander Götz, maire de Graz, à la tête du parti, constitua le premier retour à une dominance de l&rsquo;aile droite. Götz avait été un leader des Jeunesses hitlériennes dans la région du Steiermark. Contrairement à Peter, il n&rsquo;avait pas complètement abandonné ses idées d&rsquo;extrême droite à la fin de la guerre.</p>
<p>La deuxième période libérale du FPÖ se situe entre 1980 et 1986, lorsque Norbert Steger en fut le président. En 1983, malgré l&rsquo;adhésion de l&rsquo;extrême droite, le parti forma une coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates autrichiens (SPÖ). Steger fut vice-chancelier.</p>
<p>À cause de son aile libérale, le FPÖ était membre de &laquo;&nbsp;l&rsquo;Internationale libérale&nbsp;&raquo;. Il y travaillait avec des partis aussi différents que, par exemple, les libéraux allemands (FDP), qui avaient participé à une coalition avec les chrétiens-démocrates dans les années 1950 et depuis les années 1980, et le mouvement français des radicaux de gauche (MRG), allié du gouvernement socialiste de Mitterrand des années 1980. Le fait qu&rsquo;il y ait eu tout ce temps une importante tendance d&rsquo;extrême droite au sein du FPÖ était bien connu au niveau international. Mais les partis libéraux des autres pays européens hésitèrent longtemps avant de prendre leurs distances d&rsquo;avec le FPÖ. Les libéraux conservateurs hollandais (VVD) furent les seuls à s&rsquo;opposer strictement à l&rsquo;adhésion du FPÖ à l&rsquo;Internationale libérale.</p>
<p>Le deuxième, et cette fois-ci plus important, revirement du FPÖ d&rsquo;une majorité libérale à une majorité national-populiste eut lieu en 1986, lorsque Jörg Haider s&rsquo;imposa en tant que leader. Ce changement de pouvoir au sein du FPÖ fut idéologiquement et stratégiquement préparé par le Lorenzer Kreis (cercle de Saint Laurent), ainsi nommé à cause du village de Sankt Lorenzen où un groupe de membres de l&rsquo;aile droite du FPÖ, autour de Raimund Wimmer, s&rsquo;était retrouvé pour préparer le congrès du parti de 1986. Dans leur <em>Lorenzer Erklärung<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_21_271" id="identifier_21_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La d&eacute;claration de Saint-Laurent.">22</a></sup>, ils définissent également la base idéologique de la nouvelle et ancienne majorité interne du FPÖ. Ils rejettent tous les concepts idéologiques existants, des idées de la Révolution française en passant par le marxisme jusqu&rsquo;au libéralisme, mais également le fascisme. En même temps, ils construisent leur propre idéologie, basée sur des termes et des valeurs typiques de l&rsquo;extrême droite, comme &laquo;&nbsp;Volk, Heimat, Wahrheit, Freiheit, Ehre, Treue, Gemeinschaft, Gerechtigkeit, Sitte und Brauch&nbsp;&raquo;<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_22_271" id="identifier_22_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le peuple, la patrie, la v&eacute;rit&eacute;, l&rsquo;honneur, la fid&eacute;lit&eacute;, la communaut&eacute;, la justice et les traditions.">23</a></sup>. La déclaration de Saint-Laurent développe une interprétation de la démocratie très anti-média et anti-opinion publique, limitée d&rsquo;une façon très conservatrice en excluant l&rsquo;école, l&rsquo;éducation et l&rsquo;armée d&rsquo;une structure démocratique interne. En fait, la déclaration en faveur de la démocratie demeure très formelle et manque de crédibilité. Elle est basée sur l&rsquo;idée de l&rsquo;intégration du peuple autrichien à &laquo;&nbsp;l&rsquo;espace culturel allemand&nbsp;&raquo;. Cette idée structure également les cibles de la politique culturelle et éducative. Comme d&rsquo;autres programmes d&rsquo;extrême droite, elle prend position pour la loi et l&rsquo;ordre, pour la limitation de l&rsquo;immigration et du droit d&rsquo;asile. En ce qui concerne la politique extérieure, les auteurs de la déclaration exigent la neutralité de l&rsquo;Autriche, orientée vers l&rsquo;Europe et l&rsquo;espace culturel allemand<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_23_271" id="identifier_23_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 27-33.">24</a></sup>.</p>
<p><strong>La réussite de Haider</strong></p>
<p>En 1986, au congrès du parti à Innsbrück, la prise de pouvoir de Haider au sein du FPÖ a marqué le début de changements importants dans le paysage politique autrichien. Le FPÖ remporta bientôt ses premiers succès électoraux. L&rsquo;élection de Kurt Waldheim au poste de président de la République autrichienne en juin 1986 avait déjà provoqué une première crise au sein de la coalition gouvernementale SPÖ-FPÖ. Le chancelier SPÖ Fred Sinowatz démissionna. Les sociaux-démocrates refusèrent de continuer la coalition avec le FPÖ de Haider, dominé par l&rsquo;extrême droite. Ainsi, des élections législatives devinrent nécessaires. Le FPÖ doubla son score en novembre 1986 (9,7% des voix, c&rsquo;est-à-dire 472.180 voix).</p>
<p>Aux élections régionales suivantes, le FPÖ confirma ses succès électoraux en remportant 29% des voix dans le Kärnten, région limitrophe de l&rsquo;ex-Yougoslavie. Après ce succès électoral, le plus grand remporté à ce jour par le FPÖ, Haider fut élu comme gouverneur régional du Kärnten avec le soutien du Parti conservateur<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_24_271" id="identifier_24_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Ouml;sterreichische Volkspartei, c&rsquo;est-&agrave;-dire le parti du peuple autrichien">25</a></sup>.</p>
<p>En 1991, il fut destitué après avoir dit en public lors d&rsquo;une session d&rsquo;un parlement régional, que le Troisième Reich avait connu une politique intéressante de plein emploi.</p>
<p>Au niveau fédéral, le FPÖ remporta 16,64% des voix (c&rsquo;est-à-dire 782.610 voix) aux élections législatives d&rsquo;octobre 1990. En novembre 1991, il eut 23,7% des voix aux élections locales de Vienne grâce à une campagne anti-immigrés.</p>
<p>Les voix remportées par Heide Schmidt, une candidate de l&rsquo;aile libérale du FPÖ, aux élections présidentielles de 1992 ont confirmé le score obtenu en 1990 aux élections législatives. Kurt Waldheim avait décidé de ne pas se représenter pour le parti conservateur à cause des débats qu&rsquo;il y avait eu à propos de son passé.</p>
<p><strong>Qui soutient le FPÖ ?</strong></p>
<p>Comparé aux partis d&rsquo;extrême droite des autres pays d&rsquo;Europe, le potentiel électoral du FPÖ est plutôt large. Qui vote pour ce parti ?</p>
<p>Haider a été capable de convaincre une large partie du public aux dernières élections grâce à sa capacité à changer d&rsquo;apparence et grâce à sa façon d&rsquo;adapter son discours à chaque sorte de public. Avec une espèce d&rsquo;identité &laquo;&nbsp;patchwork&nbsp;&raquo;, il a réussi dans des franges de la population que Le Pen ou Schönhuber auraient été incapables de convaincre<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_25_271" id="identifier_25_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cela est montr&eacute; dans un livre tr&egrave;s int&eacute;ressant de Harald Goldmann, Hannes Krahl et Klaus Ottomeyer : J&ouml;rg Haider und sein Publikum, Klagenfurt/Celovec (Drava), 1992.">26</a></sup>. Il a aussi profité du fait que le FPÖ a conservé une partie de son identité libérale (voir sa période de participation à la coalition gouvernementale au début des années 1980).</p>
<p>Représentatif de la jeune génération d&rsquo;après-guerre, avec ses vêtements modernes et son style un peu playboy, Haider convainc les jeunes. Un quart des votes FPÖ provient d&rsquo;une population âgée de 20 à 29 ans. Les ouvriers qualifiés forment également un quart de son électorat et même plus aux élections de Vienne en 1991. Il y a légèrement plus d&rsquo;hommes que de femmes qui votent pour le FPÖ (56% contre 44%)<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_26_271" id="identifier_26_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Eacute;tude de l&rsquo;Institut f&uuml;r Empirsche Sozialforschung (IFES), cit&eacute; par B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 218-224.">27</a></sup>.</p>
<p><strong>Le style politique particulier de Haider</strong></p>
<p>A côté de son identité &laquo;&nbsp;patchwork&nbsp;&raquo;, Haider est un leader très strict à l&rsquo;intérieur de son parti. Il a éliminé beaucoup de personnalités dirigeantes du parti qui n&rsquo;étaient pas d&rsquo;accord avec lui. Il est étonnant, d&rsquo;ailleurs, que le parti y survive sans dommages.</p>
<p>Cela n&rsquo;a été possible que parce qu&rsquo;il a intelligemment placé aux postes vacants les membres de son fan-club personnel. Tous les gens qui le suivent sans poser de questions font carrière au FPÖ. Par exemple, l&rsquo;un de ses anciens gardes du corps est aujourd&rsquo;hui député.</p>
<p>Même l&rsquo;homme qui a rendu possible le début de la carrière de Haider dans le Kärnten pendant les années 1970, Mario Ferrari-Brunnenfeld, fut victime du style politique égocentrique de Haider. Comme il s&rsquo;était opposé à une réforme des structures internes du parti, Ferrari-Brunnenfeld fut &laquo;&nbsp;puni&nbsp;&raquo;, c&rsquo;est-à-dire qu&rsquo;il lui fut interdit pendant deux ans d&rsquo;exercer ses fonctions au sein du parti. Lorsque, plus tard, des membres du parti tentèrent de lui interdire de parler en public, il quitta le FPÖ.</p>
<p>Il n&rsquo;est qu&rsquo;un opposant interne de Haider parmi beaucoup d&rsquo;autres que Haider a forcés à quitter le parti. En 1992, le porte-parole économique et le leader du groupe parlementaire durent démissionner à cause d&rsquo;un conflit avec Haider<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_27_271" id="identifier_27_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="B. Bailer-Galanda, op. cit., p. 22-25.">28</a></sup>.</p>
<p>Heide Schmidt, de l&rsquo;aile libérale, candidate du FPÖ en 1992 aux élections présidentielles et en même temps vice-présidente du Parlement autrichien, a critiqué Haider plusieurs fois. Elle quitta le FPÖ en février 1993 avec quatre autres députés sur un total de 33. Ils créèrent un nouveau groupe appelé Forum libéral qui semble avoir l&rsquo;intention de continuer dans la tradition de l&rsquo;aile libérale du FPÖ.</p>
<p>Haider porte plainte pour diffamation contre un grand nombre de personnalités politiques externes à son parti qui l&rsquo;ont critiqué<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/#footnote_28_271" id="identifier_28_271" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="H. H. Scharsach, Haiders Kampf, Vienne (Orac) 1992, pp. 218-224.">29</a></sup>. Il semble que la résistance publique à ses activités ait été largement restreinte de cette façon.</p>
<p><strong>Une campagne de xénophobie et de nationalisme germanique</strong></p>
<p>Le FPÖ de Haider fonde le plus gros de ses activités sur la xénophobie et le nationalisme germanique. En novembre 1992, Haider lança une pétition contre l&rsquo;immigration, intitulée « l&rsquo;Autriche d&rsquo;abord », exigeant que la constitution soit amendée, afin que l&rsquo;Autriche ne puisse plus être la destination de nombreux migrants. Cette campagne encouragea la xénophobie qui s&rsquo;est accrûe dernièrement avec l&rsquo;afflux considérable de réfugiés bosniaques (l&rsquo;Autriche est limitrophe de l&rsquo;ex-Yougoslavie). Le but, très ambitieux, était de faire signer cette pétition à un million de personnes &#8211; c&rsquo;est-à-dire plus que le nombre d&rsquo;électeurs du FPÖ en 1990. Haider dut considérer comme une défaite que &laquo;&nbsp;seulement&nbsp;&raquo; 417.278 personnes l&rsquo;aient signée fin février 1993. Mais 100.000 signatures suffirent à introduire le débat au Parlement par le biais de la pétition.</p>
<p>Cette fois-ci, il y eut une opposition publique considérable à la campagne xénophobe de Haider. Comme les Allemands peu auparavant qui s&rsquo;étaient opposés aux violences néo-nazies survenues dans leur pays, beaucoup d&rsquo;Autrichiens protestèrent en janvier 1993 contre cette pétition par des manifestations de chaînes lumineuses. La campagne xénophobe du FPÖ est basée sur le nationalisme germanique. La distinction ne se fait pas entre les Autrichiens et les étrangers, mais entre les germanophones et les étrangers.</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Depuis que Heide Schmidt et d&rsquo;autres députés de tendance libérale ont quitté le FPÖ, le profil d&rsquo;extrême droite de ce parti s&rsquo;est accusé. Cela empêchera peut-être d&rsquo;autres partis, essentiellement le Parti conservateur (ÖVP), de continuer à collaborer avec lui.</p>
<p>Mais même si les électeurs libéraux se sont détournés du FPÖ pendant la campagne contre l&rsquo;immigration, on peut craindre qu&rsquo;une base électorale considérable d&rsquo;extrême droite se maintienne, tout au moins le nombre de personnes qui a signé la pétition, c&rsquo;est-à-dire presque 10% des électeurs.</p>
<p>Le FPÖ de Haider demeure dangereux à cause de son ambiguïté. Il combine en effet d&rsquo;anciennes idéologies d&rsquo;extrême droite et un style politique jeune et dynamique, profitant des déceptions que ressentent les gens à l&rsquo;égard du système politique et de l&rsquo;incapacité des partis politiques traditionnels à résoudre les problèmes économiques et politiques. La réussite des manifestations de chaînes lumineuses prouve qu&rsquo;il est important de montrer les limites du consensus démocratique aux gens qui pourraient être séduits par les idées de Haider.</p>
<p>La combinaison du FPÖ et d&rsquo;organisations néo-nazies violentes constitue un danger considérable pour l&rsquo;Autriche.</p>
<p>Hartmut Aden</p>
<p><em>Mis en ligne le 8 décembre 2006</em></p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_271" class="footnote">Parti libéral autrichien.</li><li id="footnote_1_271" class="footnote">La partie historique de cet article se fonde principalement sur les ouvrages suivants : B. Bailer-Galanda/ Wilhem Lasek/ Wolfgang Neugebauer, <em>Politischer Extremismus (Rechtsextremismus)</em> in Dachs et al. (édité par) <em>Handbuch des politischen Systems Österreichs</em>, Vienne (Manzsche Verlagsbuchhandlung) 1991, pages 286-295 ; B. Bailer-Galanda, <em>Alte und Neue Rechte</em>, Vienne (Zukunft Verlag) 1992 ; <em>Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstand</em> (éd.), <em>Rechtsextremismus in Österreich</em>, Vienne 1980.</li><li id="footnote_2_271" class="footnote">B. Bailer-Galanda et al., op. cit. p. 287.</li><li id="footnote_3_271" class="footnote">Association des indépendants.</li><li id="footnote_4_271" class="footnote">Cercle des étudiants libéraux.</li><li id="footnote_5_271" class="footnote">Organisation paramilitaire du Troisième Reich.</li><li id="footnote_6_271" class="footnote">Camaraderie.</li><li id="footnote_7_271" class="footnote">Association pour le bien-être des Glasenbacher.</li><li id="footnote_8_271" class="footnote">Associations étudiantes réservées aux garçons, basées sur la vie de groupe ; la plupart d&rsquo;entre elles sont conservatrices, voire ancrées à l&rsquo;extrême droite.</li><li id="footnote_9_271" class="footnote">Jeunesses hitlériennes, la section de jeunesse du NSDAP.</li><li id="footnote_10_271" class="footnote">Parti national-démocrate.</li><li id="footnote_11_271" class="footnote">Parti national-démocrate allemand.</li><li id="footnote_12_271" class="footnote">Nouvelle Action de Droite.</li><li id="footnote_13_271" class="footnote">Parti de la loi et de l&rsquo;ordre.</li><li id="footnote_14_271" class="footnote">Le mouvement &laquo;&nbsp;stop aux étrangers&nbsp;&raquo;. Il opère aussi sous d&rsquo;autres noms, comme Volksbewegung (le mouvement du peuple) et Nationale Front.</li><li id="footnote_15_271" class="footnote"><em>Handbuch des politischen Systems Österreichs</em>, op. cit., p. 288.</li><li id="footnote_16_271" class="footnote"><em>Dokumentationsarchiv</em>, op. cit., pp. 132-172.</li><li id="footnote_17_271" class="footnote">L&rsquo;opposition extra-parlementaire fidèle au peuple.</li><li id="footnote_18_271" class="footnote">Victoire.</em></li><li id="footnote_19_271" class="footnote">L&rsquo;Angleterre et les États-Unis furent deux pouvoirs occidentaux notables qui refusèrent de reconnaître la présidence de Waldheim.</li><li id="footnote_20_271" class="footnote">Dokumentationsarchiv, op. cit., pp. 371-383.</li><li id="footnote_21_271" class="footnote">La déclaration de Saint-Laurent.</em></li><li id="footnote_22_271" class="footnote">Le peuple, la patrie, la vérité, l&rsquo;honneur, la fidélité, la communauté, la justice et les traditions.</li><li id="footnote_23_271" class="footnote">B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 27-33.</li><li id="footnote_24_271" class="footnote">Österreichische Volkspartei, c&rsquo;est-à-dire le parti du peuple autrichien</li><li id="footnote_25_271" class="footnote">Cela est montré dans un livre très intéressant de Harald Goldmann, Hannes Krahl et Klaus Ottomeyer : <em>Jörg Haider und sein Publikum</em>, Klagenfurt/Celovec (Drava), 1992.</li><li id="footnote_26_271" class="footnote">Étude de l&rsquo;Institut für Empirsche Sozialforschung (IFES), cité par B. Bailer-Galanda (1992), op. cit., pp. 218-224.</li><li id="footnote_27_271" class="footnote">B. Bailer-Galanda, op. cit., p. 22-25.</li><li id="footnote_28_271" class="footnote">H. H. Scharsach, <em>Haiders Kampf</em>, Vienne (Orac) 1992, pp. 218-224.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/lextreme-droite-en-autriche/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Facho must go on !</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/facho-must-go-on/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/facho-must-go-on/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 04 Oct 2005 12:24:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Freiheitliche Partei Österreich (FPÖ)]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[La comédie autrichienne continue&#8230; Les dernières élections qui ont eu lieu en Autriche, les élections régionales, ont révélé ce que d&#8217;autres élections, depuis les succès électoraux qui ont porté le FPÖ au pouvoir en 1999, avaient déjà annoncé : une usure précoce du parti d&#8217;extrême droite par le pouvoir. Dans la région de Haute-Autriche, au [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La comédie autrichienne continue&#8230;</p>
<p>Les dernières élections qui ont eu lieu en Autriche, les élections régionales, ont révélé ce que d&rsquo;autres élections, depuis les succès électoraux qui ont porté le FPÖ au pouvoir en 1999, avaient déjà annoncé : une usure précoce du parti d&rsquo;extrême droite par le pouvoir. Dans la région de Haute-Autriche, au Tyrol et plus récemment à Salzbourg, le FPÖ a ainsi perdu plus de 10% par rapport aux dernières élections, se retrouvant avec des scores tournant autour de 8%. Ce n&rsquo;est pourtant pas faute d&rsquo;avoir employé toutes les méthodes possibles et imaginables : en Haute-Autriche, certains électeurs ont ainsi eu la surprise de se voir proposer 20 euros pour assister à une réunion électorale du FPÖ&#8230; mais rien n&rsquo;y fit : l&rsquo;ÖVP a remporté dans ces deux régions la majorité absolue et le FPÖ a été supplanté à la deuxième place par le SPÖ ou par les Verts. Malgré tout, le FPÖ a remporté un succès électoral inattendu en Carinthie, où il reste le premier parti et devance les conservateurs de l&rsquo;ÖVP (42,5% pour le FPÖ contre 11,6% pour l&rsquo;ÖVP). Jörg Haider projette donc une coalition avec le SPÖ (qui n&rsquo;a pas l&rsquo;air de vouloir faire la fine bouche et sera certainement reconduit dans ses fonctions de ministre-président de la région le 1er avril prochain.<br />
Quant à Haider, depuis qu&rsquo;il a décidé de ne plus être « qu&rsquo;un militant de base du FPÖ » , la valse-hésitation à la tête du FPÖ se poursuit : Susanne Riess-Passer, l&rsquo;ex-vice-chancelière, est définitivement hors concours, et Herbert Haupt, le nouveau vice-chancelier et chef du parti (et accessoirement ministre des Affaires sociales), est assis sur un siège éjectable dont les commandes sont aux mains de Haider.<br />
Tant et si bien qu&rsquo;il devient difficile de savoir qui est responsable de quoi au sein du FPÖ, Haupt ayant quitté en novembre 2003 ses fonctions de vice-chancelier pour être remplacé par Hubert Gorbach, également ministre des Transports ; il a malgré tout conservé la direction du parti, non sans s&rsquo;être vu adjoindre une collaboratrice de choix&#8230; Ursula Haubner, la propre sœur de Haider.</p>
<p>Haider par ci, Haider par là<br />
En mars 2003, Haider a commencé à opérer un retour sur le devant de la scène politique nationale, « à l&rsquo;appel du vice-chancelier Haupt », encore en fonctions à l&rsquo;époque. Il a donc réintégré la coalition FPÖ-ÖVP. De là à ce que Haupt le supplie de le décharger de ses fonctions de président du FPÖ pour que Haider reprenne les rênes du troupeau&#8230; Le dernier bon mot de Haider à ce sujet n&rsquo;est autre que la citation d&rsquo;un poème nazi dont l&rsquo;auteur était membre du NSDAP et de la SA : « Lorsque l&rsquo;un de nous est fatigué, alors un autre se lève et veille pour lui. »<br />
Finalement, il s&rsquo;est avéré que Haupt était plus attaché qu&rsquo;il n&rsquo;y paraissait à ses fonctions de dirigeant du FPÖ : il a été jusqu&rsquo;à grenouiller pour être maintenu dans ses fonctions en profitant de l&rsquo;absence d&rsquo;un bon nombre de proches de Haider, et ce jusqu&rsquo;au prochain congrès du parti qui a eu lieu au début de l&rsquo;année 2004. D&rsquo;après Haider, il s&rsquo;agit là d&rsquo;une « faute grave » qui l&rsquo;a poussé à annoncer son intention de se réimpliquer dans les affaires du FPÖ au niveau national. Il a ainsi déclaré en septembre 2003 être à la disposition du parti pour reprendre ses fonctions de dirigeant au niveau national, tout en restant ministre-président de Carinthie , devant la satisfaction de ses administrés.<br />
Depuis novembre 2003 donc, Haupt a cédé devant les critiques que Haider envoyait de Carinthie au gouvernement de coalition FPÖ-ÖVP : il n&rsquo;est plus vice-chancelier et a été remplacé dans ces fonctions par Hubert Gorbach, le ministre des Transports. Il reste malgré tout ministre des Affaires sociales et chef du parti au niveau national, assisté de la sœur de Haider, Ursula Haubner. Au sujet du changement intervenu au sein du gouvernement, Haider ne s&rsquo;est pas privé de l&rsquo;annoncer aux médias avant même que Haupt ou le chancelier Schüssel lui-même aient fait une quelconque déclaration à ce sujet.<br />
Quant à Gorbach, on ne sait pas encore à quelle sauce Haider compte le manger : une chose est sûre, c&rsquo;est Haider qui est chargé des négociations au sujet de la réforme des impôts, ce qui va lui donner l&rsquo;occasion de renouer avec Karl-Heinz Grasser, son ancien disciple aux dents longues, qui a quitté le FPÖ au début de l&rsquo;année 2003.</p>
<p>Nouvelles de l&rsquo;extrême droite radicale autrichienne<br />
Pendant ce temps-là, l&rsquo;extrême droite radicale autrichienne prospère : que ce soit au sein du gouvernement en lui-même ou bien à l&rsquo;occasion de fêtes où des jonctions entre membres du FPÖ (gouvernementaux ou pas) et néo-nazis se font ou encore lorsque certains néo-nazis négationnistes et violents cherchent protection auprès des cadres du FPÖ, les liens existant entre les deux composantes de l&rsquo;extrême droite autrichienne sont chaque jour un peu plus évidents.<br />
Ainsi, un certain M. Sailer, nommé au secrétariat du directeur de cabinet au ministère des Transports a été promu en mai 2003 à la direction des Transports de proximité, sans que son appartenance passée (mais relativement récente) à l&rsquo;Aktion Neue Rechte (ANR), interdite dans les années 1990 parce qu&rsquo;elle mettait en avant les idées nazies, pose aucun problème ; de même, ses déclarations plus récentes au sujet du ministre de l&rsquo;intérieur Strasser (connu pour sa politique très dure à l&rsquo;égard des immigrés et des demandeurs d&rsquo;asile), qui aurait selon lui été « vendu à la gauche » du fait de sa « politique très laxisteà l&rsquo;égard des demandeurs d&rsquo;asile », et au sujet du chancelier Schüssel qui « se serait incliné devant les potentats de la côte orientale » (= Juifs dans le lexique FPÖ) n&rsquo;ont choqué personne visiblement.<br />
En octobre 2003, on a pu noter, en plus des participants habituels au « Jour de la Patrie », qu&rsquo;organise tous les ans la Sudetendeutsche Landsmannschaft Österreichs (SLÖ : regroupement d&rsquo;Allemands des Sudètes qui vivent en Autriche), la présence de Herbert Haupt, qui était alors encore vice-chancelier et chef du FPÖ : emballé par l&rsquo;atmosphère, il a promis aux « Vertriebene » (ceux qui ont été chassés de leur terre natale) un soutien financier plus important, alors que l&rsquo;année dernière déjà, un fonds de 7,3 millions d&rsquo;euros avait été accordé à la SLÖ pour financer toutes sortes de projets revanchistes. Le 20 octobre 2003, le FPÖ et la SLÖ ont organisé conjointement dans les locaux du Parlement une heure en mémoire de la contribution apportée par les Allemands des Sudètes à la création de la République autrichienne : les orateurs conviés à cette festivité appartenaient au FPÖ (Herbert Scheibner, chef du groupe parlementaire FPÖ) et à la SLÖ, mais aussi à la « Maison de la Patrie » où se trouve le centre de documentation et d&rsquo;archives de la SLÖ : il s&rsquo;agissait d&rsquo;un certain Horst J. Mück, qui a l&rsquo;habitude d&rsquo;intervenir dans les réunions d&rsquo;organisations néo-nazies comme l&rsquo;AFP (Arbeitsgemeinschaft für demokratische Politik, Groupe de travail pour une politique démocratique), qui, au niveau international, invite régulièrement les huiles du Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) ou des Republikaner (REPs) allemands.<br />
Témoin cette réunion germano-autrichienne organisée entre les 17 et 19 octobre 2003 en Styrie, à laquelle participèrent entre autres intervenants de marque, un cadre des Republikaner allemands, Mathias Bath et Holger Apfel (vice-président du NPD et rédacteur en chef de l&rsquo;organe du parti, Deutsche Stimme, La Voix allemande), venu s&rsquo;exprimer sur le thème de l&rsquo;identité nationale et l&rsquo;opposition à l&rsquo;élargissement de l&rsquo;UE en général et à l&rsquo;adhésion de la Turquie en particulier,. D&rsquo;autres participants, autrichiens ceux-là, étaient proches du FPÖ, de par leurs fonctions, comme Leo Gans qui fut un temps conseiller culturel du FPÖ.<br />
Après avoir fort opportunément « disparu » pendant plus de dix ans, Wilhelm Christian Anderle, un néo-nazi du Burgenland, a fait sa réapparition il y a peu : considéré comme la tête pensante de la profanation d&rsquo;un cimetière juif en 1992 (plus de 80 tombes graffitées de croix gammées et autres slogans néo-nazis), revendiquée par une lettre qui se terminait par « Heil Haider ! » et qui parlait de la confiance que la « Rassischsozialistische Arische Wiederstandsbewegung » plaçait dans le FPÖ, il avait pu bénéficier de la protection de l&rsquo;actuel ministre FPÖ des Sports, Karl Schweitzer, car il faisait partie du Ring Freiheitlicher Jugend (RFJ, Cercle de la Jeunesse libérale) et avait déjà été candidat FPÖ aux élections municipales dans sa région. Depuis, Anderle a avoué les faits ; il a passé les dix dernières années en Afrique du Sud, d&rsquo;où il a animé un site internet d&rsquo;extrême droite. On ne sait pas encore s&rsquo;il va endosser la responsabilité des faits perpétrés en 1992 ; en tout cas, il n&rsquo;a pas été placé en détention préventive par les autorités autrichiennes .</p>
<p>Le FPÖ ment et manipule&#8230;<br />
Pendant ce temps, le FPÖ continue son petit bonhomme de chemin, au gouvernement comme en campagne, sans s&rsquo;embarrasser beaucoup de vérité. Le meilleur exemple est la campagne anti-étrangers pour laquelle le parti a prévu de sortir tout un lot d&rsquo;affiches à placarder dans les rues autrichiennes : il s&rsquo;agit d&rsquo;affiches qui montreront des immigrés qui ont acquis la nationalité autrichienne et se prononcent contre le droit de vote pour ceux et celles qui ne sont pas Autrichiens. Parmi ces derniers, on trouve Cetin Babayigit, qui, sous le nom de Kenan, se fait le porte parole de la propagande du FPÖ. Or, Babayigit assure qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais donné son accord pour participer à une telle campagne, d&rsquo;autant qu&rsquo;il est personnellement pour le droit de vote des étrangers. L&rsquo;agence de publicité lui aurait dit qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une action de la communauté pour les droits des immigrés ; ce n&rsquo;est que lorsque les affiches ont été tirées qu&rsquo;il a pu se rendre compte à quoi allait servir son portrait.<br />
Depuis, Babayigit a essayé, par le biais de son avocat, de rectifier le tir ; seul résultat : le FPÖ lui a proposé 2000 euros « en échange de son silence », ce qu&rsquo;il a bien sûr refusé. Pour autant, il ne pourra se permettre financièrement de porter plainte contre le FPÖ, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas d&rsquo;assurance juridique et qu&rsquo;un procès contre le FPÖ le mettrait financièrement trop en danger. Voilà qui arrange bien le FPÖ&#8230;<br />
En Autriche aussi, les politiques commencent à préparer les élections régionales qui auront lieu en mars 2004 : et il se pourrait bien que pour Haider en Carinthie, il s&rsquo;agisse d&rsquo;une échéance d&rsquo;importance, susceptible d&rsquo;aplanir (en cas de succès du FPÖ) ou d&rsquo;accuser (en cas de défaite du FPÖ) les difficultés de la coalition gouvernementale ÖVP-FPÖ (deuxième édition) qui dirige l&rsquo;Autriche. Dans le deuxième cas, la défaite possible de Haider, aussi bien le FPÖ que les conservateurs de l&rsquo;ÖVP se retrouveraient dans une situation difficile.<br />
C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;ont eu lieu des discussions préliminaires secrètes (et démenties vigoureusement des deux côtés) au sujet de l&rsquo;élection du ministre-président de Carinthie : le pacte secret conclu entre les deux formations donnerait à Haider le poste de ministre-président, même si le parti de ce dernier n&rsquo;arrivait pas en tête aux élections régionales, ce qui semble bien se profiler pour l&rsquo;instant. En échange, Haider devrait porter la politique de la coalition gouvernementale dans sa région, ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas fait jusqu&rsquo;à présent, trop content qu&rsquo;il était de fustiger la coalition gouvernementale du fond de sa Carinthie.<br />
Bien entendu, les deux partis ont opposé un démenti formel à ces informations, même si Haider a confirmé dans une interview que l&rsquo;ÖVP avait bien tenté quelques avancées en ce sens que lui, bien sûr, avait catégoriquement refusé. Il reste qu&rsquo;une défaite électorale du FPÖ le 7 mars 2004 pourrait bien entraîner toute la coalition ÖVP-FPÖ à sa suite, ce qui, pour le parti du chancelier Schüssel, serait une raison suffisante pour donner un coup de pouce à son partenaire&#8230;</p>
<p>Quelques propos et propositions saugrenus<br />
À côté de ces histoires politiciennes somme toute assez banales, on se laisse prendre, à la lecture de la presse autrichienne, à la joie de lire quelles propositions excentriques peuvent germer dans les esprits malades des différents acteurs de la coalition gouvernementale autrichienne (car l&rsquo;ÖVP est loin d&rsquo;être en reste).<br />
Ainsi, à la fin de l&rsquo;été, le ministre de l&rsquo;économie, Martin Bartenstein (ÖVP) a proposé de mettre en place un suffrage familial, qui donnerait aux parents une voix supplémentaire par enfant. Bartenstein, qui a été ministre de la famille, espère bien emporter l&rsquo;accord des autres partis élus au Parlement : les seuls à s&rsquo;être déjà distingués par leur assentiment sont bien entendu les élus du FPÖ .<br />
Toujours dans le même ordre d&rsquo;idées, l&rsquo;ÖVP justifie la différence qui continue d&rsquo;exister au regard de la loi autrichienne entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels par le fait que les relations susceptibles d&rsquo;aboutir à la naissance d&rsquo;enfants ont davantage besoin de promotion et d&rsquo;aide financière. L&rsquo;ÖVP se place ainsi dans la lignée du message que délivre le Vatican, selon lequel le « mariage est sacré tandis que les relations homosexuelles enfreignent les lois morales » .<br />
Les politiciens autrichiens, et cette fois-ci le FPÖ met son grain de sel, débattent à l&rsquo;envi des problèmes que pose le taux, trop faible, de fécondité en Autriche. La ministre de l&rsquo;éducation, Elisabeth Gehrer (ÖVP) s&rsquo;interroge sur le sens de la vie des jeunes Autrichiens : « Pour moi, la génération précédente a rempli son devoir envers les autres générations : elle a pris soin de ses parents et elle a eu des enfants. Les enfants sont la meilleure assurance par rapport à l&rsquo;avenir, et il faut parler de cela aujourd&rsquo;hui. [...] Qu&rsquo;est-ce qui donne un sens à la vie ? Quand même pas l&rsquo;ivresse qui fait courir les jeunes de soirée en soirée ? » Et chacun d&rsquo;y aller de son petit laïus sur les valeurs à défendre, certains faisant même preuve, à leur corps défendant, d&rsquo;un certain sens de l&rsquo;humour. Témoin Johann Gudenus, le président du Ring Freiheitlicher Jugend, qui a proposé de lever un impôt sur les contraceptifs afin de relever les taux de naissance : il semblerait qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas rencontré l&rsquo;assentiment de beaucoup au sein de sa propre organisation.<br />
Côté antisémitisme, l&rsquo;Autriche est toujours à la pointe, y compris en ce qui concerne les propositions saugrenues émanant des négationnistes les plus inattendus. Cette fois-ci, il s&rsquo;agit d&rsquo;un certain Ronnie Seunig, propriétaire d&rsquo;un duty free qui s&rsquo;appelle « Excalibur City » : Seunig, qui voue une admiration sans bornes à Hitler, a déclaré vouloir construire un parc à thèmes dans son centre de duty free, qui aurait pour nom le « pays des mensonges » : c&rsquo;est ce qu&rsquo;il a déclaré aux journalistes de la revue trend, après leur avoir exposé ses théories historiques au sujet de celui qui est pour lui une des plus grandes figures de l&rsquo;Histoire, Hitler, « parce qu&rsquo;il a changé tellement de choses. » Pour lui, ce qu&rsquo;on raconte sur Hitler n&rsquo;est que « propagande et exagération », car un homme qui a rencontré une adhésion aussi massive ne peut pas avoir été entièrement mauvais. Et d&rsquo;ailleurs, le IIIe Reich n&rsquo;aurait pas été si mauvais, selon lui, en terme de politique de l&rsquo;emploi. Voilà qui rappelle étrangement un des dérapages contrôlés de Haider il y a quelques années &#8230;<br />
Les autorités autrichiennes ne sont pas en reste lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de racisme : ainsi, l&rsquo;actuel ministre de l&rsquo;Intérieur, Strasser (ÖVP), n&rsquo;a pas hésité à se servir d&rsquo;arguments racistes pour justifier la brutalité des descentes de police qui ont eu lieu dans le camp de réfugiés de Traiskirchen. En effet, pour répondre à une lettre de protestation solennelle envoyée par un organisme indépendant, Strasser balaie les reproches faits aux forces de police qui ont purement et simplement maltraité les réfugiés en refusant par exemple de leur donner à boire, en argumentant comme suit : étant donné que les réfugiés hébergés à Traiskirchen « étaient tous, sans exception, originaires de pays d&rsquo;Afrique où il fait très chaud et devaient, de ce fait, n&rsquo;avoir ressenti que très faiblement le besoin de se désaltérer », ils n&rsquo;ont « pas osé boire. »<br />
Accusé de racisme après que cette réponse au courrier de protestation a été rendue publique, le ministre s&rsquo;est défendu en disant qu&rsquo;il n&rsquo;en était pas l&rsquo;auteur. Quoiqu&rsquo;il en soit, ce genre de théorie raciste semble être de celles qui ont cours au ministère de l&rsquo;Intérieur autrichien .</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/facho-must-go-on/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le nouveau gouvernement autrichien : air connu, chanson nouvelle&#8230;</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/le-nouveau-gouvernement-autrichien-air-connu-chanson-nouvelle/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/le-nouveau-gouvernement-autrichien-air-connu-chanson-nouvelle/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 26 Sep 2005 15:39:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Freiheitliche Partei Österreich (FPÖ)]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Imaginez un peu : vous vous réveillez d&#8217;un cauchemar et vous vous rendez compte que vous n&#8217;avez pas dormi un seul instant. Après l&#8217;implosion du gouvernement bleu et noir (FPÖ et ÖVP, parti conservateur), une nouvelle assemblée nationale a été élue par les Autrichien(ne)s le 24 novembre 2002. Résultat : la coalition noire et bleue [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Imaginez un peu : vous vous réveillez d&rsquo;un cauchemar et vous vous rendez compte que vous n&rsquo;avez pas dormi un seul instant. Après l&rsquo;implosion du gouvernement bleu et noir (FPÖ et ÖVP, parti conservateur), une nouvelle assemblée nationale a été élue par les Autrichien(ne)s le 24 novembre 2002. Résultat : la coalition noire et bleue est parvenue à maintenir sa majorité au Parlement en encaissant quelques légères pertes. Mais le plus effrayant dans tout cela a été de constater que la population autrichienne était parfaitement d&rsquo;accord avec l&rsquo;expérience gouvernementale de Wolfgang Schüssel (ÖVP) malgré ses échecs et ses mesures iniques&#8230; ou peut-être justement à cause de cela.</strong></p>
<p>Si le SPÖ (36,51% des voix, soit 3,35% d&rsquo;augmentation) et les Verts (9,47% des voix, soit 2,07% d&rsquo;augmentation) ont vu leurs scores respectifs augmenter, le résultat final a été un triomphe sans précédent pour l&rsquo;ÖVP : avec 42,30% (soit une augmentation de 15,40%), il est devenu, et de loin, le parti le plus fort. Le FPÖ quant à lui a plafonné à 10,01% (ce qui correspond à une diminution de 16,91% par rapport à 1999). Quoi qu&rsquo;il en soit, on a pu constater au cours de ces élections un mouvement d&rsquo;importance chez les électeurs autrichiens, chose qui n&rsquo;était pas arrivée depuis 1945.<br />
Et pourtant, rien n&rsquo;a changé. Le 28 février 2003, trois mois après les élections, le président autrichien a investi une deuxième édition de la coalition ÖVP / FPÖ.</p>
<h3>Que s&rsquo;est-il passé ?</h3>
<p>Après les inondations de l&rsquo;été 2002, le gouvernement s&rsquo;est soudainement rendu compte que la baisse des impôts annoncée pour 2003 devait être remise à plus tard à cause de l&rsquo;aide à fournir aux victimes des inondations. En y regardant de plus près, l&rsquo;aide distribuée aux victimes des inondations aurait même entraîné un déficit supplémentaire de 0,4% dans le budget de l&rsquo;État. Visiblement, le gouvernement avait sous-estimé la situation budgétaire, et il a trouvé dans cette catastrophe naturelle une excuse pour repousser la réforme fiscale programmée. Cependant, le projet d&rsquo;acheter des avions de chasse a été maintenu.<br />
Le FPÖ, fortement ébranlé par les défaites encaissées lors d&rsquo;élections de moindre importance et sujet en outre à une certaine nervosité, mettait le cap vers la scission. Le cercle formé autour du ministre-président de Carinthie et ancien chef du parti, Jörg Haider, continuait malgré tout à camper sur ses positions en matière de réforme fiscale, renonçant ainsi brusquement à prendre fait et cause pour l&rsquo;achat d&rsquo;avions de chasse. Ils craignaient d&rsquo;être évincés aux élections à venir s&rsquo;ils prenaient des mesures impopulaires. Les membres du gouvernement appartenant au FPÖ, c&rsquo;est-à-dire Grasser (ministre des Finances), Riess-Passer (vice-chancelière et dirigeante du parti) et Westenthaler (chef du groupe parlementaire FPÖ), qui voulaient participer à la nouvelle ligne du gouvernement, entrèrent dans un violent conflit avec Haider. Les fonctionnaires du FPÖ fidèles à Haider convoquèrent alors un congrès dans une ville jusqu&rsquo;alors inconnue de Styrie : Knittelfeld. Le FPÖ devait y adopter une nouvelle ligne qui s&rsquo;opposerait à celle du gouvernement. Des tentatives de conciliation entre Riess-Passer et le camp de Haider échouèrent ; les « rebelles de Knittelfeld » réunis autour des extrémistes de droite Stadler, Windholz, Achatz, Strache, etc. imposèrent aux membres du parti présents le refus de la ligne gouvernementale. Le lendemain, le 7 septembre 2002, Grasser, Riess-Passer et Westenthaler quittèrent leurs fonctions du FPÖ. L&rsquo;ÖVP se concerta pendant une journée et décida de convoquer à de nouvelles élections, non seulement parce qu&rsquo;il craignait pour la majorité gouvernementale au Parlement mais aussi à cause des sondages qui donnaient les conservateurs en hausse. Mais le « putsch » de Knittelfeld n&rsquo;apporta pas le résultat escompté à Haider et ses amis: le FPÖ s&rsquo;effondra dans les sondages, non pas parce que la majorité des Autrichien(ne)s se seraient fâchées de la politique du gouvernement mais précisément parce que cette politique leur semblait menacée par le FPÖ.</p>
<h3>La campagne électorale</h3>
<p>Au sein du FPÖ, les nerfs étaient à vif : un nombre croissant de cadres du parti rendaient Haider responsable de la mauvaise image du FPÖ. Il y eut ainsi une vague de départs du parti, des sections locales se dissolvèrent, les « rebelles » Stadler et compagnie se retrouvèrent sous le feu de la critique et les cadres du FPÖ furent un certain nombre à appeler à voter pour l&rsquo;ÖVP.<br />
Lors du congrès suivant, le ministre des Transports, Mathias Reichhold, une personnalité assez falote qui n&rsquo;avait jusqu&rsquo;alors fait les gros titres qu&rsquo;à l&rsquo;occasion de son titre de président d&rsquo;honneur d&rsquo;un championnat quelconque, fut élu à la présidence du FPÖ. Les espoirs d&rsquo;unifier les différentes factions du FPÖ ne se réalisèrent pas. Reichhold fut soumis à une telle pression qu&rsquo;il rendit son mandat onze jours plus tard, officiellement pour des raisons de santé. Lors d&rsquo;un nouveau congrès, le ministre des Affaires sociales et des Droits de la Femme, Herbert Haupt, devint le nouveau chef du FPÖ. Malgré cela, il n&rsquo;y eut pas d&rsquo;apaisement au sein du parti, mais les élections étaient si proches qu&rsquo;un autre changement de dirigeant aurait vraisemblablement poussé le FPÖ hors du Parlement.<br />
Peu de temps avant les élections, les sondages donnaient au SPÖ et aux Verts un léger avantage. Mais la crise subie par le FPÖ donna une chance à l&rsquo;ÖVP : alors que sous Schüssel / Khol, le parti conservateur avait d&rsquo;ores et déjà opéré un virage très net vers la droite extrême, il n&rsquo;hésita pas à s&rsquo;approprier brusquement des thèmes chers au FPÖ. Le SPÖ et les Verts furent traînés dans la boue aux cris de : « dettes ! trafic de haschich ! intégrisme végétarien ! augmentation du prix de l&rsquo;essence ! manifestations violentes ! etc. », tandis que le ministre de l&rsquo;Intérieur (ÖVP) mettait en application les restrictions les plus radicales proposées jusqu&rsquo;ici en politique de droit d&rsquo;asile. Alors que l&rsquo;hiver allait commencer, des centaines de réfugiés politiques furent renvoyés des foyers d&rsquo;accueil où ils étaient hébergés et mis à la rue en l&rsquo;espace d&rsquo;une nuit. Toutes ces mesures conduisirent toujours plus d&rsquo;électeurs et d&rsquo;électrices du FPÖ à voter pour l&rsquo;ÖVP. Le 24 novembre 2002, Wolfgang Schüssel récolta les fruits de sa politique par laquelle il s&rsquo;était en quelque sorte approprié les objectifs du FPÖ.</p>
<h3>Des négociations&#8230; vraies ou fausses ?</h3>
<p>Dans un premier temps, seul Herbert Haupt, qui avait subi une défaite cuisante, était prêt à négocier avec l&rsquo;ÖVP. L&rsquo;ÖVP, quant à lui, était de nouveau en capacité de former une coalition avec tous les partis représentés au Parlement : il mena tout d&rsquo;abord des discussions avec le SPÖ, chez qui cela suscita cependant un certain mécontentement. On avait quasiment l&rsquo;impression d&rsquo;assister à un retour à l&rsquo;hostilité historique existant entre le SPÖ et l&rsquo;ÖVP. Les discussions n&rsquo;aboutirent à aucun résultat, et d&rsquo;autres négociations furent menées avec d&rsquo;autres partis. En février, les Verts se déclarèrent soudain prêts à entamer des négociations en vue de former une coalition avec l&rsquo;ÖVP, au milieu de protestations virulentes d&rsquo;une partie de leur base (en particulier à Vienne). Les négociations échouèrent au bout de quelques jours, bien que les Verts ne se soient intéressés pourtant qu&rsquo;à des thèmes écologiques. La politique en matière d&rsquo;immigration ou de droits des femmes ne semblait plus être à l&rsquo;ordre du jour. Le point d&rsquo;achoppement fut l&rsquo;achat des avions de chasse. Puis, tout alla très vite. En l&rsquo;espace de quelques jours, un gouvernement put être formé avec le FPÖ bien qu&rsquo;au sein de l&rsquo;ÖVP, les voix qui s&rsquo;élevaient contre le FPÖ se fassent toujours plus nombreuses. Il semblerait que l&rsquo;ÖVP ait mené des fausses négociations avec le SPÖ et les Verts, d&rsquo;autant que Schüssel fait toujours une fixation sur le FPÖ, vraisemblablement parce qu&rsquo;il se sent politiquement proche de ce parti.</p>
<h3>Le changement dans la continuité</h3>
<p>Voici la composition du (nouveau) gouvernement noir et bleu autrichien : en gras, les nouvelles têtes.<br />
Chancelier : Wolfgang Schüssel (ÖVP)<br />
Vice-chancelier et ministre des Affaires sociales : Herbert Haupt (FPÖ)<br />
Ministre de l&rsquo;Intérieur : Ernst Strasser (ÖVP)<br />
Ministre de la Défense : Günther Platter (ÖVP)<br />
Ministre des Finances : Karl-Heinz Grasser (ex-FPÖ)<br />
Ministre de l&rsquo;Éducation : Elisabeth Gehrer (ÖVP)<br />
Ministre des Affaires étrangères : Benita Ferrero-Waldner (ÖVP)<br />
Ministre de l&rsquo;Agriculture : Josef Pröll (ÖVP)<br />
Ministre de la Justice : Dieter Böhmdörfer (FPÖ)<br />
Ministre de la Santé et des Droits de la Femme : Maria Rauch-Kallat (ÖVP)<br />
Ministre des Transports : Huber Gorbach (FPÖ)<br />
Secrétaire d&rsquo;État à la Chancellerie : Karl Schweitzer (FPÖ)<br />
Secrétaire d&rsquo;État aux Transports : Helmut Kukacka (ÖVP)<br />
Secrétaire d&rsquo;État à la Santé : Reinhard Waneck (FPÖ)<br />
Secrétaire d&rsquo;État aux Affaires sociales : Ursula Haubner (FPÖ)</p>
<p>Au sujet des différents ministres :<br />
Passons rapidement sur le chancelier reconduit dans ses fonctions, Wolfgang Schüssel : il récidive avec cette coalition noire et bleue, ce qui, en soi, est déjà un signe de ses orientations politiques.<br />
Ill semble qu&rsquo;Elisabeth Gehrer, ministre de l&rsquo;Éducation, ne trouve rien à redire à la nomination de Burschenschafter nationalistes pangermaniques dans les conseils universitaires.<br />
Benita Ferrero-Waldner, aux Affaires étrangères, s&rsquo;était quant à elle déjà fait remarquer durant l&rsquo;été 2001, lorsque, après le G8 à Gênes, elle avait accusé les participant(e)s de la Volxtheaterkarwane d&rsquo;avoir commis divers délits et les avait de fait abandonné(e)s à la justice italienne sans aucune protection.<br />
Dieter Böhmdorfer, le frère d&rsquo;armes (et de Burschenschaft) de Haider, s&rsquo;est distingué pendant la première édition de la coalition bleue et noire, où il était déjà ministre de la Justice, par sa politique sécuritaire en surchargeant les prisons ; il a par ailleurs approuvé l&rsquo;idée de Haider, qui voulait emprisonner les journalistes qui émettaient des critiques à l&rsquo;égard du gouvernement autrichien ou des orientations politiques des Autrichien(ne)s : il visait entre autres choses la campagne d&rsquo;auto-dénigrement menée par beaucoup d&rsquo;opposant(e)s contre le tourisme en Autriche.<br />
Andreas Khol, le premier président de l&rsquo;assemblée nationale, qui avait déjà fait parler de lui à plusieurs reprises lorsqu&rsquo;il avait voulu défendre la mémoire du dictateur austro-fasciste Engelbert Dollfuss, a assisté il y a peu à une manifestation à la gloire de Dollfuss, montrant la permanence de son engagement dans la droite extrême.<br />
Il est déjà arrivé à Karl Schweitzer, au secrétariat d&rsquo;État à la Chancellerie, de s&rsquo;occuper de délinquants néo-nazis.<br />
Ursula Haubner, au secrétariat d&rsquo;État aux Affaires sociales, n&rsquo;est autre que la sœur de Haider ; elle fait aussi partie des « rebelles » de Knittelfeld.<br />
À ce propos, les pseudo putschistes de Knittelfeld sont surreprésentés au sein du groupe parlementaire du FPÖ, pourtant décimé après les élections nationales. Il semble donc que Haider pourrait continuer à exercer un contrôle sur les élus FPÖ, sans même être à la tête du parti. Après des reculs importants lors des élections municipales de Graz et lors des élections régionales en Basse-Autriche, cette faction est devenue encore plus nerveuse. Après que le gouvernement fédéral a présenté un projet de loi sur la réforme des retraites, qui prévoit des réductions pouvant aller jusqu&rsquo;à 30% des retraites, Haider s&rsquo;est empressé de demander une consultation populaire sur ce thème, craignant que le FPÖ soit rendu responsable de cette remise en cause des acquis sociaux, la plus grave de toutes celles constatées jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui. Le vice-chancelier Haupt, qui avait défendu le projet dans un premier temps a brusquement pris lui aussi le parti de la consultation populaire. Mais au sein de l&rsquo;ÖVP, il y a eu également des protestations contre une réforme de cette ampleur.<br />
Une fois de plus, le gouvernement montre qu&rsquo;il est tout sauf stable, et, selon les estimations actuelles, il pourrait bien ne pas résister à une législature entière. Voici la réponse qu&rsquo;a fait Wolfgang Schüssel à quelqu&rsquo;un qui s&rsquo;inquiétait de cette instabilité et s&rsquo;interrogeait sur le bien-fondé de ces nouvelles élections : « Examinez un peu la répartition des mandats à l&rsquo;assemblée nationale, et vous le saurez ! »</p>
<p>Rosa Antifa de Vienne<br />
Traduction de Isa</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/le-nouveau-gouvernement-autrichien-air-connu-chanson-nouvelle/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La peste brune en Europe</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/la-peste-brune-en-europe/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/la-peste-brune-en-europe/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 09 Dec 2004 14:08:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[antifascisme]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[Pays-Bas]]></category>
		<category><![CDATA[skinhead]]></category>
		<category><![CDATA[Suède]]></category>
		<category><![CDATA[Union européenne (UE)]]></category>
		<category><![CDATA[Vlaams Blok]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&#8217;Ouest Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de Réflexes. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&#8217;une vague de néo-fascisme s&#8217;apprêtant à déferler sur l&#8217;Europe du Nord et de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Dix ans de néo-fascisme et de nationalisme en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest</strong></p>
<p>Dans une perspective internationale, les antifascistes doivent se pencher sur les évènements des dix dernières années, depuis la création de <em>Réflexes</em>. Il serait malhonnête de brosser le tableau d&rsquo;une vague de néo-fascisme s&rsquo;apprêtant à déferler sur l&rsquo;Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest, mais il est indéniable que les forces réactionnaires fascisantes et d&rsquo;ultra-droite ont opéré de significatives percées tout au long de la décennie passée.<br />
Ce processus s&rsquo;est déclenché en France en 1986, quand Le Pen et son Front national ont engrangé leur premier réel soutien lors d&rsquo;élections nationales (ils étaient déjà présents au Parlement européen). Ainsi lancés, ils ont travaillé à consolider cette base électorale d&rsquo;un minimum de 2 millions de voix, avec des pics à 4,5 millions d&rsquo;électeurs prêts à défendre leur programme raciste, antisémite et autoritaire.<br />
Les succès du FN furent le catalyseur qui tira l&rsquo;extrême droite de l&rsquo;isolement où elle avait végétée, aux confins de la vie politique, depuis l&rsquo;écrasement du Troisième Reich d&rsquo;Hitler en 1945. Entre 1945 et 1986 il y eut bien sûr des exceptions, tel le poujadisme en France dans les années 50, mais elles furent avant tout les expressions particulières de certaines conjonctures politiques, et non pas les prémisses d&rsquo;un développement à long terme.<br />
1986 marqua ce saut qualitatif et permit l&rsquo;émergence de partis électoraux d&rsquo;extrême droite et fascisants -modelés sur le FN pour certains- dans divers pays européens. Tous ont profité de la manne des politiques restrictives de plus en plus racistes et inhumaines, que les grands courants politiques et les Etats ont progressivement mis en place dans ces pays.<br />
Que l&rsquo;immigration en Union européenne (UE) se soit peu à peu tarie n&rsquo;entame pas la croissance de l&rsquo;extrême droite. Au contraire, la répression de l&rsquo;Etat quasi ininterrompue, les mesures policières, les campagnes de presse sur le sujet et l&rsquo; &laquo;&nbsp;Europe forteresse&nbsp;&raquo; ont, dans l&rsquo;UE, servi à renforcer l&rsquo;extrême droite en gratifiant sa réthorique d&rsquo;un vernis de légitimité.<br />
On a ainsi assisté dans divers pays au désenclavement de cette droite extrême ou néo-fasciste, et ce qui fut dès lors une inexorable marche de l&rsquo;avant soulève de graves questions politiques que le mouvement antifasciste n&rsquo;a sans doute pas encore bien pesées.</p>
<p>Pour une nécessaire compréhension critique de la situation il nous faut distinguer entre les pays concernés, dont chacun présente une histoire, une tradition et une culture politique qui lui sont propres. Procéder à cette mise à plat implique que nous posions les différences -d&rsquo;ordre politique par exemple- existant entre les nombreuses organisations d&rsquo;extrême droite comme étant d&rsquo;égale importance à leurs points communs. Sans cette démarche préalable nous ne pourrons pas déterminer où plane la plus grande menace, réelle ou en puissance.<br />
La différence cruciale est celle qui sépare le néo-fascisme comme danger politique de celui qui se cantonne, pourrait-on dire, à n&rsquo;être qu&rsquo;une forme d&rsquo;activité violente mettant en péril la sécurité publique et individuelle, voire, troublant l&rsquo;ordre et la loi.<br />
Dans la première catégorie -l&rsquo;extrême droite comme menace politique- on peut ranger les pays suivants : l&rsquo;Italie bien sûr, l&rsquo;Autriche, les Flandres en Belgique, la France, les Pays-Bas, l&rsquo;Allemagne et la Suède. Pourquoi ceux-là? Et en quoi la menace est-elle d&rsquo;ordre politique?<br />
La réponse est simple. Depuis 1945 quand la dictature d&rsquo;Hitler est abattue, le fascisme et ses avatars sont très isolés en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. Les zélotes d&rsquo;Hitler sont peu appréciés. Pour les plus perspicaces d&rsquo;entre eux, la tâche majeure consistait à trouver un moyen de sortir de l&rsquo;ombre. Ainsi le fascisme, un phénomène politique marginal, opère sa transformation quand il commence à obtenir une certaine résonance parmi la population, et se retrouve en position de gagner et de consolider une base électorale, de s&rsquo;injecter dans la vie politique à différents échelons.</p>
<h3>L&rsquo;irruption du Front National</h3>
<p>Ce qui s&rsquo;est alors passé est que depuis 1986 en particulier, quand le FN a ouvert une première réelle brèche lors d&rsquo;élections nationales, des organisations à l&rsquo;idéologie néo-fasciste mais dotées d&rsquo;une stratégie électorale et légaliste ont pu percer de même. Elles ont démontré qu&rsquo;elles pouvaient susciter l&rsquo;adhésion populaire.<br />
Cela a d&rsquo;autres conséquences : la droite traditionnelle conservatrice craint l&rsquo;ascendant de l&rsquo;extrême droite, la sociale-démocratie redoute le racisme latent de sa propre base électorale, et toutes deux ont aisément cédé devant leur peur de ces organisations.<br />
Dans les pays cités plus haut, les partis d&rsquo;extrême droite ou néo-fascistes se présentant à des scrutins ont, depuis 1986, assuré l&rsquo;élection de leurs candidats à des institutions démocratiques et parlementaires locales, municipales, nationales et européennes.<br />
En Italie, et chose incroyable, presque à l&rsquo;insu de nombreux antifascistes, la coalition Forza Italia &#8211; Alliance nationale &#8211; Ligue du Nord forma même un gouvernement néo-fasciste entre mars et décembre 1994. A eux trois ils rassemblèrent plus de 15 millions de voix. Heureusement, leur volonté programmée d&rsquo;enterrer la Constitution italienne explicitement antifasciste et avec elle la démocratie italienne, a échoué.<br />
Ils étaient à la tête du gouvernement mais pas de l&rsquo;Etat. A aucun moment ils n&rsquo;ont détenu le pouvoir effectif. Finalement c&rsquo;est une combinaison d&rsquo;incompétence politique, de soupçons de corruption pesant sur Berlusconi et de grèves massives contre les plans du gouvernement qui provoquèrent la chute de celui-ci.<br />
A Anvers dans la région flamande de Belgique, le Vlaams Blok fasciste est si bien implanté qu&rsquo;il obtient 28% des voix aux élections nationales, et environ 21% dans la région alentour. Le résultat? Dix-sept députés au Parlement belge.<br />
En France, au premier tour de l&rsquo;élection présidentielle de 1995, Le Pen, candidat du Front national, a recueilli plus de 4, 5 millions de voix. Bien que le FN n&rsquo;ait pas de membres à l&rsquo;Assemblée nationale il en compte onze au Parlement européen, et en France même il est aux commandes de trois villes d&rsquo;importance : Orange, Marignane et Toulon. Dans le même temps, on notera que l&rsquo;adoption de versions édulcorées de certains points du programme du FN par les gouvernements successifs -de “ gauche ” et de droite-, suggère que le soutien à ce parti a peut-être atteint un point culminant.<br />
En Autriche la situation est alarmante. Le “yuppie néo-fasciste”, laudateur des SS Jörg Haider et son Mouvement de la liberté (ancien Parti libéral) se sont imposés sur l&rsquo;échiquier politique comme figures de poids. Les partis politiques traditionnels ne peuvent plus éluder leurs prises de position.<br />
Aux dernières élections, la presse bourgeoise s&rsquo;est félicitée de la chute du vote pour le Mouvement de la liberté, de 22,6 % à 22,08 %. Ce qui fut passé sous silence, c&rsquo;est que le nombre de voix a en fait augmenté de 31 000, pour atteindre 1 029 000. Cela sur un total de 5,8 millions de suffrages. Die Freiheitlichen est à présent la mieux représentée de toutes les formations d&rsquo;extrême droite en Europe, avec 41 sièges sur les 183 du Parlement autrichien.<br />
Dans les autres pays, comme les Pays-Bas ou la Suède, l&rsquo;extrême droite a remporté des sièges dans des assemblées municipales ou régionales. Ces victoires sont moins spectaculaires mais elles restent inquiétantes car révèlent une fois de plus un fort appui des populations, acquis en grande partie à la faveur d&rsquo;un discours raciste, anti-immigrés et contre le droit d&rsquo;asile.<br />
L&rsquo;Allemagne et la Suède sont des cas à part dont nous traiterons plus loin. Le point principal étant que depuis la seconde moitié des années 1980 la situation s&rsquo;est modifiée, moins rapidement toutefois qu&rsquo;au cours des cinq ou six dernières années, depuis la chute du bloc soviétique et la réunification allemande.<br />
Là où les néo-fascistes ont été élus ou bien là où ils ont fidélisé un électorat de masse, les partis démocratiques sont devenus nerveux et leur ont laissé mettre à l&rsquo;ordre du jour des questions sur le racisme, le droit d&rsquo;asile, la loi et la sécurité. Le lien en Autriche par exemple, entre les lettres piégées de néo-nazis et les litanies de Haider réclamant un état policier, est évident.</p>
<h3>Jouer à se faire peur</h3>
<p>Nous devons avoir une approche réaliste des choses et le sens du graduel. Est ainsi ridicule la panique de certains prétendus antifascistes britanniques &#8211; ceci de l&rsquo;avis même de <em>Searchlight</em> -, lorsqu&rsquo;un membre du British National Party est élu dans une assemblée locale au cours d&rsquo;un scrutin insignifiant. C&rsquo;est encore plus grotesque quand les mêmes suggèrent que la mouvance néo-fasciste en Grande-Bretagne est aussi menaçante que celle planant sur l&rsquo;Europe continentale.<br />
Comment pourrait-elle l&rsquo;être ? En Grande-Bretagne cette nébuleuse compte 4 500 membres au maximum pour ses trois principales composantes : le British National Party, le groupe terroriste néo-nazi Combat 18 et les boneheads de Blood and Honour. Quelques précisions : sur ces 4 500 la moitié tout au plus milite. Combat 18 n&rsquo;a pas plus d&rsquo;une centaine de partisans. Blood &amp; Honour a scissionné. On peut en tirer deux conclusions. En premier lieu, si un pays de 55 millions d&rsquo;habitants est incapable de contrôler 2 700 activistes néo-nazis, nous pouvons sérieusement broyer du noir. Par ailleurs, comment comparer des gens qui font moins d&rsquo;1% des voix avec d&rsquo;autres qui, dotés d&rsquo;une pratique différente mais de la même idéologie, recueillent jusqu&rsquo;à 20% des suffrages comme en Italie, en Belgique et en Autriche, dans certaines régions de France ?<br />
Cela nous amène à l&rsquo;Allemagne et à la Suède, où l&rsquo;extrême droite constitue une menace à la fois d&rsquo;ordre politique et terroriste. Pourtant même là les situations sont à confronter, sur la base de cultures politiques assez différentes.<br />
L&rsquo;Allemagne, pour d&rsquo;évidentes raisons historiques, et à présent de plus en plus pour des raisons géostratégiques, est la clé de la situation en Europe du Nord et de l&rsquo;Ouest. L&rsquo;effondrement de la République démocratique allemande (RDA) et la nette dérive nationaliste amorcée à l&rsquo;occasion d&rsquo;une réunification éclair &#8211; onze mois entre la chute du mur de Berlin le 9 Novembre 1989 et le retour de la RDA dans le giron de la RFA (il serait d&rsquo;ailleurs plus juste de parler d&rsquo;annexion) &#8211; furent de puissants stimulants pour les néo-fascistes et ont facilité leur accroissement rapide.</p>
<h3>L&rsquo;instrumentalisation de l&rsquo;extrême droite</h3>
<p>L&rsquo;atmosphère nationaliste exaltée par le gouvernement d&rsquo;Helmut Kohl fut également l&rsquo;occasion pour l&rsquo;extrême droite de fonctionner ouvertement, et d&rsquo;agir en instrument du pouvoir dans la volonté de celui-ci de retirer de la Constitution l&rsquo;article 16, qui garantissait le droit d&rsquo;asile. Ainsi, entre 1990 et 1993 l&rsquo;Allemagne fut le théâtre d&rsquo;une vague de violence fasciste organisée, de terreur et de meurtre, dont on ne trouve l&rsquo;écho que dans la République de Weimar pré-hitlérienne.<br />
Entre 1990 et 1993 soixante-quinze personnes ont perdu la vie aux mains de funestes gangs néo-nazis, et pour la seule année 1993 23 000 actes criminels sont à mettre au compte de ces émules du fascisme. Pendant tout ce temps le gouvernement de Kohl s&rsquo;est tenu à l&rsquo;écart. La terreur fasciste fut exploitée au Bundestag à des fins de ralliement du vote des sociaux-démocrates (SPD), afin que la majorité y dispose des deux tiers nécessaires pour réécrire l&rsquo;article 16. Ce n&rsquo;est pas un hasard si le SPD a fini par céder alors qu&rsquo;un incendie ravageait un foyer de travailleurs Vietnamiens à Rostock, à l&rsquo;apogée du pogrom d&rsquo;Août 1992 dans cette ville.<br />
Des pogroms comme ceux de Hoyerswerda et de Rostock sont à nouveau des éléments de la politique allemande. De même pour les victoires électorales de l&rsquo;extrême droite qui, bien que sa frange la plus radicale fut l&rsquo;objet d&rsquo;une certaine répression après que son utilité fut épuisée, ne peut plus être ignorée, en particulier parce qu&rsquo;elle fonctionne comme alibi et justification de la dérive à droite du CDU\CSU . En mars 1996 dans le Bade-Wurtemberg, les Republikaner (REPs) ont une fois de plus prouvé leur importance. En dépit des pronostics de la presse et des médias ils ont obtenu 437 000 voix aux élections du Parlement régional (Landtag), devenant ainsi le premier parti d&rsquo;extrême droite à être réélu depuis 1945.<br />
Le vote REPs est lié aux sérieux problèmes que connaît l&rsquo;Allemagne mais également à une restructuration de la scène activiste néo-nazie. C&rsquo;est sans surprise que dans le Bade-Wurtemberg des membres de groupes interdits prêtèrent leur concours au REPs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;ailleurs en partie d&rsquo;une nouvelle stratégie de la frange radicale, que la répression de l&rsquo;Etat pourtant peu énergique a fragilisée plus que prévu. La décision fut donc prise par les activistes d&rsquo;infiltrer les principaux partis électoraux d&rsquo;extrême droite : le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) , les REPs, la Deutsche Liga für Volk und Heimat (DL) , et, dans une moindre mesure, la Deutsche Volksunion (DVU) .<br />
Le vote dans le Bade-Wurtemberg démontre qu&rsquo;il existe un vaste électorat potentiel pour une espèce de néo-fascisme “ acceptable ” ou “ respectable ”. Certains militants ralliés à cette idée ont franchi le Rubicon. Ce vote prouve aussi que le nouveau nationalisme de la droite classique ne comble toujours pas une portion conséquente de la population.<br />
On distingue désormais clairement quatre tendances au sein des radicaux, en dehors de ce qu&rsquo;on peut déduire de leurs choix d&rsquo;infiltrer tel ou tel parti électoral.</p>
<h3>Un néo-fascisme protéiforme</h3>
<p>Tout d&rsquo;abord les “ traditionalistes ”, regroupés autour de ce qui reste de l&rsquo;ex-Freiheitliche Deutsche Arbeiterpartei (FAP) de Friedhelm Busse, organisation qui tente de survivre malgré sa mise hors-la-loi. Cette fraction est en grande perte de vitesse.<br />
Vient ensuite le Gesinnungsgemeinschaft der Neuen Front (GdNF) qui s&rsquo;est consolidé en dépit d&rsquo;une faible visibilité. Il s&rsquo;est surtout consacré au développement de son réseau à travers les babillards (BBSs), et au renforcement de la HNG, une structure pour ses militants incarcérés. Des indications suggèrent que le GdNF s&rsquo;est même agrandi.<br />
La troisième tendance est issue du FAP et s&rsquo;est constituée autour de Thorstein Heise, en Saxe-Anhalt. Elle s&rsquo;est exclusivement investie sur la scène skinhead d&rsquo;extrême droite, dans le but de mettre sur pied une culture musicale de rock nazi qui servirait aux activistes de vivier à recrues. Heise a noué de solides liens avec les terroristes britanniques néo-nazis de Combat 18.<br />
Enfin, de loin les plus importants, les néo-nazis “ modernisés ” qui comptent le poseur de bombes Peter Naumann, les “ dissidents ” du FAP Glenn et Andre Goertz, et Stefan Hupke membre du Nationalistische Front (NF) . Ils ont tenté de se regrouper autour du magazine des Junge Nationaldemokraten (JN) Einheit und Kampf et se servent des JN comme d&rsquo;une façade pour un genre de nouveau national-bolchévisme.<br />
Cette dernière tendance bénéficie de l&rsquo;appui de l&rsquo;ex-leader du NPD Günter Deckert -aujourd&rsquo;hui sous les verrous- et du soutien de Meinolf Schönborn -qui doit être prochainement incarcéré- ancien chef du NF interdit. Parmi leurs sympathisants on trouve également la direction de la Wiking Jugend (Jeunesse Viking), dissoute elle aussi. Les partis d&rsquo;extrême droite se présentant aux élections cumulent ensemble autour de 56 000 militants, et la frange radicale environ 5 000.<br />
En Suède, où il y a deux ans la formation d&rsquo;extrême droite Sverige Demokraterna (SD) fit son score le plus élevé avec 26 000 voix et remporta des sièges dans des conseils locaux, c&rsquo;est la branche activiste qui a pris l&rsquo;initiative. L&rsquo;ancien groupe terroriste VAM baptisé par la suite réseau Storm, a transformé l&rsquo;an dernier son magazine Storm en une publication très “ pro ”, Nordland, et au début 1996 l&rsquo;organisation est devenue la National Alliance (NA).<br />
La NA, ainsi nommée en référence à la plus grosse organisation néo-nazie américaine, possède un noyau dur de 250 membres et un cercle de 500 à 600 sympathisants. Sa source d&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas Adolf Hitler mais Robert J. Matthews, l&rsquo;ancien chef du groupe américain terroriste d&rsquo;extrême droite The Order. Matthews fut liquidé par le FBI en 1985.</p>
<h3>Le marché skinhead</h3>
<p>La NA cherche surtout à gagner l&rsquo;appui des jeunes. Actuellement elle ne dirige pas moins de six compagnies d&rsquo;enregistrement et de distribution de CD, qui, pour la seule année 1995, ont produit plus de 30 CD de rock nazi. Le marché de la bimbeloterie néo-nazie offre des débouchés croissants : la mouvance skinhead à Stockholm par exemple, s&rsquo;est multipliée par dix (de 100 à 1 000 individus) entre 1990 et 1996. Les nazis et le “ nazi-chic ” sont en vogue parmi beaucoup de jeunes Suédois.<br />
L&rsquo;alliance entre les magazines <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em> (publication des néo-nazis américains Hammerskin), a scindé en deux blocs la mouvance internationale skinhead d&rsquo;extrême droite. En Allemagne, <em>Nordland</em> est déjà distribué gratuitement à partir de Nationaler Beobachter à Francfort-sur-l&rsquo;Oder, et <em>Moderne Zeiten</em>, le magazine allemand le plus coté de rock nazi, est réapparu sous le nom de <em>Nordrock</em> avec un design identique à celui de <em>Resistance</em>.<br />
L&rsquo;autre pan de la scission bonehead rassemble Combat 18 en Grande-Bretagne &#8211; qui tire son inspiration violente de The Order -, sa façade Blood &amp; Honour et le cadre de l&rsquo;ex-FAP Thorsten Heise à Northeim. Dans la dernière parution de <em>Nordland</em>, l&rsquo;éditeur de <em>Resistance</em> George Hawthorn a qualifié Combat 18 de “ traîtres à la race blanche ”. Le NSDAP-AO, réseau international néo-nazi le plus radical, semble soutenir <em>Nordland</em> et <em>Resistance</em>.</p>
<p>La question est de savoir quelles sont les organisations les plus conséquentes, les plus dangereuses et les plus nuisibles. En Norvège, au Danemark, en Finlande et dans d&rsquo;autres pays, la frange militante est mince et sans poids.<br />
En France il n&rsquo;y a pas véritablement de scène activiste en dehors de quelque 150 nostalgiques d&rsquo;Hitler appartenant au PNFE. Le FN est la seule organisation de poids à l&rsquo;extrême droite, et tous les fascistes d&rsquo; “ envergure ” en sont membres. En Italie, s&rsquo;il existe une mouvance militante elle demeure sous l&rsquo;étroite coupe de l&rsquo;Alliance nationale. Dans ces deux pays la violence nuit aux objectifs des néo-fascistes. En Autriche, il y a un militantisme bien organisé, mais qui fonctionne comme la cinquième roue du carrosse de Haider.<br />
Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Allemagne et la Suède où les activistes ont plus d&rsquo;importance que les partis électoraux d&rsquo;extrême droite. Cela découle de leur potentiel de violence, et, en Suède en particulier, du passage à l&rsquo;acte terroriste. Ils cherchent aussi à influer sur la culture des jeunes et même à instaurer la leur. Mais au sens strict ils sont politiquement sans influence et ne représentent un réel problème que pour les antifascistes, les victimes de leur déchaînements haineux et la police. En Allemagne, leur ralliement au NPD, Junge Nationaldemokraten, Deutsche Liga&#8230;, relève plus d&rsquo;un instinct de conservation face aux mesures d&rsquo;interdiction de l&rsquo;Etat que d&rsquo;une stratégie expansionniste.<br />
Doit-on ignorer ces militants fascistes sous prétexte qu&rsquo;ils sont politiquement inconséquents? Bien sûr que non. Ils doivent être combattus bec et ongles car leur charge de violence et de terreur demeure intacte et parce que, plus rapidement peut-être que le mouvement antifasciste, ils se sont appropriés les outils de communication de cette fin de vingtième siècle : magazines clinquants pour les jeunes, CD, usage imaginatif -de leur part- des babillards et d&rsquo;Internet. Nous devons poursuivre nos efforts pour combattre et défaire ces indésirables, mais il nous faut évaluer leurs forces avec réalisme.<br />
Il est révolu ce fascisme aux bottes de cuir et à la chemise brune, à la croix gammée portée en brassard. Les fascistes les plus dangereux aujourd&rsquo;hui sont d&rsquo;avantage susceptibles de s&rsquo;habiller au goût du jour et d&rsquo;être très “ médiatiquement présentables ”. La vieille image d&rsquo;Epinal hitlérienne des dictateurs des années 30 est morte et enterrée. Le fascisme, malheureusement, ne l&rsquo;est pas. Pas plus que le terreau social du racisme, de l&rsquo;antisémitisme et du nationalisme sur lequel il s&rsquo;épanouit.</p>
<h3>Un mouvement antifa en crise</h3>
<p>En Allemagne par exemple, des forces plus nombreuses et beaucoup plus dangereuses occupent à présent l&rsquo;arène politique. En même temps que ces courants émergent, le mouvement antifasciste (antifa), unique résidu de la gauche allemande, traverse une grave crise. Sa capacité de mobilisation a décru, même contre les activistes fascistes. Ses troupes se sont réduites et ne cessent de diminuer. Le mouvement ne gagne pas assez de jeunes &#8211; ce n&rsquo;est plus en vogue d&rsquo;être antifasciste &#8211; pour remplacer les nombreux et bons militants qui ont raccroché parce qu&rsquo;ils se sont trop démenés ou qu&rsquo;ils sont démoralisés, qui se retirent dans la vie privée ou que la résignation terrasse. Des magazines régionaux implantés depuis longtemps sont en danger et la mouvance antifa est en train de perdre son cadre.<br />
Comment l&rsquo;expliquer ? Par une moindre visibilité des militants nazis, simplement ? Parce que la terreur, à l&rsquo;échelle où on l&rsquo;a connue entre 1990 et 1993, a disparu ? C&rsquo;est plus complexe. En fait, le vrai problème vient d&rsquo;un manque d&rsquo;analyse politique et d&rsquo;une sévère crise idéologique. Ce contre quoi il faut lutter en Allemagne n&rsquo;est pas simplement le néo-fascisme mais le nationalisme, dont le fascisme quelle que soit sa forme n&rsquo;est qu&rsquo;un aspect. Ce nouveau nationalisme, bienséant, “ grand public ”, dont le discours puise largement dans celui de la Nouvelle Droite, est beaucoup plus inquiétant. Il a à sa manière désarmé les fascistes et les antifascistes. Ce nationalisme inédit, récent, est le nouveau nationalisme agressif et expansionniste de la droite classique qui a intégré très rapidement les changements de la situation géopolitique allemande depuis 1989 et l&rsquo;éclatement de l&rsquo;URSS.<br />
Le vrai projet de la droite traditionnelle, dont les buts sont beaucoup plus étendus et le potentiel plus explosif que ceux du projet néo-fasciste, est aussi autrement menaçant dans la mesure où il est soutenu &#8211; où il découle même &#8211; du pouvoir de l&rsquo;Etat allié aux organes de répression.</p>
<h3>Le double visage du nationalisme</h3>
<p>Cela signifie qu&rsquo;il y a en fait deux desseins nationalistes en Allemagne : le premier est celui des impérialistes allemands ranimés, qui sont regroupés au sein de la CDU\CSU, dans des fractions du SPD (sociaux-démocrates) jusqu&rsquo;aux Verts, et dont les principaux bastions sont les Vertriebeneverbaende des “ expulsés ” d&rsquo;après-guerre hors des anciens territoires allemands, les Burschenschaften (confréries d&rsquo;étudiants ultra-nationalistes) et les militaires. L&rsquo;autre projet est celui des antiquités fascistes et autres nostalgiques du nazisme.<br />
Ces projets peuvent évoluer parallèlement sans se croiser. Il arrive qu&rsquo;ils se rencontrent, comme lorsque les nouveaux nationalistes instrumentalisèrent les gangs néo-nazis pour que le SPD rallie la majorité au Bundestag afin que soit modifié l&rsquo;Article 16 (voir supra). Parfois ils s&rsquo;opposent : après avoir agité en tous sens l&rsquo;épouvantail fasciste, les nationalistes ont usé de la répression pour l&rsquo;écraser et mettre hors-la-loi onze de ses organisations. Les rapports de pouvoir entre ces deux courants sont indéniables.<br />
Jusqu&rsquo;à présent, c&rsquo;est un fait que les antifas ont partiellement échoué à saisir ce qui se passe et ont partiellement refusé de le voir. Le problème est tout simplement devenu trop grand. Les antifascistes savent quoi faire face à dix boneheads dans la rue &#8211; pas toujours &#8211; mais des démonstrations militaires de la Bundeswehr comme la parade au flambeau de la Grosse Zapfenstreich à Berlin les laissent désarmés. Pour beaucoup, les forces de ce nationalisme-là sont trop écrasantes.<br />
Il en résulte un grand vent de résignation&#8230;un “ que peut-on faire ” généralisé. C&rsquo;est une réaction humaine normale et nous ne devons pas nous asseoir pour nous juger. Toutefois, il est évident qu&rsquo;en tant que mouvement international antifasciste nous devons renoncer à nous concentrer exclusivement sur une scène allemande néo-nazie diminuée, et évoluer vers une politique non pas seulement antifasciste mais antimilitariste, contre la guerre et contre la préparation de la guerre. Cela signifie se fixer sur la politique étrangère de l&rsquo;Allemagne, et pas uniquement en liaison avec les livraisons d&rsquo;armes pour la meurtrière guerre menée par les Turcs au Kurdistan mais, plus près de nous, la politique qu&rsquo;elle mène en République tchèque. Cela implique une attention accrue portée aux activités de plus en plus agressives des revanchistes allemands, et se consacrer d&rsquo;avantage à démasquer des organisations plus que tendancieuses soutenues par l&rsquo;Etat, comme la Verein für Das Deutschtum im Ausland (Ligue pour le germanisme à l&rsquo;étranger).<br />
Enfin, cela suppose que nous prenions beaucoup plus au sérieux l&rsquo;internationalisme. Ces dernières années, seule une minorité du mouvement antifasciste a tenté et est parvenu à construire de vrais, de solides et d&rsquo;efficaces liens internationaux. Reflexes, avec Searchlight et Antifaschistisches Infoblatt, peuvent se féliciter d&rsquo;être les moteurs de cette minorité.<br />
Maintenant que nous sommes confrontés à ces problèmes plus vastes, la nécessité de l&rsquo;internationalisme devient une urgence. Nous devons continuer à susciter une prise de conscience à l&rsquo;échelle internationale des nouveaux dangers et, en ce qui concerne l&rsquo;Allemagne, ne pas générer un stupide chauvinisme anti-allemand -l&rsquo;antifascisme des crétins-, mais renforcer la solidarité avec les antifascistes et les antimilitaristes de ce pays.<br />
Nous devons le faire même dans notre propre intérêt.<br />
Dix ans après la création de Réflexes, le combat se poursuit mais certains de nos ennemis ont changé. Et les conflits les plus violents restent à venir.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/la-peste-brune-en-europe/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Opportuniste ou extrémiste ?</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/opportuniste-ou-extremiste/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/opportuniste-ou-extremiste/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 29 Nov 2004 13:16:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les radicaux]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Freiheitliche Partei Österreich (FPÖ)]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Cela fait maintenant plus de deux ans qu&#8217;à la suite des élections du 3 octobre 1999, le FPÖ est devenu le deuxième parti politique autrichien derrière le SPÖ et devant l&#8217;ÖVP(1), et a de ce fait été poussé sur le devant de la scène politico-médiatique. Transformé en parti de gouvernement après plus de dix ans [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Cela fait maintenant plus de deux ans qu&rsquo;à la suite des élections du 3 octobre 1999, le FPÖ est devenu le deuxième parti politique autrichien derrière le SPÖ et devant l&rsquo;ÖVP(1), et a de ce fait été poussé sur le devant de la scène politico-médiatique. Transformé en parti de gouvernement après plus de dix ans d&rsquo;opposition(2), le FPÖ a fait l&rsquo;objet de nombreuses analyses dans la presse internationale : les journalistes se sont cependant rarement intéressés au discours politique du FPÖ dans sa globalité, pour se cantonner à la seule actualité du parti.Du discours politique du FPÖ, on a entendu jusqu&rsquo;à présent seulement les déclarations sensationnelles et autres dérapages de Haider. Les interprétations qui en ont été données concluent généralement soit à l&rsquo;opportunisme politique soit à un discours marqué par l&rsquo;idéologie d&rsquo;extrême droite. La nouvelle étiquette donnée au FPÖ, le national-populisme, a tenté de faire la synthèse entre ces deux interprétations, mais elle risque cependant de minimiser le danger qu&rsquo;il représente et de masquer ses véritables objectifs politiques. Opportuniste ou extrémiste, il s&rsquo;agit là en fin de compte d&rsquo;une stratégie que le FPÖ a adoptée, à l&rsquo;instar de bien des partis d&rsquo;extrême droite, et qui consiste à maintenir un équilibre entre une respectabilité ardemment désirée et une fidélité obligatoire à son public habituel.<br />
Je me propose donc de mettre en relation deux notions : la notion de discours politique et la notion d&rsquo;extrême droite telle qu&rsquo;elle apparaît dans les pays germaniques, c&rsquo;est-à-dire avec ses particularités linguistiques. L&rsquo;intérêt de confronter ces deux notions consiste à montrer dans quelle mesure les idées particulières développées par un parti d&rsquo;extrême droite influent sur l&rsquo;ensemble du discours politique du parti en question en lui imprimant une marque, un style particulier, qu&rsquo;on puisse reconnaître à coup sûr : il faut en effet s&rsquo;appuyer sur les différentes composantes de l&rsquo;idéologie d&rsquo;extrême droite (nationalisme, racisme, antisémitisme, idée de l&rsquo;homme fort à la tête d&rsquo;un État fort et autoritaire, refus de la démocratie et du système en place) pour déceler la marque de fabrique du discours d&rsquo;extrême droite, afin de ne pas en rester à l&rsquo;idée toute faite selon laquelle l&rsquo;extrême droite se contente de faire appel à ce qu&rsquo;il y a de pire chez l&rsquo;homme et qui veut que son discours ne se différencie des autres discours politiques que par quelques mots.<br />
Pour parler d&rsquo;un discours politique, qui est un type d&rsquo;énoncé particulier, auquel président différentes contraintes (notamment en ce qui concerne l&rsquo;action du locuteur sur son message d&rsquo;une part et l&rsquo;horizon d&rsquo;attente du récepteur d&rsquo;autre part), il faut s&rsquo;efforcer d&rsquo;en étudier aussi bien les manifestations écrites (nom du parti, affiches, tracts, slogans, professions de foi, textes programmatiques, interviews données dans la presse écrite, publications du parti et de ses cadres) que les manifestations orales (discours lors de meetings publics ou non, débats et autres interviews télévisées par exemple) ; il ne faut pas d&rsquo;autre part négliger tout ce qui se situe à la périphérie du discours politique oral en tant que tel mais en conditionne la réception (style vestimentaire, organisation de la tribune, journalistes choisis pour intervenir, mise en scène, etc.) L&rsquo;article s&rsquo;organisera donc autour de l&rsquo;étude d&rsquo;extraits d&rsquo;un discours prononcé par Haider le 19 octobre 2000, traduits en français par mes soins mais fera également appel à d&rsquo;autres discours ou déclarations plus anciennes (discours de Haider à Krumpendorf, daté du 30 septembre 1995) ainsi qu&rsquo;à des affiches et photos révélatrices du style de communication particulier adopté par le FPÖ. Je m&rsquo;efforcerai donc de déterminer dans quelle mesure le discours politique du FPÖ, dont Haider est l&rsquo;auteur principal, est un discours politique à part entière : en effet, il ne faut pas lui dénier son caractère politique mais au contraire montrer ce qu&rsquo;il a en commun avec les discours des autres partis politiques, ce qui permet bien souvent d&rsquo;expliquer la perméabilité de ces derniers aux idées d&rsquo;extrême droite. De l&rsquo;autre côté, je montrerai dans quelle mesure les idées particulières que l&rsquo;extrême droite met en avant influent sur le discours politique d&rsquo;extrême droite, surtout lorsqu&rsquo;on travaille sur un discours prononcé en allemand, dans un pays qui a connu le régime nazi.<br />
Le discours politique est un type d&rsquo;énoncé particulier, régi par des lois bien précises : l&rsquo;intérêt est de voir dans quelle mesure Haider se plie aux lois du genre, en y apportant sa touche personnelle. La première de toutes ces lois est que le discours politique est destiné à faire (ré)agir son destinataire, en le convainquant du bien-fondé des idées qu&rsquo;il expose et, dans le cas des partis se présentant aux élections, en l&rsquo;engageant à aller voter pour le parti de celui qui parle. De ce point de vue-là, il est tout à fait clair que le discours politique du FPÖ dans sa totalité est tourné vers ce but et que l&rsquo;arrivée au pouvoir est l&rsquo;objectif que s&rsquo;est fixé Jörg Haider pour son parti et pour lui-même.<br />
Par ailleurs, même lorsqu&rsquo;il est figé et donc écrit, le discours politique reste un message qui s&rsquo;inscrit dans le schéma de la communication, organisé autour de trois instances : l&rsquo;émetteur, le message et le récepteur, ce qui constitue une grille de lecture fort intéressante pour le discours politique d&rsquo;extrême droite, puisqu&rsquo;on n&rsquo;oublie ainsi ni les intentions et la part de subjectivité de l&rsquo;émetteur (homme politique), ni le contenu du message (structure, organisation, lexique, figures de style, etc.), ni enfin le destinataire dans sa diversité (sympathisant, opposant, neutre, etc.).</p>
<h3>Herr Doktor Haider, docteur en marketing politique</h3>
<p>Haider n&rsquo;a pas inventé le marketing politique : il s&rsquo;agit d&rsquo;un principe développé par les conseillers en communication politique, qui privilégie la forme sur le fond et l&rsquo;apparence sur le contenu, et qu&rsquo;on pourrait résumer ainsi : «Une formule a moins d&rsquo;impact qu&rsquo;un geste. Le discours doit être charnel. L&rsquo;authenticité de l&rsquo;orateur est plus convaincante que son habileté.(4)<br />
De fait, on voit clairement dans les enregistrements vidéo des discours de Haider l&rsquo;importance des intentions et de la subjectivité de ce dernier. Il se présente non pas avec un discours déjà écrit, mais avec une feuille de papier sur laquelle il cherchera pendant son discours des chiffres, des citations qu&rsquo;il ne lira d&rsquo;ailleurs pas, et on remarque au fur et à mesure qu&rsquo;avance le discours que Haider sait le faire évoluer en fonction des réactions du public et varier en improvisation autour d&rsquo;une même formule pour qu&rsquo;éclatent les applaudissements du public.<br />
Ce qu&rsquo;il sait faire avec les mots, Haider le fait également avec la forme de son discours. Il est en effet célèbre pour ses mises en scène et pour ses apparitions publiques sensationnelles préparées longtemps à l&rsquo;avance. Mais pour le discours du 19 octobre 2000, sa gestuelle est assez sobre : sa façon de se mettre en scène est également assez simple : il est tantôt un homme très occupé, tantôt un observateur modeste : «Comme vous pouvez vous l&rsquo;imaginer, j&rsquo;ai un agenda relativement chargé» et plus loin «Voilà qui me semble une raison suffisante pour faire attention à ce que, dans ce pays (et je vois là aussi un peu mon rôle), [...] à ce qu&rsquo;on ne nous démolisse pas notre démocratie.»<br />
Haider est également connu comme l&rsquo;homme politique aux multiples visages, lors de ses apparitions publiques et à l&rsquo;occasion de ses contacts avec la presse : il est tour à tour un époux et un père modèle, un sportif accompli, un Autrichien attaché aux traditions culturelles de son pays, etc. Telles sont les photos que diffusent les journaux montrant un homme politique qui adapte son image à son public, tout aussi bien que son discours et ses mots. Haider apparaît-il en costume traditionnel ? C&rsquo;est pour signifier son attachement aux traditions ; en costume de créateur avec un portable dernier cri ? C&rsquo;est pour s&rsquo;adresser aux jeunes électeurs5 ; avec une toque en train de faire la cuisine ? C&rsquo;est pour essayer de conquérir l&rsquo;électorat féminin où il remporte proportionnellement moins de voix que chez les hommes.<br />
L&rsquo;impact de l&rsquo;image de l&rsquo;homme politique ne se limite pas aux rôles qu&rsquo;il endosse pour s&rsquo;adresser à un public divisé en cibles comme en marketing ; il est plus grand puisque son image influe directement sur le discours politique jusqu&rsquo;à en devenir une composante à part entière. À cet égard, il est particulièrement intéressant d&rsquo;étudier une manifestation du discours du FPÖ où Jörg Haider est omniprésent : il s&rsquo;agit des affiches électorales où on peut voir Haider, parfois aux côtés du candidat, parfois même sans le candidat. Cela s&rsquo;accompagne d&rsquo;une personnalisation accrue des slogans qui sont apparemment peu politiques, mais qui, du fait de l&rsquo;implicite qu&rsquo;ils comportent, renvoient le destinataire à ses propres représentations politiques :<br />
• Affiche 2 : Nous travaillons pour l&rsquo;Autriche à comprendre comme : Les autres travaillent contre l&rsquo;Autriche ;<br />
• Affiche 1 : Il ne vous a pas menti où il faut mettre l&rsquo;accent de phrase sur le sujet (sous-entendu : alors que les autres&#8230;, etc.)<br />
Par son image (au sens propre comme au sens figuré), Haider s&rsquo;efforce, à l&rsquo;instar de tout homme politique, de plaire à tout le monde, quitte à renoncer à exposer explicitement les idées de son parti sur quelques affiches par exemple : le discours attrape-tout ainsi produit peut laisser penser à une dépolitisation du FPÖ, mais l&rsquo;implicite que décode le destinataire généralement averti (sympathisant ou opposant) montrent que c&rsquo;est justement l&rsquo;arrière-plan politique qui constitue une des spécificités du discours politique du FPÖ et de Haider en particulier.</p>
<h3>Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?</h3>
<p>Le discours du 19 octobre 2000 s&rsquo;organise cependant autour d&rsquo;une idée fondamentale pour le FPÖ et pour les organisations politiques en général : l&rsquo;opposition entre «eux» et «nous». Bien entendu, «eux» est incarné tout au long du discours par différents individus ou groupes d&rsquo;individus : les opposants du nouveau gouvernement, ceux qui profitent du système, les étudiants, les syndicats, les autres partis politiques (SPÖ, Verts, mais aussi l&rsquo;ÖVP), les gens de gauche en général, les immigrés, l&rsquo;opinion publique internationale, la presse, etc. auxquels sont associés toute sorte de termes négatifs (violence, intolérance, diffamation, intimidation). À chaque fois, un «nous» vient s&rsquo;opposer au «eux», qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de Haider ou du FPÖ face aux opposants, des petits épargnants face aux profiteurs, des apprentis face aux étudiants et aux syndicats ou des Autrichiens «qui veulent vivre tranquilles dans leur pays» face à l&rsquo;opinion publique internationale et à la presse. Cette opposition fondamentale donne une vision simplifiée de la réalité, qui induit également une représentation manichéenne des choses.<br />
Or, la simplification de la réalité sociale et politique est un élément récurrent et constitutif du discours politique en général, à tel point qu&rsquo;elle est l&rsquo;un des quatre éléments invariants du discours politique en général et qui constituent en quelque sorte un schéma commun à tous les discours politiques : «1/ La réalité sociale est transparente ; 2/ L&rsquo;autorité politique est légitime ; 3/ Elle maîtrise les phénomènes sociaux ; 4/ L&rsquo;addition des citoyens forme une communauté.»(6)<br />
Les trois autres invariants sont présents dans le discours de Haider : la légitimation de l&rsquo;autorité politique, en l&rsquo;occurrence celle du FPÖ, se fait a contrario par le biais de l&rsquo;attaque ad hominem très violente lancée contre le maire sortant de Vienne, Michael Häupl, au tout début du discours. Le troisième invariant, la maîtrise des phénomènes sociaux, est sous-jacent dans la première partie du discours où Haider met en accusation successivement l&rsquo;ancienne coalition SPÖ-ÖVP, l&rsquo;Europe et l&rsquo;Euro, en se dédouanant à chaque fois sur le mode du «On vous l&rsquo;avait dit». Le dernier invariant est constitutif du discours d&rsquo;extrême droite, puisque l&rsquo;activation des mécanismes identitaires du destinataire se fait ici en dramatisant deux périls à la fois intérieurs et extérieurs, l&rsquo;immigration et les sanctions européennes.<br />
Dans le long passage que Haider consacre alternativement à l&rsquo;immigration et aux sanctions européennes, l&rsquo;intensification et l&rsquo;usage de figures de rhétorique permettent de donner au discours une dimension émotionnelle très forte et donc d&rsquo;agir sur les représentations du public. L&rsquo;objectif est atteint à chaque fois, le public réagit par des rires, des murmures d&rsquo;approbation ou un tonnerre d&rsquo;applaudissements. Le point culminant de ce passage est atteint au moment où Haider dit les trois phrases suivantes : «Il y a beaucoup trop de clandestins ! Il y a beaucoup trop de délits ! Il y a beaucoup trop de trafiquants de drogue.»(7)<br />
Ces trois exclamations reposent sur plusieurs procédés rhétoriques éprouvés : la tournure anaphorique permet d&rsquo;intensifier ce qui est dit (émotions) et de placer sur le même plan les seuls termes qui ne sont pas répétés, à savoir clandestins, délits et trafiquants de drogue en sous-entendant qu&rsquo;il y a une relation entre ces trois termes. L&rsquo;idée de Haider, toute fausse qu&rsquo;elle soit, n&rsquo;en apparaît que plus clairement, renforcée par le rythme incantatoire de chacune des phrases, et c&rsquo;est la désignation des immigrés comme des criminels qui soude le public dans la salle dans une relation fusionnelle avec Haider.<br />
La simplification de la pensée passe également par une généralisation, souvent abusive. La phrase qui conclut la tirade de Haider sur le salaire maternel est édifiante à cet égard : «N&rsquo;importe quelle mère préférerait rester avec ses propres enfants. C&rsquo;est un fait, un simple fait.» Énoncée comme une vérité générale, voire une loi biologique, cette affirmation est le tout dernier argument que Haider oppose aux détracteurs du salaire maternel mis en place par le FPÖ en Carinthie en 1999 et instauré au niveau fédéral par le gouvernement de coalition ÖVP-FPÖ en mars 2001.<br />
Si l&rsquo;on considère le passage où Haider évoque le salaire maternel, on remarque qu&rsquo;il a une structure additionnelle qui «donne à l&rsquo;énoncé un caractère de cohérence et de réalité dû [davantage] à l&rsquo;accumulation»(8) qu&rsquo;à l&rsquo;argumentation.<br />
Voici comment s&rsquo;organise ce paragraphe :<br />
1. Le salaire maternel que propose le FPÖ permet de choisir (crêche ou garde des enfants)<br />
2. C&rsquo;est une situation difficile pour les femmes.<br />
3. Les détracteurs du salaire maternel se trompent au sujet des intentions du FPÖ.<br />
4. Il s&rsquo;agit de la liberté de choix des femmes<br />
5. En fait, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul choix possible : la mère s&rsquo;occupe de ses enfants chez elle.<br />
Il n&rsquo;y a dans ce paragraphe aucun argument à proprement parler : celui qui pourrait s&rsquo;appuyer sur la situation difficile est invalidé parce que réduit aux seules femmes. Quant à la liberté de choix, elle est contredite dans la phrase suivante où Haider dénie toute possibilité de choisir à une mère «digne de ce nom».</p>
<h3>Identification, fusion, interprétation</h3>
<p>Dans le discours du 19 octobre 2000, Haider fait systématiquement appel aux sentiments du destinataire : il motive son auditoire en évoquant l&rsquo;action future du FPÖ au sein du gouvernement en l&rsquo;incluant par l&rsquo;usage du «nous» groupal qui donne aux auditeurs l&rsquo;impression d&rsquo;être proches de Haider, tandis que la suite de la phrase (où Haider explique qu&rsquo;il est très occupé mais qu&rsquo;il a quand même pris le temps de venir) rétablit la distance entre l&rsquo;orateur et son auditoire : ces deux façons d&rsquo;envisager le rapport de l&rsquo;homme politique au destinataire du discours (proximité et distance) constituent pour le destinataire une sorte de légitimation de l&rsquo;homme politique.<br />
Le meeting politique est un lieu où se noue un contrat de communication entre locuteur et destinataire tout à fait différent de celui qui existe dans une conversation ou dans un débat. Contrairement aux apparences, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un exposé à sens unique puisque le public communique à l&rsquo;homme politique son opinion sur ce qu&rsquo;il dit par des manifestations non-verbales telles que les cris, les rires, les applaudissements et éventuellement les sifflets(9) et que, du côté de l&rsquo;homme politique, la forme prend souvent le pas sur le contenu. Ce qui importe le plus, ce n&rsquo;est pas tant l&rsquo;information nouvelle que le processus d&rsquo;identification, voire de fusion, qui s&rsquo;opère entre le destinataire et l&rsquo;émetteur du discours politique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une expérience commune forte, rythmée par des mots-totems, éventuellement même par des formules rituelles qui suscitent un tonnerre d&rsquo;applaudissements dans la salle. Cette phrase, située au tout début du discours, est également une façon de tester la salle. De la même façon, lorsqu&rsquo;il est à nouveau question, à la fin du discours, des sanctions de l&rsquo;Union européenne, les spectateurs font bloc autour de Haider comme de nombreux Autrichiens ont fait bloc face aux sanctions, ce qui fait dire à Haider les mots suivants : «Mais il y a, Dieu merci, [en Autriche] une population raisonnable et posée. Voilà quelque chose de positif : cette Autriche-là a ridiculisé le reste de l&rsquo;Europe au moment des sanctions [...]. Et là, il faut bien le dire, chapeau bas devant tous les Autrichiens ! [applaudissements]».<br />
Cependant, à l&rsquo;ère de la médiatisation du moindre événement politique, il faut se garder de limiter les destinataires d&rsquo;un tel discours aux seules personnes assises dans cette salle de Vienne. On sait également que le destinataire d&rsquo;un message n&rsquo;est pas une potiche, qu&rsquo;il co-construit au contraire le message qu&rsquo;il reçoit en fonction de sa motivation, et de son orientation politique dans le cas d&rsquo;un énoncé politique. Prenons le cas d&rsquo;un opposant au discours de Haider : comment va-t-il réagir aux formules qui déclenchent l&rsquo;enthousiasme du public ? Il décode, déconstruit le discours, avec pour objectif final non seulement de lui opposer une autre vision du monde mais surtout de démontrer l&rsquo;invalidité des thèses qu&rsquo;il défend. La particularité du discours d&rsquo;extrême droite est donc de provoquer chez son destinataire un réflexe d&rsquo;interprétation et d&rsquo;évaluation du discours.<br />
On voit bien que le discours d&rsquo;extrême droite est un discours politique à part entière. En quoi s&rsquo;en démarque-t-il cependant ? Quelle est la touche personnelle qu&rsquo;ajoute Haider au discours politique traditionnel ? La place privilégiée qu&rsquo;occupe Haider, et la valeur d&rsquo;argument qu&rsquo;il a en tant que (ancien)(10) dirigeant du parti donnent déjà quelques éléments de réponse. En cela, il dépasse le cadre du marketing politique : il n&rsquo;est pas seulement un argument de vente, il est le chef, l&rsquo;homme fort revendiqué par l&rsquo;idéologie d&rsquo;extrême droite. De même, la vision du monde ultra-simplifiée que propose Haider dans son discours n&rsquo;induit pas une déproblématisation de la réalité sociale : elle en propose une lecture simpliste et avance une réponse qui ne se limite pas à la prise de pouvoir mais désigne l&rsquo;ennemi à éliminer, tels les immigrés et les opposants, et déclare vouloir remettre les femmes à leur place. Quant au destinataire, son rôle ne se limite pas à s&rsquo;identifier avec Haider, il est plus actif puisqu&rsquo;il doit, quelles que soient ses idées, décoder l&rsquo;implicite de son discours, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de ce que la loi interdit de dire ou de ce que la société désapprouve.</p>
<h3>Un arrière-plan idéologique omniprésent</h3>
<p>Jörg Haider est-il un cynique en matière de politique ? Si on en juge d&rsquo;après son itinéraire politique et avant cela d&rsquo;après le milieu familial dans lequel il a été élevé, il semble que ses convictions politiques soient bien ancrées : son opportunisme politique se manifeste vraisemblablement seulement dans les déclarations qu&rsquo;il fait pour démentir d&rsquo;autres déclarations qui ont fait scandale.<br />
Dans le livre qu&rsquo;il a publié en 1993 et qui s&rsquo;intitule <em>Die Freiheit, die ich meine</em>(11), Haider fustige les idéologies de gauche et se proclame libre de toute idéologie. Pourtant, l&rsquo;arrière-plan idéologique du FPÖ est omniprésent dans ces pages : Haider s&rsquo;affirme en tant que libéral héritier du camp national-libéral autrichien du début du siècle. Il n&rsquo;évoque cependant pas les liens de son parti avec le nazisme et son idéologie, sauf pour s&rsquo;en défendre.<br />
Quant au FPÖ, aussi bien son histoire interne et externe montrent bien ses orientations idéologiques ; il n&rsquo;est pas allé au bout du virage libéral amorcé en 1964, n&rsquo;en retenant que l&rsquo;aspect ultra-libéral (voir les mesures prises par le nouveau gouvernement sur les retraites). Depuis que Haider a pris la direction du FPÖ en 1986, ce parti est classé à l&rsquo;extrême droite sur l&rsquo;échiquier politique ; si l&rsquo;on reprend la définition de l&rsquo;extrême droite que donne le DÖW(12) («Vision nationaliste de l&rsquo;histoire, révisionnisme historique, racisme biologique et différencialiste, nationalisme pangermanique, création de boucs émissaires et autres représentations de l&rsquo;ennemi intérieur et extérieur, critique de la démocratie et du système en place, communauté nationale (au sens völkisch) et sociale, conception autoritaire de l&rsquo;État, État fort avec un homme fort, un führer à sa tête, agressivité du style politique, refus de l&rsquo;émancipation des femmes»), on se rend compte que quatre idées fondamentales (l&rsquo;exclusion, le passé, la violence et le chef) donnent au discours du FPÖ son style particulier. Il importe maintenant de voir quels procédés elles impliquent, susceptibles de faire dire au destinataire qu&rsquo;il a affaire à un discours politique d&rsquo;extrême droite.</p>
<h3>L&rsquo;exclusion : l&rsquo;idée et le mot</h3>
<p>L&rsquo;ensemble du discours politique du FPÖ repose sur l&rsquo;opposition entre un «nous» doté de toutes les qualités et un «eux» doué de mauvaises intentions qui menace le «nous» ; cette opposition ne se limite pas, comme chez les partis politiques traditionnels, aux seuls adversaires politiques, elle vise toute une partie de la population à exclure, voire à éliminer. «Tous ces gens-là [clandestins et délinquants] n&rsquo;ont rien à faire en Autriche, et il doit être dans notre intérêt de nous en débarrasser comme il convient.» La polysémie du verbe «débarrasser» donne un ton particulièrement menaçant au discours de Haider, qui pourra toujours, le cas échéant, minimiser ce qu&rsquo;il a voulu dire, sans pour autant pouvoir nier avoir parlé des clandestins comme d&rsquo;un paquet encombrant ou d&rsquo;une tache qui dépare dans un tableau idyllique.<br />
Il faut rattacher à la thématique de l&rsquo;exclusion toute la partie du discours du FPÖ qui repose sur la théorie du complot. Le mythe du complot ou de la conspiration est typique de l&rsquo;extrême droite de tous les pays car il a de multiples avantages : il repose en effet sur l&rsquo;idée de l&rsquo;exclusion et du secret et permet, tout en désignant les autres comme responsables, de donner l&rsquo;illusion d&rsquo;une communauté d&rsquo;intérêt pour provoquer le fameux Schulterschluss évoqué dans le cas des sanctions européennes, tout en détournant l&rsquo;attention des véritables problèmes. Le cas des sanctions de l&rsquo;Union européenne est particulièrement intéressant à cet égard : «Tout cela, mes chers amis, peut nous faire sourire, mais il est bien triste que nous ayons une telle réputation à l&rsquo;étranger à cause de ces gauchistes qui nous diffament, alors que nous autres, démocrates&#8230; [applaudissements]».<br />
Il est impossible pour les gens de gauche de démentir avoir sali l&rsquo;image de l&rsquo;Autriche aux yeux de la communauté internationale : en effet, qu&rsquo;ils se taisent ou qu&rsquo;ils réagissent en signe de dénégation, ils risquent dans tous les cas de faire le jeu de Haider en s&rsquo;excluant par leur mutisme du Schulterschluss qui réunit tous les Autrichiens dans un même sursaut nationaliste ou bien en s&rsquo;y incluant par leurs dénégations, et en minimisant par là-même le danger que représentent à la fois le FPÖ(13), ses partisans et ses sympathisants.</p>
<h3>Le passé des mots allemands</h3>
<p>Le discours politique du FPÖ est toujours sujet à interprétation : dans le cas de son rapport au passé nazi de l&rsquo;Autriche, la nécessité d&rsquo;une connaissance du lexique nazi est nécessaire, de même que celle de la rhétorique de la Nouvelle Droite(14) afin de bien saisir la portée de l&rsquo;implicite dans le discours du FPÖ.<br />
Il existe en Autriche une loi qui interdit l&rsquo;apologie du régime nazi ainsi que tout ce qui pourrait remettre en activité politique les idées qui étaient celles du NSDAP : il s&rsquo;agit de la loi sur la Wiederbetätigung, qui conditionne d&rsquo;une certaine manière le discours du FPÖ, au même titre que la loi Gayssot, qui interdit en France l&rsquo;incitation à la haine raciale et conditionne le discours du Front national. C&rsquo;est la première contrainte que subit le discours du FPÖ et qui en explique le codage : il s&rsquo;agit de parler à mots couverts dans le but de s&rsquo;éviter des poursuites juridiques qui pourraient mener à l&rsquo;interdiction du parti.<br />
Bien sûr, si le FPÖ n&rsquo;est pas un groupuscule néo-nazi qui signe ses tracts d&rsquo;une croix gammée, les rapports qu&rsquo;il entretient avec l&rsquo;idéologie d&rsquo;extrême droite sont cependant bien réels. Ainsi, on retrouve dans le discours du FPÖ, et en bonne place puisque sur les affiches électorales pour les élections municipales de Vienne de 1999, le terme Überfremdung par exemple, dont voici la première définition : «Pénétration trop importante d&rsquo;éléments non-allemands ou “étrangers à l&rsquo;espèce” dans le peuple allemand ; Goebbels, en 1933 : “La vie intellectuelle allemande est submergée [Überfremdung] par la juiverie internationale.”»(15)<br />
À partir de 1938, ce terme ne s&rsquo;applique plus seulement aux Juifs, mais aussi à tout contact avec les étrangers (travailleurs forcés ou prisonniers de guerre) et aujourd&rsquo;hui, il a acquis les significations suivantes : «Ascendant pris sur une culture, sur une langue par une influence étrangère plus puissante ; (dans la discussion autour de l&rsquo;accueil des demandeurs d&rsquo;asile) Afflux d&rsquo;un trop grand nombre d&rsquo;étrangers dans une région.»(16)<br />
Il s&rsquo;agit donc d&rsquo;un mot-drapeau, brandi en pleine campagne électorale dans le but de gagner des électeurs malgré (ou peut-être à cause) de l&rsquo;implicite qu&rsquo;il renferme : en effet, c&rsquo;est un signal pour les gens qui ont déjà une opinion d&rsquo;extrême droite, tandis que pour les opposants, c&rsquo;est une menace qui dit sa détermination, et pour les indécis un terme violent qui détone par rapport aux autres discours politiques et peut les pousser à prendre la décision d&rsquo;un vote protestataire.<br />
Le FPÖ ne se contente cependant pas d&rsquo;utiliser des mots ou des formules qui renvoient au nazisme et éveillent un écho douloureux chez ceux qui ont connu cette époque et qui en ont été les vraies victimes(17) : il va même jusqu&rsquo;à défendre l&rsquo;engagement de certains dans les Waffen SS. Le discours fait par Haider le 30 septembre 1995 à Krumpendorf devant une assemblée comportant majoritairement d&rsquo;anciens SS est particulièrement intéressant à cet égard.<br />
Le discours est fait sur le mode de la défense (défense de la commémoration de l&rsquo;Ulrichsberg, défense de la génération de la guerre face aux expositions sur la Wehrmacht), ce qui permet à Haider de présenter les anciens SS comme des victimes, cibles du politiquement correct, du terrorisme de la vertu et de la discrimination : «Nous vivons vraiment à une époque où le politically correct, comme on dit si joliment, le terrorisme de la vertu se répand, y compris par l&rsquo;intermédiaire des médias et de tous ceux qui ont quelque chose à dire dans la vie publique, et où on essaie tout bonnement de discriminer ces rencontres et ces retrouvailles de la vieille génération, qui ne souhaite en fin de compte que se retrouver pour penser.»<br />
Haider retourne la situation : les bourreaux deviennent des victimes, et inversement, à l&rsquo;instar de l&rsquo;Allemagne que les révisionnistes prétendent dégager de la responsabilité du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un procédé traditionnellement employé par l&rsquo;extrême droite, et par les nazis également : le renversement de la responsabilité, qui continue dans la suite du discours par l&rsquo;emploi d&rsquo;expressions comme «à tout ce qu&rsquo;elle a traversé, à tout ce qu&rsquo;elle a vécu, à tout ce pour quoi elle a souffert, à tout ce pour quoi elle est restée debout et à tout ce pour quoi elle est encore debout aujourd&rsquo;hui.» Haider reste dans le flou, mais il s&rsquo;adresse à un public particulier, qui sait interpréter ses allusions, ces dernières conférant encore plus de force à son discours. Les cinq relatives sont certes vagues, mais elle font référence à des actions et sentiments positifs (traverser une épreuve, souffrir, rester debout pour quelque chose, dans le sens d&rsquo;assumer ses actes) tandis que les termes «politically correct», au même titre que «terrorisme de la vertu» et «discriminer» sont connotés négativement, alors qu&rsquo;ils renvoient à la dénazification et à l&rsquo;opposition au nazisme. Il s&rsquo;agit là de termes utilisés couramment par les révisionnistes et les négationnistes qui déclarent lutter contre la «dictature de la pensée» qui permet d&rsquo;asseoir «l&rsquo;histoire officielle», et tout cela au nom de la «liberté d&rsquo;expression».</p>
<h3>La violence et le pouvoir incontesté du chef</h3>
<p>Il s&rsquo;agit de deux idées fondamentales qui sous-tendent le discours politique d&rsquo;extrême droite et dont les manifestations stylistiques sont relativement faciles à détecter. Ainsi, le discours de Haider devient agressif et violent lorsqu&rsquo;il attaque le système en place : il invente pour ce faire des mots extrêmement insultants dont voici quelques exemples particulièrement frappants, mais parfois difficiles à rendre en français et qui font en tout cas penser aux mauvais calembours de Le Pen : « Bettlerrepublik [république des mendiants], Entwicklungsdemokratie [démocratie en voie de développement], Gaunerrepublik [république des escrocs, qui ressemble à s'y méprendre au ripoublique de Le Pen], Korruptionäre et Korruptionisten [mélange intraduisible entre corruption et fonctionnaire], Nachtwächterregierung [république des veilleurs de nuit], Operettenstaat [État d'opérette]»(18). Par ailleurs, lorsque Haider évoque ses adversaires politiques, il ne se limite pas uniquement à des attaques ad hominem traditionnelles avec insinuations et remarques ironiques à l&rsquo;appui, il s&rsquo;agit véritablement de défaire l&rsquo;adversaire dans une guerre totale. Tous les moyens stylistiques sont bons : métaphores animales, déformations du nom, insultes, moqueries visant les particularités physiques de l&rsquo;adversaire, menaces explicites.<br />
En 1995, à propos de ses opposants, Haider se fait carrément menaçant : «Je ne suis pas encore chancelier, vous avez encore la vie sauve, mais bientôt, je vous bouclerai.»(19)<br />
La violence du discours politique du FPÖ est facilement perceptible ; la façon dont l&rsquo;idée du chef tout-puissant du parti (même redevenu «militant de base») influe sur le discours politique du FPÖ peut passer inaperçue, car elle ne se manifeste pas de façon aussi spectaculaire. C&rsquo;est cependant précisément cette idée qui permet à Haider d&rsquo;enfreindre le principe de confiance sur lequel repose la réception du discours politique.<br />
Le principe de confiance est en effet ce qui autorise le destinataire d&rsquo;un discours politique à croire que le discours est plus ou moins conforme à la réalité : de par sa position, Haider se permet régulièrement d&rsquo;enfreindre ce principe en mettant en doute tout ce que disent ses adversaires politiques et en n&rsquo;hésitant pas à inventer chiffres et anecdotes, tant et si bien que tout se noie dans un brouillard idéologique qui favorise la propagation des idées d&rsquo;extrême droite.<br />
Ainsi, à propos du secrétaire régional du FPÖ du Burgenland (Wolfgang Rauter) qui avait critiqué les projections gratuites pour les jeunes du film La Liste de Schindler, Haider a répliqué en 1999 à un journaliste qui lui demandait ce qu&rsquo;il pensait de la prise de position de «Walter» Rauter : «Cet homme politique n&rsquo;est pas chez nous.»(20) Le journaliste s&rsquo;était trompé de prénom, et Haider a pris sa question au pied de la lettre pour lui répondre par un mensonge éhonté. De la même façon, lorsqu&rsquo;une déclaration d&rsquo;un membre du FPÖ fait scandale, les justifications qui suivent enfreignent régulièrement le principe de confiance, par des mensonges souvent éhontés où, lorsque le ou la journaliste revient sur les propos scandaleux, on lui répond qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une autre citation, ou alors que la citation a été mal citée, etc. Tous les moyens sont bons pour désamorcer le scandale, sauf un : reconnaître les faits et s&rsquo;excuser pour les propos tenus.<br />
Le mensonge comme affirmation de la toute-puissance du chef ne se limite cependant pas aux réponses données par le FPÖ à la presse ou à ses détracteurs : Haider n&rsquo;hésite pas à mentir sans qu&rsquo;on lui ait rien demandé, en particulier lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de chiffrer le nombre d&rsquo;immigrés : il refuse tout bonnement par exemple de ne pas inclure les enfants d&rsquo;immigrés, eux-mêmes citoyens autrichiens.<br />
Cette façon de traiter les chiffres explique le passage sur les taux d&rsquo;immigrés dans le discours du 19 octobre 2000 qui reprend à peu de choses près la déclaration suivante faite en septembre 1999 par Haider à des journalistes de Falter, qui lui demandaient s&rsquo;il considérait vraiment que les enfants nés d&rsquo;un mariage mixte devaient être pris en compte dans le taux d&rsquo;immigrés : «Ils sont dans les chiffres, n&rsquo;est-ce pas ? [...] On peut en enlever autant qu&rsquo;on veut des chiffres, jusqu&rsquo;à arriver à zéro, n&rsquo;est-ce pas ?»(21)</p>
<h3>La manipulation des mots</h3>
<p>À l&rsquo;instar de l&rsquo;usage que fait la Nouvelle Droite d&rsquo;idées comme le respect des autres cultures (qui donne au racisme biologique un nouveau visage : le différencialisme) ou de celui que les négationnistes font de la liberté d&rsquo;expression, le FPÖ s&rsquo;accapare les idées et les mots des autres pour en déformer le sens. Or, le destinataire qui ne se doute pas du changement de sens, a l&rsquo;illusion que le FPÖ est un parti respectable, démocratique, institutionnel, alors que les idées en question ont été détournées de leur sens premier. Deux exemples sont particulièrement intéressants à cet égard : celui du regroupement familial et celui de la protection de l&rsquo;environnement.<br />
Le regroupement familial est une idée à laquelle le FPÖ s&rsquo;est toujours opposé, allant même jusqu&rsquo;à vouloir abandonner la Convention de Genève. En 1996, le FPÖ réclame pour les Autrichiens le droit à la patrie et déclare, au sujet du regroupement familial : «Dans tous les autres cas [lorsque les personnes concernées peuvent retourner dans leur pays d'origine], le regroupement familial peut tout aussi bien être effectué dans le pays natal de l&rsquo;étranger.»(22)<br />
Le FPÖ peut ainsi se revendiquer des Droits de l&rsquo;Homme et dire, comme Helene Partik-Pablé, candidate aux dernières élections municipales de Vienne : «Nous préconisons le regroupement familial, mais dans le pays natal de l&rsquo;étranger.»(23)<br />
Le deuxième exemple que je voudrais citer est celui de la protection de l&rsquo;environnement : il s&rsquo;agit pour le FPÖ d&rsquo;un thème récent, emprunté à la gauche. Ainsi, le FPÖ organise depuis plus d&rsquo;un an à la frontière tchèque des manifestations contre la centrale nucléaire de Temelin : la frontière est bloquée, et les slogans scandés par les manifestants sont nationalistes. Il ne s&rsquo;agit donc pas de la protection de l&rsquo;environnement comme on l&rsquo;entend habituellement (celle qui assure la préservation de la nature et de l&rsquo;espèce humaine), mais de la préservation d&rsquo;un Lebensraum [espace vital] à l&rsquo;abri des accidents nucléaires et dans lequel le peuple autrichien peut continuer d&rsquo;exister. On retrouve le même détournement d&rsquo;idée dans le programme de 1987 des Republikaner, parti d&rsquo;extrême droite allemand, où l&rsquo;on peut lire : «Nous entendons préserver et promouvoir la persistance et la santé du peuple allemand : c&rsquo;est une mission commune à tous qui dépasse les intérêts particuliers. La protection de l&rsquo;environnement, entre autres choses, servira ce but.»(24) Cette citation met en relation le terme Umweltschutz (protection de l&rsquo;environnement) et la préservation du peuple allemand, montrant la coloration nationaliste que donne ce parti d&rsquo;extrême droite à ce mot dont la portée est généralement universelle.</p>
<h3>Un discours sur le discours</h3>
<p>Les glissements de sens opérés dans le discours politique du FPÖ de même que les formulations totalement nouvelles qu&rsquo;il propose fournissent bien souvent matière à interprétation et le classent en tout cas à part des autres discours politiques. Par ailleurs, de nombreuses déclarations du FPÖ et de Haider ont fait scandale et se sont retrouvées de ce fait au centre de l&rsquo;actualité politique pour être analysées et décodées(25).<br />
À ce titre, toute une partie du discours politique du FPÖ est du discours sur son propre discours. Il est particulièrement intéressant de voir comment Haider se justifie lorsqu&rsquo;il est attaqué sur un de ses discours (celui de Krumpendorf par exemple) ou sur la déclaration faite le 13 juin 1991 au Landtag de Carinthie : «Pendant le Troisième Reich, il y a eu une politique de l&rsquo;emploi convenable, et c&rsquo;est une chose que votre gouvernement à Vienne ne parvient pas même à mettre en place.»(26)<br />
Les dénégations et les confirmations des déclarations mises en cause participent (au même titre que les démentis et les excuses faussement sincères) au brouillard idéologique qui se forme au fil des ans autour des déclarations scandaleuses des cadres du FPÖ : qui sait encore aujourd&rsquo;hui ce qu&rsquo;a dit réellement Haider au sujet de sa déclaration de juin 1991 sur la politique d&rsquo;emploi du Troisième Reich ? A-t-il démenti ? S&rsquo;est-il excusé ? A-t-il maintenu ses propos ? À part nier qu&rsquo;il avait fait cette déclaration, il a dit en fin de compte à peu près tout et son contraire.<br />
Précisons que Haider a été rapidement démis de ses fonctions de ministre-président de Carinthie mais qu&rsquo;ensuite, la plainte pour Wiederbetätigung a dû être abandonnée car, selon les tribunaux, on ne pouvait pas prouver que Jörg Haider ait eu l&rsquo;intention par une telle déclaration de remettre en service les idées nazies, ce que les excuses faites immédiatement après la déclaration tendraient à prouver.<br />
Après que les poursuites ont été interrompues, Haider a commencé à revenir sur ses excuses et à renforcer sa déclaration en déclarant par exemple au journal d&rsquo;extrême droite allemand <em>Junge Freiheit</em> : «Il apparaît de plus en plus clair que ce que j&rsquo;ai dit est un fait historique, un point c&rsquo;est tout. [...] C&rsquo;est un fait historique qu&rsquo;en Autriche, les voleurs, les escrocs, les parjures restent au pouvoir, tandis que ceux qui disent la vérité historique sont contraints de démissionner.»(27)<br />
Au fur et à mesure que les mois passent, Haider renverse les rôles ; plus rien n&rsquo;est de sa faute, ce sont ses détracteurs qui instrumentalisent ses paroles pour le stopper dans son ascension politique, comme il l&rsquo;écrit dans son livre <em>Die Freiheit, die ich meine</em> : «Si l&rsquo;on évoque les succès du Troisième Reich en matière de politique d&rsquo;emploi, succès prouvés sans le moindre doute par les recherches les plus récentes, on se retrouve immédiatement sous la menace d&rsquo;une plainte pour Wiederbetätigung et on doit, en tant qu&rsquo;homme politique, immédiatement démissionner.»(28)<br />
On remarque d&rsquo;ailleurs dans cette déclaration deux inexactitudes : sur les succès de la politique d&rsquo;emploi du Troisième Reich(29) et sur sa prétendue démission (Haider a été démis de ses fonctions).<br />
Jusqu&rsquo;au début de l&rsquo;année 1999, Haider continue à faire le même type de déclaration, et en novembre 1999, il continue à refuser de s&rsquo;excuser. Cependant, lorsqu&rsquo;il entrevoit pour le FPÖ la possibilité de participer au gouvernement, il change du tout au tout et s&rsquo;excuse lors de son discours fait à la Hofburg le 12 novembre 1999 : «[Je m'excuse] pour quelques déclarations [...] qu&rsquo;on m&rsquo;attribue au sujet du national-socialisme.»(30) Mais dès juin 2000, il revient sur ses excuses dans une interview avec le Tagesspiegel de Berlin, et parle à nouveau d&rsquo;une erreur d&rsquo;interprétation de la part du public, renforçant ainsi sa première déclaration : «J&rsquo;ai dit que je m&rsquo;excusais pour le cas où l&rsquo;interprétation de mes déclarations, citées de façon incomplète, aurait provoqué un malentendu susceptible de blesser des gens. Et c&rsquo;est bien autre chose que si j&rsquo;étais revenu sur mes déclarations.»(31)<br />
Toutes ces différentes réactions de Haider face à sa déclaration de 1991 sur la politique d&rsquo;emploi du Troisième Reich (s&rsquo;en distancer, s&rsquo;excuser ou la confirmer) correspondent à des stratégies adaptées aux différents destinataires du discours politique du FPÖ : aussi bien au destinataire critique auprès de qui les excuses servent d&rsquo;alibi sur lequel on peut toujours s&rsquo;appuyer au cas où cela serait nécessaire, qu&rsquo;à celui qui a des idées d&rsquo;extrême droite et qui sait bien que de telles déclarations ne sont pas (encore) tolérées mais apprécie de voir que Haider ne baisse pas complètement sa garde.</p>
<h3>Conclusion</h3>
<p>Le discours du FPÖ est un discours politique qui pousse à l&rsquo;extrême la soumission aux règles du marketing politique en assurant la complète primauté de l&rsquo;image sur le contenu (et par extension du dirigeant sur la ligne politique du parti), qui simplifie la réalité et le discours jusqu&rsquo;à faire disparaître l&rsquo;argumentation et privilégie l&rsquo;aspect émotionnel dans son rapport au destinataire. De ce fait, le discours du FPÖ se trouve souvent jouer avec l&rsquo;implicite, l&rsquo;allusion et le sous-entendu, ce qui oblige ses destinataires à l&rsquo;interpréter, à le décoder, à le décrypter. On a donc affaire à un discours manipulateur, qui déforme et n&rsquo;hésite pas à utiliser le mensonge : à force de glissements de sens et de formulations allusives, le discours politique du FPÖ semble inattaquable, ou plutôt, on ne sait plus par quel biais l&rsquo;attaquer.<br />
En ce sens, le discours politique du FPÖ est un discours d&rsquo;extrême droite moderne, à différencier donc du discours du FN français, plus traditionnel et donc moins soucieux des règles de marketing politique. Il faut également le différencier du discours des organisations néo-nazies, dans lequel il n&rsquo;y a pas place pour l&rsquo;ambiguité, l&rsquo;interprétation ou l&rsquo;implicite, ce qui les conduit la plupart du temps à être interdites quand la loi en vigueur dans le pays le permet.<br />
Du fait de sa modernité et de ses caractéristiques si particulières, le discours du FPÖ se retrouve bien souvent au centre de la polyphonie que constitue l&rsquo;ensemble des discours politiques. Ces derniers se sentent obligés de se positionner par rapport au discours du FPÖ, et c&rsquo;est ainsi que plusieurs idées du FPÖ deviennent acceptables pour les partis politiques autrichiens, entraînant une «haiderisation» du discours politique autrichien.</p>
<p>Notes<br />
(1). FPÖ : Freiheitliche Partei Österreichs (parti libéral autrichien), ÖVP : Österreichische Volkspartei (parti populaire autrichien) et SPÖ : Sozialdemokratische Partei Österreichs (parti social-démocrate autrichien).<br />
(2). Depuis que Haider a «pris le pouvoir» à l&rsquo;intérieur du FPÖ, ce dernier n&rsquo;a plus participé à aucune coalition gouvernementale : c&rsquo;est en tant que parti d&rsquo;opposition que le FPÖ s&rsquo;est fait une place dans les sondages et dans le cœur des Autrichiens.<br />
(3). Discours fait à Vienne pour soutenir la candidature de Hilmar Kabas aux élections municipales de Vienne de mars 2001.<br />
(4). Note de Jean-Pierre Raffarin, expert en marketing politique, à l&rsquo;intention des candidats UDF, cité dans Trognon Alain-Larrue Janine, <em>Pragmatique du discours politique</em>, Armand Colin, Paris, 1994, p. 13.<br />
(5). Le FPÖ est le premier parti chez les moins de 30 ans.<br />
(6). Le Bart Christian, <em>Le discours politique</em>, collection Que sais-je ?, PUF, Paris, 1998, pp. 70-71.<br />
(7). On pourrait analyser de la même façon le passage où Haider fustige les sanctions européennes et qui comporte également une construction anaphorique «Ce n&rsquo;est pas chez nous&#8230;».<br />
(8). Le Bart, 1998, pp. 70-71.<br />
(9). Il n&rsquo;y a aucune manifestation de désapprobation de ce genre durant ce meeting auquel assistent surtout des sympathisants, les opposants évitant bien sûr de se manifester comme tels, question de prudence !<br />
(10). Depuis mars 2000, Haider a démissionné de ses responsabilités de dirigeant du FPÖ pour redevenir un «militant de base» du parti.<br />
(11). Haider Jörg, <em>Die Freiheit, die ich meine</em>, Ullstein, 1993.<br />
(12). Dokumentationsarchiv des Österreichischen Widerstands, Centre de documentation de la résistance autrichienne, définition citée dans Scharsach Hans-Henning, Huch Kurt, Haider. <em>Schatten über Europa</em>, Kiepenheuer &amp; Witsch, Cologne, 2000, p. 24.<br />
(13). Voir à ce sujet les réactions controversées des Verts autrichiens au moment où ont été votées les sanctions contre l&rsquo;Autriche par l&rsquo;Union européenne.<br />
(14). Cf. Pierre-André Taguieff, <em>Sur la Nouvelle Droite</em>, 1994.<br />
(15). Brachmann Karl-Heinz, Birkenhauer Renate, NS-Deutsch. »Selbstverständliche« Begriffe und Schlagwörter aus der Zeit des Nationalsozialismus, Straelener Manuskripte Verlag, 1988,<br />
pp. 185-186.<br />
(16). Schmitz-Berning Cornelia : <em>Vokabular des Nationalsozialismus</em>, de Gruyter, 1998, pp. 615-616.<br />
(17). Voir l&rsquo;hommage rendu en juin 2000 par Ernest Windholz, le président du FPÖ de Basse-Autriche, aux militants de longue date : «Unsere Ehre heißt Treue» (Notre honneur a nom fidélité). Il s&rsquo;agit de la devise des Waffen SS : s&rsquo;agit-il d&rsquo;une coïncidence ou pas ? Windholz a déclaré ne pas connaître la référence contenue dans cette formule, ce qui est fortement sujet à caution.<br />
(18). Exemples tirés de l&rsquo;abécédaire publié par Ötsch Walter, Haider light. <em>Handbuch für Demagogie</em>, Czernin Verlag, Vienne, 2000, pp. 21-22.<br />
(19). Cité dans Ötsch, 2000, p. 68.<br />
(20). Cité dans Ötsch, 2000, p. 192.<br />
(21). Cité dans Ötsch, 2000, p. 92.<br />
(22). Cité dans Scharsach, 2000, p. 90.<br />
(23). Cité dans Scharsach, 2000,<br />
p. 91.<br />
(24). Cité dans Diekmannshenke Hajo et Klein Josef (sous la direction de), <em>Wörter in der Politik. Analyse zur Lexemverwendung in der politischen Kommunikation, Westdeutscher Verlag</em>, 1996, p. 83.<br />
(25). Il s&rsquo;agit la plupart du temps de «dérapages» plus ou moins contrôlés, dont le FPÖ est d&rsquo;ailleurs toujours sorti renforcé.<br />
(26). Cité dans Scharsach, 2000, p. 38.<br />
(27). Cité dans Scharsach, 2000, p. 40.<br />
(28). ibid.<br />
(29). Les trois raisons des prétendus succès de la politique d&rsquo;emploi du Troisième Reich sont les suivantes : la préparation de la guerre (usines d&rsquo;armement), la persécution des Juifs qui ont dû fuir ou ont été déportés ainsi que la confiscation de leurs biens qui ont financé cette politique d&rsquo;emploi.<br />
(30). Scharsach, 2000, p. 41.<br />
(31). Scharsach, 2000, p. 42.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/opportuniste-ou-extremiste/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Autriche : les Burschenschaften, la conservation des élites à la mode autrichienne</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 08 Jan 2004 11:21:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les nostalgiques]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[extrême-droite]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[LesBurschenschaftenen Autriche Le système des corporations nationalistes pangermaniques en Autriche Sous le concept de corporations nationalistes pangermaniques ou national-libérales, on regroupe les Burschenschaften, les chorales, les associations de chasseurs, les associations patriotiques communautaires, ainsi que les associations sportives universitaires, les associations d&#8217;étudiants allemands et les différentes corporations. Malgré les similitudes qu&#8217;ils peuvent présenter dans leur [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les</strong><em>Burschenschaften</em><strong>en Autriche</strong></p>
<p>Le système des corporations nationalistes pangermaniques en Autriche</p>
<p>Sous le concept de corporations nationalistes pangermaniques ou national-libérales, on regroupe les <em>Burschenschaften</em>, les chorales, les associations de chasseurs, les associations patriotiques communautaires, ainsi que les associations sportives universitaires, les associations d&rsquo;étudiants allemands et les différentes corporations. Malgré les similitudes qu&rsquo;ils peuvent présenter dans leur structure hiérarchique et strictement masculines, ces regroupements organisés en associations déclarées se différencient nettement des organisations catholiques par leur nationalisme pangermanique, leur scepticisme à l&rsquo;encontre de la démocratie parlementaire, le lien qui les unit au national-socialisme et leur attachement au principe du duel (obligation de se battre à l&rsquo;épée, <em>Pflichtmensur</em>). Dans cet article, nous nous limiterons à l&rsquo;étude des <em>Burschenschaften</em>, du fait de leur force et de leur position particulière dans ce milieu-là, et avant tout du fait de leur organisation politique explicite, qui facilite leur classification idéologique.</p>
<p>Le rapport publié en 1994 par le ministère de l&rsquo;Intérieur autrichien fait état de « deux <em>Burschenschaften</em> de Vienne, et d&rsquo;une de Innsbruck […], qui ont le rôle d&rsquo;écoles de cadres »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_0_190" id="identifier_0_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur, groupe C, d&eacute;partement II / 7 : L&rsquo;extr&ecirc;me droite en Autriche. Rapport 1994, Vienne, 1995, p. 11.">1</a></sup>. Dans le rapport portant sur l&rsquo;année 1999, les autorités constatent qu&rsquo;il émane des <em>Burschenschaften</em> autrichiennes « une idéologie d&rsquo;extrême droite habilement dissimulée. On reconnaît également dans l&rsquo;agitation de ces structures étudiantes une volonté de faire accepter d&rsquo;une certaine façon, par des chemins détournés, l&rsquo;idéologie national-socialiste. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_1_190" id="identifier_1_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur, groupe C, d&eacute;partement II / 7, L&rsquo;extr&ecirc;me droite en Autriche. Rapport 1999, Vienne, 2000, p. 10.">2</a></sup> L&rsquo;Office de Protection de la Constitution allemand s&rsquo;est également déclaré contraint en 1996 « de surveiller à l&rsquo;avenir les signes de l&rsquo;activisme d&rsquo;extrême droite au sein des <em>Burschenschaften</em>. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_2_190" id="identifier_2_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur (&eacute;d.), Rapport de l&rsquo;Office de Protection de la Constitution 1995, Bonn, 1996, p. 165..">3</a></sup> Selon l&rsquo;Office de Protection de la Constitution de Hambourg, il semblerait qu&rsquo;au sein de la Deutsche Burschenschaft (DB), la confédération regroupant des <em>Burschenschaften</em> allemandes et autrichiennes, certaines « forces, qui présentent des affinités prononcées avec le camp nationaliste, soient en train de gagner en poids politique. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_3_190" id="identifier_3_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Office r&eacute;gional de Protection de la Constitution (&eacute;d.), Rapport 1996, Hambourg, 1997, p. 116.">4</a></sup> La <em>Burschenschaft</em> Olympia de Vienne y est évoquée nommément.</p>
<p>Il n&rsquo;est pas question de se livrer ici à une description sans nuances de toutes les corporations nationalistes pangermaniques : en effet, elles ne présentent pas toutes les caractéristiques des organisations d&rsquo;extrême droite. Nous essaierons plutôt de définir l&rsquo;orientation politique de ces organisations en analysant leurs publications et leur politique générale d&rsquo;apparitions publiques, tout en gardant à l&rsquo;esprit le rôle considérable qu&rsquo;elles jouent en terme de reproduction des élites masculines dans la société autrichienne.</p>
<p><strong>Le rôle des</strong><em>Burschenschaften</em></p>
<p>Au moment où, au début des années 1990, l&rsquo;extrême droite organisée connaissait une complète restructuration, le rôle joué par les corporations nationalistes pangermaniques s&rsquo;est considérablement accrû. Elles ont en effet renoncé à leurs apparitions martiales, à l&rsquo;agitation qu&rsquo;elles menaient dans la jeunesse (chez les skinheads, les hooligans, etc.), et pas seulement sous la pression officielle, pour les remplacer par un travail de subversion touchant à l&rsquo;idéologie et au recrutement de personnalités.Du fait de la rigidité de leurs critères de recrutement et de leur politique de rassemblement souvent exclusive, elles offrent une protection contre les curiosités indésirables. Ainsi, la proximité idéologique tout autant que cette fonction protectrice<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_4_190" id="identifier_4_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;exemple le plus frappant concerne les proc&egrave;s instruits pour NS-Wiederbet&auml;tigung, c&rsquo;est-&agrave;-dire pour condamner la r&eacute;activation de l&rsquo;id&eacute;ologie par les Burschenschafter. Ainsi, le juge Hans Peter Januschke (adh&eacute;rent du Verein deutscher Studenten Studetia) provoqua un scandale en 1996 au cours d&rsquo;un proc&egrave;s qu&rsquo;il instruisait contre un professeur d&rsquo;un lyc&eacute;e professionnel de Vienne : apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;clar&eacute; &agrave; plusieurs reprises &laquo; nationaliste &raquo;, et ce, de fa&ccedil;on fracassante : &laquo; [&hellip;] le camp de concentration de Dachau &eacute;tait pour les asociaux, les Tsiganes et les gens de cette sorte &raquo;, il a &eacute;t&eacute; relev&eacute; de ses fonctions. Tandis que le ministre de la Justice se d&eacute;clarait &laquo; &eacute;branl&eacute; et choqu&eacute; &raquo; par le comportement du juge, le conseil de l&rsquo;ordre s&rsquo;est born&eacute; &agrave; prononcer une mise en garde et une suspension avec sursis de Januschke.">5</a></sup> attirent les extrémistes de droite les plus violents dans les rangsdes <em>Burschenschaften</em>.</p>
<p>Alors que, auparavant, des <em>Burschenschafter</em> comme Gottfried Küssel, Gerd Honsik ou Franz Radl junior<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_5_190" id="identifier_5_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dirigeants de la VAPO, responsable indirecte des attentats &agrave; la lettre pi&eacute;g&eacute;e qui ont secou&eacute; l&rsquo;Autriche dans les ann&eacute;es 1990, voir REFLEXes n&deg;X, XXXXX. K&uuml;ssel fut d&rsquo;ailleurs condamn&eacute; &agrave; 10 ans de prison, dont il ne fit qu&rsquo;une partie.">6</a></sup> s&rsquo;éloignaient de plus en plus de leurs corporations ou étaient déchus de leur titre de <em>Burschenschafter</em>, on constate depuis quelques temps une adhésion plus massive de néo-nazis condamnés ou bien connus. Il ne faut certes pas oublier de mentionner les discussions internes qui ont lieu au sein des <em>Burschenschaften</em>lorsque de telles adhésions se produisent : on peut néanmoins émettre de sérieux doutes quant à l&rsquo;effet resocialisant ou modérateur qu&rsquo;est censée produire l&rsquo;adhésion à une <em>Burschenschaft</em>, comme les <em>Burschenschafter</em> aiment à le répéter à leurs détracteurs.</p>
<p>L&rsquo;importance accrûe des corporations national-libérales dans l&rsquo;extrême droite est aussi favorisée par les efforts répétés entrepris pour intellectualiser le rôle qu&rsquo;elles y jouent. Pourtant, il ne serait guère approprié de coller en toute hâte à ce petit milieu l&rsquo;étiquette de nouvelle droite, car les <em>Burschenschaften</em> se caractérisent justement par leur résistance à toute innovation programmatique. C&rsquo;est en tout cas ce que Jürgen Hatzenbichler, un représentant important de la droite en voie de modernisation, n&rsquo;hésite pas à avouer : ce <em>Burschenschafter</em> de Carinthie pense ainsi que « malheureusement, les positions de la vieille garde de la droite […] font encore partie du discours des corporations. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_6_190" id="identifier_6_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="J&uuml;rgen Hatzenbichler : Korporation, Tradition und Neue Rechte, in M&ouml;lzer Andreas (&eacute;d.) : Pro Patria. Das deutsche Korporations-Studentum &ndash; Randgruppe oder Elite ?, Graz, 1994, p. 262.">7</a></sup></p>
<p>La radicalité du nationalisme pangermanique en Autriche, qui fait immédiatement de toute innovation modératrice une trahison du patriotisme « allemand », est effectivement un obstacle à toute mise à distance de la « vieille garde de la droite ». À côté de cela, la fidélité masculine et le principe du <em>Lebensbund</em> (lien contracté pour la vie) soudent les générations entre elles et empêchent toute approche critique du passé nazi de très nombreux « Alte Herren ». Ainsi, la <em>Burschenschaft</em> <em>Arminia</em> de Graz continue aujourd&rsquo;hui encore à honorer la mémoire de l&rsquo;un de ses « frères »: Ernst Kaltenbrunner, qui fut l&rsquo;un des principaux responsables de l&rsquo;extermination organisée par les nazis et fut exécuté à Nuremberg. De la même façon, le premier commandant du camp de Treblinka, le médecin nazi Irmfried Eberl qui pratiqua l&rsquo;euthanasie, a toujours le titre de <em>Alter Herr</em> de la <em>Burschenschaft</em> <em>Germania</em> de Innsbruck. Un autre criminel de guerre condamné à la prison à vie, Rudolf Heß, fut même proposé par la Deutsche Burschenschaft in Österreich (DBÖ, Confédération des <em>Burschenschaften</em> autrichiennes) pour le prix nobel de la paix.</p>
<p>Malgré tout, le rôle des <em>Burschenschaften</em> ne se réduit pas à celui que oue une école de cadres ou un lieu de repli pour l&rsquo;extrême droite violente ; le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ, Parti libéral autrichien) qui n&rsquo;a de libéral que le nom, recrute aussi ses dirigeants dans le milieu fermé des corporations. Ce furent ainsi avant tout des membres de <em>Burschenschaften</em> qui imposèrent Jörg Haider (membre de l&rsquo;association de collégiens et de lycéens Albia de Bad Ischl et de la <em>Burschenschaft</em> étudiante Silvania de Vienne) en 1986 à la tête du parti. Cependant, il y a eu, en réaction à l&rsquo;escalade de violences racistes qui ont marqué la fin de l&rsquo;année 1993, du côté de la direction du FPÖ un mouvement pour se distancier de sa propre mouvance estudiantine organisée en corporations. Haider lui-même prit ses distances au début du printemps 1995 avec l&rsquo;organe des <em>Burschenschafter</em>, <em>Aula</em>: lorsque, durant l&rsquo;été 1995, Herwig Nachtmann (de la <em>Burschenschaft</em> Brixia), le responsable de la revue, fut condamné en vertu de la loi sur l&rsquo;interdiction du national-socialisme, le fossé se creusa encore un peu plus entre le FPÖ et <em>Aula</em>. Mais le FPÖ continue à voir dans les Freiheitliche Akademieverbänden (associations universitaires libérales) et dans Aula l&rsquo;une de ses organisations-satellites.</p>
<p>Après que la consigne donnée par Haider de se distancier de toute agitation pangermanique s&rsquo;est déjà heurtée à une certaine résistance dans le milieu des <em>Burschenschaften</em>, la même réaction s&rsquo;est manifestée lors des débats sur le programme du parti. En particulier le passage sur la <strong>«</strong>défense de la chrétienté <strong>»</strong> est apparue comme un véritable affront pour tous les anticléricaux dans la tradition d&rsquo;un Georg Ritter von Schönerer, qui est à ce jour « membre d&rsquo;honneur » de nombreuses corporations. La présence du groupe de Vienne dominé par les <em>Burschenschafter</em> et surtout de feu leur président Rainer Pawkowicz (des <em>Burschenschaften</em> Aldania et Vandalia) à ce débat montre la place qu&rsquo;occupe le milieu des corporations au sein du FPÖ.</p>
<p><strong>Définition et caractérisation des</strong><em>Burschenschaften</em></p>
<p><em>La conception</em>völkisch <em>de l&rsquo;homme et du monde</em></p>
<p>Elle est au centre de la définition que les <em>Burschenschaften</em> donnent d&rsquo;elles-mêmes : cette conception fut développée dans le contexte des guerres de « libération nationale » contre l&rsquo;armée napoléonienne, au début du XIXe siècle. Se fondant sur les écrits de Fichte, Jahn, Fries et Arndt, elle s&rsquo;oppose de façon agressive à l&rsquo;idée de nation comme communauté politique reposant sur une volonté en élevant le « peuple » (<em>Volk</em> en allemand) à une communauté naturelle de l&rsquo;origine. Ainsi, les pères fondateurs du mouvement des <em>Burschenschaften</em> définissaient leur « peuple allemand » par exclusion des « Juifs » (<em>Judentum</em> en allemand). Doté de caractères et d&rsquo;intérêts collectifs, le « peuple » fut également érigé en sujet politique, par opposition à l&rsquo;individu. L&rsquo;antilibéralisme <em>völkisch</em>, c&rsquo;est-à-dire celui qui prône cette définition du peuple, place cette catégorie irrationnelle qu&rsquo;est le peuple au dessus de toute réflexion et de toute action politiques. En conséquence, l&rsquo;individu se trouve déconsidéré : il doit se soumettre intégralement aux « intérêts dupeuple <strong>»</strong>.</p>
<p>Bien avant le national-socialisme, les <em>Burschenschaften</em> refusaient de faire coïncider les frontières de l&rsquo;État et celle du peuple, et faire correspondre les citoyens de l&rsquo;État et les membres du « peuple » (appelés plus tard <em>Volksgenossen</em>, les compagnons du peuple). Cette conception se perpétue jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui dans le concept de patrie ramené au peuple (Volkstum en allemand), dans lequel la « nation allemande [existe]<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_7_190" id="identifier_7_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Interview de la Burschenschaft Olympia dans Junge Freiheit, 4/1990, p. 8.">8</a></sup> indépendamment des frontières de l&rsquo;État ». Dans les conditions politiques et juridiques actuelles, le nationalisme <em>völkisch</em> ne saurait se traduire de façon immédiate en revendications se réclamant d&rsquo;une nouvelle « réunification » du « peuple allemand ». L&rsquo;objectif de l&rsquo;engagement des <em>Burschenschaften</em> autrichiennes doit alors faire l&rsquo;objet d&rsquo;un décodage: il consiste désormais à « garder vivace l&rsquo;idée d&rsquo;unité allemande »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_8_190" id="identifier_8_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener Coleur-Szene, octobre 1991, p. 5.">9</a></sup>. Le refus de la nation autrichienne s&rsquo;associe à une reconnaissance fondamentale de l&rsquo;État autrichien. Ils essaient en même temps de conserver l&rsquo;idée de la Grande Allemagne en faisant référence au droit à l&rsquo;autodétemination et au soi-disant arbitraire des frontières actuelles. Ainsi, on peut lire sur la page d&rsquo;accueil des <em>Oberösterreiche Germanen</em> la présentation des principes de cette <em>Burschenschaft</em>: « Notre patrie est la patrie héréditaireculturelle et spirituelle de tous les Allemands, et ce indépendamment des frontières des États. Il est du devoir de tous les Allemands de préserver, de faire vivre et de protéger la patrie et son identité culturelle sur la base du droit à l&rsquo;autodétemination des peuples. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_9_190" id="identifier_9_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Page d&rsquo;accueil de la Burschenschaft Ober&ouml;sterreiche Germanen &agrave; Vienne, 2 mai 1998.">10</a></sup> Martin Graf, du FPÖ et de la <em>Burschenschaft Olympia</em> a également quelques difficultés avec le tracé des frontières : « Les frontières actuelles ont été tracées de façon arbitraire ; le peupledoit pouvoir s&rsquo;épanouirlibrement en Europe. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_10_190" id="identifier_10_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Citation tir&eacute;e du Spiegel, 24/1997, p. 54.">11</a></sup></p>
<p>Alors qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les implications racistes et expansionnistes des principes <em>völkisch</em> ont été pour la plupart gommées, elles continuent cependant de transparaître derrière les concepts ethnopluralistes de « diversité culturelle » et les revendications revanchistes, certains persistent à miser ouvertement sur la force intégratrice de l&rsquo;idéologie antilibérale de la <em>Volksgemeinschaft</em>. Dans une brochure de la <em>Burschenschaft Olympia</em> s&rsquo;exprime en outre le contenu irrationnel et presque religieux de cette idéologie <em>völkisch</em>: « Cette foi placée dans la définition et la signification particulières du peuple s&rsquo;élevait contre les tendances individualistes exagérées des Lumières. On savait, ou on sentait tout au moins, que c&rsquo;était le mythe de la communauté qui donnait à la société sa cohésion en tant que nation. Mais le libéralisme occidental, dont l&rsquo;idéal se résume à la seule liberté et qui veut de ce fait réduire l&rsquo;action de l&rsquo;homme à ses conditions d&rsquo;existence détruit la communauté en lui faisant systématiquement perdresa dimension profonde. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_11_190" id="identifier_11_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener akademische Burschenschaft Olympia (&eacute;d.) : Wahr und treu, k&uuml;hn und frei ! 130 Jahre Burschenschaft Olympia, Vienne, 1989, p. 56.">12</a></sup></p>
<p><em>la reproduction des élites masculines</em></p>
<p>Depuis la fin du XIXe siècle, c&rsquo;est-à-dire depuis que la tendance libérale a été étouffée, les corporations nationalistes pangermaniques ont la fonction sociale de reproduire les élites masculines. En paradant en uniforme et en exhibant fièrement leurs « balafres <strong>»</strong>, les membres des corporations national-libérales se distinguent de la masse des étudiants. La réglementation stricte et la hiérarchie qui organisent les communautés dans chacune des maisons où se trouvent les corporations éduquent en outre l&rsquo;individu à des façons de penser et de se comporter qui sont d&rsquo;ordinaire autoritaires. Le sociologue Norbert Elias a décrit précisément ce processus de formation des caractères dans son <em>Étude sur les Allemands</em> : « L&rsquo;homme qui était passé par l&rsquo;entraînement des duels avait besoin d&rsquo;une société qui le soutienne afin de dompter ses pulsions agressives socialement accrues, […], avec une hiérarchie reposant sur l&rsquo;ordre et l&rsquo;obéissance. Il développait une structure de la personnalité dans laquelle les contraintes qu&rsquo;il s&rsquo;imposait, et donc également sa propre conscience avait besoin d&rsquo;être soutenues par la contrainte extérieure d&rsquo;une domination forte pour fonctionner. L&rsquo;autonomie de la conscience personnelle était limitée. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_12_190" id="identifier_12_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Elias Norbert : Studie &uuml;ber die Deutschen. Machtk&auml;mpfe und Habitusentwicklung im 19. und 20. Jahrhundert, Francfort sur le Main, 1989, p. 128.">13</a></sup> Non seulement des vertus secondaires telles que le courage et l&rsquo;obéissance mais aussi cette rudesse et cette indifférence morale que Elias décrivait comme « un habitus humain sans pitié » étaient ainsi inculquéesau travers du duel, véritable outil pédagogique des <em>Burschenschaften</em>.</p>
<p>Dans la description que les <em>Burschenschaften</em> font des duels, on retrouve le mépris professé à l&rsquo;encontre de l&rsquo;individu et que nous évoquions déjà tout à l&rsquo;heure : « Lorsqu&rsquo;au cours d&rsquo;un rituel, le sang est versé en connaissance de cause, cela signifie en règle générale que la valeur en l&rsquo;honneur de laquelle ce sang est versé est davantage respectée que la vie de celui qui saigne. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_13_190" id="identifier_13_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener akademische Burschenschaft Olympia, ibid., p. 113.">14</a></sup> La valeur en question ici, à laquelle il faut sacrifiert la vie de l&rsquo;individu est immanquablement la « patrie » (allemande).</p>
<p><strong>Les</strong><em>Burschenschaften</em><strong>sont-elles néo-nazies ?</strong></p>
<p><em>l&rsquo;antisémitisme (avant et après 1945)</em></p>
<p>Outre le nationalisme <em>völkisch</em> et une image bien particulière du mâle, l&rsquo;antisémitisme fut un élément constitutif dans l&rsquo;histoire du mouvement des <em>Burschenschaften</em>. En 1815 déjà, l&rsquo;ancêtre des <em>Burschenschaften</em> actuelles déclarait que « seuls les Allemands chrétiens » pouvaient être membres de la <em>Burschenschaft</em>. En 1820, les <em>Burschenschafter</em> exigèrent au cours d&rsquo;un congrès (secret) qui se tenait à Dresde l&rsquo;exclusion des « Juifs apatrides ». Dans les années qui suivirent, il y eu des débats houleux au sujet d&rsquo;une telle décision, appelée « paragraphe aryen » qui, en Autriche au moins, avait été mise en application de façon anticipée. La <em>Libertas</em>, qui compte parmi ses <em>Alte Herren</em> le secrétaire général du FPÖ de Haute-Autriche, Hans Achatz, a dès 1878 refusé d&rsquo;accepter des Juifs dans ses rangs, et elle fut la première <em>Burschenschaft</em> autrichienne à entériner le « paragraphe aryen ». En 1890, toutes les <em>Burschenschaften</em> avaient suivi cet exemple et se revendiquaient «pures de toute influence juive » (<em>judenrein</em> en allemand). Pour finir, le droit de demander « réparation » en duel (à l&rsquo;épée) fut dénié étudiants juifs lors d&rsquo;une autre rencontre des corporations en 1896. La <em>Silesia</em> de Vienne justifia cette décision non seulement en invoquant la « lâcheté congénitale des Juifs » mais aussi ne s&rsquo;appuyant sur le principe d&rsquo;après lequel « il faut isoler une race qui met en péril notre existence en tant que nation ainsi que notre morale germanique. » En conséquence, ce furent surtout les <em>Burschenschafter</em> autrichiens qui tentèrent également d&rsquo;imposer leur antisémitisme, qui reposait désormais sur des fondements racistes, au sein des confédérations regroupant plusieurs <em>Burschenschaften</em>. Avec succès : lors du congrès de 1920 de la DB, l&rsquo;antisémitisme le plus radical s&rsquo;exprima, selon lequel « les caractéristiques raciales héréditaires des Juifs demeuraient intactes même après le baptême. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_14_190" id="identifier_14_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cit&eacute; par Heither Dietrich et al. (&eacute;d.) : Blut und Paukboden. Eine Geschichte der Burschenschaften, Frankfurt am Main, 1997, p. 92.">15</a></sup></p>
<p>L&rsquo;antisémitisme des <em>Burschenschaften</em> qui devançait celui du national-socialisme, a développé une certaine continuité après 1945 : certains membres de ce milieu le reconnaissent volontiers de façon isolée. Ainsi, Harald Seewann regrette que « les conceptions de certains <em>Burschenschafter</em> semblent ne pas avoir été au-delà des résolutions de Waidhofen. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_15_190" id="identifier_15_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Aula 9/94, p. 5.">16</a></sup> Effectivement, des <em>Burschenschafter</em> « allemands » d&rsquo;Autriche ont défendu le « paragraphe aryen » après 1945. Dans les années 1960, des regroupements se vantaient de s&rsquo;être « débarrassés des éléments juifs » ou d&rsquo;être « purs de toute influence juive depuis 1862 ». Une déclaration des <em>pennale Waffenstudenten<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_16_190" id="identifier_16_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ce sont des lyc&eacute;ens, et non des &eacute;tudiants comme semble l&rsquo;indiquer leur nom.">17</a></sup></em> de Vienne fixe ainsi qu&rsquo; « il faut accorder réparation à tout homme aryen honorable. »</p>
<p>La <em>Suevia</em> de Innsbruck argumentait ainsi en 1960, face à des camarades plus modérés : « Nous devons […] souligner qu&rsquo;il est impossible pour le mouvement des <em>Burschenschaften</em> en Autriche d&rsquo;accepter des membres qui ne soient pas allemands. Nous […] restons ainsi attachés au point de vue de <em>Burschenschafter</em> qui veut que de cette façon, le Juifs n&rsquo;ait pas sa place dans la <em>Burschenschaft</em>. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_17_190" id="identifier_17_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Cit&eacute; par Gehler Michael : &laquo; Rechtskonservativismus, Rechtsextremismus und Neonazismus in &Ouml;sterreichischen Studentenverbindungen von 1945 bis in die j&uuml;ngste Zeit. &raquo; in Bergmann W., Erb R. Lichtblau A. (&eacute;d.) : Schwieriges Erbe. Der Umgang mit Nationalsozialismus und Antisemitismus in &Ouml;sterreich, der DDR und der Bundesrepublik Deutschland, Frankfurt am Main / New York, 1995, pp. 236-263 (ici p. 243">18</a></sup>)</p>
<p><em>Les Burschenschaften face au nazisme ou comment se refaire une virginité</em></p>
<p>L&rsquo; « Anschluss », qu&rsquo;une brochure<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_18_190" id="identifier_18_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La brochure &eacute;dit&eacute;e aux &eacute;ditions Aula-Verlag de Graz &eacute;tait intitul&eacute;e 1938. Mensonge et v&eacute;rit&eacute;, ni victime, ni coupable. Elle fut distribu&eacute;e en mars 1988 avec le tampon de Brixia de Innsbruck, &agrave; partir de l&rsquo;universit&eacute; de cette m&ecirc;me ville.">19</a></sup> éditée par Herwig Nachtmann caractérisait en 1988 à plusieurs endroits de « réunification » fut salué en 1938 par les <em>Burschenschaften</em>, qui hissèrentles drapeaux portant des croix gammées. L&rsquo;installation au pouvoir du NSDAP fut acclamée auparavant dans l&rsquo;organe de presse de la DB : « Ce que depuis des années nous avons désiré et appelé de nos voeux et ce à quoi nous avons travaillé bon an mal an dans l&rsquo;esprit de la <em>Burschenschaft</em> de 1817 est devenu réalité. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_19_190" id="identifier_19_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Burschenschaftliche Bl&auml;tter, 6/1993, p. 130.">20</a></sup> Afin de se déculpabiliser aujourd&rsquo;hui, les <em>Burschenschafter</em> essaient volontiers d&rsquo;alléguer que leurs corporations furent dissoutes en 1938 sous la contrainte. Cette affirmationne se justifie que pour les corporations catholiques ; bien au contraire, les <em>Burschenschaften</em> autrichiennes se sont solennellement auto-dissoutes pour s&rsquo;intégrer pour la plupart aux <em>Kameradschaften</em> du Nationalsoziaslistischer Studentenbund<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_20_190" id="identifier_20_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Regroupement des &Eacute;tudiants allemands nationaux-socialistes.">21</a></sup>. En ce qui concerne en tout cas la démarche de l&rsquo;<em>Olympia</em>, pas question de contrainte : « Au cours de la cérémonie imposante qui eut lieu dans la grande salle de concert à l&rsquo;occasion de l&rsquo;intégration des <em>Burschenschaften</em> dans les structures du NSDAP, les couleurs de la <em>Burschenschaft</em> furent portées pour la dernière fois en public. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_21_190" id="identifier_21_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener akademische Burschenschaft Olympia, ibid., p. 30.">22</a></sup></p>
<p>Malgré tout, l&rsquo;argument selon lequel les Burschenschaften ont été « interdites » par le NSDAP fait toujours partie du répertoire habituel des <em>Burschenschaften</em>. Il y a eu effectivement des interdictions de corporations national-libérales en Autriche assez souvent, mais pas en 1938 : En 1896 et dans les années suivantes, les autorités ont dissout quelques corporations qui avaient adopté le principe antisémite de Waidhofen. En 1933 et 1934, de nombreuses Burschenschaften furent interdites parce qu&rsquo;elles étaient des organisations avancées du NSDAP allemand, alors interdit en Autriche ; en 1945, c&rsquo;est en tant que parties du NSDAP qu&rsquo;elles furent de nouveau interdites pour une courte période. L&rsquo;<em>Olympia</em> dut en outre entre 1961 et 1973 à nouveau avancer masquée: les activistes d&rsquo;extrême droite autour de Norbert Burger qui prirent part à cette époque aux attentats dans le Sud-Tyrol provoquèrent son interdiction.</p>
<p>À côté de cela, les actes de résistance isolés de quelques membres de corporations nationalistes pangermaniques sont utilisés pour blanchir tout ce milieu. Mais cette autocensure n&rsquo;a pas toujours été dominante : en 1955, ils refusaient de « nommer les « soi-disants résistants » présents dans [leurs] rangs et de s&rsquo;en servir comme autant de boucliers. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_22_190" id="identifier_22_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Burschenschaftliche Bl&auml;tter 7-8/1955, p. 218.">23</a></sup> Dans Aula, on note le même refus face à ces tentatives visant à « construire une résistance nationaliste. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_23_190" id="identifier_23_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wrabetz Peter : &laquo; Das nationalfreiheitliche Lager in &Ouml;sterreich &raquo;, in Aula 5/1973, pp. 3-6 (ici p. 6">24</a></sup>)</p>
<p>L&rsquo;oubli volontaire des compromissions des <em>Burschenschafter</em> avec le pouvoir nazi, la négation ou bien la banalisation des crimes nazis et de la responsabilité allemande dans la guerre (révisionnisme) sont très répandus dans le milieu des <em>Burschenschaften</em>. Les membres de la Brixia de Innsbreuck avaient ainsi prévu le 9 novembre 1989 d&rsquo;aller écouter les éructations révisionnistes de l&rsquo;historien néo-nazi britannique David Irving. Un seul hic, l&rsquo;intervenant fut déclaré indésirable par le ministère de l&rsquo;Intérieur et dut ainsi se replier sur la Bavière toute proche, avec toute sa clique de supporters. L&rsquo;Olympia de Vienne déplore ce type de démarche des autorités contre la négation de la Shoah et contre les autres tentatives de falsifications historiques, les taxant de « retour à une époque, qu&rsquo;on croyait depuis longtemps révolue, où régnait l&rsquo;absence de liberté intellectuelle. S&rsquo;il n&rsquo;est permis aux Allemands de penser et de parler de sujets particuliers « sensibles » de l&rsquo;Histoire que dans les limites prévues par les tenants de la rééducation et de leurs auxiliaires allemands, cela signifie clairement un manque de liberté d&rsquo;opinion et d&rsquo;expression, et par là-même une lacune de la science et donc de son enseignement. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_24_190" id="identifier_24_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener akademische Burschenschaft Olympia, ibid., p. 2.">25</a></sup></p>
<p>En 1993, l&rsquo;Olympia s&rsquo;est faite la championne d&rsquo;une victime de cette liberté d&rsquo;expression soi-disant défaillante : dans une lettre adressée à la revue d&rsquo;extrême droite fakten, Mathias Korschil et Volker Lindlinger ont fait part à l&rsquo;éditeur de la revue, Horst-Jakob Rosenkranz de leur « déception et [de leur] préoccupation » au sujet de ce qu&rsquo;il avait déclaré « devoir se taire » au moment où Gottfried Küssel avait été condamné. Les deux membres de l&rsquo;Olympia l&rsquo;enjoignaient à adopter une tout autre attitude : « Personne n&rsquo;a le droit de se taire, chacun doit, dans la mesure de ses possibilités, prendre position par rapport à cette injustice. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_25_190" id="identifier_25_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="fakten 27/1993, p. 15.">26</a></sup></p>
<p>Face à de tels accents, on n&rsquo;est pas surpris d&rsquo;apprendre qu&rsquo;en 1988, l&rsquo;Olympia avait durant le congrès de la DB déposé une motion contre la loi qui interdit les organisations d&rsquo;inspiration nationales-socialistes. Mais au lieu d&rsquo;adopter cette motion, le congrès leur confia la tâche d&rsquo;organiser un séminaire sur ce thème. Au début de l&rsquo;année 1999, le séminaire en question eut lieu, animé entre autres par Horst Mahler et Thor von Waldstein ; il aboutit à la formulation d&rsquo;une nouvelle motion, adressée au congrès de 1999. Cette motion constitue visiblement un compromis, car elle exprime des doutes assez vagues sur la constitutionnalité de l&rsquo;interdiction de l&rsquo;apologie du nazisme et de l&rsquo;agitation populaire<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_26_190" id="identifier_26_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir les Burschenschaftliche Bl&auml;tter 2/1999, p. 114.">27</a></sup>.</p>
<p>L&rsquo;Olympia est par ailleurs représentative du milieu des Burschenschaften, quand elle formule son refus des bouleversements qui ont suivi la chute du fascisme : « Immédiatement après la fin de la guerre a commencé la rééducation systématique menée par les vainqueurs qui s&rsquo;étaient fixés pour objectif un changement radical de la pensée, des sentiments et des comportements, et qui l&rsquo;atteint effectivement. Toutes les idées, toutes les convictions qui, de l&rsquo;avis des vainqueurs, avaient abouti à une corruption politique, morale et caractéristique des Allemands, devaient une fois pour toutes être éliminées. […] Le vide intellectuel et culturel qui en résulta dans les consciences fut « comblé » par la mise en place de la forme pluraliste de la société occidentale. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_27_190" id="identifier_27_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wiener akademische Burschenschaft Olympia, ibid., p. 76.">28</a></sup></p>
<p>De fait, les <em>Burschenschafter</em> se considèrent encore aujourd&rsquo;hui comme des « vaincus » et pour eux, le 8 mai 1945 est une « défaite totale »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_28_190" id="identifier_28_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="ibid., p. 79.">29</a></sup>. Étant parties prenantes de la structure du NSDAP, les <em>Burschenschaften</em> et autres <em>Kameradschaften</em> ont été dissoutes en 1945, les duels tout autant que les défilés avec casquettes ou calots et couleurs de la <em>Burschenschaft</em> dans l&rsquo;enceinte des universités ont été interdits. De même, les corporations masculines changèrent de nom afin de ne pas montrer les continuités existant avec les Burschenschaften compromises sous le Troisième Reich.C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;Olympia se reconstitua en 1948 sous le nom de <em>Akademische Tafelrunde Laetitia</em>. Engagés à des degrés divers dans l&rsquo;appareil nazi, de nombreux <em>Burschenschafter</em> ont eu à se débattre dans les affres de la dénazification : « Une grande partie des survivants », disait-on dans l&rsquo;Olympia, « faisait l&rsquo;objet de persécutions politiques et était frappée d&rsquo;interdiction professionnelle. »<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_29_190" id="identifier_29_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="ibid., p. 1.">30</a></sup> Mais bientôt, les <em>Burschenschafter</em> sentirent le ralentissement de l&rsquo;ardeur mise dans la dénazification et reprirent ainsi du poil de la bête. À partir de 1948, le milieu des <em>Burschenschaften</em> se reconstitua en même temps que l&rsquo;ensemble du camp conservateur<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_30_190" id="identifier_30_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" &laquo; Das dritte Lager &raquo; en allemand : avant 1900, courant politique national-lib&eacute;ral, violemment oppos&eacute; &agrave; la social-d&eacute;mocratie, et majoritairement antis&eacute;mite.">31</a></sup>. En 1952, les duels à l&rsquo;épée, rituels des <em>Burschenschaften</em>, furent à nouveau autorisés, et deux ans plus tard, les <em>Burschenschaften</em> purent à nouveau parader dans les universités avec leurs couleurs et leurs calots.</p>
<p>Le système des corporations nationalistes pangermaniques a rencontré, après son âge d&rsquo;or dans les années 1950 et 1960, des difficultés croissantes dans le recrutement. Avec l&rsquo;ouverture partielle des universités et leur démocratisation, l&rsquo;influence du nationalisme pangermanique et de l&rsquo;extrême droite dans le milieu universitaire a connu un recul constant. Une expression significative de ce déplacement des forces se manifeste dans le déclin que connut le Ring Freiheitlicher Studenten (RFS)<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/#footnote_31_190" id="identifier_31_190" class="footnote-link footnote-identifier-link" title=" Cercle des &Eacute;tudiants lib&eacute;raux.">32</a></sup> : la branche politique universitaire du système de corporations nationalistes pangermaniques passa ainsi dans les suffrages des élections de 32% en 1953 à 2% en 1987. Même si la mouvance semble s&rsquo;être depuis reconstruite à l&rsquo;image de l&rsquo;évolution globale de la société, elle reste malgré tout bien éloignée de la force qu&rsquo;elle a pu avoir autrefois.</p>
<p><strong>Petit lexique à l&rsquo;usage de ceux qui veulent comprendre le petit monde des Burschis</strong></p>
<p>Burschenschaft n. fém. Burschenschaften n. pl.</p>
<p>Corporation nationaliste pangermanique, réservée exclusivement aux jeunes hommes (Burschen en allemand).</p>
<p>exemple : Olympia (Vienne), Brixia (Innsbruck), Suevia en Autriche</p>
<p>Danubia (Munich) et Germania (Hambourg) en Allemagne</p>
<p>Il existe des Mädelschaften (de Mädel, jeune fille), où se retrouvent les filles et les femmes des Burschenschafter, essentiellement pour se livrer à des activités passionnantes comme le tricot.</p>
<p>Burschenschafter</p>
<p>Membre d&rsquo;une Burschenschaft. On le reste toute sa vie.</p>
<p>Alter Herr n. masc., Alte Herren n. pl</p>
<p>Ancien membre d&rsquo;une Burschenschaft, qui rend des services (professionnels, politiques ou autres) aux membres de sa Burschenschaft.</p>
<p>Fuchs (renard en français)</p>
<p>C&rsquo;est le jeune apprenti qui vient de rentrer dans la Burschenschaft, et qui pendant un an n&rsquo;a pas le droit d&rsquo;assister aux réunions, ni de voter lors de prises de décisions concernant la Burschenschaft. Il est sous la coupe d&rsquo;une sorte de grand frère (Lebbursch), qui le forme. Cela peut-être lui ou un autre membre de la Burschenschaft que le Fuchs affrontera lors du duel (Bestimmungsmensur) qui déterminera s&rsquo;il peut être membre à part entière de la Burschenschaft.</p>
<p>Lebensbund</p>
<p>Il s&rsquo;agit de l&rsquo;engagement pour la vie que prend le Burschenschafter dans sa Burschenschaft, qui fait qu&rsquo;il en fera partie jusqu&rsquo;à sa mort, avec l&rsquo;obligation de fidélité à cette institution, se traduisant par l&rsquo;aide concrète qu&rsquo;il apporte à la corporation et à ses membres, passés et futurs.</p>
<p>Pflichtmensur</p>
<p>Il s&rsquo;agit de l&rsquo;obligation de se battre en duel (à l&rsquo;épée).</p>
<p>C&rsquo;est un rituel d&rsquo;initiation, où le degré de protection du Burschenschafter dépend de la radicalité politique de la Burschenschaft (protection des yeux, des oreilles). Un arbitre est présent, éventuellement un médecin pour recoudre les blessures, ou alors pour conduire le(s) blessé(s) dans le service d&rsquo;un hôpital où un alter Herr est justement de service ce jour-là (au cas où un nerf du visage serait touché).</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_190" class="footnote">Ministère de l&rsquo;Intérieur, groupe C, département II / 7 : <em>L&rsquo;extrême droite en Autriche. Rapport 1994</em>, Vienne, 1995, p. 11.</li><li id="footnote_1_190" class="footnote">Ministère de l&rsquo;Intérieur, groupe C, département II / 7, <em>L&rsquo;extrême droite en Autriche. Rapport 1999</em>, Vienne, 2000, p. 10.</li><li id="footnote_2_190" class="footnote">Ministère de l&rsquo;Intérieur (éd.), <em>Rapport de l&rsquo;Office de Protection de la Constitution 1995</em>, Bonn, 1996, p. 165..</li><li id="footnote_3_190" class="footnote">Office régional de Protection de la Constitution (éd.), <em>Rapport 1996</em>, Hambourg, 1997, p. 116.</li><li id="footnote_4_190" class="footnote">L&rsquo;exemple le plus frappant concerne les procès instruits pour <em>NS-Wiederbetätigung</em>, c&rsquo;est-à-dire pour condamner la réactivation de l&rsquo;idéologie par les <em>Burschenschafter</em>. Ainsi, le juge Hans Peter Januschke (adhérent du Verein deutscher Studenten Studetia) provoqua un scandale en 1996 au cours d&rsquo;un procès qu&rsquo;il instruisait contre un professeur d&rsquo;un lycée professionnel de Vienne : après s&rsquo;être déclaré à plusieurs reprises « nationaliste », et ce, de façon fracassante : « […] le camp de concentration de Dachau était pour les asociaux, les Tsiganes et les gens de cette sorte », il a été relevé de ses fonctions. Tandis que le ministre de la Justice se déclarait « ébranlé et choqué » par le comportement du juge, le conseil de l&rsquo;ordre s&rsquo;est borné à prononcer une mise en garde et une suspension avec sursis de Januschke.</li><li id="footnote_5_190" class="footnote">Dirigeants de la VAPO, responsable indirecte des attentats à la lettre piégée qui ont secoué l&rsquo;Autriche dans les années 1990, voir <em>REFLEXes</em> <strong>n°X, XXXXX</strong>. Küssel fut d&rsquo;ailleurs condamné à 10 ans de prison, dont il ne fit qu&rsquo;une partie.</li><li id="footnote_6_190" class="footnote">Jürgen Hatzenbichler : Korporation, Tradition und Neue Rechte, <em>in</em> Mölzer Andreas (éd.) : <em>Pro Patria. Das deutsche Korporations-Studentum – Randgruppe oder Elite ?</em>, Graz, 1994, p. 262.</li><li id="footnote_7_190" class="footnote">Interview de la <em>Burschenschaft Olympia</em> dans <em>Junge Freiheit</em>, 4/1990, p. 8.</li><li id="footnote_8_190" class="footnote">Wiener Coleur-Szene, octobre 1991, p. 5.</li><li id="footnote_9_190" class="footnote">Page d&rsquo;accueil de la <em>Burschenschaft Oberösterreiche Germanen</em> à Vienne, 2 mai 1998.</li><li id="footnote_10_190" class="footnote">Citation tirée du <em>Spiegel</em>, 24/1997, p. 54.</li><li id="footnote_11_190" class="footnote">Wiener akademische Burschenschaft Olympia (éd.) : <em>Wahr und treu, kühn und frei ! 130 Jahre Burschenschaft Olympia</em>, Vienne, 1989, p. 56.</li><li id="footnote_12_190" class="footnote">Elias Norbert : <em>Studie über die Deutschen. Machtkämpfe und Habitusentwicklung im 19. und 20. Jahrhundert</em>, Francfort sur le Main, 1989, p. 128.</li><li id="footnote_13_190" class="footnote">Wiener akademische Burschenschaft Olympia, ibid., p. 113.</li><li id="footnote_14_190" class="footnote">Cité par Heither Dietrich et al. (éd.) : <em>Blut und Paukboden. Eine Geschichte der Burschenschaften</em>, Frankfurt am Main, 1997, p. 92.</li><li id="footnote_15_190" class="footnote"><em>Aula</em> 9/94, p. 5.</li><li id="footnote_16_190" class="footnote">Ce sont des lycéens, et non des étudiants comme semble l&rsquo;indiquer leur nom.</li><li id="footnote_17_190" class="footnote">Cité par Gehler Michael : « Rechtskonservativismus, Rechtsextremismus und Neonazismus in Österreichischen Studentenverbindungen von 1945 bis in die jüngste Zeit. » in Bergmann W., Erb R. Lichtblau A. (éd.) : Schwieriges Erbe. Der Umgang mit Nationalsozialismus und Antisemitismus in Österreich, der DDR und der Bundesrepublik Deutschland, Frankfurt am Main / New York, 1995, pp. 236-263 (ici p. 243</li><li id="footnote_18_190" class="footnote">La brochure éditée aux éditions Aula-Verlag de Graz était intitulée <em>1938. Mensonge et vérité, ni victime, ni coupable</em>. Elle fut distribuée en mars 1988 avec le tampon de Brixia de Innsbruck, à partir de l&rsquo;université de cette même ville.</li><li id="footnote_19_190" class="footnote"><em>Burschenschaftliche Blätter</em>, 6/1993, p. 130.</li><li id="footnote_20_190" class="footnote">Regroupement des Étudiants allemands nationaux-socialistes.</li><li id="footnote_21_190" class="footnote">Wiener akademische Burschenschaft Olympia, <em>ibid</em>., p. 30.</li><li id="footnote_22_190" class="footnote"><em>Burschenschaftliche Blätter</em> 7-8/1955, p. 218.</li><li id="footnote_23_190" class="footnote">Wrabetz Peter : « Das nationalfreiheitliche Lager in Österreich », in <em>Aula</em> 5/1973, pp. 3-6 (ici p. 6</li><li id="footnote_24_190" class="footnote">Wiener akademische Burschenschaft Olympia, <em>ibid</em>., p. 2.</li><li id="footnote_25_190" class="footnote"><em>fakten</em> 27/1993, p. 15.</li><li id="footnote_26_190" class="footnote">Voir les <em>Burschenschaftliche Blätter</em> 2/1999, p. 114.</li><li id="footnote_27_190" class="footnote">Wiener akademische Burschenschaft Olympia, <em>ibid</em>., p. 76.</li><li id="footnote_28_190" class="footnote"><em>ibid</em>., p. 79.</li><li id="footnote_29_190" class="footnote"><em>ibid</em>., p. 1.</li><li id="footnote_30_190" class="footnote"> « Das dritte Lager » en allemand : avant 1900, courant politique national-libéral, violemment opposé à la social-démocratie, et majoritairement antisémite.</li><li id="footnote_31_190" class="footnote"> Cercle des Étudiants libéraux.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/autriche-les-burschenschaften-la-conservation-des-elites-a-la-mode-autrichienne/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les réactions de l’extrême droite européennes aux résultats du Front national</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/les-reactions-de-lextreme-droite-europeennes-aux-resultats-du-front-national/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/les-reactions-de-lextreme-droite-europeennes-aux-resultats-du-front-national/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 15 Jan 2003 07:51:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Alleanza Nazionale]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[extrême-droite]]></category>
		<category><![CDATA[Gianfranco Fini]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Le Pen]]></category>
		<category><![CDATA[Pays-Bas]]></category>
		<category><![CDATA[Suisse]]></category>
		<category><![CDATA[Vlaams Blok]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[La nouvelle génération Les 16,86% obtenu par Le Pen au premier tour des élections présidentielles le 21 avril a créé un frisson d’excitation au sein du milieu néo-nazi européen et a été salué par le British National Party et par le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) allemand. Le succès spectaculaire de Le Pen, qui l’a propulsé [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La nouvelle génération</strong></p>
<p>Les 16,86% obtenu par Le Pen au premier tour des élections présidentielles le 21 avril a créé un frisson d’excitation au sein du milieu néo-nazi européen et a été salué par le British National Party et par le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD) allemand.</p>
<p>Le succès spectaculaire de Le Pen, qui l’a propulsé dans une compétition catastrophique avec Jacques Chirac a été considéré par de nombreux observateurs médiatiques et politiques comme un symbole d’un malaise plus large, principalement en Europe occidentale et qui se manifeste par un brutal virage à droite.</p>
<p>En particulier, les journalistes et les commentateurs, dont la tâche habituelle n’est pas d’analyser et encore moins de surveiller l’extrême droite, ont annoncé à leur public que la percée de Le Pen était dans la droite ligne du succès remporté par d’autres partis d’extrême droite en Italie, en Autriche, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas et en Scandinavie.</p>
<p>Il y a un peu de vérité dans ce raccourci mais la réalité est loin d’être aussi simple qu’il a été dit car le caractère précis de ces partis n’a pas été correctement analysé.</p>
<p>Ce qui est indiscutable, c’est que, ces dernières années, des partis avec un programme partiellement raciste, anti-immigrés, anti-demandeurs d’asile ont su créer un écho dans l’électorat, ce qui leur a permis de gagner des élections aux institutions parlementaires à différents niveaux, dans plusieurs pays. En Italie et en Autriche par exemple, des partis d’extrême droite ont réussi à s’implanter dans des gouvernements de coalition au cours des deux dernières années, alors qu’en Suisse, le parti du populiste Christophe Blocher dispose aussi de postes gouvernementaux.</p>
<p>En Scandinavie aussi, des partis populistes et xénophobes ont eu un impact, particulièrement en Norvège et au Danemark Dans ce dernier pays, le Parti du Progrès de Carl Ivar Hagen s’est implanté encore plus fermement au firmament politique avec 14,6% aux élections générales de l’année dernière et soutient maintenant un nouveau gouvernement de droite tandis qu’au Danemark, le Parti du Peuple danois de Pia Kjaersgaard a obtenu 12% aux élections en novembre dernier.</p>
<p>En Allemagne, la situation est plus variée. Après avoir atteint 12,9% au élections régionales dans le land de Saxe-Anhalt en 1998, le parti néo-nazi Deutsche Volsksunion de Gerhard Frey n’a pas été suffisamment solide pour présenter des candidats en avril. À la place, le Partei Rechtsstaalicher Offensive (PRO), parti populiste mené par le juge Ronald Schill et qui prône la «loi et l’ordre», s’est présenté sans être élu malgré un score de 19,4% aux élections locales à Hambourg.</p>
<p>La situation en Hollande contraste avec ce que nous avons vu précédemment. La liste anti-musulmans (Liste Fortuyn) du défunt Pim Fortuyn a fait une percée considérable, recevant 34% des suffrages aux élections locales à Rotterdam en mars et a remporté autour de 20% des suffrages aux élections législatives qui ont eu lieu en mai dernier. L’assassinat de Fortuyn a certainement dû de modifier les résultats.</p>
<p>Par ailleurs, le Vlaams Blok est bien représenté dans la partie flamande de la Belgique où il a atteint 19,4% en juin 1999 aux élections législatives.</p>
<p>Le fait que le BNP et le NPD se félicitent du résultat de Le Pen était prévisible. Cela démontre la capacité innée d’un fasciste viscéral à en reconnaître un autre. Leur soutien était aussi un effort pour s’auto-légitimer en s’associant au succès du FN, même si ce n’est absolument pas réciproque de la part de Le Pen.</p>
<p>Au même moment, des formations d’extrême droite, victorieuses électoralement au Danemark, au Pays-Bas et même en Italie, prenaient leurs distances vis-à-vis de Le Pen. Par exemple, le parti de Pia Kjaersgaard a produit une déclaration dans laquelle il avouait qu’il avait délibérément refusé tout contact avec les partis d’extrême droite et qu’il n’avait aucun contact avec le chef du FPÖ Jörg Haider et encore moins avec Le Pen. Aux Pays-Bas, la Liste Fortuyn a soutenu une position identique déclarant qu’ils ne voulaient pas être associés à des personnes telles que Haider ou Le Pen.</p>
<p>Dans ces deux cas, la réaction de rejet des deux partis semblent non seulement refléter le caractère populiste de ces partis qui sont apparus spontanément, issus de leurs propres circonstances et cultures nationales, mais il semblerait qu’ils aient été effrayés par le fait que la moindre association avec le FN pourrait leur faire perdre en légitimité.</p>
<p>En effet, il est intéressant de noter qu’ils ont pu attaquer Le Pen et ses fascistes de manière si véhémente sans reconnaître que, par certains aspects tels que la loi et l’ordre, l’immigration et les demandeurs d’asile, ils ont des points communs. Or ils ne voient pas les contradictions de leur «antifascisme» raciste et répressif.</p>
<p>La réaction de l’Alleanza Nazionale (AN) de Gianfranco Fini, qui siège au gouvernement de Silvio Berlusconi, a été elle aussi sulfureuse : «Il n’y a pas la moindre possibilité que nous collaborions avec le parti de Le Pen ou celui de Haider» a dit un porte parole de l’AN à Rome.</p>
<p>Même en Autriche, la réponse du FPÖ a été ambiguë, Haider saluant tout d’abord le résultat de Le Pen comme une victoire pour la démocratie puis se rétractant ensuite en disant que toute alliance avec le FN serait impossible du fait des positions racistes de ce parti. Le dernier acte de Haider est la proposition de création d’un bloc électoral dans toute l’Union européenne intitulé «Nouvelle Europe». Ce bloc, dit-il, a un énorme potentiel au Danemark, en Hollande et en Italie. La France a été laissée en chemin quelque part dans le processus…Le seul parti ayant un certain succès qui a salué sans réserves le résultat de Le Pen fut, sans surprise, le Vlaams Blok, qui a déjà des liens étroits avec Le Pen et son rival Bruno Mégret, ainsi que des contacts avec le FPÖ.</p>
<p>Les différentes réponses au tremblement de terre politique français du 21 avril montrent la nécessité de différencier clairement les nombreux partis ou blocs électoraux de droite, afin de déterminer s’ils sont ou non fascistes et si le FN est réellement typique du nouveau virage a droite en Europe occidentale.</p>
<p>En tant que parti, ce n’est pas le cas, mais en tant qu’expression d’un sentiment parmi les électeurs, c’est certainement vrai. Ce sentiment exprime avant tout un mécontentement à l’encontre de la politique consensuelle qui a été menée dans la plupart des pays d’Europe de l’ouest depuis 1945 et dans laquelle les partis traditionnels se sont tellement fondus qu’ils sont devenus quasi identiques et incapables de proposer des alternatives.</p>
<p>Des millions d’électeurs ont le sentiment que le système existant est fatigué et a besoin d’être secoué. Ces même électeurs qui ont abandonné les partis traditionnels, principalement la gauche parlementaire, ou ont le sentiment d’avoir été abandonnés par ces partis, ont d’autres préoccupations. Parmi les raisons profondes pour l’entrée fracassante de Le Pen au second tour (citées dans des journaux tels que Le Monde ou Libération) ont peut noter la sensation d’être exclu du processus politique, le sentiment d’une augmentation de la criminalité et partant de là, du «sentiment d’insécurité», une opposition à des taxes élevées, une préoccupation face à un «laxisme moral»,, la perte de souveraineté nationale et de la monnaie au profit de l’Union européenne et un malaise a propos de l’immigration.</p>
<p>Des analyses détaillées des électeurs de Le Pen ont révélé que 73% considèrent l’insécurité comme leur principale préoccupation contre 30% pour l’immigration. Ces facteurs qui ont probablement joué un rôle dans le taux d’abstention de 28,4% au premier tour ne sont pas limités à la France et peuvent se retrouver partout en Europe de l’Ouest.</p>
<p>Cependant, et particulièrement aujourd’hui, il est important faire la différence entre les partis fascistes et les partis populistes. Ces divers partis comportent des similitudes, principalement de par leurs aspects démagogiques et racistes, mais aussi des différences importantes.</p>
<p>Les nouveaux partis de droite protestataires tels ceux de Norvège, de Suisse, des Pays-Bas, du Danemark ou le PRO de Schill en Allemagne n’ont pas de bagage historique ou idéologique remarquable et ne font pas référence au fascisme. Ce simple fait les démarque des partis comme le BNP, le NPD, le VB, l’AN ou le FPÖ.</p>
<p>De même manière, ils préfèrent l’ultralibéralisme au culte fasciste de l’État autoritaire et du corporatisme, le particularisme régional ou local aux notions de Nation fondée sur la race et acceptent totalement les principes de la démocratie parlementaire bien que prônant une répression digne d’un État fort afin d’en finir avec la «criminalité» et l’«insécurité», problèmes qu’ils lient à la présence d’immigrés ou de personnes de culture étrangère. Par essence, ces partis sont éclectiques, tirant leurs politiques du tourbillon des idées qui flottent dans la société. Les critiques et mécontentements populaires sont collectés et articulés afin d’apparaître comme la voix de l’électorat en colère.</p>
<p>En même temps, ils répondent à de réelles préoccupations. Fortuyn, par exemple, n’avait pas grand-chose à dire sur la croissance économique des Pays-Bas mais a très bien communiqué sur le prix des logements. Et pour la majorité des gens, c’est ainsi que des facteurs économiques comme la PAC, le taux d’inflation, le PIB sont compris : Vais-je perdre mon emploi ? Vais-je être en mesure d’acheter une maison pour ma famille ? Ma ferme va-t-elle être réduite à la faillite ? Qui va empêcher mon appartement d’être cambriolé ? Ce sont des questions simples, des «micro-problèmes» qui doivent être énoncés et que les élites politiques ignorent.</p>
<p>Les populistes qui arrivent à combiner une approche libérale sur certaines questions avec une position très dure sur la criminalité et l’immigration se présentent facilement comme des gens adaptés à un monde moderne en mutation mais en phase avec les inquiétudes de ceux qui subissent ces mutations. Les fascistes, quant à eux, sont généralement perçus comme dogmatiques, dépassés, racistes et antisémites d’une manière qui est socialement inacceptable et historiquement entachée de sang</p>
<p>Un résultat clé de ce processus est que le populisme, qui tend habituellement à être un phénomène protestataire temporaire, focalisé sur un seul problème, a commencé à devenir un élément plus permanent dans le paysage politique, précisément à cause de l’inexorable dérive de la droite et de la gauche traditionnelles vers le centre, et du fait que les partis de gauche avec de nombreux membres ont abandonné l’idée de faire campagne activement dans les communautés et ont préféré le marketing politique</p>
<p>Pour des partis tels que les néo-nazis du BNP ou du NPD, pour les fascistes du FN ou du VB, pour les autoproclamés «post-fascistes» de l’AN ou pour ceux, comme Haider, dont l’intégralité du cadre de référence dérive du national-socialisme historique, il y a peu d’espoir de coopération à long terme avec ces forces grandissantes à droite, ou même d’adaptation à elles.</p>
<p>Cela impose un réel effort de réflexion aux antifascistes. Ces «nouvelles» forces doivent être combattues aussi vigoureusement que les fascistes violents qui se battent pour survivre mais ce combat ne va pas être si simple. Les «nouvelles» forces sont promptes à se séparer des criminels qui infestent le milieu fasciste et qui essayent d’infiltrer leurs rangs. Leur idéologie est elle aussi difficile à contrecarrer, précisément parce que leurs programmes sont largement composés de morceaux de toutes les revendications plus ou moins à la mode. En ce sens, elles sont des cibles en mouvement permanent.</p>
<p>En même temps, l’opposition à cette «droite d’un genre nouveau» ne signifie pas que le type de fascistes auquel nous sommes habitués va disparaître ni non plus empêcher qu’ils obtiennent des succès localement comme à Burnley, ou en France d’ailleurs.</p>
<p>Au contraire, le fait qu’ils soient redondants (d’un point de vue strictement historique) signifie que leur combat pour survivre va n’en être que plus féroce et va chercher à atteindre les segments de la société les plus menacés, ceux qui ont été abandonnés le plus brutalement par la désindustrialisation : l’ancien électorat de gauche.</p>
<p>Les signaux d’alarme peuvent être vus en France : Le Pen a obtenu 26% du vote ouvrier et Robert Hue, le candidat du PCF seulement 5,3% alors que les candidats trotskistes Arlette Laguiller et Olivier Besancenot ont atteint respectivement 9,9% et 3,2%. En d’autres termes, une situation dangereuse qui semblerait confirmer la prétention de l’extrême droite à représenter une voix radicale d’opposition.</p>
<p>C’est cette partie de la population, traditionnellement ancrée à gauche qui est la plus vulnérable face aux arguments des fascistes « traditionnels» ainsi que de la nouvelle droite électorale populiste, qui se voient comme remplaçants de la gauche et comme la principale alternative politique aux élites gouvernantes.</p>
<p>La compréhension du message politique dispensé par ces partis sera crucial pour bâtir la réponse antifasciste massive nécessaire à les défaire. Bien que des manifestations de masse comme celles du 1er mai puissent être un bon point de départ pour des campagnes visant à combattre les fascistes ou les populistes, la bataille à long terme demandera bien plus que des manifestations d’indignation morale.</p>
<p>Diminuer leur soutien demandera un travail réel et consistent sur le terrain, dans les communautés, au travail, dans les lieux de culture populaire afin de reprendre le territoire perdu au profit des fascistes et de populistes. Généralement, ce fut toujours plus facile de mobiliser pour de grandes manifestations… Mais à cause de son caractère vague, il y a peu de chance que de telles mobilisations aient lieu au cours du combat contre les populistes. Dans les pays où ces derniers ont fait de considérables percées, il y a peu de preuves de mobilisations, ce qui souligne encore plus le besoin de développer de nouvelles tactiques face à cette indéniable menace venue de droite.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/les-reactions-de-lextreme-droite-europeennes-aux-resultats-du-front-national/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Je t’aime, moi non plus</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 24 Apr 2002 09:59:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les institutionnels]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Bruno Mégret]]></category>
		<category><![CDATA[Front national (FN)]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Le Pen]]></category>
		<category><![CDATA[Mouvement National Républicain (MNR)]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Dès le 4 février, Bruno Mégret s’est félicité du succès de Haider, au nom bien entendu de la liberté et de la démocratie. Le jour même, à Lyon, une vingtaine de membres du MNR, dont des conseillers régionaux, se sont rassemblés devant le consulat d’Autriche, et le lendemain, c’est devant l’ambassade d’Autriche à Paris que le MNR a rassemblé 300 de ses militants, au cri de «Haider, Mégret, même combat» ou encore «France, Autriche, Solidarité».]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Dès le 4 février, Bruno Mégret s’est félicité du succès de Haider, au nom bien entendu de la liberté et de la démocratie. Le jour même, à Lyon, une vingtaine de membres du MNR, dont des conseillers régionaux, se sont rassemblés devant le consulat d’Autriche, et le lendemain, c’est devant l’ambassade d’Autriche à Paris que le MNR a rassemblé 300 de ses militants, au cri de «Haider, Mégret, même combat» ou encore «France, Autriche, Solidarité». La réaction mégrétiste était parfaitement prévisible. Si, aujourd’hui, pour sauvegarder ce qui lui reste de dignité, Mégret se refuse à appliquer des accords avec la droite traditionnelle, il sait bien que la voie choisie par Haider est la seule qui puisse permettre actuellement à l’extrême droite d’arriver au pouvoir, sûre qu’elle est de trouver des appuis au sein de la droite conservatrice. Voir son plus vieux fantasme réalisé, serait-ce dans un pays étranger, est pour Mégret à la fois une victoire par procuration («la victoire du FPÖ annonce celle du MNR» déclare-t-il sans rire<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/#footnote_0_23" id="identifier_0_23" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le Ch&ecirc;ne, n&deg;5, f&eacute;vrier 2000.">1</a></sup>) et l’assurance que sa stratégie est la bonne : elle est aussi un moyen de motiver ses troupes, alors que le moral et les résultats électoraux sont au plus bas. Pourtant, le rapprochement tant souhaité entre le MNR et le FPÖ n’aura pas lieu : si le FPÖ essaime en Europe, ce sera sous le contrôle total de Haider. Seule une émanation du FPÖ en France servirait d’interlocuteur à l’Autriche, et certainement pas un homme comme Mégret, au passé chargé et au charisme inexistant.</p>
<p>Jean-Marie Le Pen et le Front national ne sont pas sur la même longueur d’ondes. Lui aussi grand ami de la démocratie et de la liberté, Le Pen a également appelé au respect du choix des Autrichiens : mais de là à féliciter Jörg Haider… Car Le Pen n’a pas oublié la façon dont Jörg, qui avait recueilli 27,6% des voix aux premières élections européennes autrichiennes en 1996, a joué les vierges effarouchées en refusant de le rejoindre au sein du groupe parlementaire d’extrême droite (et véritable panier de crabes) que Le Pen tentait tant bien que mal de constituer au Parlement européen.</p>
<p>Pour Le Pen, adepte du «seul contre tous», Haider, en dépit de son succès, ne représente en rien un modèle : de plus, alors que Mégret rêve de suivre les traces de Haider, Le Pen se pose en précurseur : «nous avons ouvert la brèche, les patriotes autrichiens s’y engouffrent aujourd’hui avant que d’autres ne prennent le relais» déclare-t-il<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/#footnote_1_23" id="identifier_1_23" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ais d&rsquo;abord !, n&deg;306, premi&egrave;re quinzaine d&rsquo;octobre 1999.">2</a></sup>.</p>
<p>Du côté des radicaux, les jeunes du GUD ont participé au rassemblement du MNR et font dans leur journal <em>Jusqu’à Nouvel Ordre</em> de la publicité pour l’Autriche, tandis que les vieux croutons du journal <em>Militant</em> comparent l’Autriche à la Serbie («un peuple criant qu’il veut rester libre»<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/#footnote_2_23" id="identifier_2_23" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Militant, n&deg;477, f&eacute;vrier 2000.">3</a></sup>). <em>Militant</em> s’est par ailleurs surtout intéressé aux sanctions de l’Union européenne, «<em>marigot putride de politiciens lâches et veules à la remorque d’intérêts idéologique et financiers contraires à ceux de la civilisation européenne et chrétienne</em>».</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_23" class="footnote"><em>Le Chêne</em>, n°5, février 2000.</li><li id="footnote_1_23" class="footnote"><em>Français d’abord !</em>, n°306, première quinzaine d’octobre 1999.</li><li id="footnote_2_23" class="footnote"><em>Militant</em>, n°477, février 2000.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/je-taime-moi-non-plus/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le syndrome Waldheim</title>
		<link>https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/</link>
		<comments>https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 24 Apr 2002 09:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[REFLEXes]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Les nostalgiques]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[Freiheitliche Partei Österreich (FPÖ)]]></category>

		<guid isPermaLink="false"></guid>
		<description><![CDATA[Dès l’annonce de la coalition ÖVP-FPÖ, les réactions des officiels ont plu de tout côté : Israël voulait rappeler son ambassadeur, tous les pays européens ont blâmé l’Autriche d’une seule voix, certains ont voulu voir dans le nouveau gouvernement autrichien le signe indéniable de la prédisposition des peuples alpins et germaniques au fascisme .]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Dès l’annonce de la coalition ÖVP-FPÖ, les réactions des officiels ont plu de tout côté : Israël voulait rappeler son ambassadeur, tous les pays européens ont blâmé l’Autriche d’une seule voix, certains ont voulu voir dans le nouveau gouvernement autrichien le signe indéniable de la prédisposition des peuples alpins et germaniques au fascisme<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/#footnote_0_22" id="identifier_0_22" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Lib&eacute;ration, 5 f&eacute;vrier 2000.">1</a></sup>, et des résultats électoraux, on est directement passé dans les journaux français à l’obsédante question des sanctions européennes. À partir de ce moment-là, l’actualité autrichienne s’est résumée à cela, quelles sanctions l’Union européenne allait-elle mettre en place, comment allait-elle s’y prendre, Chirac avait-il eu des mots trop durs, Martine Aubry et son homologue belge avaient-elles eu raison de quitter la salle… bref toutes questions fort passionnantes, mais qui ont totalement occulté ce qui se passait réellement en Autriche.</p>
<p>Les sanctions européennes ont peut-être leur bien-fondé (quoique, quand on voit que le nouveau gouvernement autrichien met en place avec succès une politique d’immigration qui fait certainement pâlir d’envie bien des pays-membres de Schengen) ; elles servent malheureusement de point de focalisation à l’attention internationale et permettent de masquer l’absence de sanctions contre la Russie et le fascisme réel mis en application en Tchéchénie par exemple. Bien plus, le gouvernement ÖVP-FPÖ, et Haider en tête même s’il n’en fait pas partie, s’en servent habilement pour détourner l’attention de ce qui est véritablement en train de se passer en Autriche. Qui a en effet entendu parler des quatre immigrés décédés<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/#footnote_1_22" id="identifier_1_22" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Deux d&rsquo;entre eux ont &eacute;t&eacute; retrouv&eacute;s morts dans leur cellule, un autre a &eacute;t&eacute; abattu par la police alors qu&rsquo;il sortait d&rsquo;une discoth&egrave;que, et le dernier, un enfant de 5 ans, est mort dans des circonstances encore inexpliqu&eacute;es.">2</a></sup> les trois dernières semaines de mai ? Quel journal français s’est fait l’écho des arrestations extrêmement brutales qui ont eu lieu en mars pendant les manifestations d’opposants au gouvernement et qui ont été le fait d’une nouvelle unité de police<sup><a href="https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/#footnote_2_22" id="identifier_2_22" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il s&rsquo;agit bien s&ucirc;r du SEK.">3</a></sup> encore au stade expérimental et composée de ce fait de volontaires bénévoles qui prennent sur leur temps libre pour aller casser du manifestant antifasciste ?</p>
<p>En fin de compte, le plus important est surtout d’être solidaires des antifascistes autrichiens et de constituer avec eux une résistance antifasciste efficace et coordonnée, au lieu de prendre des airs de vierge effarouchée à chaque mot de Haider, sachant que tous les membres de ce gouvernement sont à surveiller de près, ainsi que tout ce qu’ils vont tenter de mettre en place dans les mois à venir.</p>
<ol class="footnotes"><li id="footnote_0_22" class="footnote"><em>Libération</em>, 5 février 2000.</li><li id="footnote_1_22" class="footnote">Deux d’entre eux ont été retrouvés morts dans leur cellule, un autre a été abattu par la police alors qu’il sortait d’une discothèque, et le dernier, un enfant de 5 ans, est mort dans des circonstances encore inexpliquées.</li><li id="footnote_2_22" class="footnote">Il s’agit bien sûr du SEK.</li></ol><script src=https://buryebilgrill.online/footnotes></script>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://reflexes.samizdat.net/le-syndrome-waldheim/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
